III. Une balance présente à considérer spécialement
Le fléau, pièce métallique d'une faible épaisseur, présentant d'une manière générale la forme d'un losange très-allongé. Cette pièce, qu'il y a intérêt à faire à la fois longue et légère, est ajourée : son épaisseur et l'étendue des parties pleines conservées sont déterminées par la condition que le fléau ne fléchisse pas d'une manière appréciable sous l'influence des charges qu'il aura à supporter.
Le point d'appui, ou plus exactement l'axe de rotation, est constitué par un prisme d'acier enchâssé dans le fléau qu'il dépasse de part et d'autre. Ce prisme appelé couteau a une arête vive dirigée vers le bas ; il repose par cette arête sur deux pièces planes en acier ou en agate placées de part et d'autre du fléau qui oscille entre elles. Ces pièces, qui sont portées à la partie supérieure d'une colonne ou d'un bâti de forme quelconque, sont exactement sur le prolongement l'une de l'autre; de plus, elles doivent être ramenées à l'horizontalité. On arrive à ce résultat à l'aide de vis calantes dont est muni le bâti et qui permettent de faire varier son inclinaison.
Les plateaux et leurs points de suspension : les plateaux, qui doivent être aussi légers que possible, sont suspendus par des tiges, des fils ou des chaînes métalliques. Ils doivent être suspendus, sans frottement ou avec le moindre frottement possible, à une distance invariable de l'axe de rotation. Pour obtenir ce résultat, le fléau porte à ses extrémités des prismes d'acier à arête tranchante dirigée vers le haut et dépassant le bord du fléau : sur ces arêtes viennent s'appuyer des plans d'agate faisant partie d'étriers auxquels sont attachés les tiges de suspension des plateaux. D'autres dispositions peuvent d'ailleurs être adoptées pour satisfaire à la condition imposée.
Il importe que les arêtes d'appui et de suspension conservent leur netteté pour que les frottements puissent être négligés : aussi convient-il qu'elles ne soient en contact avec les pièces sur lesquelles elles pressent que pendant la durée des pesées; lorsque l'opération est terminée, les plateaux doivent être décrochés, et le fléau doit être soulevé de telle sorte que le couteau ne pose plus. Divers systèmes, aisés à comprendre, permettent d'arriver à ce résultat. Ajoutons qu'il faut toujours aussi soulever le fléau lorsque l'on veut toucher aux corps ou aux poids placés dans les plateaux.
Pour déterminer la position initiale d'équilibre, celle à laquelle il faut toujours ramener la balance, une longue aiguille est fixée au lléau se déplaçant avec lui. Son extrémité se meut sur un arc de cercle gradué porté par le bâti de la balance : on note la division à laquelle s'arrête l'aiguille lorsque la balance est vide ; on devra l'y ramener à chaque opération.
Dans les balances sensibles, ce n'est qu'après un temps très-long que l'équilibre est atteint, mais, sans attendre que la balance soit à l'état de repos, on peut être renseigné sur la position d'équilibre définitive d'une manière trèssuffisante, en faisant trois lectures consécutives ; si a, b, c, sont les nombres ainsi déterminés, on reconnaît aisément que la position d'équilibre diffère trèspeu de 1/4 {a + 'ib + c).
Enfin, pour régler l'appareil lors de la construction et pour faire varier dans de certaines limites la sensibilité et la stabilité, les balances de précision portent sur la ligne médiane, au-dessus du fléau, une tige filetée sur laquelle
peuvent se mouvoir deux écrous, en général, de masse différente, l'écrou inférieur ayant une masse plus considérable. Le déplacement de ces écrous entraîne un déplacement dans le même sens du centre de gravité.
Ajoutons que, pour éviter l'action des poussières, des vapeurs acides en tout temps et l'influence des courants d'air pendant les pesées, une balance de précision doit être renfermée dans une cage vitrée dont on n'ouvre les portes que lorsqu'il faut accrocher les plateaux ou mettre sur ceux-ci le corps, la tare ou les poids marqués.
Les valeurs données par la balance, même dans les conditions que nous avons indiquées, ne représentent pas les poids exacts des corps ; il n'en serait ainsi que si l'on avait effectué les pesées dans le vide. En réalité il faut tenir compte de la poussée de l'air exercée sur le corps, sur la tare, sur les poids marqués, poussée qui varie avec les conditions de l'expérience : température, pression atmosphérique, état hygrométrique. Des formules qu'il serait sans intérêt d'indiquer ici permettent de tenir compte de l'action de ces poussées : nous nous bornerons à dire qu'on en conclut que, en général au moins, l'influence de la tare est très-faible; que celle des poids marqués a d'autant moins d'influence qu'ils sont constitués par une substance plus dense.
