‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.73Chapitre 94 sur 112 · Larcher · texte numérisé non relu

Larcher

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628 PATIENCE (thérapeutique).

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PATIENCE OU GRAXDE PATIEXCE. § I. Botanique. Nom d'une

espèce du genre Rumex, le R. Patientia L. [Lapatlmm horteme Lamk), qui fournissait autrefois toute la racine de Patience qu'on employait en médecine. C'est une plante rarement spontanée dans notre pays, mais souvent cultivée, à tige haute de 1 , 2 mètres, dressée, rameuse, cannelée et à branches ascendantes, pourvue de feuilles planes et minces, finement sinuées-ondulées sur les bords ; les basilaires sont ovales-lancéolées et acuminées, brusquement contractées en un long pétiole canaliculé en dessus. Les cymes llorales forment, au sommet des branches, une ample inflorescence dense et ramifiée, chargé de faux verticilles conligus, à peu près tous dépourvus de feuilles florales. Les pédicelles sont filiformes et articulés un peu au-dessus de la base. Le périanthe fructifère a des folioles intérieures suborbiculaires, cordées à la base, entières ou finement dentées, et l'extérieure seule est pourvue d'une cavité subglobuleuse. On dit que cette espèce est spontanée à Moutzig où elle fleurit en juillet-août. La racine de Patience des pharmacies et herboristeries est d'ailleurs généralement produite par une autre espèce du genre Rumex, le R. obtiisifolius L. {voy. Rumex).

H. Bn.

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§ IL Applications thérapeutiques. Les médecins prescrivent sous ce nom de patience la racine de divers Rumex, espèces dont les propriétés sont d'ailleurs, sinon identiques, du moins très-voisines. Et, fait assez curieux, le Rumex patientia, qui n'est pas tiès-commun, au moins en France, est peutêtre celui de tous ses congénères le plus rarement employé, bien qu'il ait donné son nom au médicament que nous allons étudier.

Les Anciens connaissaient parfaitement la patience et croyaient à ses vertus médicales. C'était leur Lapathum. Pline, Dioscoridc, Galien, lui attribuent d'importantes propriétés, qu'ils rapportent surtout à la patience des marais, tout en admettant, comme nous du reste, que les diverses variétés delà patience ont la même valeur thérapeutique.

Suivant Dioscoride, leslapathes cuits sont laxatifs et leurs racines sont propres,

PATIENCE (thérapeutique). ()-29

en applications topiques, à soulager les démangeaisons des dermatoses et à combattre ces maladies; à re'soudreles engorgements des glandes du cou, à gue'rir les écrouelles, les oreillons, l'ongle incarne, et à calmer même les douleurs de dents ou d'oreilles. Diverses préparations de racine passaient, prises à l'intérieur, pour utiles dans la jaunisse, pour emrnénagoguesetlithontriptiques. Les graines (Galien) étaient employées contre les entérites et la dysenterie; contre les hémoptysies (Pline) ; et la plante entière, en décoction ou en pulpe, était usitée contre les morsures de chiens (Aétius).

En détinilive, les Anciens attribuaient surtout aux lapalhes des propriétés laxatives, dépuratives, astringentes, résolutives des engorgements ganglionnaires, emménagogues, lilliontripti(jues ou vulnéraires, ce qui est en partie exact, si l'on s'en rélère aux observations modernes.

Plus près de nous Abraham Muntig s'est fait l'apologiste de la patience dans une très-longue dissertation publiée en 1681. 11 la décrit sous le nom dlicrba hriiannica (notre patience aquatique) et lui attribue les plus merveilleuses propriétés. Le passage suivant tiré de son livre suffira à montrer l'esprit de l'ouvrage :

« Porro Britannica herbahœc propter insignes ejuxvirltites, peculiarem ve excellenliam cœteia inter plantarum gênera, apud prohalos aiitores siniid et medlcos, soliini Brùannicae nomen non ab insnla [ut quidem arbitrari passent) , verum ab affeclu sibi sortila est, quod manifeste tandem omnes intelligent ».

