‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales volume 13Chapitre 5 sur 64 · CASTILLO · texte numérisé non relu

CASTILLO

Report. . . . 1,09506 4,1010

Carbonate de magnésie 0,20000. .... 0,l'i20

— soude traces »

fer » 0,0270

— manganèse » traces

Chlorure de sodium 0,03090. .... 0,0300

Borate de soude, iode traces traces

Oxyde de fer O.OOloO »

Silice , 0.01300 0,0170

Ammoniaque 0,00180 0.0020

Arsenic » traces

Matière organique 0,01800 0,0120

Total des matières fixes . . . 1,5(J(J2B 1,3360

Acide sulfhydrique 0,00026 gramme » gramme

— carbonique » — 0,0540 —

^^'^- -j Oxygène » — 0,0036 —

Azote » — 0,0034 —

Total des gaz 0,00026 gramme 0,0410 gramme

L'établissement actuel, reconstruit en 1820, est entouré d'une promenade plantée de beaux tilleuls, et composé de trente cabinets de bains et d'une salle de douches.

Emploi thérapeutique. Les eaux, de la Grande et de la Pelite-lùjntjine sont employées en boisson, en bains et en douches." On est obligé d'élever artificiellement leur température pour les rendre convenables à l'usage extérieur. Les eaux de la première des deux sources de Castéra-Verduzan sont habituellement prescrites à la dose d'un à trois verres pris le matin à jeun, à une demi-heure d'intervalle; celles de la Petite-Fontaine s'ordonnent en quantités plus considérables, quatre à six verres par exemple ; le médecin recommande souvent aux malades d'en boire aussi aux repas mêlées avec leur vin. L'eau de la Grande-Fontaine excite les fonctions de la peau et des membranes muqueuses qui tapissent les voies aériennes et digestives. En boisson et h faible dose, elle agit comme les eaux chlorurées forte.s, c'est-à-dire qu'elle constipe, tandis qu'elle est laxative si elle est ingérée en proportion assez considérable. La Petite-Fontaine a les effets physiologiques des eaux ferrugineuses; elle tonifie et reconstitue après un usage même assez peu prolongé.

Les eaux sulfureuses de la source de la Grande-Fontaine de Castéra-Verduzan sont prescrites en boisson, en biius et quelquefois en douches, dans les affections cutanées, catarrhales et dyspeptiques. Les eaux ferrugineuses de la source de la Petite-Fontaine, en boisson surtout, conviennent aux convalescents, aux anémiques et aux chlorotiques, chez lesquels les globules sanguins doivent être augmentés et ramenés à leur coloration normale.

La durée de la cure est d'un mois en général.

On n exporte pas Peau des sources de Castéra-Verduzan. A. Roture au.

BiiiLioGuA,PHiE. — Raulin. Traité analytique des eaux minérales. Paris, 1774. — Matet. Notice inédite sur les eaux de Castéra-Verduzan (Gers), 1859. — Joaxne (Ad.l et Le Pii.i;ur (A.). Les bains d'Europe, guide descriptif et médical. Paris, 1860, in-12°, p. 269-270.

CASTILLO (Juan). Chirurgien espagnol du dix- septième siècle, né à Sigûenza, où il fut i-eçu bacheher ès-arts, puis il se rendit à funiversité d'Âlcala, pour étudier la chirurgie; c'est là qu'il prit le grade de licencié. Revenu à Sigiienza, il obtint la place de chirurgien de l'hôpital Saint-Mathieu et exerça la chirurgie avec beaucoup de distinction. On a de lui :

Tractatus qiio continentur summe necessaria tam de analomia quam de vulneribits et ulceribus, tam in génère quamin particulari, etc. Madrid, 1C85, in-fol. E. Bgd.

28 CASTOli.

CASTll^E. On donne ce nom à une substance barique cristallisable, amère, soluble dans l'alcool, dans l'éther et dans les acides, qui se trouve dans l'Agnuscastus {voy. Gattilier).

CASTOR. Genre de mammifères rongeurs, clavicules, très-remarqunble par ses caractères zoologiques, ses mœurs, et la substance spéciale dite Castoréum, qu'il fournit à la matière médicale.

Le Castor se distingue de tous les autres rongeurs par les pieds postérieurs palmés, une queue aplatie horizontalement en forme de large spatule écailleuse. Cinq doigts à chaque pied, le doigt médian étant le plus long de tous. Deux incisives très-fortes, point de canines; molaires à couronne plate et présentant des circonvolutions de l'émail et des échancrures sur les côtés ; ces échancrures, au nombre de trois au côté externe, opposées à une seule au côté interne, sur la mâchoire supérieure au contraire, au nombre de trois en dedans et une seule en dehors, sur la mâchoire inférieure; bords alvéolaires non parallèles, s' écartant postérieurement au maxillaire supérieur et se rapprochant, au contraire, en arrière, sur le maxillaire inférieur. La formule dentaire est la suivante : 20 dents ; incisives | ; molaires |^ .

Le genre Castor ne renferme qu'une seule espèce : le Castor du Canad.v {Castor fiher Linn.), long de 65 à 70 centimètres, sans compter la queue, et de 9 à J2 décimètres depuis le museau jusqu'au bout de la queue. Ce rongeur a une forme ramassée; les pattes antérieures sont courtes; les postérieures longues et palmées. La couleur est d'un roux marron foncé, toujours plus claire en dessous ; les poils sont de deux espèces, les plus longs sont luisants, assez grossiers, et recouvrent un duvet très-fin, très-serré, imperméable à l'eau et d'un gris argenté. Le pelage est très-épais sur le corps, rare sur la tête. La lèvre supérieure est fendue à sa partie antérieure, les dents incisives sont très-fortes, de couleur orangée en dehors, blanches en dedans. L'œil est très-petit; l'oreille, également petite et elliptique, peut s'appliquer contre la tète et empêcher l'eau d'entrer dans le conduit auditif quand l'animal plonge sous l'eau. Les femelles portent quatre mois et mettent bas sur la fin de l'hiver deux ou trois jeunes; elles ont quatre mamelles.

Les orifices génital et urinaire s'ouvrent dans un cloaque dont l'orifice est placé sous la queue. Dl3 chaque côté de ce cloaque se trouvent deux paires de glandes ; les supérieures sécrètent une humeur sébacée, onctueuse et odorante, qui est le Castoréum {voy. ce mot) ; les ouvertures spéciales de ces glandes ont lieu dans le canal préputial ; les glandes inférieures, dont les ouvertures se trouvent près de l'anus, sont des glandes anales, et leur sécrétion n'a pas de rappoit avec le Castoréum. Les glandes du castoréum ont la forme de poches oblongues, pyriformes, s'ouvrant dans le fourreau nréputial par deux larges orifices; elles ont de 8 à 13 cenlimèties de longueur chez le mâle adulte ; elles sont moins développées chez les femelles. La surface externe de la glande est inégale, l'intérieure forme des replis membraneux.

Le Castor est presque exclusivement aquatique. Dans les endroits où il vit en liberté complète et sans être tourmenté, c'est-à-dire dans les contrées septentrionales du nouveau monde, le Canada, la Sibérie, etc., ce rongeur déploie une admirable instinct pour construire sa demeure; il est sociable, et, aidé de ses pareils, il accomplit des prodiges d'industrie. Réunis au nombre de deux ou trois cents, les Castors choisisseiil, au mois de juin ou de juillet, un endroit favorable, un cours d'eau dont ils puissent rendre le niviau fixe au moyen d'une digue. Un

CASTORÉUM (pharmacologie)-. 20

gros arbre est choisi pour soutien principal ; sa grosseur égale ou surpasse celle du corps d'un homme ; des Cas(ovs le coupent avec leurs incisives à un pied au-dessus du sol et le tout tomber dans la rivière et bien en travers. Une fois abattu l'arbre est ébrauché soigneusement, de façon à ce qu'il constitue un barrao-e portant également partout. D'autres Castors vont à la recherche de pieux, qu'ils façonnent avec des arbres souvent gros comme la cuisse ; ils les traînent ensuite dans la rivière, en dirigent le flottage, et, arrivés à pied d'œuvre, ces pieux sont dressés perpendiculaires contre l'arbre principal formant barrage, pendant qiie des Castors, plongeant au fond de l'eau, creusent des trous où s'enfonceront ces pilotis. Bientôt une vraie barrière est construite, car des branches flexibles sont entrelacées aux pieux verticaux; alors, avec de la terre choisie avec soiu, les industrieux rongeurs maçonnent les vides. Les pattes gâchent la terre ; la queue, garnie de squames formées de poils agglutinés et comparables à un ongle, ou aux écailles des Pangolins, sert de truelle. Plusieurs rangs de pilotis sont placés les uns devant les autres, et l'ensemble de la digue forme un barrage légèrement arqué vers le courant ayant de 10 à 12 pieds d'épaisseur, de 8 à 10 pieds de haut, sur quelquefois près de 100 pieds de longueur totale et transversale.

Les Castors modifient leurs travaux, suivant les localités. S'ils peuvent trouver un lac à niveau constant, ils n'établissent pas les travaux relativement gigantesques de barrage, et procèdent sans précautions préalables à la fondation de leurs cabanes ou huttes. Ces dernières sont sur pilotis plein, de forme ronde, ayant depuis 4 jusqu'à 8 et 10 pieds de diamètre, suivant le nombre des habitants. Les murs ont 2 pieds d'épaisseur, et sont couverts par le haut d'une espèce de dôme. L'habitation a deux étages, dont l'inférieur ou magasin de vivres renferme les écorces, les branches, etc., formant la provision; une ouverture s'ouvre sur l'étang, et l'animal peut, en plongeant, échapper au danger ; l'étage supérieur est la demeure proprement dite, et elle est toujours dans un état remarquable de propreté.

Le Castor élevé en domesticité est un animal fort peu intelligent et ne développant plus son habileté de* constructeur. Il y a plus, ceux de ces animaux qu'on trouble dans leurs travaux et dont on détruit les habitations deviennent terriers ; d'architectes si habiles, ils passent à l'état de simples fouisseurs, ils se contentent d'unlong terrier prenant jour sur la berge d'un fleuve ou d'un courant d'eau. 11 est même rare aujourd'hui de rencontrer des peuplades de Castors ailleurs qu'à l'orient des Etats-Unis et au Canada. Les Castors qu'on trouve encore en France, dans le Pdiône et le Gardon, ceux des bords du Danube, ne constituent pas une espèce distincte, maissout des animaux terriers. La désignation française et vulgaire de ces rongeurs était Bièvre, et peut-être la rivière de ce nom, qui se jette dans la Seine près de Paris, avait-elle des Castors sur ses rives et leur doit-elle son nom.

La fourrure du Castor est très-estiméè, l'mdustrie humaine l'a employée pour la préparation de feutres imperméables et de divers tissus. La fourrure est surtout recherchée pendant l'hiver et avant la mue. La pharmacie emploie le Castoréum qui provient, ainsi qu'il a déjà été dit, des glandes spéciales du Castor tant mâle que femelle {voy. Mammifères et Castoréum). A. Laboulbèjje.

CASTORÉUM. § I. Pharmacologie. En France et en Angleterre, pour l'emploi médical, on donne la préférence au castoréum du Canada. Ce castoréum a été analysé par Bouillou-Lagrange, par Brandes, John Pfaff et Wœchler. Il renferme de l'huile volatile, de la castorine, de la cholestérine, delà résine, do l'acide benzoïque, de l'albumine, de la matière grasse, du mucus, du carbonate'

50 CASTUKEUM (pharmacologie).

d'ammoniaque, des sels de soude et de potasse, tels que urates, benzoates, sulfates.

La castorine, qui en est le principe le plus intéressant, a été découverte par Brandes. Elle est sous la forme de longs prismes diaphanes et fascicules. Son odeur est la même que celle du castoréum. Elle est insoluble clans l'eau et dans l'alcool froid, soluble dans l'alcool bouillant et les huiles volatdes. Elle n'est ni acide, ni alcaline. Pour l'obtenir, on traite le castoréum par l'alcool bouillant ; la castorine se dépose à la longue ; on la purifie par un lavage à l'alcool froid. La castorine présente cela de remarquable que sa composition est identique à celle de l'acide pliéiiique.

Quelques auteurs attribuent la propriété thérapeutique du castoréum surtout à la castorine, d'autres pensent qu'elle serait plutôt due à l'huile volatile. II est plus probable que la castorine, l'huile volatile et la résine contribuent toutes les trois aux propriétés de cette substance.

Le castoréum entre dans la composition de plusieurs médicaments, de la thériaque, des pilules de Fuller, des pilules de Cyiioglosse, etc. Il forme aussi la base de plusieurs préparations pharmaceutiques. Celles qui sont le plus employées, sont la poudre et la teinture alcoolique.

Poudre de castoréum. Castoréum du Canada sec ; on déchire la poche du castoréum, oaeniTJettel'enveloppe extérieure, et autant que possible les membranes intérieures ; on fait sécher dans une étuve modérément chauffée, on pulvérise par trituration dans un mortier de fer, et on passe au tamis de soie. (Codex). Dose: de 1 à 2 grammes, soit sous forme de poudre, soit plutôt sous celle de pilules.

Eau distillée de castoréum. Castoréum pulvérisé 100 ; Eau, Q. S. On distille pour retirer huit paities du produit. Ce médicament est très-peu employé.

Teinture alcoolique ou alcool de castoréum. Castoréum pulvérisé, 1 000 ; alcool à 80°, 100. On fait macérer pendant dix jours ; on passe avec expression et on filtre. {Codex). Cette teinture est d'une couleur foncée, d'une forte odeur de castoréum, elle marque 70°. Elle laisse 1/7 de son poids de produit par l'évaporatioii.

Cette teinture, quand elle est introduite dans une potion, doit d'abord être mêlée avec le sirop parce que la matière grasse et la résine se sépareraient de l'eau sousforraede grumeaux. Pour les lavements, on se sert de jaunes d'oeufs, pouréviter celte séparation.

Dose : 2 à 10 grammes.

Teinture éthérée ou Éthérolé de castoréum. Castoréum pulvérisé 10 ; étber sulfurique alcoolisé à 0,70° 100. On met les deux substances dans un flacon à l'émeri ; on fait macérer pendant dix jours, en ayant soin d'agiter le vase de temps en temps ; on filtre ensuite dans un entonnoir couvert, et on conserve pour l'usage. {Codex) Dose : 10 à 30 gouttes.

Sirop de castoréum. Eau distillée de valériane et de laurier^cerise, de chaque 100 grammes ;sucre20 grammes. On prépare un sirop en vase clos et onversecliaud sur 10 grammes de castoréum divisé. On laisse digérer en vase clos, et on passe; 30 grammes de ce sirop représentent la partie soluble de 50 centigrammes de casto. réum.

Poudre antispasmodique au castoréum. Castoréum 5 grammes ; canelle 1 gramme ; sucre 10 grammes ; mêlez et divisez en 20 paquets. Dose : toutes les heures.

Potion antispasmodique au castoréum. Teinture de castoréum 5 grammes ; infusion de mélisse 150 grammes : sirop de sucre 40 grammes. On mêle le sirop et la teinture, et on ajoute peu à peu, en agitant continuellement l'infusion de mélisse.

T. GOBLEY.

CASTORÉUM (emploi médical). M

8 II. Emploi médical. Lc casioréum est un de ces médicaments à passé "•lorieux, mais dont le présent est médiocre et l'avenir incertain. La tliérapeutifiue, c'est visible, s'en détache de plus en plus; et, se contentant des apparences, elle le conlond volontiers, dans ses indications, avec l'asa-fœtida et avec le musc, et elle donne la préférence à ces derniers. On se sert donc aujourd'hui très-peu du castoréum, et ce quasi-abandon contraste avec l'usage abusif qu'on en faisait autrefois.

Le prétexte de cette déchéance du castoréum est la nature équivoque de son action physiologique. Mais, ainsi qu'on l'a fait remarquer avec raison, si l'action physiologique d'une substance est un indice de son degré d'utilité thérapeutique, il ne faut pas cependant conclure d'une inertie apparente dans l'état de santé, à une inutilité nécessaire dans l'étaft de maladie. Les expériences d'Alexander en 1768 et celles constituées plus récemment par Jœrg sur lui-même et sur ses élèves ne prouvent rien, ainsi que l'ont démontré MM. Trousseau et Pidoux : l'exiguïté ridicule des doses enlève, en effet, toute valeur aux résultats négatifs qu'ils invoquent. C'est ainsi qu'Âlexander n'ayant employé que de 1 à 2 grammes de cette substance, affirme, et cela se conçoit sans peine, n'avoir observé d'autre accident que des éructations désagréables. Qi\iii\t à Jœrg, un malaise léger à la région épigastrique, et une odeur d'amertume survivant aux repas et cessant par le sommeil delà nuit, sont les seuls faits qu'il ait notés et qu'il ait attribué à l'indigestibilité du médicament (Pcreira, t. II, part, ii, p. 2272).

S'agit-il d'apprécier sa valeur thérapeutique, les uns renchérissant sur l'enthousiasme de Kransoldt, Ettmûller, Tilemann, le proclament un des médicaments les plus utiles; les autres en font une superOuilé thérapeutique et dont on pourrait parfaitement se passer. Pour citer un exemple de la libéralité avec laquelle les premiers ont doté le castoréum, je rapporterai, en l'abrégeant, la phrase danslaquelle Aston énumère les propriétés de cette substance : antiacide, détergeant, diaphorétiqne, carminatif, céphalique, nerveux, alexlpharmaqne (Aston, Lectures on the Materia Medica, 1770, vol. II, p. 520). On comprend que toute la pathologie devenait tributaire de ces caractérisations aussi vagues que compréhensives. Aujourd'hui, que nous ne nous fions plus au renom des médicaments, et que nous cherchons avec une rigueur louable à circonscrire leur emploi dans le 'cercle des applications véritablement sérieuses, nous ne saurions croire à tant de services. Quand ou vient attribuer à une même substance une efficacité merveilleuse contre la sciatique, la rage, le scorbut, le léthargus, le typhus, l'hystérie, les tintements d'oreille, l'épilepsie, les battements de cœur, etc., on laisse une mauvaise impression de la grande vertu de cet orviétan, et pour être loué au delà de la mesure, un médicament finit par être abandonné plus qu'il ne convient.

Le castoréum est un antispasmodique, c'est dire qu'il a pu être employé avec un semblant de raison et de succès dans tous les troubles des fonctions nerveuses, qu'ils soient idiopathiques ou symptomatiques (dans toutes les maladies par conséquent). 11 y a à démontrer : 1° qu'il a la propriété antispasmodique générale; 2° qu'elle se spécialise en lui par des adaptations plus particulières à telle ou telle forme de spasmes ou de maladies nerveuses.

L'odeur seule du castoréum permet, à la faveur de cette loi très-générale qui lie le caractère odorant au caractère antispasmodique, d'établir que ses propriétés, sous ce rapport, sont très-réelles. J'ai insisté sur cette relation dans un mémoire spécial, et je n'ai pas à y revenir ici. [Mémoire sur la constitution du groupé des stupéfiants dif fusibles, et sur la nécessité d'y faire entrer toutes lés substances dites antispasmodiques, in Arch. gén. de méd., 1857, t. IX, 5* série,

52 CAlSTTTRJiLIM (EMPLOI MEDICAL^.

p. 599, 556, 691.)Lecastoréum est donc, à la rigueur, passible de toutes les applications auxquelles conviennent lecamplire, la valériane, l'asa-fœtida, le musc, etc. Cette formule nous dispense d'entrer dans une énumération fastidieuse, et nous n'avons qu'à indiquer les maladies nerveuses dans lesquelles ily alisu de choisir le castoréum plutôt qu'un autre de ses congénères.

MM. Trousseau et Pidoux [Traité de tliérap. et de mat. méd., 7" édit., Paris, 1862, t. II, p. 256) ramènent les indications particulières du castoréum aux deux chefs suivants : i° aménorrhée douloureuse et tympanitique, 2° coliques nerveuses. « C'est surtout, disent-ils, dans l'aménorrhée s'accompagnant de gonflement douloureux et tympanique du ventre que le castoréum est utile. Il s'agit des cas où l'utérus congestionné ne laisse échapper que quelques gouttes de sang avec douleur, avec une espèce de ténesme utérin. Notre expérience à cet égard est confirmative de l'expérience de nos devanciers, qui n'ont jamais loué le castoréum dans l'aménorrhée sans eu constater l'espèce. C'est ainsi que Dioscoride dit: « Il provoque les fleurs aux femmes et est bon contre la colique et les tranchées, »

ce que sanctionne de sa proi)re expérience son savant commenlateur Matthiole

Nous pourrions invoquer bien d'autres témoignages. Les coliques auxquelles il paraît convenir sont surtout celles qu'on nomme nerveuses et qui semblent avoir leur siège dans l'intestin grêle. Elles s'accompagnent de pâleur, de sueurs froide?, de résolution subite des forces, comme une cause qui irait droit au foyer de la vie. Ces coliques sont sans évacuations, arrivent subitement après des émotions vives, le refroidissement de la région abdominale ou des pieds, comme lorsqu'un individu a été exposé longtemps à une pluie froide, elle constitue une des espèces de la passion iliaque, de la colique appelée par quelques auteurs de miserere, d

Cette double indication chnique a un caractère plausible, et on peut essayer le castoréum dans ce cas. Il convient alors de l'employer sous forme de lavements (c'est peut-être la seule des formes posologiques qui devrait être conservée). L'action antispasmodique du castoréum exphque également l'utihté qui lui a été attribuée dans les cas de coliques hépatiques. Il n'est pas besoin d'insister davantage.

Ce médicament joue dans le Nord un rôle considérable dans la pratique des sages-femmes et des matrones. On l'administre dans le but de faciliter le travail, de combattre les tranchées qui succèdent à la déplétion utérine, et de régulariser les lochies. Il y a sans doute de l'exagération dans les éloges qu'on lui accorde sous tous les rapports ; mais la séparation faite, il reste positivement quelque chose de fondé relativement à l'action particulière du castoréum sur les fonctions utérines.

Quant à la classe, variée à l'infini, des spasmes essentiels ou sympathiques, des troubles hystériques, de l'ataxie, des névroses convulsives, etc., des analogies ont conduit à leur opposer le castoréum, et des succès de hasard ont fait sa fortune dans ces cas. C'est un antispasmodique comme un autïe : c'est tout ce qu'on en peut dire. Nous avons trop le respect de nos lecteurs pour les fatiguer de cette indigeste énumération qui se reproduit, du reste, invariablement à propos de chaque médicament de ce groupe.

Le castoréum peut se donner sous forme de poudre, en pilules de 20 centigrammes à 2 grammes.

La teinture alcoolique s'emploie en potions, à la dose de 2 grammes, et en lavements à la dose de 4 grammes. On l'associe quelquefois à d'autres teintures, à celle d'aloès oud'asa-fœtidaou de noix vomique. Alexander a préconisé un mélange à poi lions égales de teinture de noix vomique et de teinture de castœéum contre

la dysménorrhée; on le prend à la dose de 30 gouttes par jour [Bull, de tliér., t.XLlX, p. 557).

On a préparé aussi un sirop de castoréum. M. Lebrou a donné une formule de ce genre dans laquelle le castoréum est associé à l'eau distillée de, valériane et à l'eau de laurier-cerise. ,

Le castoréimi, et cela se conçoit, entre dans un bon nombre de ces médicaments composés en lesquels se complaisait le génie polypharmaque des anciens ; tels la thériaque, le mitliridate, formule due à l'infortuné roi du Pont et de Bithynie, et qui se composait modestement de quarante-six 'substances (belle matière pour expérimenter!), le philonium, inventé par Philon de Tarse, et qui devait ses propriétés actives à l'opium: la masse de cynoglosse qui est dans le même cas,' etc. Fo.nssagrives.

CASTORI1VE.: Matière grasse qui appartient au castoréimi. Peu soluble dans l'alcool, froid ; soluble dans l'éther et les huiles essentielles chaudes : soluble aussi sans altération dans l'acide sulfurique étendu et bouillant, dans l'acide acétique cristallisable et les acalis caustiques. On l'obtient de plusieurs manières, nolamment en dissolvant le castoréum dans six parties d'alcool chaud, laissant refroidir la liqueur; qui dépose les graisses, puis faisant évaporer l'eau mère. Il reste la castorine cristallisée, qu'on purifie par des cristallisations successives, i II résulte, des observations de Valencienne, que la castorine n'a qu'une part très-faible ou nulle dans les propriétés' médicales du castoréum.

CiUSTRATIOlV. Chirurgie. Opération qui consiste à supprimer, par ablation ou par atrophie, l'un des testicules ou ces deux organes, dans le but de remplir une indication thérapeutique. Nous élaguons par cette définition tous les cas dans lesquels la suppression des glandes séminales peut tenir, à d'autres motifs et appartenir au domaine de' la médecine légale; de la physiologie, etc. {voy. Eunuchisme)! Lemot castration est indifféremment appliqué, en médecine vétérinaire, à l'ablation du testicule ou de l'ovaire. En chirurgie, l'ablation de ce dernier organe introduite dans la pratique^ est connu sous le nom d'ovariotomie (voy. ce

mot). (;

Diverses lésions organiques et notamment le cancer ou sarcocèle, les cystosarcomes, les angiomes, les désordres locaux qui peuvent succéder à des actions physiques, sont les .causes ordinaires qui mettent le chirurgien dans la nécessité de sacrifier, le testicule. Nous ne saurions entrer actuellement dans, les: détails que peuvent comporter ces lésions, et nous devons nous borner ici à l'étude opératoire de la castration, en renvoyant le lecteur pour les notions préparatoires ou complémentaires aux articles spéciaux dans lesquels ces lésions sont exposées {voy. Testicule, pathologie.)

Toutes les fois que pour guérir les lésions dont un organe est affecté, on est obligé de supprimer cet organe lui-même, on ne peut méconnaître que le but élevé de.la thérapeutique n'est pas complètement atteint et que le moyen réputé curateur n'est qu'un expédient provisoire dans.la série du progrès, et que l'art n'accepte qu'à défaut de ressources meilleures. On en est malheureusement à cette fâcheuse extrémité pour le traitement de plusieurs lésions didymiques et notamment du sarcocèle. L'ablation du testicule affecté constitue le seul moyen pour garantir la vie de l'individu ; moyen bien imparfait, car, au point de vue même de la conservation de l'existence, il est assimilable au pis aller des amputations,

DICT. ENC, XIII. 3

ne donne jias toutes les garanties contre la reproduction delà maladie, et, par le sacrilice qu'il impose, il amoindrit nécessairement les sources de la vie de l'espèce. On comprend par cela même que les chirurgiens qui ont compté celle-ci pour quelque chose et qui n'ont pas suivi le déplorable exemple des partisans de la castration légèrement et aÎ3usivement appliquée, aient essayé divers moyens de la rendre inutile et se soient efforcés d'obtenir par d'autres artifices la résolution du testicule envahi.

Mais ces efforts si louables et qu'il ne faut pas désespérer de voir réussir (car qui pourrait affirmer que le mode de guérison du cancer ne sera pas un jour trouvé) n'ont abouti, jusqu'à présent, qu'à des résultats stériles. Le lecteur n'attend pas, sans doute, que nous fassions passer sous ses yeux, à l'occasion du sarcocèle, la série de tous les moyens préconisés contre le cancer en général, ni même contre le cancer du testicule en particulier. Quel espoir fonder sur les vertus résolutives de l'arrète-bœuf (Ononis spinosa) que Matthiole et Scultet ont célébré comme propre à guérir le sarcocèle ! et si nous franchissons la série des essais tentés depuis le botaniste italien et le praticien d'Ulm pour arriver aux médicaments qu'on a voulu accréditer de nos jours, quelles ressources meilleures trouvons-nous dans la conicine et dans l'iodure de potassium, de sodium ou de mercure, voire même dans l'iodure d'ammonium et l'iodure d'arsenic? les sangsues, l'électricilé, les inoculations ne réalisent pas plus de merveilles. Sachons reconnaître que la médecine interne et l'hygiène nous laissent absolument désarmés contre le cancer du testicule, ou que, du moins, il ne faut y recourir que comme à des moyens d'épreuve pour savoir si l'on a réellement à faire à un cancer ou à une maladie qui lui ressemble.

Le cas étant bien établi, la chirurgie seule peut rendre quelques services, et ces services sont fort Umités, malgré la façon radicale dont on procède au traitement car, sur un bon nombre d'opérés, i'ablation du testicule n'est qu'un moyen temporaire de- guérison et une opération pidliative. Quelque imparfaite que soit celte thérapeutique extrême dans ses moyens et restreinte dans ses effets, elle n'en mérite pas moins un examen attentif et elle a été l'objet d'une foule d'essais ou de travaux dont on pourra se faire une idée en lisant l'indigeste chapitre que Sprengel {Histoire de la Médecine, t. IX, p. 209 et suiv.) lui a consacré et par lequel ii termine son ouvrage. Nous n'avons pas l'intention d'être complet au point de vue historique, nous serons même bref sous le rapport descriptif pour ne pas retomber dans les descriptions invariablement stéréotypées des ouvrages de médecine opératoire. Nous nous bornerons à examiner les points qui présentent un intérêt pratique ou ceux qui, dans le dédale des opinions, n'ont pu être convenablement dégagés des embarras du doute ou de la contradiction.

Une remarque qui doit être faite dès le début même de la question, c'est que le moyen chirurgical appliqué chez l'homme au traitement du sarcocèle tend de plus en plus à se restreindre dans le champ thérapeutique de cette grave maladie et même dans ses applications spéciales par rapport à ce dernier but. La réserve des chirurgiens modernes, et particulièrement de ceux de l'école française, fait contraste avec la tendance qu'avaient les chirurgiens d'une autre époque ou d'autres contrées, à appliquer la castration pour des affections variées du testicule. Pott et ses imitateurs, au moinsjusqu'à S. Cooper, traitaient sans façon ce point de déontologie chirurgicale et conseillaient la castration pour des maladies qui, évidemment ne la réclameut pas. Mais nous croyons qu'aujourd'hui peu de chirurgiens, même de l'autre côté du détroit, pratiqueraient la castration d'une manière aussi abu-

CASIRATIUIN. 35

sive. Les tendances conservatrices de ]a chirurgie actuelle méritent surlout d'être opposées aux idées irrationnelles ou barbares qui taisaient de la castration complète un usage à peine avouable. L'idée de l'opéi ation n'est pas même entrée dans la pratique par l'art de guérir. D'orii^ine orientale, et éclose dans les soiu-cesim[)ures de la débauche ou de la jalousie, elle a servi à créer l'ignoble condition de l'eunucbisme et il n'y a pas bien longtemps encore le sensualisme raJfiné des Italiens imposait cette dégradation à de jeunes enfants dont on voulait modifier la voix dans l'intérêt de l'art musical. La force de la civilisation a heureusement détruit cet abus en le faisant rentrer parmi les crimes, et Velutti, dont ou eniretenait le public il y a quelques années, sera sans doute le dernier des sopranistes. La thérapeutique, il est vrai, n'est pas non plus exempte de reproches dans l'emploi qu'elle a fait de la castration. Qu'il nous sulTise de rappeler qu'on n'a pas craint de l'employer pour la guérison de la lèpre, de l'éléphantiasis, qu'on l'a aussi mise en usage pour des maladies nerveuses, telles que l'épilepsie, diverses formes d'aliénation mentale, diverses névral^^ies; qu'en chirurgie l'ignorance l'avait appliquée au traitement des hernies, et l'on s'expliquera que le souvenir de ces abus doive produire aujourd'hui une réaction qui a pour eltet de limiter l'emploi de la castration à des cas très-peu nombreux et où son application n'a pas même l'inconvénient de supprimer directement les fonctions sexuelles. En effet, l'art ne la met en usage, au moins dans le traitement du sarcocèle, que pour un seul testicule. Or, si l'on fait attention que l'organe que l'on s'crifie est déjà supprimé de fait dans ses fonctions et même dans ses conditions anatonuques par l'envahissement cancéreux, on verra que la chirurgie ne porte en réalité aucune atteinte particulière à la faculté de reproduction, et, par conséquent, obéit à des indications physiologiques dont le mépris est aujourd'hui relégué dans la médecine véléiinaire où il se justifie par des raisons économiques profitables à la société.