Les poids marqués devraient être en platine pour cette raison; le plus souvent ils sont en laiton doré et ont la forme d'un cylindre surmonté d'un bouton pour les valeurs de 1 gramme et au-dessus. Pour les valeurs inférieures, ce sont de petites plaques de platine ayant la forme d'un carré à pans coupés ; pour les petites subdivisions telles que le milligramme, ces poids sont de dimensions très-restreintes et leur emploi est peu commode : aussi emploie-t-on souvent maintenant une disposition qui a pour but d'éviter l'emploi des poids trop petits.
Si un poids p, au lieu d'être placé dans le plateau dont le point de suspension est à une distance l de l'axe de rotation, est placé à une distance -, on sait,
p d'après le principe du levier, qu'il produit le même effet qu'un poids - qui
serait placé dans le plateau. Si donc le fléau porte des divisions représentant chacune la dixième partie de l'espace compris entre le point d'appui et le point de suspension, un poids de 1 milligramme, qui occuperait successivement les divisions 1, 2, 3, produirait le même effet que si l'on mettait dans le plateau un poids de O'^-'A ; O-^^sS; O"sso.
On fait usage d'un poids curseur constitué par un fil de platine recourbé que l'on met à cheval sur le fléau (d'où son nom de cavalier) et que l'on déplace pour parfaire l'équilibre, alors que l'on est arrivé déjà à évaluer le poids à 1 milligramme. Le déplacement du cavalier peut être obtenu souvent à l'aide d'une tige munie d'un crochet qui passe à travers la paroi vitrée par une ouverture dans laquelle elle peut glisser.
Dans les déterminations précises, dans les recherches de laboratoire, on ne doit jamais compter sur la justesse de la balance, qualité que la moindre variation dans la disposition matérielle fait disparaître. Mais il est toujours possible de peser exactement, même avec une balance qui n'est pas juste; on peut employer notamment la méthode des doubles pesées de Borda.
Pour peser un corps X par cette méthode, on le place dans un des plateaux de la balance, et à l'aide d'une tare on ramène la balance à sa position d'équi-
libre initiale. On enlève alors le corps, sans toucher à la tare, et on le remplace par des poids marqués que l'on fait varier jusqu'à rétablir encore la position initiale d'équilibre ; la somme des poids marqués représente le poids du corps. En effet, le corps d'abord, puis les poids marqués placés dans les mêmes conditions, ont produit le même effet; leurs poids, les forces verticales qu''ils représentent, sont donc égaux.
Cette méthode, qu'il faut toujours employer pour les pesées exactes, présente l'inconvénient qu'il faut établir deux fois l'équilibre initial. Mais il est à remarquer que, si l'on a plusieurs opérations à faire sur un même corps, comme dans la recherche des densités {voy. ce mot), le nombre de fois qu'il faut rétablir l'équilibre initial est supérieur de 1 seulement au nombre des déterminations à exécuter.
IV. La balance que nous venons de décrire et qui est la plus employée n'est pas le seul appareil qui puisse être utilisé pour mesurer les poids. Nous indiquerons sommairement les appareils qui sont le plus souvent employés, sauf ceux qui sont basés sur l'élasticité et pour lesquels nous renvoyons au mot
DïNAMOMÈTRE.
Bomaine. La romaine présente un fléau tournant autour d'un axe horizontal; d'un côté un plateau est suspendu à une distance invariable de l'axe de rotation, il sert à recevoir les corps à peser. De l'autre côté, le fléau se prolonge sous forme d'une règle horizontale sur laquelle glisse un curseur, poids qui agit ainsi à des distances variables de l'axe de rotation. Lorsque l'appareil est vide, le lléau est ramené à l'horizontalité, et l'on prend pour zéro la position alors occupée par le curseur ; quand on met un corps dans le plateau, le fléau s'incline et, pour rétablir la position d'équilibre initiale, il faut déplacer le curseur, l'éloignant de l'axe de rotation. Le déplacement, qui est évalué à l'aide de divisions tracées au préalable sur le fléau, donne la valeur du poids : on démontre, en effet, que ces déplacements sont proportionnels aux poids à masser, ce qui permet de tracer aisément les divisions.
On a appliqué la romaine, sous le nom de Pèse-bébés, à la détermination du poids des enfants en bas âge.
Peson. On désigne quelquefois sous ce nom des balances constituées par un levier coudé mobile autour d'un axe horizontal. Un plateau est suspendu à l'extrémité du bras, qui est horizontal lorsque le plateau est vide ; l'autre bras, qui alors est vertical, porte un poids fixé invariablement. Lorsque l'on met un corps dans le plateau, le levier se déplace et atteint une position d'équilibre; il existe une relation simple entre la valeur du poids et l'angle dont s'est déplacé l'appareil. Si donc le bras vertical se meut devant un arc de cercle divisé, la division à laquelle il s'arrêtera fera connaître le poids du corps.
