CATANEO
i'a^iès^frengel, Y Astragaliis pu gniformis. L'une et l'autre plante servaient, dit Dioscoride, à composer des pliiltres excitants, que les Thessaliennes avaient la réputalioii de mettre en usage.
DiosiORiDE. Materia medica, lib. lY, cap. cxxix. — Sprengel. liistoria rei herbarice, 1, 183-18i. — Rauvvolf. Itiner., 54-60. Pl.
CATAIVA\CIIE. Genre de composées, de la tribu des chicoracées, établi par Touniefort, et qui présente comme caractères saillants : uninvolucre formé d'un grand nombre de bractées écailleuses, argentées, imbriquées sur plusieurs rangs ; un réceptacle hérissé de longues soies ; des akènes turbines, tronqués au sommet, surmontés d'une aigi'ette aussi longue qu'eux, composée de 5 à 7 écailles lancéolées, terminées piu' une soie.
La seule espèce qu'on puisse citer comme ayant eu quelque intérêt médical est Catananche cœrulea, jolie plante de la région méridionale, dont les fleurs bleues sort d'un irès-bel effet. Lemery l'indique comme apérilive, astringente et vulnéraire; mais en ajoutant qu'on ne s'en sert guère en médecine. Elle est aujourd'hui tout à fait inusitée.
Lejierï. Dictionnaire des drogues simples, édit. 1759, p. 206. — Tournefort. Institut, rei herb., 271. — Linné. Gêner., 290. — Cassini, Dict. scienc. nat , VU, '265. — Endlicher. 2976. — De Candolle. Prodromus, VII, 85. — Grenier et Godron. Floi-e de France, II, 285.
Pl.
CATAIVEO (Jacques). Médecin de Gênes, vivait vers la fin du quinzième siècle. L'on n'a pas de détails sur sa vie. Cela est fâcheux; car Cataneo a laissé sur le morbus galUcus un des ouvrages les plus curieux, les mieux pensés et les mieux rédigés. Cet ouvrage porte ce titre sur l'imprimé qu'en a fait Aloysius Luisinus, dans sa collection des auteurs qui ont écrit sur les maladies vénériennes {Venetiis, 1566, in-fol., t. 1, p. 123-148) :
De morho gallico tractatus, egregii Artium et medicinœ doctoris, Jacobi Catanei de hacw marcino Qeuuensis.
Ce petit opuscule, que nous signnlons à l'attcnlion des érudits, est un chefd'œuvre. On y trouve rarement les divagations qui caractérisent les ouvrages de cette époque. On sent bien, en le lisant, qu'on a affaire à un homme sur de son sujet, fidèle à l'observation, et qui n'a guère décrit que ce qu'il a vu. En digne Italien qu'il était, il rend la France responsable de l'épidémie qui ravageait son pays, et il fait remonter l'affection à l'année 149i, époque de l'expédition de Naples par Charles VIII. « Oui, s'écrie-t-il, celte muladie n'avait jamais été vue avant cette année 1494, ni chez nous ni ailleurs. » Les sigaes qu'il en donne pourraient encore servir aujourd'hui cà la symptomatologie : « 11 survient sur tout le Gorp'^, mais particulièrement à la face, une quantité innombr.ible de pustules et d'ulcères répandant une grande fétidité ; elles atteignent tout le monde, hommes, femmes, et enfants; les douleurs sont horribles, surtout la nuit: les membres, les articulations deviennent le siège de nodosités dures comme des pierres. L'affection est contagieuse; elle n'épargne ni le sexe ni aucune région. Qu'une personne saine ait des relations avec une personne infectée, si après le coït elL ressent de l'iirdeur dans la verge, elle peut se dire atteinte de la maladie. Si, au bout de deux ou trois jours, l'ardeur n'a pas cessé, si la verge est ulcérée, le poi^on est déjà fixé dans le membre viril, et il y a tout à supposer qu'il se répandra par tout le corps. Lorsque les pustules se sont étendues sur tout le corps, et particulière-
ment à la face, lorsque les douleurs rhumatismales ont apparu, que la gorge el le palais ont été ulcérés, que les douleurs envahissent pendant la nuit les malades, on peut déclarer que le mal est arrivé à son plus haut point; car telle est la propriété de cette affection. Beaucoup de'malliein-eux perdent la luette par suite de l'ulcération de la bouche et de la gorge. » Gataneo n'eût pas été de son siècle s'il n'eût recherché l'origine de la maladie dans la colère des dieux exaspérés de voir tant d'iniquités s'accomplir sur cette terre maudite. Mais après avoir accompli ce devoir d'un croyant, il exprime des idées bien moins aventurées, et, pour lui, le morbus gallicus est contagieux, et la plupart du temps il se contracte par le coït soit avec un homme infecté, soit avec une femme infectée. Et dicanius qmd talis morhus contagiosus est, et utplurimumper coltum cum infecta vel cum infecta contrahitur. Le membre viril ou la vulve sont d'abord infectés, et le mal se propage ensuite par tout le corps. »
Enfin Gataneo préconise particulièrement les préparations mercurielles, et recommande une pommade de sa façon dont il donne la formule :
Axonge Une livre.
Graisse dé vipères 3 onces.
Huile de laurier 3 onces.
Argent vil' éteint (Mercure) 4 onces et demie.
Lilharge d'argent 2 onces.
Litliarge d'or 2 onces.
Mastic 1 once et demie.
Il a foi particulièrement dans les frictions faites avec ce mélange, et il les préfère aux ftmiigations {suffUio) de cinabre et de mercure recommandées par d'autres médecins.
Enfin, pour notre médecin, le morhus gallicus est dû à l'infection universelle du sang par un virus menstruel ; Morhus gallicus est passio ariens ah universali infectione in massa sanguineâ a viro menslruali dependente. A. G,
CATAPBïORA. Sorte d'assoupissement. {Voy. Caros).
CATAPLASME, de /.arâ, super, et ■7T),(/.(r(rw, j'applique, l'un des topiques magistraux de la classe des épi thèmes, consistant en une sorte de pâte molle et humide, qui tient le milieu entre l'onguent et l'emplâtre. Le cataplasme est un des topiques les plus usuels et le plus anciennement employés. 11 faudrait remonter jusqu'aux temps bibliques pour en retrouver les premières traces. Hippocrate employait déjà un grand nombre de décoctions de plantes ou de pulpes de fruits sous forme de cataplasmes. Il traitait particulièrement les plaies et les ulcères à l'aide de cataplasmes de bouillon-blanc, de trèfles, de polium. Parmi d'autres indications spéciales énoncées dans la collection des œuvres hippocraliques, on trouve l'emploi de diverses sortes de cataplasmes pour les plaies du front, du sourcil et de l'œil, pour les contusions du nez, pour les tumeurs douloureuses, pour les souffrances hystériques, pour les cas où le mal est empiré par le chaud ou par le froid. A côté de ces indicalions, on trouve quelques contre-indications relatives aux plaie? de tête, à l'exception de celles énuniérées plus haut ; aux fractures de l'oreille, aux luxations avec issue des os, etc. On y voit, enfin, maintes formules et compositions diverses, notamment le cataplasme de graine de lin cuite avec de l'eau et de l'huile, le cataplasme de farine d'orge et de vinaigre, de pâte de farine de froment, de mousse marine, de feuilles d'olivier, de ronce, de lierre et de grenadier ; les cataplasmes résolutifs, maturatifs, astringents, réfrigérants, échauffants, etc.