Le problème thérapeutique soulevé par les lésions graves du testicule, est plus simple qu'on ne l'a prétendu d'après des idées théoriques aujourd'hui inacceptables. Il se réduit au meilleur mode de suppression de cet oigane, c'est-à-dire au mode le plus sûr et le plus prorapt, soit dans son exécution, soit dans ses effets consécutifs.

Il est un mode d'atrophie artificielle de l'organe séminal désigné par les vétérinaires sous le nom de ligature à testicules couverts. Cette opération consiste à lier le cordon sans toucher à l'organe lui-même et à l'atrophier ainsi en l'isolant de toute communication vasculaire avec le reste de l'organisme et en empêchant ses fonctions. Nul doute qu'on ne réussisse par cet artifice ou par tout autre mode de compression du cordon à atteindre le but de k castration physiologique. Mais des moyens de cette nature ne sauraient produire la castration' thérapeutique, c'est-à-dire la suppression de la maladie dans l'organe affecté, à moins que sou isolement aitificlei par la ligature du cordon n'ait pour conséquence la gangrène et par conséquent l'élimination ultérieure des tissus morbides. Aussi ne saurait-on considérer comme une idée heureuse celle que Maunoir, de Genève, émit au commencement de ce siècle pour la guérison du sarcocèle et qui consistait à faiie la ligature de l'artère spermatique. Outre que la présence de l'artère déférentielle qui provient de l'épigastrique pouirait rendre insuffisante la ligature du premier vaisseau, il n'est nullement démontré que ce genre d'opération puisse atrophier un testicule cancéreux. En fait, le cancer ne s'atrophie point, il se ramollit, s'ulcère ou se gangrène; mais, si l'on tarit les sources de nutrition, il ne subit pas cet amoindrissement graduel dans sa masse, qui constitue la véritable atrophie.

Aussi peut-on considérer comme le fruit d'une illusion l'espérance que le chirurgien genevois avait conçue de guérir ainsi le sarcocèle. Nous ne connaissons du moins aucun exemple qui pro\ivc que le vrai cancer a pu être guéri de celte manière, et les cas favorables ne concernent que des tumeurs érecLiles regardées par erreur conmie des encéphaloïdes. A plus forte raison ne doit-on accorder aucun crédit au procédé de Morgan qui proposait, pour guérir le sarcocèle, de couper seulement le canal déférent. Ce procédé ne serait pas même suffisant pour la castration physiologique; appliqué à la castration thérapeutique, il est si peu justifiable que des critiques, qui ne se piquent pas de courtoisie envers le chirurgien anglais, l'ont qualifié d'absurde. Il serait temps du moins qu'on n'en parlât plus dans les traités de médecine opératoire et, sans doute, nous aurions bien fait de donner à ce sujet l'exemple du sdence.

L'ablation du testicule malade à l'aide des instruments de diérèse est le seul moyen de triompher du cancer de cet organe ; mais, pour être l'unique ressoin'ce de l'art, la castration n'est pas indiquée dans toutes les circonstances, et savoir s'abstenir est certainement plus difficile et non moins important que savoir opérer, car, dans les cas ordinaires, au moins, l'opération est d'une exécution facile et la chose majeure consiste en ce que l'opération soit utile au malade; or, on peut être certain que ce but d'utilité ne sera pas atteint dans quelques cas, notamment, lorsque les limites naturelles de l'organe testiculaire sont franchies par le produit morbide qui constitue la substance du sarcocèle, lorsque, par exemple, le cordon participe à la dégénérescence dans sa portion iiitra-abdominale. Il est vrai qu'alors c'est au chirurgien à apprécier jusqu'où peut aller la hardiesse tempérée par la notion sérieuse des limites de l'art. Ledran a pu, dans un cas bien connu, poursuivre la lésion au delà même du canal inguinal incisé dans toute sa longueur et lier les éléments du cordon relevés jusqu'au niveau de la crête de l'os des iles. Nous avons nous-même, dans un cas dont nous avons fait la relation, porté l'instrument jusque dans la fosse iliaque après avoir soulevé le péritoine; mais, à part quelques exemples analogues de l'heureuse issue de l'opération poursuivie jusqu'à cette élévation dans la cavité abdominale, on peut dire que ces sortes d'opérations brillantes par le résultat immédiat ne sont pas heureuses par les suites, en sorte qu'il est rationnel de ne pas les tenter ou d'y mettre la plus grande réserve. D'une manière générale, il faut regarder l'engorgement cancéreux du cordon des vaisseaux spermaliques comme une contre-indication à l'opération de la castration. Le motif d'abstention est aussi très-grand, lorsque, en même temps qu'il y a sarcocèle, il existe un engorgement cancéreux des glandes inguinales ; la présence de tumeurs ganglionnaires dans cette région indique déjà le progrès de la maladie didymique et prouve que la production morbide s'est étendue jusqu'aux enveloppes dont les lymphatiques vont se rendre dans les ganglions indiqués. Dans ces cas, on peut, sans doute compléter l'opération par l'ablation des ganglions affectés, mais les résultats en sont très-chanceux par la probabilité d'une extension morbide de même nature dans les ganglions intra-abdorainaux, La contre-indication de l'opération devient absolue si cette participation cancéreuse des masses ganglionnaires de l'abdomen, iliaques, lombaires ou prévertébrales est un fait établi par le diagnostic. Non-seulement l'opération ne réussit pas, mais elle précipite le terme funeste en imprimant un essor nouveau au développement des productions cancéreuses profondes, qui pullulent alors avec une incroyable rapidité et peuvent atteindre des dimensions vraiment extraordinaires. Nous avons vu périi' ainsi un malade opéré par Lallemand, et à l'autopsio

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duquel le mésentère int trouvé occupé par une masse cancéreuse supérieure nu volume d'une tête d'adulte. La même contre-indication existe à un degré analogue, si, en l'absence d'engorgement intra-abdominal apparent, le sujet présente une dyscrasie cancéreuse poussée au plus haut degré. Dans ce cas, le teint cbloroanémique, l'amaigrissement, la fièvre hectique et les divers indices symptomatiqnes de la ruine de l'organisme, annoncent que cette destruction ne serait pas arrêtée par l'ablation du sarcocèle.

L'absence de ces contre-indications rendant l'opération à la fois possible et rationnelle, faut-il proportionner la perte de substance à l'étendue de la lésion? Il est des organes qui, partiellement envahis par le cancer, peuvent être attaqués d'une manière avantageuse uniquement dans la portion aflectée, le reste de l'organe étant susceptible de conscrva'tion. Le pénis, l'utérus, et, pour rentrer dans des analogies plus marquées, queLjues organes glandulaires, notamment la mamelle, sont dans ce cas. Mais le testicule doit être retranché en totalité alors même qu'une seule de ses parties est atteinte. A quoi servirait de conserver l'épididyme, si on enlevait le corps du testicule, et réciproquement quel, avantage trotiverail-on à respecter ce dernier s'il était séparé de l'épididyme, qui est le poi?it où aboutissent les canaux vecteurs du lluide séminal ? sans réserver aucun avantage physiologique, et sans atteindre aucun résultat digne de considération au point de vue de l'aspect extérieur de la région, on s'exposerait à des chances trèsgrandes de reproduction cancéreuse à cause des rapports intimes des différentes parties du testicule et de la probabilité d'une participation commune à la maladie. On comprend, que dans la mamelle, organe volumineux et composé de lobes distincts, donnant lieu à des conduits excréteurs indépendants, on puisse faire des ablations partielles de l'organe ; ces opérations peuvent, en effet, respecter à la fois la forme et les fonctions de ces glandes, mais la plus simple notion de l'anatomie du testicule suffit pour démontrer qu'ici une semblable prétention, puérile au point de vue morphologique, serait absolument sans efficacité au point de vue fonctionnel. , .

L'ablation de l'organe devant être totale, comment convient-il de l'exécuter? Avant tout, quelques préparations locales sont nécessaires. La région doit être rasée, les instruments propres à l'opération, bistouris droit et convexe, ciseaux, pinces, hgatures, éponges, aiguilles et fils à suture, pièces de pansement, doivent être préalablement disposés en ordre convenable. Le malade doit être couché horizontalement sur une table de hauteur commode pour le chirurgien, et celui-ci doit être placé à sa droite, quel que soit l'oi'gane à retrancher. Il est bien entendu que les préparations générales n'auront pas été négligées et que toutes les complications, de quelque nature qu'elles puissent être, auront été combattues dans la mesure du pouvoir de l'art. Enfin, une dernière précaution préalable qui, dans ce cas, acquiert une importance spéciale, doit consister dans l'emploi de la méthode anesthésique. A moins d'une contre-indication générale tirée de l'état du sujet et particulièrement de l'état des fonctions respiratoire, circulatoire ou nerveuse, le sommeil anesthésique est ici de rigueur. Il épargne au malade les douleurs inhérentes à la section et au détachement de la peau, douleurs assez vives à cause de la division des nombreux filets nerveux de la région scrotale ; mais surtout il affranchit l'opéré des douleurs à la fois aiguës et à caractère particulier que détermine la ligature du cordon, et dont on a fait un argument contre la ligature en masse de cette partie. Disons par avance qu'à ce point de vue la méthode anesthésique résout l'objection et simplifie cette partie de l'opération.

Tout étant préparé et le chirurgien étant assisté d'aides instruits, par quel procédé doit-il retrancher l'organe malade? G est établir d'ores et déjà qu'on peut agir de différentes manières. Il en est une fort expéditive, mais dans laquelle la simplicité et l'imperfection marchent de front et qui ne mérite guère de prendre rang dans les méthodes chirurgicales, c'est le retranchement direct et sans plus de précaution de l'organe et des téguments qui l'enveloppent, comme pourrait le faire accidentellement un coup de sabre bien appliqué. Il est cependant des chirurgiens qui se sont faits les patrons de ce mode opératoire en y mettant quelque façon, bien entendu. Zeller, Kern et Rima ont voulu successivement attacher leur nom au procédé. Voici le produit de cette élucubration germanique : la peau est fortement tendue sur le testicule et ramenée derrière l'organe et, derrière le cordon que le chirurgien soulève autant que possible, un aide agit sur le testicule sain pour l'attirer de son côté, pendant qu'un autre aide agit sur le testicule malade pour l'attirer en avant. Le chirurgien enfonce son bistouri derrière !e testicule et le cordon à travers le pli de la peau qu'il tient entre ses doigts et taille un lambeau inférieur qui comprend à la fois le testicule et les téguments ; il retourne ensuite son bistouri et, agissant de bas en haut, il coupe le cordon et le reste de la peau. Ce mode élait surtout préconisé par Rima. Zeller tenait à être plus expédilif ; il faisait relever la verge et le côté sain du scrotum par un aide, et, saisissant lui-même le testicule malade, il l'amputait d'un seul trait avec un bistouri ordinaire. Si l'on doit l'en .croire, ajoute Sprengel, son procédé fut couron:îé du plus brillant succès. Mais son compatriote Riidtorffiîr ne fut pas si enthousiaste, et il fit remarquer de la manière la plus véhémente à Zeller que cette manière d'opérer ne tenait aucun compte de la nécessité de conserver uiie portion utile du scrotum, qu'on agissait au hasard dans la section du cordon, que celui-ci pouvait trop facilement échapper au chirurgien, que malgré les précautions prises, h cloison du dartos était toujours menacée, que la plaie était nécessairement irrégulière. Il est évident que ce procédé ne se propose qu'un but, aller vite; mais d'une manière générale, il est la négation de l'art. Tout le monde peut l'employer, aussi c'est celui que met en usage une main criminelle ou vengeresse dans certains attentats. Abélard avait été mutilé d'après ce mode. C'est aussi le mode auquel recourent ceux qui, sous l'empire d'une exaltation mystique, portent le suicide dans la vie de l'espèce. Origène n'avait pas procédé autrement. Nous avons connu quelques aliénés aussi habiles dans cette opération que les chirurgiens allemands.

Arrivons à une opération pins sérieuse, à celle que l'expérience a consacrée, et cherchons à apprécier la valeur des modifications ou procédés dont elle a été l'objet dans l'exécution de ses divers temps.

L'opération du sarcocèle comprend trois temps : l'isolement de la tumeur, la section du cordon, le pansement.

Isolement de la tumeur. Enveloppée par la peau, le tissu cellulaire, la couche dartoïde et le crémaster, la tumeur peut être entièrement libre sous ces enveloppes ou leur adhérer, dans une étendue plus ou moins considérable. Dans le premier cas, qui est le plus ordinaire, le dégaiiement de la tumeur se fait très-facilement par la section de la peau et des couches sous-cutanées, lorsque la tumeur est d'un volume médiocre. Si la tumeur est d'un volume considérable, sa dissection est nécessairement plus longue et il peut être utile de réduire préalablement ce volume exagéré. Cette réduction est possible dans le cas assez fréquent d'hvdrosarcocèle; une ponction préalable évacue le liquide contenu dans la tunique vagi

nale, dimiaue la superficie générale de la tumeur, restitue la laxité naturelle tle^ tissus sous-cutanés, et facilite l'éaucléalion du testicule. Cette ponction préalable a un autre avantage, celui de donner au diagnostic sa confirmation suprême au moment même de l'opération, et d'arrêter au besoin la main du chirurgien, si un examen insuffisant ou des dispositions insolites lui avaient suggéré une décision compromettante pour le malade. Dans les cas douteux il n'y a aucun inconvénient à faire dès l'abord cette exploration diagnostique, en ayant le soin de diriger la pond ion dans le sens de l'incision principale, de manière que, lorsqu'on fait celle-ci, on comprenne dans son tracé la petite solution de continuité qui a servi de contre-épreuve au diagnostic.

Quant à l'incision elle-même, elle doit être faite sur la partie antérieure de la tumeur et parallèlement à son grand diamètre vertical ou oblique. Un bistouri convexe attaque la peau préalablement tendue entre le ponce et l'indicateur, et exécute une section nette et rapide, depuis le bord supérieur de l'anneau inguinal jusque vers la partie la plus déclive du scrotum. Le prolongement supérieur de l'incision a pour but de faciliter la recherche, l'isolement, la section et la ligature des éléments du cordon ; son prolongement inférieur, qu'il ne faut pas craindre de pousser jusqu'en arrière, tend à faire éviter un cul-de-sac où pourraient, après l'ablation du testicule, s'accumuler le sang, la sérosité sanguinolente ou lé pus, si l'inflammation s'emparait de la surface traumatique. Quelques chirurgiens pratiquent l'incision initiale de l'opération en agissant comme dans la hernie étranglée, c'est-à-dire en faisant un pli transversal à la peau, dont une extrémité est soutenue par un aide et qu'on attaque à sa partie moyenne ; mais cette précaution qui se justifie dans la herniotomie par la nécessité d'inciser couche par couche et de ménager les parties subj;icentes, n'a pas ici le même avantage, et elle a l'inconvénient de. n'être pas assez grande, lorsque le pli cutané est relâché, et d'obliger le chirurgien à prolonger les angles supérieur et inférieur de la division cutanée, ce qui, en réalité, complique la manœuvre.

Lorsque la tumeur est très-volumineuse, ou lorsque la peâu altérée ou adhérente à la partie antérieure du sarcocèle doit être sacrifiée en même temps que l'organe séminal, on substitue à l'incision simple deux incisions derni-elliptiques, se regardant par leur concavité et dont les extrémités supérieure et inférieure doivent s'étendre aussi loin que dans le cas précédent. Déjà connue de Paul d'Égine, mais recommandée surtout par Sharp et Lafaye, cette modification est parfaitement indiquée dans le cas que nous venons de signaler, et elle assure sulfisamment la formation d'une cicatrice linéaire, car l'affrontement des lèvres do la plaie, après l'extraction du testicule, permet l'effacement de la courbe et ramène les bords de la plaie à la direction longitudinale.

Le point choisi pour pratiquer l'incision cutanée semblait trop naturel pour devoir faire l'objet d'objections fondées. Toutefois un chirurgien militaiie du commencement de ce siècle, Aumoiit, a préféré déplacer cette incision et la reporter sur la face postérieure de la tumeur, dans le but d'éviter la stagnation des liquides dont la position déclive de la plaie favorise réellement l'issue, et pour épargner au malade le désagrément d'une cicatrice visible. 'L'incision rétro-scrotale n'a guère trouvé que Roux pour imitateur, mais il paraît que ce chirurgien n'eut pas à se louer de l'avoir adoptée. On comprend en eflet, de prime abord, que l'idée de cacher la cicatrice n'est pas importante, que l'intention de favoriser l'issue des liquides est aussi bien remplie par le prolongement inférieur de l'incision ordinaire que par sa translation totale en arrière, et que, dans tous les cas,

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ces avnntagcs minimes sont trop chèrement achetés par la difficulté que ce mode opératoire introduit dans la manœuvre, ainsi que par la moindre sécurité en ce qui concerne l'action chirurgicale à exercer sur le cordon. Pour atteindre un but analogue, Jobert (de Lamballe) a préféré l'incision latéro-scrotale qui,'dans le décubitus du malade, Rivorise aussi bien que la précédente l'élimination des liquides dont le séjour pourrait faire obstacle à k réunion immédiate, et qui lui est évidemment supérieure, par la possibilité qu'elle donne de bien apprécier l'état des parties et de metu-e le cordon bien à découvert. Ce procédé, que son auteur a décrit sous le nom d'incision en coquille, et qui n'est en réalité qu'une sorte d'amputation à lambeaux appliquée à l'extirpation du testicule, s'exécute en découvrant cet organe par une incision demi-circulaire à convexité externe et inférieure. Le bistouri tenu comme une plume à écrire entame la peau au niveau dii canal inguinal, il est conduit de haut en bas, le long du côté externe et antérieur, de :1a tumeur jusqu'à sa base où il se recourbe pour regagner le côté interne et remonte vers l'anneau, de manière à couper une sorte de valve tégumeutaire antérieure dont le sonlèvenient et la dissection mettant l'organe parfaitement à nu, facilitent le reste de l'opération. Après l'extirpation du sarcocèle,la valve cutanée antérieure retombe sur la postérieure à laquelle elle s'adapte nettement. On pourrait, en suivant l'idée de Jobert, procéder plus expéditiveraent, eu taillant par transfixion le lambeau tégumcntaire antérieur. Ce procédé,, que nous avons essayé, nous a très-bien réussi, mais il n'a pas d'avantages notables dans une région où l'on peut facilement redouter la mortification des lambeaux, et il cesse d'être applicable dans les cas où la peau est altérée ou adbérente. En somme, l'incision aiitéro-scrotale est celle qui, se distinguant par la célérité et la simplicité de l'exécution, doit être préférée, ' : ' ■ ' i

C'est par l'espèce de boutonnière que représente cette incision que le testicule doit être extrait. Généralement il suffit de soulever la peau à droite et à gauche et de couper à grands traits les adhérences celluleuses assez lâches qui unissent les téguments à la tumeur pour isoler celle-ci. Dupuytren qui ne dédaignait de rattacher à son nom aucun détail de pratique chirurgicale, pour si humble qu'il fût, a fait décrire par les éditeurs de Sabatier un procédé d'énucléation qu'il s'attribue, et qui consiste à attirer la peau du scrotum en arrière, à couper les adhérences à mesure que leur tension le permet et à faire sortir ainsi le testicule par une sorte d'énucléation. Ce mode d'exécution, se présente si naturellement qu'on peut dire qu'il appartient à tout le monde, au moins pour les cas où la tumeur étant petite, mobile et le tissu cellulaire lâche, une simple pression postérieure suffit à dégager le testicule à la faveur de quelques coups de bistouri ou même en déchirant avec les doigts le tissu cellulaire. Mais il cesse d'être applicable aux cas où la tumeur est très-volumineuse et lorsque les téguments sont distendus. II est alors nécessaire de saisir ceux-ci avec les doigts ou avec des pinces et de les disséquer convenablement. 11 n'est pas indifférent, dans ce cas, de laisser à la face interne de la peau une bonne couche du tissu sous-jacent afin de réserver des conditions convenables de nutrition, et de ne pas s'exposer à la facile destruction des tissus trop amincis, s'il se manifeste une inflammation locale. La gangrène menace alors les téguments et peut les détruire avec une déplorable facilité. Il n'importe pas moins de ne pas aller trop loin du côté du testicule et de ne pas détacher au profit de l'épaisseur tégumentaire les tissus membraneux suspects qui cernent le testicule. La tunique vaginale marque ordinairement la limite d'action du bistouri. Pendant l'exécution de ce temps opératoire, un aide doit

CASTRATION. Al

faciliter l'action du chirurgien en tendant convenablement la peau'et en soutenant le testicule qui ne laisse pas de gêner un peu par la mobilité qu'il acquiert vers la fin de son isolement. L'opérateur doit mettre une atlention particulière à le bien détacher en arrière, en S!>rte que son pédicule représenté par le cordon soit libre, et il fait soutenir la tumeur par un aide. Des vaisseaux assez nombreux, provenant surtout des artères honteuses externes ou des rameaux les plus antérieurs des vaisseaux du périnée, sont nécessairement divisés pendant la dissection de la tumeur. Il convient de ne pas différer leur ligature jusqu'à la (in de l'opération et nous pouvons même ajouter qu'il est utile de les lier au fur et à mesure qu'on les coupe, atin d'éviter qu'ils n'échappent par leur rétraction à l'application ultérieure d'une ligature et pour conjurer une hémon hagie tardive qui contrarierait nécessairement la réunion immédiate. Des nerl's assez nombreux sont aussi coupés pendant la période de l'opération que nous venons de décrire; aussi, avant l'emploi de la méthode anesthésique, recommandait-on une grande célérité d'exécution pour épargner au malade des douleurs plus vives dans cette région que dans beaucoup d'autres. Aujourd'hui ce précepte est moins rigoureux ; quelques instants de plus ou de moins pendant le sommeil anesthésique ne modiiieut pas sensiblement les effets de l'opération,' et il est bon que,' dans certains cas surtout, la célérité de l'exécution ne soit pa.'^ aux dépens de la sécurité.' Cette attention est particulièrement utile lorsque la tumeur étant volumineuse et les téguments Irès-amincis, on s'expose, en allant vite, à faire des boutonnières accidentelles au scrotum, aussi est-il nécessaire, pour; les éviter, de diriger toujours la pointe du bistouri vers le testicule et, par conséquent, d'incliner diversement l'instrument suivant les faces de l'organe que l'on isole.' La même recommandation a plus de prix encore pour éviter d'intéresser la cloison du darlos. Cette lésion pourrait atteindre l'artère de la cloison en donnant lieu à une assez forte hémorrhagie, et exposerait, en outre, le testicule sain à être blessé. Enfin, il est très-important de procéder avec lenteur et ménagement lorsque la tumeur adhère à la verge; la blessure du corps caverneux et surtout celle de l'urèthre, seraient la source d'accidents sérieux que le chirurgien a le devoir de prévenir.

Section du cordon. La tumeur ayant été' pédiculisée par son dépouillement, n'adhère plus à l'organisme que par une portion très-étroite qui est le cordon. Il ne reste plus qu'à en opérer la section. Réserver "celle-ci pour le dernier temps parait la manière la plus logique de procédcr,puisqu'on est parfaitement certain d'exécuter ainsi les premiers temps à 1 abri des effets qui peuvent suivre la section des éléments anatomiques les plus ! importants. Il est cependant des chirurgiens qui, prenant en; considération le rôle même de ces éléments anatomiques, qui sont pour le. testicule la condition de sa vie locale,' ont proposé de commencer par couper le cordon et même, de' réduire l'opération à cette seule section. Pouteau, dans uncasqui indiquait la castration, se contenta de mettre à découvert le cordon par une incision limitée et de le couper purement et simplement en arrêtant l'hémorrhagie par la compression au-dessus du point incisé. Dès le lendemain la tumeur flétrie avait perdu un sixième de son volume; une eschare se fit aux téguments du scrotum et le testicule ayant été.éliminé par. cette brèche, la guérison fut complète'., Ce résultat ayant. encouragé le chirurgien à renouveler le même procédé dans un cas analogue, il ne s'en suivit point le même succès; une suppuration de mauvaise nature se prolongea après l'issue du testicule gangrené et la mort en fut la conséquence, Pouteau renonça à son procédé et les chirurgiens n'ont pas été tentés de le reprendre, bien que le moyen ne soit pas absolument

repoussé dans l'art vétérinaire. Concluons que la saine pratique chirurgicale veut qu'on termine par la section du cordon.

Celle-ci doit être faite avec l'instrument tranchant. On a renoncé aux ciseaux droits, à l'aide desquels Bell avait espéré un froissement hémostatique, ainsi qu'aux ciseaux à branches concaves sur leurs bords tranchants que Roux avait préconisés comme propres à assujettir le cordon pendant la section. Le chirurgien n'a pas besoin de changer d'instrument, et le bistouri ordinaire qui a servi au premier temps de l'opération n'est pas moins eftîcace pour trancher le cordon. Il est indiflérent de l'attaquer d'avant en arrière ou d'arrière en avant; questions insignifiantes qu'on est étonné de voir sérieusement posées, et il est à peine nécessaire de dire qu'il vaut mieux le couper perpendiculairement à. son axe que dans une direction oblique et en bec de flûte, comme l'avait proposé Leblanc. Mais il est quelques points de pratique chirurgicale plus intéressants et au sujet desquels l'opinion mouvante des opérateurs a fait éclore une kyrielle de procédés minuscules. Quelque grande que soit la division des opinions dans ce petit sujet, comme il peut en résulter de l'indécision pour le praticien, il est utile de l'examiner et de motiver une conduite.

On sait que le cordon se compose d'éléments très-différents : des artères d'inégal volume dont l'une surtout, la spermatique, peut être une source d'hémorrhagie, des veiiîes nombreuses, souvent anastomosées et qui peuvent s'enflammer, des nerfs provenant du plexus lombaire, et dont la lésion peut être la source d'accidents nerveux ; un canal excréteur, le canal délérent qui est la partie la plus résistante du cordon et dont on constate la fréquente participation morbide à l'altération testiculaire, sont autant d'éléments exigeant une attention spéciale. On sait que ces éléments réunis par un tissu connectif traversé par des lymphatiques, sont enveloppés par des fascias célluleux, fibi'eux ou musculaires, auxquels s'adjoignent des prolongements. séreux, et que le tout est susceptible d'un certain degré de rétraction; or ces diflérentes circonstances exercent une influence sur la section du cordon et imposent des précautions à piendre pour que les suites naturelles ne se transforment pas en accidents et en complications.

Les accidents qu'il s'agit surtout de prévenir sont les hémorrhagies, le tétanos et le phlegmon du cordon.

Le premier accident a assurément quelque importance, mais on ne saurait douter que celle-ci n'ait été exagérée. L'hémorrhagie api es l'opération du sarcocèle a été, pour quelques chirurgiens, une sorte de fantôme comme l'hémorrhagie à la suite de l'opération de la hernie. En fait, les accidents sont rares et lorsqu'ils surviennent, surtout après la section du cordon, ils n'orit pas une gravité absolue. Bien qu'il y ait trois artères dans l'épaisseur du cordon, la spermatique, la déférentielle et la crémastérique , ces deux derniers vaisseaux sont trop exigus pour devenir la source d'une hémorrhagie sérieuse; la spermatique elle-même ne donne pas toujours abondamment, et cela est si vrai que, dans beaucoup de cas, on a pu se dispenser de la ligature et se contenter soit du froissement que Ledran déclarait suffisant, de la torsion ou du renversement du bout flottant du cordon dont se contentait Runge, enfin de la compression qui était le mode habituel au(fuel av.iient recours J. L. Petit et Pouteau. Il y a, 'il est vrai, telles circonstances dans lesquelles ces moyens sont complètement insuffisants. L'artère spermatique peut être hypertrophiée précisément à cause de l'existence du sarcocèle qui, représentant une masse plus volumineuse à nourrir, entraîne le développement des vaisseaux qui s'y rendent ou qui en partent, comme on l'observe du reste

d'une manière générale niitoiir des lésions organiques anciennes. Si la section est faite très-haut et que l'artère échappe à la compression ou à la ligature, elle peut occasionner une perte de sang inquiétante. Celte artère est d'ailleurs sujette à se rétracter, ce qu'on s'explique par sa grande longueur et par l'absence de branches collatérales, lesquelles limitent la rétraction longitudinale des vaisseaux en les fixant dans leur trajet. L'ensemble du cordon lui-même est, quoi qu'on en ait dit, très-disposé à se rétracter, et celte ascension dans la cavité abdominale est d'autant plus grande que l'entraînement hors de cette cavité a été provoqué à un plus haut degré par le poids du testicule. En présence de ces possibilités, il est évident que le chirurgien doit prévoir l'hémorrhagie, se comporter comme si elle devait être grave et aviser aux moyens hémostatiques les pins elficaces.

La ligature lient incontestablement le premier rang. Mais comment convient-il de l'appliquer? Pour amoindrir autant que possible la confusion qui a régné sur ce point, nous distinguerons la ligature du cordon à l'occasion de l'opération du sarcocèle d'après les considérations suivantes.

Moment de la constrrvtion. Quelques chirurgiens timorés prennent leurs précautions contre la rétraction du cordon ou une hémorrhagie mal arrêtée, et placent des ligatures d'attente dont l'application est plus ou moins tardive, suivant le moment où l'accident se développe. Cette précaution avait paru boime à Birch ; mais il en est des ligalures d'attente à placer sur le cordon des vaisseaux spermatiques, comme de celles qu'on plaçait sur divers points de la hauteur d'un tronc artériel dans le traitemqnt des anévrysmes ; c'est une pratique qui a fait son temps et dont l'inanité, pour ne pas dire plus, est parfaitement reconnue.

