‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales volume 13Chapitre 62 sur 64 · ÉTATS · texte numérisé non relu

ÉTATS

KILOMÈTRES CARriÉS.

habitants'.

PAR liILOMÈTnr,

CAuni':.

32 000 120 OOO

850 000 550 000 594 OOO 500 000 125 000 6 000

Mosquitia

' Squier, .\punl. 1856.

Le Centre-Amérique (mieux nommé en allemand Mittel- America, Moyenne- Amérique, car il n'a rien de central, mais il est intermédiaire entre les deux

796 CENTHE-AMÉRIQUE.

grands demi-continents), n'est autre chose qu'une suite d'isthmes formés pnr étranglements e* dilatations successives des terrains étroitement émergés qui relient la Nouvelle-Grenade au Mexique.

HïPsoMÉTRiE, Orographie. Cette suite d'isthmes est considérée généralement comme étant la continuation de la chaîne des Andes Colombiennes, laquelle se relierait ainsi aux Cordillères mexicaines, pour ne former qu'un seul et même système. Mais ce point de vue résulte d'une généralisation arbitraire et fort contestable : car M. Squier, chargé par le gouvernement des Etats-Unis de l'étude d'un chemin de fer projeté pour passer d'un océan à l'autre, affirme que l'enclKiînenient des montignes est complètement interrompu dans le Honduras le long du 90" degré (longitude de Paris) ; et c'est en conséquence de cette observation qu'il élend son projet de chemin de fer sur ce 90" méridien, depuis la rive à gauche de l'embouchure du Camelicon jusqu'à la baie de la Réunion ou de Conchagua, en passant par Comayagua, capitale du Honduras. D'un autre côté, M. Gorlambert (dans MaheBrun) dit que la chaîne côtière manque entièrement aux 60 milles ù^ côtes que le Honduras a sur l'océan Pacifique.

Squier, en considérant l'ensemble des régions isthmiques, y distingue trois centres marqués d'altitude, qui, selon lui, commandent à certain degré ses divisions politiques.

Le premier centre est le grand plateau du Guatemala, formé de hautes plaints entrecoupées et contournées, dont l'élévation (au-dessus du niveau des deux océans) atteint 12 et 1,500 mètres. De Guatemala à Coban ce plateau s'élève même à 2,000 mètres, si on le mesure dans la partie moyenne des crêtes. L'arête montagneuse est bornée à l'ouest par des sommets qui dépassent 2,200 mèlres. Au nord-ouest, les sommets atteignent 3,500 mètres sur la chaîne qui court jusqu'au delà de Tonicapan. L'inclinaison générale du plateau est vers l'Atlanlique. Et pourtant la chaîne d'Espiritu-Sancto, qui sépare le Guatemala du Honduras, garde, même en approchant de la baie vers Onioa, une altitude de 2,500 à 2,000 mètres.

Le second centre d'élévation est le groupe de montagnes qui s'élève comme une muraille en face du Pacifique, entre les États de Honduras et de Salvador. Les montagnes de Selaqne (près et au sud de Gracias) en forment les principales arêtes , elles atteignent 2,500 et 3,000 mètres. Elles étendent plusieurs rameaux, comme les doigts de la main ouverte, vers le nord et vers l'est. Entre ces rameaux se creusent des vallées d'altitude diverse, d'où sortent mille ruisseaux, formant par leur réunion les grosses rivières qui portent leurs eaux soit au nord et à l'est dans la mer des Caraïbes, soit au sud dans l'océan Pacificiue. Vers le nord, le plateau rtste fort élevé, puisqu'il garde encore 1,700 mètres de hauteur aux environs d'Omoa. Au sud de la chaîne, le plateau d'Intibucat se maintient aussi à 1,700 mètres. A l'est, celui de Tegucigalba n'a qu'une élévation moyenne de 1,100 mètres; et la partie la plus orientale de l'État, qui est à peu près inhabitée, n'atteint qu'un millier l'e mètres : c'est la moitié de l'altitude moyenne du grand plateau de Mexico.

Le sol du Nicaragua est généralement bas, sablonneux, parsemé de marais salants. Le bassin du grand lac, formé de plaines peu ondulées, est couronné de coteaux lonjour. verts, d'oà s'échappent de nombreux ruisseaux, tributaires du lac.

Le troisième centre d'élévation est dans l'État d • Costa-rica. Le volcan Cartago est le noyau central de la chaîne montagneuse de cet État, et il la domine de toutes parts. 11 cstlorm' dedcux cratères immenses, le Turrialba, haut de 3,812 mètres,

CENTaE-AMÉHlQUE. 707

et rirazii (Cartago), haut de 3,477. Là les Cordillères forment comme une grande barrière iion-interrompue jusqu'aux collines del'istlime de Panama, vers lesquelles elles descendent rapidement.

Le plateau où sont les villes de Costa-rica a 1,500 mètres d'altitude.

Géologie. La nature de tous ces groupes montagneux a été peu étudiée jusqu'à présent. La mission scientifique, chargée par le gouvernement français, en 1864-6, d'explorer le Mexique et le Centre-Amérique, a décrit, par les yeux et par les soins de MM. Dollfus et de Montserrat, les Étals de Guatemala et de Salvador, et en a donné une carte géologique, incomplète mais très-savante et très-lucide. On y voit les roches granitiques, qu'on peut regarder comme les plus anciennement soulevées (et qui justifient ici leur nom connu de primitives), apparaître sur une fiible étendue, en une ligne droite qui se dirige du sud-ouest au nord-est, suivant la rive droite du fleuve Motagua, depuis San-Rafael jusqu'à Gualan. Une bande parallèle de micaschistes, plus étendue, plus épaisse, suit la rive gauche du même fleuve, depuis sa source jusque bien près de son embouchure, et reparaît encore au delà pour former la sierra élevée de Omoa. Des schistes talqueux verts se voient au nord des micaschistes, et suivent la même direction jusqu'aux alluvions sur lesquelles coule le liio Polochic. Un soulèvement postérieur, quoique encore fort ancien, est celui des porphyres trachitiqiies, qui se montrent dans toute l'étendue du Guatemala méridional et du Salvador, dont ils tracent la configuration orograpliique. Toutes les rivières de l'État de Guatemala paraissent prendre naissance dans ce terrain porphyrique. Dans le Salvador, il forme les sierras de los Borcones, de Merendon, de Pacaya et de San-Juan, au nord du Rio Lempa jusqu'aux sources du Goascoran, et au sud du même Lempa il sert de base à la grande ligne des volcans jusqu'à Tabanco au delà de San-Miguel. Ce terrain se prolonge sans doute dans la série des sommités du Honduras. Le basalte n'apparaît qu'en deux localités, où il recouvre les porphyres trachitiques : l'une à l'est du volcan de Pacaya, entre le Rio Michatoya et celui de Los-Esclavos, l'autre sur la rive occidentale de la baie de Fonseca, formant en outre toutes les îles dont cette baie est hérissée et le promontoire sur lequel a jailli le volcan de Goseguina.

Les calcaires compactes et argileux (que les deux explorateurs regardent comme jurassiques) régnent au nord des micaschistes et des schistes talqueux, dans toute la province de Coban, et s'étendent probablement jusqu'au Petén. Ces calcaires sont accompagnés de silex et de gypse. Us supportent çà et là quelques bandes peu étendues de poudingues et grès schisteux sur les bords du Rio Rlanco et du Rio Ghisoy.

Dans tous les départements de l'État de Honduras on trouve en grande quantité des couches de calcaire blanc et bleu. Les collines et les montagnes derrière Omoa ont d'inépuisables carrières de beau marbre, blanc, fin, statuaire.

Les deux plateaux au centre de l'État de Gosta-rica sont supportés par de vastes dépôts de carbonate calcique, et de grès (appartenant probablement à la craie), quelquefois carbonifère.

On signale des couches de houille dans la vallée du Rio de Sulaco, et aux environs de Nacaome ; — de grands filons dans le val de Torola ; — les couches les plus étendues paraissent être dans la plaine de Sensenti, au sud-ouest de Gracias. La vallée du Lempa offre aussi de vastes indices de houille.

A Gracias il y a des carrières d'opale, exploitées fort imparfaitement par les Indiens.

798 GENTRE-A.MERIQUE.

Le terrain volcanique s'est formé dans une très-grande partie du Centre-Amérique. On compte trente-cinq grands volcans, parmi lesquels nous signalerons :

En Guatemala, le Santa-Maria de Quezaltenango (5,500 mètres d'altitude) ; le Cerro-Quemado, encore très-actif; le volcan d'Atitlan (5,573 mètres), près du lac de ce nom ; le Pacaya (5,500 mètres) ; l'Agua et le Fuego (4,400 et 4,000 mètres), qui dominent l'ancienne capitale de l'État, Guatemala Vieja ou Antigua (en indien Almolonga), et qui l'ont plusieurs fois renversée, — le premier en 1541, par les eaux qui sortirent du cratère et en emportèrent une portion, — le second par son éruption de 1775 (que le chevalier de Jaucourt prédisait, en 1757, dans l'Encyclopédie Diderot). Le Fuego a eu encore une gi^ande éruption en 1857.

Les volcans du Salvador s'élèvent en onze cônes isolés, et comme alignés, sur une chaîne secondaire de montjgnes, qui court de l'ouest à l'est parallèlement à la grande chaîne centrale, mais avec moins d'élévation, son altitude générale n'étant guère que de 600 mètres, {voy. la carte de Squier, car cette chaîne secondaire n'est pas tracée sur les cartes anglaises, et l'est lort imparfaitement sur les cartes françaises). Le terrain est un lit presque continu de scories et de ponces, relevé çà et là par des coulées de laves et des couches de pierres. Cette chaîne inférieure est d'un âge relativement récent, s'il est vrai, comme on le présume, que la mer vînt autrefois battre jusqu'au pied de la chaîne principale. Quoi qu'il en soit, les volcans Apenaco, Izalco, Salvador, San-Viceute, Tecapa, Usulutan, Chinameca, San-Miguel, etc., se suivent le long de la chaîne côtière, qu'ils relèvent majestueusement. L' Izalco brûle auprès de la ville indienne de même nom : il a éclaté en 1770 sur le grand massif du volcan éteint de Santa-Ana ; sans donner des courants de lave, il se maintient constamment en état d'éruption, élevant tons .^es quarts d'heure une colonne de scories fumeuses et de pierres, qui maintiennent le cratère à une hauteur de 800 mètres. Les dégagements gazeux de ce volcan donnent lieu à des fumerolles de diverses couleurs selon la proportion des acides, chloi hydrique, sulfureux, ou du sulfide hydrique ou de l'azote, que la vapeur d'eau entraîne.

Le volcan San-Salvador a un cratère de 6 kilomètres de tour et 900 mètres de profondeur. On trouve au fond un grand lac, dont l'eau est bonne à boire; ce lac est presque toujours couvert d'un brouillard épais; mais ses parois sont garnies d'une futaie qui facilite la descente jusqu'à l'eau.

Le San-Vicente est haut de2, 400 mètres : il a renversé en 1835 la ville qui porte, son* nom ; elle a été reconstruite depuis. Le San-Miguel élève son cône tronqué, colossal, à 1,800 mètres au milieu de la plaine; il a, au sommet, 1,100 mètres de diamètre d'ouverture. Sa dernière éruption de lave date de 1848.

Il y a, sur la même chaîne, beaucoup d'autres volcans plas petits, des soupiraux volcaniques, que les habitants nomment « infiernillos », petites bouches d'eufer ; — un grand nombre de cratères qui ne s'élèvent pas isolément au-dessus du sol, et dont certains sont remplis d'eau, tels que les puits volcaniques d'Ahuachapan ou Aguachapau, dans les montagnes d'Apaneca ; ce sont des volcans do boue, que l'on nomme Auzoles : il en sort des vapeurs blanches, mêlées d'une eau boueuse qui donne des boudions de 1 mètre de haut, avec grand échauffement de toute la terre circonvoJsine. Les bords sont garnis d'une argile colorée, qui serait éminemment propre à la poterie, mais que les habitants ne savent pas façoimer.

La ligne des volcans du Salvador se continue : dans la baie de Fonseca, par les îles élevées et volcaniques de Conchaguita, de Manguera, et par le pic de l'île Tigre, — dans la partie sud de Honduras, par le Gonchagun, qui s'élève à 1,250 mètres; —

dans le Nicaragua par le Guanacauro, le Coriseguina qui s'élève à 1,000 mètres, et qui a eu une terrible éruption en 1835; — le Moraobaclio et beaucoup d'autres volcans éteints, ceux de Viégo (2,000 mètres), de Santa-Clara, d'Orota. de Telica, de Las-Pilas, d'Axusco, de Momotombo, situés tous les sept sur une ligne double au nord de la ville de Léon; ceux do Léon, de Granada, de Bombuchoo, de Papagayo, tous situés le long de la côte occidentale; — dans le grand lac, les deux montagnes volcaniques de l'île d'Ométépec ; — le Masaya, dont le cratère a 250 brasses de profondeur, entouré de magnifiques forêts. — En Costa-rica, outre le Cartago, les volcans d'Irazu, de Miravalles, d'Orosi (2,638 mètres), de los Votos (3,000 mètres), de Villavieja ; le Varia dans la Sierra de Boruca ou Buricas ; et plusieurs autres.

Des dépôts ponceux modernes et des sables volcaniques recouvrent toute la zone des volcans. Ces dépôts servent en divers lieux de sous-sol aux couches argileuses plus ou moins épaisses, qui sont la formation la plus récente du Centre- Amérique, et qui se trouvent à toutes les hauteurs, depuis le rivage de la mer jusqu'aux plateaux les plus élevés : ce qui rend leur formation parfois assez difficile à expliquer.