Les médecins de la secte empirique, qui reconnaissaient autant de remèdes spécifiques qu'il y avait de maladies spéciales, ont considérablement multiplié la composition de ce genre d'épithème.
Celse, le premier, décrivant les médicaments externes avec ordre, distingue les divers topiques, dont le cataplasme fait partie, en cicatrisants ou consolidants, astringents, maturatifs, détersifs, répercussifs, etc. Galien multiplie les formules de Celse, et les médecins grecs du Bas-Empire, les Arabes et arabistes, renchérissant à leur tour sur la polypharmacie de Galien, transmettent à travers les siècles, jusqu'à nos jours, ces monstrueuses formules fondées sur cette croyance, que les remèdes ont d'autant plus d'efficacité qu'ils contiennent un plus grand nombre de substances diverses. Enfin, les doctrines chimiques de Sylvius, elles-mêmes, ont eu aussi, à leur tour, leur retentissement sur cette partie de la thérapeutique en ajoutant encore de nouvelles formules à celles des galénistes et des arabistes.
Il faut arriver jusqu'à l'Académie royale de chirurgie pour voir se manifester un commencement de réaction contre cette polypharmacie. Dans un mémoire remarquable sur l'usage de la chaleur actuelle dans le traitement des ulcères, Faure s'élève énergiqueraent contre l'abus que l'on avait fait jusque-là des topiques et en appelle à la simplicité des moyens, faisant remarquer avec beaucoup de raison, au sujet des propriétés alternativement résolutives ou suppuratives que l'on attribuait aux mêmes agents, que l'expérience ayant montré que la suppuration succède souvent à l'inflammation, on a cru devoir attribuer ce phénomène à l'effet des topiques, lorsque la natuie seule a produit ce changement. Déjà, à cette époque, plusieurs praticiens ne se servaient plus uniquement ([ue du cataplasme anodin e mica joflwis dans le commencement, le progrès et la terminaison des tumeurs suppurables. C'était le prélude de la simplification de toute la thérapeutique dont nous devions voir toutes les exagérations à la suite des réformes médicales de Brown et de Broussais, qui, n'admettant que deux modes morbides, l'irritation et l'atonie, ne reconnaissaient à tous les agents médicamenteux que deux propriétés, la sédation et l'excitation. On voit que, si les anciens avaient multiplié à l'excès les formules médicamenteuses et montré une crédulité presque puérile à l'endroit de leurs prétendues propriétés spécifiques, la réaction était allée trop loin. Et, comme on sait rarement s'arrêter dans la voie des réformes et des réactions, avec le retour des idées de spécificité, nous avons vu reparaître de nos jours toute la série des topiques et des cataplasmes spécifiques. C'est ainsi que, dans des formulaires encore en usage, on ne trouve pas moins de quarante espèces de cataplasmes à propriétés spéciales et de soixante-dix formules, en y comprenant les variétés et les analogues. A côté des cataplasmes adoucissants, anodins, calmants, astringents, excitants, irritatifs et antiseptiques, qui répondent aujourd'hui aux indications les plus communes de l'emploi de ce genre de topiques, on trouve les cataplasmes anticancéreux, antigoutteux, antiarthritiques, anthelmintiques, anti hystériques, antiophthalmiques, antipleuré tiques, antispasmodiques, et jusqu'à des cataplasmes vomitifs et purgatifs.
En renonçant à ces appellations ridicules et aux idées surannées qu'elles rappellent, évitons cependant de tomber dans cette autre exagération née des doctrines dichotomiques et qui tendrait à priver la thérapeutique d'un ensemble d'agents susceptibles, par les modifications mêmes qu'on peut introduire dans leur composition, d'imprimer aux tissus sur lesquels on les applique, souvent même aux parties sous-jacentes, et, dans quelques circonstances plus rares, à l'économie elle-même toute entière, des modifications favorables tendant à la gtiérison.
DICT. ENC. XIII. 7
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Nous aurons donc, avant d'exposer ici les prmcipales applications pratiques de ce genre de topiques et d'énumérer les services que l'on en peut obtenir, à chercher en quoi consistent les modifications organiques que ces agents sont susceptibles de produire, selon leur composition et la manière de les appliquer.
Mais rappelons d'abord quelques-unes des notions élémentaires de pharmacologie concernant l'objet qui nous occupe.
Composition et préparation des cataplasmes. Les cataplasmes sont composés soit de pulpes, de poudres ou de farines diluées dans une certaine quantité de liquide. 11 en est que l'on fait à froid. Ce sont ceux que l'on compose avec des substances qui perdraient leurs propriétés par la chaleur, telles, par exemple, que la farine de moutarde qui sert à faire les sinapismes ou les cataplasmes sinapisés, ou bien ceux que l'on foit avec certaines pulpes de plantes, ou avec des parties de plantes fraîches; les pulpes fraîches conservant, en effet, tous leurs principes, tandis que la chaleur en dissipe plusieurs et de ceux-là même que l'on se propose plus particulièrement d'utiliser.
Les cataplasmes faits à chaud ou cuits sont d'un usage beaucoup plus commun, Ils sont faits généralement avec des farines, qui sont d'autant meilleures pour cet usage qu'elles conservent plus longtemps l'eau qu'elles ont absorbée. La farine de lin est à cet égard la meilleure et la plus usitée. Le liquide retenu par la viscosité de la pâte forme à la surface de la peau un bain continuel, et l'effet du remède est d'autant plus efficace que cet état d'humidité se conserve plus longtemps.
Pour préparer ces cataplasmes, on délaye la farine dans de l'eau froide, de manière à former une pâte un peu claire et bien homogène, et l'on fait cuire en remuant constamment, de manière à faciliter la combinaison du mucilage avec l'eau, en même temps que l'agitation conserve l'homogénéité de la pâte et l'empêche de se former en grumeaux ou de brirler au iond du vase. M. Chassaignac est d'avis que la farine de lin doit être purement et simplement délayée dans l'eau bouillante, la farine cuite se prenant en grumeaux, en croûtes plus ou moins solides, qui nuisent à l'action du topique. Mais, avec la précaution indiquée de remuer le mélange pendant tout le temps de la coction, on évite cet inconvénient.
Lorsque l'on fait un cataplasme avec des plantes odorantes, il est préférable de les employer en poudre, ces matières perdant beaucoup moins de leurs principes aromatiques par la pulvérisation que par la chaleur, Soubeiran donne le conseil de se servir d'une décoction très-chargée de la plante, de manière à réunir ainsi dans le cataplasme tous les principes actifs qu'elle renferme. Dans le cas où l'on jugerait nécessaire de les chauffer, on ferait digéier le mélange au bain-marie.
