‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.78Chapitre 28 sur 59 · POLISTES · texte numérisé non relu

POLISTES

tables. On peut]aisémeiit emporter au printemps le nid commencé d'un Poliste sur sa branche d'attache. La fondatrice reste sans chercher à piquer ; on la voit continuer son nid et l'observateur assiste à laHmentation des larves. Les premières ouvrières nées s'habituent à être regardées et laissent contrôler leur manière de travailler en augmentant le guêpier ainsi que la colonie.

Les espèces européennes de Polistes sont difficiles à établir et à distinguer, tant elles varient pour la coloration. On a successivement admis quatre espèces, mais elles peuvent être réduites à deux, le Polistes galliciis Linné et le P. higlumh Linné. Ces deux espèces manquent dans les îles Britanniques, mais existent ailleurs communément.

Le Polisles galUcus, long de 12 à 16 millimètres, est noir varié de jaune. Les antennes sont jaunes, un peu orangées, avec le scape noir et une tache jaune en avant. Deux taches jaunes se trouvent sur le disque du mésothorax et d'autres sur le métathorax. Ailes d'un brun roussàtre, assez transparentes. Pattes jaunes avec les hanches noires, ainsi que les deux tiers des cuisses. Bandes inférieures des segments abdominaux jaunes ; les deux premiers segments ont chacun deux taches jaunes, celles du deuxième segment chez le mâle, avec un point noir; les bordures de l'abdomen sont très-échancrées et le jaune est clair sur l'insecte vivant.

Cette espèce, commune en France, s'étend au sud de l'Europe, au nord de l'Afrique, en Egypte et jusqu'en Perse ; elle n'arrive pas jusqu'en Suède, où elle est remplacée par la suivante.

Le Polistes biglumis Linné, ou P. diadema Latreille, est plus petit que son congénère, de 10 à 15 millimètres de longueur, noir comme lui, mais avec le jaune plus pâle, surtout sur labdomen. Il diffère par le chaperon jaune, traversé par une bande noire, les antennes ayant une tache jaune au scape, l'extrémité jaune brunâtre en dessous, mais tous les articles noirs en dessus. Métathorax souvent sans taches jaunes. Abdomen a bandes jaunes étroites, les deux taches jaunes des deux premiers segments, petites, souvent rousses, manquant sur le premier segment dans la variété P. Geoffroyi de Lepelletier de Saint-Fargeau ; parfois les taches manquent sur les deux segments.

Les deux espèces de Polistes établissent leurs nids sur les rameaux des arbustes, dans les pépinières, sur les tiges sèches des plantes, etc. Parfois ils sont placés dans le recoin des pierres en saillie, parfois même dans des ustensiles de ménage hors de service et en fer-blanc. Ce fait prouve que les Polistes doivent en été y supporter une chaleur torride ; Th. Lacordaire avait vu, à Cayenne, des Vespiens établir leurs nids dans des endroits oiî ils ne paraissaient pas souffrir d'une température d'environ 50 degrés centigrades.

Les parasites des Polistes européens sont intéressants à connaître. Les plus remarquables sont les Xenos, dont j'ai parlé à l'article Rhipiptères {vo)j. aussi Parasites). Le Xenos vesparum se développe à l'intérieur du corps des Polistes, les femelles restent au stade larviforme, les mâles deviennent ailés. Ordinairement le parasite se trouve en petit nombre, un ou deux sur le Polistes galliciis ou sur le P. biglumis, mais parfois on a constaté jusqu'à sept Xenos sur le même insecte. L'abdomen du Poliste est alors déformé, les segments sont écartés dans le sens de la longueur et la partie antérieure du parasite fait saillie entre ces mêmes segments.

Les Polistes atteints de Xenos sont moins agiles que les autres, ils se tiennent longtemps à la même place dans les environs du nid, sur les espaliers, les

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treilles bien exposées. On peut recueillir ces Polistes, les élever avec du sucre et de l'eau. Les Xenos mâles éclosent et volent aussitôt à la recherche des femelles, qui ne quittent jamais le corps de l'hôte.

Un Ichneumon, le Crijpturus argiolus Gra\enhorl, dont la femelle est dépourvue de tarière et dont j'ai fait l'anatomie avec Léon Dufour, pond dans les nids des Polistes. La larve du Crijptunis dévore celle du Poliste et file dans l'alvéole une coque de soie où elle prend la forme de nymphe.

Les Polistes exotiques offrent comme d'autres Yespides une maladie cryptogamique remarquable qui les a fait appeler : Guêpes végétantes. II. de Saussure a représenté un Polistes aniericanus couvert de moisissures. Ch. Piobin a décrit ces végétaux avec soin, et II. Lebert en a fait un genre Polistoplwra {voy. Henri de Saussure, Monographie des Guêpes sociales, introduction, page CLix-cLxiv, planche XI, fig. 5 et explication de la figure). Les Guêpes végétantes dont a parlé Ricord-Madiana, et observées par lui à la Guadeloupe, contre le tronc d'un Bignonia pentaphijlla, étaient probablement des Polistes {voy. Guêpe). '

J'ai fait remarquer déjà que les piqûres des Polistes sont moins redoutables que celles des Guêpes; le même traitement leur est applicable. On a vanté beaucoup l'ammoniaque et l'eau de chaux [voy. Guêpes et Uyméiso-

PTÊRES). A. LaBOULBÈÎSE.

POLLAKIURIE. Voy. Diabète et Sychnurie.

POLLI (Giovanni). Médecin italien, né vers 1812, reçu docteur à Pavie en 1857, mort le 14 juin 1880, fut un ardent propagateur de la crémation. Il a publié un grand nombre d'opuscules sur la chimie biologique, sur les fermentations morbides en particulier, et rédigé les Annali di chimica applicata alla medicina. L. Hn.

POLLICH (Martin). Encore appelé voxMellerstadt, du lieu de sa naissance (Mellerichsladt, en Francouie), né en 1450, nommé professeur de médecine à Leipzig en 1495, accompagna le prince électeur de Saxe, Frédéric lit, en Palestine. A son retour, il détermina ce prince à fonder l'Université de Wittemberg (1502), dont il fut le premier recteur. Sa grande érudition lui valut le nom de Lux mundi. L'un des premiers en Allemagne il s'éleva contre l'arabisme et remit en honneur Hippocrate et Galien ; il eut une discussion violente avec Simon Pistorius, arabiste obstiné, contre lequel il écrivit pour sa défense plusieurs opuscules devenus très-rares :

I. Defensio Leoniceniana. Lipsiae, 1498. — II. Castigationes in Alabandicas declaraliones D. S. Pistorii.\ Lipsiae, 1500. — III. Responsio ad superadditos errores S. Pistorit de m alo franco. Lipsiae, 1701, in-4°. L. Hs.

POLLliTiOX. Voy. Spermatorrhée.

POLLYXÈXES. Voy. DiPLOrODES.

POLTA (Josef). Né le 1" janvier 1802, à Gross-Szecze, en Hongrie. Il fit ses études à Pest, où il fut reçu docteur en 1850. Sa thèse a pour titre : de vermibus intestin alihm. Pest, 1850, in-8". Chargé d'un service de cholériques

POLYDACTYLIE. 599

pendant répidémie de 1851 , il a publié, avec Garl Grïinhut, un rapport : Summa observationum quas de choiera orieniali. Pest, 1851, in-8°. — Devenu médecin de l'hôpital, il a encore publié des Ohservationes de herpete, ejus complicationibus et remedio novo, Anthrakokali. Pest, 1857, in-8% ouvrage Iraduit en allemand par Sigmundi. Leipzig, 1858, in-8^ A. D.

POLYADÉiVO.tlES. Voy. Adé>omes et Epithéliales {Tumeurs),

POLYARTnRiTE. Voij. Arthrite.

POLlfBE. Gendre d'Ilippocrate, fut l'un des fondateurs de l'école dogmatique, et l'auteur probable de plusieurs écrits de la collection liippocratique [De naturel hominis. — De ?iatura piieri. — De saliibrl viclus ratione). Ces ouvrages ont été publiés en latin à Bàle, en 154i, puis à Venise, en 1545. L. Un.

POLICÉPHALE. En 1800, Zeder a donné le nom de Polycephalus aux llydatides ou Echinocoques, dans lesquels, d'accord avec l'opinion alors admise, il voit des Vers adultes, génériquemont distincts des Taîuias. Zeder avait même admis plusieurs espèces (P. ho)ni7ii!>, P. (jranulosus, P. humanus, P. echinococcus) qui se rapportent toutes à VEchinococcus polymorphus, larve du Tœnia echinococcus {voy. Echijsocoques). R. Bl.

POLircnROiTE. C'est la Crocine {voy. ce mot).

POLlfCOTYLAIRES. Voy. Cestoïdes.

POLYCirSTlXES. Sous-ordre des r»adiolaires, renfermant des animaux isolés à une seule capsule centrale, à squelette siliceux, toujours exira-capsulaire, composé d'un test treillissc de forme très-variée, souvent divisé en deux ou plusieurs compartiments, superposés ou placés les uns à côté des autres par des cloisons transversales. Le squelette présente en généi'al un axe ^longitudinal à pôle apical et à pôle basilaire. Le premier de ces pôles est voiité et fermé, le second est ouvert ou présente un treillage différent de celui du pôle apical. Souvent il y a plusieurs tests sphériques emboîtés les uns dans les autres et réunis par des bâtonnets rayonnants, ou bien le test treillissé est remplacé par un système de spicules tangentiel à des rayons creux et résistants.

Les Polycystines sont des Radiolaires marins renfermant un grand nombre de genres répartis dans trois familles :

Les Cystides caractérisées par leur test treillissé à axe longitudinal ;

Les Elhmosphérides à squelette formé d'une ou plusieurs coquilles treillissées, reliées par des rayons;

Les Aidosphérides, dont le squelette est formé par un lacis de piquants creux, rayonnants ou tangentiels. F. H.

P0LYDAC;TTLE (Appareil). Voy. GourriÈRES. POLYDACTYLIE. Voy. DoiGTS.

600 POLYGALA (botanique).

POLYDESMIDES. VoiJ. DiPLOPODES.

POLYDIPSIE. Voy. Diabète.

POLYGjtLA. POI.YGALÉES. POLYGALACÉES. § I. Botanicfue.

Les Polygala ou Laitiers ont donné leur nom à la famille des Polygalacées et à une série de cette fomille, celle des Polygalées. Les Polygala ont des fleurs irrégulières, à réceptacle convexe sur lequel s'insère un calice de 5 sépales, fort dissemblables, imbriqués en quinconce. Les 2 sépales intérieurs sont ordinairement bien plus grands que les autres, insymétriques, colorés, et ils sont rejetés en dehors de chaque côté de la fleur épanouie, représenlant ce qu'on a appelé les ailes. La corolle, tout aussi iriégulière, est formée de 5 pétales, alternes avec les sépales, imbriqués de telle façon que les deux postérieurs recouvrent l'antérieur, plus grand que les autres et en forme de carène, de casque, de capuchon, etc. Son sommet est entier, bi ou trilobé, et porte souvent vers son extrémité une crête dorsale, lobée ou divisée d'une façon variable. Les pétales postérieurs sont plus petits ou peuvent manquer, mais c'est là le fait le plus ordinaire pour les deux pétales latéraux qui, lorsqu'ils existent, sont généralement réduits à de minimes langueltes. L'androcée est ordinairement 8-andre. Sauf à leur base où ils peuvent être absolument monodelphes et adhérer même à la base de la corolle, les filets sont unis en deux faisceaux latéraux égaux, et leur sommet libre supporte une anthère de forme variable, introrse, déhiscente vers son sommet par une ouverture de formes très-diverses. L'anthère est souvent aussi garnie de poils, vers son sommet et surtout vers sa base. Le gynécée est libre, pourvu à sa base d'un disque de forme variable, mais le plus souvent irrégulier; il se compose d'un ovaire comprimé sur les côtés, à deux loges, antérieure et postérieure, surmonté d'un style dont la portion supérieure se coude, s'incline en arrière et se dilate au-dessous de la surface papillaire en 2-4 lobes de forme trèsdiverse. Dans l'angle interne de chaque loge s'insère un ovule descendant, à micropyle tourné en haut et en dehors. Le fruit, ordinairement accompagné du calice persistant, est capsulaire, loculicide, comprimé latéralement, souvent obcordé ou didyme, à bords carénés ou ailés. Les graines descendantes, surmontées d'un arille micropylaire, sont pourvues d'un embryon à radicule supère, entouré ou non d'un albumen charnu. Les Polygala sont herbacés, suffrutescents ou frutescents, à feuilles alternes, opposées ou verticillées, à inflorescences simples ou composées, qui sont des grappes, des épis ou presque des capitules. Ce sont des plantes qui croissent spontanément dans tous les pays du monde. Une seule espèce est couramment usitée aujourd'hui.

C'est le Polygala de Virginie {P. Senega L.), qu'on emploie le plus en médecine. C'est une petite plante vivace, haute de 15 à oO centimètres, à souche épaisse, contractée, très-i'amifiée, quoique ses divisions très-courtes rappellent beaucoup une sorte de broussin, et prolongée inférieurement en une ou quelques racines tortueuses, noueuses, de la grosseur d'une plume à écrire, brune, irrégulièrement sillonnée, glabre et donnant naissance à des divisions radiculaires beaucoup plus ténues. De la souche naissent de nombreux rameaux aériens, chargés d'écaillés obtuses et imbriqués dans leur état de bourgeons, plus tard dressés en assez grand nombre, généralement indivis ou peu ramifiés, herbacés, glabres, à feuilles inférieures squamiformes, distantes, à feuilles supérieures graduellement plus grandes, lancéolées, aiguës aux deux extrémités, atténuées

POLYGÂLA (botanique). 601

à leur base un peu insymétrique en un court pétiole, membraneuses, entières ou à bords très-finement crénelés-denticulés, penninerves, finement réticulées, glabres surtout en dessous. Le rameau se termine par une grappe étroite ou allongée, ou bien quelquefois les inilorescences sont axillaires ou même opositifoliées, chargées de bractées alternes, linéaires, qui se détachent bientôt à lembase. Dans leur aisselle est une fossette au fond de laquelle s'articule le pédicelle floral. Les fleurs sont petites, à calice verdàtre, formé de 5 sépales inégaux, les intérieurs pétaloïdes veinés, et à corolle réduite à 5 pétales paies, membraneux, l'inférieur en capuchon, caréné, surmonté d'un bouquet de saillies oblongues, rectilignes, formant la crête. Les étamines diadelplies ont de petites anthères allongées, à fente supérieure et intérieure, simulant un pore, i/ovaire comprimé est surmonté d'un épais style cluviforme, rétréci à la base, coudé en haut et se terminant, api^ès une soie qui surmonte le coude, par une tête déprimée, stipitée, reportée en bas et en dedans par le fait de la coudure. Le fruit, accompagné à sa base du calice non accru, est une petite capsule ovale, comprimée, émarginée, glabre. Les graines sont ovoïdes-oblongucs, noires, recouvertes d'un tégument translucide et mou, chargé de soies blanches, courtes, et pourvu d'un arille descendant, plus long que la graine et la recouvrant, tout le long de son bord chalazique, de ses deux longs bras aliformes, subaigus, concaves ou falciformcs, membraneux et blanchâtres. Leur embryon, de la longueur de la graine à peu près, est entouré d'un albumen charnu et peu épais (dimensions : feuilles longues de 2 à 7 centimètres, et large seulement de 1/3 à 1/2 centimètre, ou, dans une variété latifolia, de 3 cent, environ ; pétiole 1/2 cent, environ; inflorescence, 2-4 cent.; fleur, 1/3 cent.; fruit, 1-2 cent, de long, sur 1/3 cent, de large; graine, 4 mill. environ).