De tous ces volcans, dix au moins doivent être regardés comme étant encore eu activité. On ne saurait donc s'étonner de la fréquence des tremblements de terre, qui bouleversent si souvent les campagnes et les villes, et semblent menacer incessamment les habitants de ces belles contrées. Depuis le seizième siècle, il s'est passé peu d'années où l'on n'ait signalé quelque formidable secousse. L'État de Guatemala en est le théâtre le plus ordinaire : les coteaux des Maslratons, par exemple, sont continuellement agités. Le Salvador en souffre jnoins souvent : cependant sa capitale en a été détruite, — en moins d'une minute, — dans la nuit du 16 au 17 août 1854. Elle était située sur un plateau de 650 mètres d'altitude. Les habitants, ayant été avertis par quelque agitation préliminaire, eurent le temps de se sauver. La ville avait eu six- tremblements de terre depuis 1575.

En Costa-rica, le tremblement de terre du 2 septembre 1841 a ruiné entièrement l'ancienne capitale Cartago.

Les tremblements de terre ne coïncident pas avec les éruptions volcaniques. Ils ont lieu en tous les mois, hors peut-être en janvier (Cornette). Un tiers du total a lieu en juillet. A Guatemala, oii le professeur Lizarzaburu, du collegio Tridentino, les obsei've assidûment, les secousses sont le plus souvent ondulatoires, et se dirigent généralement du sud-oue^t au nord-est.

11 Y a quelques mines d'or et d'argent en Guatemala et en Costa-rica, à Tisen^ gai, dans les montagnes d'Aguacate. En Salvador, celles de Tabanco sont célèbres pour leurs sulfures d'argent, de plomb et de zinc ; celles de Gapetillas sont riches en or • près de Santa-Ana, on extrait d'excellent fer en abondance. Mais les mines les plus riches sont celles des plateaux du Honduras. Le plateau central abonde enfer, cuivre, étain et métaux précieux. Les montagnes de San-Juan sont renommées aussi pour leurs richesses minérales^ L'or, surtout la }3oudre d'or, se trouve plutôt du côté de l'Atlantique ; l'avgent se rencontre plus abondamment sur les lignes du Pacifique. L'argent est à l'état de sulfure, de bromure et de chlorute • il Y a aussi un double sulfure d'argent et d'antimoine» Le plomb argentifère est exploité dans le département de Tegucigalpa, où il se trouve dans une gangue quartzeuse, qui contient aussi du zinc brun, du sulfure de zinc et de fer, et du fer oxvdé et magnétique. La vieille mine de Coloal a du sulfure de cuivre, du cuivre noir, du sulfure de plomb, tous avec alliage d'argent.

800 CENTHE-AWÉP.IQUË.

Les rivières qui sortent des monts Sulaco (à l'est de Comayagua) abondent en parcelles d'or.

Hydrologie. La grande chaîne des Cordillères, ici comme dans l'Amérique du Sud, s'approche de l'océan Pacifique et longe la côte occidentale depuis le lac Nicaragua jusqu'à la baie de Tehuantepec ; découpée en divers points de son épaisseur, elle prend la forme de rameaux détachés, entre lesquels passent des cours d'eau des hautes vallées de l'intérieur. Il en résulte généralement qu'à l'excep lion du Lempa les principales rivières vont au golfe du Mexique ou à la mer des Caraïbes.

Dans la chaîne de Guatemala prennent naissance les grandes rivières de Tabasco et d'Usumacinta, l'une à l'oiiest, fantre au centre de l'État; toutes deux vont au nord se décharger dans le golfe du Mexique, la première en traversant le Tabasco, la seconde aux limites de l'Yiicatan. Leurs sources ne sont pas loin de celles du Motagua ou Gualan, qui embouche à l'est dans le golfe de Honduras, et de celles de plusieurs petils cours d'eau qui coulent au sud pour se rendre au Pacifique.

Les rivières les plus remarquables fournies par le second centre d'élévation (Honduras et Salvador) sont: le Chamelicon, l'Ulûa, le Léon, le Romanoou Tinto, le Patuco,leCoco ouSegovia sur le versant du nord-est, — leCholuteca, leNacaonie, le Lempa, le Sumpal, le San-Miguel et le Goascoran, sur le versant méridional. Le Rio Ulùo et l'Humuya, l'un de ses principaux affluents, tracent la vallée de Comayagua au nord, tandis que le Goascoran la prolonge au sud jusqu'à Fonseca. Le Lempa, qui traverse le Salvador d'abord de l'ouest à l'est, puis du nord au sud, est navigable dans une grande partie de son cours, c'est-à-dire, jusqu'à 100 milles ou environ au-de>sus de son embouchure : il prend sa source au pied du haut piton ou volcan de Cliingo. Le Rio Sumpal arrose une longue et fertile plaine, séparée de la mer par la chaîne secondaire de montagnes, dont nous avons parlé, et qui est d'origine entièrement volcanique.

Le Lempa reçoit de la cbnîiie du nord de nombreux et importants tributaires, dont les princi: aux sont le Sumpal, le Guarajambala et le Torola; ceux qu'il reçoit du sud sont peu considéi'ables.

L'État de Gosta-rica, partagé en deux par sa Cordillère, qui en occupe l'axe central, a un sol bien irrigué par dix-sept rivières, dont le plus grand nombre se décharge dans le Pacifique : aussi ses riches pâturages nourrissent un bétail innombrable. A l'est, la vallée du Rio-Matiiia, qui va de Cartago à l'Atlantique, a une inondation de quelques semaines, annuelle et fertilisante, qui représente en petit celle du Nil.

Les eaux thermales ne sont pas aussi fréquentes dans le Centre-Amérique que le ferait supposer la multitude des volcans. On cite ceUes du Totonicapan (Guatemala). Il y a un groupe de sources minérales autour de Quezalteuango : les deux plus importantes sont à 5 kilomètres au sud-ouest de la ville, dans la vallée d'AImolonga : leur 'eau, incolore, insipide, onctueuse, possède 45 et 51" de chaleur. L'établissement thermal est au pied du Zunil, volcan éteint. San-Ciistobal a une source puissante, d'un goût acidulé et de 51° de température. On cite encore les sources thermales sulfureuses de Zonzonate.

Au sud-ouest du plateau oriental de Gosta-rica est un grand marais salant, El salitral, où jaillissent des sources salées chaudes. A Aguicaliente, une source de 49» est très-fréquentée pour combattre les maladies de la peau.

Le système hydrologique est complété par les lacs, dont plusieurs sont des dé-

CEiNTRE-AMÈRIOUE. 801

pendances du terrain volcanique. Le plus colossal de tous est le lac ou lagune de Nicaragua, qui n'est séparé du Pacifique que par un isthme de 22 kilomètres. Ce lac a 200 kilomètres de long (presque deux degrés de loiigitude), et! H kilomètres dans sa plus grande largeur; il couvre plus d'un million d'hectares, qu'il serait possible de vouer à l'agriculture, puisque le fond est au-dessus du niveau des deux mers. Il est navigable pour les goélettes, mais sujet à de violentes tourmentes. Ses eaux sont douces; elles se déchargent dans la mer des Antilles par les chutes nombreuses du Rio San-Juan. Nous avons signalé deux de ses volcans. Quoique ses bords aient une altitude de 40 mètres, il a pour affluents, nonseulement les eaux d'un autre lac, celui de Léon ou Managua, qui s'y décharge à l'ouest par le courant nommé El Pano, mais encore au nord un grand nombre de rivières ou ruisseaux qui dérivent du versant méridional de la Cordillère, l'Alacta, le Coiigrital-Esto, le Rio-Mayales, le Sinacopa, etc. D'autres lagunes plus petites se trouvent entre le grand lac et le Pacifique.

Le Guatemala a, au nord, le lac Petén, dont la forme, à peu près elliptique, et la position n'ont pas encore été déterminées exactement ; il semble isolé sur sa petite chaîne montagneuse, sans recevoir ni donner un cours d'eau notable ; — à l'est, le lac que les cartes françaises et espagnoles nomment Isabal, et les cartes anglaises Gulf Duke : il est en communication avec le golfe de Honduras; — au sud, le lac salé d'Amatitlan, qui abonde en pierres ponces, le lac d'Âtitlan qui a 25 kilomètres de tour et 1,538 mètres d'allitude; — et d'autres plus petits.

L'Etat de Honduras a le lac Truxillo, sur lequel flottent des îles bien boisées ; le lac de Tanlabé ou Yojoa (au nord-ouest de Coraayagua), qui a 40 kilomètres de long, parallèlement à la Cordillère, et qui donne au nord le Rio Blanco, au sud les rivières Jactique et Sarapa : ses bords sont couverts d'une luxuriante végétation.

Le Salvador a deux grands Incs, très-poissonneux, le Guijar au nord-ouest, le Cojutepeque ou Ilopango au centre. Celui-ci est probablement un ancien cratère : ses bords sont relevés de collines hautes et escarpées, formées de scories et de divers autres produits volcaniques. Ses eaux, qu'il ne doit qu'à lui-même, s'écoulent, par une profonde crevasse, dans la rivière Jiboa, vers la base du volcan Sau-Vicente. L'eau du lac reste 400 mètres plus bas que le niveau général du terrain. Quoique limpide, elle ne peut servir aux usages domestiques. Lorsqu'elle est calme, elle emprunte et réfléchit l'azur du ciel ; mais, si le vent l'agite, elle prend une couleur verte et exhale une odeur de soufre très-prononcée. Quand elle est ainsi remuée, on y prend diverses sortes de poissons en grande quantité.

Le même État a d'autres lacs moins importants, volcaniques et salins aussi, notamment le Joya, à 6 kilomètres au sud-ouest de la capitale, le Tecapa et le San- Salvador, cratères-lacs situés au sommet de hautes montagnes.

Les lacs Soccorra, Ochomogo, Surtidor, Barba, sont les plus remarquables de l'État de Costa-rica.

Le Guatemala n'a qu'un seul port, le port ou rade d'Iztapa sur le Pacifique. Les quatre autres républiques ont un grand nombre d'excellents ports sur l'un et l'autre océan. Elles sont toutes dans des conditions physiques si admirables, que leur prospérité n'aura aucunes bornes, lorsqu'elles auront renoncé à l'esprit d'étroite rivalité qui les arme les unes contre les autres, pour s'occuper d'améliorer conjointement l'état de leurs citoyens, leurs routes, leur administration, leur agriculture.

DICT. ENC. Xlil. 51

Climat. Des conditions géographiques du Centre-Amérique résulte une variété de climats si grande, qu'on y rencontre la clialeur torride de l'Arabie, la douce température de Naples, et la froidure des montagnes de la Suisse. Aucun autre pays n'offrirait de tels contrastes.

On peut donc distinguer ici, comme il est d'usage au Mexique, les trois zones de terres chaudes, terres tempérées et terres fraîches. Les terres chaudes s'entendent des régions à haute température, caractérisées surtout par la présence du pahiiier et du cocotier, qui s'étendent depuis le niveau des mers jusqu'à l'altitude de 400 à 500 mètres.

La température moyenne annuelle des terres chaudes est de 25 à 28°. La brise de mer rafraîchit l'atmosphère le soir et le matin ; mais au milieu du jour, le thermomètre dépasse souvent 40° ; force est alors aux étrangers et même aux indigènes de demeurer dans l'inaction à l'abri des rayons brûlants du soleil.

Le climat des côtes est à peu près celui des Indes occidentales, et il est généralement uniforme, sauf quelques modilications qu'y apportent les "vents dominants, la proximité des montagnes, ainsi que l'exposition et la configuration des côtes. Sur les rivages du Pacifique la chaleur est moins louide que sur ceux de l'Atlantique, ce qu'il faut attribuer, non à une différence considérable de température, mais plutôt à la sécheresse et à la pureté de l'air.

Les terres tempérées sont celles qui admettent les cultures tropicales, comme le bananier, la canne à sucre, le caféier, l'ananas, etc. Elles sont comprises entre les altitudes de 500 et de 1,500 mètres environ. Source inépuisable des richesses agricoles, elles ont beaucoup plus d'étendue ici qu'au Mexique : elles comprennent notamment les deux tiers du Guatemala et .du Salvador; elles occupent, sur le versant du Pacifique, les pentes plus ou moins accidentées qui descendent vers la mer, et, sur le versant de l'Atlantique, les vastes plaines mamelonnées de Vera- Paz, les flancs des chaînes montagneuses et les plateaux autour desquels ces chaînes se développent. La température moyenne des terres tempérées oscille entre 24 et 18 degrés.

Les terres froides s'entendent de la zone où prospèrent les arbres de nos climats d'Europe et les céréales. Elles occupent les plateaux portés sur l'arête montagneuse centrale, les sommités de la région nord des Altos, les cimes des grands pics volcaniques. La chaleur y est encore assez grande pendant le jour ; mais elle s'abaisse rapidement aux heures nocturnes, dont la fraîcheur est favorisée par la raréfaction de l'air dans ces régions élevées. Cette zone se termine à peu près à l'altitude de 2,500 mètres. Plus haut les Conifères sont les seuls arbres qui vivent encore, et ils caractérisent, avec d'humbles Graminées, la base de la zone glacée qui se couronne de neiges permanentes.

Le Centre-Amérique est compris entre l'isotherme de température moyenne 28 degrés, qui passe au sud de Panama, et celle de 25 degrés, qui passe à Vera- Cruz (Atlas du Cosmos).

Il n'y a proprement, on le sait, que deux saisons sous les tropiques, la saison pluvieuse et la saison sèche. Leur succession et leur durée éprouvent quelques variations, dues aux causes locales. Ici la plus grande différence est entre les versants de l'Atlantique et ceux du Pacifique. Sur tout le Centre-Amérique les moussons soufflent du nord-est : ayant traversé l'Atlantique, ils passent à terre, chargés de vapeurs qu'ils déposent en grande partie sur les montagnes centrales, de Guatemala, de Honduras et de Costa-rica, d'où elles retournent en cours d'eau à l'océan qui les a fournies. Les moussons, ayant traversé les régions élevées de

CEiSTRE-AMÉlUQUE. 805

l'intérieur, arrivent desséchés et refroidis sur les versants du Pacifique, et y procnient les conditions de fraîcheur et de salubrité favorables au développement de la population.

