L.AUL,ASiuuiiS (Provinces
riEux (F.). Voyage autour du Caucase, chez les Tcherkesses et les Abkhascs, en Colchide, en Géorgie, etc. Paris, 1839, 6 vol. — Eichvvald (E.). Reise auf dem Caspischen Meere u. in den Kaukasus, 2 vol., 1836-1838. — Haxthausen (A. von). Transcaucasien. In Reiseerinnerungcn und Notizen. Leipzig, 1856, 2 vol. iu-S". Cens, de Cîrcourt, m Annales des voyages, nov. 1856. — KiioDzKo (lieut. gén. Jos.). Coup d'œil sur les travaux trigonométriques et topograpldques du Caucase, depuis 1847 jusqu'à l'automne de 1863. Tiflis, 1864, in-4°, 70 png. autogr. — Klaproth (J.]. Reise in den Caucasus und nach Géorgien. 1807- 1808, 3 vol. in-8°. Halle, 1812-1814. Edit. franc., Paris, 1825, 2 vol. in-8°. — Koch (K.). die kaukasisclien Lânder u. Arménien. Leipzig, 1858, in-S". — Du jiême. Wanderungen im Orient 1843-1844. Weimar, 1846-1847, 5 vol. in-S". — Du même. Reise durch Russland nach dem kaukasischen Isthmus, 1856-1838. Stuttgart, 1842, 2 vol. in-S». — Rolenati (F. -A.). Die Bereisung ïïocharmeniens u. Elisabelhopols, der Schekmskyschen Provitiz, u. des Kasbek, im central Caucasus. Dresde, 1858, in-8''. — Petzholdt (A.). Der Caucasus. Naturhistor. u. volkswirthschaftlichc Sfudien, 2 vol. illust. et cart. Leipzig, 1866-18C8, in-S». — Dr même. Heise im westl. u. siidl. europâischen Russland, 1855, avec cart. et illustr. Leipzig, 1864, in-S". — Radde. Nachrichten aus dem Kaukasus ; aus einem Briefe vonherrn Radde, aus Kodschora, ii-25 aug. 1864. In Archiv fur wissenschaftliche Kunde von Russland, t. XXIII, 4° cahier, pag. 605-608. — Du jième. Reisen u. Forschungen im Kaukasus; in Geoqraphische Mittheilungen, de Petermann. Yoy. 1865, n°l, p. 15-22; 1867, n" 1 et 5, p. 12-19, p. 92-105; 1868, n<" 2 et 4, p. 55-61 et p. 129-136. — Du même. Berichte ûber biologisch-geographischen Untersuchungen in den Kaukasus Lândern, im Auftrage der Civil- hauptverwaltung der Kaukasischen Statthalterschaft. Tiflis, 1866, in-i", x-225 pag., 3 cart., 9 pi. — Ruprecht (F.-.l.). Barometrische Hohenbestimungen im Caucasus, ausgefiïrht in den Jahren \SQ{)-\^Q\ filr Pflanzen geographische Zwecke. In Mém. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1° série, t. VII, n° 1. in-4°, 132 pag. — Schnitzler. L'Empire des tsars, au point actuel de la science, 1862. — Stebnitzky (H.-J.). Ueber die neu ^Msammengestelltc \(i-Werst-Carte des Kaukasus. In Mitthcilung. v. Petermann, 1864, n° 6, p. 205-207. — iJu même. Uebersicht des Kaukasischen Statthalterschaft . In Mittheil. V. Petermann, 1865, n" 4, p. 121-126. — Du même. Geographische Notizen ûber den ôstlichen Iheil des transkubanischen Landstriches. In Mittheil. v. Petermann, 1865, n" 10, p. 377-383. — ToROPOFF. Ueber die Mugan'sche Steppe und ûber den frûheren Lauf des Araxes. In Kaukasische Kalender , 1864. — Wagner. Caucasus u. das Land der Kosaken- 1843-46. Leipzig, 1850, in-12. — Wenioukoff. Die Besiedung de r Nordwestlichen Kaukasus, in den drei Epochen seiner Coloiiisation durch die Russen, 1841, 18G0 u. 1865, aus dem Russischen ûbersetz von D. J.-C. Haentsche in Dresden. In Mittheil. v. Petermann, 1865, n" 11, p. 417-419. — BIaeshall. Flora taurico-caucasica. Cliarkovicc, 1808-19, 3 vol. in-8°. — Meyer (K.-.