Cette plante est de l'Amérique du Nord; elle croît au Canada, au Tennessee et à la Caroline septeutiionale, dans des terrains secs et rocheux. Elle fleurit en mai et juin et a été quelquefois cultivée en pleine terre dans nos jardins botaniques, où elle est fort rare aujourd'hui. On emploie en médecine la portion souterraine entière, expédiée directement des Etat-Unis en Europe sous le nom de Senega, Seneka ou Snake-root, grosse au plus comme le petit doigt, longue de 5-10 centimètres, souvent un peu comprimée et parcourue d'un côté ou de chaque côté par une ligne gris jaunâtre à l'état sec, plus foncée que le bois ou méditullium, blanchâtre, ridée ou incomplètement annelée en travers, à odeur rance, un peu nauséeuse, à saveur bientôt amère et acre. Toutes ces qualités résident dans la seule écorce. Elle les doit kh sénégine (Gehlen), qu'on suppose identique à l'acide polygalique (Quevenne). Le bois des racines est remarquable par la présence de secteurs cellulaires séparant les uns des autres les quartiers de tissus ligneux. Dans l'écorce il y a un suber assez distinct, au-dessous duquel le parenchyme à phytocystes radialement allongés contient çà et là des gouttes de matière grasse. Mais ce tissu manque du côté de la bride longitudinale, formée surtout d'éléments libéiiens faisant suite à ceux du bois, les rayons médullaires pénétrant très-loin dans la zone libérienne, et il y a aussi de l'huile dans les phytocystes de ces rayons.

Le Polygala Senega agit à peu près comme les Ipécacuanhas ; il est expectorant, diurétique, nauséeux, stimulant; il a été très-employé dans les affections pulmonaires et bronchiques, l'asthme, les accidents rhumatismaux. Sa vogue a été excessive, et c'est sous son image qu'on a été jusqu'à inscrire : Prœsenteni ostendit quœlibel herha Deiim. Sa réputation comme remède des morsures de

602 POLYGALA {thérapeutique).

serpents venimeux tient peut-être surtout a l'analogie de formes qu'on trouvait entre sa racine noueuse et la queue d'un Crotale. On a souvent falsifié le P. Senega : avec le faux-Ginseng américain [Panax quinquefolium L.), le Gillenia trifoliata, le Cijpripedium pubescens W. et même le Dompte- Venin.

Des propriétés évacuantes sont signalées dans un grand nombre d'autres Polygala d'importance secondaire : nos P. vuhjaris L., calcarea Sch., amam L., qui passaient pour toniques, stomachiques, sudoriûques, légèrement aromatiques, un peu amers. Ils ont servi, dit-on, à falsifier le thé vert. Le P. riibella Pirsh sert aux États Unis de médicament franchement amer. Dans l'Amérique centrale, les P. caracasana, formom, monticola, etc., ont les mêmes propriétés que le P. Senega, comme au Brésil le P. Poaya Mart., à peu près aussi actif que ripécacuanha (Martius). Il y a des Polygala anthelminthiques, d'autres très- dangereux (P. venenosa i.). Tous ces médicaments sont à peu près inconnus en Europe.

La famille des Polygalacées a été par nous divisée en ô séries :

1. Polygalées. Cette série i-cnferme, outre les Polygala, les genres Badiera, Comesperma, Mundtia et Monnina, pour ne citer que ceux qui présentent quelque intérêt au point de vue médical.

"2. Xanthophyllées. Formée du seul genre Xanlhophyllum, dont une espèce indienne, le X. Arnottianum Wight, a un bois utile. De même le X. vitellinum W.vLP., de Java.

5. Kramériées. Formée du seul genre Krameria, dont plusieurs espèces fournissent les Ralanhia employés en médecine.

Les Monnina sont astringents, comme les Krameria, notamment les M. pterocarpa, salicifolia, polysiachya. H. B>\

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^ II. Thérapeutique. Deux espèces de polygala sont employées en médecine : l'une est indigène, le polygala commun ; l'autre est d'origine américaine, le polygala de Virginie ou senega. Malgré leur parenté, elles ne possèdent pas des propriétés identiques.

I. PoLVGALA coMMLJi. L'étymologie de son nom l'indique assez, cette plante passait pour augmenter la sécrétion du lait. Aujourd'hui sa racine est déchue de ces propriétés, et la médecine populaire ne fait guère appel qu'à ses vertus amères.

{° Matière médicale. C'est la plante entière, tige et racine, que l'on trouve dans le commerce. La tige est menue et arrondie; sa racine courte et cylindrée. On la distingue de la racine du polygala de Virginie par sa couleur foncée, son épidémie lisse et l'absence de callosités. Mâchée, elle laisse dans la bouche une saveur acre et aromatique; enfin, elle exhale une faible odeur. On vend indistinctement sous son nom la plante desséchée du Polygala vulgaris et du Polygala amara.

POLYGALA (thérapeutiqce). 605

2» Action tliétapeiU'Kjue. Le polygala était, employé dans l'ancienne médecine comme amer, tonique, incisif et sudorifique. Mais cette dernière propriété était surtout utilisée pour favoriser l'expectoration. A dose élevée, elle provoquerait des vomissements.

On la prescrivait surtout dans les broncliites chroniques et l'emphysème pulmonaire, et de préférence dans les cas où les crachats visqueux se détachaient diflîcilement ; elle passait même pour produire des effets purgatifs.

3" Mode d'administration et doses. La poudre de polygala, que l'on obtenait en broyant la plante entière desséchée, s'administrait aux doses d'un 1/2 gramme à 2 grammes.

La tisane de polygala était préparée par l'infusion de 10 grammes de la plante sèche dans 1 litre d'eau.

IL Polygala de Yiugiinie ou senega. Originaire de l'Amérique du Nord, où elle possède une grande réputation médicinale parmi les indigènes, qui l'employaient contre diverses maladies et contre les morsures des serpents, cette plante n'est employée que par sa racine desséchée.

1" Matière médicale. La racine du senegu est contournée, calleuse et munie sur toute sa longueur d'une côte saillante. A son extrémité supérieuio elle se termine par un renflement tubériforme. Une écorce dure, cornée, en forme l'enveloppe extérieure, son centre est constitué p;ir un axe ligneux de couleur blanche. Cette racine desséchée possède une odeur nauséabonde, une saveur d'abord fade, puis chaude et piquante, laissant un goût d'acide dans le pharynx, et, quand on la mâche, augmentant la salivation. Son écorce est plus riche que le centre en principes acres.

2° Composition chimique. Les principes immédiats que Quevenne a rencontrés dans cette racine sont les suivants : du ligneux, de l'albumine, de la gomme, une matière colorante, des matières grasses, cérine et huile lixe, des acides tannique et pectique, des sels calcaires et magnésiens, du fer, de la silice et deux principes particuliers : l'acide polygalique ou sénégine et l'acide virginéique.

L'acide polygalique ou sénégine (de Gehlen), C^^H'^O", existe dans la proportion de 5 pour 100 environ dans cette racine et se trouve en abondance plus grande dans sa partie corticale que dans sa partie centrale. C'est un corps pulvérulent et blanchâtre qui, sous l'influence d'une chaleur convenable, se volatilise sans se décomposer. L'eau et l'alcool le dissolvent même à froid et ses solutions aqueuses ont la propriété de mousser fortement. L'éther, l'huile et l'acide acétique, ne le dissolvent pas. Par sa combinaison avec les alcalis et les oxydes métalliques il donne des sels. Les acides se transforment en glycose et sapogénine, réaction qui le rapproche de la saponine avec laquelle Balley le confondait.

L'acide virginéique [isolusiiie de Peschier) a été isolé par Quevenne, qui le décrit comme une matière colorée en jaune, d'un goût acre et amer, d'une odeur pénétrante, cristallisable en écailles et analogue aux acides butyrique, phocénique et valérianique. Il se dissout dans l'alcool, l'éther et les solutions de potasse caustique, mais résiste à l'action de l'eau même aidée de la chaleur. Cet acide donnerait à la racine de polygala son âcreté et son odeur.

0" Falsifications. Le plus souvent cette racine est mélangée avec les racines deginseng (racine du Panax quinquefolium), dont on la dislingue aisément.

Parmi les fraudes dont elle a été l'objet, la plus redoutable a été son mélange

604 POLYGALA (thérapeutique).

avec la racine d'ellébore blanc, qu'Oswald, pharmacien à Eiseuach, signalait, en 1847. Un autre pharmacien, Charles Patroiiiliard, a observé un autre mélange, l'addition de la racine d'asclépiade dompte-venin [Asclepias vincetoxicum). Enfin on en constate souvent le mélange avec les racines d'autres espèces de polygala, comme le montrait Siebcrt en 1881, ou des racines de végétaux étrangers à cette famille. La diagnose de ces mélanges repose sur les cai'aclères anatomiques que M. Collin a énumérés dans un mémoire publié par les Bulletim de la Société de pharmacie de Bruxelles, de l'année 1879.

¥ Action physiologique. Le polvgala de Virginie impressionne vivement la muqueuse olfactive par l'àcreté de son odeur. Broyés entre les dents, les frag' ments de sa racine provoquent une sensation de chaleur dans la bouche, puis l'irritation de la langue et du pharynx, enfin une abondante salivation.

Son ingestion stomacale est suivie de douleurs vives à l'épigastre, de nausées et de vomissements. Ceux-ci sont précédés chez l'homme par une sensation de chaleur cutanée et par la transpiration, phénomènes qui sont suivis de douleurs abdominales et d'évacuations diarrhéiques.

Sous l'influence de ses préparations, Schroff aurait constaté des modifications de la nutrition, l'augmentation de l'exhalation d'acide carbonique et, d'après Boeker, de la proportion d'urée.

Ces phénomènes se produisent après l'ingestion de doses physiologiques, mais quand on en atteint de i)lus élevées, surviennent des troubles comparables aux phénomènes toxiques provoqués par l'ingestion des drastiques, parmi lesquels l'anxiété et le vertige. Enfin' l'administration répétée du polygala ou de ses préparations amène des troubles gastro-intestinaux permanents, dont les plus habituels sont la gastralgie et l'inappétence.

Ces phénomènes paraissent dépendre de l'action de la sénégiue. L'ingestion de cette dernière provoque, en effet, une sensation d'ardeur dans la bouche, de constriction dans le pharynx, suivie d eternuments et de salivation. Elle a été l'objet de recherches expérimentales. C'est ainsi que, administré au chien par doses de ôO, 10 ou 50 centigrammes et par la voie gastrique, l'acide polygalique amenait la mort des animaux à la suite de vomissements abondants et de troubles respiratoires profonds. D'après Gubler et M. E. Labbée, cette mort surviendrait après trois heures environ, quand on administre cette substance par la voie gastrique. Elle serait plus rapide en l'injectant en solution aqueuse dans les veines et par dose de 10 centigrammes.

L'acide virginéique irrite également les muqueuses. Il possède des propriétés acres, mais ne paraît pas être le principe médicamenteux le plus actif du Polygala senega.

En résumé, au point de vue [diysiologique, les effets du polygala et de ses principes sont ceux des émétiques, des sudorifiques et des purgatifs drastiques.

5° Usages thérapeutiques. Au point de vue de l'utilisation thérapeutique on peut considérer ce végétal comme éméto-cathartique et contre-stimulant. Les indigènes de l'Amérique septentrionale^ lui attribuent d'autres vertus et l'emploient comme un remède des morsures des serpents venimeux. Son nom de senega a été emprunté, dit-on, à celui d'une tribu qui la première eu aurait fait cet usage, en raison, sans doute, de ses vertus diaphorétiques.

On a prescrit le senega comme purgatif contre l'hydropisie, comme diaphorétique contre le rhumatisme, comme sialagogue et éméto-cathartique contre le croup, et, parmi ceux qui en ont fait usage contre cette affection, rappelons

POLYGLYCÉRIQUES. 605

les noms de Bretonneau, Yalentin, Archer et Ilaidford. On l'a aussi prescrit comme emraénagogue contre l'aménorrhée et des dysménorrhées.

De ces vertus thérapeutiques la mieux établie ou tout au moins la plus vulgaire est celle de favoriser l'expectoration en augmentant la fluidité des crachats et les efforts d'expulsion. A ce titre, la racine du polygala a été prescrite dans le cours des bronchites subaiguës, des calanlies broncliiques, de l'emphysème et de l'asthme. Aujourd'hui on se sert volontiers encore de Tiniusion de polygala comme véhicule des potions expectorantes.

6° Modes d'adininislration et doses. La poudre de polygala ou bien poudre de senega se formule par doses quotidiennes de 1/2 gramme à 2 grammes, que l'on divise en plusieurs prises.

La tisane de polygala est préparée par infusion ou par décoction à raison de 4 à 8 grammes de racine mondée et coupée dans 1 litre d'eau.

L'extrait de senega s'administre à raison de 5 à 4 grammes pur, soit en l'incorporant à des potions, soit de préférence en solution dans une grande quantité d'eau.