11 n'y a pas, à vrai dire, de saison sèche sur le littoral de l'Atlantique. La pluie y tombe toute l'année avec plus ou moins d'abondance, d'oii une humidité et insalubrité proportionnelle du cUmat. Mais entre mai et octobre, durant quatre, cinq ou six mois, les moussons sont intermittents : lorsqu'ils s'arrêtent, l'humidité est moindre, et l'on se dit en saison sèche.

Pendant l'intermittence des moussons, le versant du Pacifique est sujet aux vents d'ouesl et de sud-ouest, qui versent des pluies sur les montagnes occidentales, et y constituent la saison pluvieuse. Gomme ces vents ne sont le plus souvent que de lortes brises de mer, et qu'il ne durent que quelques heures, les pluies sont courtes; elles tombent généralement le soir ou la nuit. Cependant il arrive de temps en temps ce que les Espagnols appellent des temporales, c'est-à-dire, des pluies qui durent tout le jour et même plusieurs jours consécutifs.

Les régions élevées de l'intérieur ne sont sujettes ni à de très-grandes pluies ni à une excessive sécheresse: elles participent du climat de l'un ou de l'autre des deux versants, selon qu'elles s'en rapprochent plus ou moins. La plaine de Gomayagua, qui est située précisément au centre du Honduras, presque à égale distance des deux océans, se ressent des deux climats, ensemble ou successivement. Il y tombe de la pluie, peu ou plus, eu tous les mois : ce ne sont que de légères ondées pendant la saison sèche du Pacifique, mais ce sont des pluies fortes et prolongées, quand revient la saison aqueuse. Les temporales y sont inconnus.

Nous donnerons maintenant quelques indications de climat spéciales à chacune des cinq républiques.

Guatemala. La température générale est évaluée (Thompson's Narrative) à 24» de janvier à juillet, pendant le jour, 12" pendant la nuit; en été, 5°-6° de plus. A une altitude de 900-1200 mètres, en septembre 1854, la hauteur moyenne du thermomètre fut de 20°, maximum 25«, minimum 12°. Le vent soufQant du sud-est, la pluie est tombée quatre à sept jours de chaque semaine ; elle commençait à deux heures après midi. Dans la saison pluvieuse, il en est tombé 15 centimètres par semaine, soit eu tout 274 centimètres. G'est un relevé de la Gazette officielle; mais il y a lieu de le croire exagéré, parce que la ville de Guatemala est reconnue comme moins pluvieuse que l'isthme entre le Nicaragua et le Pacifique {voy. page suivante). G'est fort loin, au reste, des pluies qui tombent à la Guadeloupe et dans quelques-unes des petites Antilles, et dont la quantité annuelle monte à

740 centimètres.

La réo^ion nord du Guatemala est l'un des pays les plus arrosés de la zone qui l'est le plus. Le Petén reçoit, du mois de juin au mois d'octobre, des pluies trèsabondantes, qui y entretiennent une humidité pernicieuse.

i)ans la région sud-ouest, qu'on nomme los Altos (les terres hautes), la température moyenne est plus basse qu'en aucune autre région de cette zone. Il tombe quelquefois de la neige dans le département de Quezaltenango ; mais elle disparaît promptement, et le thermomètre ne demeure pas longtemps au degré de glace. A Guatemala, il n'y a jamais de neige. Il y a par an 90 jours de brouillard, répartis entre la saison d'eau et la saison sèche, mais moins fréquents dans celle-ci. Le thermomètre varie de 13° à 27» centig. ; sa hauteur moyenne est de 20". Il y a bien 10° de plus au noid-est (département de Vera-Paz), sous le Yucatan et autour du Golfo-Uulce. Cette côte de l'Atlantique est réputée malsaine,

804 CtlISTRE-AMÉRIQUE.

ainsi (lue celles du Honduras ; celles-ci sont pourtant un peu moins chaudes, grâce aux vents frais du nord qui y régnent la plus grande partie de l'année.

Honduras. Le Honduras doit son nom à l'élévation variée de ses terrains. Ses côtes ont une température plus élevée qu'aucime autre partie de l'État, quoique les vents qui y dominent soient le nord-est, le nord et le nord-ouest. Dès qu'on avance dans l'intérieur, la chaleur diminue rapidement, avant même d'atteindre les montagnes. Le climat des collines est en général frais, égal et salubre. Celui des hauts plateaux varie, non-seulement suivant leur altitude, mais encore suivant leur exposition aux vents dominants. A l'embouchure du Rio-Negro, dans la baie de Honduras (lat. 16% long. 870), où la chaleur est tempérée, tantôt par les brises de mer, tantôt par les vents secs du nord, le thermomètre, pendant une année (1840-41) varia de 17" à 30", maximum en août et septembre, minimum en décembre et janvier. Les variations mensuelles ne sont que de 1° à 3". Dans la grande vallée de Gomayagua, élevée de 550 mètres, la température moyenne du jour, en avril, mai et juin 1853, fut de 26% maximum 31", minimum 20". il y a 2-3" de moins à la Paz et à San-Antonio, distants de 22 kilomètres de Gomayagua. Ce sont les mois les plus chauds de ces régions de l'intérieur ; mais novembre, décembre et janvier, sont positivement froids, et il faut quelquefois du feu pour s'y trouver bien.

La ville de Tegucigalpa . . . altitude 1040 mètres, a en mai 24° iherm.

— Gracias — 765 — — "23» • —

— Saiita-Rosa ... — 1030 — 20" — Intibucà ou la Esperanza . . — 1500 — — 13°,33 — Guajiquiro, village d'Indiens. — 1600 — »

Salvador. Cet État est le plus petit, le plus peuplé et le plus industriel des cinq. Il est aussi le plus volcanisé et le plus fertile. Il est moins élevé que ceux de Guatemala et de Honduras, et il est naturellement plus chaud, excepté sur quelques plages, comme celles de Zonzonato, San-Miguel et l'Union. La ville indienne de San-Miguel est réputée malsaine. Le plateau côtier qui porte la capitale a une élévation de 650 mètres, et jouit d'un climat comparativement frais; en août 1855, la température moyenne fut de 24 degrés et demi, maximum 27", minimum 21°.

Nicaragua. L'isthme de Rivas (sous le vent du volcan d'Ometepec) reçoit annuellement plus de pluie qu'aucune autre côte du Pacifique, ce qui s'explique par se que les vents , passant à travers la vallée du Rio San-Juan et sur le lac de Nicaragua, sans rencontrer des montagnes élevées, portent leurs vapeurs jusqu'aux pics des volcans d'Ometepec et de Madera. En 1850-51, la quantité de pluie tombée en douze mois s'éleva à 249 centimètres, dont 231 de mai à octobre, et 18 seulement de novembre à avril. H y eut 139 jours de pluie et 226 jours secs. Le mois de février fut le seul tout à fait exempt de pluie. La température moyenne, de l'année fut 25", 2, le maximum 35", au mois de mai, et le minimum 20", au même mois.

Dans le département de Segovia (qui est intérieur), la température moyenne est de 23" à 24". Mais, dans le bassin du lac, elle s'élève à 27", 30" et 32°.

Costa-rica. Le climat est de ceux que l'on qualifie d'extrêmes, parce que la température varie entre des limites éloignées, depuis la forte chaleur du Port de Punta-d' Arenas (à la corne méridionale du golfe San-Juan) , jusqu'au printemps permanent de San-José, capitale actuelle, ou à la température automnale de la bande qui s'étend devant l'ancienne capitale Carlago. La côte orientale est chaude,

CEMnE-AIUERIQUE. 805

humide et insalubre; l'occidentale est chaude et saine; les plateaux de l'intérieur unissent la fraîcheur et la salubrité. La partie centrale, la plus peuplée et la mieux cultivée, se compose de deux plateaux. Celui de l'est ou de Cartago, dont l'altitude est de 1 ,500 mètres, a deux périodes de pluie, l'une de novembre à février, l'autre de juin à juillet. Il a d'excellents pâturages, des ciiamps de blé et de maïs, des cultures de très-bon tabac. Le plateau de l'ouest ou de San-José ne s'élève en moyenne qu'à i,200 mèti'es. La pluie y tombe avec abondance durant sept mois consécutifs, de mai à décembre, sauf une courte interruption entre juin et juillet (ce que les Ladinos appellent <( El veranillo de San-Juan, » le petit été de Saint- Jean). Elle tombe l'après-midi et ne dure que deux heures chaque jour. De janvier à avril, la saison est complètement sèche. Durant les mois pluvieux, la température reste entre 16 et 18», ne variant d'un mois à l'autre que d'un à deux degrés ; et l'écart dans les 24 heures du jour n'est que de ¥. Il y a donc sept mois de l'été le plus modéré et Je plus agréable. « Tout ce plateau n'est qu'un immense jardin, couvert de plantations de café, mêlées ci et là de champs de maïs et de cannes à sucre, d'orangers et de bananiers » ((Drsled). Tout le reste de la république n'est guère qu'un désert, couvert de forêts vierges.

Le rivage de la lagune de Ghiriqui est tout entier bas et malsain ; aussi la partie orientale de Cosla-rica, ravagée en outre par les flibustiers, est à peu près inhabitée. Il faut en dire autant de toute la côte de l'Atlantique jusqu'à Truxillo (lat. 16") : même insalubrité, même rareté de population.

Floek. Le Centre -Amérique, appartenant en entier à la zone torride du Nord, jouit de la flore tropicale sur ses rivages et dans ses plaines basses, et il admet sur ses terres hautes un grand nombre de genres de plantes des zones tempérées.

On sait que l'Amérique équinoxiale a le tiers des espèces phanérogames connues ; que la plus grande abondance des plantes de cet embranchement y est fournie par les familles des Composées, Légumineuses, Malvacées, Euphorbiacées ; que les Labiées, les Joncées,les Cypéracées, donnent peu comparativement; et que les Crucifères et les Ombellifères ne donnent rien, si ce n'est à des hauteurs oii la tempéiature moyenne annuelle est au-dessous de 14°. Quant aux Acotylées, l'Amérique a, proportionnellement à son aire, un tiers des fougères en sus de celles de l'ancien monde.

Le sol intertropical, quand il est laissé à lui-même, se couvre naturellement de forêts. Cependant le pays des isthmes offre divers aspects de végétation, suivant la position de l'observateur. Les alUivions de la côte du nord sont généra. Jement couvertes d'arbres gigantesques formant de grands bois, où la vie végétale et animale se développe avec une exubérance incomparable. Les vallées intérieures sont , ou de vastes savanes, ou des prairies verdoyantes. Les hauts plateaux, dénués des plus grands arbres, sont semés de pins, d'acacias et de chênes verts. Comme aspect général, les collines et les montagnes des côtes du Nord et de l'Est sont beaucoup plus verdoyantes que celles du Pacifique, qui son moins arrosées.

Les forêts côtières multiplient à l'infini le palétuvier (Rhizopliora mangle L.),, qui s'élève sur ses racines aériennes comme sur des colonnes serrées, et rend impossible le débarquement sur les rivages dont il s'est emparé ; le cédrel [Cedrela odorata L., Cedro pour les Américains-Espagnols), qui a jusqu'à 2 mètres de diamètre et 30 mètres de haut; son hois parfumé n'est pas attaqué parles in-

sectes ; l'ule ou caoutchouc {Siphonia elastica Pers.) ' ; le ceiba {Bombax Ceiba L.), qui tleurit deux ou trois fois par an et donne une gousse pleine d'un fin coton ; les taniarinds (Caesalp.); quelques citronniers; le sassafras (Laur.). On signale encore un bel arbre littoral, Quassia Cedron Bâillon. De très-grands palmiers de diverses espèces s'entremêlent aux arbres dicotylés, et ils se groupent aussi à la base des collines. Le plus précieux de tous est le cocotier, qui se multiplie par milliers, Cocos aculeata Plum., C. biityracea Lin. f., dont les palmes ont 15 à 18 mètres. Non moins précieux, dans une autre famille, est le bananier {Musa paradisiaca L.), vulgairement platano ou palmier des Indes, qui fournit un aliment aussi important que le maïs. Humboldt avait calculé, sur les platanos de San-Blas, qu'une plantation d'une lieue carrée nourrirait plus de cinq cent mille individus, avec ses régimes qui portent 170 fruits pesant ensemble 60 à 80 livres ; et l'ingénieur Squier, affirmant que les platanos du Honduras sont très-supérieurs à ceux du Mexique, croit qu'une plantation de pareille étendue pourrait fournir la subsistance d'un million de personnes.

Les forêts nourrissent de riches bois de teinture : le fultoc {Morus tinctoria L.), le sandal (Santahim L.), le sang-de-dragon {Pterocarpus draco L., fam. Pap.- Dalb.), les bois dits de Brésil et de Campèche {Hœmatoxylon L., Gœsalp. Cœsalpinia echinata Lamk. et C. brasiliensis L.) ; l'achote {Bixa O^^ellana L.), qui fournit le rocou, matière colorante dont les graines sont enveloppées. Les forêts donnent aussi les bois précieux d'ébénisterie : l'ébène {Diospyros Ebenum Betz), le rosa (Amyris balsamifera L.), le guanacusta eu lignum-vitne [Rhamnus sai'coniphalus L.), l'acajou ou coaba [Swietenia Mahogoni L.), arbre colossal, dont la croissance est frès-lente mais sans limite ; et d'autres bois, moins abondants, recherchés encore pour leu^^ utilité : le sumac, les yeuses de diverses espèces (encinas); les Sapotacées (Sideroxyhim, Achras Sapota L.); les Bignoniacées; l'algarroba; le papayer {Carica), dont le fruit a la saveur du melon ; lapolygonée Coccoloba uvifera L. ; le santa-maria (bois de Tolu ?) ; le mangle-de-Sarragoza ; le palo-de-percba.