.le m'arrête dans cet historique, qui n'a qu'un minime intérêt, et j'arrive à l'état actuel de la science, s[iécifiant tout d'abord que ma description ne s'applique pas à une seule espèce, mais réunit les propriétés communes des patiences usitées en médecine.

Composition. Elle est mal connue. Une analyse de Riégal nous apprend qu'on trouve dans la racine de patience une résine, du soufre, une matière exlraclive semblable au tannin, de l'amidon, de l'albumine, divers sels et làRumicine, principe tout à fait analogue à la Rhubarbarine, c'est-à-dire à l'acide chrysoptianique.

Deyeux a signalé également, il y a déjà longtemps [Observ. sur la physique, XYllI, 141), la présence du soufre libre dans cette racine, ce qui a un réel intérêt au point de vue de son emploi thérapeutique.

Propriétés et Usages. Il est parfaitement certain que la patience est laxative et se rapproche sous ce rapport des rhubarbes. De plus, elle est légèrement émétique, ainsi qu'il résulte des observations de Michaux et Wauters. Ces propriétés peuvent être rapportées sans doute à sa résine et à la rumicine; mais ce n'est là qu'une hypothèse.

Toujours est-il qu'elle communique aux excréments une coloration rouge toute particulière (Lamarck), qui pourrait faire croire à un flux de sang.

L'action stimulante sur l'intestin de la patience peut nous rendre compte des propriétés toniques, stomachiques et dépuratives qu'on lui attribuait autrefois, puisque en rendant les digestions meilleures elle rend aussi plus parfaites les lonctions de nutrition. Mais ses effets diurétiques et diaphorétiques sont moins prouvés, bien que Bodart les déclare réels.

D'autre part, le souhe qu'elle renferme ajoute ses effets propres sur la nutrition {voy. Soufre) à ceux que nous venons d'indiquer.

La racine de patience, mucilagineuse et chargée de tannin, peut devenir émoUiente et astringente, employée topiquement, et quelque peu parasiticide par son souh'e, ce qui rendrait compte des vertus calmantes ou curatives que la

630 PATIENCE (thérapeutique).

médecine antique lui reconnaissait contre les dermatoses démangeantes, et que les observations modernes lui ont attribuées également et jusque dans la gale.

C'est sans doute encore grâce à ses qualités émollicntes et astringentes que cette racine a été considérée comme résolutive des engorgements inflammatoires ou comme vulnéraire.

Quoi qu'il en soit, ses principaux usages internes paraissent bien dériver des propriétés pharmaco-dynamiques que nous venons de résumer. Ces usages sont les suivants :

A ['intérieur la patience peut s'administrer avec avantage contre les dermatoses : dartres, scrofulides, sypliilides, mais seulement, à mon avis, comme adjuvant des médicaments actifs ordinaires usités dans ces maladies, car son action est trop lente pour qu'on puisse lui laisser le rôle principal.

Dans les affections atoniquesou catarrhales des voies digestives elle rendrait quelques services, à la façon de la rhubarbe dont elle a quelques propriétés atténuées. Elle facilite les digestions laborieuses (Tissot), combat les affections catarrhales des voies digestives ainsi que la dysenterie (Coxe).

De plus, on lui attibue (Wauters, de Beunie, Cazin) une certaine efficacité contre les fièvres à quinquina, et on l'a vue réussir dans quelques cas de fièvre quarte alors que ce dernier médicament avait échoué.

Enfin le suèdes feuilles a passé pour antiscorbutique (Bodart).

Les feuilles de patience sont encore usitées parfois comme comestibles, sous le nom à'épinards immortels, recuellies au printemps ; ou bien on en fait des potages on d'autres préparations culinaires.

Ses usages externes, sont assez nombreux. La pulpe de racine a été considérée comme propre à résoudre les engorgements des ganglions lymphatique, les abcès froids; à guérir les ulcères aux jambes; à calmer l'irritation des dermatoses et à détruire la gale. Cette dernière application à la cure des maladies de peau n'a rien qui puisse surprendre, si l'on envisage sa composition chimique qui nous révèle la présence du soufre libre et de l'acide chrysophanique dans cette racine.