Le sirop de senega possède les mêmes propriétés et produit les mêmes résultats aux doses quotidiennes de 20 à 60 grammes.

Le vin de senega est peu employé de nos jours. On l'ordonne par cuillerées que l'on fait ingérer d'heure en heure.

7" Succédanés. Parmi les succéilancs divers de ce végétal, ceux qui ont été le plus souvent conseillés sont les polygala indigènes : Polygala amara, polygala vulgaris, polygala d'Autriche, et surtout le Polygala chamcedris, qui naît dans les Alpes et auquel Pescliier attribue les vertus du senega. Au Brésil, la racine du Polygala poaya est employée par les aborigènes comme émétique et astringente. Ch. Éloy.

POLYGALIIVE OU POLYGALIQCE (AcIDe). Voy. PoLYGALA.

POLYGEi\iÈSf:. Voy. Génératioin.

POLYGLYCÉRIQUES (Alcools OU hydrates). Ce sont des hydrates où deux ou trois groupes glycéryles, C''II% remplacent l'hydrogène de 5 ou 7 molécules d'eau. On les obtient en chauffant pendant douze à quinze heures, vers 100 degrés, un mélange de chlorhydrine et de glycérine, puis distillant jusqu'à 275 degrés Le liquide brun restant est soumis à la distillation fractionnée sous une pression de 10 millimètres. On obtient ainsi :

i° Valcool diglycérique, diglycériiie OU pyroglycérine. C''H''0^= „; ( 0^-

Liquide épais, brûlant avec une flamme éclairante, soluble dans l'alcool et l'eau chaude, insoluble dans l'éther ; la diglycérine, en perdant une molécule d'eau, se transforme en un éther, CH'-OS appelé pyroglycide, diglycine ou métaglycérine :

2» Valcool triglycérique ou triglycérine. C^H'^O'' = „„ ' O'^. Liquide

très-visqueux qui, par de nombreuses distillations, perd une molécule d'eau et donne l'anhydride ou éther, CIP^OS nommé triglycide ;

5° Des glycérides encore plus condensées, que nous passerons sous silence.

Les alcools polyglycériques prennent encore naissance en distillant jusqu'à 290 degrés la glycérine qui perd de l'eau en se polymérisant. L. H>'.

006 POLYGONATUM.

POLTGXATIIIE (de tto/ùç, beaucoup, et yi/âGoç, màclioire). Monstruosité caractérisée par la présence, sur l'une des mâchoires, de mâchoires accessoires ou de masses informes d'os et de cartilages. De même que la pohiuélie, la polygnathie résulte d'un excès de formation; en d'autres termes, à l'époque de la production des bourgeons maxillaires, il y a eu division et formation double d'un de ces bourgeons.

La jiolygnathie peut encore être un cas particulier de bicéphalie avec atrophie et alléralion de la tète surnuméraire ; l'examen attentif des masses osseuses annexées à la mâchoire permet souvent effectivement d'y reconnaître l'ébauche d'une tête accessoire.

D'une manière générale, la polygnathie est compliquée de malformations dans les parties qui se développent aux dépens des arcs branchiaux. L. H.\.

POLYGKATniEXS. Famille de monstres doubles parasitaires, chez lesquels le monstre parasite est réduit à des mâchoires et à quelques parties céphaliques attachées aux mâchoires, particulièrement à la mâchoire inférieure de l'individu principal. Les monstres polygnalhiens sont rares. On en connaît cependant trois genres différents, les Épignathes, les Hypognathes et les Augnathes [l'oy. ces mots). L. H.x.

rOLYGOX.VCÉES OU POLl'GOXÉES. Famille de plantes Dicotylédones, dont les caractères essentiels résident dans la structure de l'ovaire, du fruit et de la graine. L'ovaire, à une loge, au fond de laquelle est attaché un seul ovule orthotrope, devient à la maturité un achaine indéhiscent, ordinairement létragone, contenant une graine unique, pourvue d'un albumen farineux ou corné.

Les Polygonacées sont des herbes annuelles ou vivaces, parfois volubiles, des sous-arbrisseaux ou même des arbustes à feuilles alternes et pourvues de stipules soudées entre elles de manière à former, autour de la tige, une gaine [ochrea] membraneuse, complète ou fendue, souvent terminée par des cils. Les Heurs, très-petites, sont hermaphrodites, plus rarement unisexuées. Elles ont un périanthe simple, herbacé ou pétaloïde, à trois, quatre, cinq ou six divisions libres ou soudées par leur base, disposées sur un ou deux verlicilles. Les étamines, insérées sur un disque épais, charnu, liypogyne, souvent pourvu de glandes, sont au nombre de quatre à dix et disposées sur deux rangs; leurs anthères, biloculaires, sont extrorses dans les étamines du rang intérieur, introrses dans celles du rang extérieur. L'embryon, droit ou arqué, a sa radicule dirigée vers le point diamétralement opposé au bile.

Les Polygonacées habitent pour la plupart les régions tempérées de l'ancien monde. Elles renferment principalement les genres : PoIygonumL., Rumex L., Rheum L., Alraphaxis L. et Coccoloba L., dont plusieurs espèces fournissent à la médecine des médicaments soit purgatifs (les diverses sortes de Rhubarbe), soit astringents (racines de Renoiiée, de Patience, de Bistorte) ou toniques (notamment le Pohjgomim Sieboldii Pieinw.); d'autres, comme l'oseille, sont cultivées en grand comme alimentaires ou pour leurs graines (le sarrazin ou blé noir) , qui servent surtout à la nourriture des bestiaux et des volailles. Ed. Lef.

POLTGOXATUM. Voy. MuGDET.

POLYGONUM (botanique). 607

POLI'GOIX'UM [PoUjgomnn L.). § I. Botanique. Genre de plantes qui a donné son nom à la lamille des Polygonacées (votj. ce mot).

Les Polygonum sont des herbes annuelles on vivaces, quelquefois volubiles, dont on conn;ût un grand nombre d'espèces, répandues surtout dans les régions tempérées du globe. Leurs fleurs, petites, de couleur rouge, rose, blanche ou d'un blanc verdâtre, sont disposées en épis ou en grappes axillaires ou terminales, plus rarement en fascicules ou bien à l'aisselle des feuilles. Elles sont hermaphrodites et réguHères, avec un périanthe simple, ordinairement à cinq divisions pétaloïdes et huit étamines disposées sur deux rangs; les extérieures, au nombre de cinq, alternent avec les divisions externes du périanthe, les trois autres sont opposées aux divisions internes du périanthe. Le fruit est un achaine trigone ou comprimé-lenticulaire et l'embryon, plus ou moins arqué, est placé sur les côtés de l'albumen.

Les espèces de ce genre qui offrent quelque intérêt au point de vue médical sont les suivantes :

1° Le P. historla L., bien connu sous le nom vulgaire de Bistorte {roy. ce mot) ;

2° Le P. aviculare L., espèce annuelle, commune dans toute l'Europe, en Asie et dans le nord de l'Amérique, sur le bord des chemins, dans les bassescours, les jardins en friche, les lieux incultes. On l'appelle vulgairement Rénouée, Cenlinode, Traînasse, Herbe à cochon. Herbe à cent nœuds. Ses tiges noueuses, longues d'environ 50 ceutimètres, étalées ou appliquées sur la terre, sont garnies de feuilles oblongues-lancéolées, à l'aisselle desquelles se développent, de juin à octobre, de petites fleurs blanchâtres ou rougeâtres. On lui a attribué des propriétés astringentes, qui l'ont fait employer en tisane dans le traitement des diarrhées chroniques, à la dose de 20 grammes par litre d'eau.

0° Le p. hydropiper L. ou Persicaire acre. Poivre d'eau, Curage, croît en Europe, dans les lieux humides, dans les marécages, sur le boid des fossés. C'est une herbe annuelle, dont les tiges dressées sont terminées par des épis grêles de fleurs d'un blanc rosé ou verdâtre. Ses feuilles, oblongues-lancéolées, glabres, ont une saveur acre, poivrée et même briàlante. Elle était préconisée autrefois, en infusion (5 à 15 grammes par litre d'eau), contre la jaunisse, la chlorose et la goutte, en lotions (15 à 30 grammes par litre d'eau), dans le traitement des ulcères atoniques.

4° Le P. persicaria L. ou Persicaire douce [Persicaria mitis des anciens formulaires) est une espèce voisine de la précédente, commune dans les champs humides, dans les fossés, sur le bord des eaux. On lui a attribué des propriétés astringentes, vulnéraires et fébrifuges.

5" Le P. hydropiperoides Pursh, également voisin du P. hydropiper, croît ■dans l'Amérique du Nord. On l'emploie, aux Etats-Unis, à l'extérieur, pour panser les ulcères, et à l'intérieur contre la gravelleet la salivation mercurielle. 6° Le P. aniphibium L. se rencontre communément en Europe dans les mares, les étangs, les rivières, les lieux marécageux. C'est une espèce vivace dont la souche rameuse, longuement traçante, donne naissance à des tiges submergées-nageantes ou terrestres, terminées chacune par un épi compacte de fleurs roses. Sa souche, d'un brun noirâtre à l'extérieur, rougeàtre à l'intérieur, est réputée sudorifique. On l'a préconisée, en décoction, pour guérir les dartres anciennes, même de nature syphilitique.

608 POLYGONUM (emploi).

7" Le P. Sieboldii Reinw. est une espèce asiatique, dont la racine araère constitue un des toniques les plus renommés chez les Chinois et les Japonais.

8" Le P. fagopyrum L. [Fagopijriwi esculentiini Mœnch), appelé vulgairement Sarrasin, Blé noir, est une espèce annuelle, originaire de l'Asie centrale, dont les fleurs blanches ou rosées sont disposées eu grappes courtes, longuement pédonculées. Elle est cultivée en grand en Europe, ainsi que le P. talaricum L., pour ses graines, riches en fécule, qui servent principalement à la nourriture des bestiaux ou des volailles. Dans certaines contrées, où les céréales et surtout le blé font défaut, on les utilise pour faire du pain, mais ce pain est indigeste et d'ailleurs peu nutritif. Ed. Lef.

§ II. Applications thérapeutiques. Parmi les nombreuses espèces du genre Pohjgonum, quelques-unes seulement ont eu des applications médicales, celles des astringents surtout, mais la plupart d'une médiocre valeur, et aujourd'hui presque oubliées des praticiens. Je traiterai donc sommairement cette question qui n'a plus guère qu'un intérêt historique.

Les espèces les plus usitées ont été les suivantes :

Pohigoniim bistorta Bi>torle.

— aviculare Aviculaire.

— Iijjdropiper.. . l'ersicaire acre.

— persicai ia Per^icairn.

— amphibium . l'ersicaire amphibie.

— nnti-hémorrhoidale Persicaire anlihémorrhoïdairc.

— barbatum ' . . Persicaire du Cap.

— tamnifolium

Les autres : Pohjgonum fagopyrum (Sarrazin), P. tinctorium,P. viviparum ou Bistorta minor, P. convolvulus, P. dumetorum, P. emarginatum, P. hispidum, P. midtiflorum, P. odoratum, P. sibiricum, P. tatariciim, n'ont que des usages industriels (matières colorantes) sans importance, ou bien elles entrent dans l'alimentation des peuples ou des classes pauvres.

Quelques mots sur les espèces médicales autres que le Pohjgonum bistorta, qui a été traité au mot Bistorte.

Pohjgonum aviculare. Elle est connue sous les noms vulgaires d'aviculaire, renouée, tramasse, etc. Comme la précédente, elle est riche en principes tanniques et possède également les vertus des astringents. On conçoit donc qu'elle ait été autrefois ordonnée contre les flux et les écoulements de sang. Scopoli. Chomel, Hermannet Becler, Levrat-Perroton (1845), Dubois, de Tournai, Bazin, ont rapporté des cas de diarrhée guéris par cette plante, dont ils estimaient les qualités astringentes. Camerarius lui attribuait la ûiculté d'arrêter les vomissements de sang, et les vétérinaires l'ont prescrite contre l'hématurie des vaches. Cette plante, que Boerhaave et son commentateur van Swieten appréciaient beaucoup, n'est plus aujourd'hui prescrite.

Ses fruits, fort recherchés des oiseaux, d'oii son nom de polygone avimlaire, ou des petits oiseaux, seraient doués de propriétés émétiques et purgatives, au dire de de Candolle.

Pohjgonum hydropiper. La persicaire acre, Persicaria urens, diffère des précédentes quant à ses propriétés. A l'état frais, elle a un goût acre, poivré (d'où son nom de poivre d'eau), brûlant et acide; elle possède même des propriétés irritantes pour la peau, allant de la rubéfaction à la vésication (Boerhaave). Elle passait autrefois pour diurétique et lithontriplique. C'est pourquoi on la prescri-

POLYGONUM (emploi). 609

vait contre les hydropisies, la gravelle, le catarrhe vésical, les engorgements du foie et de la rate. De plus Etmûller la regardait comme anthelminthique, et, suivant Eberle, elle serait emviénagogue.

A l'extérieur, Murray en conseillait la de'coction contre l'odontalgie, les aphthes, l'angine simple ou ulcéreuse; Buchwald contre la gale, et Gazin l'a employée comme résolutive des engorgements glandulaires lymphatiques, et détersive des plaies gangreneuses.

Ai-je besoin de dire qu'aujourd'hui pas un médecin peut-être ne prescrit la persicaire acre dans les maladies graves qu'on lui faisait combattre autrefois, pas plus qu'on ne la conseille comme résolutive ou détersive dans les affections chirurgicales, même les plus bénignes? Elle n'est active qu'à l'état frais.

Polyçjoniuii perslcaria. Appelée par opposition à la précédente Persicaria mitis, persicaire douce. Avec elle nous rentrons dans l'ordre ordinaire des faits thérapeutiques propres aux plantes du gem^e Polygonum et dérivés de leur astringence. La persicaire était autrefois l'une des espèces les plus appréciées de ce genre. On la disait astringente, diurétique, styptique, fébrifuge, détersive et antiseptique, résolutive, anligangréneuse. D'où ses indications ;pour guérir les flux, la gravelle, les hémorrhagies, et ses applications externes couitiie vulnéraire. Elle était également prescrite contre le scorbut, la jaunisse, les dermatoses, la goutte et le rhumatisme. Paracelse l'appelait mercure terrestre. Et Van Heliiiont, Fonseca, Mareus, Miicke, CroUius, iiivière, etc., lui attribuèrent, outre une vertu magnétique, la propriété étonnante du transfert des maladies d'une place à une autre. Ces faits, du domaine du merveilleux, et ceux plus terre à terre qu'une observation médicale sévère pourrait peut-être accepter comme démontrés, n'ont pu rappeler aux médecins le nom de la persicaire, bien profondément oubliée de nos jours. Elle entrait dans la formule de l'onguent mondificatif et du baume tranquille.