Les rivages du Nord donnent en abondance le cacao (Tlieobroyna Cacao L.) sauvage et cultivé ; un piment estimé {Myrtiis pimentoides DG.) ; beaucoup d'arbres fruitiers indigènes, le toronja {Citrus decumana L.), plusieurs espèces A'Anona, A- squamosa, A.'muricata L., et le cherimoha, A. reticidata L.; les myrtacées, Yambosa vulgaris DC, Psidium sine7ïseLod(\.,Ps. pomiferuniL., eXPs. guaiaî;as, goyavier; le sapote, Lucuma Bonplandii Humb. (Fam. Sapot.); le mamey (Mawmea amencfma L., Glus.); Bromelia ananas L. ; Tamarind\is occidentalis Gœrtn. (Gœsalpiniées) ; le sandia, melon d'eau, Cuciirbita Citruilus L. ; le maragnon, Semecarpus Anacardium Lin. f. ; lemélocoton, Armeniaca ; le membrillo, Cydonia; le durazno ou duracine, Persica; le caimito, le zuncuya, l'almendro, Ainygdalus microphylla H. B., Cerasus occidentalis Loisl. ; le granadillo, Cydonia indica Spach (Ind. or.); l'algarroba, carroubier (//^/mewcEa^OMrbaril L.), Gsesalp.

Les rivages du Pacifique sont ornés d'une foule de mimosées, Mimosa albida Kunth, entre autres. Les forêts, plus resserrées, ontleJicaro, Crescentia Cujete^

* Le caoutchouc est. fourni aussi par une Artocarpée, Castilloa elastica Cerv., qui croît sans culture, principalement dans le hassin du Rio San-Juan. En ouvrant l'écorce par des incisions multipliées sur toutes les branches dans la saison active, on obtient de chaque arbre jusqu'à tO kilogrammes de suc laiteux coagulable (P. Lévy, Bull. soc. b. de Fr., XVII). L'arbre survit à tant de blessures, pourvu que le fer n'en ait pas entamé le bois.

ou arbre aux calebnsses, de médiocre grandeur, qui mûrit ses fruits ronds, semblables à des pommes, quoique toutes ses branches nourrissent aussi de grandes et brillantes Orchidées, des genres Epidendrum, Cattleya, Lycaste, Peristeria. Entre autres belles banes, est la samydée Casearia (Antigona) cinerascens il. Flum. Sur les pentes se multiplient les Ingas, Cassias, Hématoxylons, Poinciana pulcherrima L.; Combretim, dont les fruits sont vénéneux; les Cactées dans les terres arides. Sur les mêmes côtes, et sur les versants, dans les savanes, se trouvent les espèces d'Acacia, A. arabica et autres, d'où l'on fait découler la gomme arabique. Les savanes littorales nourrissent des malvacées arborescentes, Sida, etc.; des citronniers épineux, frangipaniers, Lecythis, Hélianthées, Ingas, Papayers, CiGÎhA turgescents , Avicennia L.; Jacaramla iass\en (Bign.); Chrysobalanus Icaco L. aux fruits acerbes; Pachira aqualica Aubl., aux amandes insipides. Ces savanes ont aussi, en palmiers, Bactris setosa, B. macracantha Mart., etc.

La sophorée Myrospernmm, mal nommée peruiferuni, baume du Pérou, se cultive uniquement sur la côte du Salvador dite Costa del balsamo {91»-92<' long. Par.). Les Indiens purs, qui occupent exclusivement cette côte, recueillent, chaque année, en faisant des incisions à l'écorce, 20,000 livres de suc résineux et parfumé, qu'ils nomment, paraît-il, quiuquino. Une autre espèce du même genre papilionacé, Myrospermuni toluiferum Rich., fournit le baume de Tolu.

Une plante d'un produit aussi précieux est cultivée sur la côte du Salvador qui fait suite à celle du baume, c'est-à-dire aux environs de la baie de Jiquilisco; c'est une papilionacée indigène, îndigofera disperma L. Elle occupe un grand espace, car il faut 300 kilogrammes delà plante pour donner un kilogramme d'indigo. Elle a jusqu'à 2 mètres de haut, elle vit trois ans, et donne chaque année une récolte par fauchage. Une autre espèce, Indigofera Anil Lamk, est cultivée en Amérique centrale, mais originaire de l'Inde, et renommée comme produisant le meilleur indigo, connu sous le nom d'indigo de Guatemala. L'indigo s'obtient par fermentation des feuilles dans l'eau. Dans le nord du Guatemala, on cultive aussi i'Inga pour la teinture.

La pinuela. Broméliacée épineuse, est recherchée comme plante textile.

Les Bégonia, qui font l'ornement de nos serres, ont trois espèces du Guatemala et neuf de Nicaragua et Costa-rica.

Dans les vallées, les Cactus (on sait que toutes les plantes de cette famille appartiennent à l'Amérique équatoriale) tantôt rampent sur la terre et la couvrent d'épines acérées qui s'opposent au passage de l'homme et des bêtes, tantôt s'élèvent en prismes de 6-7 mètres de haut, et figurent des colonnes de temple en ruine, ou se courbent en suivant la marche du soleil {Cereus intricatus Lk. Otto, C. acanthodes, etc. ; Opuntia ficus indica Mill., 0. leucotricJta DC, 0. monacantha Haw.; Rliipsalis ramulosa Pfeiff., etc.). Le nopal {Opuntia cochinillifera Mill.) abonde particulièrement dans la plaine de Comayagua (Honduras). Dans les terres sèches, on voit avec admiration les Cactées disputer le sol, mètre à mètre, souche à souche, aux nombreuses espèces d'Âgavées. Les Cactus s'attachent aussi comme parasites, par exemple, aux Crescentia.

Au reste, dans les plaines, les vallées et sur les montagnes, particulièrement du Honduras qui est arrosé avec profusion, tous les arbres sont couverts de parasites, sous lesquels on a souvent peine à les reconnaître.

Toutes les collines des deux mers sont couvertes de glumacées, au milieu desquelles croissent des pins. Ces arbres viennent sur l'Atlantique presque au niveau

de la mer; mais, sur le Pacifique, ils ne clescendent pas au-dessous de 400 mètres d'altitude.

Sur les collines du nord, la pita, que les Mexicains nomment ixtle, et les botanistes Agave {A. americana L., A. mexicana Land<. et 60 autres espèces), donne ses fibres tenaces, qui servent à faire des cordes, des toiles pour hamac et du papier, tandis que ses fortes épines remplacent les épingles et les clous ; la vanille parfimnée (Vanilla aromatica Swarz) étend ses sarments aériens'; la salsepareille {Smilax Sarsaparilla L.) fournit ses longues racines souterraines aux Indiens, qui en font le commerce.

Les collines fournissent aussi les plantes médicinales, Copaifera Jacquini Desf., Liquidamhar macrophylla (Drsted, dans le Nicawgiia, Liquidamhar Styraciflua L., qui domine, avec Myrica cerifera L., dans les forêts autour de Goban ; Styrax officinalis L., Ricinus communish.; le gingembre, la casse. Le bel arbre qui fournit la casse du Brésil {Cassia mollis Vahl) croît au Nicaragua.

Dans les forêts vierges, au nord de Guatemala, sur les débris des grands arbres morts de vieillesse, végètent vigoureusement les Fougères, les Pipéracées, les Aroïdées. Aux vieux troncs encore debout sont suspendues les lianes, bauhinias, Cissiis cordifolia \j. , Cissus hydrophana, Aristolochia grandiflora Sw., dont la fleur a 40 à 50 centimètres de diamètre ; la vanille, le piment de Tabasco, etc.

Sur les bords des rivières montagneuses se trouve communément le savonnier, Sapindus Saponaria L., que les Indiens pilent et jettent dans l'eau pour étourdir le poisson. Ils se servent aussi, pour laver le linge, de son fruit, dont la chair rougeâtre mousse dans l'eau comme le savon.

Les terres tempérées sont caractérisées par les balsamifluées, les solanées arborescentes {Lycopersicîtm piriforme Dun.), les mélastomacées (Rhexia, Sarcomeris Naud.), les yuccas, les agaves. Ces terres produisent les passiflores, aux baies rafraîchissantes ; les myrtacées, Eugenia JambosL., aux pommes roses ; Lucuma salicifolia Kth, (Sapot.) ; d'autres arbres à fruits, entre autres trois espèces d'avocatiers (Persea), deux espèces de Spondias, Sp. lutea et purpiirea L., qui donnent leurs drupes savoureuses avant les feuilles. On trouve dans le département de Vera-Paz plus de cinquante espèces de chênes, dont quelques-unes portent des glands énormes. Sur les pics serrés du plateau central de Costa-rica, les chênes couvrent le sol entre 2,300 et 5,600 mètres. Au-dessous de cette région, on admire, au sud du Mombacho, une magnifique Lécythidée, Couroupita Nicaraguensis, dont la tige nue s'élève à une hauteur énorme, parfaitement droite et cylindrique comme une colonne immense.

Les pentes sont couvertes de Composées diverses, Hélianthes, Tagètes, Cosmos, Zinnia elegans Jacq., etc. Les Clématites se suspendent aux buissons, les Glycines aux arbres; les prairies sont ornées d'Amaryllis, d'Oxalides, d'ipomœas, /. villosa R. Pav., I. longestipulata; de Fuchsia, F. microphylla H. Bonpl.; Jnga pulcherrima Cervant.; Gloxinia, Achimene, Mirabilis Jalapa L., dans les lieux ombragés; Euphorbia pulcherrima Willd. La broméliacée Tillandsia étend ses tiges fdamenteuses sur les branches des pins. La famille des Palmiers fournit encore des Corypha, des jalactes ? ; celle des Orchidées, le parasite Stanhopea.

Des Fuchsias, Baccharis, Eupatorium, Lobelia, Cestrum, etc., émaillent les taillis du volcan Irazu en Costa-rica. Dans le Guatemala, la région Alpine, audessus de 3,000 mètres, a encore, comme plantes herbacées, des Ranuncidiis, Arabis, Draba, Cerastium, Gentiana, Sida, Alchimilla, Potentilla, Saxi-

CEiNTRli-AJlÉlUOUE. 80!)

fraga. Aster, etc., et comme arbrisseaux, Gaiithiera, Arhutus, Andromeda et ^pirœa.

Le mûrier vient spontanément sur les montagnes. Les plus hautes crêtes sont revêtues d'herbes touffues, et les rochers sont couverts de mousses. Les pins et les yeuses souffreteuses y sont exempts des parasites feuilles; ils portent néanmoins de grands lichens qui flottent aux vents.

On cultive en grand le maïs, le coton, le sucre, le tabac, l'ananas ; — deux Cucurbitacées, le pipian et l'agote; — l'yame Dioscorea, dont les tubercules farineux fournissent un aliment important; — l'euphorbiacée Jatropha h. {Manihot ?\um.), qui donne le sagou blanc (tapioca, manioc ou cassa ve). Le maïs est, sous diverses formes et de temps immémorial, la principale nourriture du peuple. Malheureusement le fléau des sauterelles le détruit parfois en quelques heures, d'où résultent d'etfroyables famines. Cela n'arrive que daiis les terres basses, car l'insecte ne s'élève pas aux versants des montagnes. Dans le département de Petén, le maïs se sème en mars et en mai ; il mûrit en trois mois Il peut fournir deux récoltes par an, si le terrain est arrosé, comme il l'est sur la côte du Sud. Cette côte fournit des Anones qui pèsent jusqu'à 4 kilogrammes, des bannnes d'un demi-mètre, des ananas, des sapotes énormes, des cacaotiers à profusion; malheureusement son insalubrité, au sud de Guatemala, force à l'abandonner. La canne à sucre, indigène, peut être coupée un an après sa plantation ; elle dure de cinq à six ans, étant coupée chaque année. Dans les terres fertiles de Costa-rica, elle dure jusqu'à vingt ans, et fournit deux récoltes par an. Elle peut être cultivée avec profit dans toutes les plaines, et sur les montagnes dont l'altitude ne dépasse pas i,200 mètres.

Le café ne réussit bien que dans une zone de 600 à 1,000 mètres d'altitude.

Dans tous les districts élevés, on cultive avec avantage les fèves (frijolas) et divers haricots, les courges, les pommes de terre, que les Européens doivent à l'Amérique, et les cérérales des zones tempérées qu'ils lui ont données en échange. Car toutes nos céréales étaient inconnues des Américains. Ils avaient, de leur côté, plusieurs racines comestibles, telles que camote, igname, patate douce, yuca (arrow-root) ; et l'iquisque, fourni par vme Aroidée.

La flore offre beaucoup d'autres ressources pour l'alimentation. Nous avons signalé le cocotier ; on cultive aussi le palmier coyol et d'autres oléagineux. A Guatemala, on mange les boutons charnus de Chamœdorea elatior Mart. Les deux arbres fruitiers les plus estimés sont le Chérimolia et Persea gratissima Gœrtn. (Laur.). Une petite espèce de banane fournit du vinaigre. L'Yucca donne abondamment d'excellent amidon. Les Agave sont de véritables sources d'une agréable boisson, qui est le pulque : lorsque la rosace a végété de huit à douze ans, la hampe tend à se développer ; on coupe alors le faisceau des feuilles centrales qui enveloppent le bourgeon; la sève, persistant dans sa marche ascendante, coule au dehors ; on y puise, pendant deux ou trois mois, plusieurs fois par jour. Ce rameau épuisé, d'autres rejetons perpétuent la plante et offrent de nouvelles lécoltes.

On pourrait obtenir le même produit en Algérie.'

Faune. Nous parlerons des hommes au paragraphe suivant. On se rappelle que les formes animales sont représentées dans les régions équinoxiales de I'Amérique [voy. ce mot, III, 612) par des espèces et des genres plus '

petits que ceux des tropiques afro-asiatiques. Ou ne trouve donc ici ni les grands singps ni les plus grands quadrupèdes. Mais les qualités chaudes et humides du climat, qui ne sont pas contrariées par l'action encore peu étendue et la rareté relative des hommes, y multiplient à l'infini les individus de toutes les classes d'animaux.

Le Centre-Amérique a des singes cornus, des sajous, Cebus fatuelhis Erxl., C. Apella Erxl., C. capucinus St-Hil. ; ce dernier abonde surtout en Honduras. On le rencontre en troupes sur les collines du Nord.