\.). Verzeichniss des Pftanzeii, welche wâhrend einer Reise im Caucasus u. in Provinzen am westlichen Ufer des Kaspischen Meeres gefunden worden sind. Saint- Pétersbourg, 1831, in-4''. — Seidlitz. Botanische Ergebnisse einer Reise durch das ôstliche Transcaucasien, u. s. w. Dorpat, 1857, in-8''. — Eichvvald. Fauna caspico-caucasica. Saint- Pétersbourg, 1841. Cf. Isis, 1845, p. 446. — Herrmann (R.). Untersuchungen der Mineralquellen am Kaukasus, u. s. w. In Memoiren der kaiserlichen Gesellschaft dqr Naturforscher zu Moschau. Jahrgang, 1831, pag. 421 et suiv. — Du même. Ueber die Zusamtnensetzung der kaukasischen Miner alquellen in verschiedenei erioden. In Erdmanns Journal fur praktische CAemie. Jahrgang, 1861, t. III, pag. 129 et suiv. — Smirnoff (doclenr S.), Guide aux eaux minérales du Caucase, 1" partie, in-8°, 278 pag. — Berge. Die Bergvôlkern des Kaukasus, eine historisch-ethnographische Uebersicht. Trad. du russe en allemand, par Seidlitz, in Mittheil. v. Petermann, 1860, pag. 165-184, avec quelques additions par le général Khodzko. — Bodenstedt (F.). Die Vôlker des Kaukasus und ihre Freiheitskàmpfe gegen die Russen, 2» édit., 2 vol. in-8''. Berlin, 1855. Trad. franc, par le prince E. de Salm-Kïpbubg. Paris, 1859. — Hïde Clarke. The Classifications of the Circassian, Georgian, and Caucasian Croups. In Athenceum, n° 1920, août 1864, pag. 212-213. — Lapinski (T.). Die Bergvblkern des Kaukasus und ihre Freiheitskampf gegen die Russen, 2 vol. Hambourg,
1863, in-8'>. De Pauli (T.). Description ethnographique des peuples de la Russie, in-fol.,
64 pi. Saint-Pétersbourg, 1862. — Schiefner (A.). Versuch ûber die Sprache der Uden. înMém de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1" sér., t. VI, 1863, 110 pag. — Du même. Austurliche Bericht ûber des General Baron v. Uslttr Abschasische Studien. Ibid., t. VI, 1863,
61 pgo-. Du même. Ueber baron Uslar's neuere linguistiche Forschungen. In Bull, de
l'Acad. de Saiiit-Pétersbourg, t. VII, n" 2, 1864, pag. 99-104. — Du même. Versuch ûber das avarische. In Mém. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, t. V, 1862, 54 pag. — Du même, Ausfûrliche Bericht ûber baron P. v. Uslar's Kasikumusche Studien. Ibid., t. X, n" 12, 18C6 156 pag. 7- Du iw.ke. Tchetstchenzische Studien. Ibid., t. VII, n" 5, 1864; t. VIII,
IJ2 pâ"-. IUslar (baron P.). Ueber die geographische Verbreitung der awarischen Sprache.
In Bull, de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, t. VII, n» 4, p. 273-275. — Du même. Tchetst-
Dicr. EAC. Xni. 25
schengisches und Awarisches, u. s. w. Ibid., t, \III, n" 1, décemb. 1864, p. 1-9. — ?iogeen. Gramm. de la langue ossète, iSH.
Pathologie. — Muhrï(.\.). Die geographischen Verhâltnisse der Krankheilen , oder Grundiûgeder Noso-geographie, l'SôG, in-S". Voy. 2« pai^., p. 216-217. — Hirsch. Handbiich der historisch-geographischèn Pathologie. Erlangen, 18i)0-1864, 2 vol. in-8°. Passiin. — Kapdts- CHiNSKY. Les fièvres endémiques du Caucase. In Med. Ztg . RussL, 1848, n° 55. — Hagiie- MEisTER. Ueber l'ranscaucasien. In Archiv fur wissemchafltl Kunde RussL, t. Vil, p. 289, Cf. aussi Heckei'., in Wissenschaft. Annal., t. XXXI, p. 531; et Hœizius, in Russland. Samm. far Naturwissensçh. u. Naturheilk., t. I, p. 561.
Cartes. — liocH (Ch.). Geologische Carte von dem kaukasischen Istkmus und von Arménien, i ieuiWes. Berlin, 1850. — Du hème. General Carte des kaukasischen Gebietes,he~ rausg. v. Militâr-Sammler, 1856. Rectifiée en 1865. Saint-Pétersbourg, 2 feuilles. — Dd MÊME. Karte des Kaukasus, herausg. von der kaukasischen Sektioii der Kais. russ. Geog. Gesellsch. an ggï^, 1868, 1 feuille. G. L.