Polygonum amphibium. Persicaire amphibie. Sa racine rappelle beaucoup celle de la salsepareille, qu'elle aurait même servi à falsifier (Coste et Willemet). Cette ressemblance a peut-être été l'origine de ses applications médicales. Elle était autrefois ordonnée contre les dartres, et Cazin assure avoir guéri une syphilide profonde avec la décoction de racine. Pour Burtin, la persicaire amphibie est le meilleur succédané de la salsepareille (conclusion de son mémoire de 1785).

On prescrivait autrefois la décoction de racine : 100 grammes par litre d'eau, ou bien l'extrait aqueux (Coste et >Yillemet) à la dose de 1 à 2 grammes.

Roques fait de cette fausse salsepareille un médicament inférieur à la bardane ou à la saponaire. Peu importe sa valeur relative, puisqu'elle n'est plus jamais prescrite aujourd'hui.

Polygonum antihémorrhoidale. Au Brésil, où cette variété est connue sous le nom de Erva do bicho, on s'en sert en fomentations, bains, cataplasmes, contre les hémorrhoïdes et la goutte.

Polygonum barhatum. C'est une plante qui croît au Cap et dans l'Inde. Ses propriétés diurétiques l'ont fait prescrire contre les hydropisies.

Polygonum tamnifolium. A la Nouvelle-Grenade, la décoction de cette plante astringente est employée pour combattre les hémorrhagies.

En définitive, le genre Polygonum fournit surtout à la matière médicale des plantes plus ou moins riches en principes astringents.

C'est à ces principes toniques qu'elles doivent les quelques vertus que l'empirisme ancien leur attribuait, tout en les dotant de propriétés importantes, mais DICT. ENC. 2"^ s. XXVI. 59

de pure fantaisie. Actuellement cependant elles sont presque délaisse'es et ne méritent pas qu'on les tire de l'oubli où les a laissées peu à peu la pratique médicale. Peut-être pourrait-on faire une exception en faveur de la bistorte, l'un de nos meilleurs astringents indigènes. Ernest Labbée.

POLIXACTIQUES (AciDEs). Ce sont des anhydrides, ou mieux des élhers de l'acide lactique, c'est-à-dire des dérivés de cet acide renfermant des radicaux d'acide qui remplacent un hydrogène alcoolique. Tels sont l'acide dllactiquey QcjjioQo^ et Vacide trilactique, qu'on ne connaît guère qu'à l'état de trilactate diéthylique (C'"'1P^Û'). L- Hj<.

POLYMÉLIEXS (de 7ro>û;, beaucoup, et ps^oç, membre). Famille de monstres caractérisés par l'insertion sur un sujet, normalement conformé du reste, d'un ou de plusieurs membres accessoires. Selon le lieu d'insertion et le nombre des membres accessoires, on distingue les Polyméliens en Pygomèles, Gaslromèles, Nolomèles, Céphalomèles, Mélomèles{voy. ces mots). L. Hx.

POLYNÉSIE. Voy. OcÉANIE.

POLYPES (Chirurgie). Le mot Polype est un de ceux qui ont été consacrés par le temps et que l'on conserve dans le langage chirurgical, quoique le sens n'en soit pas bien précis. 11 n'apporte en effet à l'esprit qu'une idée de forme et ne renseigne nullement sur la nature, la codstitution anatomique de l'objet qu'il représente, mais il fait image et permet au chirurgien de poser rapidement un diagnostic, compris de tout le monde et qui ne le lie en rien pour l'avenir. On rencontre en effet journellement des tumeurs dont on ne peut que soupçonner la structure ; souvent même il est nécessaire d'en pratiquer l'ablalion pour en faire une coupe histologique susceptible de nous renseigner. Dans ces conditions, la dénomination du néoplasme ne peut être appliquée à la tumeur, d'après ses caraclères anatoniiques, et dun autre côté certains signes coustanls tenant à sa situation, à sa forme, à sa marche, permettent de lui donner un nom qui résume en quelque sorle tous ces caractères. Le mot polype est tout à fait dans ce cas et doit être conservé dans le cadre nosologique.

Cette expression est très-ancienne, puisqu'on la trouve dans Hippocrate, dans Galien et dans Celse. Ces chirurgiens ne connaissaient que les polypes des fosses nasales. Ils avaient parfaitement vu que, partie d'un point limité, la tumeur envoyait des prolongements du côté du nez, du pharynx et de la bouche, et c'est probablement à cause de ces ramifications nombreuses qu'ils '"avaient comparée à un poidpe ou polype marin, d'où le nom de polype qui lui est resté. Disons tout de suite que les auteurs ne sont pas tous d'accord sur les motifs de cette comparaison. Levret pense que c'est non-seulement à cause de la forme de la tumeur, mais aussi à cause de sa consistance et de sa couleur, qu'elle a été appelée comme cet animal.

11 ne faut du reste pas s'arrêter à l'étymologie du mot (tvoIôî, beaucoup,. TToO;, jiied), attendu que les polypes n'ont en général qu'une seule racine. Enfin Paliicci croit trouver la raison de cette dénomination dans la facilité qu'ont les excroissances polypeuses de se reproduire une fois qu'elles ont été arrachées, facilité que possède aussi le mollusque déjà cité. Toutes ces questions ont du reste une médiocre importance. Le mot a fait fortune. On le retrouve dans Paul

d'Égine, dans les ouvrages des arabistes, dans Fabrice d'Aquapendente, dans Ambroise Paré, enfin dans tous les traités de chirurgie. Petit à petit il a pris une extension considérable, a servi de dénomination à une infinité de néoplasmes bien différents les uns des autres, et aujourd'hui il s'applique à des productions tellement dissemblables, qu'il est très-difficile d'en donner une bonne définition. Définition. On peut définir cette affection chirurgicale de a façon suivante : le polype est une tumeur qui a pour principal caractère d'être pédiculée, et qui a ordinairement son point d'implantation dans une cavité. On rencontre en effet bien des tumeurs pédiculées sur la surface du tégument externe, et on ne leur donne pas le nom de polypes cutanés. Sur les séreuses on trouve aussi des exemples de productions saillantes, comme dans le péritoine, dans les synoviales articulaires, sans les appeler polypes péritonéaux ou synoviaux; : c'est qu'implantés sur une surface plane ce ne sont pas de véritables polypes. Pour que cette appellation soit exacte, il faut que le pédicule soit en quelque sorte caché et que la tumeur ait l'air de s'abriter dans une anfracluosité, comme l'animal dont elle porte le nom.

C'est presque toujours dans les cavités muqueuses que se rencontrent ces excroissances : témoin les polypes de l'utérus, du vagin, des fosses nasales, du larynx, etc., mais il s'en trouve quelquefois dans les conduits tapissés pur de la peau, comme dans le conduit auditif externe, et c'est pour cette raison que, dans notre définition, nous nous sommes abstenu de déterminer la nature de la cavité.

Siège des polypes. On a rencontré des polypes dans presque toutes les cavités tapissées d'une muqueuse et surtout au voisinage de leurs orifices. On peut cependant en trouver d'implantés sur le fond même d'un organe profondément situé, comme à la partie postérieure de la cavité utérine, dans le voisinage de la trompe de Fallope.

Ces tumeurs ont cependant des sièges de prédilection. C'est dans les fosses nasales qu'elles sont le plus communes. Elles sont en général fixées sur la paroi externe, au niveau des cornets, ou sur l'apophyse basilaire, et affectent des caractères différents suivant leur situation. Nous ne pouvons dans nn article aussi général entrer dans plus de détails à ce sujet, et nous renvoyons pour tous les renseignements nécessaires à l'excellent travail de M. Spillmann {voy. Nez, 2«sér., t. XIII, p. 55).

La muqueuse utérine occupe le deuxième rang. Les polypes s'y implantent soit du côté du col, soit dans la cavité même, et sont susceptibles de s'accroître en pénétrant dans d'autres régions. De même que dans les fosses nasales ils peuvent envahir les sinus et pénétrer dans l'orbite, de même de l'utérus ils peuvent descendre dans le vagin et faire saillie à la vulve, tout en gardant toujours leurs insertions primitives {voy. Utérus).

Le rectum est aussi très-exposé à cette affection chirurgicale. On en a rencontré à toutes les hauteurs, mais ils sont plus fréquents à une distance de 5 ou 4 centimètres au-dessus de l'anus et viennent souvent faire saillie au dehors (voy. Rectum, 3'' sér., t. II). Dans le sinus maxillaire, dans le larynx, dans l'aisselle, dans le vagin et l'urèthre, les excroissances polypeuses sont encore assez fréquentes. Dans la vessie on peut en trouver, mais le diagnostic en est difficile, quoique le nouveau procédé de taille hypogastrique, permettant d'ouvrir aujourd'hui ce réservoir sans trop de danger, rende désormais facile l'exploration de la muqueuse vésicale. Enfin les polypes sont très-rares dans l'œsophage^

dans la trompe d'Eustache, malgré l'observation de Foucault, sur la conjonctive, dans le sac lacrymal, où J.-G. Walthcr en a vu un gros comme une petite aveline, dans le canal nasal, ainsi que dans les conduits lacrymaux (Duplay). Pour clore cette liste déjà longue nous citerons encore la trachée et les conduits galactophores, et nous renvoyons le lecteur à ces dil'férents mots pour de plus amples détails.

Êtiologie. Il est bien difficile de donner une cause à toutes ces productions bizarres qui du reste n'ont pas la même nature et peuvent provenir de tissus bien dissemblables. Comme pour toutes les maladies chirurgicales, on a invoqué les efl'etsdu traumatisme, cause tellement banale que la citer équivaut souvent à ne rien dire; mais, en examinant le siège de ces tumeurs, il est facile de se convaincre que l'inflammation continuelle de la surface où doit s'implanter le polype joue un rôle important dans son apparition. C'est dans les fosses nasales, très-souvent atteintes de catarrhe chronique, qu'on les voit se produire le plus fréquemment ; c'est du côté de l'utérus, soumis à des causes d'inflammations multiples et varices, qu'on rencontre encore ces tumeurs ; c'est aussi dans le rectum, organe exposé par ses fonctions à des irritations continuelles. Ce qui le prouve, c'est que ces tumeurs, qui peuvent changer de nature par le fait de leur accroissement, présentent toujours au début dans leur structure des éléments cellulaires analogues à ceux des tissus sur lesquels elles ont pris naissance. Souvent elles ne sont que des productions inflammatoires ayant succédé à une irritation continue, qui petit à petit détermine la formation de l'excroissance polypeuse.

Une question intéressante se pose dans l'étude de l'étiologie, c'est l'influence de l'âge sur le développement des polypes. 11 est à remarquer que certaines de ces tumeurs ne s'observent que chez les enfants : tels sont les polypes du rectum. Certaines autres commencent vers l'adolescence et ne se montrent jamais dans l'âge adulte. Les polypes naso-pharyngiens présentent cette particularité qui n'a du reste pas encore été expliquée. On peut dire cependant d'une façon générale que, pris sans distinction, les polypes sont plus fréquents dans l'âge moyen de la vie.

Le sexe a aussi une influence capitale sur l'éclosion de certaines de ces tumeurs. Les polypes naso-pharyngiens par exemple, n'ont jamais été observés ([ue chez de jeunes garçons. Pourquoi cette immunité pour l'autre moitié du genre humain? Nous renvoyons 'pour l'étude de ces intéressantes questions à l'article Nez déjà cité.

Forme. Les polypes peuvent affecter des formes variées. Ils sont souvent irréguliers, mais présentent cependant dans la généralité des cas un certain air de famille, dû à ce qu'ils sont piriformes et toujours pédicules. Leur configuration dépond souvent de leur nature et beaucoup aussi des parties dans lesquelles ils sont contenus. Si en effet on considère un polype naso-pharyngien à marche rapide, on voit qu'il prend une forme impossible à décrire, poussant des prolongements dans toutes les directions où la voie lui est ouverte et s'adaptant à la région qu'il pénètre. Il a bien un pédicule toujours fixé sur le même point, mais ses ramifications sont multiples, et il n'a pas la forme régulière que présentent en général les polypes muqueux. Chez ceux-ci il existe souvent des (■araclères communs, lue certaine régularité existe dans leur conformation. Ils ressend)lent à une massue à extrémité plus ou moins large et à manche ou à pédicule plus ou moins allongés. Ce sont du reste des tumeurs bénignes à

J*OLYPES. 613

marche assez peu rapide et obéissant aux lois de la pesanteur. On (pourrait même expliquer la forme pédicule'e de certains polypes par le mécanisme suivant : les tissus mous qui le composent, toujours entraînés par leur poids, tendent vers l'extrémité libre qui est le point le plus déclive et y forment la grosse masse de la tumeur. Le point d'attache continuellement tiraillé s'effile alors et s'allonge de plus en plus. On a mcme reconnu que le pédicule était d'autant plus ténu que lu formation du polype était plus ancienne, et on a vu cet amincissement progressif arriver jusqu'à la rupture, ce qui pourrait faire croire que la forme pédicule'e des tumeurs n'est ([u'im moyen pris par la nature pour en déterminer l'expulsion. Outre les lois de la pesanteur, certaines fonctions physiologiques et certaines actions musculaires seraient encore susceptibles d'intervenir, pour permettre ou pour hâter la formation du pédicule. C'est ainsi, par exemple, que les polypes du rectum sont constamment poussés vers l'anus et vers l'extérieur par la descente des matières fécales et par les actes mécaniques de la défécation ; ce qui explique l'excessive longueur et l'extrême finesse du pédicule des tumeurs polypeuses de la région rectale.

Il n'est pas très-rare de rencontrer des polypes en forme de grappes ou multilobés. Ce changement dans la configuration de la tumeur qui, à sou début, a presque toujours la forme d'une poire, provient des adhérences (|u'elle a contractées, soit avec les parois voisines, soit avec les autres productions semblables qui sont placées près d'elle. Un travail inflammatoire peut aussi leur faire perdre leur aspect régulier.