Il faudrait peut-être mettre au premier rang des grands mammifères le lamantin, Manatus americanus Desm., sirénide bipède et herbivore, qui ne se trouve pas sur le Pacifique, mais qui existe dans toutes les lagunes, soit douces, soit salées, des côtes du Nord, où on le pêche avec des harpons. Sa taille va à 3 et 4 mètres, et son poids à 1,000 kilogrammes : d'autres disent le double, tant pour la grandeur que pour le poids. On le regarde comme le représentant américain de l'hippopotame.

Parmi les mammifères carnassiers, le tigre noir, Felis discolor Schreb., le plus féroce et le plus fort, se montre rarement ; il sort de grand matin pour chasser le bétail dans les bois ; quand il est irrité, il n'hésite pas à attaquer l'homme. Le cougouar ou puma, Fe/îs concolor L., que les habitants appellent généralement lion, est moins dangereux et beaucoup plus commun : il s'enfuit à la vue de l'homme. Le jaguar, Felis Onça L., fuit tout rapport avec les hommes et ne les attaque presque jamais; il a sa retraite dans les lieux inaccessibles. L'ocelot (nom tzendal), Felis pardalis L., est plus grand que le chat, timide comme lui, et se laisse peu voir. Sa fourrure est estimée.

Le cojote ou caygote, Canis mexicanus L., loup indigène, multiplie extrêmement, au grand détriment îles troupeaux.

Le çarigue, opossum, tlaquatzin pour les Indiens de la Nouvelle-Espagne, Didelphis virginiana Penn., se nourrit de petits oiseaux, de poules, et aussi de fruits, d'œufs ou d'insectes qui ne lui manquent guère,

La faune des forêts montagneuses est imparfiùtement connue. Le raton laveur, Proajon lotor Storr, gros ours herbivore, y vit isolé, timide. Les cerfs, Cervus mexicanus L., C. rufusFr. Cuv., abondent dans les bois et les savanes. Leur chair est agréable, quand ils sont jeunes. Les antilopes, légères, gracieuses et timides, fuient vers les crêtes élevées, et se posent sur les rochers couverts de mousse.

Les pachydermes, pécari. Sus tajassu L., une autre espèce du genre Sus, et le tapir, T. americanus L., sont communs sur les côtes du nord et du sud, et sur les Lords des rivières basses. Ils se trouvent rarement dans l'intérieur. Le tapir est quelquefois domestiqué.

Quoique toutes les viverrides soient regardées comme appartenant à l'ancien monde, nous trouvons une civette attribuée au Honduras, sous le nom de quasje, par le soigneux observateur Squier.

Les rongeurs se multiplient surtout dans les lieux où l'on cultive le maïs : l'ardilla grise, Sciuruscinereus Schreh., la rouge, Sciurus guyanensis, l'écureuil de Nicaragua, Macroxus Adolphei Less. {probal)lement le même que Macroxus Pyladei, attribué aussi par Lesson au Centre-Amérique); — le cobaye, CaviaPaca aut., Cœlogenus subniger Fr. Cuv., qui s'élève à 60 centimètres, et dont la chair est fort estimée, ainsi que celle de Cavia Aguti, Erxl., qui est de la taille de notre lièvre et qui peut s'apprivoiser. Le gros rat comestible, Geomys ou Asco-

mys mexicanus Lichst., ravage les plantations de bananiers et de cannes à sucre.

Les édentés sont rarement dérangés de leur chasse immobile: le penco, Mijrmecopliaga peiitadactyla, le Dlonyx didactyla Is. Geoffr., qui est plus petit et arboricole ; — les tatous, Dasypus tricinctus, octocinctus et novemcinctus L.

11 y a un grand nombre d'autres petits quadrupèdes, que nous ne trouvons pas expressément nommés.

Oiseaux. C'est principalement vers les côtes et vers le bas des grandes vallées que les oiseaux pullulent. Gepe:;dant les perroquets, de diverses espèces, étalent partout leurs couleurs éclatantes et variées, et fatiguent l'air de leurs caquets. 11 l'aut signaler le Guacamaya, rose et bleu, qui ne parle pas, et qui abonde sur les côtes. Les autres grimpeurs sont le toucan, Ramphastos, côtier aussi, et le plus célèbre de tous, le Oaetzal ou Couroucou, Troyon pavonicus Tem,, qui était l'oiseau impérial de-; Indiens de Quiche. Il abonde surtout dans les montagnes de Merendon en Gracias (Honduras).

En oiseaux de proie, on relève des vautours de plusieurs espèces, des aigles, des hobereaux, la buse, le liibou.

En passereaux ; corbeau, geai, grive, hirondelle, Hirlindo purpurea h., H. leucoptera Gmel., la moucheiolle, Muscipeta tyrannus Gm.; l'étourneau, Sturmis Ludovicianus L.; la Foule des Trochilus (colibri en caraïbe), Ornisnius? Devillei Bouc. — Cassicus Montezumœ peuple les bords des rivières, où il oflre souvent quarante ou cinquante nids sur les branches d'un même arbre.

En gallinacés : la poule-d'Inde, le coq-de-montagne ; le guan ou cuan, yacoude BuffoM, Pénélope cristala Latli.; la perdrix mexicaine ou caille huppée, Ortygia cristata Steph., qui foisonne ; et dans l'intérieur, une grande variété de pigeons et de tourterelles. Dans les forêts vierges les grandes gallinacées perchent sur les arbres ; la plus belle est le pavo-del-monte, Meleagris.

En palmipèdes : pélicans, oies blanches et noires, la sarcelle rouge du Mexique, Anas Crena L.

En échassiers : ibis, héron, Ardea exilis Gmel., grue, cigogne, courlis ou pluvier, bécasses et bécassines ; la bécasse jaune, Rusticola.

Tous ces oiseaux aquatiques se trouvent en abondance sur les rivages de la baie de Fonseca.

Reptiles. Les conditions climatiques du Centre-Amérique y favorisent nécessairement une immense multiplication des reptiles, des insectes et autres animaux des classes inférieures.

Les tortues de diflérentes espèces abondent partout. Les Emydes en général habitent les terres chaudes. Cependant le Petén a Emys areolata Dum. Les tortues de la côte, Chelonia midas Schvveig., Testudô Caretta Schaw. , fournissent une partie importante de la nourriture des habitants. Testudo hicotea se trouve en quantité dans les rivières : elle est moins grande que la tortue de mer. La tortue de terre, Testudo tabulata Walb., a jusqu'à 30 centimètres de largeur. Les rainettes abondent dans les localités humides et chaudes ; — dans les lieux bas, les Cyclures, les Ameïvas, les Batraciens anoures, tels que Siphonos mexicanus. Dans les jardins, le triton OEdipus platydactylus Tschud.

Les caïmans habitent toutes les lagunes et rivières des deux côtes. Ils abonden surtout aux embouchures des fleuves. L'Alligator atteint jusqu'à 5 mètres de long : il fuit à l'approche de l'homme, et abandonne les eaux dont les rivages viennent à être habités.

Lesespèces nombreuses des serpents sont généralement confinées sur les côtes;

cependant le boa {Boa Merremii), le coral (Corallus Daud.), le tamaga ou lermaga, se rencontrent aussi sur les collines vertes et les montagnes à l'ouest du Honduras. On tient pour mortelle la morsure des deux derniers et celle du barbade-pelo, comme du cascabel [Crotalus horridusL.), {Trigonocephaliis jacoraca) et du nahuyaca. Les gens du pays célèbrent comme remède efficace de ces morsures la racine de huaco, ou Serpentaria {Acacia). L'ophidien Bothrops a quatre espèces venimeuses du côté du Pacifique, et deux autres espèces du côté opposé. Les terres tempérées fourmillent en couleuvres, coronelles, Agames cornus, Tropinodotes, Spilotes, Herpétodryas.

Les serpents sont devenus moins nombreux dans les lieux oià la culture des terres s'est étendue ; et la coutume générale de mettre le feu aux champs dans la saison sèche en détruit une grande quantité. Au reste, il y en a une espèce trèscommune, qui n'inspire aucune répugnance aux indigènes, et qu'ils admettent même dans leurs maisons, parce qu'elle les débarrasse de la multitude incommode des lézards.

La tribu des lézards offre des variétés infinies. On cite Corythophanes cristatits Boié; Basilicus vittatus Wiegm.. qui est le fléau des jardins du Petén; — le lézard des murailles, Gymnodactylus scapularis Dum.; le lézard bleu, Tropidolepis formosus Dum. Les lieux humectés et bas nourrissent les Geckotiens, Tes Basilics, les Iguanes. A des hauteurs diverses, mais au-dessous des terres froides, vivent les Iguauiens à casque, les grandes scélopores, les Anolis, avec les tortues Ginosternes ; dans les terres froides, les lézards Chalcidiens, les Gerrhonotes, avec les Batraciens urodèles.

Le plus remarquable des sauriens est l'iguane {Lacerta Iguana L.), qui dépasse quelquefois 1 mètre : on en fait la chasse stir les côtes du Pacifique ; il n'habite que les terres chaudes, et il se nourrit surtout des fleurs des arbres; sa morsure fait souffrir, mais elle n'est pas dangereuse.

Poissons. Les lacs en sont abondamment pourvus. Le lac d'Itza en a plus de 15 espèces qui lui sont propres, et qui relèvent principalement des genres Chromis et Pœcilia. On pêche des pepezcas, des moharras (fer-de-lance) dans le lac Guijar et dans le cratère du lac Ilopango ou Cholutepeque, au centre du Salvador.

Une vingtaine de genres sont représentés par des espèces propres, soit aux régions orientales, soit aux occidentales.

Insectes. Les forêts du Nord ont les grands coléoptères et autres prodigieux insectes du Tabasco, le prione géant, l'acrocine, les titans, les mégalosomes, les phyllies, les phasmiens. Les coléoptères longicornes abondent dans les forêts du Petén.

Le pins pernicieux des insectes est la sauterelle appelée chapulin ou langosta, Acridium L., qui de temps en temps s'abat par milliards sur tout le pays, parcourt de vastes espaces, intercepte le jour, et détruit toutes les plantes sur son passage. La direction de ces troupes voraces est toujours du sud au nord. Heureusement l'horrible fléau ne repaïaît qu'à des intervalles éloignés. Un autre fléau terrible est celui des mosquitos, diptères qui se multiplient partout où il y a des marais et des lagunes. Les terrains intérieurs en sont à peu près exempts, comme éloignés des eaux stagnantes.

Par contre, les abeilles bienfaisantes, d'espèces diverses, multiplient spontanément leurs ruches, surtout dans les montagnes.

Le ver-luisant est d'une grandeur et d'un éclat qui produit quelquefois des images surprenantes de splendides illuminations.

Comme insectes dégoûtants et incommodes il faut citer ; le comelieu, espèce de

CENTRE-AMÊHIQUE. 815

pou, qui se multiplie à l'infini ; c'est la plaie du Centre-Amérique ; il ronge et détruit les corps ligneux, surtout les bois travaillés; — une punaise qui se loge dans les hamacs ; — une puce imperceptible, parasite de l'homme, Pulex penetrans L. Une autre espèce, la puce des sables, accompagne les myriades de fourmis du Nicaragua.

Deux espèces de fourmis, une noire et une rousse beaucoup plus petite, infestent les champs et les maisons, sur les bords du lac Izabal.

La blatte {Blatla nivea? L.) se multiplie dans les terres chaudes.

C'est dans les terres chaudes aussi qu'on cultive l'Opuntia coccinillifera. Il y a de grandes nopaleries à Amatitlan ; la cochenille est l'objet d'un riche commerce, mais le travail en est rude et insalubre.

Myriapodes. Scolopendra morsitans, qui est commun dans les habitations, acquiert, sur les côtes de l'Atlantique, jusqu'à 15 et 18 centimètres.

Arachnides. La tarentule, Lt/coso Walk., n'est pas commune. L'araignée du cheval attaque les pieds de ce quadrupède. Les scorpions de l'ancien monde se trouvent dans le nouveau sous d'autres formes spécifiques : une espèce habite dans les maisons, et sa piqûre est comparable à celle de l'abeille ; mais la seule à craindre est celle de l'alacran-de- monte. La tique, Acarus ricinus L., se multiplie surtout dans les terres basses, notamment en celles où habite le bétail ; on tâche de l'en débarrasser avec des boulettes de cire. On guérit avec le jus du citron les piqûres du kubin, Aryas talaje Guer. Une autre acaride, Ixodes aniericanus Geer, est parasite sur les chéloniens, les sauriens, les ophidiens.

La nigua, autre Ixodes, attaque surtout les doigts de pied, et force quelquefois à l'amputation : inconnue sur les côtes du Pacifique, elle est fréquente sur celles du Nord, où pourtant elle épargne les personnes qui ont uu soin particulier de la propreté.

Crustacés. De grandeurs et d'espèces diverses, ils sont fort utilisés comme aliments, depuis la plus grande langouste jusqu'à l'écrevisse commune.

Mollusques. Le Centre-Amérique en possède un grand nombre de genres spéciaux, terrestres et fluviatiles. On cite comme coquillages terrestres, dans les terres tempérées de Goban ou Vera-Paz, Hélix Ghiesbreghtii Nyst., H. eximia Pfr., Glandina fusiformis Pfr., Cylindrella decollata Nyst., etc. Le mollusque qui fournit la pourpre se trouve dans le golfe de Nicoya (Costa-rica). On y recueille aussi l'huître perlière.

Les animaux domestiques que les Européens ont importés dans le Centre-Amérique, y ont tous réussi : âne, cheval, bœuf, mouton, chèvre, porc, chien (il y en a aussi une espèce indigène) et chat. Le cheval est de race arabe ; il est petit, mais assez fort, et remarquable par ses oreilles extraordinairement petites. 11 souffre beaucoup des attaques de plusieurs insectes, des vampires, et d'une araignée qui lui fait perdre la corne du sabot. Il est, au reste, à peu près remplacé par le mulet, qu'on lui préfère, soit par tradition ibérique, soit parce qu'il est plus apte aux conditions du pays. Le bœuf souffre moins des insectes; il trouve dans les savanes des pâturages abondants et des étables naturelles.