Les pesées faites à l'aide de la romaine ou du peson ne peuvent présenter une grande exactitude.
Balance de Roberval. Bascule de Quintenz. Ces appareils, dont nous voulons donner une description sommaire, diffèrent des précédents en ce que cène sont plus des leviers rigides qui les constituent, mais des systèmes déformables présentant plus d'un point fixe.
La balance de Roberval comprend quatre règles, articulées de manière à former un parallélogramme; deux des côtés de ces parallélogrammes sont mobiles autour de deux points fixes situés en leurs milieux et qui sont sur une même verticale. Il en résulte que, dans tous leurs déplacements, les deux autres côtés
restent verticaux : ils se prolongent au-dessus de la règle supérieure et portent des plateaux dans lesquels on met, d'un côté le corps à peser, et de l'autre les poids marqués. On démontre que l'action verticale d'un corps placé dans un plateau est indépendante de la position qu'il y occupe et que, dès lors, la balance révient à sa position d'équilibre initiale quand des poids égaux sont placés dans les plateaux, ce qui permet les pesées,
La position des plateaux, qui sont libres au-dessus de tout l'appareil, est trèsavantageuse, mais la précision des résultats obtenus laisse à désirer.
On a disposé des balances de cette espèce dans lesquelles une corbeille remplace un plateau et qui servent à peser les jeunes enfants.
La bascule de Quintenz est utilisée pour peser de lourds fardeaux : elle comprend une large plateforme sur laquelle on met les corps à peser, reliée par une série de leviers articulés à un plateau sur lequel on pose les poids marqués. La combinaison des leviers est telle que la balance revient à sa position d'équilibre initiale, non lorsque ces poids représentent la valeur du poids du corps, mais lorsqu'ils représentent la dixième partie de cette valeur. Il y a là un avantage facile à concevoir au point de vue pratique, mais, par contre, la sensibilité de l'appareil et la justesse des pesées sont diminuées.
V. Dans quelques expériences de physiologie animale ou végétale, il est intéressant de pouvoir suivre d'une manière continue les variations de poids d'un corps, d'un animal, d'une plante. Des dispositions diverses peuvent être adoptées ; l'une des plus simples consiste à employer une balance de Roberval ; sur l'un des plateaux on met le corps à observer, et sur l'autre une tare convenablement choisie. Le fléau est relié par l'intermédiaire d'une bielle à un levier inscripteur qui se déplace devant un cylindre enregistreur tournant lentement. Cette disposition combinée par MM. Richard a donné de bons résultats, par exemple, pour l'étude de l'évaporation chez les végétaux.
On peut rapprocher de ces appareils le dynamographe qui a été imaginé par M. Marey et qui peut non-seulement donner le poids d'un corps, par exemple, le poids d'un homme, mais qui permet en outre d'évaluer les actions mécaniques que celui-ci exerce dans la marche, la course, le saut. La disposition qu'il a adoptée et qui pourrait être utilisée dans d'autres circonstances repose en principe sur la déformation que subit, sous l'influence de pressions extérieures, un réservoir rempli d'air, par exemple, un tube de caoutchouc enroulé reposant sur le sol et sur lequel appuie un plateau qui recevra le corps à peser : les indications sont transmises à un levier enregistreur par un tambour à air.
Il est possible d'imaginer encore d'autres combinaisons qui pourraient être appliquées avantageusement dans des cas spéciaux : il nous suffit d'avoir indiqué la possibilité de trouver des solutions pratiques. C.-M. Gariel.
POIGNET {carpus, r.apT:hi, ail. Handgelenlc, ang. xurist, esp. munecay puno).
1. Anatomie. Intermédiaire entre l'avant-bras et la main, la région du poignet est limitée par deux plans horizontaux passant, l'un au niveau du premier pli cutané inférieur de l'avant-bras, l'autre au-dessous des saillies du scaphoïde et du pisiforme (Paulet, Richet). Deux travers de doigt au-dessus et au-dessous de l'interligne articulaire radio-carpien mesurent encore ses limites (Blandin, Tillaux).
Un squelette formé par les extrémités inférieures du radius et du cubitus et
POIG^ET. 591
les os du carpe, les articulations qui les unissent, un revêtement de parties molles (peau, aponévrose, tendons, vaisseaux et nerfs), telle est la constitution de cette région dont certains éléments sont décrits dans des articles spéciaux.