CAUCHEMAR. Le cauchemar est un état pathologique si indéterminé que c'est à peine s'il se prête à une description particulière. Si on le réduit au sentiment de pression épigastrique, qui lui a valu le nom à! asthme nocturne, on donne une valeur nosologique à un symptôme arbitrairement disirait d'un ensemble fort variable de phénomènes morbides. Si l'on y fait entrer la vue imaginaire d'un être vivant, assiégeant le dormeur et se livrant sur lui à des actes de nature diverse, ce qu'exprime particulièrement la dénonciation d'éphialtes {hfidir-nç, att. pour èntdlTdç ; de Ittî, sur, et Idllsiv, jeter), on arrive à les confondre avec l'incubisme, qui, sous certaines formes, est loin de procurer des sensations pénibles, et l'on tombe dans cette singulière synonymie qui, à une maladie caractérisée par la souffrance et quelquefois par une horrible angoisse, n'ayant rien de lubrique, impose avec Pline le nom de Ludibrium fauni.
A notre sens, il est convenable de réserver pour un article spécial, au mot IkcoBE, cet état pathologique, appartenant s'il devient habituel et surtout épidéniique, aux vésanies, et caractérisé par des rêves impudiques dans lesquels intervient, comme agent actif ou comme agent passif, un être imaginaire. Cet élément écarté, le cauchemar n'est plus qu'un rêve accompagné de sensations pénibles, et ces sensations peuvent varier à l'infini, dans leur nature, dans lein- degré, dans leur siège, comme dans les conceptions fausses dont elles peuvent être roccasion, suivant les causes, ou physiques ou morales, qui ont produit le trouble de la santé. C'est au cauchemar ainsi compris que convient par excellence le nom A'onirodynie [onirodynia gravans deCullen: de ôveipo;, songe et d^Ovij, douleur).
Les dispositions morales propres à amener le cauchemar sont, on le comprend, très-nombreuses. Elles sont d'ordinaire d'un caractère douloureux, lés unes dépressives et portant au découragement, les autres excitantes et conduisant à l'exaltation, à la colère, à des sentiments de haine et'de vengeance. C'est tantôt la perte d'un objet aimé, un revers de fortune, un échec d'amour-propre, des veilles excessives, l'appréhension d'une maladie incurable, le dégoût de la vie; tantôt une injure reçue, un faux point d'honneur, une passion désordonnée, un calcul malheureux d'ambition, etc. Quant aux causes physiques appréciables du cauchemar elles sont également diverses. La plus copimune assurément est le mauvais état des voies digestives, et surtout de l'estomac. Après elles se rangent d'abord les grands |désordres de la circulation centrale, par suite d'affection cardiaque, d'anévrysme aortique, de pneumonie, d'épanchement pleural, ou bien une gêne de respiration occasionnée par une affection du larynx, un gonflement des amygdales, une élongation de la luette (West, in Gaz. des hôpit. , 1850, p. 359) ; puis les alfections cérébrales, dont l'action, pour être plus directe qtie celle des conditions précédentes,
n'est ni plus fréquente, ni plus efficace ; les affections simplement nerveuses, en tête desquelles il faut placer l'hystérie, surtout avec dysménorrhée, et l'hypochondrie; puis une foule d'autres états morbides susceptibles de transmettre au cerveau, pendant le sommeil, des impressions désagréables : la présence de vers dans l'intestin, une grande plaie, un anthrax, une maladie fébrile quelconque; car la fièvre, par elle-même, constitue une forte prédisposition au cauchemar. Il en est de même de la pléthore et de ce narcotisme anormal et agité que l'opium produit quelquefois. Enfin, à ces causes, il faut ajouter certaines circonstances occasionnelles propres à l'individu et liées aux particularités de sa santé; comme le décubitus