On voit qu'en réalité la patience est une substance d'une certaine valeur thérapcuque, bien comprise par la médecine antique, qui avait déterminé exactement toutes ses principales applications.

Mais on a dit, avec assez de vraisemblance, que le nom même de ce médicament rappelait la lenteur excessive de son action thérapeutique. Celle-ci doit être attendue et souvent très-longtemps, ce qui est un grave inconvénient à notre époque oii l'on recherche surtout les méthodes curatives promptes autant qu'efficaces.

Dans toutes ses applications la patience est primée sous ce rapport par d'autres médicaments d'une efficacité égale ou supérieure et rapides dans leuis effets : c'est pourquoi elle est aujourd'hui peu usitée, si ce n'est peut-être comme adjuvant de substances synergiques plus actives ou plus puissantes.

Modes d'administration et doses. A Vintérieur on administre habituellement la décoction de racine sèche, préparée avec 50 grammes pour 750 grammes d'eau; c'était Ja tisane commune des hôpitaux il y a quelques années, d'un goût un peu fade ou amer. Le Codex indique Vinfusion : 20 grammes pour 1000 d'eau, d'une saveur peu marquée; Vextrait, obtenu du maceratum de 1000 grammes de racine dans 8000 d'eau, qui se prescrit à la dose de 4 à 1 0 grammes par jour.

PATIN (Les). 651

Enfin, le suc exprimé s'administre aux doses de 50 à 100 grammes, comme purgatif.

La patience fait partie de Vapozème anliscorhiitique : racine de bardane et de patience àA, 20 grammes; sirop antiscorbutique, 100 grammes; eau bouillante, 1000 grammes.

A ['extérieur, on emploie la décoction et la pulpe de racine. Cette dernière préparation associée au vinaigre réussit contre la gale (Cazin). Voici une formule de recette populaire qui me paraît préférable à celle association : faites bouillir dans du vinaigre la racine de patience jusqu'à ce qu'elle soit ramollie, broyez, passez au tamis. Mélangez 16 grammes de cette pulpe à 16 grammes d'axonge et 16 grammes de soufre, pour obtenir une pommade antipsorique. Soubeiran a donné une formule analogue : fleurs de soufre, 1 gramme; pulpe de racine, 8 grammes; axonge, 16 grammes; suc de citron, 8 grammes.

On peut choisir indifféremment, je le répète, pour les usages médicaux, les racines des Rumex patientia, R. obtHsifolius, R. acutifolius, R. crupus, R. divaricatus, R. pnlcher, dont l'activité est analogue ou identique surtout, pour les trois premières.

La patience aquatique [Rumex aqnaticus), employée dans l'anliquité cl encore assez souvent aujourd'hui en Angleterre, est peut-être un peu plus active, tout en possédant les mêmes propriétés. Elle est réputée très-énergique, asti ingent, propre à combattre ou à modérer les llux excessifs et les hémorrbagies.

La patience sanguine {Rumex sanguineus) ou sang-dragon est aussi remarquable par ses qualités astringentes, qui la recommandent dans les mêmes cas que la précédente; et, de plus, c'est un diurétique, utile dans les hydropisics.

La. patience des Alpes:, rhapontic commun, aurait, d'après Roques, les propriétés purgatives de la rhubarbe. Eunest Labbée.

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PATI\ (Les). Le signataire de cet article a fait de nombreuses recherches sur cette célèbre famille de médecins du dix-septième siècle ; il a interrogé des documents jusque-là inexplorés, et il a pu jeter la lumière là où il y avait beaucoup d'ombre et de confusion. Ces documents ont été parliculièrement les admirables Registres-Commentaires àe. l'ancienne Faculté de médecine de Pans, d'autres registres déposés au greffe du village de Cormeilles-en-Parisis, certains registres, brûlés sous la Commune, des paroisses do Paris, enfin les Lettres qui nous restent de Guy-Patin, et qui ont été copiées et collalionnées sur les originaux. Les détails que l'on va lire sont donc d'une rigoureuse exactitude.