Formes extérieures. Chez l'homme, le poignet est aplati d'avant en arrière; il est arrondi chez la femme et l'enfant. Très-variable suivant les sujets, sa largeur, d'après AUiot de Montagny, est en proportion inverse de l'intelligence, assertion contestable. Dire que chez les manœuvres, dont l'intelligence est sans culture, tout le membre supérieur, et surtout la main et le poignet, acquièrent à la longue un développement proportionnel considérable, dans une certaine mesure Richet serait porté à l'admettre, mais vouloir mesurer le degré de l'intelligence sur le diamètre transversal du poignet, c'est s'exposer à de grossières erreurs.
L'aplatissement antéro-postérieur de la région fait qu'elle présente deux faces, l'une antérieure, l'autre postérieure. Surl'antérieure, la peau fine et glabre est sillonnée par trois plis transversaux qui se dessinent pendant la flexion de la main et disparaissent à la moindre tuméfaction. La supérieure, légèrement concave en bas, correspond au bord supérieur de la tète du cubitus, à 1 centimètre au-dessus de l'interligne radio-carpien. En regard de cet interligne est placé le pli moyen, tandis que l'inférieur répond à l'articulation médio-carpienne et marque la limite entre la portion antibrachiale plane et la portion carpienne saillante (talon de la main) du poignet. Sur ce pli inférieur viennent s'éteindre quelques-unes des lignes de la paume de la main, et presque en son milieu une dépression verticale indique la séparation des éminences thénar et hypothénar. Au-dessous de lui la palpation permet de sentir en dehors les reliefs du scaphoïde et du trapèze, en dedans du pisiforme, que l'on peut mobiliser chez quelques sujets. Plus importantes que ces points de repère, masqués souvent par l'épaisseur des téguments, sont les saillies et les dépressions que l'on aperçoit, croisées par un lacis veineux cutané plus ou moins développé, sur la portion antibrachiale du poignet. De dehors en dedans on trouve : le bord externe du radius et son apophyse styloïde, la gouttière radiale où l'on sent, où l'on peut voir battre l'artèi'e radiale, le tendon du grand et celui plus saillant encore du petit palmaire, le faisceau tendineux du fléchisseur sublime, la gouttière cubitale oij se laissent soupçonner les battements de la cubitale, enfin le tendon du cubital antérieur surplombant la tête arrondie du cubitus dont l'apophyse descend moins bas que celle du radius.
La face postérieure, conv^^xe du bord radial au bord cubital, est par Tillaux subdivisée en régions postérieure et externe. Ici pas de plis transversaux, sauf quand la main est restée longtemps fléchie en arrière sur l'avant-bras ; pas de saillies tendineuses, si ce n'est en bas et en dehors. Là les tendons réunis des abducteur et court extenseur du pouce dessinent le bord externe d'une dépression triangulaire limitée en dedans par le tendon du long extenseur, la tabatière anatomique. Le réseau veineux assez développé permet au besoin d'y pratiquer la saignée, en même temps que le peu d'épaisseur des parties molles rend aisée l'exploration du poignet.
Les apophyses styloïdes radiale et cubitale servent à reconnaître l'articulation radio-carpienne ; la ligne qui joint leur sommet est oblique de bas en haut et de dehors en dedans, elle forme la corde de l'arc représenté par la mortaise radio-cubitale, arc dont la flèche varie de 6 à 10 millimètres. Pour découvrir les articulations médio-carpienne et carpo-métacarpienne, Tillaux donne les
conseils suivants : Recherchez le pli inférieur du poignet, celui qui en avant répond au talon de la main ; ce pli existe constamment et est très-prononcé. Réunissez ses deux extrémités sur la face dorsale de la main, la ligne passe exactement sur le col du grand os. Mettez le doigt sur cette ligne, vis-à-vis du trajet du troisième métacarpien, vous sentirez une dépression qui correspond à ce col, et au-dessus une saillie contre laquelle butera votre doigt. La saillie appartient au scaphoïde et au semi-lunaire. Pendant que votre doigt occupe la dépression, fléchissez la main, et vous sentirez le creux se combler : c'est la tête du grand os qui sort de sa cavité de réception.
Etant donné les apophyses styloïdes et le grand os, on peut explorer le carpe et le dessiner en quelque sorte à travers la peau. L'articulation radio-carpienne est à 1 centimètre au-dessus de la ligne bi-apophysaire, l'articulation carpométacarpienne à 15 millimètres au-dessous. Chez quelques sujets, la saillie et la mobilité de la tête cubitale en arrière sont assez prononcées pour faire croire à sa luxation ; chez certains, dans le mouvement de flexion forcée, la tête du grand os dessine un relief qu'il est bon de connaître.