sur tel ou tel côté; la distance écoulée entre le repas et le coucher. Le plus souvent, c'est quand il a lieu sur le coté gauche que le décubitus devient une occasion de rêves pénibles ; ce qu'on explique par une gêne apportée aux mouvements de cœur ; mais d'autres sujets ne dorment bien que sur ce côté, et l'on peut attribuer souvent, mais non toujours, cette disposition à un état morbide du foie. 11 est aussi des individus chez lesquels le cauchemar ne se produit habituellement qu'à une heure avancée de la nuit. Chez un de ceux que nous connaissons, la digestion, souvent pénible, n'a lieu que sept ou huit heures après les repas. Enfin nous avons eu occasion d'observer un cas de cauchemar intermittent survenant chaque nuit, peu de temps après le coucher, sans qu'il nous ait été possible de le rapporter un peu plausiblement à une cause déterminée. Une jeune femme, extraordinairement facile aux impressions morales, sujette notamment à de soudaines explosions de sanglots, se réveille vers minuit en proie à une profonde terreur ; elle vient de faire un rêve horrible ; elle a vu s'approcher de son lit et la regarder , fixement une cohue de hideuses figures se pressant , se poussant , changeant d'aspect, se transformant les unes dans les autres, le bœuf devenant diable et le diable singe, puis se confondant et se dissolvant pour ainsi dire dans un mélange informe qui s'éloigne, se dégrade, s'efface insensiblement et disparaît. La malade est haletante, couverte de sueur : appelé près d'elle, nous la trouvons, une heure après, parfaitement calme, gaie et lîant de ses folles imaginations. Le reste de la nuit et la journée se passent très-bien; mais la nuit suivante, à la même heure, les accidents se renouvellent avec une expression différente. Plus de bêtes dilformes, plus de diables ; mais la jeune femme se débat avec un individu de mauvaise mine qui l'a saisie par les cheveux ; elle pousse des cris qui sont entendus d'une pièce voisine. Nous la voyons le lendemain matin seulement ; sa santé est parfaite sous tous ies rapports. Administration immédiate du sulfate de quinine. Le sommeil est encore pénible au commencement de la nuit suivante ; mais c'est la dernièi e manifestation de la maladie. La médication quinique a été continuée trois jours.
Cette observation peut être rapprochée de celle de Forestus (L. X, obs. 52). M. le docteur Ferrez a publié également une observation de cauchemar quotidien, mais qui se rattachait à une cause morale évidente, et qui n'avait aucunement le caractère d'une fièvre larvée {Journ. de méd. et de chir. prat., t XXVII, art. 5197; 1856).
On vient de voir une des formes les plus accentuées du cauchemar. C'en est aussi, sauf l'intensité, la plus commune, quand surtout il s'y joint de l'oppression épigastrique. Alors le malade croit souvent voir un animal, chat, singe, chien ou quelque être de forme fantastique s'élancer sur son lit, s'asseoir sur sa poitrine ou s'attacher à son cou; ou bien, comme nous en connaissons un exemple, il se croit transporté dans une écurie, dans une étable à porc, oii les hôtes du lieu viennent le flairer ou piétiner sur lui. D'autres fois, aucun animal ne figure dans le rêve ; mais
le dormeur, comme Jacob, entre en lutte avec une forme étrange qu'il ne parvient pas à dompter; ou bien, placé sur la pente d'ua précipice, il s'y sent attiré ; on bien encore, les pieds collés au sol, en face d'un danger imminent, il fait pour fuir des efforts désespérés; jusqu'à ce que, violemment secoué par le sentiment d'une chute, la sensation d'une blessure, l'effort du cri, il se réveille plein de terreur, haletant, le cœur agité, les membres tremblants et la peau couverte de sueur.