La pâte d'un cataplasme ne sert dans quelques circonstances que d'excipient à quelque corps plus actif, soit à des poudres, des sels, des huiles, ou de véhicule à des onguents, des teintures alcooliques, du savon. Toutes ces matières demandent, suivant leur nature particulière, à être incorporées aux cataplasmes d'une manière différente. Les substances énergiques qui perdraient par l'action du feu une partie de leur vertu sont incorporées au cataplasme froid ; tels sont le camphre, le safran, l'acétate de plomb, la ciguë, etc. Tantôt on mêle ces matières à la masse, tantôt on se contente d'en recouvrir la surface. Le savon, les extraits doivent être dissous dans une petite quantité d'eau. Pour incorporer les onguents, on les délaye d'abord dans un peu d'huile; le mélange s'en fait plus exactement, et ils restent unis plus intimement au cataplasme.
Le succès qu'ont eu dans ces derniers temps les préparations de moutarde en feuilles, dont il sera question ailleurs, a donné l'idée d'une préparation analogue
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destinée à remplacer la farine de lin dans la confection des cataplasmes. Cette préparation, désignée sous le nom de Toile-cataplasnte-Hamilton, n'est autre chose qu'une sorte de sparadrap mnciiagineux, obtenu en appliquant, sur des bandes de toile à mailles peu serrées, plusieurs couches de mucilage de graine de lin et de racine de guimauve. Pour faire uï^age de cette toile, on la trempe pendant une minute environ dans l'eau chaude, on l'applique et on la recouvre d'une feuille mince de gutta-percha, dont les bords doivent dépasser ceux du cataplasme d'un à deux travers de doigt. La gutta-percha est employée ici dans le double but de maintenir le topique humide et de le conserver plus longtemps chaud.
On a fait, avec raison, à cette préparation, le reproche de se dessécher et de se refroidir incomparablement plus vile que le cataplasme ordinaire, malgré la précaution prise pour retarder ce double effet. Sous ce double rapport, la toile Hamilton ne remplacera jamais l'anlique cataplasme, surtout dans les cas où l'on aura spéciiilement en vue d'entretenir une chaleur humide ; mais elle pourra lui être utilement substituée lorsqu'il s'agira , au contraire, d'entretenir sur les pai ties une température inférieure à celle du corps, ainsi que dans les cas où le poids d'un cataplasme ordinaire serait difficilement supporté.
Mode d'action des cataplasmes. Les cataplasmes agissent de plusieurs manières: par leur humidité, par leur température et par les propriétés spéciales dessubstances dont ils sont composés.
Par leur humidité, ils agissent à la manière d'un bain local.
Les cataplasmes, abstraction faite de l'action des substances qui entrent dans leur composition, ou en les supposant composés de substances inertes ou à peu près inertes, agissent par leur température.
Frgid, c'est-à-dire d'une température très-sensiblement inférieure à celle du corps, le cataplasme produit d'abord une sensation variable suivant l'état de la partie sur laquelle on l'applique, désagréable et niême pénible si cette partie est dans des conditions de température normales, agréable au contraire si elle est le siège d'une chaleur excessive et d'une cuisson vive. Il agit alors comme calmant, comme sédatif de la chaleur en même temps que comme légèrement astringent es répercussif.
Tiède ou chaud, c'est-à-dire à peu près en équilibre avec la chaleur normale du corps, il agit alors en relâchant les tissus et en ramollissant l'épiderme. Si à cette condition de la température se joint la qualité lénitive de la substance dont il est formé, le cataplasme est alors essentiellement émoUient.
Très-chaud et dépassant sensiblement la température normale du corps, il devient un excitant local, un agent de congestion, il provoque un appel fluxionnaire dans la région; il agit alors, en quelque sorte, à la manière d'un bain de vapeur local; il en résulte souvent, sur les parties qui en sont recouvertes, surtout si son séjour a été un peu prolongé, une éruption de petits boutons acuminés, suppurant à leur sommet.
Les cataplasmes agissent-ils par voie d'absorption, en confiant à l'action absorbante de la peau les agents qui sont déposés à leur surface? Quoique très-contestée dans ces derniers temps, l'absorption par la surface cutanée nous paraît incontestable et l'action qu'excercent certains cataplasmes composés est précisément un des arguments- qui la démontrent d'une manière péremptoire et beaucoup plus sûrement que l'action du bain, en ce que les objections qui ont été faites à son sujet ne sont point applicables au cataplasme. En effet, s'il est vrai, ainsi que l'ont établi les nombreuses expériences qui ont été faites pour éclairer ce point de
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physiologie, que la peau n'admetle les matières tenues en dissolution dans l'eau qu'avec une extrême lenteur et dans de très-faibles proportions ; s'il est vrai qu'il y ait à tenir compte, dans l'appréciation de ces quantités minimes de substances absorbées, de ce quia pu s'introduire par les surfaces muqueuses des orifices naturels (anus, vagin, muqueuse du gland, etc.), ou par l'absorption pulmonaire, ce qui est autant à défalquer de la somme de substances introduites dans l'économie il n'est pas moins démontré que lorsque l'immersion du corps dans l'eau est prolongée au delà de la durée moyenne d'un bain ordinaire, et assez longtemps pour que l'épiderme soit porté à un degré suffisant de ramollissement, l'absorption se l'ait alors avec une activité incomparablement plus grande. Or c'est là justement l'une des conditions qui se trouvent réalisées par le cataplasme dont l'application est presque toujours prolongée pendant plusieurs heures et souvent répétée pendant plusieurs jours de suile. Aussi pourrait-on affirmer, au nom seul de la phy. siologie, l'absorption par la peau des substances actives et solubles que contiennent les cataplasmes, si la pratique journalière ne nous en fournissait d'irrévocables témoignages.
Les conditions d'absorption ou de non-absorption des agents qui entrent dans la composition des cataplasmes ont été très-bien formulées par M. Hébert. (Art. Cataplasme du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.) « Il est extrêmement important, dit cet auteur, de tenir compte de la grande différence d'absorption qui existe entre la peau munie de son épidémie et celle qui en est plus ou moins dépourvue. Et lorsque l'application du topique doit avoir lieu sur la peau non dénudée, il ne faut pas oublier non plus ce qui a été dit précédemment, que les solutions aqueuses ne passent point ou du moins ne passent qu'avec une très-grande difficulté à travers l'épiderme, lorsque celui-ci est parfaitement intact et que la substance dissoute est incapable de l'altérer ; mais que l'épiderme se laisse, au contraire, facilement pénétrer par les solutions médicamenteuses, qui ont pour véhicule une substance susceptible de le dépouiller de la matière sébacée qui l'imprègne, tels que l'alcool, les éthers, le chloroforme, les huiles fixes, les essences, l'axonge, les savons alcalins, etc. »
Il y a donc, comme on le voit, à tenir compte dans l'appréciation des effets thérapeutiques des cataplasmes, de leur action locale sur les points d'application et de leur action générale sur l'économie par voie d'absorption. Nous aurons, pour des motifs analogues, à considérer séparément les cataplasmes simples et les cataplasmes médicamenteux proprement dits ou composés ; nous distinguerons enfin les applications chirurgicales et les applications médicales.