M. Morelet, à la suite d'un courageux voyage exécuté en 1847 à travers le Guatemala a rapporté et donné au Muséum de Paris 37 espèces mammifères, dont trois sarconiys nouveaux, 70 ois<^aux, 56 reptiles dont le crocodile du lac d'Itza (Petén), Crocodilus Moreleti Duni. ', 32 poissons nouveaux du même lac, 300 mol-

1 Que le docteur Ciieiiu attribue à l'Yucataii.

814 CENTRE-AMÉKIQUE.

lusques dont plus de la moitié inédits, Hl coléoptères, 40 lépidoptères dont plusieurs inédits, etc.

Le tableau que nous devions donner de l'histoire naturelle du Centre-Amérique, reste bien incomplet, et plutôt indiqué que tracé. C'est que ces régions, qui s^ont d'un si haut intérêt pour la connaissance et le parcours du globe, qui relient les deux Amériques, qui tiennent les clefs des communications rapides entre le monde oriental et le monde occidental, n'ont pas encore été, que nous sachions, scientifiquement explorées. riuniboldtetBonpland,dout le grand voyage, poursuivi avec un zèle admirable pour l'avancement des sciences, a jeté tant de lumières sur certaines contrées équiiioxiales, ont néghgé ou évité le Centre-Amérique. Ils ont, s'il est permis de le dire, sauté à pieds joints de la Colombie au Mexique, de la Nouvelle-Andalousie à la Nouvelle-Espagne. Ils n'ont certainement pas méconnu les grandes sources d'instruction que les isthmes devaient fournir ; peut-être ont-ils reculé devant la difficulté de traverser des pays mal administrés et agités d'insurrections.

Aujourd'hui que la paix, si elle n'y règne pas encore, tend à s'y étabhr, le commerce, qui s'y développe, ne cherche que des profits immédiats, ne voulant pas se persuader que la poursuite exclusive des intérêts matériels est condamnée à des résultats incertains et longtemps stériles, tant qu'elle n'est pas aidée par l'application des sciences*.

Ces belles contrées, de Guatemala, de Honduras, de Costa-rica, ont été, il faut le reconnaître, ouvertes trop tôt aux tentatives des Européens, encore imbus des idées barbares de conquête par les armes et par la foi. Si nous y eussions abordé trois siècles plus tard, avec lesprincipes d'équité, de liberté, et d'indépendance mutuelle qui éclairent maintenant les relations internationales, nous aurions trouvé des pays abondamment peuplés de races simples et paisibles, qui auraient accueilli avec empressement nos arts et nos sciences, qui auraient passé sans résistance de l'état de nature sauvage à l'état de société ébauchée ; et, an lieu de la destruction féroce que les Espagnols y ont semée et qui porte encore aujourd'hui ses fruits amers, l'histoire n'aurait enregistré que les justes conquêtes de la civilisation, propagée sans violence dans l'intérêt de tous.

Races humaines. La race blanche, qui, à partir du seizième siècle, s'est ruée sur l'Amérique en s'elforçant d'y anéantir et d'y remplacer les races antérieures, a cependant poussé son œuvre d'usurpation et de destruction moins loin dans les régions sthmiques que dans le reste du nouveau monde. Pelaez, évêque de Guatemala, calculait en 1841 que Tonne comptait dans le Centre-Amérique qu'un blanc contre 17 Indiens et 16 métis [Ladinos). C'est le Guatemala qui a le plus d'Indiens; les Ladinos, qui exercent avec adresse les arts mécaniques, paraissent eu majorité dans le Honduras et le Salvador, les blancs en Costa-rica. Le même Pelaez, appréciant d'une manière générale le mouvement d'entretien de ces populations, admet que la proportion des blancs se maintient, que celle des Indiens s'accroît, même rapidement, et que celle des métis tend à diminuer par le retour à l'une ou à l'autre des deux souches antagonistes. Au reste, l'accroissement de la population est con-

* Nous nous sommes adressés au consul accrédité à Pai-is par la république de '**, pour avoir quelques renseignements sur les publications relatives à l'État qu'il représente. Il nous a répondu : « Je n'en connais pas, l'État de **' ne s'occupe qu'à développer ses intérêts matériels. »

trarié par la grande variabilité des éléments, qui amène des disettes terribles que l'admini^tiation publique, très-imparfaile, ne sait ni prévenir ni atténuer.

Si les Indiens n'ont pas été détruits par les envahisseurs espagnols, ils ont perdu l'organisation plus ou moins sociale qu'ils s'étaient créée dans les siècles antérieurs, et ils sont complètement déchus du degré de civilisation auquel plusieurs étaient parvenus, — degré assez avancé, comme le témoignent leurs traditions, leurs arts, leurs monuments, et les ruines des villes immenses qui couvrent encore le sol de leurs magnifiques débris. Mais, en perdant leur autonomie, la plupart ont gardé un attachement invincible à leur langage, à leurs coutumes, à leur manière de vivre. On en trouve un témoignage bien singulier en ce fait, que, jusque dans la capitale de l'Etat de Guatemala, il y a encore aujourd'hui des Indiens demeurant sous des huttes, qu'ils construisent de branches et de feuillages. Ce n'est certes pas que l'aitelligence leur manque : ils remplissent très-bien les diverses carrières qui exigent l'activité de Tesprit comme celle du corps ; et l'exemple de Raphaël Carrera a démontré récemment qu'un Indien était capable de présider au goiivernement du pays.

« Lorsque les Européens découvrirent cette contrée, ils y trouvèrent, dit Squier, deux races principales, dont les caractères différaient de manière à rappeler en quelque sorte le contraste de leurs conditions mésologiques. Sur les plaines élevées de l'intérieur, et sur les pentes regardant l'océan Pacifique, où les pluies sont moins abondantes, oii le pays est découvert et le climat relativement sain, on reconnut des nations populeuses, assez avancées en civilisation, jouissant d'un système religieux et d'une organisation civile. Sur le versant opposé de l'Atlantique, au sein des épaisses forêts que les pluies continuelles entretiennent dans un état exubérant de végétation, sur les côtes basses où les lagunes et les marais, brûlés par un soleil ardent, ex'nalent une humidité miasmatique, on trouva des tribus d'hommes sauvages, sans demeures fixes, vivant des produits spontanés du sol, avec l'aide incertaine de la pèche et de la chasse, n'ayant pas de culte public, pas de lien social, ni d'établissement politique. De cette race primitive on ne pouvait attendre que peu de progrès au delà des besoins les plus pressants de la vie. Leurs moyens de subsistance insuffisants et précaires ne leur permettaient pas de songer à fonder des établissements permanents et à former une société. Au contraire, les aborigènes des plateaux de Honduras et de Guatemala possédaient de vastes et fertiles savanes, qui les invitaient à l'agriculture, et leur promettaient d'abondantes récoltes. C'est d'eux probablement que le maïs, leur aliment primitif, fut transmis au Mexique et aux Florides, par des colonies que leur langage et leurs traditions indiquent comme originaires des hauteurs de Guatemala.

« Les conquérants espagnols, renonçant à une lutte désavantageuse contre la nature sauvage des versants de l'Atlantique, ne pensèrent à s'établir que dans les régions plus sèches, plus saines et plus agréables du côté du Pacifique. »

Au reste, la souveraineté de la force écrasant le droit n'avait pas attendu l'invasion européenne pour se manifester en Amérique comme dans le reste du monde. Il y avait eu déjà bien des invasions violentes, des transmigrations de peuples, des dépossessions et des usurpations. On n'en a pas l'histoire suivie; on n'en connaît exactement ni l'origine ni la succession ; mais on en trouve les preuves dans la diversité des établissements, des mœurs et coutumes, et surtout des langues parlées autrefois et de celles qui se parlent encore aujourd'hui. La vaste étendue et l'antiquité de la langue mexicaine Nahuatl portent à croire que les invasions s'opéraient, en général, du nord ou sud, de l'Analiuac au Guatemala. D'un

autre côté, on trouve des Caraïbes sur les côtes du Honduras, comme dans les îles qui font face à ces côtes.

L'atlas ethnographique énumère trente-six langues parlées dans les régions guatémaliennes par un nombre beaucoup plus grand de tribus distinctes. Nous indiquons les principales, en suivant l'ordre géographique du nord-ouest au sudest, et en complétant les indications de l'atlas par celles du voyageur naturaliste Morelet, de la Société d'anthropologie de Paris et de la Revue orientale et américaine.

D'après les traditions, le pays, avant les races civilisées, était habité par les Quinemés ou géants. Les historiens Tzendales font venir les premiers civilisateurs de Valum-Votan (oii les commentateurs voient Cuba). Ces étrangers fondèrent ou ugrandirent Palenqué (en Chiapa), où l'on voit des restes superbes de leur antique architeclure. On y parle le Tzendal, ainsi qu'à Cancue, à Ococingo, etc.

Les Nahoas ou Nahuals, venus de l'est (Floride ou grandes Antilles), s'étaient établis à Tompico (Mexique), d'oiî une révolution nationale les chassa, au second siècle de l'ère chrétienne. Le plus grand nombre se réfugia dans l'Yucatan d'oîi ils se répandirent successivement dans toute la région isthmique.

Les Chiapanecas avaient érigé une puissante république dans la province dont ils tirent leur nom. Ils s'étaient assujetti les Quelenes et les Zoques : le Zoqui est parlé à Tecpatlan. Les Chiapanecas avaient d'antiques traditions religieuses qui rappellent d'une manière singulière le déluge de Noé, son arche et la tour de Babel.

Les Lacandons, restés ou redevenus sauvages, sont relégués à l'extrême frontière nord du Guatemala.

Sur les affluents orientaux de l'Usumacinta et sur les plateaux de Petén, on parlait et l'on parle encore le Petén, le Chel et le Mopan.

Les Pocomans avaient un État puissant dans les régions de Gueguetenango et de Guezaltenango. Leur langue y est encore parlée ; et on la retrouve aussi en quelques districts du Salvador.

Les Choies occupent le grand département de Vera-Paz, au nord vers l'Yucatan; au sud ce ^ont les Quicchi et les Acalaes, qui parient, à Gajabon, à Coban (Vera- Paz), etc., le Cekchi ou Caichi et le Chanabal : c'est chez eux que subsistent les ruines gigantesques de Coban. Morelet remarque qu'ils ont généralement le front étroit, les pommettes saillantes, le sonunet de la tête sensiblement conique.

Les Quiches ou Kichees occupent la province de Solola , les districts de Suchiltepec, de Totonicapan, de Quezaltenango et les contrées environnantes. Leurs tribus, jointes à celles des Cukchiquels, envahirent le Centre-Amérique au onzième siècle. Au treizième on les trouve sur la branche occidentale de l'Uzumacinto, depuis Zacapulos jusqu'aux rivières Rabinal et Chizgy. Leur royaume était le plus puissant et le plus civilisé de cette région. Ils s'étendaient sur les plateaux, nonseulement de Guatemala, mais aussi du Salvador et de l'ouest de Honduras. Leur capitale Ulatlan ou Atitlan a laissé de superbes restes; l'immense palais royal renfermait les ministères, les tribunaux, des collèges, de grandes collections. C'est aujourd'hui un grand bourg peuplé d'au moins dix mille Indiens, Quiches ou Cakchiquels.

Les Cakchiquels sont voisins au sud des Quiches, et ils étaientleurs alliés. Leur ancienne capitale, Tecpanguatemala ou Patinamit, était une grande et forte ville.' Leur langue est la plus usitée encore aujourd'hui dans les départements de Chimaltenaugo, de Guatemala, chez les Sacatepeques et sur la côte du Pacifique; il y en

a une chaire à l'université de Guatemala. Le Tzutoliil en est un dialecte; il se parle au sud et à l'ouest du lac Atitlan.

Au nord-ouest du Quiche, on parle l'Ixil, dans les montagnes froides de Nesah.

A l'est de Guatemala, c'est le Mam, qui est parlé en Huehuelenango et en Soconusco ; c'est le Chorti dans les montagnes de Cliiquimala et d'Esquipulas.

Le Senco, parlé en Jutiapa, à Guasacapan, etc., sur la côte du Pacifique, paraîl être un dialecte du Nahuatl.

Dans le Salvador, les Nahuals occupaient de vastes territoires à l'ouest, depuis la Cordillère jusqu'à la mer. Leur ville de Guscatlan était bâtie en chaux et pierres. Les Popolucas occupaient la partie orientale, qui est aujourd'hui le département de San-Miguel. Les villes de San-Miguel et d'Isalco sont indiennes.

La côte du Baume (long. ^l°-9'2°) est celle qui garde les Indiens les plus inaltérabies. Elle a 80 kilomètres de long sur 30 à 40 de large. Les habitants ne souf- Ireal pas qu'on y étabhsse d'autres routes que leurs chemins à mulets, ce qui rend difficile et rare le passage des étrangers. Pour construire leurs demeures ils tirent tous leurs matériaux des palmiers. Ils sont basanés, taciturnes, indifférents aux beaux-arts et presque aux arts mécaniques ; hommes et ierames vont nus jusqu'à la ceinture, les hommes ne portant qu'un pantalon et un chapeau de palmier, les femmes une jupe de coton bleu.

Les Indiens purs du Honduras sont retirés dans les montagnes de San-Juan, de Lepalerique. Il y en a aussi plusieurs villages dans les départements de Gracias, Comayagua, Sainte-Barbe, Choluteque etTegucigalpa. Quoique catholiques de nom, ils conservent les formes de leur culte propre, ainsi que leur langue, leurs antiques coutumes, leur musique originale. L'abbé Brasseur de Bourbourg constate luimême l'invincible persistance de ces Indiens dans leurs habitudes, dans leurs croyances, et l'inanité des pratiques catholiques auxquelles ils se soumettent par force ou par crainte. Ils sont pacifiques, industrieux et cultivateurs. Us ont constamment avec eux leurs flèches, mais il ne s'en servent que contre les bêtes féroces, et ils ne s'irritent que lorsqu'ils se croient menacés d'une usurpation de territoire.