Leur surface est ordinairement lisse et polie; rarement elle est rugueuse ou déchiquetée. Quand les polypes font saillie à l'extérieur, on constate une ligne de démarcation bien nette correspondant aux limites de la partie entourée par la muqueuse qui est humide et unie et de la partie qui fait saillie à l'extérieur dont la surface est sèche et rude.

Le pédicule est presque toujours unique, ce qui prouve que les polypes naissent par une seule racine qui contient les vaisseaux chargés de leur nutrition. 11 est excessivement rare de leur rencontrer plusieurs points d'implantation et, quand ils existent, c'est que plusieurs tumeurs accolées les unes aux autres se sont petit à petit confondues, pour n'en plus former qu'une seule. On trouve encore des cas dans lesquels une adhérence solide de l'extrémité libre de la tumeur simule un second pédicule; mais on ne doit pas donner véritablement ce nom à des surfaces soudées ensemble par l'effet d'un travail inflammatoire.

Nombre. Il est peu intéressant de savoir si plusieurs polypes se développent à la fois sur la même personne et dans des régions différentes. Ces tumeurs sont généralement bénignes, comme nous le verrons dans le pronostic, et la présence simultanée de deux excroissances pédiculées n'implique aucunement l'idée d'infection, de généralisation. Il est cependant rare d'en rencontrer plusieurs à la fois, si ce n'est dans certaines cavités. Dans les fosses nasales, par exemple, les polypes sont très-souvent multiples. On peut en rencontrer jusqu'à 10 et 12 échelonnés sur les cornets. Il faut même connaître cette particularité pour ne pas faire une extirpation incomplète et croire qu'on a terminé son opération parce qu'on en a enlevé deux ou trois. Dans le rectum, on peut aussi en rencontrer plusieurs. Richet a observé un jeune homme qui avait le rectum presque complètement rempli par 80 ou 100 de ces tumeurs. Dans l'utérus, on a aussi rencontré plusieurs polypes à la fois. La nature de ces tumeurs semble être en

rapport avec leur nombre. C'est ainsi que les polypes fibreux sont presque toujours uniques, tandis que les polypes muqueux sont très-souvent multiples.

Volume. Le volume des polypes est excessivement variable. Leur grosseur peut aller depuis celle dune tête d'épingle jusqu'à celle de la tête d'un enfant et même de la tête d'un homme adulte, disait Breschet, et il est certain que, si les tumeurs fibreuses de l'utérus qui possèdent un pédicule sont rangées dans la classe des polypes, on peut en rencontrer d'énormes. Le plus souvent leur volume ne dépasse pas certaines limites, sans incommoder le patient qui vient alors réclamer les soins du chirurgien. Il l'aut que le polype soit encore bien petit pour passer inaperçu. Grâce à leur pédicule, ils sont susceptibles de venir se montrer à l'extérieur. On cite des tumeurs parties de l'utérus et arrivant jusqu'à la vulve, et il est facile d'apercevoir, jusqu'à l'ouverture des fosses nasales, des polypes naso-pharyngiensdont le point d'implantation est sur l'apophyse basilaire. Breschet dit avoir trouvé, sur des cadavres, trois exeniples de polypes de l'estomac, passant de la cavité de cet organe dans celle du duodénum par le pylore et offrant plus de 8 pouces de longueur sur 1 pouce de diamètre.

Le volume de ces tumeurs est d'abord limité par la cavité dans laquelle elles sont contenues. Elles commencent d'abord parla remplir complètement, si bien que celles qui siègent dans les fosses nasales peuvent obturer complètement ce conduit et empocher l'air de passer par celte voie qui d'ordinaire est largement ouverte. Dans une période plus avancée de leur développement, ils agissent sur les parois qui leur opposent une barrière et déforment alors la région dans laquelle ils se trouvent. C'est ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, que les cornets peuvent être déformés, les sinus maxillaires pénétrés, l'orbite envahi et l'œil projeté en avant par l'extension d'un polype fibreux.

Consistance. Couleur. On ajoutait autrefois une grande importance au degré de consistance des polypes. H est certain qu'une tumeur fibreuse ne donne pas au toucher la même sensation qu'une tumeur muqueuse, mais il est bien difficile de donner ici d'une façon générale les caractères de mollesse ou de dureté que peut présenter une tumeur pédiculée. Depuis le polype muqueux qui l'essemble à de la gélatine coagulée, qui peut être très-llasque, facilement dépressible, jusqu'au polype fibreux [qui présente une résistance presque ligneuse, il y a des degrés multiples qui dépendent principalement de la structure de la tumeur. Ce qu'il faut savoir, c'est que la consistance peut varier suivant la période de la maladie. Tel polype qui présentait à son origine une grande mollesse durcit petit à petit en vieillissant, tandis qu'on peut voir, mais très-rarement, les polypes fibreux s'infiltrer, s'oedématier et se ramollir.

La couleur est, comme la consistance, excessivement variable. Certains polypes ont une couleur jaunâtre quelquefois opalescente ; d'autres présentent des teintes qui vont du rose au rouge. D'autres enfin peuvent présenter une coloration foncée tournant vers le brun. Ce sont là au reste des signes physiques qui rentrent dans la catégorie des sjmptômes.

Classification. On rencontre dans presque tous les anciens auteurs une classification des polypes, et ces classifications ont des divisions d'autant plus multiples, qu'elles sont faites plus récemment, et par conséquent plus en rapport avec l'état de la science. Cela se comprend, puisqu'elles prennent toutes la structure anatomique comme base. C'est ainsi que Boyer les divisait autrefois en deux classes : les polypes durs ou sarcomateux, et les polypes juous ou vésicideux. Plus tard, on en reconnut quatre sortes : les vésiculeiix, les sar-

comateux, les granuleux et les fibreux. Alibert les divisa en six classes, les vésiculeux, les lardacés, les cancéreux, les fibreux, les charnus, les osseux. Puis Vidal de Cassis en fit sept espèces : 1° les mous, muqueux ou vésiculaires; 2° les lardacés; o" les fongueux; i° les fibreux durs; 5" les sarcomateux; 6° les cartilagineux osseux et pierreux; 1° les mixtes et les composés. Enfin M. Heurtaux (de Nantes) les a divisés, dans son article du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, en polypes muqueux, fibreux, glandulaires, vasculaires (Yirchow), myomateux, lipomateux, sarcomateux et épiihéliaux. Comme le fait remarquer cet auteur, il serait plus facile de multiplier le nombre des espèces que de les restreindre. Ou rencontre en effet dans les excroissances pédiculées toutes les formes de tumeurs connues, et il faudrait, pour être complet, faire une classification comportant autant de genres que l'on connaît d'espèces de tumeurs. Donner la classification des polypes reviendrait donc à exposer celle des tumeurs. Le mot polype n'implique qu'une ide'e de forme. C'est un terme plutôt clinique que scientifique, et par conséquent les polypes ne doivent former qu'une [seule classe, la grande classe des tumeurs pédiculées. Il ne faut cependant pas y ranger les concrétions sanguines formées sur la membrane interne du cœur ou de gros vaisseaux, concrétions attribuées par certains auteurs à une inllanimation, et que Laennec appelait avec raison concrétions polypiformes. Il ne faut pas non plus comprendre parmi les polypes ces formations sanguines appelées par Velpeau polypes utérins fibreux, et plus tard par Vircliow hématomes pohjpeux libres de rutérus. Ce ne sont pas là des tumeurs organisées, ce sont [de simples dépôts qui s'accumulent sur la paroi interne et qui ne possèdent pas de vaisseaux. On pourrait encore, en se pUiçant au point de vue de l'intervention cbirurgicale, distinguer dans les polypes deux grands groupes : les polypes intérieurs, qui sont difficilement atteints par la main du chirurgien, et les polypes extéro-inlérieurs, qui s'implantent au voisinage des orifices naturels et qui sont alors justiciables d'une opération (Gerdy); mais aujourd'hui on se permet de telles hardiesses, que presque tous les polypes peuvent être attaqués, grâce aux méthodes antiseptiques, et cette division ne devait être citée que pour mémoire.

Anatomie pathologique. Ce que nous venons de dire de la classification des polypes nous permet de ne pas nous étendre sur leur anatomie pathologique. Vouloir faire entrer dans un article aussi général la structure de toutes les tumeurs pédiculées équivaudrait à rééditer la composition des myxomes, des fibromes, des myomes, des adénomes, des lipomes, etc.. On peut du reste rencontrer des polypes qui ont changé de caractère anatomique, et nous renvoyons aux différents articles déjà cités plus haut pour l'étude de l'anatomie pathologique de ces différentes tumeurs.

Il est cependant un caractère intéressant que nous ne pouvons passer sous silence, c'est la nature du point d'implantation. Les polypes s'attachent sur la ■couche de tissus qui semble leur avoir donné naissance. C'est ainsi que Iot polypes muqueux, glandulaires, tiennent à la muqueuse; que les polypes myomateux, composés en grande partie de fibres lisses, s'implantent sur la <:ouche musculaire aux dépens de laquelle ils se sont développés. Les polypes fibreux pénètrent plus profondément et présentent cette particularité de pouvoir se fixer à un os par l'intermédiaire du périoste. Il suffit, pour en donner un exemple frappant, de citer les polypes naso-pharyngiens qui ont pour lieu d'élection l'apophyse basilaire et dont les racines traversent les couches muqueuse

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et fibro-cartilagineuse pour venir s'insérer sur la couche périostique sous le clivus de Blumenbach.

Symptomatologie. Les symptômes physiques qui ont rapport à la consistance, à la couleur, au volume des polypes, sont tellement particuliers, que nous ne pouvons les retracer ici. Ils ont du reste été étudiés en partie plus haut.

Les symptômes fonctionnels affectent des formes spéciales pour chaque région et font l'objet d'une étude complète à propos du mot qui les désigne, mais ils présentent^'pourtant des caractères communs qu'il est important de signaler.

La sensibilité des polypes est pour ainsi dire nulle. On peut en général toucher, comprimer la tumeur, la saisir même entre des pinces sans déterminer la moindre douleur. Les polypes sont cependant susceptibles de faire naître chez le malade des souffrances presque impossibles à supporter, par leur action sur les parties voisines. Au fur et à mesure qu'ils se développent, ils distendent les cavités qui les contiennent, jusqu'au point de les déformer, et cette compression permanente détermine, dans les paities qui supportent l'effort, des douleurs souvent très-vives et des névralgies qui s'irradient dans toute la région. On voit quelquefois les tissus s'enllammer, s'ulcérer, se gangrener, et ces accidents s'observent même dans les cavités osseuses. La pression est tellement forte qu'elle y détermine des atrophies, des ostéites, des suppurations osseuses, et on a vu des polypes capables de disjoindre des os, de pénétrer dans la cavité crânienne, de déjeter et d'expulser les dents.

Les fonctions des organes sur lesquels sont implantées ces tumeurs sont nécessairement atteintes. L'olfaction est éraoussée ou abolie dans les polypes du nez. Les yeux peuvent être projetés en avant, les nerfs optiques tiraillés, la vue presque totalement compromise, dans les polypes naso-pharyngiens. La voix est altérée dans le cas de polypes du larynx, l'ouïe supprimée par l'obturation du conduit auditif extrême. La mastication, la déglutition et la respiration; peuvent être considérablement troublées, la fécondation et la gestation compromises.

Les héraorrhagies sont parfois très-fréquentes et même très-graves. Elles peuvent être assez abondantes pour compromettre la vie du malade et réclamer de la part du chirurgien une intervention immédiate. Quand elles sont répétées,. elles déterminent chez le patient une anémie profonde qui peut venir se joindre à l'affaiblissement causé par le retentissement de la tumeur sur l'organisme. DiAG.NOSTic. Le diagnostic des polypes qui font saillie à l'extérieur est ordinairement des plus faciles. On trouve une tumeur mobile, se présentant à un orifice, on peut, à l'aide d'un stylet, pénétrer entre l'une de ses faces et la paroi de la cavité, et arriver même quelquefois sur son point d'implantation,^ mais le passage peut être plein de difficultés et, pour arriver sur le pédicule, il faut s'aider de tous les moyens de diagnostic tels que pinces, spéculums, éclairage, etc.

Quand les polypes sont intérieurs, le diagnostic devient véritablement trèsdélicat. Le toucher, toujours si précieux pour se rendre compte de la présence d'une tumeur quelconque, ne permet pas de la sentir. Il ne donne que des notions vagues, perçues à travers une paroi souvent très-épaisse, peu dépressible, et quelquefois même il ne peut être pratiqué. Il faut, dans ces cas, faire l'examen attentif de tous les symptômes présentés par le malade, se rendre compte de la nature des douleurs, de la marche de l'affection, interroger les

organes, leurs fonctions, les sécrétions, les hémorrhagies qui peuvent se produire, c'est-à-dire faire le diagnostic d'une tumeur quelconque situe'e dans une cavité. Cette tumeur une fois reconnue, on doit se demander si elle est pédiculée, et dans ce cas la mobilité, la déformation des parties, la région dans laquelle elle se présente, permettent d'arriver au diagnostic des polypes, question intéressante, à cause de la bénignité relative de cette production.

Il faut cependant se méfier de certains caractères qui pourraient égarer le diagnostic. La gène dans la perception lumineuse, par exemple, coïncidant avec une tuméfaction des fosses nasales, pourrait faire penser à un polype nasopharyngien et n'être qu'un trouble passager de la vue, coïncidant avec une affection inflammatoire de la cavité naso-i)baryngienne. Certaines déformations congénitales fréquentes, comme la déviation de la cloison des fosses nasales, sont aussi susceptibles de nous faire croire à des productions polypeuses, et il peut n'en être rien.

Dans les cas de polypes enfermés dans une cavité close, il est très-diflîcile de savoir où siège le point d'implantation. La chose est même presque impossible, quand on a affaire à un néoplasme de la vessie. Ou ne peut avoir (pie des soupçons. Il en est de même pour les polypes qui siègent dans l'estomac ou dans le fond de la cavité utérine.

Si on soupçonne une tumeur de mauvaise nature, on devra, comme toujours, explorer les parties voisines et principalement les ganglions lymphatiques de la région.