On a dit que le cauchemar pouvait avoir lieu dans l'état de veille ; nous ne le croyons pas. Il s'agissait certainement, ou de ces demi-sommeils intermittents et courts auxquels sont sujettes les personnes épuisées par la fatigue et dont on dit qu'elles dorment debout ou en causant, ou de lypémanies commençantes, qui s'annoncent par des accès passagers. Une vieille demoiselle, qui devint affreusement lypémaniaque, avait été d'abord visitée, à de longs intervalles, et chaque fois pour un temps très-court, tantôt par des anges, tantôt par des diables, les premiers la consolant des seconds qui la tourmentaient horriblement et^ en s'atlachant à elle, lui causaient de l'oppression, de l'angoisse précordiale et d'autres symptômes du cauchemar. Par contre, on dit généralement que le cauchemar cesse avec le sommeil. Si l'on entend par là qu'il ne dure pas au delà du temps où le sujet recouvre le sentiment réiléchi de lui-même et la possession de ses facultés mentales, comme il arrive au réveil ordinaire, l'assertion esc exacte ; mais elle est plus vaine encore, étant bien évident qu'un homme qui voit en songe un porc à côté de lui cesse de le voir s'il est bien éveillé, à moins d'être aliéné. Mais on se trompe si l'on veut prétendre que le cauchemar s'évanouit par le fait d'ouvrir les yeux et de reconnaître les personnes environnantes. Il n'est pas rare de voir les conceptions fausses dominer l'esprit quelques secondes, quelques minutes même après tous les " signes extérieurs du réveil. C'est ce qui était arrivé notamment à un élève en pharmacie de notre connaissance qui, couchant sous un comptoir oii il étouffait, et se voyant, dans son sommeil, près d'être transpercé à l'épigastre par une longue épée, se jeta à bas de son lit et se précipita dans la chambre du pharmacien, lui demandant secours et montrant du doigt l'arme qui s'obstine à le poui'suivre. On peut dire ici que la lésion sensorielle a survécu au sommeil et est devenue une hallucination. M. Alfred Maury [Le sommeil et les rêves) a étudié avec infinimeut de sagacité les hallucinations, qu'il appelle hypnagogiques (de vmoç, sommeil et à7wj/£ûç, qui amène), et qui se forment au moment oii le sommeil commence. Il y en a aussi, et elles sont au fond de même ordre, qui se produisent quand le som- .meil finit. Celle dont était frappé notre élève consistait en un trouble sensoriel, non pas hypnagogique, mais hypnotique, et que le réveil n'avait pas immédiatement dissipé. Et c'est un des faits qui tendent à confirmer les vues du même auteur, sur les analogies du rêve et de l'hallucination.
La théorie du cauchemar est simple, mais de cette simplicité particulière que notre ignorance nous crée souvent' en biologie. C'est la théorie du rêve. Le cauchemar est fait de sensations et d'images déréglées et pénibles. S'il est lié à des émotions nouvelles ou à une maladie encéphalique, le désordre psychique se forme, pour ainsi dire, de toute pièce, directernent. 11 naît sur place. La fibre altérée, ou celle qui a été émue par une fâcheuse impression, en sont l'instrument ; la première pourra emprunter les éléments de la divagation à mille circonstances et surtout aux circonstances récentes de la vie affective ou intellective du sujet ; la seconde les empruntera à l'impression même qu'elle aura reçue et qui, en se répétant, constituera un souvenir douloureux Et comme tout se tient, tout s'enchaîne, tout vit en commune solidarité dans l'appareil encéphalique, — la
circulation avec rinncrvation, telle p;irtie du cerveau avec telle auUe; — comme, par conlre, l'encéphale est un composé d'organes voués à des fonctions distinctes, on peut imaginer ce qu'un retentissement d'une impression perturbatrice sur l'ensemble du mécanisme et la distribution inégale du sang et de l'excitation nerveuse, pourront ajouter des traits inattendus et bizarres à l'expression initiale du rêve. Le cauchemar est-il précédé d'une souffrance de quelque viscère ; c'est l'impression transmise par ce viscère au cerveau qui devient, dans celui-ci, sous l'empire du sommeil, le sujet d'une sorte d'interprétation absurde et le point de départ des mêmes phénomènes que dans l'aifection directe de la pulpe cérébrale. Dans le rêve simple, mille sensations obscures viennent de la profondeur des organes stimuler la fibre cérébrale et y faire naître des images fantastiques. Que ces sensations soient douloureuses et le rêve deviendra cauchemar.
Comme on l'a dit plus haut, les formes symptomatiques de cet état morbide sont le plus ordinairement en rapport avec les conditions qui l'ont fait naître. Pourtant, on aurait tort de considérer cette corrélation comme constante. L'élément constitutif de tout rêve étant d'ordre psychique alors môme qu'il a sa source dans un trouble viscéral, et cette manifestation psychique consistant dans un délire passager, telle est, sous le rapport du mode, du degré, du lieu, l'infinie diversité des mouvements moléculaires du cerveau ; telle est la funeste fécondité de l'esprit échappé des liens de la raison, que les impressions morales comme les impressions physiques peuvent servir de thème à des associations d'idées où leur caractère primitif soit entièrement perverti. Un homme souffre de la vessie, et cette souffrance éveille en lui le rêve : il pourra arriver, dans cette disposition intellectuelle et morale, que ce rêve lui procure, dans cette région, des sensations agréables. Au contraire, un homme a en tout le jour sous les yeux un grand spectacle de la nature, de hautes montagnes, des précipices profonds ; il en a joui en artiste. La nuit, la digestion venant à se troubler, ou quelque fâcheux souvenir «'éveillant en lui, il peut se sentir rouler de rocher en rocher ou tomber dans le vide. De même un cauchemar amené par une cause toute morale pourra se ti'aduire par une sensation pénible du côté de l'estomac ou de la poitrine ; comme celui qui dérivera d'ime maladie viscérale pourra s'exprimer uniquement par des phénomènes tout psychiques, comme la vue d'objets effrayants. Les exemples de cette sorte de transformation de la sensation primitive sont extrêmement nombreux. Aussi nous rangeons-nous à l'opinion de Sauvages, professant que, dans bien des cas, l'angoisse épigastrique, même avec la vision et la sensation d'un animal assis sur la poitrine, est la conséquence du rêve au lieu d'en être l'occasion ; interprétation conforme d'ailleurs aux données de la physiologie, puisqu'il est avéré qu'un mouvement pathologique du cerveau peut retentir sur les viscères : témoins le vomissement, l'ictère, qui suivent les plaies de tête, ou la diarrhée qui succède à une émotion morale.