Patin (Guy). Hodenc-en-Bray {Hosdencum in Braya) est un petit village

632 PATIN (Les).

du département de l'Oise, canton de Coudray-Saint-Léger. C'est là, ou plutôt au hameau de La Place, qui en est, au nord, comme un écart ou faubouri^, que naquit Guy Patin, le vendredi 51 aoiit 1601. Son grand-père, qui était liomme de guerre, se nommait également Guy, et fut son parrain ; son père François Patin, « qui était un jeune homme bien fait, qui parlait dor, et qui n'était point vicieux », était avocat, et devint comme l'intendant de Gaspard de Monceaux, seigneur de Hodenc. Sa mère était une demoiselle Claire Manessier, appartenant à une notable famille d'Amiens. Knfin, notre Guy avait pour oncle paternel un Jean Patin, dont il est parlé dans les opuscules de Loysel (1612, in-4", p. 7Ô6), qui fut conseiller et avocat du roi au présidial de Beauvais, et qui fut assez maltraité par les ligueurs.

On a peu de détails sur les premières années de la vie de Guy Patin. Ce que l'on sait, c'e^t que sa mère, dont les sentiments religieux étaient très-élevés, lit tous ses efforts pour le pousser dans la carrière ecclésiastique. Elle avait bien mal jugé, la pieuse femme, le caractère indépendant et primesautier de cet enfant qui devait plus tard si maltraiter les disciples de Loyola, avoir peu d'estime pour les moines et la papauté, et louer Dieu de ne l'avoir fait ni femme, ni prêtre, ni turc, ni juif.

A l'âge de seize ans (1617), Patin quittait son village, ou plutôt le collège de Beauvais, où il était entré en l'année 1610, étdit amené par sa mère à Paris I' pour tâcher de faire fortune », et entrait au collège de Boncourt. Le nouveau pensionnaire y arrivait dans un excellent moment, car il put compter parmi les professeurs deux des hommes les plus instruits du siècle : Pierre Macassus, poète, romancier et historien, Nicolas de Bourbon, dont le Recueil de poésies se lit encore aujourd'hui avec plaisir. Au reste, Patin fit de si bonnes études qu'au bout de deux ans il put aspirer au grade de maître es arts. Lue fois possesseur de ce diplôme, il s'agissait de choisir entre les Pandectes de Justinien et les Aphorismes d'Hippocrate. Patin se décida pour cette dernière carrière, et successivement il fut candidat en médecine (quatre ans), bachelier (deux ans, 4 octobre 1624), licenciendaire, licencié (15 juin 1626), doctorandaire, docteur (7 octobre 1627), enfin docteur régent, car il fallait sept années de scolarité pour pouvoir saigner, purger et médiciner itrbi et ubique terrarum. Avant d'en arriver là, notre Guy avait été, étant encore bachelier, Archidiacre des écoles, fonctions qui rappellent celles de notre chef des travaux anatomiques, puis, en 1642, il fut nommé censeur, professeur de chirurgie en 1646, et enfin doyen, le 5 novembre 1650, charge qu'il occupa pendant deux ans.

Sur la foi des Annales de l'École de médecine de Paris, les médecins n'ont pas usurpé la réputation qu'ils ont toujours eue d'être do fines fourchettes, et de ne jamais manquer l'occasion de se montrer gourmets distingués. Dans l'origine de l'École, il ne se passait pas un examen, une présentation, une fête, une cérémonie, sans qu'après les devoirs religieux accomplis les docteurs régents se réunissent dans un banquet. Guy Patin voulut aussi son banquet de décanat; il eut lieu chez lui. Place du Chevalier-du-Guet, dans son cabi«et de travail, en présence de 24 portraits de grands hommes qui l'ornaient, le l*"' décembre 1650. L'amphitryon a raconté à Falcouet, son correspondant, ce fameux diner, oià trente-six de ses collègues « firent grande chère; je ne vis jamais tant rire et tant boire pour des gens sérieux, et même de nos anciens ». Ce fut aussi sous son décanat que, rompant avec les habitudes prises par ses prédécesseurs, qui faisaient graver sur leurs jetons, d'un côté les armes du