Degré de la constriction. On a quelque peine à croire que les opinions aient été divergentes sur ce point. Toutefois, Sprengel et Velpeau n'ont pas dédaigné de redire que Cheselden serrait médiocrement le fil, ce qui, dans un mouvement inopiné du malade, l'exposait à glisser ; qu'Arnaud ne l'élreignait que très-peu afin de n'occasionner ni gonflement, ni étianglement dans le trajet du cordon ; enfin que Schlichting regardait la ligalure conmie une superfluité. Le bon sens aurait sans doute sul'ti pour fixer la pratique sur ce point, et pour établir qu'il faut serrer assez fort afin que le lien arrête d'abord le sang et divise plus tard le point où il est appliqué. Franco, excellent juge dans la malièie, avait opéré dans ce sens, et son exemple fait règle. La science néanmoins continue à se charger d'opinions nouvelles, mais elle ne perdrait rien à ce qu'on oubliât les préceptes de Theden et de Flajani qui trouvaient convenable d'interposer une compresse entre le cordon et la ligature. Pelletan n'a pas mieux servi la cause de l'opération en voulant qu'on interposât une plaque de plomb ; Gauthier n'a pas su davantage faire imiter sa prudence, en recommandant d'étreindre le fil par degrés, et nous doutons fort que les chirurgiens modernes qui préconisent la ligature métallique changent, sur la question qui nous occupe, la coutume établie.

Eauteur du point d'application. Ici encore nous trouvons autant de divergences dans les préceptes des chirurgiens qu'il y a de points sur la longueur di: cordon où l'on peut placer une ligature. Purmann veut que le lien soit placé aussi près que possible de l'anneau. Barbette et Bertrandi recommandent, au contraire, de le serrer très-bas immédiatement au-dessus de l'épididyme, tandis que d'autres chirurgiens, dont îlenel s'est fait l'organe, le posent sur une partie intermédiaire. Mais qui ne voit que ces préceptes ne sauraient être absolus, et que la conduite du chirurgien est absolument snboidomiée à l'état dans lequel se trouve le cordon? 'Le précepte d'Henel est sans doute le plus généralement applicable; mais il est

descns où, non-seulement il faut lier au niveau de l'anneau, mais dépasser cette limite et remonter jusqu'à l'orifice supérieur du canal inguinal. Telles circonstances exceptionnelles exigent même qu'on remonte jusque dans la fosse iliaque ou la cavité de l'abdomen. Lorsqu'il existe, par exemple, un sarcocèle ilio-inguinal," soit que le testicule ne soit pas descendu au delà de l'anneau, soit que, après avoir accompli sa migration, il ait remonté par une circonstance accidentelle, comme l'a observé Rossi, de Turin; ou bien, lorsque le sarcocèle intéresse le cordon avec ou sans participation du testicule occupant dans le scrotum sa place normale, il y a obligation de disséquer la tumeur beaucoup plus haut que de coutume et, par conséquent, d'étreindre le cordon à une hauteur beaucoup plus grande qu'à l'ordinaire. Velpeau a donné sur ce point d'excellents préceptes et les a mis en pratique dans trois cas différents. L'opération se distingue nécessairement de celle que nous avons décrite plus haut : nu lieu d'arrêter l'incision cutanée au niveau de l'anneau inguinal, il faut l'étendre jusqu'à la saillie supérieure de la tumeur, fendre le canal inguinal, parallèlement au cordon, soulever le péritoine avec lenteur et précaution afin d'éviter son ouverture, accident arrivé à Nsegele, éviter les vaisseaux épigastriques et iliaques, enfin lier en masse les éléments du cordon en se servant au besoin, comme l'a fait liossi, d'une aiguille courbe et mousse pour mieux les atteindre, et avec l'attention de faire la constriction au-dessus du point altéré. Si cette certitude n'était pas acquise d'avance, il vaudrait mieux ne pas faire une opération déjà chanceuse par elle-même, et dont les résultats seraient infailliblement fâcheux si, par l'éradication du ma| au delà de ses limites, on ne prenait ses précautions contre l'avenir. ,

Quantité de tissus à élreindre. Cette question est surtout digne d'attention dans l'opération du sarcocèle, et la seule pour laquelle on s'explique la différence des procédés, bien qu'elle ait perdu, par les preuves expérimentales de la pratique, l'incertitude dont elle était l'objet, et qu'on ait aujourd'hui les éléments d'une conduite uniforme. Faisons remarquer d'abord que le cordon n'otlre pas toujours le même volume, que ses enveloppes cellulo-fibreuses peuvent être plus ou moins hypertrophiées et que, dans ce cas, une incision préalable peut isoler les couches extérieures et restreindre, par cela même, la masse des tissus à serrer. Il est d'ailleurs utile, lorsque le cordon est mis à découvert, de rechercher s'il ne contient pas quelque élément surajouté ; s'il n'y a, par exemple, ni sac herniaire, ni prolongement intestinal, circonstance que nous avons rencontrée, auquel cas il faut nécessairement faire un isolement préalable et une réduction de la hernie. S'il existe dans le niême point un œdème, un kyste,' une production graisseuse, la conduite du chirurgien se modifie nécessairement d'après le caractère de cesdispositions anormales qui peuvent du reste avoir pour elfet de dissocier les éléments du cordon, de les étaler comme Scarpa eu avait déjà fait la remarque, et, par suite, de permettre d'agir isolément sur tel ou tel d'entre eux. Mais si, comme dans les circonstances ordinaires, on rencontre un cordon arrondi, médiocrement volumineux et dont les éléments soient assez cohérents pour qu'on ne puisse, au milieu d'euxj retrouver sûrement les. vaisseaux à lier, comment convient-il de procéder, soit pour la section du cordon, soit pour la ligature, soit enfin pour l'ordre d'emploi de ces deux temps de l'opération? On peut agir de trois manières et pratiquer la section graduelle et la ligature isolée des artères du cordon, la ligature en masse avec section consécutive, la ligature en masse avec isolement du canal déférent et section ultime.

Boyei, Dupuytren, Delpeeh, préféraient la ligature ivoire des vaisseaux au fur

et à mesure de leur division. En adoptant cette mélliode, on tend le cordon sur le doigt indicateur de la main droite, et on coupe successivement, avec le bistouri porté en travers, chacinie des parties qui se présente, en ayant le soin de saisir cliaque vaisseau avec des pinces ou avec le tenucuium de Bronifield et de le lier isolément. On place ainsi deux ou trois ligatures sur le trajet du cordon, et nous avons vu notre ancien collègue Serre qui avait adopté cette manière d'opérer et qui, plus que tout autre chirurgien, prenait ses précuutions contre les hémorrhagies, multiplier les ligatures au point de laire supposer que les veines ellesmêmes n'échappaient pas au zèle hémostatique du chirurgien. Alors, quel motif réel de piéférence ce moyen présente-t-il sur la ligature en masse? Réduit à de justes limites, le procédé de la ligature isolée des vaisseaux est rationnel sans doule, mais il est peu expéditif, et il a l'inconvénient de multiplier la présence de fils agissant comme corps étrangers à l'angle supérieur de la plaie. Bicliat, et à son exemple Ch. Bell et Roux, avaient introduit une modification qui consiste à couper d'un seul traiL tous les cléments du cordon, sauf le canal déférent, à lier les vaisseaux, sans craindre la rétraction du cordon encore contenu par la résistance du canal délérent, et à terminer par la section de celui-ci.

La ligature en masse est un procédé très-ancien et plus simple que le précédent. Déjà connu de Celse et de Paul d'Égine, ce procédé était adopté dans le siècle dernier par Morand en France, p'ar iSchmucker et Muisimia en Allemagne, et il compte un grand nombre de partisans de nos jours. Il consiste, comme son nom l'indique, à étreindrc la totalité du cordon dans une anse de fil qu'on doit choisir assez résistant et qu'il faut nouer assez fortement; si le malade est ploiigé dans le sommeil anesthésique, il ne donne aucune manilestalion de douleur, s'il est réveillé ou imparfaitement endormi la constriction est d'abord très-pénible et donne lieu à une sensation de douleur et d'accablement, parfois à des phénomènes nerveux et à des vomissements. Localement on remarque, au moment de la constriction, un gonflement considérable des veines spermatiques. On coupe le cordon à un demi-centimètre au-dessous de la ligature ; le bout se retire à une prolbndeur plus ou moins grande dans l'intéi leur du canal inguinal, mais on le retient ■facilement par le chef principal de la ligature qui doit être ramené vers l'angle supérieur de la plaie. Les phénomènes douloureux et spasmodiques ne tardent pas à se dissiper; quelques heures après l'opération tout est rentré dans l'ordre, et ce résultat est d'autant plus sûrement obtenu, que la constriction a été plus forte. Après l'action hémostatique qui est sure, commence l'action ulcéralive. Celle-ci est achevée vers le sixième ou le septième jour. Après ce délai, le fil tombe de luimême ou cède à une légère traction. Tel est le tableau de ce qui se passe le plus ordinairement, et on peut en conclure que la ligature en masse du cordon n'est l)as une pratique bien dangereuse ; néanmoins ses adversaires l'ont chargée de graves reproches.

Siebold la proscrivait sans aucune réserve ' parce qu'elle n'engendre, dit-il, qu'accidents et malheurs. Tliedeu lui reprochait aussi de produire des complications nerveuses et notamment l'épilepsie. Ces imputations sont évidenunent exagérées. Un plus grand nombre de chirurgiens l'ont accusée de donner lieu à des phlegmons inguinaux ou à des phénomènes tétaniques. •

L'inflammation du cordon est assez rare, mais elle peut, chez les sujets prédisposés, se manifester à l'occasion de l'opération du sarcocèle, soit en revêtant la forme diffuse, soit en se limitant dans certains éléments du cordon et donnant lieu, par exemple, à la phlébite inguinale. Arnaud et Garangeot redoutaient sur-

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tout le gontlement inflammatoire du coi don et, dans la prévision qu'il pouvait en résulter un étrauglement secondaire par l'inextensibilité de l'anneau et du canal inguinal, ils conseillaient, à tilre de débridernent préventif, l'incision de ces parties. Mais bien qu'ils aient trouvé plus tard un imitateur dans Platner, leur pratique n'a pu se généraliser en raison du caractère très-exceptionnel de cette complication. S'il survient de l'inflamir-ation et si celle-ci arrive à la suppuration, les produits sont éliminés par l'ouverture supérieure de la plaie au niveau de l'anneau inguinal, et la cicati isation n'éprouve qu'un peu de retard. Parfois on remarque, dans ces cas, un bourgeon charnu volumineux qui semble adhérer à l'extrémité du cordon après la chute de la ligature, et qui exige qu'on le réprime par des cautérisations ou qu'on le détruise par une excision. Ce n'est que dans des circonstances malheureuses, plutôt imputables à la disposition du sujet qu'au procédé opératoire, qu'on voit l'inflammation se propager jusqu'au péritoine ou prendre le caractère diffus et envahir le tissu cellulaire de la fosse iliaque. Nous avons vu aussi, dans un cas que nous avons relaté dans un mémoire spécial sur cette compiiculion {Mémoire sur la phlébite inguinale, in Tribut à la chirîtrc/ie, t. 11), l'inflammation envahir les veines du cordon à la suite de la castration ; mais, dans ce cas, il existait un varicocèle en même temps qu'un cancer didymique, et il est à présumer que le volume exagéré des veines avait favorisé le développement de la phlébite inguinale, laquelle n'est qu'une ^uite bien exceptionnelle de la ligature du cordon et qui d'ailleurs, dans le cas cité, n'empêcha pas une terminaison favorable.

Les chirurgiens qui ont fait le procès à la ligature en masse lui ont surtout imputé le développement du tétanos. Siebold entre autres, son adversaire le plus déclaré, se fonde, pour la rejeter, sur le danger d'embrasser dans la même étreinte le canal déférent et les nerfs du cordon qui sont, comme on le sait, les fiL.ts du plexus rénal et le rameau du nerf génito-crural. Nul doute que cette conslriction ne puisse être la source d'accidents spasrnodiques convulsifs ou de toute autre nature ; mais la possibilité est loin d'équivaloir au fait, et le tétanos est encore moins à redouter que l'bémorrhagie dont on a fait un épouvantail. Bon nombre de chirurgiens n'ont pas eu l'occasion de l'observer dans le cours d'une longue pratique. Sur cent cas analysés [ar Velpeau, cet accident ne s'est pas montré une seule fois, bien que la ligature en masse eût été pratiquée. Je n'ai jamais eu à noter cet accident dans la pratique de Delpech, de Lallemand et de Serre et ma propre expérience ne m'a jamais fourni l'occasion de l'observer. Je n'ai à signaler du moins qu'un cas ofjt l'action réflexe, provoquée par l'opération, se limita à une conti'action tétanique des parois abdominales et ne céda que le dixième jour, à l'emploi d'une médication sédative, alors que la ligature était déjà tombée depuis quelque temps. Le tétanos peut d'ailleurs, dans ces cas, reconnaître d'autres causes que la ligature eu masse, puisque M. Couronné, de Rouen, l'a observé dans un cas où l'on avait pratiqué la ligature isolée des vaisseaux du cordon. La crainte chimérique de cette complication, qui n'est pas plus liée à la castration qu'à la plupart des opérations majeures, ne saurait donc faire méconnaître au chirurgien les avantages de la ligature en masse du cordon, sous le rapport de la célérité de l'opératiclïi et de la parfaite sécurité au point de vue de l'hémostasie.

Au reste rien nempcche, tout en conservant ces derniers avantages, de simplifier la ligature en masse en exceptant le canal déférent de la constriction. Cette simplification, à laquelle A. Pavé et Heister avaient préparé, en conseillant de passer un fil double à travers le cordon et d'en lier isolément les deux moitiés,

a élé surtout adoptée par Ravatori qui s'est borné à lier la moitié du cordon où sont contenus les vaisseaux. PoLt, et à son exemple beaucoup de cbirurgieiis, ont ado[>té la même manière d'agir à laquelle nous nous rallions entièrement. Il suffit donc, lorsque le cordon est mis à découvert et avant de détacher complètement la tumeur, de séparer avec les doigts le canal déférent du reste du cordon, d'engager un stylet aiguillé entre ce canal et les vaisseaux, et de lier en masse ces derniers. L'opération se termine par la section totale du cordon à un demi-centimètre audes-ous du point de constriction, nous ne pouvons que conseiller ce moyen qui pare à toutes les difficultés, et qui assure des résultats assez heureux, pour épargner aux chirurgiens de nouveaux essais de médecine opératoire.

11 s'est rencontré toutefois, mê )ie à une époque rapprochée de nous et à l'ori- •Tine des tentatives de réaction contre l'instrument tranchant, des opérateurs qui prétextant l'importance des hémorrhagies, la fréquence des accidents inflammatoires ; que sais-je ? toutes sortes de complications attachées à l'une des opérations majeures qui avérément réussissent le mieux, ont redouté d'attaquer les parties molles du scrotum et surtout le cordon avec l'instrument tranchant, et ont proscrit cet affreux bistouri chargé par ses détracteurs de toutes les iniquités d'Israël. Mayor de Lausanne a, le premier, donné l'exemple et a tenté de laire reculer la science en proposant son mode lent de ligature en masse pour l'aire loiuber sous son étreinte et à 1 état de gangrène : scrotum, testicule et cordon. Quel progrès! l'auteur du traité de la ligature extemporanée, M. Maisonneuve a toutefois le soin de nous dire que la castration chez l'homme se pratiquant habituellement sur un seul testicule, l'opération exige des dissections délicates pour lesquelles l'instrument tranchant est de beaucoup préférable à la ligature. Nous nous en tenons à cette déclaration. Mayor ainsi jugé par M. Maisonneuve est bien jugé. Les partisans de la cautérisation n'ont pas osé l'appliquer au retranchement total du testicule, mais un chirurgien 'de Lyon a cru qu'on ne pouvait mieux prévenir les accidents fàclieux qui résultent de la ligature du cordon, qu'en l'étreignant et le cautérisant à la fois avec une pi me chargée de pâte au chlorure de zinc et solidement fixée. Si tel était le dernier mot de la science, Âlbucasis, dont le moyen destructeur valait bien le chlorure de zinc, serait le héros de nos jours. Nous nous étonnons que de pareils lauriers aient tenté un chirurgien aussi éminent que M. Ghassaignac, que, dans son enthousiasme pour l'écrasement linéaire, il l'ait sérieusement proposé pour l'amputation du testicule, et qu'il l'ait envisagé comme une des applications les plus heureuses de sa méthode. L'ingénieux chirurgien de Larihoisière a imaginé deux procédés pour enlever le testicule par l'écrasement linéaire. Nous doutons que le meilleur d'entre eux reçoive dans la pratique l'accueil que sou auteur a su pi'éparer à d'autres innovations. Restons fidèles à l'instrument tranchant qui, manié avec prudence et habileté, est l'arme vraiment salutaire du chiiurgien.

Pansement. Après l'opération du sarcocèle, il n'y a que la réunion immédiate qui soit rationnellement indiquée ; elle est le complément obligé de la diérèse ordinaire et remplit précisément, d'une manière consécutive, le but d'empêcher la suppuration ou d'en éloigner les chances, but qu'on s'efforce d'atteindre d'une manière préventive par la diérèse imparfaite exécutée au moyen de la ligature, de la cautérisation et de l'écrasement. La réunion immédiate qui rend tant de services dans la thérapeutique chirurgie de, n'a pas eu la bonne fortune de conquérir tous les suffrages dans ses applications à l'opération de la castration. Mais plus nous avons examiné les niotife de son exclusion, moins nous les avons trouvés

valables, et il nous paraît surprenant que ceux même qui, pour éviter la suppuration, recherchent les moyens les plus excentriques, donnent un démenti à leurs propres idées en excitant la plaie résultant de la castration, en la bourrant de charpie et en provoquant de parti pris la cicatrisation par seconde intention.

Il ne saurait être indifférent, pour les opérés, d'arriver au terme de leur guérison avec plus ou moins de promptitude et de douleur ; or, sous ce double rapport, nous nous croyons en, droit d'al'firmer,' d'après les cas nombreux oii nous avons pratiqué cette opération, que la guérison est^très-abrégée par la réunion immédiate. Lisez Sabatier et Boyer,,les deux.classiques dont l'influence dure encore sur cette question, et vous verrez que la plaie, livrée à la suppuration demande généralement pour sa guérison environ trente-six^ ou; quarante jours. Or il est expérimental que, en emplo^ ant la réunion immédiate après la castration, on abrège la durée du temps nécessaire à, la guérison de Ja, moitié ou des trois quarts du temps exigé parla cicatrisation par granulation,',et^ que, ^souvent, il suffit de quelques jours pour que le malade soit entièrement guéri.; Si, la réunion immédiate échoue, on reiombe dans les conditions qu'on établit, de prime abord lorsqu'on provoque la suppuration, et les conditions ;ne sont pas plus, mauvaises après une tentative de réunion non, réussie, que. lorsqu'on a directement suscité la suppuration. La question se réduit alors à savoir s'il y a des motifs particuliers de nonsuccès ou de danger pour, la réunion immédiate employée après la castration, et si les objections qu'on lui a adressées reposent sur une base sérieuse. ;, ; , , On se refuse à employer ce mode de réunion à ;la suite de la castration à causede l'enroulement des bords de la plaie, qui a pour , résultat d'opposer, l'une à l'autre les faces é|)idermi{pies deces bords. Nul doute que.lorsqu'ily a excès d'enveloppe tégumentaire, et à cause des plans organiques .contractiles interposés entre le scrotum et la peau, celle-ci ne tende à se retourner en dedans et à éluder ainsi l'affrontement ; mais on conviendra que cet effet n'est ni constant ni insurmontable. Nous ne l'avons observé qu'une fois à la. suite des opérations que nous avons pratiquées,, et encore l'opposition des surfaces impropres à la cicatrisation fut-elle partielle et put-elle être ramenée après quelques pansements à lacondition normale. N'est-il pas d'ailleurs facile d'affronter exactement la peau, en rapprochant les points de suture entrecoupée, et en appliquant avec soin des bandelettes agghitinatives^ ou du collodion ? L'adhérence établie entre la peau et les lanières agglutinatives doit suffire seule pour empêcher l'enroulement. 11 est, en outre, un moyen très-efficace de remédier à l'inconvénient dont nous, parlons, c'est l'emploi des serres fines. On peut en disposer un aussi grand nombre qu'on le juge convenable, soit entre les points de suture auxquels elles servent d'auxiliaire, soit en les employant seules et en excluant la suture. L'action des serres fines est ici très-opportune, leur pression limitée est rendue efficace par la faible épaisseur et la laxité des téguments des plaies scrotales, et l'on peut dire que c'est un des cas les plus favorables à l'emploi de ces petits compresseurs dont Vidal a doté la synthèse chirurgicale. , . , • '

D'autres ont objecté contre la réunion immédiate, dans ce cas, la fréquence des 1) émorrhagies, d'autant plus à craindre au fond de la plaie scrotale que les vaisseaux ne sont pas soutenus par la résistance des tissus, et que le pansement n'étant pas compressif ne saurait, par cela même, être hémostatique, d'où il résulte que le san" s'infiltre dans le tissu cellulaire lâche du scrotum ou dans l'excavation laissée par la soustraction du testicule. Ces remarques ne s'élèvent pas à la hauteur d'un argument. Rien n'empêcherait, si l'on redoutait l'insuffisance ou l'oubli des li^a-

tures nécessaires, d'attendre la liéaction qui a lieu quelques heures après l'opération, pour mieux parer à l'éventualité de l'héniorrhagie, et de ne procéder à la réunion qu'après la cessation de toute iucerlitude à cet égard. Mais la précaution de bien lier les vaisseaux du scrotum au moment où on les divise et la ligature du cordon ne donnent-elles pas déjà toute gai'antie? Et faut-il, sous le vain prétexte d'éviter un accident facile à prévenir, exposer les opérés aux interminables suites et aux accidents de la réunion secondaire?

On a reproché, surtout aux procédés de réunion immédiate après la castration, de n'agir qu'à la partie extérieure de la plaie et de laisser en arrière de la ligne de réunion un sinus cerné par une enveloppe lâche et extensible, au fond duquel s'accumulent les suintements séroso-sanguins ou purulents. Les parties profondes ne peuvent alors adhérer et il semblerait, en réalité, que la réunion immédiate est alors plus nuisible qu'utile, puisqu'elle sert à clore le foyer. Cette objection, comme la plupart de celles qu'on a présentées, n'offrirait d'importance qu'autant qu'il \ aurait impossibilité de prévenir l'accident signalé ; mais on ne saurait en iaire un crimen artis quand le résultat dépend du chirurgien lui-même qui a oublié ou négligé les précautions qui doivent l'empêcher. Parmi ces précautions, signalons d'abord le soin d'enlever un excès de peau lorsque la tumeur est volumineuse. 11 faut alors se comporter comme si la peau était adhérente et préférer l'excision elliptique à la boutonnière longitudinale. On évite ainsi l'excès tégumentaire, et les parois scrotales restantes au heu d'être flasques, plissées et sujettes à distension sont ramenées à des proportions convenables. Un autre moyen d'éviter l'inconvénient signalé c'est de suivre rigoureusement le précepte de prolonger la section de la peau aussi bas que possible et de ne pas laisser de cul-de-sac inférieur. Si la précaution a été bien prise, alors même qu'on emploie la réunion immédiate par suture, l'espace compris entre le dernier point et l'angle inférieur de la plaie représente une sorte de contre-ouverture préventive par laquelle le sang et les humidités scrotales trouvent une issue. La suture à points superposés que nous avons proposée et dont nous avons essayé ailleurs de faire apprécier les avantages, donne enfin dans ce cas le moyen d'éviter l'accumulation des liquides dans l'excavation centrale du scrotum, en ajoutant la réunion immédiate profonde à la réunion immédiate superficielle. Ce moyen consiste à affronter les parois internes delà poche scrotale non plus seulement par les pressions toujours irrégulières et souvent infidèles qu'exercent les pièces ordinaires de pansement, mais par un contact permanent et capable de résister à l'effort des liquides. La fixité du contact est assurée par une série de points répartis sur la surface saignante du scrotum. Pour atteindre ce but, après avoir fait la suture ordinaire des bords de la plaie, il convient de traverser le scrotum à une certaine distance des bords de celle-ci, à 2 ou 3 centimètres par exemple, à l'aide d'une aiguille armée d'un fil et d'agir sur cette partie de manièi^e à produire un affrontement profond. Tantôt je me suis contenté de faire dans cette partie du scrotum, et en évitant la cloison du dartos, la suture à points passés; tantôt j'ai distribué sur divers points de la poche scrotale, trois ou quatre points de suture en perçant d'abord le scrotum de droite à gauche pour ramener ensuite le fil en sens opposé et serrer modérément les chefs. Dans d'autres cas, j'ai employé la suture enchevillée de manière à obtenir, dans une certaine étendue, une pression profonde parallèle à la plaie extérieure, La pression exercée avec les fils doit toujoui^s être modérée, afin de laisser quelque latitude au gonflement naturel et d'éviter l'étranglement des tissus. Ce nouveau mode de pansement, que nous voudrions voir se générahser , mais qui s'applique mieux au scrotum que dans tout autre point, nous a

mcT. ENC. Xin. 4

réussi dans tous les cas où nous l'avons mis en usage à la clinique de Montpellier. Les détracteurs de la réunion immédiate après la castration, reprochent enfui à ce mode de pansement d'échouer par le fait de la disposition naturelle des parties à contracter rinflammation suppurative et à être envahies par des érysipèles ou même à tomber en mortification, disposition qui s'accroît par l'influence des corps étrangers représentés par les fils qui servent à la suture de la plaie ou à la ligature des vaisseaux. Nous admettons que la peau délicate du scrotum, surtout si ou n'a pas suffisamment ménagé sa doublure cellulo-fibreuse pendant la dissection, peut être privée de ses vaisseaux nourriciers et céder plus facilement qu'ailleurs à l'action destructive d'une forte inflammation, mais il nous paraît que cette possibilité n'est pas moins inhérente au pansement d'après lequel on se contente de la réunion secondaire, où l'inflammation est inévitable, qu'à celui dans lequel on tend à obtenir la réunion immédiate, où l'inflammation n'est pas nécessaire. En vue de ce dernier but, qu'on éloigne avec un soin particulier d'une région mal disposée, les causes d'une inflammation ruineuse. Pour cela, n'abusez point de la suture, complétez son action par son auxiliaire, les serres fines; adoptez, si vous le jugez convenable, les sutures métalliques dont on vante aujourd'hui l'innocuité et pour lesquelles l'organisme montre, dit-on, plus de tolérance; éloignez, par des soins généraux, les causes internes de l'inflammation; modérez localement le mouvement fluxionnaire par des applications réfrigérantes, et les accidents dont on fait une objection à la réunion immédiate, sans les éviter quand on se comporte différemment, seront amoindris dans une proportion qui confirmera la supériorité des moyens que nous préconisons. Dans des cas de cette nature, nous recommandons, en outre, Yissiie directe des fils à ligature à travers la peau que nous avons proposée comme un nouveau moyen d'assurer la réunion immédiate. Au lieu de ramener ces fils isolément vers les bords de la. plaie ou de les réunir en faisceau pour les faire sortir par l'un des angles, ce qui dans les deux cas laisse dans la plaie un ou plusieurs corps étrangers, d'autant plus susceptibles de provoquer l'inflammation qu'ils y parcourent un plus long trajet, on peut les éliminer directement à travers la peau dans le point le plus voisin du lieu de leur application. Après avoir coupé l'un deg chefs près du nœud, on arme une aiguille avec le chef restant et on éconduit le 01 avec cette aiguille à travers une petite perforation cutanée. De celte f.içon et sans que l'hémostasie en souffre, aucun corps étranger ne reste dans la plaie du scrotum, le fil qui y représentait un séton y est remplacé par un nœud imperceptible, et, au moment où celui-ci doit se détacher, on le dégage facilement par une traction exercée sur le chef devenu extérieur. En procédant ainsi rien ne s'oppose à la réunion immédiate, on atteint le but qui incombe aux prévisions du chirurgien et l'opéré peut bénéficier de tous les avantages attachés à ce moyen.

Nous avons eu plusieurs fois l'occjsion, dans notre enseignement et dans notre pratique, de constater la supériorité de la réunion immédiate comme propre à assurer le succès rapide de l'opération du sarcocèle ; mais nous sommes autorisé à insister sur la démonstration de cette vérité pratique, en voyant combien soil adoption généiale souffre de difficultés ou de retards, soit dans les hôpitaux delà capitale, soit ailleurs. Le temps qui s'est écoulé depuis l'époque où nous avons spécialement traité cette question [De l'opportunité de la réunion immédiate à la suite de l'opération de la castration. In Gazette médicale de Montpellier, 1854), n'a fait que confirmer les principes que nous avons défendus, et aujourd'hui avec quelques motifs de plus qu'alors, nous nous croyons autorisé à for-

CASTRO (les de) 51

muler les préceptes suivants : pendant l'opération ne respecter que la quantité de peau nécessaire et prolonger l'incision très-bas; lier avec beaucoup de soin tous les vaisseaux, et, immédiatement après leur section, faire la ligature en masse de la partie vasculaire du cordon de manière à n'avoir qu'un seul fil au moignon de celui-ci; ramener tous les fils à ligature au deliors de la plaie en perçant directement la peau au moyen d'une aiguille qui entraîne le lien de manière à ce que le nœud reste seul dans la plaie ; réunir immédiatement les bords de la plaie par des points de suture entrecoupée, dans l'intervalle desquels on peut placer en outre des serres fines; faire la réunion immédiate profonde à l'aide d'un second plan de suture placé à quelques centimètres au delà du premier ; supprimer tout autre appareil de pansement et prescrire des applications froides sur le scrotum. Bouisson.

CA§TRIII§ (Jacobus). Haller le désigne sous le nom de Castro, et Morejon et Chinchilla en ont fait un médecin espagnol. Suivant Vinder-Linden, il était d'Hazebrouck, et, dans son histoire de la médecine belge, Broeckx confirme cette origine. Au total, il pratiquait au commencement du seizième siècle, et on lui doit une des plus anciennes descriptions que l'on possède de la suette miliaire, alors peu connue. Voici le titre de cet ouvrage : De sùdore epidemiali quem anglicum vacant. Antuerpise, 1529, in-S". Ë. Bgd.

CASTRO (Les de). Un grand nombre de médecins et de personnages célèbres, en dehors de notre science, ont porté ce nom et paraissent originaires du Portugal ; quelques-uns d'entre eux appartenaient à la religion juive. Pour ne parler que des médecins, plusieurs ont joui d'une grande réputation dans les différentes contrées de l'Euiope où ils ont pratiqué. Comme cette multitude d'individus porteurs du même nom, et parfois du même prénom, a jeté une certaine confusion dans leur histoire, nous partagerons, pour plus de clarté, les de Castro en quatre branches, suivant qu'ils ont pratiqué dans la Péninsule, à Hambourg, en Italie et en Angleterre.

i° Espagne et Portugal.