Applications chirurgicales. Cataplasme simple, dit émollient. Le cataplasme simple dont le type est le cataplasme fait avec la farine de graine de lin, est un des agents les plus naturels de la médication locale ou par pansement; aussi est-il d'un très- fréquent usage en chirurgie, dans tous les cas oii il y a lieu d'opposer une action sédative à l'irritation douloureuse dont les tissus traumatiquement enflammés sont habituellement le siège. On a reproché aux chirurgiens français d'abuser de ce topique, qui a été, il faut bien le dire, à une certaine époque l'objet d'un véritable engouement ; témoin le temps où un praticien de Paris affirmait avoir guéri plus de cent cancers du sein à l'aide des sangsues et des cataplasmes. Quelques chirurgiens anglais ont poussé la prévention à cet égard jusqu'à qualifier les cataplasmes de poison de la chirurgie, mettant ainsi à leur charge la plus grande partie des griefs dont la chirurgie française se serait rendue passible à
leurs yeux. Ici remèJe efficace contre les maladies les plus graves, là poison. Le cataplasme ne méritait cependant
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
Sans doute on a pu eu abuser quelquefois, et cet abus a pu être nuisible, lorsque, par exemple, sans aucune utilité réelle on persistait à maintenir des surfaces sai- «^nantes dans un état continuel de macération, qui ne pouvait que faciliter la résorption des produits de suppuration et de décomposition qui y étaient déposés; ou lorsque par un séjour trop prolongé on s'exposait à voir survenir sous l'influence de la fermentation une irritation érythémateuse ou même un véritable érysipèle du pourtour de la plaie. Mais nous ne pensons pas qu'on puisse citer de nos jours beaucoup d'exemples d'une pareille inipcritie ou d'une aussi blâmable négligence. D'un autre côté, le chirurgien qui se flatterait aujourd'hui d'avoir obtenu par la seule application de cataplasmes la résolution d'une tumeur cancéreuse, aurait peu de chances de se faire écouter. Restons donc dans les sages limites de l'expérience et constatons, sans crainte d'être désavoué par la géuéralilé des praticiens, que foutes les fois que les bords ou les environs d'une plaie sont enflammés, qu'il s'agit de calmer la douleur que provoque cette inflammation, de diminuer la tension des parties, de favoriser la perspiratiori locale, on trouve un excellent topique dans les cataplasmes émollients ; à défiaut du témoignage des chirurgiens on aurait celui des malades qui en éprouvent généralement, duus ces circonstances, un tel soulagement, que si l'on vient pour un motif quelconque à en interrompre l'usage, ils manquent rarement de le réclamer avec instance.
Mais spécifions davantage, en prenant quelques exemples, les indications et les contre-indications des cataplasmes. Soit, par exemple, les plaies par armes à feu.
Velpeau, qui donnait toujours à son enseignement une portée essentiellement pratique, ne dédaigna pas , à une époque oii la question du pansement des plaies par armes à feu avait tout le triste intérêt de l'actualité (après les événements de juin 1848), de consacrer une leçon entière à l'usage des cataplasmes. Les réfrigérants étaient alors en grande faveur. Aussi la pratique des chirurgiens des hôpitaux se partageait-elle entre les cataplasmes, la charpie cératée et les topiques froids ou l'irrigation froide continue. Une première remarque que fit Velpeau à ce sujet, c'est que pansées avec les cataplasmes, la charpie ouïes réfrigérants, les blessures n'offraient pas de différences notables dans leur marcbe et dans leurs accidents. Cependant, il ne pouvait être absolument indifférent de recourir dans tous les cas à l'un ou à l'autre de ces moyens exclusivement. Voici la balance des avantages et des inconvénients que l'éminent professeur établit à ce sujet. « L'effet incontestable de l'eau froide est de diminuer la rougeur, l'inflammation de la peau et même la douleur, chez certains individus. On croit alors, pendant les premiers jours, aune amélioration notable, mais dans les parties profondes le travail phlegmasique se fait sans être visible ; la suppuration devient quelquefois moins abondante, mais elle est moins pblegmoneuse et moins bien liée. Quand arrive le douzième ou le quinzième jour, on s'aperçoit que la surface de la plaie ne prend pas un bon aspect, et n'a plus une aussi bonne physionomie qu'on le croyait d'abord. Cependant, si on peut les employer de bonne heure, lorsqu'il existe une inflammation, baaucoup de chaleur ou une vive rougeur, il faut le faire. Ils sont encore avantageux quand il fait très-chaud, alors ils sont agréables pour le malade et font quelque bien. Mais, en hiver, quand les malades redoutent le froid et préfèrent la chaleur, ils offrent plus d'inconvénients que d'avantages.
« Quant aux cataplasmes, ils offrent, comme les autres topiques, des avantages et des inconvénients. Pour l'hiver, ils me paraissent incontestMblement meilleurs, parce que c'est un excellent moyen de tenir la partie malade d;ins l'humidité et dans un degré de chaleur convenable. » En résumé, Velpeau concluait en donnant, d'une manière générale, la préférence aux cataplasmes qui conviennent, suivant lui, à ces blessures, depuis le commencement jusqu'à la troisième période.
L'un des reproches que l'on a justement faits aux cataplasmes, dans ce cas, c'est de produire un boursouflement grisâtre des surfaces ulcérées, une sorte d'état œdémateux des plaies. Mais cet état n'empêche pas, en général, le travail de cicatrisation ; il est même remarquable, ainsi que Velpeau en a fait l'observation, qu'une infinité de plaies et d'ulcères se cicatrisent mieux et plus vite par l'emploi des cataplasmes de graine de lin que par tout autre traitement.
M. Legouest, dans son ouvrage sur la Chirurgie d'armée, se montre aussi favorable à l'emploi des cataplasmes dans le traitement des plaies d'armes à feu, mais avec plus de réserve toutefois, et en insistant un peu plus sur les contre-indications, « Les cataplasmes, dit-il, comme tous les moyens antiphlogistiques doivent être employés avec réserve sur les sujets éprouvés par de longues fatigues et parles privations ; ils peuvent devenir plus nuisibles qu'utiles; c'est surtout dans les cas d'inflammation franche qu'ils conviennent... Quand une phlogose intense envaliit les parties profondes et les menace d'étranglement, les cataplasmes ne font, dans la majorité des cas, qu'ajouter à la congestion... Dans les cas où, après une inflammation qui n'a pas marché franchement vers la résolution, les parties restent indurées, empâtées et sujettes à s'euflimmer de nouveau sous l'influence de la cause la plus légère, et oii ces poussées inflammatoires imparfaites donnent naissance à des abcès subaigus profondément situés, et renfermant un pus sanieux et mal élaboré, les antiphlogistiques n'ont aucune action sur cet état, et l'application prolongée des cataplasmes ne ferait qu'augmenter le mal, en provoquant l'inertie des tissus qui l'infiltrent de liquides. Les fomentations aromatiques, jointes à une légère compression, sont préférables dans ces circonstances. » C'est particulièrement dans les plaies confuses par armes à feu avec tuméfaction périphérique, que M. Legouest donne la préférence aux cataplasmes émollients sur les moyens d'union ordinaires.