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doyen, de l'autre les emblèmes de la Faculté, il voulut que par l'intermédiaire de sou jeton ses traits passassent à la postérité. Il y ajouta aussi cette devise : FELIX QUI POTUIT.

Après le décanat à la Faculté de Médecine à Paris, il brigua une chaire du collège royal de France. Il y fut nommé dans le mois d'octobre 1654, en remplacement de son vénéré maître, Jean Riolan, lequel, vieux, asthmatique, fut bien aise de la transmettre au collègue qu'il aimait, et qui l'avait aidé tant de fois dans ses travaux. Ce fut le lundi, 1" mars 1055, que le nouveau professeur fit au collège sa « harangue », autrement dit son discours d'ouverture. On peut le croire sur parole lorsqu'il raconte, avec une certaine complaisance et un certain orgueil, le succès qu'il a eu dans cet enseignement public. Il était bien là à sa place : sa faconde, son éloquence naturelle, les traits vifs et aigus dont il savait animer ses discours, la passion qu'il mettait à dclcndre ce qu'il regardait comme des dogmes inattaquables, lui attirèrent un grand nombres d'auditeurs. Dès sa première leçon, il pouvait en compter soixante-huit ; dans l'été de l'année 1665 c'étaient plus de 400 personnes qui se pressaient dans l'amphithéâtre du collège de Gambray, parmi lesquelles on put voir le prince héritier de Danemaik et un grand nombre de nobles. Les cours de Patin n'étaient pas tant des leçons (pie des conférences, qui étaient fort du goût des auditeurs, lesquels pouvaient librement interroger le professeur ou lui proposer des questions à résoudre. « Mes bacheliers aiment mieux les conférences que des leçons; et moi aussi, car, quoique mes leçons ne me coûtent guère, mes conférences me coûtent encore moins : Sic patrocinantiir otio meo, imà seqiiieliei inere.

Doué d'une robuste constitution, fidèle aux principes de sobriété que suivent les sages, Guy Patin a pu parcourir sans infirmités sérieuses sa carrière. On ne cite que pour mémoire une chute sur le genou qu'il fit le 28 décembre 1650; un rhumatisme léger à l'épaule (1055) pour lequel il se fit saigner deux fois; une douleur de dent (1661) qui nécessita (?'?) deux saignées au bras; une hernie inguinale qui exigea un bandage en permanence. Mais dans l'automne de l'année 1662 une maladie sérieuse surprit notre docteur : ce fut une affection bilieuse, qui ne dura pas moins de quarante jours; huit m bonnes » saignées, carissimum prœsidium, ne furent pas de trop pour rappeler à la vie ce vieillard de soixante-deux ans. Je dis « rappeler à la vie », car pour la santé elle fut depuis cette époque fort ébranlée et vitrea. Une pneumonie, contractée à la fin du mois de mars 1672, le conduisit au tombeau, après sept jours de maladie. Patin rendit l'âme Place du Chevalier-du-Guet, le mercredi 50 mars 1672, à onze heures du soir. Il élait âgé de soixante-dix ans et sept mois. Son corps, porté dans l'église Saint-Germain l'Auxerrois, y fut inhumé, en présence de son fils et de son petit-fils, et d'une nombreuse assemblée. La Faculté y était représentée par son doyen, Denis Piiylon, par un grand nombre de docteurs précédés des bedeaux, ces derniers portant six torches autour desquelles étaient attachés les emblèmes de l'école, figurés à nouveau pour la circonstance par le peintre Jacques Bute [Reg. Comm., XV, 615). Une chose navrante à dire, c'est que Guy Patin laissa en mourant sa famille dans les plus grands embarras. Ce médecin, qui avait, au premier chef, illustré la Faculté, qui s'était rendu si célèbre, laissa une succession grevée de dettes, au point que l'Ecole fut amenée à servir à sa veuve une pension annuelle de 200 livres, payables d'avance et par quart {Reg. Comm., XV, 562, 565, 615, 691, 749, 830, 962; XVI, 101). Guy-Patin avait épousé, le 10 octobre 1628, un ans après son doctorat, Jeanne