Le cauchemar ne laisse communément après lui qu'une fatigue plus ou moins prononcée ; et il est des personnes chez lesquelles il se répète fréquemment sans grand dommage. Mais chez les enfants et les jeunes filles il peut avoir des suites graves, parmi lesquelles on cite l'épilep.sie et l'hystérie. Il est impossible néanmoins de ne pas se demander si, dans certains cas au moins, le cauchemar n'était pas lui-même le signe avant-coureur de la névrose. D'un autre côté, M. Galmeil a fait remarquer que le délire manomaniaque emprunte quelquefois au cauchemar ses principaux éléments. « Pendant le jour, il n'existe aucune lésion des sens; mais le malade raconte avec effroi tout ce qu'il a souffert pendant la nuit, et Tinter-
590 CAULOPHyLLUM.
prétation qu'il donne aux sensations pénibles qui l'obsèdent pendant son sommeil l'entraînent dans de continuelles divagations et à des actes qu'il faut parfois soigneusement réprimer » {Dict. en 30 vol., art. Cadchemar).
11 nous reste à dire un mot du traitement. A proprement parler, il n'y a pas d'autre traitement du cauchemar que de réveiller le malade. C'est ce qu'il faut recommander, s'il en est souvent atteint, aux personnes qui l'entourent. Ce moyen si direct trouve surtout sou application chez les enfants et les hystériques. L'accès terminé, l'art peut intervenir utilement, soit pour dissiper un endolorissement consécutif de la tète, une fatigue générale, un sentiment d'oppression; ce qu'on fera par l'administration d'une infusion de quelques plantes aromatiques ou de fleurs de coquelicot, de bains à l'eau de son et à l'eau de tilleul et de lauriercerise, etc.; soit pour écarter de l'imagination, chez les femmes prhicipalement, les appréhensions que peut leur avoir causées une crise douloureuse et quelquefois marquée par de si étranges phénomènes, par de si saisissantes images, par desimjTessions si poignantes, que l'esprit en reste dangereusement frappé.
Mais c'est surtout à pi évenir le retour des accidents qu'il importe de s'attacher. Pour cela on cheichera dans l'interrogatoire du malade, dans ses confidences, dans i'examcn minutieux de ses organes, un moyen de remonter à la source du mal. 11 \a sans dire que les indications vmieront suivant les résultats de cette étude. Les poser ici, en détail, serait entrer dans le traitement de nombre de maladies dont l'histoire a sa place dans ce dictionnaire: la dyspepsie, les affections cardiaques, l'asthme, etc. La seule indication dont il y ait à dire un mot, parce qu'elle appartient à toutes les espèces de cauchemar, est celle de diminuer l'excitabilité du système nerveux. Encore faut-il être bien éclairé sur le vrai caractère de cette excitabilité qui, tantôt indirecte et liée à la chloro-anémie, appelle l'emploi du fer et du quinquina, et tantôt directe, nécessite l'usage des antispasmodiques et des sédatifs. Dans ce dernier cas, les bains prolongés, la liqueur d'Hoffmann, l'asa lœtida, la valériane, le camphre, le bromure de potassium longtemps continué pourront avoir quelque efficacité. La racine de la pivoine mâle était autrefois vantée comme sédative contre le cauchemar presque autant que contre l'épilepsie; elle a été employée dans le cas, cité plus haut, de Forestus. La plante même était connue sous le nom de ètpiilztov, comme propre à guérir l'éphialte. Nous ne disons qu'un mot du cauchemar périodique, dont le mode de traitement n'a pas besoin d'être spécifié. Enfin, on sera attentif aux circonstances qui peuvent influer sur le développement du cauchemaa", comme le mode de décubitus, la distance écoulée entre le dernier repas et le début de la crise, la nature des occupations, le genre de lecture, l'emploi de la soirée; et Ton s'inspirera de toutes les données recueillies pour donner à l'hygiène du malade une autre et plus salutaire direction,