Les cataplasmes sont assez fréquemment usités dans les lésions des annexes de l'œil. Quelques oculistes conseillent journellement contre les phlegmasies furonculaires ou phlegmoneuses des paupières, ou après l'ouverture des abcès du sac lacrymal, l'application de cataplasmes préparés avec la fécule de pomme déterre, la poudre de racine de guimauve, la farine de riz, celle de graine de hn, etc. Les cataplasmes préparés avec une décoction concentrée de graine de lin ou de racine de guimauve, amalgamée avec une quantité suffisante de son, à la fois légers et doux à la peau, ont, en outre, l'avantage de conserver longtemps leur chaleur.
Les oculistes italiens font plus particulièrement usage des cataplasmes de leuilles de rtiauve ; en Allemagne, on se sert plutôt des cataplasmes de mie de pain et de lait.
A la suite de l'application de la pâte de Ganquoin, dans les tumeurs et les fistules lacrymales, Deval préconisait particulièrement les cataplasmes émollients froids, comme très-propres à prévenir et à mod^er les accidents inflammatoires.
Parmi les affections du globe oculaire qui peuvent réclamer l'usage des cataplasmes, nous signalerons seulement quelques ophthalraiesavec éréthisme,sentiraeiil de tension et de chaleur ; les douleurs vives produites par Tiritis ont souvent été calmées par des cataplasmes laudanisés tièdes, ou par des cataplasmes prépa-
rés avec un mélange de farine de graine de lin, de poudre de feuilles de ciguë et de poudre de feuilles dejusqiiiame, ou bien encore avecles feuilles de laurier-cerise. Ro"iieUa prescrivait, dans ce cas, les cataplasmes de mie de pain et delaitarrosés d'une solution de sel de nitre. Les cataplasmes de cerfeuil sont vulgairement emplovés en Belgique dans les ophthalmies. Deval, dans son Traité théorique et pratique des maladies des yeux, rapporte l'histoire d'une petite lille de 10 ans, affectée d'une oplilhalmie intense, avec sécrétion muqueuse abondante, phlyctènes sur le cercle scléro-kératique, photophobie, larmoiement, le tout accompagné d'une sensation de chaleur brûlante et de douleurs lancinantes vives dans l'organe. Cet état grave, après un traitement énergique par les dérivatifs et les mercuriaux resté sans effet, céda complètement à l'emploi de cataplasmes de cerfeuil maintenus constamment sur les paupières. Ce même médecin a consigné, dans un travail publié dans le tome XIII des Annales d'oculistique, les résultats satisfaisants qu'il a obtenus par l'usage de ce moyen.
Il est bon, à côté de ces indications utiles, de ne pas laisser ignorer les contreindications formelles de l'usage des cataplasmes dans les ophthalmo-blennorrhées aiguës. Us ont, dans ce cas, le grave inconvénient d'augmenter la laxilé et la tumélaction de la conjonctive et de rendre plus faciles et plus imminentes la rupture de la cornée et la perte de l'œil. 11 n'en est plus de même dans les cas oiî la vision est perdue, comme à la suite d'un phlegmon oculaire ou d'une opération de cataracte malheureuse; on peut alors recourir avec avantage aux cataplasmes, soit qu'il s'agisse de calmer les douleurs provoquées par une inflammation générale de tous les tissus du globe oculaire ou de hâter la fonte purulente de l'œil.
Les docteurs Hiibsch et Cotho ont fréquemment appliqué dans les hôpitaux de Constantinople, contre quelques kératites et surtout contre l'iritis, un topique qu'ils désignent sous le nom de cataplasme mercuriel. Ce moyen consiste à se munir d'une compresse de linge, disposée de telle sorte, que, ployée en deux, elle ait les dimensions des paupières supérieure et inférieure réunies. Sur la face interne de l'un des doubles, on étale une couche épaisse d'onguent napolitain ; la face externe du même doubleestmise en rapport avecles voiles palpébraiix. Il convient, au préalable, de procéder à l'occlusion des paupières avec une bandelette de taffetas d'Angleterre ; c'est sur celle-ci qu'on applique le cataplasme mercuriel, qui est maintenu en place avec une bande. Tous les matins, on change l'épithème ; il reste ainsi vingt-quatre heures sur l'œil, parfois pendant huit ou dix jours. Onajoute un peu d'extrait gommeux d'opiurn à la pommade mercurielle, en cas de douleur vive.
Le docteur Rigler, inspecteur en chef des hôpitaux de Constantinople, a importé ce moyen de Vienne, oii il l'avait vu mettre en pratique.
Les cataplasmes sont quelquefois employés dans le traitement des maladies du vagin, du col de l'utérus et du rectum. On en doit, croyons-nous, la première idée à Récaniier. Cette pratique a été adoptée depuis par un assez grand nombre de médecins, notamment par Cayol, Mêlier, Amussat, MM. Guillon, Cruveilhier, Nonat, etc. Nous avons eu nous-même l'occasion d'y recourir dans plusieurs circonstances avec qnelque avantage. Dès les premières applications qui en ont été faites, en présince de la double difficulté d'introduire directement ce genre de topique jusque sur le col et de l'y maintenir, on a senti la nécessité de recourir à un |irocédé spécial. M. Pouillen, bandagiste, a subvenu à cette nécessité à l'aide d'une simple modification de la seringue ordinaire, consistant en une augmentation du cabbre de la canule, laquelle, en même temps, a été courbée à angle droit sur
le corps de l'instrument. La seringue est chargée de la substance du cataplasme, farine de lin, iàrine de riz ou fécule, ou pulpe déracine de guimauve ; la malade, couchée sur le dos, fait elle-même l'injection ; il suffit pour maintenir le ca(aplasme en place ou d'une simple garniture ordinaire, ou de l'introduction d'une éponge fine, conique, traversée d'un petit ruban de fil que l'an fixe avec una épingle au bas du corset ou à une ceinture, et qui sert ensuite, à l'aide d'une légère traction, à l'extraction de l'éponge. Lorsqu'on veut retirer le cataplasme, une injection d'eau tiède ou d'une décoction émolliente quelconque suffit pour entraîner la matière du cataplasme. Pour l'introduction des cataplasmes pulpeux qui peuvent présenter quelquefois plus de difficultés, M. Pouillen a imaginé une seringue à laquelle il a' donné le nom de seringue spéculum. Le corps de la seringue est cylindrique, exactement comme le spéculum, qu'elle peut remplacer dans toutes les circonstances. Pour se servir de l'instrument on l'emplit de la pulpe préparée, on le graisse à l'extérieur et on l'introduit dans le vagin comme un spéculum ordinaire. Cela fait, on pousse doucement le piston en même temps que l'on retire avec lenteur vers soi le corps de la seringue ; le piston chasse devant lui un cylindre de pulpe qui, au moment oii l'opération est terminée et le corps de la seringue retiré, se trouve déposé dans le vagin ; pour le conserver ou pour l'enlever, ou s'y prend de la manière qui a été indiquée plus haut.