Ce sont assurément les moins distingués; nous les passerons rapidement en revue, nous arrêtant seulement à ceux qui ont publié des ouvrages d'une certaine importance. Ainsi, nous nous bornerons à citer un Alvaro (et non Alberto) de Castro, qui vivait au commencement du seizième siècle, dans la province de Tolède, et dont un ouvrage sur l'histoire naturelle, daté de 1526, est resté manuscrit. Un Juan de Castro, né à Buyalance, et apothicaire à Cordoue, dans la première moitié du dix-septième siècle, qui a écrit sur l'usage médical du tabac {Historia de las virtudes y propiedades del tabaco, y de los modos, etc. Cordoba, 1620, in-S"). Un Andves-Antonio de Castro, né à Ouren, en Portugal, et médecin du duc de Bragance ; très-attaché au galénisme ; on lui doit l'ouvrage suivant: De febrium ciiratione lib. III, qiiibus accedunt, etc. Villaviciosa, 1636^ in-fol. Un Izchag-Orobio de Castro, juif portugais, qui professa la métaphysique et la méde( ine à Salaman(|ue, puis à Séville, au milieu du dix-septième siècle ; persécuté pour sa religion et jeté dans les prisons du saint-office, il fut enfin relâché et alla se fixer à Amsterdam, où il mourut, en 1687. Nous ne devons pas non plus une bien longue notice à Pedro-Osorio de Castro, né à Séville, et qui devint premier professeur de médecine dans cette université, à la fin du dixseptième siècle. Séduit par les brillants côtés de l'école spagirique, il s'y était

52 CASTRO (LES de).

d'abord attaché ; mais le peu de succès qu'il obtint des remèdes chimiques, celte circonstauce que, dans les cas graves, les adeptes les plus habiles de la médecine spagirique faisaient usage de médicaments empruntés à l'école galéniqne (saignée, purgatifs, etc.), le firent rentrer dans cette dernière. Voici' le titre du seul ouvrage qu'il ait publié : Vindicta de la verdad à exàmenes de la razon, es respuerta à unpapel, etc. Sevilla, 1700, in-4°. Morejoa a vu de lui, à la bibliothèque Colombine de Séville, vui manuscrit intitulé : Disertacion phisico-medico y moral sobre la necessitad que hay en Sevilla de los banos de su rio.

Enfin nous devons dire encore quelques mots de Nazario-Fernandez de Castro, qui pratiqua, à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, dans différentes localités du midi de l'Espagne. Il était définitivement fixé à Cadix, lors de la grave épidémie de fièvre jaune qui désola cette ville en 1800, et que, contrairement à l'opinion du plus grand nombre de ses confrères, il attribua à l'imporlation par mer. Quatre ans plus tard, à l'occasion d'une autre épidémie de fièvres putrides qui régna également à Cadix (1804), il remplit les fonctions d'inspecteur d'un des quartiers de cette ville. Voici les titres des deux ouvrages qu'il a laissés :

I. Dialogos criticos interlocutorios filosôficos téorico-médico prncticos de medico-practicante, etc., sobre el agua frigido-termal vulgarmente llamada de Hardales. Malaga, 1785, in-i". — II. Manifeslo del informe dado à la suprema junta de saiiidad de Madrid, etc. Cadiz, 1810, in-4".

Pour Juan-RodrJgo Nunez de Castro, voy. NuSez.

Et pour Jose-Ignatio Carvallo Nufiez de Castro, voy. Carvallo.

2" Hambourg.

Castro (Rodrigo de). Etait Portugais, né à Lisbonne, vers 1546, et juif de religion. C'est lui qui est généralement désigné sous le nom de Roderions à Castro ou Roderic à Castro pour le distinguer de l'autre Rodrigue, son coinpatriole et son contemporain [voy. plus bas). Rodei'ic étudia la médecine à Séville, sous Andres Valcarcel, et prit le double grade de docteur en médecine et en chirurgie. Antonio, dans sa bibliothè:jue espagnole moderne, dit ne pas connaître les raisons qui, vers 1596, le firent émigrer à Hambourg ; peut-être la religion qu'il professait ne fut-elle pas étrangère à cette détermination. Quoi qu'il en soit, Roderic se fixa dans cette ville, oii sa réputation devint bientôt très-grande et, comme on le voit par les écrits qu'il nous a laissés, très-justement méritée. Il mourut à Hambourg, le 20 janvier 1627, âgé de plus de quatre-vingts ans.

Son Medicus poUticus est, à la fois, un traité de philosophie et de déontologie médicales. Repoussant les sectes des empiriques, des méthodiques et des cliimiâtres, il se déclare partisan de la doctrine rationnelle et expérimentale ; il définit ainsi la médecine : « Ars cuni ratione et experientia faciendœ conservandœque sanitatis. » Il insiste avec beaucoup de détails sur les connaissances que doit posséder le médecin, ainsi que sur la question, alors très -controversée, de savoir si l'astrologie doit être une de ces connaissances. Établissant là une judicieuse distinction entre l'astronomie et l'astrologie, il montre qne la première qui s'occupe de l'étude des phénomènes physiques de la nature, de la salubrité de l'air, des conditions atmosphériques, etc., peut être très-utile au médecin, tandis que l'autre, science fausse et imaginaire, avec sa prétention à la divination des événements futurs, doit être rejetée. Roderic développe très-longuement les qualités que doit posséder le médecin; son rôle et son attitude auprès des malades, et dans l'État etc.

CASTRO (les de). 53

C'est un véritable code de dignité et de moralité professionnelles qui s'applique à tous les temps, et fait le plus grand honneur aux sentiments de celui qui l'a écrit.

C'est particulièrement dans le traité des maladies des femmes que Roderic, tout en sacritiant parfois à la superstitieuse crédulité de son époque, montre les qualités de méthode et l'esprit pratique qui le distinguent. Après avoir donné l'anatoraie et la physiologie des organes propres à la femme, il étudie leurs maladies d'abord dans ce qu'elles ont de général et de commun, puis celles qui sont particidières aux veuves ou aux vierges ; ensuite, celles des organes spéciaux de la génération. 11 termine par les maladies puerpérales et celles des nourrices. Quand, chez une femme enceinte on juge le fœtus mort déjà depuis quelque temps, et alors que les moyens expulsifs ont échoué, Roderic conseille l'avortement provoqué et donne les moyens de le mettre à exécution (p. 439).

Voici la liste de ses écrits :

I. de universa muliehrlum morhorum medicîna, novo et antc hac a nemine tentato ordine, optis absolidissimitm,. stuchosis omnibus utile, etc. Colon. Agrip. 1599, in-4° et Hamhurgi, 1603, 161(5, 1628 et 1662, in-4°. — II. De officiis medico-politicis sive de medico poUtico. Ilamburgi, 161i, in-4°, plus. tdit. — III. De natura et causis pestis guœ anno 1596, Ham~ burgensem urbem afflixit. Hamb. 1596 et 1597, 111-4°.

Castro (Benedictus de). Était fds du précédent et naquit à Hambourg, en J597; il y embrassa, dit-on, le christianisme, en 1617. Sans avoir la haute réputation de son père, il était assez bien posé dans la science, pour que Christine de Suède l'ait pris auprès d'elle comme médecin. Il mourut à Hambourg, le 7 janvier 1684, laissant les ouvrages suivants qui sont très-rares et probablement peu regrettables :

I. Epistola encomiastica in honorem D. Àbr. Zacuti. Hamburgi, 1629, 111-4°. — II. Fia- (jelium calumniantium. Ibid., 1631, in-8°. (Nie. Antonio dans sabibl. esp. donne cet onvrage sous le litre : Natado da calumnia. Antuerpiœ, 1619). — III. Mouomachia, sive certarnen medicum <juo verus in febre sinocha piutrida cuin curis inflammatione medendi usus per venœ sectionem in brachio denionslratur, etc. Ibid., 1647, in-4°.

3" Italie.

Castro (EsTEBAN-RoDRiGO de). Connu sous le nom latinisé Castrensis ou sous celui de Rodriguez de Castro. Il était, comme l'autre Rodrigo, d'origine portugaise, né également à Lisbonne, quelques années plus tard, vers 1550. Il se fit recevoir docteur à Pise et professa avec un grand éclat la médecine à l'école de cette ville, jusqu'en 1627, époque de sa mort. Rodriguez jouissait d'une très-haute réputation, ce qui ne laissa pas que de lui attirer quelques calomnies dont le vengèrent ses contemporains, parmi lesquels il faut placer plusieurs grands personnages. C'est ce que l'on voit dans la préface de ses commentaires sur Hippocrate. Le célèbre Zaoutus, son compatriote, avait pour lui la plus haute estime et l'appelait le phénix de la médecine. Ses écrits, qui sont assez nombreux, décèlent en lui un homme très-érudit et doué d'un esprit judicieux. Il montre particulièrement ces qualités dans son livre Quœ ex quihus, qui a pour objet de montrer comment les maladies peuvent succéder les unes aux autres, question bien importante et assez peu étudiée même de nos jours. Halle qui a édité un ouvrage de Lorry sur le même sujet, convient que ce dernier avait eu d'abord seulement l'intention de faire réimprimerie petit livre de Rodriguez eny ajoutant des notes. Au lotal, Rodriguez distingue soigneusement la métaptose, qui est le changement d'une maladie en une autre, de Vépigenèse, qui est la complication d'une maladie par une autre. Bien qu'il se défende d'avoir recours aux causes occultes et inconnues, et qu'il s'at-

54 CASTRO (Liis DE).

tache surtout à montrer comment les [liéiiomènes morbides viennent à se succéder, il n'est pas sans avoir recours à l'Iiypolhèse surtout quand il s'.igit de la , métastase, une des formes delà métaptose. Établissant le mécanisme de cette succession des maladies, il reconnaît quatre modes : 1" propter viciniam, nam vicinœ partes facile vicinarum vicia contrahunt ; 1" propter yeneris cunformilatem, ut quando nervosum genus ciim nervoso, arteriosum cum arterioso consentit ; 5° per sympathiam ; 4" propter operis familiaritatem [quomodo consentimzt mammœ cum utero). Ces distinctions sont très-remarquables et dénotent un esprit aussi pratique que judicieux.

Ces mêmes qualités s'observent dans plusieurs de ses autres écrits. N'oublions pas que Rodriguez était poëte à ses heures, et qu'après sa mort, son fds Francisco a fait paraître des poésies de lui, en espagnol et en portugais, qui ont obtenu les suffrages de ses compatriotes.

La liste de ses écrits est assez considérable ; nous la donnons ici, d'après Morejon.

I. De meteoris microscomi. Lib. V. Veneliis, i621, in-fol.; ibid., 1627, in-fol. — II. Be complexu morborum tractatus. Florentise, 16'2i, in-S". — Ilf. Qiice ex quibus; opusculum

sive de mutatione alioruni morborum in alias- Ibid. , 1627, in-12 ; Francof . , 1617, in-12.

IV. Philomelia. Ibid., 1628, in-8°. — V. De asitia tractatus. Ibid., 1630, in-8°. —VI. Desero lactis. Ibid., 1631, in-8°. — VII. Comment, in Hippocratis coi libellum de alimenlo , opus in quatuor sectiones divisiim, etc. Ilùd., 1635-39. (La dernière partie a été publiée par son fils.) — Vlll. Postliumn varietns (p\ibliée par son fils). Ibid., 1659, in-8°. — IX. CastigaHo7ies exegeticœ quibu.'; variorum dogmatum Veritas elucidatur. Ibid., 1640. in-fol. — X. Dissertât, medicœ. Ibid., 1642, in-8'> ; et Venetiis, 1650, in-4°. — XI. Ratio consul tationis, an post variolas purgatione corpus egcat. Florent., 1642, in-4''. — XII. Medicœ consultationes. Ibid , 1644, in-4°. — XIII. Variœ exercitationes medicœ et expositiones in œgrolos Hippocratis. Venet., 1653, in-4"'; ibid., 1656, m-i". — XIV. Pythaqoras. Lugduni, 1651, in-i°. — XV. Syntaxis seu prœdictionicm medicaruni^ et Triplex elucubratio : 1° de chirurgicis admimstrationibus; 2' depoturefrigerato; 3° de animalibus microcosmi. Lugd., 1661, in-4°.

Castro (Ez;échiel de). Médecin juif, dit-on, qui paraît avoir pratiqué à Vérone, vers le milieu du dix-septième siècle. Au total il exerçait dans les états de Venise, car l'un de ses ouvrages {Ignis lamhens) est daté de Vérone et dédié à un procurateur de Saint-Marc. Était-il parent du précédent? on ne peut que le supposer. Ce livre, Ignis lamhens, dans lequel il parle, à grands frais d'érudition, d'une maladie qui serait caractérisée par des flammes léchant h surface de la peau, est rempli de fables et d'histoires merveilleuses. Voici le titre des deux ouvia^es que nous possédons de lui :

I. Ignis lambens, historia medica, prolusio physica, etc. Veronœ, 1642, in-12. II. Âm-

phitheatrum medicum, in quo morbi omîtes quibus imposita sunt nomina ab animalibus rare spectaculo debellantur. Ibid., 1640, in-8°.

Castro (Pedro de) dit l'Espagnol. Morejon et Chinchilla prétendent qu'il était de Biscaye et qu'il pratiqua dans son pays. Nous pensons avec Ilaller qu'il a vécu et pratiqué à Vérone comme le précédent et vers le même temps. Le fait est que Pedro, auteur des ouvrages ci-dessous indiqués, s'intitule, dans le plus ancien {Fehris maligna), médecin de Bayonne ; mais ce livre est daté de Vérone et dédié à ses disciples de cette ville, où il dit pratiquer la médecine. Dans sou bnber aureus, il prend le titre de membre du collège des médecins de Vérone, etc. etc. Renzi (t. IV, p. 461) croit que ce Pedro de Castro est diflérent de l'Espagnol; rien ne le prouve. Suivant Jourdan, il serait mort à Venise le 14 septembre 1663' laissant les ouvrages suivants :

I. Febris maligna piinticularis aphorismis delineatn. Pavia, 1650, in-12. plus, édit — ÏI Imber aureus seu chilias aphorismorum ex libris epidemicis Hijjpocratis, etc. Verona

CASUARINA. 55

1652, in-12. — III. Bibliotheca medici eruditi. Padua, 165i, in-12; Bergamo, 174'2, in-S». — IV. Pc&lh neapolitana, rotnana et genuensis annorum 1656 et 165'J, fideli. narratione, etc. Verona, 1657, in-12.

4" Angleterre.

Castro (Jacobds de). La biographie médicale mentionne deux Jacques de Castro, l'un qui aurait pratiqué en Angleterre, l'autre, auteur d'un traité sur l'iiioculation, à Hambourg. C'est une erreur, les deux n'en font qu'un, car l'auteur du De methodo inoculationis , réimprimé à Leyde, sur la seconde édition, par un certain Leduc, déclare expressément avoir écrit en anglais sa première édition pour l'utilité des habitants de ce pays ; il cite incessamment les auteurs anglais, les expériences faites à Londres, enfin il est désigné par Leduc, sous la qualité de Medicus Londonensis. U était d'ailleurs d'origine portugaise; sa vie nous est inconnue, on dit qu'il mourut à Londres, en 1762, âgé de soixante-dix ans.

On a de lui :

I. De methodo inoculationis. 2*édit. Lugd. Batav. 1Î22. In-8.— II. Concerning diamonds found in Brazil. In Philosoph. Transnct., t. XXX.VII, p. 199, n" 421 ; 1753. — III. Matcria medica physico-historica mechanica, regno minerai, etc. Lond., 1758, in-4. — IV. De uso e abusa das min/ias agoas in Inglatena. Ibid., 1756, in-8. E. Dgd.

CASVARIIWA. Tournefort. On donne ce nom à un curieux genre de plantes, qu'on faisait autrefois entrer dans la famille des Conifères, et dont de Mirbel a fait, avec juste raison, sous le nom de Casuarinées, une famille spéciale, qu'on a rapprochée des Myricées. Ce sont des arbres ou des arbrisseaux dont les rameaux rappellent les Pi êles ou les Épliedra, Ces rameaux, le plus souvent noueux, sont quelquefois grêles, presque capillaires, et simulent les feuilles, qui n'existent, dans ces plantes, qu'à l'état de petites écailles entourant les nodosités des rameaux.

Les Heurs sont unisexuées. Les deux sexes sont parfois placés sur le même pied, parfois distincts sur des individus séparés. Les mâles sont groupés en épi. Elles se composent d'une sorte depérianthe à 3 ou 4 bractéoles, dont les deux latérales sont, en général, élargies et conniventes par le haut, et d'une seule étamine, d'abord très-courte, qui s'allonge ensuite de manière à écarter les bractéoles con- • niventes, ou même à les rompre près de leur base.

Les fleurs femelles forment des capitules au sommet des rameaux. Elles sont placées à l'aisselle d'une bractée et munies chacune de deux bractéoles, qui, d'abord ouvertes, se ferment sur le jeune fruit, pour se rouvrir de nouveau à la maturité. L'ovaire uniloculaire contient deux ovules collatéraux, semi-anatropes, placés du même côté d'un gros placenta qui, au moins dans quelques espèces, laisse de l'autre côté un espace vide, sorte de loge à air. La graine solitaire par avortement contient, sous un testa membraneiii presque transparent, un embryon sans albumen à grands cotylédons oblongs et comprimés.

Les Casuarina sont peu employés en médecine. Le Casuarina equisétifolia h. Casuarina littorea (de Rumphius) est le seul qui présente à cet égard quelque intérêt. C'est un arbre qui peut devenir d'une grande taille, et qui est remarquable par des rameaux capillaires, groupés de 60 à 80 ensemble à l'extrémité des petites branches, de manière à figurer une sorte de queue de cheval de 12 à 18 pouces de long, son écorce cendrée ou noirâtre à la surface, rougeâtre en dedans, est astringente de même que le suc, qui découle accidentellement des parties tendres de l'écorce, et qui, d'abord incolore, rougit rapidement à l'air. On a employé ces diverses parties contre les diarrhées. D'après Rumphius, la décoction de l'écorce servirait en lotions comme réconfortante dans le cas de tremblements des membres. Cet au-

56 CATAIRE.

teur ajoute que les habitants de Macassar calment les coliques avec la décoction des feuilles, et les céphalalgies avec des sortes de cataplasmes faits avec les fruits triturés dans l'eau.

On cite aussi le Casuarina muricata des Indes, comme un médicament nervin et tonique. Planchon.

Rljjphius. Amhoincnse herharium, \\\, 86, tab. 56. — Awslie. Matcria meclicn indica, II, 443. — De Mikbel. Annales du Muséum, XVI, 451. — Endlicher. Gênera plantarum, n° 1838. — Le Maout et Decaisne. Atlas de botanique, 552. — Bornet, in Le Maout et DecAisNE, loc. cit. Pi-,

CAT (Le). Yoy. Le Gat.

CATAIRE (Frémissement). (Du mot Catus^ bas-latin.) Laënnec a désigné ainsi un phénomène tactile et acoustique, constitué par des vibrations, répétées à de courts intervalles ou même continues, qui donne à la main une sensation analogue à celle qu'on éprouve en caressant un chat, et à l'oreille un bruissement de tonalité variable.

Le frémissement cataire n'est, selon nous, que l'exagération du frémissement vibratoire perçu par le doigt, dans divers étals pathologiques, soit sur les vaisseaux du cou, chez les chlorotiques, par exemple, soit sur les artères principales dans les cas d'insuffisance des valvules aortiques ; on se contente ordinairement de dire qu'il y a du frémissement, quand le phénomène est peu intense ; quand il est trèsmarqué, et surtout lorsqu'il siège à la région précordiale, on est convenu d'ajouter (avec Laënuec) le mot cataire. Peut-être serait-il préférable, pour la clarté et la régularité des dénominations, d'employer toujours le terme frémissement, lequel serait dit vasculaire ou cardiaque, suivant la différence de siège, de même que l'on appelle hydatique cette espèce de tremblotement, de doux frémissement vermiculaire que donnent parfois à la main les hydatides.

Sans doute Corvisart avait signalé, avant Laënnec, que « dans les cas de rétrécissement des orifices cardiaques, d'endurcissement, d'ossification des valvules, les battements du cœur présentent à la main appliquée sur la région précordiale des ondulations, des bruissements, des frémissements dont il est impossible (disait-il) de dépeindre les variétés. » Mais, comme on peut en juger d'après les termes mêmes dont se sert le traducteur et commentateur d'Auenbrugger, c'est à Laënnec qu'est due la description du phénomène tactile et acoustique, ainsi que la dénomination qui le caractérise ; et, quant aux rapports de ce signe physique avec les bruits anomaux des orifices cardiaques, on conçoit qu'ils ne pouvaient être indiqués avec précision que par l'inventeur de l'auscultation.

La désignation proposée par Laënnec a passé dans le langage médical et y est restée comme tous les autres termes de la science stéthoscopique dont il est le créateur. Les nosographes anglais, dans leurs ouvrages sur les maladies du cœur, ou se sont servi de l'expression française « frémissement cataire, » ou l'ont traduite littéralement par le mot identique de thrill : d'où vient donc que certains pathologistes français, ayant à parler de ce frémissement, ont importé dans leurs écrits ce même mot thrill (oublieux et du traité de l'auscultation médiate et de leur propre langue), comme si la découverte et l'appellation du phénomène n'appartenaient pas à Laënnec et étaient de provenance anglaise.

Caractères. Le frémissement cataire varie d'intensité et de siège, et ces différences tiennent aux divers degrés des altérations matérielles qui en sont une des causes productrices, et au siège anatomique de ces altérations. Tantôt (dans la.

CATAIRE. 57

région du cœur principalemcnl) il est bref, et, an moment de la systole cardiaque, donne à la paume de la main qui embrasse cette région, la sensation d'une espèce de grattement intermittent ; tantôt il est très-prolongé et semble coïncider avec la durée presque entière d'une révolution cardiaque. Tantôt il paraît superficiel, et, tantôt profond. Tantôt léger, il vibre et frémit doucement sous le doigt et il est circonscrit à un point du thorax correspondant d'ordinaire au sommet du cœur ; tantôt il est étendu à toute la région, et il est en même temps d'une remarquable intensité : généralement alors on sent aussi une impulsion énergique de l'organe. Peu marqué, il coïncide, à l'auscultation, avec des souffles doux qui se produisent aux orifices du cœur ; fort, avec des bruits anomaux intenses (souffle rude, bruit de râpe, de scie, etc.).

C'est grâce à la coïncidence de ces bruits anomaux qu'on peut le distinguer du frottement péricardique, lequel communique à la main, quand il est très-rude, la sensation de mouvements vibratoires : dans certains cas oii il y aurait endo-péricardite, les vibrations tactiles d'origine différente se confondraient en un même frémissement cataire, de même que se confondent en un seul bruit, unique en apparence, les phénomènes acoustiques intra et extra-cardiaques.

Sie'ge et conditions pathogéniques. Le frémissement cataire est constaté quelquefois sur le trajet des vaisseaux artériels rapprochés de la superficie (crosse de l'aorte, artères du cou e\, des membres, et surtout quand ces derniers vaisseaux sont comprimés) : il se produit sous le doigt de l'observateur, soit quand la face interne des canaux vasculaires a perdu son poli par suite d'érosions, de dépôts et plaques calcaires (endartérite) , soit lorsqu'il y a dilatation partielle et surtout sacciforme de l'artère, et que la colonne sanguine se brise sur les bords de l'ouverture, soit enfin quand il existe une communication accidentelle entre une artère et une veine (varice anévrysmale) : c'est dans cette dernière lésion que le frémissement .cataire offre son maximum d'intensité et de propagation ; alors aussi il est pour ainsi dire continu au lieu de se montrer intermittent et systolique.

Le frémissement est plus souvent et plus manifestement perçu à la région du cœur, soit par la pulpe des doigts (indicateur et médius) appliqués sur un espace intercostal, soit par la paume de la main qui recouvre toute la région ; il est produit pareillement en ces points par le choc violent du sang qui traverse le cœur (d'ordinaire hypertrophié) difficilement, avec force et rapidité; il se forme en même temps un bruit anomal, alors que les orifices cardiaques étant rétrécis et rugueux {déformations, aspérités, indurations des valvules), les courants sanguins viennent se briser contre les obstacles en faisant vibrer les parois du cœur et, dans des cas extrêmes, jusqu'à la paroi antérieure du thorax.

On le voit, le mécanisme de production est ici parfaitement semblable à celui de la formation des souffles, avec cette différence que les mouvements vibratoires devront, dans le premier cas, être plus forts que dans le second ; plus les contraclions du cœur seront énergiques, plus le seront aussi les vibrations ; et de là l'iiitensité proportionnelle de tous ces phénomènes par le fait de palpitations plus ou moins violentes.

Signification pathologique. Énoncer les conditions anatomiques de la production du frémissement cataire, c'est indiquer les diverses lésions qu'il révèle : de la constatation du frémissement à la région précordiale (c'est celui que Laënnec avait surtout en vue), on peut conclure à peu près certainement à l'existence d'une lésion organique des orifices du cœur.

En outre, l'intensité du phénomène marquera le degré et généralement aussi

58 CATAIRE.

l'ancienneté de cette lésion (dégénérescence ossiforme des valvules, rétrécissement excessif, etc.). Les données séniiotif]ucs fournies par h considération du siège maximum des bruits anomaux dans les al'iections cardiaques, sont pareillement applicables au frémissement, et celui-ci indiquera plus spécialement V altération de l'orifice auriculo-ventriculaire ou celle de V orifice artériel, suivant qu il sera perçu plus distinctement à gauche, vers la pointe du cœui', on pins à droite, vers la base. L'expérience apprend que ces lésions sont infiniment plus fréquentes dans le cœur gauche que dans le cœur droit. D'après Gorvisait, le frémissement cataire serait toujours le signe d'une altéialion de la valvule bicuspide : c'est là, selon nous, une proposition par trop exclusive; et s'il est positif qu'au niveau de cette valvule le frémissement est plus Iréquent et plus fort, il n'est pas moins vrai que celui-ci est également perçu dans certaines lésions anciennes et profondes de l'orifice aortique.

Ajoutons que dans des cas de cyanose oh. l'on pouvait supposer une communication des deux cœurs par inocclusion de la paroi interventricnlaire, nous avons constaté un frémissement cataire assez intense, surtout lorsqu'il y avait hypertrophie cardiaque consécutive, frémissement qui siégeait dans une grande étendue de la région précordiale, et qui avait son maximum à la partie moyenne et droite de cette région.

Si, chez les enfants atteints d'altérations organiques des orifices cardiaques, on ne constate le plus souvent qu'un frémissement peu prononcé, c'est que les jeunes sujets ne vivent pas d'assez longues années pour que les exsudats déposés sur les valvules se transforment en matières dures, cartilaginiformes ou calcaires. Ces lésions chroniques sont, chez eux, aussi rares qu'elles sont fréquentes dans l'âge avancé.

Le frémissement cataire peut-il être inorganique, c'est-à-dire dépendre de la simple collision des molécules sanguines, alors que le sang qui traverse les ouvertures du cœur est altéré dans sa composition, comme il l'est dans la chlorose ou dans l'anémie consécutive à de grandes hémorrhagies? En d'autres termes, peut-il se ï'encontrer sans lésion physique des orifices, et alors indiquer seulement une altération du sang ? Le cas n'est pas impossible, mais il ne se présente que par grande exception ; et il en est exactement du frémissement cataire comme des bruits anomaux du cœur, lesquels, lorsqu'ils sont constitués par des souffles rudes ou musicaux, ne sont presque jamais inorganiques, et, au contraire, révèlent à peu près certainement des lésions matérielles des orifices.

Un frî^missement cataire vrai (et plus fort que le frémissement vibratoire, vermiculaire, constaté sur le trajet des carotides, des sous-clavières ou sur les vaisseaux du cou) peut encore annoncer l'existence d'un anévrijsme de l'aorte; et le phénomène aura son maximum d'intensité si cet anévrysme communique soit avec l'artère pulmonaire, soit avec le ventricule droit, comme Stokes en a rapporté deux exemples.

Il va sans dire que pour apprécier justement la signification pathogénique du frémissement, il faudra s'appuyer en même temps sur les résultats des autres modes d'exploration physique, et, en particulier, sur la comparaison des données analogues fournies par l'auscultation, Barth et Henri Roger.

CATAIRE. La Cataire, ou Herbe aux chats, Menthe de chat, ainsi nommée* parce que son odeur attire vivement ces animaux, appartient au genre Nepeta. La G. oflicinale est le iV. Cataria L. {Spec, 797). C'est une herbe à racine vivace,

qui croît en France, dans les lieux incultes, sur les bords des chemins, etc., et qui a les caractères géiiér.iux des l.aliées. Sa racine est vivace. Si tige, herbacée, tétragone, est dressée, rameuse, pnhescente, haute d'un demi-mètre envirou. Ses feuilles opposées sont cordiformes, plus ou moins aiguës au sommet, crénelées ou subiîentées, pubescentes, blanchâtres en dessous. Ses (leurs sont bl.mclies ou légèrement tacbées de rose, de pourpre ; elles forment à l'extrémité des rameaux des faux-épis de cynies ou glomérules opposés. Elles ont un calice en cornet, strié, à cinq dents un peu inégales, étalées, aiguës ou acuminées. Le corolle Lilabiée a un tube étroit et un limbe fort inégal. La lèvre supérieure est bilobée. L'inférieure a deux lobes latéraux, à peu près semblables à ceux de la lèvre supérieure, et un lobe médian très-développé, formant une sorte de labelle arrondi, concave, partagé sur ses bords en 6 à 10 dents profondes. Les étamines tétradynames sont rapprochées du côté de la lèvre supérieure ; elles la dépassent un peu par leurs anthères à loges indépendantes, à comiectii purpurin foncé. Le style est partagé à son sommet en deux courtes branches coniques, stigmatifères, et le fruit est un tétrachaine entouré du calice persistant. Toute la plante a une odeur aromatique, mais peu agréable ; une saveur légèrement chaude, aromatique, un peu amère. Mœnch a nommé cette plante Cataria vulgaris. Stimulante, comme les autres Labiées, la Cataire est, aujourd'hui, presque complètement inusitée. H. Bn.

Gi'iB., Urog. sinipl., éd. 6, II, 408. — Uich. (A.), Élém., éd. 4, II, 485. — Lindl., FI. mérf.,492. — RosENTH , Syn.pl. diaphor., 415.

CATALEPSIE. La catalepsie a été, dans tous les temps, et est encore présenteraentune sorted'énigme pour les pathologistes : elle est, au moins, un problème dont lasolulion appartient toujours à l'avenir, malgré les immenses progrès accomplis dans la difficile et obscure étude des phénomènes nerveux.

Ce que nous disons là est si peu exagéré, qu'on en est encore à se demander si l'état cataleptique mérite d'être admis, à titre d'alfection spéciale, dans le cadre nosologique, ou s'il doit êti'e considéré simplement comme un symptôme de maladie. Malgré l'autorité de Ch. Lasègue et de J. Falret, qui inclinent vers cette dernière opinion, nous admettrons, avec la majorité des auteurs modernes, que la catalepsie est une maladie spéciale, mais qu'elle se rencontre aussi comme élément symptoniatique dans beaucoup d'affections nerveuses, notamment dans l'hystérie, le somnambulisme et l'extase.

L'incertitude, la confusion, je dirai presque l'incohérence, qui régnent dans les idées sur cet intéressant sujet, se trahissent, comme on va le voir, par une synonymie exubérante et par une rare variété de définitions.