A l'orient du Honduras, le pays compris entre les rivières Roman et Segovia est habité presque exclusivement parles Hicaques, autrefois fameux, et les Poyas ou Poyais, tribus industrieuses, pacifiques et inolfensives, qui cultivent la terre, élèvent des troupeaux et exercent quelques arts. Une grandg,partie a pris des habitudes de civilisation ; ceux des montagnes gardent mieux leurs coutumes primitives. Les uns et les autres sont en bons rapports avec les blancs. Ils font un commerce de peaux, de salsepareille, de gomme élastique. On met au nombre des Poyais les Toaques ou Juaques des bords du Patuco, et les Secos, riverains du Bio-Seco et du Tinto. Arthur Young, qui les a visités, leur attribue une petite taille, une grande force, de l'adresse et des dispositions industrieuses; ils ont d'épais cheveux noirs qui leur tombent sur les épaules, les yeux petits, le visage rond, l'air mélancolique, et une expression de docilité et d'honnêteté qui dispose en leur faveur ; ils parlent avec facilité, sans jamais élever la voix, et avec une sorte de sifflement, comme si la lettre s se trouvait dans presque tous les mots qu'ils prononcent.

Cinq langues indiennes sont parlées dans le Nicaragua. La principale est la langue Choluteque : Oviédo la regarde comme de source mexicaine ; il a trouvé dans les localités où elle est parlée, des statues de dieux mexicains. Quelques groupes d'Aztèques persistent comme pour protester contre l'effacement de leur race jadis civihsatrice {voy. Mexique).

DiCT. E.NC. Xlll. 52

Les Chontales ou Leiicas occupent les parties montueuses du Nicaragua. Ils ont eu aussi leur période de puissance, car ils s'étendaient anciennement dans le Honduras, dans toute l'étendue du Guatemala et même dans la province de Tabasco.

Dans le bassin du Rio-Frio, les Guaturos, encore sauvages, n'en ont pas moins des nobles, qui se logent plus ou moins commodément, pendant que le menu peuple se fait des nids sur les arbres ; il supporte aussi le droit du seigneur, entre autres stigmates de servitude consentie.

Enfin, Costa-rica est habité, notamment à son extrémité orientale, par treize tribus de Changuenes, guerrières et très-cruelles. Le district de Talanianca (à l'est, lat. 10°) est occupé presque entièrement par le groupe très-nombreux des Terrabes, et pour le reste par les Torresques, les Urinamas et les Cavecaras.

Indépendamment des races indigènes dont nous venons de donner un aperçu, il y a, à l'est du Honduras, deux autres groupes de population tout àfait dissemblables. Les Sanibosou Mosquitos sont une race mêlée d'Indiens et de nègres marrons qui, au dix-septième siècle, débarqués près du cap Gracias, se réfugièrent parmi les Indiens pour échapper à l'esclavage. Appuyés par les Anglais et ayant reçu d'eux des armes à feu, ils se rendirent bientôt redoutables aux tribus voisines. Mais l'ivresse cause de grands ravages parmi eux, et la misère aussi les détruit, entretenue par leur paresse. On ne suppose pas qu'ils soient plus de six mille en tout. On les trouve le long de la côte, depuis Blewfields jusqu'à la lagune Crala ou de Caratasca, du IS'' au 16* degrés de latitude. Ils vivent de pêche, de chasse et de quelques bananiers, yuccas et cannes à sucre, qu'ils sèment nonchalamment sur le bord des rivières : car leur apalhie les rend plus capables de supporter les privations et la souffrance qu'un travail prolongé. Ils ont un chef qu'ils respectent et auquel ils donnent le titre de roi ; ils sont polygames, ne pratiquent aucun culte; ils jurent pourtant par Dieu, et ils craignent le diable au point de n'oser sortir tant que le soleil est sous l'horizon.

On dérive le nom de Moscos ou Mosquitos, que les Espagnols leur ont imposé, des moucherons qui désolent leur contrée, basse, pleine de lagunes et de marécages. Ces Moscos se réfugient, dit-on, sur des bateaux pour échapper aux piqûres des mousquites ou moustiques. Il faut peut-être distinguer les Sambos, qui habitent des lieux élevés et qui sont sauvages et indomptables, des Moscos de la côte, qui sont protégés par les Anglais. Les Sambos qui se montrent au marché de Comayagua, ont le teint couleur de suie, les yeux ardents, sanguinaires, les cheveux bouclés.

Il y a aussi, en Honduras, un établissement de Caraïbes, qui y sont venus des îles sous le Vent, à la suite des querelles entre les Français et les Anglais. Selon Arthur Young, ils sont très-orgueilleux, mais pacifiques, bienveillants, industrieux, propres et soigneux de la salubrité des maisons qu'ils se construisent. Les uns sont noirs, les autres jaunes couleur de safran. Chaque homme a quatre ou cinq femmes : il assigne à chacune un champ qu'e'lle doit cultiver avec son aide, et dont elle recueille et vend les produits pour elle-même. Le mari ne porte jamais les fardeaux. Ils traitent leurs parents âgés avec un grand respect, et ils fournissent affectueusement à leurs besoins.

Les anthropologistes acceptent la comparaison des langues comme renseignement et comme indice de l'origine et de la parenté des peuples; mais ils ne l'acceptent

point comme preuve décisive de leur filiation. Ou ne saurait blâmer cette réserve, puisque l'histoire offre des exemples de nations qui, sans cesser d'être elles-mêmes, ont abandoimé leur propre langue pour adopter celle d'une nation étrangère et prépondérante. C'est ce qu'on peut observer encore aujourd'hui dans le Salvador : de plusieurs villages qui sont restés indiens de nom, de coutumes et de mœurs, certains ont oublié leur langue originelle et ne parlent plus que celle des blancs qui les ont subjugués, taudis que d'autres continuent de parler entre eux, plus ou moins fidèlement, leur langue primitive; ainsi près de Sansonate (ou Zonzonate) ; ainsi au sud du volcan San-Vicente, oîi quelques communes, en 1852, tentèrent d'exterminer les blancs et tout ce qui avait du sang européen dans les veines.

C'est au reste et à peu près l'histoire générale des patois.

M. Brasseur a fait une étude particulière de la langue guatémaltèque des Quiches, et en a donné la grammaire. Les racines sont monosyllabiques etuni-trilitères (représentées par une, deux ou trois lettres). Lesmots se composent surtout par dérivation avec affixes, rarement avec préfixes, et aussi par simple juxtaposition, sans élision. Il n'y a presque pas de flexion, par conséquent ni déclinaison ni conjugaison proprement dites. Toute la grammaire est dans l'emploi des particules : on forme avec elles des verbes auxiliaires, des verbes actifs, passifs, neutres. Les pronoms ne s'amalgament pas au verbe, mais en restent indépendants ; et on obtient ainsi non une grande variété ni une suprême élégance, mais une suffisante abondance d'expression. La numération, compliiiuée, est plutôt vigésimale que décimale. L'abbé Brasseur, qui tient par état à l'unité de l'espèce humaine, trouve que les Quiches ont, ainsi que les Yucatans, une analogie frappante avec les Sémites du vieux continent. D'un autre côté il s'efforce, mais vainement, de trouver, par la confrontation des racines, des rapports entre le Quiche et l'Aryen . Il n'omet pas, d'ailleurs, cette remarque intéressante que les racines du Quiclié sont substantives, à l'encontre de celles de l'Aryen qui sont verbales.

Si donc les relevés philologiques de M. Brasseur sont exacts, ce qui en résulte, c'est que la langue des Quiches ne doit être classée ni parmi les langues d'agglutination ni parmi les langues à flexion et à contraction, et qu'il faut en faire une classe à part, où entreront aussi quelques langues des Mayas et autres de l'Yucatan.

M. Brasseur donne la traduction française d'un drame quiche, intitulé Rahinal Achi. C'est un récitatif sans action. 11 se conservait par tradition orale, car les Quiches pouvaient avoir des poètes, mais ils n'avaient pas d'écriture.

La langue quiche forme ses articulations par préférence dans l'arrière-bouche. Balbis relève, de son côté, que les trente-six langues guatémaltèques ont, en général, la prononciation dure et gutturale.

Les Nahuals, établis dans l'Yucatan, étendirent successivement leur langue dans le Centre- Amérique, ce qui causa, par la suite des siècles, la dislocation de l'antique Maya en une foule de dialectes, parmi lesquels on signale le Tzendal, le Zotzil, le Chanabal, le Coxoh, le Mam, le Lacandon, le Petén, l'ixil, le Caxcbiquil, le Cakchi ou Kecchi, etc. Ces langues sont presque entièrement monosyllabiques et non agglutina tives. Leur dérivation du Maya est prouvée par l'identité des racines des verbes et des noms. Et quoique M. Uaven soutienne, en exagérant une pensée de Ilumboldt, que le vrai témoin de l'appropriation des langues n'est pas la lexicologie, ([ui est tenqiOfaire et altéraldc, mnis la syntaxe', c'est-à-dire, le systcn;e immuable de la consliuction grammaticale, on ne saurait nieltie en doute quj les

820 CEiNTiiE-AMÉlilQUE.

langues où les mêmes idées sont représentées par les mêmes articulations ne doivent être attribuées à une source commune.

La langue des Indiens purs de la côte du Baume est en proche parenté avec le Nahualt, qui est l'anlique langue mexicaine : la principale différence que l'on y remarque consiste en ce qu'ils n'ont presque aucun emploi de la consonne 1, ou du moins ils ne la prononcent pas en contact avec le t, comme nous la voyons écrite dans une foule de noms mexicains d'Anâhuac.

Au contraire, on ne relève aucun rapport entre le nahualt et la langue lonca (du Nicaragua) : nous remarquons seulement que la voyelle a, et puis lu, dominent dans les mots de cette dernière langue et de ses quatre dialectes, de Guajiquiro, d'Opatoro, d'intiljucà, de Similaton.

D'après M. E. Daily {Bull. soc. anthrop.,\U), on s'accorderait à regarder toutes les races américaines comme pouvant se rapporter à un seul type, quelque diversité qu'elles offrent. Toutes ont les cheveux longs, noirs, lisses et roides comme du crin, la peau brune, l'œil vague et mélancolique, les lèvres épaisses et comprimées, le nez saillant, dilaté, le crâne rond avec l'os occipital aplati vers le haut, le diamètre transverse dépassant fréquemment l'antéro-postérieur, le front bas, fuyant, souvent voûté, les mâchoires saillantes, massives, et pourtant les dents implantées verticalement. Ces caractères distinguent absolument les Indiens- Américains de toutes les races précédemment connues.

Mais M. Broca pense que l'on exagère beaucoup l'unité des races américaines. Pour établir leur pluralité, entre autres preuves, il attribue une grande importance à la couleur de la peau, puisqu'on trouve chez elles des teintes très-constantes et très-diverses, depuis le blanc jusqu'au noir plus foncé que celui des mulâtres. (Il est à remarquer que, contre une assertion souvent répétée sans vérification, il n'y a point de peau cuivrée chez les Américains.)

On pourrait regarder comme un indice de l'identité ou de l'identification des races ce fait remarquable que le calendrier était le même pour toutes les nations du Centre-Amérique dont il est resté quelques monuments historiques (Brass. Hist., III). Ce calendrier, qui nous paraît bizarre et qui était assurément fort imparfait, consacrait pourtant une année de 365 jours; il y joignait un cycle de 13 années ou 365 semaines; car il divisait l'année en 28 semaines de 13 jours, plus un jour complénieutaiie. Les jours n'avaient pas de nom propre; on les désignait par leur numéro d'ordre dans la semaine. Nous lisons aussi que l'année se divisait en 18 mois de 20 jours, et que les Mayas y ajoutaient 5 jours intercalaires et un sixième tous les quatre ans. Mais cette intercalation raffinée est si vraisemblablement moderne et plagiaire, qu'elle ne doit pas tirer à conséquence. Toujours est-il que l'on ne trouve ici aucune trace de la semaine orientale (hebdomas, qu'on nous donnait comme révélation faite à l'humanité entière), ni de la légende biblique des six jours. La semaine de ti^eizejours pourrait bien être un demi-mois lunaire mal observé.

Il serait bien important d'avoir, relativement aux diverses races soit indigènes, soit importées, des relevés de faits spéciaux, qui mettraient sur la voie de déterminer leurs caractères anthropologiques et biologiques, et qui pourraient conduire à reconnaître leur origine et leurs liens de parenté. Mais ce chapitre de la faune est encore moins rempli que les autres.

Nous ne sommes guère plus fournis quant aux faits de physiologie collective ou iùts de démographie. Nous avons cependant quelques renseignements généraux, suffisants pour reconnaître que les fonctions vitales s'accomplissent, dans les mas-

CENTRK -AMÉRIQUE. 821

ses, avec une précipitation en quelque sorte fébrile, qui témoigne de leur faiijlesse et entraîne leur peu de durée. Chez les Indiens du Salvador, les garçons semariL-nt à quatorze ans, les filles à douze ans. Leur vieillesse commence à quarante ans. Les enfants et descendants restent le plus souvent avec leurs vieux pères, et la même demeure abrite les ménages de trois générations. Les femmes sont laides, surtout après leur épliéraère jeunesse. Dans le Salvador, la population féminine l'emporte eu nombre sur la masculine dans la propoition de 18 à 16, quoique les naissances masculines l'emportent sur celles du .sexe féminin dans le rapport excessif de 15 à 13. Cela indique que les femmes vivent plus que les hommes, fait général relevé depuis longtemps chez les races européennes (comme dans les familles des plantes).