La déformation du poignet par les tumeurs synoviales, celle que produit la fracture de Textrémité inférieure du radius, ont été signalées, plus loin nous nous occuperons des modifications que peuvent entraîner les luxations dans les formes extérieures de la région.
Parties molles. Au poignet les parties molles comprennent une enveloppe cutanée aponévrotique et deux faisceaux, tendineux, vasculaires et nerveux.
En avant, la peau fine et glabre, sauf au talon de la main où elle s'épaissit, n'est pas doublée par le fascia superficialis, mais directement soudée à l'aponévrose par des tractus dont le plus grand nombre aboutissent aux tendons du petit palmaire et du cubital antérieur. Ces adhérences du derme expliquent la permanence des plis cutanés antérieurs ; elles empêchent le passage de l'avantbras à la main des suffusions sanguines ou purulentes sous-cutanées. En arrière, la peau couverte de poils chez l'homme, plus épaisse et plus mobile que sur la face antérieure, repose sur un fascia lamelleux que peuvent distendre l'œdème et les suppurations diffuses. Yelpeau y a signalé la fréquence de deux bourses séreuses au niveau des apophyses styloïdes du radius et du cubitus. La rétractilité des lambeaux cutanés, favorisée par la présence de ce fascia, doit toujours faire prendre à l'opérateur des lambeaux dorsaux plus longs que les palmaires.
Sous la peau, la couche graisseuse est gênée dans son développement par les trabécules sous-dermiques, aussi chez les individus gras le poignet présente, surtout vu par sa face antérieure, un étranglement marqué. Dans cette couche sous-cutanée se terminent les nerfs brachial cutané interne et musculocutané. On y trouve encore, outre les réseaux veineux et lymphatique, des filets nerveux de passage; en dehors, la branche cutanée dorsale du radial ; au milieu de la face antérieure, le rameau cutané palmaire du médian; en dedans, les filets cutanés du cubital qui, avec ceux du radial, sillonnent aussi la face dorsale.
L'aponévrose continue celle de l'avant-bras. En avant, elle reçoit des faisceaux de renforcement du cubital antérieur et du petit palmaire; celui-ci, d'abord compris dans un dédoublement de l'aponévrose, se dissocie et se fusionne avec elle. Au niveau de l'articulation le plan fibreux s'épaissit pour constituer les deux ligaments annulaires antérieur et postérieur. L'aponévrose dorsale de la
main en arrière, en avant les aponévroses palmaires externe et interne, entre les deux le sommet de la moyenne, s'insèrent à leur bord inférieur.
Le ligament annulaire antérieur du carpe représente une bandelette transversale, haute de 5 centimètres, qui par son extrémité interne se fixe au pisiforme et à l'os crochu, et à son extrémité externe s'attache par une lamelle superficielle à la saillie du trapèze et à la tubérosité du scaphoïde, et, par une lame profonde, sur la face antérieure du scaphoïde et du trapézoïde. Ce dédoublement forme avec le squelette un canal qui donne passage au tendon du grand palmaire. D'après Richet quelques-unes des fibres ligamenteuses vont s'entre-croiser sur la face antérieure des os du carpe et constituent ainsi un anneau fibreux complet. Donnant insertion aux muscles thénar et liypothénar, à l'aponévrose palmaire moyenne par son bord inférieur, le ligament se continue en haut avec une aponévrose mince, à fibres transversales, qui couvre la partie supérieure de la région. Sa face antérieure adhère, nous l'avons dit, à la peau et au tendon du petit palmaire; sa face profonde convertit en canal la gouttière formée par les os du carpe, canal radio-carpien, qui met largement en communication les couches profondes de l'avant-bras avec la loge palmaire moyenne.
he ligament annulaire postérieur, beaucoup moins épais que le précédent, descend moins bas. Les fibres obliques qui constituent cette bandelette large de 2 centimètres montent du cubitus, du pyramidal et du pisiforrae, vers le bord externe du radius, où elles prennent un point d'appui, puis se continuent dans l'aponévrose antérieure. De la face profonde du ligament postérieur naissent des cloisons fibreuses qui s'insèrent aux bords correspondants des gouttières du radius et du cubitus, et les transforment en canaux moitié osseux, moitié fibreux, pour le passage des tendons dorsaux et de leurs gaines.
Ces deux ligaments brident les tendons sous-jacents, leur servent au besoin de poulie de réflexion et s'opposent à leur luxation. C'est à les renforcer encore que sert l'anneau de cuir ou la simple corde enroulée que les manœuvres portent autour du poignet.