SïNOiNYMiE. Ne pouvant approfondir la manière d'être de la maladie, pénétrer sa nature intime, les médecins anciens la caractérisaient par des noms expressifs, indiquant le signe extérieur qui les avait le plus frappés. Hippocrate, Dioclès, Pbilippe de Césarée, Arétée, Galien, Aëtius lui donnent la dénomination de •/.âTo;^oç, Y.azoyjo, saisissement, a'fwÀa, sans voix ; Proxagoras la nomme y.tu^a.-za-ô8fi, et Antigène âvauiîta, deux mots qui expriment également l'absence de la parole.

L'expression de -/.oixâl-n-J^ii paraît avoir été employée pour la première fois par Asclépiade de Bithynie (100 ans av. J. G.) ; elle a été consacrée d'une manière définitive par Caîlius Aurelianus.

Les médecins latins se sont servis de termes correspondants : catochus, detentio, oppressio, apprehensio, prehensio, morbus mirabilis, catalepsis.

Les médecins du moyen âge emploient généralement ces mêmes dénominations.

Bernard de Gordon appelle la catalepsie congelatio ; Mangoldt, vigilans sopor, Elock, catalepsis epileptica.

Les auteurs modernes lui assignent aussi des dénominations diverses : apoplexie cataleptique (CuUen), catalepsie ]ujstérique{?elel\n), hystérie cataleptique (Lieutaud, Georget).

Le nom de catalepsie a définitivement prévalu. lia pour synonymes: eu italien, catalessia; en espagnol, catalepsia, catoca; en anglais, caialepsy, trance;en allemand, staarsucht, halbstarre; en belge, zing vang, ledenstyving ; en suédois, styfsjuka, stelhet; en danois, stivsot.

Catalepsie, za-râ)>/)i|>iç, dérive de -/.aTa/ap-Savôiv, comprehendere, saisir. Cette étymologie rappelle l'espèce de saisissement qui s'em,pare des malades, au moment de la crise, et les frappe d'immobilité. Le mot fait image et mérite d'être conservé, parce qu'il ne préjuge en rien la nature, jusqu'à présent inconnue, de la maladie.

Historique. Hippocrate ne paraît pas avoir nettement distingué la catalepsie de l'extase, de la léthargie et des autres affections voisines. D'après Ceelius Aurélianus, Proxagoras (341 ans av. J. C.) aurait connu et décrit les signes de la catalepsie; mais ce serait Chrysippe de Soli (279-206 av. J. C.) qui le premier l'aurait considérée comme une maladie spéciale et distincte. Toujours au dired'Aurelianu?, Asclépiade de Bitliynie, l'auteur du mot •/.aT«),ï)i|/tç, avait écrit un long chapilvj sur cette maladie dans son traité des fièvres périodiques, et Niceratus, son disciple, eu avait fait le sujet d'une monographie. Arétée parle de la catalepsie, d'une manière incidente, à propos de l'hystérie. Archigènes et Philippe de Césarée ont publié sur la catalepsie des ouvrages qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous.

C'est à Galien qu'appartient le mérite d'avoir formulé d'une manière nette les principaux caractères de la catalepsie; c'est aussi dans ses œuvres qu'on trouve la première observation connue, qui soit accompagnée de quelques circonstances détaillées.

Aëtius a écrit sur cette maladie un chapitre tout entier; il nous a transmis, en outre, la relation d'un cas intéressant sous plus d'un rapport. Paul d'Égine n'a laissé qu'une simple esquisse de la catalepsie.

Caelius Aurelianus a consacré à la description générale de la catalepsie quatre chapitres, qui constituent sans contredit le document le plus précieux de l'antiquité sur cette intéressante affection.

Les médecins arabes n'ont eu qu'une connaissance confuse de la catalepsie. Rhasès en parle avec une extrême concision, et Avicenue la confond avec la léthargie.

Bernard de Gordon, qui résume les opinions des médecins du moyen âge sur la catalepsie, désigne, par une fausse analogie, cette névrose sous le nom de congelatio. Beaucoup de crises cataleptiques observées à cette époque ont été attribuées par les démonographes à la possession dialolique.

Parmi les médecins du seizième et du dix-septième siècle qui ont écrit sur la catalepsie, il couvient de citer: Fernel, Rondelet, Eraste, Mangoldt, Schilling, Clootack, Elock, Fehr, Wepfer, Félix Plater, Tulpius, Henri van Heers, Diemerbroeck, Fortis, Théophile Bonet, HenricusRegius, Frédéric Hoffmann, Sylvius (de le Boé). Malheureusement la plupartdes observations rapportées par ces auteurs sont obscurcies par les descriptions systématiques et les aberrations théoriques les plus étranges.

Dans le dix-huitième siècle l'histoire de la catalepsie compte de nombreux et d'émiueuts interprètes: Dionis (1709-1710), Deidior, professeur à Montjiellier

(1711-1712), Vallisneri, La Mettrie, Levacher, Winslow, Sauvages, Boerhaave, Viale fils, enfin Petetin, dont la brochure parue à Lyon en 1787 et l'ouvrage posthume publié par sa famille en 1808, font encore autorité dans la science.

Les documents les plus importants sur la catalepsie appartiennent à notre époque. Nous citerons, en particulier, les thèses de Baude, de Laurent, de Rieder, de Debreyne, de Gauvain, de Favrot, de Bousquet, de Pau de Saint-Martin et de Chaume; les articles de Franck, de Tissot, de Dubois (d'Amiens), de Georget et Calmeil, de JoUy, de Monneret et Fleury, de Sandias, de Cerise, de Marcé, de Lasègue, d'Âxeiifeld, de J. Falret, de Mesnet, de Motet; nous devons surtout une mention spéciale aux excellentes monographies de Bourdin et de Puel. Ce qui distingue l'ensemble de ces travaux contemporains, c'est le choix et la richesse des faits, une observation plus i igoureuse, une critique plus sévère, une analyse plus scrupuleuse et plus délicate, une interprétation scieutilique des phénomènes morbides substituée aux étranges commentaires des théorie* anciennes.

Définition. Il est dificile de définir nettement et avec précision la catalepsie, tant elle revêt de formes diverses, tant elle présente de fréquentes complications! Chacun a donné à la maladie pour caractère essentiel et pathognomoniquele symptôme qui avait le plus attiré son attention, celui-ci la perte de la parole, celui-là l'abolition des sens, un autre la suspension des mouvements volontaires, etc. Autant d'auteurs, autant de définitions.

Ceux qui ne considèrent pas l'état cataleptique simplement comme un symptôme, ou comme une des mille manifestations de l'hystérie, mais qui regardent la catalepsie comme une maladie véritable, la classent, à juste titre, parmi les névroses. Les définitions qu'ils en donnent sont à peu près équivalentes et s'accordent sur les points principaux. Elles peuvent, en dernière analyse, se réduire à la formule suivante : la catalepsie est une affection nerveuse, intermittente, apyrétique, caractérisée par des accès de durée variable, pendant lesquels il y a presque toujours suspension de l'entendement et de la sensibilité, et toujours interruption des mouvements volontaires, avec tension générale ou partielle du système musculaire, et aptitude des muscles de la vie animale à recevoir et à garder les divers degrés de contraction que leur imprime une main étrangère. » Ainsi la catalepsie franche, vraie, porte avec elle la marque même des névroses, l'apyrexie et l'intermittence. Elle est constituée, dans sa plus haute expression, par une sorte de coma, d'insensibilité absolue, d'état léthargique, qui annule les fonctions de relation sans porter atteinte aux fonctions delà vie végétative; par l'impossibilité où est le malade de changer volontairement d'attitude, et par la propriété qu'ont les muscles du tronc et des membres de prendre et de conserver passivement les directions et les positions diverses qu'on leur communique. Celte passivité de la motihté volontaire est regardée par beaucoup d'observateurs comme pathognomoniquc, comme un signe spécial et propre à la catalepsie.

Division. A l'exemple des meilleurs auteurs contemporains, nous distinguerons deuv formes de catalepsie : 1" La catalepsie idiopathique ou simple ; 2" la catalepsie symptomatique ou compliquée.

Chacune de ces deux formes peut être complète ou incomplète, ijénérale ou partielle.

SïMPTOMATOLOGiE. La Catalepsie offre une succession de symptômes, dont l'ensemble constitue un accès. Quelquefois cet accès est unique et représente la maladie tout entière; mais, en général, il y a plusieurs accès séparés les uns des autres par des intervalles plus ou moins prolongés. .

A 1 ALtil'SlL.

Nous étudierons successivement : 1° la catalepsie complète, vraie, franche, idiopathique ; 2° la catalepsie incomplète ; ô" la catalepsie symptomatique, secon. daire, compliquée, accessoire; 4" la catalepsie épidémique; 5° la catalepsie artificielle ou provoquée.

I. Catalepsie complète, vraie, franche, idiopathique. C'est dans cette forme, qu'on pourrait appeler catalepsie-type, qu'on voit se produire l'accès dans toute sa plénitude ou le gra7id mal cataleptique. De sorte que décrire l'accès complet, c'est décrire la catalepsie même.

Description de l'attaque cataleptique. L'invasion de l'accès est ordinairement brusque, instantanée, sans symptômes précurseurs ; quelquefois elle est lente, graduelle et annoncée par certains signes avant-coufeurs.

Les prodromes présentent les nuances les plus variées et les formes les plus étranges. Ceux qu'on observe le plus fréquemment sont : la céphidalgie, des vertiges, des douleurs épigastriques, un sentiment de constriction à la gorge, des palpitations, des bâillements, des soupirs, un abattement général, une exaltation de la sensibilité, des troubles de la vue, des élancements dans les membres, des spasmes musculaires, des crampes, des fourmillements, des convulsions passagères et rapides, une sensation de froid ou de chaleur dans différentes régions du corps, etc.

Quelques auteurs ont rangé, à tort, parmi les prodromes de l'attaque, les troubles intellectuels, les hallucinations, la loquacité, l'incohérence du langage, l'exaltation de l'entendement, l'oppression épigastrique suivie d'œsopliagisme et de resserrement spasmodique de la gorge. A nos yeux, ce ne sont pas là de simples phénomènes piécurseurs, mais plutôt des symptômes appartenant à la catalepsie compliquée d'hystérie ou d'aliénation mentale.

L'attaque subito éclate quelquefois sans cause visible, mais elle survient assez souvent sous le coup d'une vive émotion morale ; elle saisit l'individu au milieu de ses occupations habituelles. Une fille de cinq ans, citée par Tissot, ayant été un jour vivement choquée de ce que sa sœur avait enlevé pendant le repas un morceau choisi dont elle avait elle-même envie, devint raide tout à coup. La main qu'elle avait étendue vers le plat, avec sa cuiller, demeura dans cet état durant une heure. Un militaire, dont parle Henry François, s'étant pris de querelle avec un de ses camarades, saisit une bouteille pour le frapper ; mais au même instant son bras resta raide et immobile, l'œil ouvert, le regard .furieux, le corps sans mouvement. Fehr rapporte le cas d'un magistrat qui, injurié au milieu de son réquisitoire, demeura muet, la bouche béante, les yeux ouverts et menaçants, le poing tendu vers son insulteur.

Parfois l'explosion de l'accès est tellement soudaine que le malade interrompt sa conversation au miheu d'une phrase, au milieu d'un mot, s'arrête court dans sa marche ou dans un mouvement commencé, les membres dans une attitude inachevée, le pied en l'air, la main dirigée vers un objet qu'elle n'a pas eu le temps d'atteindre. On a vu des hommes pris de catalepsie en saluant, en jouant au cartes, en montant une échelle, en gravissant un escalier, en tenant un marteau prêt à frapper. Lafaillecite l'exemple de deux cordeliers qui furent atteints de catalepsie, pendant la messe, au moment de l'élévation. Le corps, immobile et raide comme une statue, conserve la position dans laquelle l'accès est venu le surprendre et le sai^ir. Les anciens ont exprimé cette rigidité par des locutions pittoresques : Stipitis ou trunci instar, mortui ritu jacens. Les yeux sont largement ouverts, le regard est hxe. La physionomie exprime le sentiment, douleur, colère ou frayeur,

qu avait le malade au moment de la crise. La motilité volontaire est suspendue; mais les muscles oLéissent encore aux mouvements qu'on leur imprime, et les membres se laissent étendre et fléchir docilement « comme une cire molle. « On peut les assujettir, ainsi que le tronc, aux directions les plus incommodes, aux attitudes les plus compliquées, aux contorsions les plus pénibles, élever ou abaisser les bras, étendre ou fléchir les jambes et les cuisses, tourner la tête à droite ou à gauche, écarter ou rapprocher les mâchoires, incliner le corps dans tous les sens, lui donner la forme d'un V ou le faire tenir en équilibre sur les ischions : ces attitudes persistent jusqu'à la fin de la crise, sans amener de sensation de lassitude, sans produire ni fatigue ni relâclienient musculaire. Veut-on l'aire changer le cataleptique de place, il faut le pousser, et il glisse tout d'une pièce comme une masse inerte. Il demeure complètement étranger aux personnes et aux objets qui l'entourent. Les facutés mentales et toutes les manifestations de l'entendement et de la pensée, tous les modes de la sensibilité, le tact, la vue, l'ouïe, l'odorat et le goût, sont interrompus et comme paralysés. Le malade ne parle plus, n'entend plus, ne voit plus, ne sent plus. On peut le pincer, le piquer, le brûler, le tourmenter de mille façons, il se montre entièrement insensible à toutes les excitations du dehors. Toutes les fonctions de la vie de relation paraissent momentanément ibolies.

Cependant le poumon respire d'une manière à peu près normale, quoiqu'un peu lente ; le cœur bat ; le pouls conserve son rhythme habituel ; quelquefois il se ralentit, sans rien perdre de sa force ni de son amplitude. Selon toute probabihté, les fonctions digeslives s'accomplissent aussi avec leur régularité ordinaire.

En général, l'accès se termine brusquement, comme il a commencé. Les muscles perdent tout à coup leur rigidité, et les membres retombeut dans la position qu'ils affectent quand l'appareil musculaire est en état de relâchement ; le cataleptique revient promptement à lui ; le regard s'anime, la physionomie retrouve vite son expression habituelle, et l'intelligence, l'exercice de ses facultés. Alors le malade continue une phrase interrompue ou achève un rr.ouvement suspendu au moment de l'attaque.

D'autres fois, la fin de la crise s'annonce par des bâillements, des soupirs, des aspirations profondes. Le malade semble sortir d'un long sommeil ; il ressent un peu d'engourdissement et de lourdeur de tête, un sentiment de courbature et de fatigue extrême, une certaine confusion dans les idées et un léger embarras dans la parole. Mais peu à peu, il reprend ses sens et il se livre à ses habitudes ordinaires, sans que l'esprit ou les organes conservent aucune trace de la perturbation qu'ils ont éprouvée.

Un des traits les plus caractéristiques de l'accès cataleptique complet, c'est que le malade revenu à lui-même n'a nulle conscience de son état et ne garde aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant la crise.

L'attaque de catalepsie franche a généralement uue durée assez courte, et qui varie depuis une ou deux minutes jusqu'à un quart d'heure, une demi-heure, une heure, deux heures, trois heures, six heures, un jour au plus. Les accès de catalepsie symptomatique ou compliquée ont, au coulraire, uue durée beaucoup [)lus longue; el c'est à cette variété qu'ap|tarliennent les nombreux exemples de crises qui ont duré deux jours, trois jours, six jours, quinze jours, trois semaines^ un mois, deux mois, quatre et même six mois.

L'intervalle qui sépare les accès jieut être de quelques minutes ou même de quelques secondes, d'un quart d'heure, d'une demi-heure, d'une ou de plusieurs

heures, d'un ou de plusieurs jours, d'une ou plusieurs semaines, d'un ou plusieurs mois.

L'attaque cataleptique est simple ou composée. Elle est simple lorsqu'elle commence, persiste et disparaît a[irès avoir parcouru sa durée d'un seul trait, sans repos, sans intermittence. Elle est composée, au contraire, lorsqu'elle est formée d'une série brisée de crises courtes et rapprochées, variables en nombre et en longueur, se succédant avec plus ou moins de régularité, puis disparaissant tout à fait jusqu'à ce qu'une nouvelle série se montie. Dans les cas de ce genre, les accès proprement dits durent une ou deux minutes, tandis que la somme des accès, c'est-àdire l'attaque dure souvent plusieurs heures.

Tel est le tableau le plus fidèle et le plus achevé de l'attaque complète, de celle qui constitue le grand mal cataleptique . Wais, dans la catalepsie, comme dans l'épilepsie, il y a des accès incomplets, qu'on pourrait appeler aussi, par analogie, le petit mal cataleptique.

II. De la Catalepsie incomplète. La catalepsie incomplète est très-rarement, pour ne pas dire jamais, simple, franche, primitive, idiopathique ; elle est, dans la très-grande majorité des cas, secondaire, symptomatique ou compliquée, associée notamment à l'hystérie, à l'extase ou au somnambulisme. C'est là une remarque préliminaire importante, et qu'd convient de ne pas oublier.

Si l'on étudie comparativement les accès très-variés, très-divers, de la catalepsie incomplète, on reconnaît qu'ils peuvent être ramenés à deux formes principales. Les uns consistent en des crises pa^Hielles, dans lesquelles on ne retrouve pas la série entière des phénomènes cataleptiques tels que nous venons de les décrire; les autres se traduisent par des attaques frustes, selon l'expression de Trousseau, dans lesquelles on retrouve tous les symptômes de la catalepsie, mais diversement modifiés ou atténués.

Nous allons signaler les modifications les plus fréquentes que subissent, dans la catalepsie incomplète , les trois grands ordres de phénomènes pathologiques de la motilité, de la sensibilité et de l'intelligence.

Dans la catalepsie, même incomplète, on rencontre toujours ce symptôme essentiel, ce caractère pathognomonique, ce trouble delà motilité, consistant dans la rigidité des muscles de la vie animale, la passivité des mouvements et l'aptitude des membres à garder les attitudes qu'on leur impose.

Seulement, ce phénomène morbide, au lieu d'être général et absolu, comme dans la catalepsie complète, n'est que partiel et relatif dans certaines variétés de la catalepsie incomplète. Ainsi, la roideur cataleptique frappe parfois une moitié du corps seulement, elle est unilatérale; d'autres fois elle s'empare d'une portion plus restreinte encore de l'individu ; elle n'occupe que les bras ou les jambes, ou même un seul de ses membres. C'est, à proprement parler, le petit mal cataleptique.

Chez beaucoup de cataleptiques, les muscles delà face conservent leur mobilité particulièrement les muscles des lèvres et des paupières. « Palpebrant œqrotantes, » a dit Caelius Aurelianus, qui, en signalant le premier ce phénomène, a eu le tort de le généraliser trop et de l'inscrire parmi les symptômes habituels de la catalepsie. Certains malades jouissent seulement de la liberté de leurs mains.

Viale, Sarlandière et Favrot ont cité des faits oij les mouvements des membres étaient alternativement suspendus et rétablis. Van Swieteu a observé une femme chez laquelle la rigidité des paupières était insurmontable. Lordat, Caivi Bartli ont vu les yeux convulsés dans diverses directions.

Dans quelques cas de catalepsie incomplète, les membres ne restent pas immédiatement dans la position où on les place ; il iaut, pour obtenir ce résultat, les soutenir pendant quelques secondes. Dans d'autres circonstances, la raideur ne se maintient pas pendant toute la durée de l'accès, et l'on voit le membre, au bout d'un temps assez court, reprendre son attitude normale.

Dans l'accès cataleptique complet, les fonctions sensoriales paraissent suspendues, comme les fonctions motrices. Ce n'est que dans des cas très-rares qu'on a constaté la persistance de la sensibilité. Mais ce qui est une exception pour la catalepsie franche et bien caractérisée devient, en quelque sorte, une règle dans la catalepsie incomplète. Ici l'impression sensoriale est le plus souvent évidente, puisque le malade conserve encore quelques moyens obscurs de manifestation.

Plater parle d'un cataleptique qui se remuait dès qu'on le toucbait et qui, pourtant, ne se souvenait de lien à son réveil. Chez mademoiselle Nivon, dont Bourdin raconte longuement l'histoire, la sensibilité générale persistait pendant l'accès, comme en état de veille. D'autres malades se montrent sensibles au chatouillement, à la piqûre, à la brûlure, à l'excitation galvanique, à l'apjjlication d'un sinapisme. Chez les hystéro-cataleptiques, la sensibilité tactile est tantôt exagérée, tantôt émoussée ou éteinte ; d'autres fois, on constate de l'hypéresthésie sur certaines parties du corps, et de l'anesthésie et même de l'analgésie sur d'autres parties. Une hypéresthésie généralisée existait chez la malade qui fait l'objet du mémoire de Pinel. Chez les sujets observés par Laïègue, la sensibilité ou l'insensibilité étaient tantôt réparties d'une manière égale et symétrique, tantôt distribuées d'une manière irrégulière et capricieuse.

Certains cataleptiques conservent l'intégrité de la vision pendant leurs accès, et déclarent avoir vu et reconnu les personnes qui étaient autour d'eux. Cselius Aurelianus rapporte des expériences faites sur un cataleptique, et dans lesquelles il a pu diriger à son gré le globe oculaire du malade. Isaac Parrish a publié l'histoire curieuse d'un jeune homme qui clignait les paupières quand on plaçait une lumière devant ses yeux. Chez mademoiselle Ni von, les paupières se contractaient aussi lorsqu'on approchait le doigt du globe de l'œil. La malade de Mesnet voyait les personnes placées devant elle, mais sans les reconnaître.

Dans quelques circonstances, le sens de l'ouïe est conservé chez les cataleptiques. Cselius Aurelianus cite l'exemple de malades qui, pendant leurs accès, témoignaient par leurs larmes et par l'expression de leur physionomie à la fois le désir et l'impossibilité de répondre aux questions qu'on leur adressait. Tulpius parle d'un cataleptique qui resta raide et immobile jusqu'à ce qu'on eût crié à ses oreilles qu'on lui accorderait ce qu'il désirait. Schilling mentionne un cas analogue. Une dame de Vesoul, dontLevacher et Attalin ont raconté l'observation, entendait, pendant ses accès, et reconnaissait les personnes à la voix. Mademoiselle Nivon percevait distinctement les bruits et les paroles. Un des cataleptiques de Bourdin, Arthur D..., entendait aussi, car il exécutait les oïdies qu'on lui donnait. La malade de Mesnet répondait aux questions qu'on lui adressait et entendait à distance les moindres bruits. Celle de Puel éprouvait, au plus léger bruit, une sorte de secousse semblable à celle que produirait une décharge électrique.

D'après Ccelius Aurelianus, le sens de l'odorat persisterait chez la plupart des cataleptiques. « Si l'odeur est agréable, dit-il, les malades font des elïorts d'inspiration pour en jouir ; mais si elle est fétide, ils cherchent à l'éviter. » Chez Hélène Renault, citée par de la Meltrie, les sensations olfactives étaient très-intenses et comme hypéresthésiques ; l'odorat de Bousth, le malade de Sarlaudière, était

DICT. ENC. Xlll. 5

affecté par l'ammoniaque et la poudre d'ellébore. Mademoiselle Nivon était trèssensible à l'imitressioa des odeurs. Puel a constaté également chez madame D... la persistance et la délicatesse du sens olfactif. Mesnet a fait la même remarque sur madame X...

Les malades dont il vient d'être question avaient conservé l'intégrité du goût, comme celle de l'odorat. Elles admettaient les saveurs agréables et douces, et repoussaienlles substances acres, amères et fortes.

Nous avons dit que, dans la catalepsie franche et complète, l'exercice de l'intelligence est entièiement suspendu. Dans la catalepsie incomplète, les fonctions intellectuelles, comme les fonctions sensitives , sont simplement modifiées ou éraoussées. Ainsi, (luelques cataleptiques conservent un souvenir confus de ce qui s'est passé pendant leur accès. D'autres donnent des marques non équivoques de discernement en versant des larmes, lorsqu'on leur parle et qu'ils sentent l'impossibilité de répondre. Ga;lius Aurehamis, Bourdin, Puel, citent l'exemple de malades qui obéissaient aux ordres qu'on leur donnait verbalement. Enfin, uncertaiil nombre de cataleptiques, cités par différents auteurs, déclarent que, pendant leurs accès, ils auraient voulu agir, parler, remuer les membres, etc.; mais qu'ils ne le pouvaient pas. Mademoiselle Amélie X..., dont l'observation a été recuedlie par Favrot, répondait par des signes de tête aux questions qu'on lui adressait ; après ses accès, elle rendait compte de ses sensations, et elle disait : « il m'était impossible de bouger; on aurait approché de moi un fer rouge que je n'aurais pu m'éloigner. » Selon la juste remaïque de Puel, ce n'est donc pas la volonté qui fait délaut aux cataleptiques de cette espèce. C'est l'agent destiné à exécuter le mouvement qui n'obéit pas : quanta la volition, elle est intacte.

III. De la catalepsie symptojiatique, secondaire, mixte, compliquée, accessoire. Ces diverses qualifications conviennent, comme on va le voir, à la variété de catalepsie qu'il nous reste à décrire.

Dans ce groupe, le mal cataleptique n'est pas isolé et ne constitue pas le seul élément pathologique ; il est associé soit à une autre affection nerveuse, telle que l'hystérie, l'extase, le somnambulisme, le tétanos, la manie, l'hypotliondrie, la lypémanie ; soit même à une maladie d'une nature toute différente, telle que la pneumonie, la lièvre typhoïde, la méningite, le rhumatisme, la fièvre intermittente, etc.

Le rôle de la catalepsie, dans ses rapports avec ces divers états morbides, est très-variable. En effet, tantôt elle domine la scène pathologique ; elle en est le phénomène principal et prépondérant ; dans ce cas, elle mérite la dénominaliou de catalepsie compliquée. Tantôt elle marche de pair avec les autres syndromes nerveux, ne présentant ni plus ni moins d'importance qu'eux ; on peut lui donner alors le nom de catalepsie mixte. Dans d'autres cas, les manifestations cataleptiques sont dominées par d'autres troubles morbides et n'interviennent qu'à titre d'épiphénomènes dans le cours d'une autre maladie; c'est la catalepsie symptomatique ou secondaire. Enfin, elle est dite accessoire lorsqu'elle n'a qu'une liaison très-éloignée avec l'état patbologique principal, et qu'elle ne se montre que comme un accident fortuit et sous une forme très-atténuée.

Hystéro catalepsie. L'Iiystérie est, sans contredit, la névrose avec laquelle la catalepsie affecte les relations les plus fréquentes et les atfinités les plus étroites. Cette parenté entre les deux affections est même tellement directe que beaucoup de patliologistes, Lieutaud en tète, les considèrent comme un seul et même état morbide. Sans aller aussi loin, nous reconnaissons volontiers que l'byslérie et la

catalepsie procèdent d'une commune origine, et peuvent figurer dans la famille des névroses, comme deux sœurs jumelles.

Un très-t;rand nombre d'observations témoignent de cette liaison intime des deux névroses. Sur sept cas de catalepsie que contient l'ouvrage de Petetin, quatre sont compliqués d'hystérie. Cette çomplicalion est non pas l'exception mais la règle pour le sexe féminin; si bien que Lasègue a cru pouvoir poser comme « une loi absolue » que la catalepsie ne survient que chez les femmes en pleine évolution hystérique.

Dans l'hystéro-calalepsie, qu'on a encore appelée hystérie catalepti forme, les phénomènes cataleptiques se combinent avec les désordres hystériques de différentes manières. Quelquefois l'attaque générale débute par des mouvements désordonnés, par des convulsions cloniques, appartenant à l'hystérie et remplacés immédiatement par le spasme tonique, l'immobilité absolue de la catalepsie. Plus rarement la crise commence par la rigidité cataleptique et se termine par les troubles hystériques. Dans les deux cas, on a une sorte d'accès régulier à double période : l'une d'hystérie, l'autre de catalepsie, et réciproquement. Mais assez souvent, l'évolution des symptômes ne se présente pas avec cette régularité, et les deux genres de phénomènes, au lieu d'alterner, se mêlent, se confondent et se succèdent sans ordre régulier.

On comprendrait mal, ou du moins d'une manière incomplète, la nature des relations qui unissent la catalepsie et l'hystérie, si l'on croyait que leurs rapports se bornent à une simple association de symptômes. Ce qui caractérise mieux encore et plus particulièrement ces rapports c'est l'influence qu'exercent les deux affections l'une sur l'autre, et les modifications que cette action réciproque imprime à leur physionomie respective. Il suilit de lire une seule observation d'hystérocatalepsie pour être happé immédiatement des changements que l'élément hystérique apporte dans les phénomènes cataleptiques. Ces changements apparaissent de la manière la plus frappante chez la malade de Puel. La contraction musculaire avait lieu, chez cette cataleptique, successivement et non simultanément dans les diverses régions du corps; les muscles du cou se contractaient les premiers, les muscles des paupières les derniers, et c'est alors seulement que la malade perdait connaissance. Lorsque la perte de connaissance venait à cesser, les muscles conservaient encore leur raideur pendant assez longtemps. Cette indépendance des troubles musculaires et des symptômes intellectuels, extraordinaire dans la catalepsie, pouvait se reproduire artificiellement, dans le cours de l'accès, au gré de l'observateur. Pour faire cesser le spasme musculaire, soit dans un membre à la fois, soit dans les muscles les uns après les autres, il suffisait de pratiquer sur ce membre ou sur ces muscles de simples frictions manuelles longtemps continuées. En touchant les paupières de la malade, on arrivait non-seulement à lui faire ouvrir les yeux, mais encore à lui faire recouvrer la connaissance, alors même que le système musculaire tout entier continuait à rester dans l'état cataleptique. De sorte que la malade assistait ainsi à sa propre attaque de catalepsie. Chez la même personne, la sensibilité générale et spéciale, loin d'être suspendue, était tellement exaltée que le plus léger contact et le moindre bruit extérieur causaient de vives douleurs, augmentaient la tension musculaire, provoquaient des grincements de dents, des cris étouffés et même quelques mouvements de déplacement.

Lasègue, qui a apporté tant de patience et tant de sagacité dans l'étude analytique de Thystérie et de la catalepsie, a fait, sur les hystéro-cataleptiques, des expériences cliniques intéressantes, et qui tendent à jeter un jour nouveau sur cet

état pathologique si complexe et si obscur. H est parvenu à produire, chez des hystériques calmes, somnolentes, demi-torpides, réagissant peu, prédisposées par tempérament à la catalepsie, des accès cataleptiques artificiels présentant les caractères spéciaux de la catalepsie spontanée. Pour obtenir ce résultat, on ferme simplement les yeux de la malade, en appliquant la main sur ses paupières. Elle éprouve aussitôt une sensation d'engourdissement toute particulière. Peu à peu elle se meut et elle parle avec une paresse croissante ; puis elle cesse de répondre et elle s'endort d'un sommeil profond, identique au sommeil naturel, avec cette différence que le sujet reste plus insensible aux bruits du dehors. Chez certaines hystériques, on réussit toujours à détermimer la torpeur complète ; chez certaines autres on n'arrive qu'à la somnolence; chez d'autres, enfin, on ne dépasse pas un engourdissement qui cesse dès qu'on leur rend la vue... Lorsque la torpeur a atteint ses proportions extrêmes, la malade est hors d'état d'exécuter aucun mouvement volontaire. La sensibilité est anéantie dans certains points ; elle est simplement émoussée dans d'autres... Les masses musculaires offrent à la pression une résistance qu'elles ne présentent pas durant le sommeil. Quand on prend un des membres et qu'on essaye de le ployer au niveau d'une articulation, la jointure est demi-rigide, et elle garde, fixe, immobile, la position où on l'a placée. On peut varier les situations à volonté, et donner au membre les attitudes les moins tolérables.