A considérer les deu^ sexes ensemble et sans distinction de races, la durée moyeime de la vie humaine doit être présumée bien faible dans le Centre-Amérique. En Guatemala, une population de 787 000 âmes, en 18,S2, a eu 58 858 naissances, d'où F/S" = 20,3 appreximativement. San-Salvador offre le même rapport de la population aux naissances. En Costa-rica, le recensement opéré en 1856 donnait 95 000 âmes ; il y avait eu, selon les relevés publics en 1850, 4777 naissances, d'oîi P/S° = 20. On voit donc que la durée de la vie moyenne roule autour de vingt ans, résullat un peu supérieur à celui que Alex, de Huraboldt a calculé avec soin pour le Mexique. Ces chiffres ne sont qu'approximatifs ; mais ils sont tous si éloignés de ceux que fournissent les relevés exacts qui ont lieu chez les peuples européens, qu'on peut affirmer, sans danger de se tromper, que les habitants des régions tropicales (au moins par comparaison avec ceux de la zone tempérée du Nord), sont dans les conditions les plus défavorables à la vitalité humaine.

Ces fâcheuses conditions tiennent-elles aux races, aux sociétés? tiennent-elles aux milieux ori les races sont plongées? sont-elles endémiques, politiques ou mésologiques? Probablement l'un et l'autre, et l'autre encore. Mais dans quelle mesure ces trois éléments? Et que doit-il arriver de races si diverses fortuitement rapprochées? Qu'arrivera-t-ildeleur reproduction mélangée? Quelque intéressantes que soient ces questions pour l'humanité entière, on ne pourra pas même essayer de les résoudre, tant que les peuples qu'elles concernent spécialement ne sentiront pas le besoin de s'étudier, de se connaître eux-mêmes, comparativement aux autres nations mieux douées ou mieux placées. L'état de désorganisation, anarchique ou tyrannique, dans lequel ils vivent, ne permet pas d'espérer que ce besoin intellectuel se fasse bientôt sentir. Lorsque l'ordre libre sera enfin établi dansées belles contrées, si favorisées de la nature, si maudites de l'humanité, on demandera à leurs habitants de contribuer- à leur tour à l'avancement de la science par la constatation réguhère, périodique et détaillée de leurs faits sociaux, et alors on pourra apprécier, pour ces divers groupes humains, les causes et conditions de leurs progrès ou de leurs défaillances. Achille Guillard.

§11. Pathologie. L'insuffisance des documents recueilhs, jusqu'à ce jour, sur les maladie^ qui régnent parmi les populations des États du Centre-Amérique ne permet même pas d'ébaucher la pathologie de cette région. Comme on peut le voir par les détails géographiques et climatologiques qui précèdent, de grandes analogies existent entre le Centre-Amérique et le Mexique: pour ces deux pays, on a été conduit à distinguer trois zones , depuis le niveau de la mer jusqu'aux altitudes de 2,500 à 5,000 mètres : la première, dite des terres chaudes ; la deuxième, des terres tempérées ; et la troisième, des terres froides. 11 est donc permis, jus-

qu'à un certain point, en attendant qu'on ait pu rassembler des documents suffisants, de se faire une idée de la pathologie du Centre- Amérique à l'aide des notions assez complètes actuellement acquises sur la pathologie du Mexique (voy. Mexique). En ce qui concerne les localités du littoral, il faudra tenir grand compte des différences météorologiques qui existent entre le littoral del'océan Atlantique ou oriental, qui est excessivement insalubre, et le littoral du Pacifique ou occidental, qui paraît l'être un peu moins. D'une manière générale, l'intoxication palustre, sous toutes ses formes et avec les caractères les plus prononcés, règne dans toute la zone comprise entre la chaîne volcanique centrale et les bords de la mer, aussi bien d'un côté que de l'autre. Dans les zones supérieures, à des altitudes variables suivant la nature des terrains, leur configuration et la facilité d'écoulement des eaux, les fièvres n'existent plus. Parfois l'intoxication palustre revêt la forme typhoïde, mais c'est surtout la fièvre rémittente bilieuse qu'on observe le plus habituellement. Sur le littoral occidental, la fièvre jaunene s'est pas encore implantée d'une manière définitive, maison y a observé des cas sporadiques fréquents, importés par les voyageurs venant du golfe du B.'exique. En 1868, elle a été introduite du Callao au Nicaragua, puis de là dans le Salvador, à la suite des marchands qui de Nicaragua se rendent aux foires de l'État Salvadinien. L'hépatite est très-fréquente, non-seulement dans les terres chaudes de l'État de San- Salvador, mais encore sur les hauts plateaux : à Gacagnatique, village situé au nord-est du département de San-Miguel, à plus de 5,000 pieds, les affections hépatiques sont assez communes. La phthisie serait rare sur les hauteurs; mais, dans les terres chaudes, sous la forme aiguë, elle est assez commune et rapidement fatale. L'absence de toute police médicale explique la fréquence de la syphilis. Les Indiens seraient plus rarement atteints que les individus appartenant aux autres races. Dans les vallées des hauteurs, le goitre se rencontre trèssouvent chez les individus de race indienne et chez les mulâtres. La capitale de l'Etat de Gosta-rica, San José, située à 4,500 pieds au-dessus du niveau de la mer, jouit d'un bon climat, et la chaleur n'y est jamais excessive, tandis qu'il serait difficile de trouver une ville plus insalubre q\ie le port dePuntad'Ârenas; toutefois le choléra n'y aurait jamais fait son apparition. Parmi les maladies cutanées qu'on y observe en assez grand nombre, on doit citer l'éléphantiasis des Arabes et le pian. A. de M.

JjiDuocBAPHiE. — XiMEN'ES. Historiu de los reyes ciel Quiche, manuscrit cité par l'abbé Brasseur de Bourbourg. — Saravu (Gén. Mig. Gonzalez). BoHquejo politico y esladistico de Nicaragua. Guatemala, 1824. — Juarros (D. Domingo). ffistor/« cstadistica del reino de Guatemala. 2 in-4°. Guatemala, J 808-1 818. Lond., 1825. — Dunn (Henry). Guatemala ô las Provincias unidas de Centro- America en 1827-28. — H.efkens [}.).' CentraUAmerica ... en Statistik oopunt. Dordrecht, 1832.— Journal ofthe R. Gcographical Society ofLondon, vol. III (1830) à XV. — Galinbo (Juan). Sobre Coitro- America, 1856. — Montgommery (G. W.) . Narrative of a Journey ta Guatemala, in 1858. New-York, 1859. — Dunlop. Travels m Central-America. London, 1847. — Molina (Felipe). Revue rapide de la république de Costa-rica. Paris, 1849.

— Du MÊME. Bosquejo de Costa-rica. New-York, 1851. — Baily (John). Guatemala, 1849.

— Du MÊME. Centro-America, Descripcion de lo.s Estados. Londres, 1850. — Du mèjie. Map of Central-America. London, 1850. — D'Arlach (H. de T.). Souvenirs du Centre- Amérique, in-8°. Paris, 1850. — Reichardt (C.-F.). Centro-America, Braunschweig, 1851. — Du même, Nicaragua. Braunscljweig, 1854. — ■ Hein (Wilhelm). Wanderbilder ans Centro-America Leipzig, 1853. — Montifar. Centro-America, cité par Squier. — Belly (Félix). A travers l'Amérique centrale, 2 vol. Paris, 1857. — Squier [^.-G.). Nicaragua, its People, Scencrij Monuments. New-York. 1852, 2 vol. — Du même, Notes on Central-America, New- York, 1855 in-8°, avec bonne carte du Honduras et du Salvador. — Du même. Apuntamientos sobre Central- Amenca, particularmente sobre Honduras y San-Salvador, trad. del ingles, in-8°. Paris, 1850. —Du même. The States of Central America, their Geography, Topography, Cli-

CEPII^LIS. 825

mats, Population, de. London, 1858. — Du même. Voyez Bull. Soc. de géographie, juin 1850.

— Mor.ELET. Voyage dans l'Amérique centrale, Vile de Cuba et le Yucalan, 2 vol. in-8'' ; Paris, 1857. — Buassedr de Bourbourg. Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale avant Colomb, puisée aux anciennes archives indigènes, 4 vol. gr. in-S", Paris, 1857-59. — Du même. Essai historique sur les sources de la philologie mexicaine et sur l'ethnographie de l'Amérique centrale. In Revue orientale et américaine, I. Paris, 1859.

— Du MÊME. Grammaire de la langue Quiche et vocabulaire. Paris, 1862. — Stephens. Incidents ofTravelsin Central-America, Chiapas and Yucatan. 2 vol. Nevv'-York, 1858. — Cornette. Relation d'un voyage de Mexico à Guatemala. in-8°, Paris, 1858. — Ludewig (Hermann E.). The Literature of American Aboriginal Languages. London, 1858. — Kiepep.t (H.). Neue Karte von Mittel-America. Berlin, 1858. — Sonnerstehn (Max. von). Mapa gênerai de larepublica de Salvador, etc. Nevi'-York, 1859. — Di; même. Majm de las republicas del Centra de America. Londres, 1860. — Wavpàus. Géographie und Statistik von Mexico und Central America. Leipzig, 1863 {avec une bibliographie de détails^ . — Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, t. I à III, in-8°, 1861-62. — Le Roy ce Méricourt. Archives de médecine navale, t. II et m. — Orsted. Centramerik. L'Amérique centrale. Recherches sur sa flore et sa géographie physique. Voyage en Costa-rica et Nicaragua, exécuté en 1846-1848, in-folio. Copenhague, 1863. Planches et cartes. — Du même. Der Centralamerikanske Ambatrœ. Kjobcnhavn, 1870. — Bertouni. Florula guatemalensis. Florence. — Guntheb. An Account of the Fishes ofthe States of Central America. In Trans. zool. soc. London, t. VI; 1868. — liEY (II.). Article Géographie îiédicale, in Nouv. Dirt. de méd. et de chir., t. XVI, 1873. à. G.

CERJTSÎE-OVAB.E. V07J. CerveaU.

CEMTSlIFtJGE , CEMTKIff'ÈTE (ForCe). Voy. FoRCE.

CÉWîjRE. Voy. Gœjnure.

CÈPE. Voy. Bolet et Champignon.

CEPHJîMS {S-w.,Prodr. FI. incl. occ, 45; FI. ind. occ, 435, 1. 10). Genre déplantes de la famille des Rubiacées, tribu des Psycholriées, sous-tribu des Céphalidées, dont les fleurs sont régulières, hermaphrodites, avec un réceptacle concave dans lequel est renfermé l'ovaire, et qu'on a souvent décrit comme un calice obovoïde. Le véritable calice est court, 4,5-denté. La corolle, supère, infundibuliforme, a le limbe à quatre ou cinq lobes courts, obtus, et la gorge nue ou velue. Les étamines, en même nombre que les lobes de la corolle, avec lesquels elles alternent, ont un filet court, inséré sur la gorge, et une anthère linéaire, incombante, biloculaire, déhiscente par deux fentes loncitudinales. L'ovaire infère, biloculaire, est couronné d'un disque êpigyne déprimé. Dans chacune de ses deux loges se voit, inséré tout près de la base de la cloison, un ovule ascendant, anatrope, à micropylc dirigé en bas et en dehors. Le style est simple, inclus ou subexsert, à extrémité stigmatitère bifide. Le fruit des Cephœlis est une baie oblongue ou obovée, parfois presque sèche, couronnée du calice persistant; elle renferme deux noyaux costés, osseux, monospermes; et la graine contient, sous ses téguments, un albumen corné, enveloppant un embryon à radicule inCère, cylindrique, à cotylédons foliacés. Les Cephœlis sont des plantes frutescentes ou subh'utescentes, des régions les plus chaudes de l'Amérique. Leurs feuilles sont opposées, pétiolées, ovales-aiguës, ac compugnées de deux stipules libres ou connées eu une gaine bifide ou bidentée. Leurs fleurs sont réunies en une masse commune qui simule un capitule, terminilou axillaire, pédoncule ou sessile. En réalité, la portion florifère de l'axe de cette inflorescence porte une série de paires de bractées très-rapprochées. Les paires in férieures prennent un grand développement ; parfois même elles deviennent pélaloïdes, colorées. Par leur ensemble, elles forment ce qu'on appelle l'involucre du

824 CÉPH^ELIS.

prétendu capitule. Puis, dans l'aisselle de chaque bractée, on trouve un petit groupe floral qui est une cyme à pédicelles courts, ou un glomérule.

Le nom de Cephœlis a pour synonymes : Callicocca Schreb., Ipecaciianha Arrud., Schradera Uudge, Tapogomea knBh., et Evea Aubl. Ce dernier nom doit être abandonné, car il prêterait à confusion avec le nom générique de Hevea (Eupborbiacées). Il n'a d'ailleurs paru que postérieurement à Tapogomea, qui est de 1775, et devra sans doute, pour cette raison, prendre le pas sur. Ce»/zœfc, établi seulement en 1785. Strictement, et malgré le manque d'euphonie qu'on reprochera sans doute au nom d'Aublet, tous les Cephœlis devraient prendre le nom de Tapogomea.

Plusieurs Cephœlis sont des médicaments évacuants, vomitifs. C'est sans doute comme tels qu'ils ont été employés dans les maladies des voies respiratoires, contre les bronchites, l'asthme, etc. LesC. involucrataVi ., delà. Guyane, muscosa^v/. , punicea Vahl, asthmatica Vahl, elata Sw., des Antilles, et Bearii, du Mexique, sont les plus réputés à cet égard. Au Brésil, le C. ruelliœfolia Gsiah. et Schltl a des graines vénéneuses, qui servent à détruire les rats et les souris. Mais le plus célèbre des Cephœlis est l'espèce du Brésil, qui fournit VIpecacuanha annelé du commerce et que A. Saint-Hilaire a nommé C. Jpecacuanha. Ce nom devrait être changé en celui de Tapogomea Ipecacuanha. Quant à la plante et à sa racine, qui est la portion employée, elles devront être étudiées en détail à l'article Ipecacuakha {voy. ce mot.)

AuEL., Guian., I, lûO [Tapor/omea], 157 [Evea). — Schreb., Geii., 316 [Callicocca] — KicH. (A.).. In Mém. de la Soc. d'Hist. nat. de Paris, V, 172. — Vx\hl, Eclog. amer., l, 19 [Cephaleis]. — Endi.., Gen., n. 5140. — Roskisth., Syn. pi. dtaphor., 525. H. Bn.

FIN DU Tl'tilZlÈME VOLUME.

Page 1