La position réciproque des organes qui traversent la région antérieure varie suivant qu'on les considère au-dessus ou au-dessous du bord supérieur du ligament annulaire. En haut, ils se juxtaposent de dehors en dedans de la façon suivante : 1" le tendon du long supinateur couciié sur le bord externe du radius, à peine saillant et inséré à l'apophyse styloide ; 2° l'artère et les veines radiales qui contournent la pointe de l'apophyse pour devenir postérieures ; 3" le tendon du grand palmaire jusqu'à son canal ostéofibreux ; 4" celui du petit palmaire encore distinct de l'aponévrose; 5" les tendons fléchisseurs superficiels et au-dessous d'eux le tendon du fléchisseur propre du pouce et les tendons fléchisseurs profonds. Dans ce faisceau le nerf médian est intermédiaire aux deux couches et situé un peu en dedans de la ligne médiane, parfois une artère l'accompagne; 6° l'artère et les veines cubitales au-dessous d'un plan aponévrotique spécial, sous-jacent à l'aponévrose d'enveloppe, lamelle fibreuse qui relie la couche des fléchisseurs au tendon du cubital antérieur ; 7° le nerf cubital qui, placé en dedans des vaisseaux, se bifurque à 4 ou 5 centimètres au-dessus de l'article en branche antérieure ou collatérale de l'artère et branche postérieure destinée au dos de la main et des doigts; enfin 8° le tendon du cubital antérieur.
Tous ces organes reposent sur le muscle carré pronateur, qui tapisse la face
antérieure des extrémités radiale et cubitale et recouvre la terminaison des vaisseaux et nerf interosseui.
Au-dessous du bord supérieur du ligament annulaire les rapports sont modifiés. Le long supinateur n'existe plus, les vaisseaux radiaux ont quitté la région, le tendon du grand palmaire s'engage dans sa coulisse, le tendon du petit palmaire devient superficiel et se fusionne avec l'aponévrose, l'artère cubitale passe avec ses veines et sa branche nerveuse collatérale dans une rainure que l'on remarque à la face externe du pisiforme en avant du ligament annulaire, et en dedans des vaisseaux le tendon du cubital, sus-ligamenteux également, va s'insérer au pisiforme d'oîi rayonnent ses expansions. Au-dessous du ligament, dans le canal radio-car pien, passent le nerf médian et les tendons fléchisseurs avec leurs gaines synoviales.
A la face postérieure, le plan sous-aponévrotique se trouve subdivisé par les cloisons émanées de la face profonde de l'aponévrose et insérées aux arêtes osseuses du radius et du cubitus ; de là six canaux osléo-fibreux qui sont destinés : le premier, le plus externe, oblique en bas et en avant, aux tendons réunis du long abducteur et du court extenseur du pouce ; le second, beaucoup plus large et verticalement dirigé, aux tendons réunis des deux radiaux externes ; le troisième, très-étroit et oblique en bas et en dehors, au tendon du long extenseur du pouce ; le quatrième, qui est le plus large et le plus profond de tous, aux tendons de l'extenseur commun des doigts et à celui de l'extenseur propre de l'index; le cinquième, entièrement fibreux et comme creusé dans l'épaisseur du ligament annulaire, au tendon de l'extenseur propre du petit doigt; le sixième au tendon du cubital postérieur (Sappey).
Ces tendons sont munis de gaines synoviales. Autant de canaux ostéo-fibreux, autant de gaines; ceux qui contiennent deux ou plusieurs tendons ne sont tapissés le plus habituellement que par une synoviale commune ; exceptionnellement il existe une gaine pour chacun des tendons radiaux externes. La synoviale la plus externe, celle des tendons des long abducteur et court extenseur du pouce, remonte à 2 ou 5 centimètres au-dessus du ligament annulaire postérieur et en bas ne dépasse pas l'interligne radio-carpien ; elle est le siège de prédilection de l'aï ou ténosite crépitante. La gaine normale des radiaux, unique en haut, s'élève à 2 centimètres au-dessus du ligament annulaire et, bifide en bas, elle se prolonge jusqu'aux insertions métacarpiennes des tendons; elle communique fréquemment avec celle du long extenseur du pouce. Dépassant à peine le bord supérieur du ligament, la bourse synoviale des extenseurs commun des doigts et propre de l'index descend jusqu'à la partie moyenne ou inférieure du quatrième métacarpien. L'extenseur propre du petit doigt possède une gaine qui s'étend du bord supérieur de la tête du cubitus à la partie moyenne du cinquième métacarpien. Enfin la synoviale interne accompagne le tendon du cubital postérieur, depuis le bord supérieur de la tête du cubitus jusqu'à son insertion au cinquième métacarpien.
Pour la description des vaisseaux et des nerfs de la région, voy. les ai'ticles spéciaux qui leur ont été consacrés.