A. Dechambre.
€AlJLOPH¥liLlJi« (MiCHx, FI. bor.-amer., I, 204, t. 21). Genre de plantes, de la famille des Berbéridacées, proposé pour le Leontice thalictroides L. {Spec, 448. — DC-,Prodr., T, 109, n. 5), parce que ses pétales sont minces et membraneux et que son péiicarpe, se détruisant de bonne heure dans sa portion supérieure, ne forme plus qu'une gaine très-courte autour de la base des graines. Cellesci sont supportées par d'assez longs funicules, et leur tégument extérieur a une consistance plus charnue que dans les autres Leontices. Cette plante est originaire de l'Amérique du Nord. Les Indiens la recherclient comme médicament. Sa racine s'emploie comme emménagogue, et dans le traitement des rhumatismes, des né-
CAUSUS 391
vralgies, etc. Les femmes la prennent comme facilitant l'accoiichenient. M. Bentley qui a rappelé ces faits dans 1 étude de ses New American Remédies (in Pharmac. Journ.ylV, 52), pense que le piincipe actif de cette plante paraît être une matière résineuse, distinguée sous le nom de Caidophylline, et qui ne serait qu'un mélange impr.i' d'un alcaloïde incolore et d'une grande quantité de saponine. Les semences grillées constituent, dit-on, un succédané du café. H. Bn.
AsA Geay, Gen. llhistr., t. 32. — Rosenthal, Syn. pi. cUaphor., 621. — Guiboubt, Drog. sinipl., éd. 6, III, 724. — Bâillon (H.), Histoire des plantes, III, 5i, 70, 74. H. Bv.
CAUSES. Voy. Ëtiologie.
CAUSTIQUES. Voy. Cautère ET Cautérisation.
CAUSUS (-/.aûo-oç, de /.«ico, je brûle), fièvre ardente. Cette fièvre joue un grand rôle dans les Éjndémies d'Hippocrate. Elle est ainsi caractérisée, dans un appendice au livre du régime dans les maladies aiguës et qui, s'il n'est pas d'Hippocrate, remonte assurément à une très-haute antiquité. « La fièvre ardente naît quand les petites veine's desséchées pendant l'été attirent en elles les matières acres et bilieuses ; une fièvre considérable s'établit, et le corps est en proie à un sentiment de lassitude et à la douleur. La fièvre ardente est produite, la plupart du temps, par une marche forcée ou par une soif prolongée... la langue devient rude, sèche et très-noire, le malade ressent dans l'abdomen des douleurs comme mordantes, les évacuations alvines sont très-humides et jaunes, le malade est en proie à une soif excessive, aux insomnies, quelquefois même au délire (Hipp. Œuvres, trad. de Littré, t. II, p. 395). » — La mort vient quelquefois terminer cet appareil de symptômes ; ailleurs la maladie est jugée par une épistaxis, des sueurs abondantes, etc. ; et un peu plus loin : « Autre espèce de causus : Il y a flux de ventre.soif considérable, langue rude, sèche, et le malade a un goiit salé dans la bouche, l'urine ne coule pas, le sommeil est absent, les extrémités se refroidissent {ibid., p. 397). » Galien a donné à cette seconde forme le nom de l'aux causus (vôôos ■/.aOffo;), le premier étant le causus légitime ou essentiel; et il pense que, dans le second, la pituite jouait un certain rôle [Comm. IV in libr, de Rat. vict. in acutis, i\° 15). Hippocrate a reconnu, dans quelques épidémies, des fièvres ardentes de forme légère et peu grave, que certains pathologistes de nos jours appelleraient des causus ébauchés {Épid. I, init.) ; ailleurs, dans les fièvres graves et mortelles) des redoublements les jours pairs, des sueurs profuses, etc. {Épid. I et III).