La rigidité musculaire varie quant au degré. Elle n'est pas en relation positive avec l'anesthésie cutanée ; mais elle est presque toujours proportionnelle à la profondeur de la léthargie et au volume des muscles destinés au mouvement de la jointure. Elle est générale ou partielle, complète ou incomplète, passagère ou durable. Dans quelques cas rares, une seule moitié du corps est affectée.

La crise est d'une durée variable. Elle cesse dès que la malade reprend le sens de la vue. Celle-ci se réveille d'elle-même à la longue, ou brusquement à la suite d'une vive commotion, de l'aspersion d'eau froide sur la figure. Les muscles perdent leur rigidité et les membres reprennent leur position naturelle. Une fois rentrées en possession d'elles-mêmes, les hystéro-cataleptiques n'accusent aucun sentiment de fatigue. Elles sortent, sans transition, de leur sommeil, et reprennent aussitôt l'exercice de leur intelligence et de leurvolonté. Elles savent qu'elles viennent de dormir; mais elles n'ont aucune conscience de ce qui s'est passé durant leur sommeil, et n'ont qu'une notion confuse du temps qui s'est écoulé.

Toutes les hystériques d'un tempérament nerveux, indolent, qui subissent l'influence stupéfiante de la privation momentanée de la vue, ne sont pas pour cela affectées de la rigidité caractéristique des membres. Un petit nombre n'a delà catalepsie que l'anesthésie générale, la somnolence, l'état comateux.

Ces investigations cliniques ont conduit Lasègue à ajouter à la série des troubles nerveux de l'hystérie, déjà connus et généralement admis, une nouvelle variété de perturbations de la motilité volontaire, consistant dans la persistance de la tension musculaire, et dans l'absence de la sensibilité à la fatigue, c'est-à-dire dans cet état cataleptique partiel et passager que nous venons de décrire et qui peut être reproduit artificiellement par la simple occlusion des yeux chez certains sujets prédisposés. Nous verrons bientôt que l'hystérie n'est pas la seule affection du système nerveux dans laquelle Lasègue est parvenu à provoquer ces anomalies du mouvement.

Catalepsie extatique. 11 est assez fréquent de rencontrer l'extase et la catalepsie associées chez le même sujet ; et alors on observe encore entre les deux

névroses toutes les variétés de combinaisons que nous avons signalées à propos de riiystéro-catalepsie. Tantôt c'est la catalepsie qui constitue l'affection prédominante; tantôt, au contraire, c'est l'extase. Dans certains cas, l'attaque cataleptique précède la crise extatique, d'autres fois elle la suit. Le plus souvent, les manifestations des deux névroses se succèdent sans interruption et se confondent de manière à ne former qu'un accès unique.

Une femme, citée par Fréd. Hoffmann, était prise de catalepsie extatique chaque fois qu'elle entendait un psaume ou quelque passage qui retraçait vivement l'amour du Christ. D'après Rondelet, un prêtre romain était saisi d'un accès semblable chaque fois qu'en lisant l'évangile de la Passion il arrivait au mot consummatmn est. Jolly a vu une dame pieuse qui tombait dans le même état pendant la messe au moment de l'élévation. Sagar parle d'un capucin extatique qui, pendant ses crises, ne parlait point, restait à genoux, immobile, la main droite élevée en l'air, les yeux ouverts et dirigés vers le ciel. Ce fait se rapproche de celui du cordelier de Toulouse, raconté par La Faille. Favrot rapporte aussi l'histoire d'une jeune fdlede vingt-cinq ans, sujette à des crises de catalepsie extatique.

Catalepsie avec somnambulisme. Un des cas les plus remarquables et les plus curieux de catalepsie compliquée de somnambulisme a été observé à Montpelber en 1757, par Sauvages, sur une jeune fdle de vingt ans. L'accès complet se composait de trois temps : le premier temps caractérisé par des troubles cataleptiques ; le second temps, par des phénomènes de somnambulisme ; le troisième, par une nouvelle attaque de catalepsie. Voici le récit abrégé d'une de ces crises qui, à lui seul, vaut une description. Le 5 avril, à dix heures du matin. Sauvages trouva la malade au lit ; l'attaque de catalepsie venait de la prendre ; au bout de six minutes environ, elle bâilla, se leva sur son séant et se mit à parler avec une vivacité et un esprit qu'on ne lui voyait jamais hors de cet état. . . Elle était endormie. . . Un coup de main appliqué brusquement sur son visage, le doigt porté rapidement contre l'œil, une bougie allumée et approchée assez près de ces organes pour brûler les cils, un grand cri poussé tout à coup près de son oreille, les vapeurs d'ammoniaque et la poudre de tabac introduites dans le nez, le chatouillement des narines et du globe oculaire avec la barbe d'une plume, les piqûres d'épingle, les contorsions des doigts, tous ces moyens furent nuls, et la malade ne donna pas la moindre marque de sentiment. Peu de temps après, elle se mit à marcher, fit un tour dans la chambre, évitant les meubles qui s'y trouvaient ; puis elle retourna dans son lit, sans tâtonner, se couvrit et redevint cataleptique. Ensuite elle sortit comme d'un profond sommeil, ne sachant rien de ce qu'elle avait fait ou dit dans cet état.

Dans ce fait intéressant, les phénomènes de la catalepsie et les symptômes du somnambulisme sont liés les uns aux autres et se succèdent dans un ordre régulier, de manière à former un seul accès. Dans d'autres cas, les attaques cataleptiques et les manifestations du somnambulisme sont distinctes, indépendantes les unes des autres, séparées souvent par de longs intervalles. Les troubles nerveux ont présenté cette physionomie chez une malade âgée de vingt-deux ans, observée par Bourdin à l'hôpital de la Charité dans le service de Fouquier.

Catalepsie avec tétanos. Ces deux étals, qui se rapprochent tant l'un de l'autre par la nature des troubles musculaires, se rencontrent quelquefois chez le même sujet,etalorsle tétanos vient compliquer la catalepsie. Le cas le plus remarquable de cette complication est celui de Jean Soladier, qui présenta simultanément un état cataleptique des bras et un spasme tétanique des membres inférieurs. D'ail-

ieurs, il est à remarquer que, dans la catalepsie, il y a presque toujours du trismus, c'est-à-dire une contraction tétanique de la mâchoire inférieure.

Catalepsie avec e'pilepsie. La coïncidence de ces deux névroses paraît êiro assez rare. Gnisard (de Montpellier) en a rapporté un exemple. C'était une jeune fille de vingt ans, dont les attaques d'épilepsie étaient suivies de phénomènes cataleptiques bien caractérisés. On trouve dans la thèse de Favrot l'observation d'une fille de vingt-trois ans, Virginie Thérèse, qui avait des crises alternatives d'hystérie, d'épilepsie et de catalepsie.

Catalepsie avec cJiorée. Un cas fort curieux de l'association de ces deux névroses est rapporté dans la même dissertation. La malade, nommée Rosalie, âgée de quarante ans, fut d'abord atteinte de catalepsie, puis de chorée. Chose digne de remarque ! la chorée et la catalepsie alternaient d'une manière régulière, de sorte que la malade était choréique le jour et cataleptique la nuit, pendant son sommeil.

Catalepsie avec contracture permanente. Puel a observé, à l'hôpital de la Charité, une cataleptique qui avait des contractures des pieds et des mains, pendant et après ses accès.

La catalepsie s'observe assez fréquemment dans la plupart des formes de l'aliénation mentale et dans le cours de certaines affections cérébrales, soit qu'elle marque le début des troubles du système nerveux, soit qu'elle survienne secondairement, à titre d'épiphénoinène ou de complication.

Catalepsie avec délire. Il n'est pas rare de voir les accès de catalepsie précédés ou suivis d'un délire nerveux ou aigu, plus ou moins violent, qu'il ne faut pas confondre avec la manie. Le premier accès d'Élisibelh Delavigne fut précédé, pendant trois jours, d'un délire intense et de rêveries extraordinaires, dans lesquelles elle se croyait poursuivie par des voleurs, des bêtes féroces, etc. La malade de Puel était prise, à la suite de ses attaques, d'une sorte de délire qui survenait surtout lorsqu'on voulait faire cesser trop tôt l'état cataleptique.

Catalepsie avec mélancolie, catalepsis melancoUca (Ballonius, Nicolas Pison). La mélancolie est, de toutes les variétés de la folie, celle avec laquelle la catalepsie se trouve associée le plus souvent. Boërhaave a connu un homme « fort mélancolique » auquel il arrivait fiéquemment de rester immobile, sans voix, insensible à toutes les excitations du dehors. Bousch, dont Sarlandière a rapporté longuement l'observation, était à la fois cataleptique et mélancolique ; il était taciturne, recherchait l'isolement et ne mangeait que lorsqu'il se trouvait seul, lltomba peu à peu dans un état de démence profonde. Mademoiselle Nivon était d'nn caractère triste et mélancolique ; mais la mélancolie paraît s'être développée, chez cette malade, plusieurs années après la manifestation de la catalepsie. Dans la fameuse observation de Skoda, recueillie à l'hôpital de Vienne, en 1852, la mélancolie précéda l'apparition des accès cataleptiques. 11 s'agit d'une jeune fille de seize ans, qui s'accusait de fautes qu'elle n'avait pas commises, ne prenait aucune nourriture, n'adressait la parole à personne, ne répondait à aucune question, restait immobile pendant des heures entières, et était sujette à de fréquentes ntfaques de catalepsie. Un fait analogue est raconté avec de longs détails dans la thèse de Chaume ; mais nous ne le mentionnerons ici que pour mémoire, nous réservant d'y revenir plus loin, à l'occasion des délires complexes auxquels se he très-souvent la catalepsie.

Catalepsie avec manie. La catalepsie accompagne quelquefois la manie, soit aiguë, soit chronique. La dame de Vesoul, dont l'observation nous a été transmise

par Attaliii et Levacher, se mit à parler avec volubilité de ses affaires et de son procès, après sa première crise de catalepsie. Après le second accès, elle montra une exaltation extraordinaire ; et, plus tard, elle fut prise de délire maniaque avec, divagation complète, se livrant à toutes sortes d'extravagances, poussant des hur lements affreux et présentant tous les signes d'une « frénésie violente, dont la catalepsie n'avait été que le prélude. » Bourdin parle d'une « demoiselle appartenant à une famille distinguée, » qui eut de l'agitation maniaque et des hallucinations, suivies d'attaques cataleptiques qui durèrent au moins une année. Le même auteur cite le cas d'un jeune homme de vingt-deux ans dont le premier accès de catalepsie survint au milieu d'un accès de manie, tandis que les autres crises cataleptiques se manifestèrent pendant les périodes de calme.

Catalepsie avec monomanie. La catalepsie est une complication assez fréquente de la monoiiianie. Georget et Calmeil ont donné des soins à un jeune moiiomaniaque cataleptique, qui conservait une immobilité parfaite pendant qu'on l'alimentait avec une sonde œsophagienne. Les mêmes auteurs citent encore l'exemple d'un pharmacien atteint de délire partiel et qui, chaque jour, soit en marchant, soit en s'habillant, soit en prenant ses repas, devenait tout à coup immobile et restait, pendant des heures entières, dans des postures très-fatigantes.

Catalepsie avec hypochondrie. L'association de ces deux névroses est peu commune. Une des rares observations qui en existent dans la science appartient à Hildeschemius. Il s'agit d'un homme de naissance illustre, hypochondriaque depuis plusieurs années, et qui tomba en catalepsie après avoir éprouvé une douleur violente à la partie postérieure de la tête.

Catalepsie avec démence et idioiis^ne. Bourdin affirme en avoir observé plusieurs exemples, mais il n'en cite aucun.

Marx parle aussi d'un homme qui, après avoir été longtemps cataleptique, devint maniaque et tomba ensuite dans la démence.

Assez souvent la catalepsie, au lieu de s'accompagner d'une seule des névroses on des vésanies que nous venons de mentionner, se trouve associée avec plusieurs d'entre elles simultanément. La malade de Dionis, Elisabeth Delvigne, était atteinte à la fois de monomanie religieuse, d'hallucinations, d'extase et de catalepsie; il paraît même que ses accès se terminaient quelquefois pgr un tétanos. La dame de Vesoul offrait des symptômes de mélancolie, de catalepsie et d'extase. Une malade de Bourdin, madame G..., fut affectée tour à tour de monomanie religieuse, d'extase et de catalepsie. La jeune tille observée par le même auteur à l'hôpital de la Charité, dans le service de Fouquier, était à la fois hystérique, cataleptique et somnambule. La malade dont Puel a raconté avec tant de soin la curituse histoire eut une longue série de phénomènes d'hystérie, d'attaques de catalepsie et d'accès de somnambulisme. Léonie S..., dont l'observation fait le principal objet de la thèse de Chaume, présenta tout ensemble des symptômes d'hystérie, de déhre maniaque, de mélancolie, d'extase et de catalepsie. Mais le cas. le plus remarquable de catalepsie compliquée est celui de madame X..., rapporté par Mesnet dans les Archives générales de médecine (février 4860). La maladie débuta par de nombreux et violents accès d'hystérie simple; puis survinrent des accès de catalepsie, qui s'entremêlèrent aux convulsions hystériques. Plus tard, des phénomènes de somnambulisme et d'extase vinrent s'ajouter aux autres troubles de l'innervation. Pendant la veille, cette malade était dans un état habituel de dépression mélancohqne, qu'interrompaient fréquemment les crises nerveuses. Durant ses accès de somnambulisme, elle était en proie à un délire violent,

à des hallucinations terrifiantes et à d'irrésistibles impulsions suicides. C'est ainsi qu'on voyait sur un même sujet l'hystérie, la catalepsie, l'extase, le somnambulisme se succéder tour à tour et se mêler l'une à l'autre, avec une fréquence insolite et une intensité inouïe !

Gomme nous le verrons plus loin, ce mélange extraordinaire, ce cumul des névroses cérébrales s'est rencontré au plus haut degré dans les grandes convulsions épidémiques du moyen âge, du seizième, du dix-septième et du dix-huitième siècle.

Catalepsie avec démence aiguë, stupidité, et d'autres affections cérébrales von déterminées. Nous avons rappelé plus haut les observations et les expériences de Lasègue sur les hystéro-cataleptiques. L'éminent professeur avait cru d'abord que la catalepsie, spontanée ou survenant dans les conditions d'une expérimentation clinique, devait être exclusivement rattachée à l'hystérie. Mais, deux cas qui se présentèrent, presque en même temps, à son observation, ne tardèrent pas à le convaincre que l'état cataleptique peut se manifester encore dans la plupart des névroses, et dans diverses affections cérébrales. Chez un malade, dont l'aspect hébété, l'air insouciant et distrait, la paresse musculaire, la lenteur des perceptions tactiles, trahissaient une démence commençante, l'application des mains sur les yeux déterminait des phénomènes cataleptiformes. Dès que la vision était ainsi suspendue, les membres demi-rigides conservaient indéfiniment la posture où il plaisait de les placer, et les attitudes les plus fatigantes étaient maintenues sans effort. Quand le malade rouvrait les yeux, il laissait seulement retomber ses membres, et il lui était impossible de garder une posture. La même expérience aboutit à des résultats plus complets encore chez un autre malade atteint, comme le précédent, d'un certain degré de démence. Ici, sous l'influence de l'occlusion des yeux, la catalepsie musculaire s'élevait à ses proportions extrêmes, la rigidité était absolue, et toutes les articulations, lorsqu'on essayait de les ployer, donnaient la sensation caractéristique d'un bâton de cire ramollie. La troisième expérience a été faite sur un jeune homme affecté d'une maladie cérébrale mal déterminée, avec une hypéresthésie très-notable de tout le côté gauche et une anesthésie profonde du côté droit. Dès qu'on appliquait la main sur ses yeux le malade s'endormait, et les membres du côté anesthésie devenaient complètement cataleptiques.

JVe pourrait-on pas rapprocher de ces faits de catalepsie provoquée, les deux observations de catalepsie spontanée rapportées par Deidier, dans les Mémoires de Trévoux? Dans l'une il s'agit d'un jeune homme de 15 à 16 ans « d'un tempérament mélancolique et naturellement stupide, qui fut attaqué d'une affection comateuse, à laquelle succéda une privation totale de sentiment. » On le croyait apoplectique ; mais en lui levant les membres on s'aperçut qu'il était « véritablement cataleptique, avec flexibihté dans les muscles. » Dans l'autre cas, il est question d'un homme de 55 à. 60 ans, Guillaume Bousquet, de Cauvisson, qui était tombé dans un tel état de prostration qu'il ne donnait aucun signe de sentiment. Tous ses membres étaient souples ; on le croyait aussi apoplectique, comme le précédent ; mais en lui levant les bras, les jambes et les cuisses on fut surpris de les voir rester constamment dans la situation où on les mettait.

Catalepsie avec diverses maladies aiguës. Roslan a vu, à la Salpêtrière, une fille cataleptique atteinte de pneumonie. Taupin a observé la catalepsie en même temps qu'une fièvre typhoïde chez une fille de 14 ans. Landry a raconté l'observation d'une femme de 28 ans qui, au milieu des symptômes ordinaires d'un rhumatisme articulaire aigu, fut atteinte de plusieurs accès de catalepsie.

Catalepsie avec, fièvre intermittente. Plusieurs auteurs, notamment Bocrliaave, Dionis, Dodoneus, Desbois de Roclief'ort, Bourdiii, ont cité des exemples de catalepsie survenue pendant le cours ou à la suite de fièvres intermittentes. Le fait de Dionis présente même cette particularité signilicative que la fièvre intermittente et la catalepsie Curent guéries en même temps par le quinquina. L'association des accès cataleptiques avec les accès de fièvre n'a rien que de très-naturel aux yeux de ceuv qui, à l'instar de Bourdin, regardent la fièvre intermittente comme une névrose.

Catalepsie avec vers intestinaux. Les faits de catalepsie coïncidant avec la présence devers intestinaux ne sont pas rares. Van Sweiten raconte qu'une lemmc, occupée à faire rôtir des châtaignes, fut saisie tout à coup d'une vraie catalepsie. Elle vomit en sa présence deux vers vivants, et continua ensuite sa friture sans se souvenir qu'elle avait été interrompue. Pinel a vu une fille de 9 ans sujette aux affections vermineuses et cataleptique. Une fille de 7 cà 8 ans, observée par Benedetti, eut un accès de catalepsie qui dura sept jours, et qui cessa instantanément après l'administration d'un lavement purgatif à la suite duquel elle rendit quarante-deux vers. Geoi'get ne croit pas à la catalepsie vermineuse. Il est probable, dit-il, que lorsque la catalepsie existe en même temps que la présence des helminthes dans l'intestin, elle est indépendante de l'action de ceux-ci, et due à une autre espèce d'influence.

IV. Catalepsie épidémique. La catalepsie, comme la plupart des névroses convulsives, peut devenir contagieuse par imitation, lorsqu'elle éclate dans un milieu favorable à sa propagation, dans une réunion de sujets impressionnables et prédiposés par la double influence d'un tempérament nerveux et de certaines coiidilions hygiéniques et morales.

C'est dans de pareilles circonstances que se sont produites les grandes épidémies convulsives du moyen âge, du seizième, du dix-septième et du dix-luiitième siècle, dont il nous reste à parler, et qui nous montrent, dans leur expression la plus complète, la plus saisissante, on pourrait dire la plus terrible, le spectacle et le mélange de toutes les névroses et de toutes les vésanies.

Pendant trois années, de -1550 à 1555, les nonnes du couvent d'Uvertet, dans le comté de Hoorn, furent atteintes des accidents nerveux les plus étranges. Tourmentées par des hallucinations incessantes et par des spasmes convulsils d'une extrême violence, elles tombaient subitement à la renverse, privées de l'usage de la parole, et demeuraient étendues sur le sol « comme merles, bras et jambes renversés... » Une épidémie semblable sévit pendant dix ans sur le? religieuses du monastère de Sainte-Brigitte. Leurs attaques éclataient souvent, au milieu des offices, dans le chœur, oii elles tombaient à la renverse dans le plus grand désordre. En J610, les filles de Sainte-Uisule d'Aix présentèrent au plus haut degré les symptômes complexes de l'hystérie, de la démonopathie et de la catalepsie. Ces symptômes se manifestèrent avec une intensité particulière sur Madeleine Mandol, l'héroïne du drame de Gaufridi, ainsi qu'il résulte du récit de l'inquisiteur Michaëlis : « Or, il arriva sur le soir, qumid on avait coutume de faire venir Magdeleine à la Sainte-Baume, pour l'exorciser, qu'on la trouva toute raide comme une statue de marbre et toute endormie, et qu'il la fallust porter à quatre

dans l'église, on elle fut fort longtemps sur le marchepied du maître-autel Le

2 avril, Belzébuth assoupit Magdeleine et la rendit immobile comme une colonne d'airain. Le 4 de février, les assistants qui l'avaient veillée toute la nuit ont témoigné qu'elle était immobile et comme assoupie, ne pouvant dire un seul mot. »

Parmi les troubles nerveux si complexes qui se manifestèrent de 1632 à 1639 dans le couvent des ursulines de Loudun, il est aisé de reconnaître les symptômes de la catalepsie. On lit, en effet, dans l'ouvrage de la Ménarday, un des témoins les plu» véridiques et un des historiens les plus compétents du drame d'Urbain Grandier : « Un autre jour elles se distinguaient par leur souplesse,.. Dans leurs assoupissements, elles devenaient souples et maniables comme une lame de plomb, en sorte qu'on leur pliait le corps en tous sens, en devant, en arrière, sur les côtés jusqu'à ce que la tête toucliàt par terre ; et elles restaient dans la pose où on les laissait jusqu'à ce qu'on changeât leurs attitudes.» Le même auteur, racontant l'exorcisme de la prieure, madame de Sazilli, dit que le père Elisée « lui fit une telle extensioïi de jambes en travers qu'elle touchait du périnée contre terre ; et, pendant qu'elle était dans cette posture, il lui tit tenir le tronc du corps droit et joindre les mains. » L'exorciste provoquait, sans le savoir, un accès de catalepsie. Les mêmes phénomènes se retrouvent dans la névrose épidémique des .religieuses du monastère de Sainte-Elisabeth de Louviers. Suivant le récit de Bosroger, la plupart de ces religieuses, demeuraient immobiles, pendant une heure, dans les positions les plus étranges et les postures les plus insolites. « L'une d'elles s'est trouvée bien souvent toute pliée en arc parfait, la tête contre les pieds jusque sur la bouche, et le ventre élevé en arcade... Une autre restait, le corps en l'air, les deux bras étendus et courbés en arrière, la tête toute renversée sur le dos jusqu'aux reins, les pieds et les jambes rejetées tout de même en arrière et proche de la tcte, sans que les genoux, ni les cuisses, ni le ventre, ni l'estomac, ni aucune partie du corps touchassent le sol, sinon le flanc gauche... Une troisième demeura, quelque espace de temps, appuyée seulement sur le talon droit, le corps violemment replié en arrière, la tête contre les talons, à deux doigts proche de terre, les bras raidement étendus de toute leur force, le pied gauche en l'air... » Les mêmes phénomènes ont été observés en 1662, dans un des cloîtres delà ville d'Auxonne, par cinq docteurs en médecine, Leroy, Cornet, Aunat, MoreletGrandin. Vers 1675, une épidémie hystéro-cataleptique, dont Kniper nous a transrais les symptômes, survint dans l'hospice des Orphehns de Hooin. Quelques-uns de ces malades « devenaient aussi raides qu'une barre, tellement qu'en les prenant seulement par la tête et par les pieds, on pouvait les porter oiî l'on voulait sans qu'ils se remuassent, ce qui durait plusieurs heures tout de suite. » Les anabaptistes (1686) ont offert de nombreux exemples d'extase calaleptique. On les voyait souvent tomber à terre subitement, y demeurer quelque temps comme morts, sans qu'on aperçiit aucun signe de respiration, raides, insensibles et comme plongés dans la plus profonde léthargie. Peu d'années après, les mêmes phénomènes d'hystérie, d'extase et de catalepsie se produisirent sous l'influence du fanatisme religieux, parmi les trembleurs des Cévennes et les prophètes calvinistes du Daupliiné et du Vivarais. Au nombre des phénomènes morbides si extraordinaires dont le cimetière de Saint-Médard et le tombeau du diacre Paris furent le théâtre, de 1731 à 1740, figur.dt encore la catalepsie, que les spectateurs de ces crises et les écrivains du temps désignent sous le nom d'état de mort. Voici en quels termes cet « état de mort, » est décrit par Carré de Montgeron : « Quelques convulsionnaires sont restés deux, ou même trois jours de suite, les yeux ouverts, sans aucun mouvement, ayant le visage très-paie, tout le corps insensible, immobile et raide comme celui d'un mort... Marguerite du Saint-Sacrement devenait rigide comme un cadavre... Madeleine de Pazzi tombait par terre, et v demeurait jusqu'à cinq ou six heures dans une espèce de léthargie. >

V. Catalepsie artificielle ou provoquée. Catalepsie hypnotique. La catalepsie offre, avec le sonnambulisme, celte ressemblance et cette particularité, qu'elle peut être provor|uée artificiellement et par des moyens d'une extrême simplicité. Nous ne croyons pas cependant que l'épreuve puisse réussir sur tous les sujets indistinctement. Pour mieux eu assurer le succès, il faut agir de préférence sur des personnes prédisposées, impressionnables, d'un tempérament nerveux, sur des bystériques principalement.

Nous avons déjà dit avec quelle facilité Lasègue avait fait naître l'état cataleptique, d'une manière artificielle, par la simple occlusion des yeux, chez certaines hystériques et chez des malades atteints d'affections cérébrales obscures, mal déterminées, mais offrant quelque analogie avec la stupeur mélancolique ou la démence aiguë.

C'est en agissant aussi sur le sens de la vue, mais par un procédé différent, que James Braid (de Manchester) provoqua ces étranges phénomènes nerveux connus sous le nom d'hypnotisme, et parmi lesquels figure le plus souvent la catalepsie. Lorsqu'on place, au-devant de la ligne médiane du visage, un peu au-dessus des yeux et à quelques pouces de distance, un objet brillant sur lequel les regards sont dirigés et fixés d'une manière continue, on voit, au bout de li'ois à quatre minutes, les pupilles se contracter, puis se dilater; les paupières oscillent rapidement, puis s'abaissent, et bientôt le sujet est endormi. Alors se manitëstent deux symptômes à peu près constants : la catalepsie et l'anesthésie.

Les membres .«oulevés par l'expéririientateur conservent, pendant un temps assez long, les positions qu'on leur donne. D'après Braid et Azam, l'état cataleptique ne s'établit pas d'emblée chez certains sujets ; il faut alors les prier, si du moins ils entendent, de faire un petit effort pour garder la position donnée, et l'on voit cet effort devenir en quelque sorte constant, et la catalepsie du membre élevé se produire. Il arrive souvent que l'état cataleptique ne peut être obtenu que dans les membres supérieurs. Si, pendant la période cataleptique, l'opérateur place un doigt sur la main du sujet, l'autre doigt sur la face ou la tête, il se produit dans tout le corps du patient un frémissement douloureux en tout semblable à une vive commotion électrique. Ce l'ait curieux a été constaté plusieurs fois par Braid, par Carpenter et par Azam. Les mêmes observateurs ont signalé une autre particularité plus surprenante encore, et qui semble tenir beaucoup plus du merveilleux que de la réalité. Ils affirment que lorsqu'un sujet, en état de catalepsie hypnotique, est placé dans une attitude donnée, exprimant l'orgueil, l'humilité, la colère, aussitôt ses idées sont portées vers ces sentiments, et son visage l'exprime fortement, ainsi que ses paroles. On peut également suggérer, au moyen de l'attitude, l'idée d'une action déterminée : ainsi l'idée de grimper, de sauter, de combattre, de lever un fardeau, de tirer à soi, vient immédiatement au patient, si ses membres sont placés dans la position correspondante à chacun de ces actes.

La catalepsie hypnotique s'accompagne le plus souvent d'anesthésie et même d'analgésie. On peut pincer fortement, piquer, chatouiller le patient, sans que la moindre trace de susceptibilité apparaisse, sans même que les excitations extérieures modifient en rien l'état cataleptique. Azam, Follin et Broca, et d'autres chirurgiens, ont mis à profit l'analgésie hypnotique pour pratiquer des opérations chirurgicales sans douleur et, en quelque sorte, à l'insu des opérés.

Pour faire cesser brusquement les symptômes de la catalepsie provoquée, il suffit de pratiquer des frictions sur les paupières ou de diriger sur le front un cou rant d'air froid et intense. Azam a reconnu maintes fois qu'en souiflant sur un

seul œil ou en le frictionnant, on fait cesser immcdiatement l'état cataleptique de la moitié correspondante du corps, tandis que cet état persiste dans la moitié opposée.

Gomme dans la catalepsie spontanée, les sujets revenus à eux-mêmes ne conservent aucun souvenir de ce qui s'est passé durant la crise.

Il va sans dire qu'on peut, au moyen des pratiques du braidisme, provoquer aisément des accès artificiels chez les sujets atteints de catalepsie spontanée. De nombreuses expériences de ce genre ont été faites par Pau de Saint-Martin sur une jeune cataleptique, observée à l'hôpital de Strasbourg en 1868.

Pouzin a rapporté l'histoire d'une hystérique qui était prise d'un accès de catalepsie toutes les fois qu'elle se regardait fixement dans un miroir.

On parvient encore à produire la catalepsie hypnotique chez les personnes impressionnables et nerveuses, en les regardant de près, les yeux fixés dans leurs yeux, ou en opérant devant elles des passes dites magnétiques. Un chirurgien de Calcutta, James Esdaille, avait recours à ce procédé pour jeter ses opérés dans l'insensibilité cataleptique.

Ainsi s'expliquent la plupart de ces phénomènes convulsifs que la crédulité populaire a longtemps attribués à des causes surnaturelles, à des influences divines ou démoniaques. La catalepsie provoquée, hypnotique, joue certainement un rôle considérable dans les histoires merveilleuses du charme, de la fascination, des talismans, de l'exorcisme, des miroirs magiques, de la baguette divinatoire et du fluide mesmérien. Les prétendus démoniaques qui tombaient comme frappés de mort sous le regard obstiné de l'exorciste, les patients gron[;és dans la salle des crises autour du baquet de Mesmer, les moines du mont Athos qui se jettent dans de longues extases en se regardant fixement l'ombilic, les fakirs de l'Inde qui, en contemplant l'extrémité de leur nez, prennent ces poses extraordinaires et cette immobilité prolongée qui leur attirent le respect et l'admiration de la multitude, les marabouts qui se procurent le sommeil sacré en fixant la lame brillante d'un poignard, nous offrent les exemples les plus remarquables de la catalepsie artificielle.