Voici en quels termes Cayol, dans son Traité des maladies cancéreuses, apprécie les eifets des cataplasmes vaginaux, qu'il considère comme une ressource très-utile dans le traitement de certains engorgements phlegmasiques du col de l'utérus. « Cette médication si simple et si bienfaisante, dit-il, est cependant une des dernières dont on se soit avisé. Je n'en avais jamais entendu parler, lorsque, eu 1824, M. le docteur Guillon vint me faire part, à la clinique, des bons effets qu'il en avait obtenus depuis quelque temps, en me proposant de répéter ses expériences sur quelques malades de mes salles. J'accueillis avec empressement sa proposition ; et, depuis cette époque, je n'ai eu qu'à me féliciter de l'emploi des cataplasmes vaginaux, dont j'ai fait un usage assez fréquent, soit à l'hôpital, soit dans ma pratique particulière. » Ces cataplasmes, ajoutait Cayol, par leur action beaucoup plus durable, remplacent avantageusement les injections et les lavements.
Quant aux cataplasmes introduits dans le rectum, ils n'agissent pas seulement sur la membrane muqueuse de cet intestin, mais ils peuvent encore devenir très-utiles pour calmer les irritations de l'utérus et de ses annexes, ainsi que celles de la vessie, de la prostate, des cordons spermatiques et des vésicules séminales (voy. Comptes rendus des travaux delà Société de médecine pratique, en 1827 et 1828. Broch. in-S", Paris, 1829).
M. Cruveilhier recommande quelquefois aussi l'emploi des cataplasmes, sous le nom de sachets émoUients, dans le traitement des inflammations aiguës du col de l'utérus. Ce sont de petits sacs allongés, en mousseline fine, que l'on remplit de farine de lin délayée dans l'eau bouillante. La grandeur du sac est en rapport avec la largeur présumée du vagin, et la farine de lin délayée doit être encore assez consistante pour que ce sachet, enduit d'huile d'olive ou d'amandes douces, puisse pénétrer dans le vagin. Becquerel, à l'exemple de son maître, a eu recours à l'usage de ces sachets qu'il introduisait au moyen d'un spéculum ordinaire, mais il avait fini par y renoncer à peu près complètement, à cause, dit-il, de l'ennui qu'il cause aux femmes. Il les conseille cependant, un peu plus loin, dans son Traité clinique des maladies de l'utérus, pour le traitement de la raétrite chronique.
Enfin, si nous ouvrons les deux ouvrages les plus récents sur les maladies de l'utérus, nous voyons d'un côté M. Nonat qui recommande l'usage des cataplasmes intra-vaginaux dans le traitement de l'engorgement du col utérin, et de l'autre M. le professeur Courty qui paraît tenir cette pratique en médiocre estime. « En définitive, dit notre collaborateur, quelque efficacité qu'on puisse justement attribuer, dans de certaines limites, à ces applications topiques, j'y trouve plus d'inconvénients que d'avantages, à cause de l'irritation que la présence continue et prolongée d'un corps solide, d'un tampon, comme d'un pessaire, dans la cavité vaginale, ne manque pas de produire sur la membrane muqueuse. » Il n'en admet l'usage, ainsi que celui des poudres et des sachets pulvérulents, que dans des cas exceptionnels. Nous prenons acte de cette concession, disposé que nous serions, pour notre part, à reculer un peu, peut-être, la limite de ces cas exceptionnels. A côté de l'utilité et des avantages des cataplasmes émoUients, dont nous venons de citer quelques exemples, il faut signaler aussi leurs- inconvénients et même leurs dangers possibles. On trouve dans la Revue médico-chirurgicale, de juin 1848, quelques exemples d'effets fâcheux produits à la suite d'applications intempestives de cataplasmes pour des engorgements glandulaires et des tumeurs du sein. Bien qu'il n'ait point été fait mention, dans ces faits, de la température de ces cataplasmes, ce qui eût pu éclairer beaucoup sur lu cause des accidents produits, toujours est-il que ces faits prouvent que les cataplasmes ne sauraient convenir également dans tous les cas de tumeurs et d'engorgements douloureux du sein. Le D' Tanchou, qui s'était beaucoup occupé des maladies cancéreuses et des tumeurs du sein, avait été amené par son observation à considérer les cataplasmes émollients comme formellement contre-indiqués dans toutes les tumeurs du sein, autres que celles qui proviennent de coups, de chutes, et qui ne sont pas franchement inflammatoires. Ils lui ont paru même pouvoir servir, dans certains cas, de pierre de touche, toutes les fois qu'on a quelque raison de soupçonner une dégénérescence cancéreuse ou qu'on croira avoir affaire à une tumeur de mauvaise nature. « Les cataplasmes, dans ce cas, calment d'abord les douleurs et les malades s'en trouvent satisfaites ; mais bientôt ils déterminent un engorgement presque passif; la partie malade devient marbrée et parfois livide ; des douleurs d'une nature nouvelle se font sentir, s'étendant à l'épaule et jusqu'au bras ; les malades, d'ellesmêmes, par une sorte d'instinct, s'empressent de les supprimer, ou bien la tumeur s'abcède, s'ulcère ; les bords de la plaie se décollent, et l'on ne tardepas à apercevoir au fond l'aspect blafard particulier aux chairs cancéreuses. »
Nous n'avons guère parlé jusqu'ici que du cataplasme le plus généralement indiqué, sans contredit, dans la pratique chirurgicale, le cataplasme classique à la farine de lin, dit émoltient, bien qu'ainsi qu'on vient de le voir il puisse très-bien, sans changer de composition, changer de propriété suivant la température, qui peut le faire passer presque graduellement par toute la gamme des modifications, depuis la sédation jusqu'à l'excitation et à une irritation même assez prononcée ; et, il faut bien le dire aussi, un peu suivant l'état des parties sur lesquelles on l'applique, son action étant le plus souvent relative aux conditions organiques do ces parties. Mais la pratique chirurgicale ne se borne pas à cette seule série de modifications. Veut-elle rendre l'action des cataplasmes plus calmante, elle l'additionne de laudanum, ou elle fait confectionner le mélange avec une décoction de tètes de pavots ou de feuilles de jusquiame , de belladone, de morelle ou de stranioine. Veut-elle le rendre résolutif, au lieu de le confectionner avec la farine do lin, elle le iait avec de la fécule, de la pulpe de pomme de terre, de la mie de pain
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ou de la farine d'orge torréfiée, additionnée de fleurs de sureau, de houblon ou de levure de bière, et elle l'arrose avec de l'eau blanche et de l'eau-de-vie camphrée, ou de l'eau salée, ou elle le saupoudre de sel ammoniac, de poudre de bryone, etc. Les cataplasmes acétiques, composés d'un mélunge de sou et de vinaigre fort, peuvent remjilir la môme indication. Veut-elle le rendre astringent, elle le saupoudre de tannin, d'alun, de noix de galles, de ratanhia, d'écorce de chêne ou de tormentille. Elle le rend tonique ou antiseptique en le recouvrant d'une couche de quniquina, de charbon, de camphre ou en l'arrosant avec du vin aromatique, etc.; excitant en l'arrosant d'ammoniaque, d'alcool. La chirurgie a quelquefois recours aussi à l'emploi de cataplasmes médicamenteux destinés à agir, en partie au moins, par voie d'absorption, ou tout au moms par propagation de leurs effets à des parties plus ou moins profondément situées, comme par exemple lorsqu'elle a recours aux cataplasmes de jusquiame ou aux cataplasmes belladones pour préparer ou faciliter la réduction des hernies étranglées.