Marche et terminaisoi^. Les polypes ont en général une marche assez lente et comparable à celle des maladies appelées chroniques. II existe |)ourtanl certaines de ces tumeurs qui peuvent progresser très-rapidement dès le début on, après être restées inoffensives pendant plusieurs années, subir un développement considérable en très-peu de temps. Ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans cette affection chirurgicale, c'est l'insensibilité de la tumeur qui, lie provoquant pas la moindre soufiVance et étant de petite dimension à son début, n'éveille pas l'attention du malade. Ce dernier ne s'en aperçoit que lorsque par son volume elle commence à gêner une fonction ou à produire une douleur de contact. Chaque jour il arrive, en pratiquant des autopsies, de rencontrer des polypes qui, pendant la vie, étaient passés complètement inaperçus. Les Anciens avaient bien reconnu ce caractère, et ils divisaient la marche de ces tumeurs en deux périodes : la première dite bénigne, et la seconde appelée maligne, caractérisée par des symptômes qui font de l'existence une véritable torture. Gerdy donnait les noms de périodes d'innocence et de méchanceté à ces deux stades de la maladie. Chacune de ces périodes est plus ou moins longue suivant la nature de la tumeur. Les polypes fibreux, par exemple, ont une plus grande durée que les polypes muqueux. Enfin ils peuvent dégénérer, changer de constitution anatomique, ce qui modifie leur marche.

Rarement les polypes guérissent d'eux-mêmes. Ils sont susceptibles de rester stationnaires, de se transformer, mais il faut une intervention chirurgicale pour débarrasser le malade de cette production plus ou moins gênante. On cite pourtant des exemples d'expulsion spontanée de tumeui's pédiculées. Levret rapporte le fait d'une femme qui, à la suite de violentes douleurs dans l'abdomen, rendit par le vagin un corps charnu de la grosseur d'un œuf de poule. On comprend en effet que des contractions utérines soient susceptibles de chasser le polype, de lui faire franchir la vulve et de rompre le pédicule, ou bien d'y

intei'cepter la circulation et d'en déterminer la gangrène. Il existe du reste plusieurs observations de ce genre. M. Heurtaux cite l'exemple d'un polype intestinal assez volumineux qui, après avoir causé des accidents fort graves, fut détaché par les conliactions musculaires et rejeté par l'anus. Ces faits sont néanmoins exceptionnels. 11 est plus fréquent de voir des accidents inflammatoires déterminer des ulcérations, des plaques de gangrène partielle, des suppurations qui détruisent peu à peu le polype. Quand ces accidents sont violents et se manifestent sur une grande surface, ils peuvent être accompagnés de fièvre, d'infection septlque, et amener rapidement la mort.

La transformation fibreuse se rencontre et est aujourd'hui admise par tous les anatomo-pathologisles. Il n'en est pas de même de la transformation osseuse, qui est mise en doute par bien des auteurs, malgré l'observation de Dupuytren rappoitée par Cruveilhicr. Ce grand chirurgien, en faisant une autopsie, trouva un polype ossifié dans le sinus maxillaire. 11 est vrai que la lecture attentive de cette observation permet de reconnaître que cette tumeur était surtout composée de liystes à parois lisses fibreuses et oaseuses. Enfin signalons la crétification ou le dépôt de plaques et de grains calcaires dans l'intérieur des productions polypeuses, ainsi que la dégénérescence cancéreuse. Les polypes n'échappent pas en effet à la loi de la transformation des tumeurs : ils peuvent se transformer en sarcomes, en carcinomes, en épithéliomes. Dans ces cas, la généralisation est à craindre avec tous ses dangers. La mort peut aussi être causée par la cachexie qui survient à la suite des hémorrhagies répétées, par la non-alimentation, conséquence d'une oblitération lente du tractus intestinal. Des accidents asphyxiques mortels ont été aussi déterminés par des polypes qui lemplissaient les premières voies aériennes et interceptaient l'entrée de l'air dans les poumons. Pro.nostic. Un grand point domine la question du pronostic des tumeurs pédiculées, c'est qu'elles ne sont pas infectieuses par elles-mêmes et ne le deviennent que par transformation. Elles peuvent causer des accidents mortels, mais sont incapables de se généraliser. L'intervention est donc toujours légitimée. Celle-ci sera plus ou moins grave suivant la région, mais avec les progrès de la chirurgie moderne, des opérations réputées impraticables autrefois se font aujourd'hui presque sans danger et permettent d'aller à la recherche des productions polypeuses, dans presque toutes les cavités closes où elles se forment.

Les récidives se produisent, soit par végétation d'un pédicule incomplètement enlevé, soit sous la même iniluence que celle qui a donné naissance au premier développement, mais, quand elles ont lieu, elles ne présentent pas des caractères particuliers de gravité. Seuls les polypes naso-pharyngiens par leur ténacité, leur rapidité d'accroissement, sont plus forts que les moyens qu'on leur oppose. On en triomphe cependant dans bien des cas et, sans débarrasser toujours le malade de sa tumeur, on arrive, par des opérations partielles et successives, à le mener jusqu'à un âge où le polype se flétrit et guérit de lui-même. Les polypes sont donc des tumeurs bénignes qui, sauf les cas de transformation maligne et sauf les exceptions signalées à propos de leur marche, sont susceptibles de guérir par une opération.

Traitement. Tous les procédés de section ou de destruction ont été mis en usage pour obtenir la guérison des polypes. L'application de chacun de ces procédés diffère suivant la région sur laquelle on opère : nous ne donnerons donc ici que les principes généraux qui peuvent guider le chirurgien dans le

choix de telle ou telle méthode, et nous renvoyons pour les détails aux articles déjà cités dans le courant de cette étude.

On s'attaque toujours au pédicule quand on le peut. C'est en effet le point faible de h tumeur ; c'est par lui qu'elle se nourrit et qu'elle tient au reste de l'organisme. Mais il est quelquefois inabordable, à cause du volume même de la masse qu'il supporte, masse qui s'appuie sur les parois voisines et empêche les instruments d'arriver jusqu'à sa racine. Dans ce cas, on peut détruire toute la tumeur par sa partie accessible ou bien se frayer une voie à travers les parois de la cavité et arriver de cette façon sur le pédicule. Cette dernière méthode est encore applicable quand le polype s'est développé dans un réservoir complètement clos, comme la vessie. 11 existe donc deux grandes classes d'opérations qui s'adressent à la cure des tumeurs pcdiculécs : les opératiom dites simples, qui permettent d'effectuer l'ablation de la tumeur par les voies naturelles; les opérations dites composées, qui nécessitent deux interventions simultanées, la première ayant pour but d'ouvrir le chemin qui doit rendre la seconde facile.

Les opérations composées ou préliminaires sont en général plus délirâtes que la destruction même du polype. C'est surtout pour les ])olypes naso-pbaryngiens qu'elles sont mises en usage, et dans ce cas on peut s'adresser à la voie maxillaire, à la voie palatine nasale ou même orbitaire, c'est-à-dire attaquer le néoplasme par toutes les régions qui permettent d'arriver sur le pédicule. Les opérations pratiquées sont en général des résections qui sont dites définitives ou temporaires, suivant qu'on enlève complètement une partie osseuse ou qu'on ne fait que la déplacer momentanément, jiour la remettre dans ses anciens rapports après l'extirpation de la tumeur. Il faut aussi ranger parmi les opérations préliminaires la taille hypogastrique faite pour aller à la recherche d'une production polypcuse siégeant dans la vessie, ainsi que toutes les laparotomies qui ont pour but d'aller extirper une tumeur pédiculée ayant pris naissance dans un des organes abdominaux.

Les opérations simples pratiquées pour guérir les polypes sont excessivement nombreuses. Nous pouvons les diviser en deux classes : celles qui sont presque complètement abandonnées et celles qui sont d'un usage courant.

Dans la première nous trouvons le séton, la dessiccation, la compression, la cautérisation et le broiement.

Le selon avait pour but de faire suppurer la tumeur et d'en amener ainsi la destruction. Le résultat était très-rarement atteint; la suppuration était souvent fétide, fatigante pour le malade, ce qui fait que cette opération, très-rarement employée du reste, fut complètement laissée de côté.

La dessiccation ou Vexsiccation se proposait de ratatiner la tumeur, d'en déterminer l'atrophie par l'application de topiques astringents (alun, tannin, calomel, alcool, poudres, etc.). Ces médicaments fêtaient destinés à priver le polype du liquide qui entrait dans sa composition. Cette méthode très-incertaine n'a donné qu'un très-petit nombre de succès. Levret dit cependant s'être bien trouvé de ce qu'il appelait l'imprégnation de saturnc et Bayer pense que, si les dessiccatifs ne produisent pas une grande diminution dans le volume du néoplasme, ils rendent plus facile l'examen de la tumeur. C'était surtout aux polypes muqueux que s'adressait cette méthode que nous n'avons citée qu'à titre de mémoire.

La compression, remise en vigueur par Letenneur (de Nantes) et Legouest,

dans le traitement des polypes naso-pharyngiens, consiste à comprimev ces derniers avec des tampons ou des pinces qui mortifient la tumeur et permettent même de séparer, par l'instrument tranchant, tout ce qui se trouve au-dessous de la partie saisie. Malgré l'idée séduisante de cette pratique, fondée sur la pensée que des niortitications successives empêchent le trop grand développement de la tumeur et permettent d'attendre le moment où elle va rétrocéder, la compression n'est pour ainsi dire pas entrée dans la pratique.

La cautérisation potentielle par le nitrate d'argent, par le chlorure d'antimoine, par le nitrate acide de mercure, les acides sulfurique, azotique, etc., est aujourd'hui complètement abandonnée. Seules les injections interstitielles de chlorure de zinc et les flèches de pâte de Canquoin ont donné, dans quelques circonstances, de bons résultats. Richard et Dénucé ont préconisé ce traitement qui, suivant eux, mettrait à l'abri des hémorrhagies, mais il a malheureusement de nombreux inconvénients. Le caustique peut fuser et se répandre sur les muqueuses, déterminer des accidents inflammatoires très-graves, et de plus la longueur nécessaire de l'application ne permet pas l'emploi de cette cautérisation, dans les cas où les dangers de compression sont imminents.

h'électrolyxe, employée pour la première fois par Ciniselli, puis par Nélaton, Dolbcau, et dernièrement encore par Guyon, a pu produire quelques guérisons, mais est incertaine al présente les mêmes désavantages que la cautérisation potentielle.

Quant à la cautérisation actuelle, elle est à peu près inapplicable sans opération préliminaire. 11 est impossible d'aller porter le fer rouge sur un polype enfermé dans une cavité naturelle sans s'exposer à désorganiser par le rayonnement les parties environnantes. 11 faut donc commencer par s'ouvrir une large voie, et la cautérisation n'intervient dans ces cas que pour détruire un reste de pédicule, pour parfaire une opération.

Enfin citons le broiement imaginé par Yelpeau, qui à l'aide de pinces dentées dilacérait la tumeur et en arracliait des fragments. On cite deux succès dans sa pratique, mais la gangrène, les suppurations concomitantes, ont fait complètement abandonner le broiement.

Les méthodes qui s'emploient aujourd'hui couramment sont l'excision, l'arrachement, la rugination, la ligature et l'écrasement linéaire. Chacune d'elles présente des indications particulières.

V excision, fort en honneur chez les Anciens, vantée par Gelse, Dionis, Walhely, Fabrice d'Acquapendente, etc., se fait à l'aide d'un instrument tranchant quelconque, mais il faut avant tout pouvoir arriver sur le pédicule, ce qui n'est pas toujours possible.

La simplicité de cette opération en fait un procédé de choix dans les cas bénins, quand on n'a pas à craindre l'écoulement du sang comme dans les polypes de l'utérus, mais, pour peu que de gros vaisseaux soient intéressés par la section, on se trouve en présence d'une hémorrhagie abondante, se faisant au fond d'une cavité et par conséquent difficile à arrêter. On ne devra donc employer l'excision que lorsqu'on se sera assuré de la nature du pédicule ou après avoir pris la précaution de jeter sur la base de la tumeur une ligature préalable.

li arrachement est une excellente méthode, mais ses applications sont limitées. Elle ne s'adresse pour ainsi dire qu'aux polypes des fosses nasales et presque exclusivement aux polypes muqueux. Hippocrate, A. Paré, Fabrice de

llilden, arrachaient ces tumeurs, et Fabrice d'Acquapendente se servit le premier d'un spéculum nasi pour cette opération.

Icart employait l'arrachement pour les polypes naso-pharyngiens. Ollier en est aussi très-partisan. Malgaigne préconisait une anse de fil métallique saisissant la tumeur. Mais les violences exercées par les tractions sur le hasilum sont susceptibles de déterminer des fractures de la base du crâne. Icart en a observé un exemple.

La rugination ne s'adresse pour ainsi dire qu'aux polypes fibreux des fosses nasales et ne peut se pratiquer qu'après une opération prélin)inaire. Il faut savoir qu'elle donne lieu à une hémorrhagie considérable (|ui doit être arrêtée immédiatement, sous peine de faire courir un vrai danger au patient. Dès les premiers coups de l'uginc le sang pleut par la brèche faite pour arriver sur le pédicule et inonde l'opéré. Il faut terminer rapidement l'extirpation et tamponner immédiatement la région. Cette pratique permet une ablation complète et, jointe à une bonne cautérisation, expose moins que les autres aux récidives.

La Ugalure est une opération simple qui ne fiit courir aucun danger et qui, par conséquent, trouve souvent son application dans le traitement des polypes. Elle consiste à entourer le pédicule à l'aide d'un fil qui va détacher la tumeur en une seule séance ou en plusieurs jours. Dans le premier cas, la ligature est dite e.rleinporanée ou traumatique, dans le second elle est apjtelée ligature par gangrène ou par ulceialion, parce qu'elle agit en privant la tumeur de ses moyens de nutrition. Le choix de l'une ou de l'autre méthode dépend de la nature du polype et de son volume. Si la tumeur est grosse, il sera imprudent de laisser en contact avec les tissus un énorme foyer de suppuration qui pourra enflammer les parties voisines et déterminer des accidents septiques; si, au contraire, le polype est petit, on pourra sans inconvénient attendre l'atrophie et la chute de l'excroissance pédiculée.