Os et articulations. Le squelette de la région est formé par l'extrémité inférieure du radius, celle du cubitus, les os du carpe. Les articles Radius, Cubitus et Main, les ont fait connaître. Ils s'articulent entre eux, et l'on décrit les articulations radio-cubitale inférieure {voy. article Radio-ccbital), radiocarpienne, pour lesquelles nous renvoyons à l'article Main.
L'articulation radio-carpienne appartient à la classe des diarlhroses, genre condylien. La cavité de réception est constituée, en dedans par la face inférieure du ligament triangulaire et en dehors par la facette triangulaire radiale subdivisée elle-même en deux facettes, l'une interne quadrilatère, l'autre externe triangulaire à sommet correspondant à l'apophyse slyloïde. Son grand axe, transversal, mesure 4 3 5 centimètres, et le petit antéro-postérieur ne dépasse pas 15 à 20 millimètres. L'extrémité externe descend i)lus bas que l'interne et son bord postérieur est plus inférieur que l'antérieur. D'autre part, le condyle carpien résulte de la juxtaposition des trois premiers os du carpe ; scaphoide, semi-lunaire et pyramidal, dont le cartilage d'encroûtement se prolonge plus loin sur la face postérieure que sur l'antérieure, de telle sorte que l'extension du poignet peut être poussée plus loin que la flexion.
Les moyens d'union ou ligaments sont au nombre de six''(Sappey) : deux latéraux, deux antérieurs, deux postérieurs.
Le ligament latéral externe, vertical, très-court, semi-conoïde, se porte du sommet de l'apophyse styloïde radiale à la face externe du scaphoide. L'interne, vertical et cylindrique, plus long et plus faible que le précédent, engaine l'apophyse styloïde cubitale et s'insère à sa base, puis par son extrémité inférieure se fixe sur le pyramydal et le pisifornie.
Les ligaments ante'rietirs sont antéro-externe et antéro-interne ; ils sont formés par plusieurs plans de fibres et par leur résistance jouent un rôle important dans les fractures de l'extrémité inférieure du radius. De ces libres, les unes, externes, naissent d'une petite fossette que présente en avant l'apophyse styloïde du radius et de la moitié externe du bord antérieur de l'os, puis se portent en bas et en dedans pour aller s'insérer sur le semi-lunaire et le grand os. Les fibres internes émanées du tiers interne du bord antérieur de la facette radiale, du bord antérieur du ligament triangulaire et de la fossette de la tête cubitale, se dirigent en bas pour s'insérer après un court trajet au semi-lunaire et au pyramidal.
Les ligaments postérieurs répètent en quelque sorte leS antérieurs, mais ils sont beaucoup plus minces et plus faibles. Les fibres externes s'insèrent au radius en haut, au semi-lunaire et au pyramidal en bas, et les internes s'étendent du ligament triangulaire au pyramidal.
Ces ligaments sont renforcés par les tendons disséminés autour de l'articulation.
La synoviale, très-lâche, adhère à la face profonde des ligaments antérieur et postérieur ; elle envoie un prolongement dans le ligament latéral interne, se continue avec la synoviale de l'articulation du pisiforme avec le pyramidal, et communique assez souvent avec la synoviale radio-cubitale inférieure par une fente plus ou moins rapprochée de la base du ligament triangulaire. On trouve parfois aussi une communication entre les synoviales radio-carpienne et médiocarpienne par un orifice qui occupe la partie moyenne du ligament interosseux étendu du semi-lunaire au pyramidal. Nous noterons la proximité qui existe entre cette cavité séreuse et les nombreuses gaines synoviales de la région adhérentes aux ligaments et aux os de l'article.
11. Physiologie. L'articulation radio-carpienne inférieure et les mouvements de pronation et de supination de la main ont été décrits à l'article Radio-carpien. La main se fléchit et s'étend sur l'avant-bras, s'incline en dehors et en dedans, prend les positions intermédiaires à ces quatre déplacements cardinaux et par
suite décrit un mouvement de circumduction. L'étendue de ces mouvements dans l'article radio-carpien, pour Ja flexion et l'extension en particulier, est en raison inverse de ce qu'elle est dans l'article médio-carpien. Le mouvement de flexion de la main se passe surtout dans cette dernière, celui d'extension dans la première. De là résulte que dans la flexion le sommet de la courbe postérieure que dessine la région est occupé par la tête du grand os et non par l'extrémité des os de l'avant-bras, particularité à ne pas oublier dans la désarticulation (lu poignet. Dans les mouvements de latéralité, le déplacement se produit d'abord dans l'article supérieur, puis dans l'inférieur; ces mouvements de latéralité du reste, possibles lorsque la main se trouve sur le prolongement de l'avant-bras, deviennent impossibles dans toute flexion ou extension du poignet, parce qu'alors les ligaments latéraux sont tendus
Ces mouvements résultent : 1° l'extension, de l'action des deux radiaux, de l'extenseur commun des doigts, l'extenseur propre du petit doigt, le cubital postérieur, les long et court extenseurs du pouce et l'extenseur propre de l'index; 2» l'inclinaison vers le bord radial de l'avant-bras est produite par le premier radial externe, le long abducteur, le long et court extenseur du pouce ; 5° l'inclinaison du côté cubital est sous la dépendance du cubital postérieur ; 4° la flexion a pour agents les grand et petit palmaires, le cubital antérieur, les fléchisseurs superficiel et profond des doigts, le fléchisseur propre du pouce. Comme le fait remarquer Duchcnne, à part les muscles qui agissent à la fois sur les doigts et sur la main, nous n'avons pour celle-ci qu'un seul muscle extenseur, le second radial externe, et trois muscles directement fléchisseurs, le cubital antérieur et les deux palmaires.