Des règles et des bonnes conditions d'application des cataplasmes. Voici en quels termes Yelpeau, dans le Traité de médecine opératoire, formule les règles relatives à l'emploi et à l'application des cataplasmes dans les maladies chirurgicales :
Les cataplasmes doivent être appliqués chauds, c'est-à-dire à une température de 25 à 30° Réaumur; au-dessous de ce degré ils sont frais on froids et se transforment en répercussifs on en résolutifs; au-dessus ils deviennent excitants ou rubéfiants.
Les cataplasmes simples doivent être renouvelés toutes les douze heures au moins et mis en couches assez épaisses pour rester humides pendant ce laps de temps. Renouvelés plus rarement, ils pourraient se dessécher et irriter les parties à la manière des corps durs et irréguliers.
Convient-il mieux de les appliquer à nu ou entre deux linges ? Il y a eu, à une certaine époque, une sorte d'antagonisme à cet égard entre les chirurgiens de deux hôpitaux de Paris, qui employaient d'une manière exclusive l'une ou l'autre méthode. Il nous serait difficile dédire aujourd'hui de quel côté était l'avantage, si tant est qu'il y eût avantage de part ou d'autre. Velpeau aimait mieux les cataplasmes à nu, qui avaient, suivant lui, l'avantage de céder plus aisément une partie de leur eau aux tissus malades, d'y maintenir une température égale, de se mouler plus aisément sur les inégahtés et les plis de la peau, de manière à faire eu quelque sorte corps avec elle. Toutefois il faisait exception pour les cataplasmes faits avec des plantes et pour les cataplasmes spéciaux ou médicamenteux, qui, en raison du mode d'action qu'on en attend, demandent à être renouvelés plus souvent. C'est ainsi, dit-il, qu'on doit changer trois, quatre ou cinq fois par jour les cataplasmes opiacés, ceux qui sont faits avec des pulpes de fruits ou de racines, les cataplasmes herbacés, etc.
M. Chassaignac est d'avis, au contraire, que l'application des cataplasmes à nu a des inconvénients qui doivent les faire bannir de la pratique, entre autres celui de glisser, de fuser et de salir les linges et les objets de literie. Il est d'ailleursdes régions du corps où ce mode d'application serait à peu près impossible. L'application entre deux linges lui paraît, à tous égards préférable, soit qu'on le recouvre d'un linge de toile très-fine ou bien de gaze ou de mousseline claire. Une lois en place, il le recouvre d'un taffetas gommé, qui a le double avantage, suivant lui, de maintenir avec uniformité la température et l'humidité du cataplasme. « Quand on fait usage du talfetas gommé, dit M. Chassaignac, on a très- vite reconnu que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est : 1" de placer toujours la substance
du cataplasme entre deux linges ; 2° de ne renouveler les applications que deux, trois fois au plus, dans les vingt-quatre heures. On a ainsi réalisé toutes les conditions de souplesse, d'humidité et d'uniformité de chaleur qui sont les qualités essentielles du cataplasme.
Nous venons de parler de la chaleur et de son uniformité, comme de l'une des qualités du cataplasme. Il s'agit ici de distinguer et de bien spécifier le but qu'on se propose et l'effet que l'on attend de l'application d'un cataplasme. Sans doute, dans le plus grand nombre des cas de chirurgie qui réclament l'usage des cataplasmes, l'effet qu'on se propose d'obtenir entraîne en effet la nécessité d'une douce chaleur humide, halitueuse. Mais encore faut-il que cette chaleur ne dépasse pas sensiblement la température normale du corps , sous peine de devenir excitante, de sédative qu'elle devrait être, et il est même des circonstances où la chaleur ne ferait qu'accroître inopportunément l'excès ou l'insuffisance de tonicité des tissus. Dans un travail inséré dans le Bulletin de Thérapeutique (année 1845), Réveillé-Parise s'élevait contre l'usage banal, pour ne pas dire l'abus que l'on faisait alors des cataplasmes chauds dans une foule de cas où une température élevée est directement contraire à l'indication qui se présente. « Que se propose-t-on dans cccas?diL Réveillé-i'arise ; de tenir le plus longtemps possible la partie malade dans un état de douce chaleur, de la plonger dans une sorte de bain de vapeur, afin d'amollir , de détendre les tissus enflammés, de diminuer la sensibilité douloureuse qui a lieu dans ce cas , et d'arrêter ou de modérer le mouvement fluxionnaire, effet de la cause morbifique, et principe à son tour d'une foule d'accidents. Or on va directement contre ce but par le soin que l'on prend d'appliquer les cataplasmes à un degré de température qui les rend presque toujours excitants, et de les maintenir à cette température en les recouvrant de flanelle ou de taffetas gommé, etc. » Réveillé-Parise veut, et ce précepte est assurément très-sage, qu'on essaye pour ainsi dire les rapports de la température du cataplasme avec la sensibilité individuelle et qu'on établisse une gradation rationnelle. Ainsi il ne veut pas que le cataplasme soit tout à fait froid, mais à une température assez basse pour soustraire aux parties enflammées leur excès de calorique et pour resserrer les tissus,pour déterminer dans les petits vaisseaux une constriction qui ne leur permette pas de se gorger complètement du sang que l'irritation y appelle, en un mot pour ralentir la circulation locale, engourdir la sensibilité et diminuer l'irritation ellemême. Si, à cette température, les cataplasmes étaient péniblement supportés, ce qui peut arriver chez les sujets doués d'une grande susceptibilité, il propose de n'y arriver que graduellement, et au besoin d'y ajouter l'action des médicaments narcotiques. Jobert (de Lamballe) préconisait également dans le traitement des plaies avec phlogose intense, tendant à envahir les parties pi'ofondes et avec menace d'étranglement, les cataplasmes froids, renouvelés à mesure qu'ils s'échauffent. Il leur donnait la préférence sur les autres moyens réfrigérants et particulièrement les irrigations. Il est certain qu'on peut, suivant les circonstances et le but que l'on se propose plus particulièrement d'atteindre, tirer un grand parti des divers degrés de température des cataplasmes et de leur graduation.