De quelques phénomènes extraordinaires observés chez les cataleptiques. Les faits que nous allons signaler se rencontrent rarement, pour ne pas dire jamais, dans la catalepsie simple et franche. Ils se montrent le plus souvent dans la catrlepsie compliquée d'hystérie, de sonnambulisme ou d'extase, et ils nous paraissent alors devoir se rattacher bien jdus à ces trois dernières névroses qu'à la première. Les phénomènes de ce genre les plus étranges et les plus surprenants ont été r;icontés par Petetin dans ses mémoires sur la catalepsie et dans son ouvrage sur l'électricité animale. On y trouve des exemples de vision opérée sans le secours des yeux-, et de nombreuses expériences tendant à établir que, chez certains cataleptiques, le siège de toutes les impressions peut se transporter et se concentrer, pour ainsi dire, à l'épigastre et au bout des doigts. Petetin cite, en effet, des observations de malades dont les sens étaient inaccessibles à toute sorte d'excitations, et qui entendaient lorsqu'on leur parlait près du creux de l'estomac, distinguaient la forme et la couleur des objets posés snr cette région, percevaient l'odeur et la saveur des substances solides ou liquides qu'on y plaçait. Bien plus, deux de ces cataleptiques possédaient la faculté de voira travers les corps opaques, de discerner les objets les mieux cachés et même de lire des lettres soigneusement enfer.mées dans un coffret. Elles jouissaient aussi de la vue à distance, prévoyaient les événements futurs, dissertaient avec une grande justesse sur des points fort

obscurs de métaphysique et de physiologie, pénétraient les plus secrètes pensées des assistants et exécutaient ce qu'on avait l'intention de leur commander.

A côté de ces faits tellement extraordinaires que la raison se refuserdit à y croire, s'ils n'étaient atte.'^tés par plusieurs médecins dignes do foi, on peut grouper tous les phénomènes non moins étonnants et prodigieux, individuels ou collectifs, d'exaltation nerveuse, d'inspiration et d'enthousiasme prophétiques, de transports et d'improvisations mystiques, qui composent toute l'histoire du supernaturahsme, depuis les temps reculés des oracles et des sibylles, jusqu'tà l'époque plus rapprochée et contemporaine des convnlsionnaires de Saint-Médcird, des magnétisés, des spirites et des médiums. Seulement, nous ne saurions trop répéter que ces grandes pertuibations du système nerveux nous semblent bien moins imputables à la catalepsie qu'aux autres névroses concomitantes, l'hystérie, l'extase et le somnambulisme.

De l'état mental des cataleptiques. Nous avons déjà vu que, pendant les accès, l'exercice des fonctions intellectuelles est totalement suspendu ou singulièrement attéiuié. En parcourant les observations publiées jusqu'à ce jour, on acquiert la certitude qu'en dehors des attaques, un petit nombre de cataleptiques est absolument sain d'esprit. Un examen sévère décèle, chez la très-grande majorité de ces malades, des anomalies, des imperfections ou des troubles, à des degrés très-divers, dans leur état mental. Sur ce point, la catalepsie ne diltérerait pas des autres grandes névroses convulsives, l'épilepsie, l'hystérie, la cliorée, le somnambulisme, qui s'accompagnent presque toujours d'une perturbation légère ou grave des facultés intellectuelles et affectives.

En effet, dans certains cas de catalepsie, les désordres psychiques peuvent atteindre le plus haut degré et prendre toutes les proportions d'une véritable maladie mentale. On voit alois s'associer à l'état cataleptique les formes diverses de la folie, les hallucinations, la manie, la monomanic, la mélancolie, la stupidité, la démence, ainsi que nous en avons signalé précédemment des exemples.

Dans d'autres cas, plus fréquents, les troubles de l'intelligence et du sentiment sont à peine saisissables et consistent dans de simples nuances. Chez les uns, les facultés intellectuelles sont restreintes et susceptibles de peu de développement ; chez les autres, elles sont mal équilibrées et présentent des insuffisances ou des lacunes. Beaucoup de cataleptiques ou de sujets prédisposés à la catalepsie se font remarquer par la faiblesse de leur esprit, l'irrégubirité de leur caractère, la mobilité de leur humeur ; d'autres, par leur mollesse, leur apathie, leur insouciance. Ceux qui sont à la fois hystériques et cataleptiques présentent généralement les attributs psychiques qui accompagnent d'habitude l'hystérie : ils sont nerveux, impressionnables, susceptibles, capricieux, impatients, irascibles, passant avec une extrême vivacité, et souvent sans motif, d'un sentiment à un sentiment contraire, de la joie à la tristesse, des rires aux pleurs, de l'exaltation à l'abattement, de l'amour à la haine, de l'amitié à l'indifférence. Ils sont sujets à l'insomnie, aux spasmes, aux douleurs névralgiques, aux palpitations, aux maux de tète. Leur imagination est en proie à des idées extravagantes, à des goûts bizarres et quelquefois à des désirs fougueux, à des impulsions irrésistibles qui les portent à commettre des actes excentriques ou répréhensibles.

Ces diverses anomalies, ces modifications morbides de l'entendement et de la sensibilité, forment, le plus souvent, le prélude de l'hystéro-catalepsie et en révèlent . pour ainsi dire, la prédisposition, il'autres fois, elles se montrent et ne deviennent manifestes qu'après l'apparition des accès convulsifs. Dans tous les cas, elles em-

pi'untent comme un nouvel aliment et un surcroît d'activité à la fréquence et à l'intensité des attaques. Celles-ci, en eftet, en se multipliant, augmentent la perturbation du système nerveux et aggravent les désordres psychiques. De sorte qu'il n'est pas rare de voir la catalepsie, quand elle est violente et prolongée, conduire par degrés à la folie confirmée.

De l'état des fonctions organiques chez les cataleptiques. Pour compléter la symptomatologie de la catalepsie, il nous reste à parler des modifications que cette névrose apporte aux fonctions organiques.

Respiration. Les muscles respiiateurs sont épargnés par la catalepsie. La respiration continue donc à s'exécuter pendant l'accès, liintôt d'une manière régulière et suivant le rhylhme normal, tantôt avec des variations dans le nombre et la force des mouvements d'inspiration et d'expiration. Chez quelques cataleptiques, en effet, la respiration a été trouvée plus rapide et plus prol'onde ; chez d'autres, au contraire, plus calme et plus lente qu'à l'état physiologique. Elle est tellement faible, chez certains cataleptiques, qu'on ne peut distinguer ni l'haleine, ni le murmure vésiculaire, ni les mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement des parois thoraciques et des téguments de l'abdomen. On croirait alors que cette l'onction est suspendue ou éteinte. C'est un des symptômes de la mort apparente.

Circulation. Le cœur, comme les muscles respirateurs, est à l'abri des atteintes delà catalepsie. Les accès les plus violents n'interrompent jamais ses pulsations, mais ils les modifient quelquefois. Rarement le cœur et le pouls conservent leur rhylhme normal. Chez la plupart des catalepliques, le pouls est si petit et si faible qu'on en sent à peine les battements. Quelques auteurs ont attaché une telle importance à ce phénomène, qu'ils l'ont admis dans leur définition de la catalepsie. Le pouls descend rarement au-dessous de 50 pulsations. Néanmoins, che;: quelques malades, il est plus fréquent et plus fort, pendant la crise, que dans l'état habituel. Ce fait a été constaté par Delatour sur la fille Gourdin, et par Pau de Saint-Martin sur la cataleptique de Strasbourg. Chez cette dernière malade, le pouls s'élevait à 68, 70, 72, 74 et même 80.

Les anciens avaient signalé la rougeur de la face pendant les accès de catalepsie ; on observe quelquefois, en effet, ce symptôme, mais il n'est pas constant. Chez beaucoup de cataleptiques, on remarque, au contraire, la décoloration des téguments et particulièrement une extrême pâleur de visage.

Température. Dans la plupart des observations de catalepsie, on note le refroidissement des extrémités pendant les accès. Suivant Puel, la température du corps ne paraît pas modifiée chez les cataleptiques. Bonrdin dit qu'elle peut être atteinte, suspeiidue ou mieux diminuée, jamais exaltée. Pau de Saint-Martin, qui a fait de ce symptôme une étude spéciale sur sa malade, a constaté, pendaut l'accès, une augmentation de 1, 2, 5 dixièmes de degré.

Digestion. La déglutition est le plus souvent impossible à cause du trismus des mâchoires et de la contraction spasmodique des muscles du pharynx, qui constituent le cas le plus général. Pourtant, Benedetti, Chauffard et Puel sont parvenus à faire boire des cataleptiques pendant leur crise. Fernel, Forestus etBourr din ont vu des malades qui mangeaient facilement et même avec avidité.

Personne ne met en doute que la digestion des aliments et des boissons continue à s'opérer durant les accès cataleptiques. Seulement tout porte à croire que cette fonction complexe est singulièrement ralentie, surtout si l'accès est de longue durée. Dans ce dernier cas aussi, les phénomènes d'absorption et de nutrition s'opèrent avec une extrême lenteur ; les sécrétions et les excrétions sont amoindries

et même suspendues. Le malade de Viale, Claude Chaudeson, n'eut aucune évacuation naturelle pendant 25 jours.

La sensation de la faim et de la soif est comme anéantie chez les cataleptiques. Le malade de Sarlandière a été nourri pendant plusieurs mois avec de la panade et du vin ; le postillon de Lunel ne prit que deux fois du bouillon dans l'espace d'un mois ; Christine Wallery est restée une fois plus de trente jours sans prendre aucune espèce d'aliment liquide ou solide.

Ces longues abstinences, chez les cataleptiques, trouvent une explication naturelle et plausible dans l'absence de tout mouvement, dans l'inertie des fonctions nutritives et dans la suppression des sécrétions et des excrétions. Les longs accès de catalepsie placent les malades dans les mêmes conditions que les atiimanx hivernants, qui restent immobiles, engourdis, sans boire ni manger, pendant toute une saison.

Marche de la. catalepsie. Lorsque la catalepsie est constituée par un accès unique, sa marche n'ofh'e rien de particulier, la maladie tout entière étant représentée par la crise. Mais c'est là un cas assez rare. Le plus souvent il y a deux ou plusieurs attaques séparées par des intervalles d'une longueur variable. D'où il résulte que la catalepsie suit toujours une marche intermittente. C'est à tort qu'on a cité l'observation de Sarlandière comme un exemple de catalepsie continue. Bousch est resté, il est vrai, pendant six mois plongé dans un état d'immobilité somnolente ; mais ce qui formait, chez lui, le fonds de la maladie, c'était d'aboid la stupeur mélancolique, puis la démence aiguë. Quant à la catalepsie, elle était secondaire et se manifestait par accès, comme chez les autres malades.

Le retour des accès est le plus souvent irrégulier, et ordinairement subordonné à l'irrégularité même des causes occasionnelles qui le provoquent. Dans ce cas, les attaques peuvent se montrer d'une manière fortuite , inattendue, à toutes les heures du jour et à toutes les époques de l'année.

D'autres fois, l'intermittence des accès est soumise à une régularité parfaite. Cette périodicité offre, d'ailleurs, de très-nombreuses variétés. En général, elle affecte le type quotidien. Les malades sont pris, tous les jours, d'attaques qui commencent et finissent à des heures déterminées et toujours les mêmes. Les uns n'ont qu'une crise, soit le matin, soit le soir ; les autres ont deux crises, survenant aux mêmes heures, au commencement et à la fin de la journée.

On observe plus rarement les autres types de la périodicité. Ainsi on a vu quelques cataleptiques dont les accès reparaissaieut régulièrement tous les deux jours, tous les trois jours, tous les quatre jours, toutes les semaines ou seulement tous les mois.

Nous ne reviendrons pas sur le nombre, la durée et l'intervalle des accès, dont nous avons parlé plus haut (p. 65).

Durée. La durée totale de la catalepsie est extrêmement variable; pas plus qu'aux autres névroses, on ne saurait lui assigner do limites précises. Tout ce qu'il est permis de dire, c'est que cette durée est corrélative de la multiplicité des accès ; aussi courte que possible quand elle ne se compose que d'un seul accès, la catalepsie peut persister des semaines^ des années, et même ne cesser qu'avec la vie.

Le nombre des accès est généralement proportionnel à la durée totale de là maladie. Cette règle ne souflre d'exception que pour les cas où des accès trèsrapprochés se manifestent dans un court espace de temps. La fille Delvigne eut, en peu de mois, trente accès ; Hélène Renault en eut vingtj et la fille Gourdiui

80 LAlALbFtili:>.

soixante, en deux mois. La malade de Baron eut environ sept cent quarante accès en deux ans ; la malade de Puel en eut douze cents, depuis le mois d'octobre 1852 jusqu'au mois de février 1855.

Terminaison. La catalepsie franche se termine le plus souvent par la guérison. Cette heureuse terminaison se montre surtout lorsque la catalepsie est simple, idiopathique, dépourvue de toute complication ; lorsqu'elle est survenue d'une manière accidentelle, sous le coup d'une cause fortuite, chez un sujet indemne de toute prédisposition héréditaire ou de toute perturbation préalable du système nerveux.

Tantôt la guérison survient spontanément et sans être aimoncée ou secondée par quelque phénomène critique. Tantôt elle semble être aidée ou provoquée par le rétablissement ou l'exagération d'un mouvement fonctionnel. Ainsi, il n'est pas rare de voir l'éruption menstruelle ou le retour des règles supprimées amener, chez les femmes, la cessation de l'état cataleptique. Aétius et Rondelet ont cité des cas de catalepsie guérie par une épislaxis.

Suivant beaucoup d'auteurs, la catalepsie peut disparaître en se transformant en une autre névrose ou en une vésanie. Cette transformation est révoquée en doute par Puel; elle est admise par HoUérius, Pison, Tissot, Georget, Elock, Pinel et Bourdin. Ces observateurs citent des faits dans lesquels la catalepsie aurait été remplacée par l'hystérie, l'épilepsie, le délire, la manie, les convulsions, le somnambulisme, la mélancolie. Il est rare, d'ailleurs, que cette transformation s'opère d'emblée. Le plus souvent la catalepsie, avant de céder sa place à une autre aifection, se mêle, se confond ou alterne avec elle, et ce n'est qu'après cette succession de formes morbides qu'elle s'efface définitivement.

Boerhaave et Fehr enseignent que la catalepsie peut se terminer par la mort. Bourdin le nie formelleniout ; Puel ne l'admet qu'avec les plus grandes réserves. Le magistrat dont parle Fehr, ipii mourut à la suite d'un accès cataleptique, a pu succomber à une hémorrhagie cérébrale, à une attaque d'apoplexie. Dans tous les autres cas cités comme exemples de catalepsie mortelle, il y a eu complication évidente d'autres maladies beaucoup plus graves, qui ont été probablement les causes réelles de la mort.

Diagnostic Le signe palhognomonique, le critérium à l'aide duquel on distinguera toujours la catalepsie de tous les états morbides analogues est tiré de la passivité du mouvement. On le reconnaîtra, dit Puel, à l'expérience suivante: « Prenez avec votre main, soit le bras, soit la jambe du sujet soupçonné cataleptique ; déplacez ce membre, soutenez-le pendant quelques ^secondes, et ensuite abandonnez-le à lui-même. S'il reste dans la position oii vous l'avez mis, et si le malade ne peut en rien modifier cette situation, vous pouvez atfîrmer que la catalepsie existe. »

Les al'tections avec lesquelles on peut confondre la catalepsie sont : l'extase, le tétanos, l'hystérie, l'apoplexie, le coma, la léthargie, la syncope, la congélation, la raideur cadavérique.

Extase. L'invasion de l'accès diffère complètement dans les deux névroses. Le cataleptique, en général, perd brusquement l'usage des sens et de l'intelligence, et reste immobile dans la position où la crise le saisit. L'extatique s'isole peu à peu du monde extérieur, conserve la liberté de ses mouvements et les moditie conformément aux idées qui l'occupent ; les membres ne possèdent pas l'aptitude à garder les positions qu'on leur imprime. Son regard inspiré, sa physionomie rayonnante et contemplative contrastent avec le visage froid, immobile, "lacial du

cataleptique. Dans l'extase, le malade conserve une notion vague et confuse de son état physique ; dans la catalepsie, le patient a perdu jusqu'à la conscience de sa situa lion, il ne sait même pas vouloir.

Tétanos. La conlraction irrésistible et permanente des muscles, la rigidilé invincible des membres, la douleur excessive qui l'accompagne, l'impuissance du malade à changer les attitudes que le spasme lui impose, l'état d'intégrité de toutes les fonctions cérébrales, l'origine le plus souvent traumatique de la maladie, sont autant de signes frappants qui séparent le tétanos de la catalepsie.

Hystérie. L'hystérie se distingue de 'la catalepsie par les spasmes passagers, les étouffemeiits, la sensation de boule hystérique, la mobilité nerveuse, les convulsions cloniques, rapides, étendues, les cris qui ressemblent quelquefois au hurlement des animaux, les accidents protéiformes, la suspension incomplète de l'intelligence et des sens.

La contracture hystérique, avec son état comateux et sa rigidité musculaire, pourrait, au premier abord, donner quelque prise à l'incertitude. Mais, dans ce cas, à l'opposé de ce qu'on observe dans l'état cataleptique, la raideur est véritablement tétanique, et les membres déplacés reviennent immédiatement à leur position primitive ; de plus cette rigidité est presque toujours interrompue de temps en temps par des soubresauts dans les tendons, ou des grincements de dents ou même des mouvements convulsifs variés.

Dans quelques cas incertains, le doute disparaîtrait bientôt si on pouvait remonter aux commémoratifs, si on apprenait que la malade est sujette aux attaques de nerfs, qu'elle a éprouvé des aflections morales vives ou profondes, q\i'elle a été tourmentée par des chagrins d'amour, des revers de fortune, etc., qu'elle est vive, mobile, difficile q vivre, indomptable, légère, étourdie, sensible à l'excès, pleui'ant ou riant souvent sans cause, etc. Avec de tels renseignements, on pourrait diagnostiquer une hystérie.

Apoplexie. Coma. Carus. Léthargie. Dans ces diverses affections le système musculaire se trouve dans un état complet de résolution ou de relâchement. Les membres soulevés et abandonnés à eux-mêmes retombent comme des corps inertes, au lieu de conserver, comme dans la catalepsie, la position qu'on leur donne. En outre, dans la léthargie, les mouvements de la respiration sont à peine sensibles, et le pouls est si faible que le doigt peut à peine le percevoir.

Syncope. La cessation momentanée des contractions du cœur, l'absence du pouls, la suspension des fonctions respiratoires et cérébrales, la pâleur extrême des téguments, le relâchement musculaire, la possibilité de faire cesser ces accidents en plaçant le malade dans le décubitus horizontal et la tète basse, ne permettent guère de confondre la syncope avec la catalepsie.

Congélation. Les phénomènes extérieurs de la congélation présentent une apparence de similitude avec ce qui se passe dans la catalepsie : les muscles sont frappés de stupeur et d'inertie, et les membres peuvent garder leur position. Mais cette rigidité toute mécanique, résultant de la sohdification du sang et des humeurs, peut être facilement vaincue par un simple niouvement de flexion, qui rompt les cristaux de glace. Le membre, perdant ainsi son support et son équilibre, retombe et obéit aux lois delà pesanteur. De plus, on constate chez l'homme «îaisi par le froid un abaissement de tempéi ature qui n'existe pas chez le cataleptique. Enfin le premier conserve longtemps l'intégrité de l'intelligence et la conscience de sa position, tandis que, chez le second, l'exercice des facultés est suspendu dès le début.

DICT, ENC. XIII- 6

Rigidité cadavérique et mort réelle. Il paraît avéré que des cataleptiques ont été pris quelquefois ponr morts, et eiilenés vivants. La catalepsie peut donc figuier parmi les foimes de la mort apparente. Toutefois, nous croyons que si une erreur aussi regrettable a pu être commise pur des personnes inexpérimentées, et à une époque oii les signes de la mort réelle étaient mal ou imparfaitement connus, il est in possible aujourd'hui qu'un observateur tant soit peu éclairé et attentif tombe dans une méprise si grossière et si fatale. D'abord la conlusion nous paraît inadmissible lorsqne la mort est le résultat d'une maladie grave et bien déterminée^ lorsqu'elle est précédée et annoncée par une longue et douloureuse agonie. Ce n'est donc que dans les cas de mort rapide ou subite qu'il peut y avoir place au doute.

L'immobilité générale et la raideur musculaire sont les deux caractères qui rapprochent, en apparence, la mort de la catalepsie. Nous disons « en apparence, » car cette ressemblance n'a rien de réel. L'immobilité cadavérique est absolue, permanente, définitive; tandis que l'immobilité cataleptique est relative, temporaire, momentanée, modifiable au gré des assistants.

Quant à la rigidité musculaire, elle est ti ès-différente dans les deux cas. Sur le cadavre elle ne se manifeste que deux, trois, quatre et quelquefois même six heures après la mort; chez le calalepti(]ue, elle se montre instantanément, dès le début de l'attaque. La rigidité cadavérique une fois surmontée ne peut renaître; un faible effort suffit pour la vaincre, et le membie, abandonné ^ son propre poids, retombe et ne peut pas conserver les posilions diverses qu'on lui communique. Chez le catalepti(]ue, au contraire, on peut prendre un membre, le soumettre à tous ses mouvements naturels et normaux, les répéter à plusieurs reprises exercer tour à tour la flexion et l'extension, et recommencer tanl^que dure l'accès; dans tous les cas, le membre garde l'attitude quelconque qui lui est imposée.

D'autres signes non équivoques distinguent encore la mort réelle de la catalepsie. Ces signes sont : l'absence du pouls, le silence absolu du cœur, la cessation des mouvements respiratoires et du murmure vésiculaire, l'affaissement des globes oculaires, et la perte de tianspa'rence des cornées, enfin, dans une période plus avancée, les premiers indices de la décomposition putride.

Catalepsie simulée. Pour compléter ce qui concerne le diagnostic, il convient de dire quelques mots de la simulation de la catalepsie.

Suivant la judicieuse remarque de Marcé, chez les aliénés, l'état cataleptique peut être simulé par un effort énergique de volonté. Des hallucinés, des mélancoliques en état de stupeur, conservent quelquefois pendant un temps fort long les attitudes qu'on leur donne ; mais bientôt les me ubres tremblent, oscillent et retombent ; puis les malades avouent, soit au moment même, soit plus tard, qu'ils ont agi sous l'influence d'une idée délirante ou d'une hallucination de l'ouïe, d'un ordre, par exemple', transmis par une voix invisible, et qu'ils n'ont maintenu cetle attitude qu'à l'aide d'un effort musculaire très-énergique et même douloureux.

Mais il est un autre genre de simulation de la catalepsie ; c'est celle qui est pratiquée quelquefois par d«s personnes saines d'esprit, dans un but ou dans un intérêt très-divers. Ici l'imitation devient plus pénible et la fraude plus facile à dé^ couvrir. Car, quelque eltort que fasse le sujet, quelque énergique que soit s volonté, ses membres sont impuissants à rester longtemps dans les situations où on les place. La fatigue ne tarde pas à amener le relâchement musculaire et à trahir la supercherie. Enfin, comment parvenir à simuler ces autres symijtômes de la calalepsie vraie, l'anestliésie et l'analgésie? Nous croyons qu'on trouverait

bien peu de pseudo-cataleptiques disposés à endurer patiemment, sans bouger et sans crier, les pincements, les piipires, les chatouillements, les biûlures et toutes les autres épreuves auxquelles les francs cataleptiques résistent sans sourciller.

Pronostic. L'accès cataleptique n'est pas grave par lui-même ; quelque intense qu'il soit, il finit ordinairement par guérir, à moins qu'une complication imprévue, telle qu'une hémorrhagie cérébrale, n'amène la mort.

Bien que la catalepsie se termine le plus souvent par le retour à la santé, elle n'en est pas moins une affection sérieuse, car elle est généralement l'indice d'une idiosyncrasie nerveuse portée au plus haut degré, et l'expression initiale d'un principe morbide dont le développement est trop souvent nécessaire et fatal.

La catalepsie aggrave toujours le pronostic des états morbides auxquels elle se surajoute. Associée à la fièvre typhoïde, aux affections comateuses, elle annonce une mort prochaine. Elle entrave la marche et le traitement de l'hystérie ; elle imprime la marque de l'incurabilité aux maladies mentales, à la manie, à la mélancolie, à l'hypochondrie.

11 est permis d'augurer favorablement de la catalepsie, si elle est simple, franche, dénuée de toute complication ; si elle est survenue par une cause accidentelle; si le malade est jeune; s'il a eu un seul accès, ou si le nombre des accès est peu considérable, s'ils sont de courte durée, et surtout s'ils sont irréguliers. Anatomie pathologique. Les recheicbes cadavériques n'ont rien appris de certain sur la nature des lésions qui correspondent à la catalepsie. Dans les rares autopsies qui ont été faites, on a signalé : une sérosité roussàtre dans la partie postérieure du cerveau et des concrétions sanguines dans le sinus longitudinal supérieur (Hollerius) ; la turgescence des artères et des veines cérébrales (Aëtius et Boerhaave) ; le ramollissement de la base du cerveau (llenricus Heers) ; une sorte de développement hypertrophiqiie des glandes de l'acchioni (Deidier) ; une injection et un épaississement de la pie-mère ; une augmentation de vascularisalion et de consistance de la substance cérébrale (Georget et Galmtil). Suivant Bourdin, de toutes les altérations anatomiques de la catalepsie , la plus fréquente serait une augmentation de sérosité ou une hydropisie du cerveau. On trouverait cette sérosité tantôt épanchée dans les ventricules, tantôt infiltrée dans le tissu propre de l'encéphale, le plus souvent répandue à la partie postérieure et inférieure du cerveau, ou dans le cervelet.

Les investigations les plus minutieuses ne purent faire découvrir aucune altération appréciable chez une cataleptique morte à la Salpêlrière, dans le service de Rostan.

Tous les auteurs sont unanimes à reconnaître que les lésions signalées jusqu'à présent à l'autopsie des cataleptiques sont insuffisantes pour expliquer les symptômes observés pendant la vie, et que, tant que des observations plus complètes ne seront pas acquises à la science, il conviendra d'attribuer la catalepsie à une lésion purement dynamique du système cérébro-spinal.

Étiologie. Les causes de la catalepsie, comme celle des autres névroses, sont lort incertaines et fort obscures. Tout ce qui a été dit à ce sujet est basé sur un si petit nombre de faits, qu'on ne peut l'admettre même qu'à titre de conjectures ou de renseignements. Quoi qu'il en soit, nous examinerons tour à tour les diverses influences qui ont été mentionnées par les auteurs comme causes soiipredisposantes, soit déterminantes de la catale[)sie.

Causes prédisposantes. Au premier rang, on doit placer l'hérédité. Son influence n'est pas aussi manifeste dans la catalepsie que dans l'hystérie et dans

l'épilepsie ; néanmoins elle est incontestable, témoin les deux sœurs cataleptiques dont parle Sauvages, et les deux frères jumeaux du collège de Poiigny, dont l'observation a été rapportée par Millardet.

Les saisons sont sans influence sur la catalepsie.

Cette névrose est rare chez les enfants et plus rare encore chez les vieillards. Elle est assez commune de 10 à 20 ans ; elle a son maximum de fréquence de 50 à 50 ans.

La catalepsie passe pour être plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. C'est un point à vérifier; car les statistiques fournissent à l'égard du sexe des résultats contradictoires. Sur les 150 observations analysées par Puel, le sexe est indiqué 148 fois, et le résumé général donne 68 hommes et 80 femmes. Mais sur 21 observations qui appartiennent au seizième siècle ou aux époques antérieures, il y a 15 hommes et 6 femmes seulement; à la fin du dix-septième siècle, sur 43 cas, il y a 29 hommes et 14 femmes ; à la fin du dix-huitième siècle, sur 88 cas, il y a 50 hommes et 38 femmes. La même prédominance des hommes sur les femmes se maintient pendant la période actuelle jusqu'en 1841 ; c'est seulement à partir de 1841 que le sexe féminin prédomine à son tour. Nous croyons que Puel aurait trouvé le nombre des femmes prépondérant avant et depuis le seizième siècle, s'il avait tenu compte des grandes épidémies convulsives dont nous avons parlé précédemment, et qui éclataient plus particulièrement dans les monastères de femmes.

Le tempérament nerveux est celui de tous qui constitue la prédisposition la plus favorable au développement de la catalepsie.

On trouve parmi les cataleptiques des gens de professions diverses. Cependant les religieux, les étudiants et les militaires sont ceux qui paraissent avoir fourni à la catalepsie le plus riche contingent. Exemple : ks deux cordeliers de Toulouse, le prêtre de Curtius, le frère capucin observé par Henricus Heers, le R. P. abbé de Piaymond Fortis, le prêtre des environs de Rhodez, cité par Deidier, le curé Frottin de Postel de Francière, le religieux de Saint-François qui fut enterré vivant, enfin toute la phalange des hystéro-cataleptiques d'Uvertet, de Sainte- Brigitte, de Loudun, de Louviers et d'Auxonne.

Parmi les étudiants, nous citerons le condisciple de Galien, le candidat en médecine de Plater, le candidat en droit de Bonet, celui de P. Frank, les étudiants cités par Fehr et Paullinus, enfin les deux élèves de Poiigny.

Chez la plupart de ces sujets, les auteurs ont signalé des excès de travaux iutellectuels. De sorte que ce serait moins la profession d'étudiant que le labeur exagéré, qui serait, dans l'espèce, la cause prédisposante de la catalepsie : ce que Plater a traduit par « catalepsis ex nimia intentione. »

Dans la catégorie des militaires ou marins cataleptiques, on peut citer : Jean Soladier, d'Agen (Deidier) ; Sjoestroem, matelot suédois (Hiortzsberg) ; le fusilier de la 39'' demi-brigade (Joseph Henry) ; le fusilier de la 105'^ demi-brigade (Taillard-Duplessis) ; enfin Joseph Bousch (Sarlandière).

Les affections morales, les passions tristes et concentrées, la haine, la jalousie, l'exaltation religieuse, la dépression mélancolique, l'amour malheureux, les revers de fortune, les chagrins domestiques figurent comme causes prédisposantes dans presque toutes les observations de catalepsie.

Causes déterminantes. Les mêmes influences morales peuvent agir à la manière de causes excitantes ou provocatrices de l'accès cataleptique. Ainsi, on a vu des personnes frappées suintement de catalepsie, à la suite d'impressions vives,

d'émotions fortes, sous le coup de la surprise, de la frayeur, d'une douleur violente, d'un niallieur imprévu.

Nous avons dit que plusieurs auteurs, notamment van Swieten, Benedetti et PineJ, ont signalé des accès cataleptiques produits par la présence des vers dans les voies digestives.