La ligature par ulcération n'est employée que dans des cas très-spéciaux, la ligature extemporanée est au contraire assez répandue. Il ne nous appartient pas de décrire ici les nombreux porte-ligatures ou serre-nœuds qui ont été imaginés pour passer un fil autour du pédicule et remplacer les doigts, dans les régions étroites où ceux-ci ne peuvent pénétrer. Nous nous bornerons à faire remarquer que, si la ligature a des avantages incontestables, comme ceux de ne pas faire courir de danger au malade et de ne pas l'effrayer, elle a aussi des inconvénients. Rien n'est plus difficile que de jeter un fil sur certains polypes. La ligature une fois placée peut glisser. Enfin elle ne sectionne pas toujours la tumeur au point voulu et peut en épargner les principales racines.

Vécrasement linéaire pourrait être considéré comme un procédé de ligature traumatique, quoiqu'il en diffère sous bien des points. C'est une méthode excellente, quand elle peut être employée. Elle met à l'abri des hémorrhagics, sectionne les polypes les plus durs, donne une plaie relativement petite, mais la taille de l'instrument, son poids, sa rigidité, en restreignent beaucoup l'application.

Telles sont les principales méthodes mises en usage dans le traitement des polypes. Elles s'emploient en général sépaz'ément, mais peuvent aussi se porter un mutuel secours, se combiner ensemble et se compléter les unes par les autres. Eug. Rochap.d.

POLYPES (Zoologie). Sous la dénomination de Polypes {Polypi), Aristole

et les auteurs grecs et latins qui l'ont suivi désignaient les Poulpes et les autres Mollusques rangés aujourd'hui dans le groupe des Céphalopodes. Mais vers le milieu du dix-huitième siècle, après que Peyssonnel et de Tremblev eurent publié leurs belles observations, le premier sur le Corail, le second sur l'Hydre d'eau douce, la dénomination dont il s'agit fut détournée de la signification qu'elle avait chez les Anciens et appliquée par Réaumur et Bernard de Jussieu à tous les organismes marins que les auteurs du seizième et du dixseptième siècle avaient placés parmi les végétaux sous les noms de Lithophytes et de Cératophytes. A partir de cette époque le terme de Polypes devint en quelque sorte classique et figura dans presque toutes les classifications qui furent successivement publiées pour le règne animal. C'est ainsi, notamment, que G. Cuvier l'employa pour désigner la quatrième classe de ses Zoopliytes ou animaux rayonnes; Lamarck, la deuxième classe de ses Invertébrés apathiques; Oken, la deuxième classe de ses Animaux-digestion; Milne Edwards, la troisième classe de ses Zoophytes; C. Vogt, la quatrième classe de ses Animalia radiata, etc.

Dans l'état actuel de la science, les Polypes constituent, dans l'embranchement des Cœlentérés, la classe des Aniliozoaires ou Coralliaires [voy. Corail).

Quant au Type des polypes de Gervais et van Beneden, il correspond entièrement à l'embranchement des Cœlentérés [voy. ce mot). Ed. Lef.

POLlfPODE {Polypodium L.). Genre de Fougères, caractérisé surtout par les frondes pinnatipartites et par les groupes de sporanges arrondis, non recouverts par un hyméuium et disposés en séries régulières à la face inférieure des frondes non modifiées.

L'espèce type, P. vulgare L., ou Polypode commun, Polypode de chêne, croît communément en Europe, au pied des arbres dans les bois ombragés, sur les rochers ou les vieux murs humides. Son rhizome traçant, de la grosseur d'une plume d'oie, est aplati, brun ou jaunâtre et couvert de poils sqiiamiformes à l'extérieur, verdàtre à l'intérieur. Ses frondes sont pinnatipartites, à lobes oblongs-lancéolés, obtus, un peu confluents à la base. Ses groupes de sporanges, assez gros, sont disposés sur deux rangées parallèles à la nervure moyenne du lobe de la fronde.

Le rhizome du /'. vulgare a une odeur désagréable, une saveur d'abord douceâtre et sucrée, puis acre et nauséeuse. Il figurait autrefois dans les officines sous la dénomination de Radix polypodii seu Filiculœ dulcis. On l'emploie en décoction comme purgatif, à la dose de 60 à 100 grammes par litre d'eau pour les adultes, 50 à 60 grammes seulement pour les enfants.

Celui du Polypodium Calaguala Ruiz et Pav. est usité au Pérou comme sudorifîque dans le traitement des rhumatismes {voy. Galagdala). Ed. Lef.

POLYPORE (Polyporus Mich.). Genre de Champignons-Hyménomycètes, qui a donné son nom au groupe des Polyporés.

Les Polyporés sont voisins des Bolets. Ils en diffèrent surtout en ce que la couche formée par les tubes, qui sont solidement réunis entre eux et aussi avec le chapeau, est, par cela même, très-diffîcile à séparer de la chair du chapeau; celui-ci, très-variable de formes, peut être charnu, subéreux, parcheminé ou ligneux, acaule ou pédicule. Les espèces, très-nombreuses, sont presque toutes

POLYPRYON. 625

européennes et se développent ordinairement sur les troncs d'arbres, mais parfois aussi sur le sol.

La plus importante, au point de vue médical, est le Polyporus officinalis Fr.» qui est l'àyapi/.ôv de Dioscoride, VAgaricum de C. Bauliin, le Boletus laricia de Linné et le Boletus purgans de Persoon. On l'appelle vulgairement Agaric blanc, A. du mélèze, A. purgatif, A. des boutiques, A. des pharmaciens. On le rencontre sur le tronc des mélèzes, en Italie, en AutricJie, en Suisse et dans le midi de la France. Il figurait autrefois dans les officines sous la dénomination de Boletus seu Fiingux laricis seu Agaricum album. On le trouve encore parfois, dans le commerce, sous forme de masses irrégulières, d'un blanc jaunâtre, fibreuses et comme pulvérulentes. Sa saveur est d'abord douce, puis acre et amère. C'est un purgatif drastique, dont l'usage est aujourd'bui à peu prè& abandonné. On le prescrit cependant quelquefois pour combattre les sueurs nocturnes de pbthisiques, soit en poudre ('25 à 50 centigrammes), soit sous forme d'extrait alcoolique (5 à 10 centigrammes).

D'autres espèces de Polypores, comme le P. igniarius L. ou Bolet amadouvier. Champignon ds chêne, et le P. fomentarius L. ou Agaric de chêne, servent à faire V amadou {voy. ce mot).

D'autres enfin sont édules. Monlionnons notamment les P. sulphureus Bull,, /*, confluens Alb. et Scii., P. frondosus Schrad., P. umbellalus Fr., P. squamosMS Iluds., P. fuUgineus Fr., P. siibsquamosus Fr. ou Cèpe blanc de Paulet, le P.ovinus Scliœff, , P. tuberaster Fr. et P. pes-caprœ Pers., appelé vulgairement, dans les Vosges, Pied de mouton noir, pour le distinguer de Vlhjdnum repandum L., qui est le Pied de mouton blanc.

Le P. squamoms Iluds. est le P. juglandis de Persoon, le Boletus juglandix et polymorphus de BuUiard et VOreille de Malchus de Paulet. On l'appelle vulgairement Miellin, Langou, Oreille d'orme et Bolet du noyer. Il se développe sur le tronc des noyers, des frênes, des peupliers, des hèlres, des chênes, des ormes, des érables, des saules, des tilleuls, etc.

Le P. tuberaster Fr,, espèce des montagnes de l'Italie centrale et méridionale,, fait l'objet d'un commerce important. Sa production artificielle dans tout le sud de l'Italie et dans plusieurs de nos départements méridionaux est des plus curieuses. Pour cela, on réunit en masses compactes, plus ou moins volumineuses, connues sous le nom de Pierres à champignons {Pietra fungata des Napolitains), le tuf argilo-calcaire, dans lequel se trouve une certaine quantité du mycélium, qui est vivace et formé de filaments très-durs. Ces concrétions terreuses, qui peuvent se transporter à de grandes distances, procurent en abondance le champignon, sans autres soins que des arrosements fréquents. Après trois mois de fertilité, chaque pierre à champignons entre dans une période de repos, qui varie entre deux et trois mois, pour fournir ensuite indéfiniment, de trois mois en trois mois, d'abondantes récoltes de Polypores, Ed. Lef.

POLYPOTOMES. Voy. PoLYPES,

POLl'PRIOl^. Le Polyprion ou Cernier (Polyprion cernium Val.) est un Poisson qui peut atteindre 2 mètres de long, de couleur gris-brunàlre ou brun violacé ; le corps est ovale, comprimé, couvert de petites écailles très-rudes ; la tête est écailleuse, hérissée d'épines et d'aspérités, de crêtes dentelées ; la bouche

G24 POLYSTOME.

est glande ; on compte 1 1 épines et un semblable nombre de rayons à la dorsale, 3 épines et 8 ou 9 rayons à l'anale. Le corps, chez les adultes, est gris-brunâtre tirant sur le jaune. Cette espèce, qui fait partie de la famille des Percoides, habite la Méditerranée et les parties voisines de l'Atlantique. H.-E. Sauvage.

Bibliographie. — Cuvier et Valexciennes. Hist. nat. des Poissons, t. 111. — îIoreau (E.). Hist. nat. des Poissons Je la France, t. II, 1881. E. S.

POLYPTÈUE. Le caractère le plus saillant que présentent les Poissons qui rentrent dans ce genre est la décomposition de la nageoire dorsale, formée d'une série de petites nageoires soutenues chacune par une forte épine qui porte des rayons articulés attachés à sa face postérieure ; l'anale est très-reculée, la caudale enlouie l'extrémité de la queue ; le corps est allongé, revêtu d'écaillés osseuses, à suifuce émaillée. La tète est remarquable par les grandes voûtes osseuses que les expansions latérales des os du crâne forment avec ceux de la face; les nageoires paires sont snpi)ortées par une sorte de membre en forme de moignon; la vessie natatoire, composée de deux sacs d'inégale longueur, se réunissant dans une cavité commune, s'ouvre dans l'œsophage par une fente longitudinale, sorte de glotte munie d'un muscle constricteur; ainsi que chez les autres Poissons Ganoïdes {voy. ce mol), il existe un chiasma des nerfs optiques, des valvules multiples au bulbe aortique. Le genre Polyptère est des parties les plus chaudes du continent africain, ainsi que le genre Calanioichthys, qui n'en diffère que par l'absence de nageoires ventrales. H.-E. Sauvage,

Bibliographie. — Geoffroy-St-Hilaire. Ann. Mus. hist. nat., t. I, 1802. — Agassiz (L.). Bech. sur les poissons fossiles, t. II, 1855-1843. — J. Mïller. Sur les Ganoïdes el la classification des poissons. Ann- se. nat., 18i5. — Duméril (A.). Hist. nat. des Poissons, t. II, 1870. — GiJNTiiER (A.j. Introduction to tlie Sludy of Fislies, 1881. E. S.

POLTSARCIE. Voy. Obésité.

POLYSTIcnuM. Genre de Fougères, du groupe des Polypodiacées, établi par Pioth et dont l'espèce la plus importante est le P. filix mas Roth, bien connu sous le nom de Fougère mâle {voy. ce mot). Ed. Lef.

POLYSTOME. Le nom de Pohjsloma, actuellement réservé à des Trématodes parasites (wy. Polystomiens), mais dont aucun n'est parasite de l'Homme, a été tout d'abord appliqué par Zeder, en 1800, aux deux helminthes que Treulier avait décrits, en 1795, sous les noms à'Hexalhyridium venarum et H. pinguicola {voy. Hexathïridium). Le Polystoma venarum a été appelé p. sanguicola par délie Chiaje, qui s'est efforcé de le faire reconnaître comme l'un des plus fréquents parasites de l'Homme. Malgré les efforts de l'helminthologiste italien, le P. sanguicola est définitivement rayé de la liste des parasites de l'espèce humaine : si l'observation de Treutler est vraie et se rapporte à des jeunes Dlstoma hepaticum, ainsi que nous l'avons admis, celles de Bertoli et de Folinea sont certainement inexactes. Elles se rapportent sans doute à des caillots fîbrineux trouvés au fond du vase dans lequel le sang, retiré par une saignée ou vomi par une hémoptysie, avait été recueilli ; on a bien vu des helminthologistes, d'ailleurs distingués, décrire comme des Strongles géants des caillots fîbrineux expulsés avec l'urine {voy. Pseudo-parasites) ! R. Bl.

POLYSTOMIENS. 625

POLYSToniEKS. L'ordre des Tiématodes {voy. ce mot) se divise naturellement en deux sous-ordres : les Distomiens {voy. ce mot) et les Polystomiens. Les premiers sont munis au plus de deux ventouses, vivent en parasites à l'intérieur des organes et présentent des phénomènes fort compliqués de génération alternante; la plupart sont hermaphrodites, mais quelques formes {Monostoma, Bilhavzia) sont unisexuées. Les Polystomiens sont, au contraire, des ectoparasites ; ils se développent sans génération alternante et présentent toujours deux petites ventouses antérieures et un plus ou moins grand nombre de ventouses postérieures. Ces animaux peuvent être divisés en trois familles.

{" TfiisTOMiDEs. Ces Vers ont l'armature postérieure du corps constituée simplement par une grosse ventouse abdominale. Ils sont parasites des Poissons de mer. Un certain nombre d'entre eux étaient rangés naguère parmi les llirudinées : Moquin-Tandon, par exemple, les réunissait dans une famille des Hirudinées planériennes {voy. lIiRuoiiNKEs, p. 130).

Les Tristomes {voy. ce mol) ont une ventouse postérieure munie de rayons, permanents : Tristoma Blanchardi Diesing vit sur les brancliios d'un Squale, Tr. Rudolphianum Dies. sur celles tïOrthagorucus mola; Tr. cephala Risso se trouve sur la peau de ce dernier Poisson, Tr. maculatum Rud. sur celle d'un Diodon ; Tr. coccineum Cuvier est fixé sur les branchies de Xiphias gladhis, Tr. papillosum Dies. sur celles de ce même Poisson, ainsi que sur celles d'Orlhagoriscus mola et de Tetrapterus Belone.

Le genre Nitzschia von Lier est parasite des Esturgeons : IS. elegans se trouve sur les branchies d'icipenser acutirostris^ A. Gueldenstœdli et A. sturio. La ventouse postérieure est très-grande, mais n'a ni rayons ni crochets.