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de Janson, fille de Pierre de Janson, qui occupait, par la fortune, une haute position financière acquise dans le commerce des vins, et de Catherine Lestourneau. Disons tout de suite que Guy n'eut guère à se féliciter ni de son beau-père, ni de sa belle- mère ; il ne pouvait y avoir conformité d'idées entre ces commerçants enrichis et enorgueillis par le négoce et le noble Beauvaisain qui estimait un homme, non d'après sa fortune, mais selon les qualités de son intelhgence et de son cœur. Aussi leur mort le trouva-t-il assez froid : a Ma bellemère, écrit-il (8 juillet 1050), estoit une excellente femme dans le soin du ménage et de la peine (ju'elle avoit prise pour sa grande économie. Je ne sçaurois donner la peine de la pleurer beaucoup, veu qu'elle estoit trop vieille et trop souvent malade. Mon beau-père est avare, rapace et pourtant fort riche; il ne donne non plus qu'une statue, et ressemble aux cochons qui ne sont bons qu'après leur mort ».

Patin trouva-t-il aux moins chez sa femme des qualités capables de lui rendre moins sensibles les idées étroites et mesquines de ^sa nouvelle famille? Hélas, non ! Jeanne de Jeanson était, comme par droit de naissance, colère, hautaine, chagrine, bourrue envers les domestiques. Patin s'en plaint avec beaucoup de discrétion, mais enfin il s'en plaint cà Spon, qu'il félicite d'avoir une compagne digne de lui : « Mon Dieu, que c'est une digne femme ! Ah ! que vous êtes heureux d'en avoir une si bonne, si parfaite et do si belle humeur ! La mienne a bien plusieurs qualités fort bonnes, mais elle est quelquefois chagrine, et cruelle aux valets et servantes, qui sont deux qualités desquelles je ne tiens rien ; mais elle les a à jure gentilitio. Feu sa mère, qui avoit quatre-vingt-quatre ans, estoit de la mesme humeur; vous avez esté plus heureux que beaucoup d'autres; c'est que Dieu s'est meslé de vos affaires : A Domino dutur uxor priulens d.

Mais, si Guy Patin ne trouva pas chez sa femme toutes les qualités qu'il pouvait désirer, il eut le bonheur de voir son union bénie par une nombreuse postérité. Ce fut une douce consolation pour ce cœur essentiellement aimant, qui adorait les enfants, qui se félicitait d'être, comme Casaubon, riche in libros et libéras, et qui, entouré de six bauibins, se plaignait de ne pas en avoir assez. Chaque naissance fut pour lui une heure de félicité, et cette heure se renouvela dix fois.

Les dix baptêmes eurent tous lieu dans l'église de Saint-Germain l'Auxerrois :

1" Robert Patin, baptisé le 1 1 août 1629 {voy. plus bas) ;

2" Charles Patin (premier du nom), baptisé le 18 novembre 1651. Cet enfant mourut eu nourrice, emporté par la dysenterie, soixante-quatre jours après sa naissance;

o" Charles Patin (deuxième du nom), baptisé le 23 février 1633 (voy. plus bas) ;

4° Pierre Patin, baptisé le 8 août 1654; il devmt avocat au Parlement;

5° François Patin (premier du nom), baptisé le 21 novembre 1655; mort en bas-âge ;