Hippocrate signale encore deux autres sortes de fièvre, marchant avec le causus et qu'il nomme le phrenitis et le lethargus. Le phrenitis est caractérisé par un délire violent, un état d'insomnie continuel, et une fièvre intense. Dans le lethargus, qui s'accompagne d'une fièvre plus ou moins forte, le malade est plongé dans une somnolence continuelle, ou même dans un coma profond. Relativement aux deux premières pyrexies, le causus et le phrenitis, Galien les regarde comme de même nature et différant seulement par le siège : quand la bile se jette sur le foie et sur le ventre, on a le causus; quand elle envahit le cerveau, c'est le phrenitis {Comm. III in Epid., 1. IIÏ, n" H) ; il va même plus loin dans un autre passage, et localise la maladie, soit dans la membrane mince (xarà liitTiiv (x^vt-y^a) du cerveau, soit dans le diaphrapme (De causispuls., 1. IV, c. 14).
Ô9-2 CAUTERETS (eaux minérales de).
Le lethargus aurait pour origine une humeur pituiteuse, accompagnée de refroidissement du cerveau, et pour siège la masse de celui-ci (ibid.). Enfin, Galien admet que lephrenitis peut se transformer en lethargus, ce qu'il regarde comme peu avantageux, tandis que le passage de ce dernier au phrenitis serait un signe favorable {Comm, IV in libr. VI Epid, n" 8).
Maintenant que faut-il penser de ces trois maladies ? Quelle place doivent-elles occuper dans le cadre nosologique ? On avait tenté de les rapprocher de nos fièvres typhoïdes avec lesquelles elles offrent, en effet, certaines analogies, mais le parallèle ne pouvait être poussé jusqu'au bout et laissait toujours beaucoup de points en souffrance. M. Liltré, s'emparant de la question avec cette supériorité de vue qui le caractérise, a comparé les fièvres hippocratiques avec les fièvres pseudo-continues bilieuses des pays chauds, décrites par les médecins de l'armée d'Afrique et par les Anglais dans l'hide, et il. est arrivé à déterminer l'identité de ces diverses sortes d'affections. Il a résumé, comme il suit, ses idées à cet égard.
« 1° Les fièvres rémiltentes et pseudo-continues des pays chauds diffèrent des fièvres continues des pays tempérés et, en particulier, de celles de Paris ; 2° Les fièvres décrites dans les Épidémies d'Hippocrale diffèrent également de nos fièvres continues; 5" Les fièvres décrites dans les épidémies ont, dans leur apparence générale, une similitude très-grande avec celles des pays chauds ; 4° La similitude n'est pas moins grande dans les détails que dans l'ensemble ; 5° Dans les unes comme dans les autres, les hypochondres sont, pour un tiers des cas, le siège d'une manifestation toute spéciale ; 6" Dans les unes comme dans les autres, la langue peut se sécher dans les trois premiers jours ; 7° Dans les unes comme dans les autres, il y a des apyrexies plus ou moins complètes ; 8° Dans les unes comme dans les autres, la marche peut être extrêmement rapide, et la maladie se terminer en trois ou quatre jours, soit par la santé, soit par la mort ; 9° Dans les unes comme dans les autres, le cou est le siège d'une sensation douloureuse; 10» Dans les unes comme dans les autres, il y a une forte tendance au refroidissement du corps, à la sueur froide, à la lividité des extrémités (Littré, Œuvres d'Hipp., t. II, p. 566 et suiv.). »
Voy. aussi Phrenitis. E. Bgd.
C1.UTËBE. Voy. Cautérisation.
CAUTERETS (Eaux MINÉRALES de) hypotJiermales ou hyperthermales, sulfurées sadiques, azotées. Dans le département des Hautes-Pyrénées, dans l'arrondissement et à 16 kilomètres d'Argelez, est une petite ville de 1,200 habitants, située à 932 mèlres au-dessus du niveau de la mer. (Chemin de fer de Bordeaux et de Tarbes, d'oii une voiture publique conduit à Cauterets en quatre heures.) La vallée au fond de laquelle se trouve Cauterets est bordée de hautes montagnes couvertes de bois, et entourée de promenades où l'on est à l'abri du soleil et de la chaleur. Cauterets n'est accessible aux vents que dans le sens du grand diamètre de sa vallée ; cette heureuse disposition explique pourquoi cette station thermale, une des plus élevées de l'Europe, et la plus élevée de la France après Baréges et le Mont-Dore, a un climat i-elativement assez doux. M. le docteur Gigot-Suard donne, d'après M. le docteur Dimbarre, alors médecin inspecteur de ces sources, les températures minima, maxima et média des sept années 1859-1865 pour les mois delà saison minérale qui commence le \''' juin et finit le 1*^"^ octobre. Voici les moyennes minima et les moyennes maxima :
CAUTElîETS (eaux minérales de). , 395