De Tusage des cataplasmes en médecine. Nous avons dit, en commençant, qu'il y avait à considérer dans les cataplasmes l'action locale sur les surfaces d'application, une action de voisinage par une sorte d'imbibition et d'irradiation, et enfin l'action générale sur l'économie par suite de l'absorption de l'un ou de quelques-uns de leurs éléments. Ainsi un cataplasme émoUient, pour prendre l'exemple le plus simple, exerce une action sédative non-seulement sur la peau qu'il
recouvre, mais encore sur les tissus sous-jacenls et même sur les viscères enflammés situés à une plus grande profondeur. C'est ainsi qu'on obtient journellement de très-bons effets des applications de cataplasmes sur l'abdomen dans les cas de phlegmasiesdesséreusesoudesmuqueusesintestinales,danslesinflammationsaiguës ou chroniques de l'utérus, de la vessie, etc. Aussi a-t-on,detout temps, eu recours à cette médication topique dans le traitement des affections viscérales internes de nature inflammatoire. StoU préférait les cataplasmes aux sinapismes et aux vésicatoires dans le traitement de la pleurésie et de la péripneumonie ; il les préconisait également dans l'hépatite. Broussais, avant la conception de sa doctrine de l'irritation, faisait déjà un grand usage des cataplasmes émollients. 11 rapporte, dans son Traité des phlec/masies chroniques, avoir guéri un catarrhe qui, pendant trente-sept jours, avait résisté à cinq ou six vésicatoires placés en différents endroits, par un large cataplasme appliqué sur le devant de la poitrine. Le soulagement fut si prompt, dil-il, qu'il surpassa son attente. 11 déclare préférer, en général, le cataplasme au vésicatoire, chez les sujets nerveux et sanguins en même temps,
Will. Stokes préconise l'usage des cataplasmes comme étant applicables d'une façon toute particulière dans la péricardite rhumatismale sèche. Il applique les sangsues d'abord et puis les cataplasmes sur la région précordiale, exactement comme il le fait dans le traitement du rhumatisme articulaire ( Traite' des malad. du cœur, etc.).
La doctrine de la localisation des maladies et de l'irritation devant bientôt prévaloir, pour une certaine période de temps, la médication topique anliphlogistique devait naturellement prendre un grand développement ; c'est, en effet, ce qui ne tarda pas à arriver, et l'usage des cataplasmes dans le traitement des maladies internes, que Barthez reprochait à ses contemporains de négliger, fut bientôt propagé jusqu'à l'abus. C'est là, sans doute, ce qui a pu justifier jusqu'à un certain point les reproches que les médecins et les chirurgiens anglais faisaient à notre pratique. On a déjà vu plus haut ce qu'il faut penser de ces reproches pour la pratique chirurgicale. Pour ce qui concerne la pratique médicale, l'abus dont on a pu se plaindre justement à cette époque n'existant plus depuis déjà longtemps aujourd'hui, nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de nous y arrêter.
Cataplasmes composés. Nous avons indiqué, à propos des applications chirurgicales, quelques-unes des nombreuses modifications dont est susceptible la composition des cataplasmes, pour les adapter aux fins qu'on s'en propose. Les cataplasmes composés sont aussi uliloment employés en médecine. Au premier rang des cataplasmes composés ou médicamenteux, à proprement parler, souvent indiqués dans la pratique médicale, nous placerons les cataplasmes anodins, opiacés ou laudanisés si souvent usités, et avec une efficacité presque constante, dans presque tons les cas où une phlegmasie d'un des organes situés plus ou moins à proximité de la peau est accompagnée de douleurs vives, dépendant de l'état congestif ou inflammatoire; à plus forte raison, lorsque ces douleurs ont le caractère névralgique. C'est ainsi, par exemple, que les cataplasmes laudanisés sont journellement prescrits avec avantage dans les cas de métrite aiguë ou chronique, accompagnée de douleurs, et dans les cas d'hystéralgie, que les douleurs utérines soient symptomatiques ou essentielles. On prescrit dans le même but le cataplasme calmant du Codex fait avec des capsules de pavot blanc, des feuille^ sèches de jusquiame; ou le cataplasme fait avec la décoction de pavot et les poudres de jusquiame, de ciguë, de belladone et de morelle.
Trousseau prescrivait dans certaines arthrites rhumatismales, dans le double
but de combattre les douleurs et d'exciter la résolution, l'application du cataplasme suivant :
On fait bouillir dans de l'eau-de-vie camphrée la quantité de pain nécessaire pour faire le cataplasme,'puis, quand le cataplasme ainsi formé est assez épais, on l'étend et on le recouvre d'une couche de camphre (1 0 grammes environ pour les cataplasmes ordinaires) ; enfin on arrose le cataplasme, saupoudré de camphre, d'une solution d'extrait de belladone (10 grammes également). Ce cataplasme peut rester appliqué pendant cinq ou six jours, après lesquels on le renouvelle. En général, dès la première nuit la douleur diminue notablement. L'influence sédative du cataplasme est telle, qu'après quelques jours la douleur a quelquefois complètement disparu. La résolution est également hâtée, mais beaucoup moins rapidement. On connaît trop, pour qu'il soit nécessaire de les rappeler, les nombreuses applications des pommades mercurielles en frictions et en onctions. Le cataplasme chaud, recouvrant une surface du corps ointe d'onguent mercuriel, ou recouvert lui-même d'une couche plus ou moins épaisse de cet onguent, en facilite incontestablement l'absorption, et partant les effets médicateurs ultérieurs. On a fait un fréquent usage de ces applications il y a quelques années, malheureusement sans avantages bien démontrés, dans le traitement des péritonites, ou métro-péritonites puerpérales.
Il serait superflu de reproduire ici toutes les formules imaginées dans le but de confier au cataplasme, comme véhicule, des agents thérapeutiques plus ou moins actifs, destinés à agir après absorption. Outre que beaucoup d'entre elles sont tombées dans un légitime oubli d'où nous aurions mauvaise grâce à les faire sortir, on comprendra que ce moyen, en somme, n'est qu'accessoire, en tant qu'agent d'introduction des médicaments dans l'économie, la plupart des substances actives destinées à l'absorption, à moins de contre-indications spéciales, pouvant être confiées beaucoup plus sûrement soit aux membranes muqueuses, soit au derme déimdé, soit même aux tissus sous-dermiques. 11 n'y aurait, à moins de conditions exceptionnelles, nous le répétons, qu'un médiocre intérêt à recourir aux épithèmes, cataplasmes, emplâtres ou pommades, pour atteindre ce but thérapeutique. L'usage des cat;iplasmes,en particuher, doit être réservé principalement pour les cas, nombreux d'ailleurs, où l'on se propose d'agir sur la peau elle-même, sur le système vasculaire et nerveux dont elle est si abondamment pourvue et sur les organes sous-jacents, sans renoncer complètement, toutefois, à les utiliser, à l'occasion, comme moyens d'absorption.
Voici quelques-unes des principales formules de cataplasmes médicamenteux destinés à agir, soit localement sur les points d'application, soit généralement par voie d'absojplion.