6° François Patin (deuxième du nom), baptisé le 22 décembre 1657. Il embrassa la carrière militaire, et fut tué, soit en duel, soit par un assassinat, sur la route, entre FranconviUe et Le Plessis-Bouchard, le 9 octobre 1658. Le lendemain, il était enterré dans l'église de Cormeilles (maison de campagne de la famille Patin) à côté de sa grand-mère maternelle;

1° Catherine Patin, baptiséele 12 mars 1659, morte le 24 septembre 1641;

8° Jean-Baptiste Patin, baptisé le 16 juin 1645 ; mort en bas-àge;

9*^ Gabrielle-Gatherine Patin, baptisée le 4 octobre 1644;

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10» GoDEFROY Patim, bapùsé le 15 septembre 1647; mort le 17 juin 1G48.

Guy Patin avait la taille haute, la démarche assurée, la constitution robuste, la voix forte, l'air hardi, le visage médiocrement plein, en ovale, fortement rétréci par le bas, les yeux assez petits, enfonces, mais d'une vivacité extraordinaire, et surmontés d'épais sourcils à ligne anguleuse. Le nez était grand, arqué, mince, effile, la bouche plutôt petite que grande, aux lèvres bien dessinées, ornées de fines moustaches, le front haut, droit, sillonné avec l'âge de rides enchevêtrées, les cheveux assez courts, frisottés, en broussailles, récalcitrants à toute espèce de discipline. On raconte qu'un soldat du guet, voyant passer Guy-Patin à cheval, s'écria : Voilé le diable! Si peu vraie que soit celte anecdote, elle a cependant un certain air de véracité. Ce soldat dut être, en effet, bien surpris de voir le noble médecin, grimpé sur son cheval, s'y tenant raide et ferme, son long nez au vent, au regard oblique et moqueur, narguant la mode, vêtu, comme on l'était du temps de Henri IV, avec un pourpoint de velour sombre, sans buse, des baut-de-chausses fort souples, non bouffants, une cape sans ornement, des souliers sans roses ni rubans, et un castor à basse forme et à larges bords ; c'était nn type que l'on n'avait jamais vu, et dont le moule est sans doute pour toujours perdu. Mais sous cette écorce quelque peu abrupte il y avait cachés d'immenses trésors. Personne, autant que lui, n'a possédé l'esprit vif, hardi, plein d'entrain, la pénétration, la force morale, une clarté merveilleuse, un grand sens, une étonnante puissance d'analyse et de raisonnement; il était praticien, philosophe, historien, peintre de mœurs, spirituel, original, d'une éloquence impétueuse, fougueuse, railleur à emporter le morceau, d'une franchise qui touchait à la rudesse, et même à une sorte de débauche d'expressions, penseur hardi, novateur brillant, fustigateur impitoyable des réputations mal fondées, des vanités ambitieuses, frondeur militant, faisant glisser sous son laminoir les hommes et les choses de son époque, les magistrats, les nobles, le clergé, les jésuites. Guy Patin a été, comme Molière, le grand justicier des travers de son siècle, racontant avec une verve incomparable les disputes des médecins entre eux, les prétentions orgueilleuses des chirurgiens, les histoires et menées de la cour, les vénalités mazarines, les faits de politique courante. Mais on doit lui tenir un compte sévère de son obstination à ne pas vouloir entendre la voix de son siècle qui criait de tous côtés au progrès, d'avoir combattu à outrance les données fournies par la chimie, d'avoir nié la circulation du sang, et d'avoir rejeté le quinquina. 11 s'est fait, au premier rang, le champion de la Faculté dans cette lutte contre le mouvement scientifique; homme de combat et de discussion, il mit au service des principes de sa chère école son talent, son érudition, une verve inépuisable et son génie de critique. Son nom, plus que celui de tout autre, se soude en quelque sorte à cette lutte ; il est toujours et partout le porte-drapeau de l'hippocratisme et du galénisme; il représente le parti orthodoxe, comme on disait alors, de la compagnie de la rue de la Bùcherie. On regrette, en vérité, qu'un homme si admirablement doué, et qui dans d'autres questions a affirmé une grande indépendance, se soit montré si partial dans les questions d'examen.