Le g. Epibdella de Blainville {Phyltine Oken) présente de grosses ventouses, munies de crochets à l'extrémité postérieure; le corps est foliacé. E. hippoglossi van Beneden se trouve sur le corps d'Hippoglossus gigas, E. sciœnœ sur celui d'un Maigre.

Le g. Calicotyle Diesing est fort remarquable. 11 existe une ventouse buccale, mais l'extrémité antérieure est dépourvue de ventouses latérales. En arrière se voit un disque en forme de roue, armé de deux crochets et constitué par une fossette médiane autour de laquelle sont disposées sept fossettes périphériques. C. Krôyeri Dies. vit dans le rectum et l'anus de Raja bâtis et de R. radiata.

A cette famille appartient encore le genre Udonella Johnston, qui vit sur les Caligus, Crustacés copépodes eux-mêmes parasites des Poissons de mer.

2" PoLYSTOMiDES. Ccs Tréuiatodcs, dont beaucoup d'espèces n'ont que quelques millimètres de longueur, sont pourvus de plusieurs ventouses postérieures, le plus souvent paires et symétriques, disposées sur deux rangs et armées de crochets. Ils sont parasites d'animaux très-variés.

Dans le g. Octostoma Kuhn {Oclobothrium von Nordmann ; Oclocotyle Diesing), le corps est allongé et porte en arrière quatre paires de ventouses non pédonculées. 0. alosœ vit sur les branchies d'i/osa vuigaris, 0. scombri sur celles de Scomber scombrus. Par exception, 0. rostellatum est endoparasile et se trouve dans l'intestin de Sebastes norvégiens.

Axine Belones Abildgaard vit sur les branchies de Belone aciis. Le corps est allongé, étroit en avant et pourvu de deux petites ventouses rétractiles, large en arrière, en forme de hache et orné d'un grand nombre de petites ventouses.

Le g. Temnocepliala, encore mal connu, a été vu par Cl. Gay au Chili sur

DICT. ENC. 2" s. XXVI, 40

«26 POLYSTOMIENS.

des Coralliaires d'eau douce, et à Luçon par Semper. L'extrémité antérieure présente des lobes d'adhérence digitil'ormes ; la postérieure porte une grosse ventouse abdominale. Le cerveau est mullilobé et porte deux taches oculaires. Les oriOces excréteurs s'ouvrent à droite et à gauche de l'œsophage.

Le g. Aspidogasler von Ba^r est caractérisé par son tube digestif simple; l'extrémité postérieure a la forme d'une lamelle ornée d'un grand nombre de ventouses. A. conchicola est parasite des Lamellibranches d'eau douce [Unio pictorum, U. purpiirascens, U. nasuta, U. radiata, U. cariosa, Anodonta analina, A. cellensis, A. fluvialilis, etc.). Une autre espèce, .4. Umacoides Diesing, se rencontre dans l'intestin de Leuciscus cephaliis, à'Idus melanolus et de quelques autres Poissons d'eau douce. Une dernière espèce se trouverait chez les Ascidies, d'après von Baer.

Dans le g. Ancijrocephahis Creplin, l'extrémité antérieure du corps est armée de quatre crochets ; la postérieure porte six ventouses sur un seul rang. A. paradoxus se trouve sur les branchies d'un Poisson d'eau douce, Lucioperca sandra.

Le g. Diplozoon von Nordmaim est l'un des plus curieux de cette famille. 11 comprend une seule espèce, D. paradoxum, qui se fixe aux brancbies d'un grand nombre de Poissons d'eau douce {Gobius fluviatilis, Carassius vulgaris, Idus melanolus, Scanlinius erythrophtltalmus, Leuciscus rulilus, Chondrostoma nasus, etc.). L'œuf est ovoïde et présente à l'un de ses pôles un grand clapet surmonté d'un long fdament adhésif. L'embyron éclôt environ deux semaines après la ponte : il porte deux taches oculaires et un appareil ciliaire situé sur les bords latéraux et à l'extrémité de l'abdomen. Le jeune animal nage librement ; s'il rencontre un Poisson, il se lixe sur les branchies de celui-ci et perd son revêtement ciliaire; en cet état, il a été désigné sous le nom de Diporpa : il possède une ventouse abdominale et un saillie dorsale; son extrémité postérieure est munie de huit ventouses disposées sur deux rangées. S'il reste isolé, l'animal meurt avant d'arriver à maturité sexuelle. Mais rencontret-il un autre individu, il se soude à lui, de manière à constituer un animal double et disposé en X, un individu se fixant par sa ventouse ventrale au tubercule dorsal de l'autre, et réciproquement. Les animaux soudés arrivent alors à maturité sexuelle et pondent leurs œufs au printemps.

Dans le g. Pohjstoma Zeder, 1800 {l'oy. Polystome), le corps est aplati, dépourvu de ventouses latérales à l'extrémité antérieure, mais muni de quatre yeux; la bouche est au fond d'une ventouse. L'extrémité postérieure présente SIX ventouses, deux grands crochets médians et seize petits crochets. L'espèce la mieux connue est P. integerrimiim Rud., parasite de la vessie urinaire des Grenouilles. Les œufs sont pondus et se développent dans l'eau. L'embryon porte quatre taches oculaires, seize crochets postérieurs et cinq rangées transversales de cils, mais est dépourvu de veutouses. Il émigré dans la chambre respiratoire des têtards, puis gagne la vessie urinaire de la jeune Grenouille, au moment de la métamorphose. Une autre espèce, P. ocellatum Rud., se trouve dans le pharynx d'une Tortue, Eirnjs lutraria.

5° Gykodactïlides. Certains auteurs, parmi lesquels se trouve 0. von Linstow {Compendium der Helminthologie, 1878), rattachent à ce groupe le genre Ancyrocephalus et confondent d'autre part les deux genres Gyrodactylus et Dactylogyrus, conservant cette seule dénomination. Cette simplificatioa est inadmissible, chacun des genres que nous venons de citer présentant des caractères distinctifs bien nets.

POMBALIA. 627

Les Gyrodactylides sont de très-petits Trématodes hermaphrodites, munis d'un gros disque caudal armé de crochets très-puissants, lis présentent d'intéressantes particularités, au cours de leur développement : leur corps renferme des générations filles, petites-fdles et arrière-petites-lilles, emboîtées les unes dans les autres. La reproduction est sexuelle.

Dans le g. Gyrodactylus von Nordmann, on observe deux expansions céphahques et huit aiguillons pharyngiens protactiles; le disque caudal porte deux forts crochets marginaux. G. elegans vit sur les branchies de plusieurs Foissons d'eau douce {Gaslerosteiis aculeatus, G. pimgitius, Cyprinus carpio, Squalius leuciscm, Phoxinua lœvis, etc.).

Le g. Daclylogyrus Diesing diffère du précédent par la présence de quatre expansions céphaliques ; il renferme encore des Vers qui vivent sur les branchies des Poissons d'eau douce. D. ainphibolhrium se rencontre chez Acerina cernua, D. fallax chez Cyprinus rutilus, D. iwMis^ D. auricutatus, D- Dujardinianus et D. anchoratiis, chez la Carpe, etc.

Les g. Dipleclanum Diesing, CcUceostoma van Beneden et Tetraonchiis Diesing, sont voisins des précédents. RAi'HAiïL Blanchard.

POLTTlllC [Polytrichum L.). Genre de Mousses acrocarpes, caractérisé par les capsules prismatiques, à quatre ou six angles, portées sur une apophyse discoïde ou globuleuse, dressée ou penchée. L'opercule est apiculé ou roslellé, la coiffe couverte de poils feutrés et le péristome à 52-64 dents.

Les Polytrics sont dioïques; leurs tiges ligneuses, simples, souvent trèslongues, sont garnies de feuilles linéaires, lancéolées, d'un vert foncé, dentées ou non sur les bords. Ils croissent sur la terre dans les bois ou dans les marais et les tourbières, où ils forment des touffes agrégées, souvent très-considérables.

Le Polytrichum fonnosum Iledvv., qu'on appelle vulgairement Polytric, Perce-neige, Perce-mousse, est une espèce extrêmement commune dans les bois, au pied des arbres, en Europe et dans les régions boréales de l'Amérique. Sa saveur est légèrement astringente. On lui attribuait jadis des propriétés résolutives, diurétiques, emménagogues et litliontriptiques. Elle est tombée depuis longtemps dans un juste oubli.

11 en est de même du P. comuLune h., belle espèce qui croît abondamment dans les bruyères humides, les marais, les tourbières, en compagnie des Sphagnum.

Le Polytric officinal ou Polytric des boutiques est une fougère, i'Asplenium trichomanes L. [voy. Capillaires). Ed. Lef.

POL.YURIE. Voy. Diabète.

POLYZOI\IDES. Voy. DiPLOPODES.

POMACÉES {Pomacse). Synonyme de Pyrées, série de la famille des Rosacées, [voy. ce mot). H. Bh.

POMBALIA (VaxNdelli, fasc. 7, t. 1. — DC, Prodr., I, 36). Est un synonyme de Hybanthus Jacq. (/'onù/mm Vent.), et le P. Ipecacuanha VA^DEUI, vomitif américain, est, VHybanthus Ipecacuanha. H. Bn.

POMMADES. Autrefois le mot pommade s'appliquait à des préparations cosmétiques de bonne odeur, dans lesquelles on incorporait du suc de pomme de rainette. Actuellement, ce sont des préparations pour usage externe ayant pour base une ou plusieurs substances médicamenteuses associées à des corps gras, comme l'axongc simple ou benzoïnéc, la moelle de boeuf ordinaire, le beurre de muscade, l'huile d'olive, etc. A ces excipients le Codex de 1884 a ajouté la vaseline pour la confection des pommades ophthalmiques, la pommade de Régent, par exemple.

Les pommades se différencient des onguents en ce qu'elles ne contiennent pas, comme ces dernières, de matières résineuses. On les divise en trois séries : i" les pommades par simple mélange; 2" les pommades par solution; 5' les pommades par combinaison chimique.

I. Pommades par simple mélange. Le principe médicamenteux est ici simplement mélangé à lexcipient, qui est ordinairement de Vaxonge benzoïnee, c'est-à-dire additionnée d'un peu de teinture de benjoin pour éviter le rancimeiit; on y ajoute parfois un peu de cire, surtout en été, pour augmenter la consistance de la masse.

Le principe actif est-il insoluble, comme l'oxyde rouge de mercure, on le pulvérise avec soin, ou même on le porphyrise, s'il s'agit d'une pommade pour les yeux; on le triture avec un peu d'huile d'amande douce, puis on l'incorpore à l'axonge, de manière à obtenir une masse parfaitement homogène. Est-il, au contraire, facilement soluble dans une petite quantité d'eau ou d'alcool, on le dissout dans l'un ou l'autre de ces véhicules non en excès et on mélange exactement le soluté avec l'axonge benzoïnee. Pour les extraits et quelques sels Irès-solubles, comme l'iodure de potassium, Minod a proposé d'employer comme dissolvant un mélange à parties égales de sirop de sucre et de glycérine.

On confectionne les pommades avec des instruments très-divers :

1" Des mortiers de verre, de fa'ience, de porcelaine, de marbre; ces derniers sont préférables lorsque les substances ne sont pas acides, ce qui est le cas le plus ordinaire;

!2'> Des plaques de marbre, de porphyre ou de verre. On effectue le mélange au moyen d'une spatule ou d'un couteau à lame plate. Avec un porphyre, on obtient un mélange parfait;

5" Divers appareils plus ou moins compliqués, tels que des bassines dans lesquelles on fait mouvoir des pilons ou des palettes, etc. Lorsqu'on opère sur de grandes quantités, on abrège l'opération en faisant fondre à demi les corps gras avant d'incorporer les matières médicamenteuses : on se sert alors d'une bassine dans la(iuelle peut se mouvoir un bistortier à manche très-long, qui passe dans un anneau métallique lîxé contre un mur.

Dans presque tous les cas, un simple mortier de marbre sera suffisant pour permettre au médecin de préparer lui-même les pommades dont il pourra avoir besoin.

Au moment de leur préparation, les pommades par simple mélange renferment les principes actifs intacts, simplement à l'état de division extrême. Mais par un contact prolongé, et aussi sous l'inQuence oxydante de l'air, il s'établit parfois dans la masse des réactions chimiques qui dénaturent le médicament, tl'est ainsi qu'une pommade à l'iodure de potassium, parfaitement blanche au moment de sa préparation, finit par jaunir et par prendre une odeur désagréable, par suite de la mise en liberté d'une petite quantité d'acides gras : d'où

l'emploi de l'axonge benzoïnée pour éviter ou retarder cette dernière altération ; de là aussi le précepte de ne préparer les pommades, autant que possible, qu'au moment du besoin.

Parmi les pommades par simple mélange les plus usitées, citons celles de Rhazis, d'iodures de plomb et de mercure, d'Autenrieth, de Régent, de Desault, d'flelmerich, de belladone.

POMMADE DE CARBONATE DE PLOMB (oNGUKNf BLANC DE RHAZIS)

Caibonate de plomb 10 grammes.

Axonge benzoïnée 50 —

Mêlez sur un porphyre.

Cette préparation rancit rapidement lorsiiu'on la prépare avec de l'axonge ordinaire : aussi convient-il de la préparer avec de l'axonge benzoïnée et au moment du besoin. Quelques praticiens remplacent l'axonge par le cérat, ce qui est sans inconvénient. En ajoutant aux doses ci-dessus 1 gramme de camphre pulvérisé, on obtient la pommade divine de quelques pharmacopées.

POMMADE d'iODURE DE PLOMB

loJure de plomb 10 grammes.

Axonge benzoïnée 90 —

Mêlez exactement dans un mortier de marbre.

On prépare de la même manière les pommades au chlorure mercureux (calomel, précipité blanc), ainsi que la pommade à l'oxyde de zinc.

POMMADE d'iODURE DE POTASSIUM

lodure de potassium. 10 grammes.

Axonge benzoïnée 80 —

Eau 10 —

On dissout le sel dans son poids d'eau, on ajoute l'axonge et on triture pour avoir une masse homogène.

POMMADE d'iODDRE DE POTASSIUM lODURÉ

Iode pur 'i grammes.

lodure de potassium. . . , 10 —

Axonge benzoïnée 80 —

Eau distillée 10 —

On broie dans un mortier de porcelaine l'iode et l'iodure, on ajoute l'eau distillée qui dissout le tout, puis l'axonge, et on mêle pa? trituration.

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