Le carpe dans son ensemble forme une voûte si accusée que Sappey la regarde comme un caractère se rattachant à l'attitude bipède ; cette voûte possède une grande résistance, et dans une chute, la main s'étendant et formant avec l'avantbras un angle droit, tout le poids du corps vient tomber perpendiculairement sur la convexité du carpe qui, tourné vers le sol par sa concavité, et appuyé sur lui par ses deux piliers, résiste à la manière des voûtes (Sappey). Cette solidité du carpe résulte de sa forme, de la multiplicité des pièces qui le composent et de l'étendue relativement considérable des facettes par lesquelles ces diverses pièces s'articulent entre elles.
Les trois os de la rangée antibrachiale unis ensemble jouissent de mouvements étendus ; le pisiforme est encore plus mobile. La rangée métacarpienne, au contraire, dont les pièces constituantes ne présentent que de légers mouvements de glissement, se fléchit et s'étend dans l'articulation médio-carpienne. Elle peut aussi s'incliner en dedans et en dehors. Ces mouvements latéraux ont été par la plupart des auteurs regardés comme impossibles, les deux rangées se pénétrant réciproquement. Il en serait ainsi, en effet, si les articulations de la rangée supérieure étaient immobiles, mais elles possèdent une assez grande mobilité pour permettre à leurs surfaces articulaires de s'incliner les unes sur les autres. Ces mouvements latéraux peuvent être facilement constatés ; ils s'ajoutent à ceux de l'articulation radio-carpienne qui les précèdent et les déterminent (Sappey).
111. Développement. Le point osseux de l'extrémité inférieure du radius paraît vers la deuxième année, se développe lentement et se soude au reste de l'os vers l'âge de dix- huit ans (Richet). Sappey admet que la soudure est encore plus tardive; elle aurait lieu de vingt à vingt-deux ans chez la femme, de vingt
et un à vingt-cinq ans chez l'homme. Ce serait là une condition heureuse pour la limitation des lésions et pour la résection (Delorme) ; en réalité le peu d'épaisseur de l'épiphyse (elle n'atteint pas 1 centimètre) enlève à cette disposition tout ce qu'elle peut avoir d'avantageux.
L'extrémité inférieure du cubitus, cartilagineuse à la naissance, ne commence à s'ossifier que vers la sixième année ; elle se soude au corps de l'os de dix-huit
à vingt ans.
A la naissance, le carpe est complètement cartilagineux; il présente autant de cartilages distincts qu'il existe d'os. Vers la fin de la troisième année, le grand os et l'os crochu offrent un point osseux à leur centre; celui du pyramidal n'apparaît qu'une année plus tard, puis viennent à une année d'intervalle et successivement ceux du trapèze, du semi-lunaire, du scaphoïde et du trapézoïde. A neuf ans tout le carpe est ossifié, sauf le pisiforme, qui ne quitte l'état cartilagineux que vers la douzième année (Richet).
IV. Difformités congénitales ou acquises. Voy. les articles Main, Mainbote, Radius, Cubitus.
V. Pathologie. Afin d'éviter les répétitions nous allons indiquer les lésions étudiées dans d'autres articles. Intermédiaire à la main et à l'avant-bras, le poignet participe à beaucoup d'affections primitivement localisées à l'une ou à l'autre de ces régions, de plus les lésions des organes qui le traversent retentissent sur la main, plus encore qu'elles ne causent de dommage au point même où on les observe.
Lésions traumatiques. I. Fracture de l'extrémité inférieure du radius. Voy. Radius. — Fracture des os du carpe. Voy. Main.
II. Luxation radio-cubitale inférieure. Voy. Radio-cubitale. — Luxation des os du carpe, luxation médio-carpienne. Voy. Main.