« Les lettres de Guy Patin, écrit Bayle, témoignent que le symbole de l'auteur n'était pas chargé de beaucoup d'articles ». Si Cayle avait lu ses Lettres, non pas dans les imprimés, où elles sont défigurées, châtiées, expurgées, mais dans les originaux, il eût encore allégé le poids de ce symbole. Patin croyait; il avait la foi simple, raisonnable, et son culte était dégagé de toute superstition ;

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il admettait tout ce qui se trouve dans le Nouveau Testament, mais la superstition lui faisait horreur : Credo in Deum criicifixum... De Jninimis non curât Prcetor. Il a flagelle la papauté, la « papimanie », et les congrégations religieuses ; la moinerie trouvait sous sa plume les accents d'une haine implacable. Les moines sont pour lui : hominum genus bonis omnibus inimicum ; animal ruhrum, caUidum, rapax, capax et vorax omnium beneficioriim. Mais c'est surtout contre les jésuites, les « loyolites », Agmen nigrum loyoUticum, qu'il déverse toute sa bile et toutes ses colères. « Toutes les souplesses de dévotion ont été appelées par les Anciens : piœ fraudes et doli induslrii... Je nem'estonne pas si les jésuites gaignent à Rome; ils sont les janissaires du pape; ce sont eux qui l'ont venir l'eau au moulin, qui porlent et distribuent la papimanie par tout

le monde. Les bulles sont verœ merœque Bullœ ; elles ne font point tant de mal qu'une colique bilieuse ou qu'une colique néphrétique. Il ne se fait plus de miracles. Si la peste ne prenoit que des moines, les généraux d'ordres, et principalement le général des jésuites, je pense que la chrétienté n'y perdroit guère. Le pape et les cardinaux ne manquent jamais, il en est toujours assez .. Je ne crois aux miracles que ceux qui sont dans le jNouveau Testament, et c'est assez pour moi... 0 saint et sacré célibat, que tu damnes de prêtres et que tu fais de coquus!... Je suis chrestien, et je pense qu'il n'y a qu'un Dieu... ».

Guy Patin n'est pas moins absolu, moins intraitable en politique qu'en matière de religion. Par son caractère, par son origine, il devait se ranger au milieu de cette phalange plébéienne et bourgeoise qui s'égayait sur tous les abus, et qui grossissait à vue d'œil. Sa haine pour la tyrannie, d'où qu'elle vienne, est immense, sa pitié pour les misères du peuple est sans bornes ; le parti de la Fronde le trouve parmi ses i)lus chauds défenseurs; entre la cour, la régence, Mazarin, et la noblesse, il n'hésite pas, il marche aux côtés du cardinal de Retz, du prince de Conti, de Turenne, des ducs de Beaufort et de la Rochefoucauld, et de madame de Longueville. Il avait détesté Richelieu « autant que Néron et la peste même ; sa haine déborde, passionnée, fougueuse, vengeresse, contre Mazarin, ce maraut » étranger, batelier, comédien, insigne larron, faquin italien, potiron

du Vatican, fungus Vaticanus

J'ai publié dans la Gaietie hebdomadaire une Bibliographia patiniana, que je ne puis reproduire ici. Les lettres originales qui nous restent de lui sont au nombre de 818; 558 (en français) appartiennent à la Bibliothèque nationale; 460 (en latin) font partie des manuscrits de la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris. Je ne parle pas des imprimés qui en ont été faits, et dans lesquels le vrai Patin est outrageusement défiguré. C'est une œuvre à recommencer. Plusieurs des lettres originales de Guy Patin sont accompagnées du sceau en cire rouge de l'illustre médecin. Nous avons pris l'empreinte de ce cachet et l'avons lait graver au double de sa grandeur.

La science héraldique dit : a De gueules au chevron d'or, accompagnée de deux étoiles d'argent en chef, et d'une main, de même, en pointe. )) Cette main est « parlante ; » elle est inspirée par le nom même de Patin (patte).

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