Dodonajus et Plater citent des exemples de catalepsie occasionnés par des excès de table.

Chez la malade de Puel, les accès survenaient après le repas, et surtout le soir après dîner ; et ces accès étaient même avancés ou retardés selon qu'on faisait varier l'heure des repas. Seulement, dans ce cas, ce n'est pas à l'intempérance qu'on doit attribuer l'apparition de la crise, mais à la susceptibilité extrême d'un estomac atteint de gastralgie depuis plus de vingt ans.

Il est avéré que la loudre produit quelquefois des effets cataleptiques fort curieux. Vieussens raconte l'histoire de deux honmies frappés de la foudre et dont les membres restaient raides, el dans la position où on les plaçait, de sorte qu'ils auraient ressemblé parfaitement à des cataleptiques s'ils n'avaient été privés entièrement de la respiration et du pouls. Tout le monde connaît cette observation, empruntée à Cardan, de huit moissonneurs qui, ayant été foudroyés pendant qu'ils prenaient leur repas sous un arbre, conservèrent tous l'altitude qu'ils avaient au moment de la mort. Puel fait mention, d'après Gosse et Moquin-Tendon, de deux domestiques frappés de catalepsie, le même jour, à la même heure, aux deux extrémités de la ville de Genève, pendant un orage, au moment où venait d'éclater un violent coup de tonnerre.

[1 est permis de se demander, dans ce dernier cas, si l'accès cataleptique a été causé par la foudre ou par la peur. Quant aux faits de Vieussens et de Cardan, ils semblent établir avec évidence que l'électricité atmosphérique peut donner lieu sur l'homme à des phénomènes semblables à ceux de la catalepsie.

Traitement. Ainsi que toutes les névroses convulsives, la catalepsie comporte deux sortes d'indications thérapeutiques : l'une qui s'adresse à l'accès, l'autre à la maladie elle-même.

Traitement de l'accès. Le traitement de l'accès est le plus urgent, celui qui s'impose le plus impérieusement au médecin eu présence d'un cataleptique.

Nous ne citerons que pour mémoire les émissions sanguines, notamment la saignée du pied et celle de l'artère temporale, conseillées et souvent pratiquées, sans résultat, par les anciens auteurs.

On a cherché, avec plus de raison, à stimuler l'action des sens et à provoquer le réveil, en plaçant sous le nez du patient de l'éther, des eaux spiritueuses, de l'acide acétique, de l'ammoniaque, des sels volatils, les sternutatoires les plus énergiques ; en chatouillant les lèvres, les narines, les paupières ; en poussant des ciis aigus aux oreilles des malades ; en leur appliquant des sinapismes ou en les piquant dans différentes régions du corps ; on a même eu recours aux procédés barbares de l'arrachement des poils el de l'ustion. On a vu quelquetois, mais bien rarement, les accès de catalepsie se dissiper sous l'influence de ces moyens.

Bourdin a employé avec succès l'aspersion de la face, pratiquée avec un verre à moitié rempli d'eau et lancé avec force.

Le mode de traitement le plus ancien, et aussi un des plus efficaces qui aient été usités contre l'accès cataleptique, est, sans contredit, celui des frictions, destinées à combattre la rigidité musculaire. Clirysippe, C»lius Aurelianus, Hoffmann, les pratiquaient avec des linimenls aromatiques ou mitispasmodiques. Pue'

a démontré par une longue suite d'expériences l'efficacité des frictions sèches faites avec la main sur le trajet des muscles contractés. En opérant sur les membres ou sur le tronc delamalade des frictions longitudinales de haut en bas et dans la direction des fibres musculaires, il obtenait, à son gré, le relâchement partiel ou général de la main, de l'avant-bras, du bras, du pied, de la jambe, de la cuisse ou du corps tout entier. En touchant légèrement les paupières, il rendait instantanémp.nt à la patiente l'intelligence et le sentiment. C'est aussi par la friction ou par l'insulflalion des paupières qu'on fait cesser immédiatement la catalepsie hypnotique.

L'électricité, essayée pour la première fois, en 1783, par Cornus, sur Christine Wallery, parut diminuer le nombre et la durée des accès. Petetin affirme avoir fait cesser des crises de catalepsie à l'aide de l'étincelle électrique. Pau de Saint- Martin interrompait, à volonté, les accès de sa malade, en appliquant les rhcophores d'une pile de Grsefe sur deux points opposés du crâne, soit au front et à la nuque, soit sur les bosses pariétales. Il faisait cesser l'aphonie, en plaçant les rhéophoies, l'un au niveau des nerfs laryngés, l'autre au-dessus de l'épiglotte.

Le même observateur a essayé, sur la même malade, les inhalations de chloroforme. Ce moyen a réussi pendant quelque temps ; mais plus tard il est devenu impuissant.

Le magnétisme animal a échoué complètement sur la cataleptique du service de Fouquier, à la Charité, bien que les passes aient été pratiquées par le prince des magnétiseurs, le baron Dupotet !

En résumé, les aspersions d'eau froide sur le visage, les frictions sèches ou médicamentenses sur les muscles, les inhalations de chloroforme et les courants galvaniques, sont les meilleurs moyens à diriger contre l'accès cataleptique.

Traitement de la maladie. Il ne suffit pas de triompher des accès, il faut encore et surtout s'appliquer à combattre, dans l'intervalle des attaques, l'état morbide, dont elles ne sont que l'élément et la manifestation. Malheureusement on n'a pas plus trouvé le remède curatif de la catalepsie, qu'on n'a découvert sa cause intime.

Nous retrouvons encore ici la saignée, préconisée anciennement par Galien, Arétée, Aètius, plus près de nous par Schilling, Boerhaave, Sauvages, Postel de Francière, Petetin, et de nos jours par Georget et Bouillaud. Celte médication, basée sur une idée fausse, à savoir que la catalepsie est due à une hypérémie cérébrale, est repoussée, avec raison, comme méthode générale, par Glootack, Elock, Tissot, Bourdin et Puel. Ces auteurs n'admettent l'emploi des émissions sanguines que lorsqu'il y a une indication formelle de remédier à un état congestifou de suppléera une hémorrhagie habituelle supprimée (menstruation, hémorrhoïdes, épistaxis). Encore doit-on se borner, dans ce cas, à des applications locales de sangsues ou de ventouses scarifiées.

Les purgatifs et les émétiques ne doivent être employés également que pour satisfaire à certaines indications spéciales, ou pour combattre des complications survenues du côté des organes digestifs.

Les anthelmiulhiques sont naturellement indiqués lorsqu'on soupçonne que la catalepsie est occasionnée ou entretenue par la présence de vers dans les intestins.

Les emraénagognes conviennent aux femmes cataleptiques dont le flux menstruel est suspendu par une autre cause que la grossesse.

Le sulfate de quinine est utile dans la catalepsie à forme périodique ; il peut prévenir le retour des accès et contribuer à la guérison.

Les antispasmodiques et les calmants ne doivent pas être négligés, malgré leur

insuffisance. Ce sont d'excellents adjuvants, qui concourent, en émoussant l'éréthvsme nerveux, à diminuer la fréquence des crises et à en abréger la durée. Puel a obtenu de hoiis efiets de l'usage prolongé de la belladone. Les bromures de sodium et de potassium ont été administrés, sans avantages, par Pau de Saint-Martin. Nous ne croyons pas qu'on ait encore eu l'occasion d'expérimenter le cliloral.

Les bains froids et même glacés étaient prescrits par Petelin. Georget conseille les bains à 22 ou 24 degrés. Bourdin préconise aussi l'usage des bains frais et leur attribue une action sédative puissante sur le système nerveux.

Les moyens "hydrotliérapiques possèdent une influence plus énergique que les bains. Ils réussissent dans quelques cas. Combinés avec les toniques et les ferrugineux, ils ont assuré la guérison de la malade de Pu 1 ; ils doivent former la base de la médication chez les sujets anémiques et aifaiblis.

L'électricité a été employée par Petetin dans le traitement général de la catalepsie. Cet auteur a fait une étude spéciale de cet agent thérapeutique, et l'a expérimenlé sons diverses formes. Il conseille de commencer par des commotions électriques de force variée et proportionnées à l'énergie du malade, autant qu'aux effets obtenus; puis de faire succéder aux commotions le bain électrique, au milieu duquel on laisse le malade jusqu'à ce qu'il s'éveille et sorte de son accès. Déjà, avant Petetin, Comus, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avait traité et guéri par l'électricité une catalepsie qui avait résisté aux médications les plus variées. Pau de Saint-Maitin a eu recours à ce moyen, qui ne lui a procuré que des résultats temporaires.

Le même médecin, à bout de ressources, a eu l'idée d'essayer de traiter sa cataleptique pur l'hypnotisme, associé aux frictions manuelles sèches, suivant le procédé de Puel. L'hypnotisme provoquait, chez cette malade, des accès en tout semblables à ceux de la catalepsie spontanée ; de sorte que, peu à peu, les symptômes cataleptiques vrais firent place aux phénomènes cataleptiques artificiels, et la catalepsie spontanée disparut devant la catalepsie provoquée. C'est une belle application de la méthode substitutive, et une justification de ce précepte thérapeutique vivement contesté : « Sirnilia similibus curanlur. » Il va sans dire ()ue l'essai, jusqu'à présent isolé, de Pau de Saint-Martin, demanderait à recevoir l'épreuve de nouvelles expériences.

Traitement moral. La catalepsie étant occasionnée souvent par des causes morales ou s'accoiiipagnant presque toujours d'un certain degré de tristesse et de dépression mélancolique, réclame, surtout dans ces circonstances, l'intervention d'un traitement moral. Il faut, avant toute chose, soustraire les malades à l'influence des conditions et des milieux capables de provoquer ou d'entretenir leurs accès. Une femme insultée par un paysan était atteinte de catalepsie chaque fois qu'elle rencontrait cet homme. On lui fit quitter le pays, et dès qu'elle ne vit plus celui qu'elle haïssait, les accès diminuèrent peu à peu et finirent par disparaître. Un jeune homme, s'étaiit vu refuser la main d'une jeune fille qu'il aimait passionnément, devint cataleptique. Il ne tarda pas à guérir, en apprenant que sa demande avait été agréée. Le traitement moral consiste donc dans réloignement de toutes les causes propres à produire une agitation morale trop violente. On doit aussi recommander aux malades d'éviter toute discussion soutenue, toute querelle, toute impression vive ; de s'abstenir de tous les travaux d'esprit qui exigent une trop grande tension des facultés intellectuelles; de se créer une vie calme et tranquille, des occupations faciles, des distractions agréables et douces, à l'abri de tous les excès et de toutes les intempérances.

PiiïsroLOGrE ET PATHOLOGIE COMPARÉES. Oïl observe, chez certains animaux, un état palliologique qui n'est pas sans analogie avec la catalepsie.

Lochner a publié, vers la fin du dix-septième siècle, dans les Éphémérides des curieux de la nature, une observation de chien cataleptique.

Les chevaux sont sujets à une maladie, appelée, à cause de ses symptômes, iynmobilité ou cheval immobile. Tout à coup l'animal s'arrête et demeure immobile ; son épine se fléchit, ses membres se raidissent et deviennent inflexibles ; l'action de marcher est impossible ; le cheval est comme frappé de stupeur. Si l'on essaye de le tirer de cet élat par des coups et des traitements rigoureux, il s'emporte, s'anime avec rage, se défend et s'abat pour retomber de nouveau dans son'accablement. On ne dit point si les membres conservent, comme chez l'homme cataleptique, les positions qu'on leur donne.

On peut, par les procédés de l'hypnotisme, déterminer la catalepsie artificielle chez certains volatiles, comme chez l'homme. Les oiseaux de basse cour, les poules, les coqs et les dindons, paraissent plus particulièrement sensibles à celte influence stupéfiante. Il suffit, pour les rendre cataleptiques, de tracer, avec de l'encre ou avec de la craie, une ligne noire ou blanche sur le bec ou sur le prolongement de la crête. Cette expérience, décrite par le P. Kircher, en 1646, n'est guère exécutée maintenant que par les bateleurs sur les places publiques.

Il y a dans le règne végétal une plante à laquelle on a donné le surnom de cataleptique ; c'est le dracocéphale de Virginie. Lorsqu'on déplace ses fleurs, en les poussant horizontalement à droite ou â gauche, on les voit s'arrêter en chemin et rester fixes et immobiles, si on cesse de les pousser.

Théories. La recherche des causes essentielles et de la nature intime de la catalepsie a donné naissance aux explications les plus étranges et aux hypothèses les plus hasardées. Schilling, Sennert, Plater et Sylvius l'attribuaient à la congélation ou à la coagulation des esprits animaux ; Hoffmann, à un arrêt du fluide vital résultant de la contraction des fibriles nerveuses ; Deidier, à un relâchement des fibies de l'emporium ; Baron, à la surabondance d'une matière crasse et visqueuse capable de lier et d'embarrasser les esprits animaux. Ces théories n'étaient pas seulement extravagantes; elles avaient encore le tort beaucoup plus grave d'être dangereuses, comme le prouve ce qui faillit advenir, en 1709, à Elisabeth Delvigne : « Quelq\ies médecins persuadés qu'il y avait dans la tête des humeurs qui, offusquant les nerfs, les privaient de leur action, proposèrent le trépan afin de procurer une issue aux sérosités qui causaient cette maladie. » Mais, par bonheur pour la malade, « la nature sage et industrieuse l'en débarrassa elle-même, sans aucun secours humain, au moyen d'un débordement de séiosité par la bouche, parle nez et par les yeux, qui dura pendant trois jours sans discontinuer. »

Avec Petetin commence la série des interprétations scientifiques. Suivant ce médecin, la catalepsie serait due à une sorte de spasme ou d'éiéthysme de la substance cérébrale, à un engorgement des vaisseaux sanguins, et à une compression de la partie du cerveau qui est le siège de l'intelligence, et de l'origine des nerfs moteurs et des nerfs sensoriaux. Cette opinion a été adoptée par Georget.

Jolly attribue la catalepsie à une surcliage du système nerveux et à une surabondance d'activité vitale. Mais, comme le fait remarquer judicieusement Bourdin, si cette surabondance semble révélée par les symptômes musculaires, elle ne s'accorde guère avec la suspension des fonctions intellectuelles et sensitives.

La théorie la plus récente est celle de Pau de Saint-Martin, d'après laquelle la catalepsie, essentielle de sa nature, ne serait qu'une modification plus ou moins

CATALEPSIE (bibliographie). S9

passagère et comme une exagération du sommeil physiologique. C'est là bien moins une explication qu'une comparaison, qu'exclue, d'ailleurs, l'état différent du système musculaire, lequel est en résolution dans le sommeil, tandis qu'il est rigide et cireux dans la catalepsie.

Nous nous bornons à exposer ces théories sans les discuter, laissant à chacun le soin d'en apprécier la valeur. Tout ce que nous pouvons en dire c'est qu'elles nous paraissent insuffisantes pour expliquer le mécanisme de la catalepsie, et qu'il faut attendre de l'avenir et du progrès de la physiologie des explications plus rationnelles, plus complètes et plus satisfaisantes. A. Linas.

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CATALPA. (Juss., Gen., 158). Genre de plantes qui a pour prototype le Bùjnonia Catalpa L., bel arbre des Étals-Unis, si fréquemment cultivé dans nos jnrdins, et qu'on a nommé C. syringcefolia Sms (C. cordifolia Duham.). Ce genre dill'ère avant tout des Bignonia vrais, en ce ([ue sa cloison, au lien d'être parallèle aux valves du fruit, leur est contraire (perpendiculaire). Depuis longtemps les fleurs des Cata/pa sont vantées en Amérique dans le traitement "des astlimes et des bronchites chroniques catarrhales.

Le C. longlssima Sims est le Bignonia Quercus de Lamarck, arbre des Indes occidentales, dont l'écorce, les bourgeons, les feuilles sont usités comme amers, toniques. A la dose de deux gros, l'écorce est, dit-on, un bon remède comme fébrifuge ; elle est riche en tannin et s'emploie dans l'industrie, sous le nom de Chêne noir d'Amérique. H, Bn.

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CATALYSE. On sait que l'oxygène et l'hydrogène peuvent rester indéfitii' ment en présence lunde l'autre, dans les conditions ordinaires de température et de pression sans se combiner.

Les choses ne se passent pas ainsi lorsqu'on introduit dans le mélange gazeux du platine très-divisé, comme par exemple de la mousse de platine. Dans ce cas, la

CATALYSE. 91

combinaison a lieu même à froid. La chaleur produite par l'union des gaz échauffe peu à peu le platine au contact duquel elle s'opère. L'élévation de la température peut même être suffisante pour que le métal soit porté au rouge, et eiillamme le mélange gazeux, de telle sorte que la combinai^^on, commencée lentetement sous l'influence du contact du platine, se termine brusquement de la même manière que si on avait a|»proclié un corps en combustion. *.

La propriété remarquable du platine, dans cette circonstance, a paru mériter une désignation spéciale. « Nous avons, » dit Berzelius, « donné à la cause decesphéno- « mènes le nom de force catalytique, tiré de z«Ta),iJw, je détruis. » Les mots catalytie, catalyse, phénomènes catalytiques, action de présence, de contact; employés quelquefois par les chimistes sont tous synonymes, ou dérivés des uns des autres.

La création d'un mot nouveau pour désigner un fait remarquable inconnu jusque-là était nécessaire. Berzelius, en introduisant le mol catalyse dans la science, n'a voulu que donner un nom au phénomène décrit plus haut, et à quelques autres groupés par analogie autour de lui, et non les expliijuer. Bien au contraire, la force calalytique selon lui ne s'explique pas à l'époque oii il écrit. « Je tiailerai « de plusieurs cas remarqu;ibles où cette force occulte est exercée non-seulement « par des corps qui restent sans éprouver de changements, mais aussi par d'autres « qui sont altérés ou détruits » (Beizelius, Traité de chim,ie, Paiis 1846, tome I, page ni). Ce sont évidemment ces derniers casque Berzelius avait en vue en faisant dériver le mot qu'il créait du verbe grec qui signilie détruiie.

L'action du platine sur le mélange de gaz hydrogène et oxygène peut servir de type |iour définir nettement dans l'esiirit ce que l'on entend paractionde contact. Les combinaisons qui s'opèrent sous l'influence de cette force présentant deux particularités remarquables. La première est que le corps catalyseur ne fait pas partie du composé dont il détermine la formation. On le retrouve intact à la fin de l'expérience, qui peut se répéter de nouveau, de telle sorte qu'il peut servir indéfiniment. C'est là une exception remarquable à ce qui se passe ordinairement dans les autres réactions chimiques. La deuxième est que, sous l'influence du corps catalyseur, telle coml)inaison, qui, dans les circonstances ordinaires, exige pour se former dans les laboi atoires une température très-élevée, peut s'opérer à froid, et même audessous de Û. On voit de suite quelle analogie remarquable entre ces phénomènes et ceux qui se- passent dans l'organisme animal où toutes les actions chimi((ues se résument en une oxydation des aliments que le chimiste ne peut réaliser qu'à une température élevée, et que l'économie opère à la température du corps de l'aniaial. Cette analogie est tellement frappante que tous les physiologistes ont pensé que c'était la Ibrce catalytique qui résolvait ce problème d'une si haute importance. Cette manière de voir s'est trouvée corroborée par le fait de la découverte de nombreux corps doués de propriétés catalytiques. Non-seulement le platine, mais tous les métaux de sa série jouissent, bien qu'à un moindre degré,de celte propriété. Enfin, en étudiant plus à fond ces phénomènes, on s'est aperçu qu'un nombre considéiable de corps simples ou composés, minéraux ou organiques produisaient les mêmes effets, avec plus ou moins d'éneigie. Parmi ces derniers, se trouve la

* D'après Faraday, l'hydrogène, préparé par la voie sèche, ne jouit pas de la propriété de se combiner à l'oxygène, sous l'influence de la mousse de platine. J'ai essayé, mais en vain, de répéter cette expérience. L'hydrogène, préparé au moyen de la vapeur d'eau et de la tournure de fer, portée au rouge dans un canon de fusil, a rougi la mousse de platine, comme l'hydrogène préparé par la voie humide.

fibrine dont les propriétés catalytiques sont tiès-marquées, ce qui corrobore l'opinion citée plus haut des physiologistes.

Quel que soit le corps catalyseur ([ue Ton considère, son action est d'autant plus rapide, qu'il est plus poreux. Le phénomène se passant à la surface du corps catalyseur, on conçoitqu'en augmentant celle-ci, l'action devienne plus énergique. C'est pour cette raison que les corps très-poreux, comme la pierre ponce, le charbon de bois, la mousse de platine, etc., sont surtout employés par les chimistes qui veulent étudier cette force et utiliser ses effets. Mais il ne faudrait pas conclure de là que la porosité soit une condition sine qna non delà manifestation de cette force. Elle existe aussi bien pour les corps non poreux, seulement ses effets sont moins rapides, et peuvent passer plus facilement inaperçus. Il est facile par exemple, de démontrer le fait pour le platine. Si on porte au ronge une capsule de ce métal à l'aide d'un bec à gaz de Bunsen, et si on supprime l'arrivée du gaz, on peut, lorsque la capsule est presque refroidie, la l'aire rougir de nouveau en faisant arriver le gaz ; et la maintenir en cet état indéfiniment, sans que le gaz hriih avec flamme. L'expérience du fil de platine restant rouge dans une atmosphère tonnante confirme le même fait, utilisé par Davy dans la lampe des mineurs.

Malheureusement, le nom crée par Berzelius a quelquefois été appliqué là où l'intervention de la force de contact n'était pas évidente. Bon nombre de faits, dont l'explication n'était pas claire ont été rangés parmi les phénomènes catalytiques. Telles sont les réactions qui se passent entre la diastase et l'amidon; la pepsine et l'albumine etc. Cet abus de langage est certainement fâcheux. Le mot catalyse doit être réservé pour désigner les phénomènes analogues à celui qui a servi de type; c'est-à-dire la combinaison à froid de l'oxygène et de l'hydrogène sous l'influence du platine.

Il est impossible, à cause de leur nombre considérable, de citer toutes les réactions rangées à tort ou à raison parmi les phénomènes catalytiques. Les plus remarquables sont les suivantes.

4" Action de la levure sur le sucre. Le dédoublement du sucre en alcool, acide , carbonique et autres produits sous l'influence du ferment a été à tort rangé parmi les phénomènes catalytiques. Le champignon de la bière dédouble ou détruit plus ou moins ses aliments comme un grand nombre d'autres êtres organisés. La production de l'urée et de l'acide urique aux dépens des matières albuminoïdes chez les animaux est un phénomène du même ordre que rien ne rattache jusqu'à présent à la cataljse.

2" La transformation de l'alcool en éther et en eau sous l'influence de l'acide suHurique, qui pai-aît ne pas prendre part à la réaction, a été parfaitement expliquée par les travaux de iM. Deville sur la dissociation. Que l'on mélange de l'alcool et de l'acide sulfurique dans un vase clos, et tout d'abord de l'acide sulfovinique se formera. Celui-ci se décomposera aussitôt en partie, et la proportion d'acide sulfovinique décomposée en éther, en acide sulfurique et eau est une conséquence de la tension de dissociation du nouveau corps formé. La décomposition ainsi commencée s'arrête de suite tous l'influence même des corps qui prennent naissance par suite de cette décomposition. Mais si on vient à soustraire l'un de ces corps au fur et à mesure qu'il se iorme, la cause qui limitait la dissociation disparaissant, celle-ci continue. Dans le cas spécial qui nous occupe, l'acide sulfurique devenu libre se combine à une nouvelle quantité d'alcool, et l'étherest chassé par la chaleur. Il n'y a, en définitive, dans ce fait, que l'application de l'une des lois de Berthollet.

CATALYSE. 95

3° L'eau oxygénée, mise en contact avecl'oxyde d'argent, présente un phénomène plus étrange que les précédents ; les deux corps mis en présence se détruisent mutuellement, il se forme de l'eau et de l'argent métallique, tandis que l'oxygène se dégage. Cette réaction, si différente de celles qu'on observe ordinairement, a été expliquée par Schœnbein d'une manière satisfaisante. Selon ce chimiste, les corps simples peuvent se combiner à eux-mêmes ; ainsi par exemple, le soufre qui existe dans l'acide sulfureux et qui se rend au pôle négatif quand on décompose cet acide par la'pile, n'a pas les mêmes propriétés que le soufre de l'acide sullhydrique, qui, dans les mêmes conditions, se rend au pôle positif. Ces deux soufres, l'un électro-positif, l'autre électro-négatif peuvent se combiner ensemble, et former un composé qui laisse sa trace dans les phénomènes cïdorifiques qui se produisent lorsqu'il se forme on se détruit. Les corps réputés simples par les chimistes sont fous dans ce cas. Ceci posé, la décomposition de l'oxyde d'argent et de l'eau oxygénée s'explique facilement, si on admet que l'oxygène du premier est électro-négatif, celui du second de ces corps étant positif. La réaction n'est plus q'une double décomposition représentée par l'équation suivante :

H.o. e. -+- Ag.e. = H.o. -+- Âg. -4- e.e,

et dont les produits sont l'eau, l'argent métallique, et l'oxyde d'oxgyène, ou oxygène ordinaire, dans lequel les chimistes, avant ces beaux travaux, étaient loin de soupçonner une combinaison chimique. On conçoit de suite qu'il puisse se produire par suite de cette décomposition des deux corps mis en présence un certain dégagement de chaleur. Il suflit pour cela que la chaleur absorbée par la décom()osition de l'eau oxygénée et de l'oxyde, soit moindre que celle qui se dégage par suile de la formation du composé 0.0.. Cette manière de voir a expliqué aussi facilement comment une combinaison chimique peut s'accompagner d'absorption de calorique, cequi est absolument inadmissible, selon la théorie mécanique de la chaleur. En réalité, toute combinaison chimique dégage de la chaleur en se formant : mais là oti les anciens chimistes ne voyaient qu'une combinaison, nous voyons aujourd'hui, en outre, la décomposition qui s' opère au sein des corps simples mis en jeu. Le calorimètre ne recueille que la somme algébrique de ces quantités, laquelle somme peut être nulle ou négative. Tel est le cas des a'ides chloiique, chloreux, etc., etc.

A côté de la réaction si remarquable que nous venons d'analyser, viennent se ranger d'autres réactions singulières, expliquées et souvent prévues par Schœnbein. En voici quelques-unes :

L'eau oxygénée agitée avec de l'oxygène fortement ozonisé par le phosphore (on sait cependant combien est grande la puissance d'oxydation de cet ozone) se désoxyde. Il se forme de l'eau et de l'oxygène ordinaire. La réaction est la suivante :

On observe la même réaction en faisant réagir l'ozone sur le peroxyde de baryum. Il se forme de l'oxygène ordinaire, de l'eau et de la baryte. — Le peroxyde de Baryum décompose l'oxyde d'argent. Le premier est réduit à l'état de baryte le second à l'état d'argent métallique. Ces exemples seraient faciles à midtiplier. Leur théoiie repose sur un fait que Berzelius repoussait complètement : la combinaison chimique d'un corps avec lui-même : or ce phénomène si difficile à admettre, d'après les . anciennes idées sur l'alfinité, a été réalisé directement par M. Pasteur pour l'acide tartrique. Quand on mélange une solution d'acide larlrnjue droit, avec une solu-

94 CATAJNAiNCE.

tion d'acide gauche, il se l'orme un ahoiidniit précipité d'acide inaclif avec dégagement de chaleur. Cette belle expéj-ience vient à l'appui des idées émises plus haut.

Ces quelques exemples suffiront pour montrercomment la science parvient, avec l'aide du temps, à donner des explications très-diverses de faits inexpliqués d'abord, ^ et rangés sous le môme nom ; toutefois l'œuvre est loin d'être complètement ache-' vée. L'explication d'un grand nombre de réactions appelées catalytiques fait encore défaut. Telle est la décomposition de l'acide oxalique en présence de la glycérine. L'action du platine divisé qui sert de point de départ et de type à tous ces phénomènes, est loin d'être élucidée elle-même. La tliéorie ingénieuse de Schœnbein n'expl que pas pourquoi le noir de platine détermine la combinaison de l'hydrogène avec l'oxygène. Il est probable que l'action physique de ce noir de platine sur les gaz intervient dans la réaction dont elle est peut-être la cause. La mousse de platine peut absorber jusqu'à 250 fois son volume de gaz. C'est là un phénomène physique dû à la force de contact ; ou e.^t bien d'accord pour ne point voir dans cette absorption un effet de l'affinité. Or, en pesant un morceau de mousse de platine dans l'air, puis dans l'eau aprt's avoir bou( hé ses pores, on peut calculer la capacité de l'espace vide que représentent ces pores, et qui est à peu près un quart du volume total. Si, par conséquent, on considère un centimètre cube de mousse de platine, susceptible d'absorber 250 centimètres cube de gaz et de condenser ce dernier dans un espace de un quart de centimètre cube, il en résulte que la force de contact a la pui-sance nécessaire pour maintenir les gaz juxta-posés au platine à l'énorme pres-ion de mille atmosphères. Berzelius pense qu'il faut beaucoup rabattre de ce chiffre, cependant je ne vois pas comment ce raisonnement pourrait être attaqué. 11 est probable, au contraire, que la pression indiquée par le calcul est trop faible, pai" la raison que la mousse de platine renferme un grand nombre de cavités qui sont beaucoup trop grandes pour concourir à l'effet de condensation, et qui figurent néanmoins dans la mensuration citée plus haut. Or s'il est démontré que dans les conditions ordinaires de température et de pression, l'hydrogène et l'oxygène sont sans action l'un sur l'autre, nul ne saurait dire si sous l'influence d'une semblable pression, la combinaison ne s'opérerait pas immédiatement. C'est probablement la même propriété qui explique la décomposition de l*eau oxygénée par le même métal. Le deuxième équivalent d'oxygène tend à se dégager de la combinaison avec une force qui n'est autre que sa tension de dissociation; or cette dissociation se trouve activée ici par la ibrce qui condense à la surface du platine le gaz, dès qu'il s'est formé : ce qui est une condition favorable à la continuité de la dissociation. Le gaz ainsi condensé se diffuse ensuite dans l'atmosphère, et l'action continue jusqu'à décomposition complète. 11 n'est pas inutile de remarquer pour appuyer cette manière de voir que les corps les plus aptes à opérer ainsi ces décompositions ou ces combinaisons, sont précisément ceux qui jouissent au plus haut degré de la faculté de condenser les gaz. P. Coumer.

CATAîMAKCE. Sous le nom de Catanance (-/.«Tavâyzvî), Dioscoride a désigné deux plantes, qu'il est assez difficile de reconnaître, d'après sa description incomplète. L'une d'elles porte sept à huit fruits, contenant une semeiijce semblable q celle de VErimm et qui, à la maturité, se recourbent de manière à ressembler à un ongle d'oiseau. Sprengel croit y reconnaître VOrnithopiis compressus , tandis que Rauwolf la rapportait au Plantago Layopus. La seconde espèce, à fruit semblable à un petit pois chiche de couleur rouge, percé de nombreux petits pertuis serait.

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