‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 91Chapitre 15 sur 145 · STIGMATE · texte numérisé non relu

STIGMATE

fut medecin des bains jusqu'en 1817, puis s'e'tablit a TIambourg. 11 fut nomme, en 1825, conseiller aulique par le grand-due de Mecklembpurg-Schwerin. Stierling fut membre d'un grand nombre de societe's savantes. L'e'poque de sa mort nous est iuconnue.

Nous connaissons de lui :

I. De ccenfcsthesi atc/ue ejus observatione a slatu normali. Dissert, inaug. Lugd. Batav., 1806, in-4°. — II. Proeve eener oordeelkundige betchouiving van sommige belangrijke onder~ iverpen belreckelt/k de ziekle der Geleerden van Bilderdijk. Amsterdam, 1809, in-8". —

III. Brieven an Sophia over de keuie van een geneeslieer. Amsterdam, 1812, gr. in-8°. —

IV. Ideen tiber die Indicationen, Wirkung und den richtigen Gebrauch der Seebdder ; mit angehangten historisch-topographischen Nolizen ilber die Seebadeanstalt zu Travemi'tnde. Liibeck, 1810 (1815), in-8°. — V. Ann a I en des Seebades bei Travemiinde im Sommer, 1815, II. 1. Liibeck, 1817 (1816), in-8°. — VI. Avec A. Moll. Het zeebad of overzigt over den oorsprong en de nultigheid der baden in het algemeen. Dordrecht, 1819, gr. in-8°. — VII. Ints over de cholera zoo ah dezelve binnen Hamburg is ivaargenommen. Haarlem, 1831, in-8°. — VIII. Allgemeine Gesundheitszeitung fin- das Volk oder Sammlung yemeiimitlziger Aufsatze, Ideen, etc., 1818-1819. Hamburg, 1819-1820, in-S°. L. UN.

STIFFT (ANDREAS-JOSEPH, Freiherr von). Medecin autrichien distingue, ne • le 29 novembre 1760 a Roschitz (Ilaute-Autriche), fit ses etudes a Yienne et prit le grade de docteur en 1784. En 1795 il fut nomme deuxieme medecin de la ville de Vienne et maitre sanitaire, en 1796 medecin de la cour, en 1798 medecin de 1'empereur, en 1802 conseiller aulique, en 1803 premier me'decin de 1'empereur, vice-directeur puis directeur des etudes medicales de FUniversite, president de la Faculte de me'decine et protomedecin de 1'Empire. II se demit, en 1808, de ses fonclions de directeur des etudes medicales et de sa charge de medecin sanitaire, et fut eleve en 1811 au rang de conseiller d'Etat. De 1815 a 1815 il accompagna 1'empereur dans ses campagnes; en 1826, il dcvint conseiller intime, puis en 1834 cele'bra son jubile doctoral. II quitta ensuite toutes ses fonctions ofticielles et se retira a Schdnbrunn, pres de Vienne, ou il rnourut le 16 juin 1836, « d'une fievre gastrique rhumatismale avec metastase vers le cerveau ».

Nombreux sont les honneurs dont Stifit a ete comble. II etait Freiherr, magnat du royaume de Ilongrie, avait ele nomme en 1819 grand-croix de 1'ordre du Merite civil de Saxe, en 1826 grand-cordon de 1'ordre de Saint- Michel de France, etc., etc.

Nous connaissons de lui :

I. Praclische Heilmittellehre. Wien, 1790-1791, 2 vol. gr. in-8°. — II. II prit part a la redaction des Medizinische Jahrbucher des k. k. Oesterreicliischen Staates a partir de 1811. — III. II collabora en outre a la Pharmacopoeia Austriaca (Viennae, 1812, 1820, gr. in-8"), et au Protokull uber die Eroffnung der Lciclie Sr. Maj. des hochstseligcn Kaisers Franz I. In Med. Ja/trb. d. Oest.-St., Bd. X\II, St. 3, 1834. — IV. Articles dans Med. Jakrb. d. Oesterr.-Staats. L. Hx.

STIGIMATE. En botaniqtie, portion terminals et glanduleuse du style. II est des fleurs dont on emploie seulement le stigmate, ordinairement avec 1'extremite du style. II en est ainsi du safran, du mais. De temps immemorial, la decoction de graines de mais est employee dans Uncle et au Mexique comme temperante, centre 1'ardeur febrile; et M. Fua, dans des lectures faites a 1'Academie de medecme en 1876, 1877, 1878, s'etonnait que cette propriete du mai's ne fut pas utilisee en Europe. Depuis quelques annees, on vante 1'action des stigmates -Je mais en infusion et en decoction centre 1'anurie et la gravelle. La

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dose cst de 8 grammes environ pour 1 litre d'infusion : la dose devrait etre moindre pour la decoction (deux ou trois verres par jour).

Les resultats observes par les autenrs sont loin d'etre concordants. En 1879, M. C. Paul declarait a laSociete de the'rapeutique que ses essais sur un certain nombre de graveleux n'avaient eu aucun succes et qu'il avail renonce a la medi cation. D'un autre cote, la meme anne'e, au Congres de Montpellier, M. le docteur Castan, qui, parait-il, faisait usage de ce moyen « depuis longtemps », affirmait qu'il avail toujours retire, dans la gravelle, de bons effets d'une infusion de stigmates de mai's a la dose de quatre ou cinq lasses a cafe par jour. Nous savons d'ailleurs que d'aulres praliciens partagent a des dcgres divers cetle confiance. A. DECHAMBRE.

L'etymologie de ce mot se Irouve dans z-iyva, piqure, marque. On donne particulieremenl le nom de stigmates aux cinj plaies de Jesus-Chrisl, et celui de stigmatises a ceux qu'on a pretendu avoir etc marques de ces cinq plaies. Le plus connu des exemples, lant cite par 1'Eglisc, est celui de saint Francois d'Assise, fondateur de 1'ordre des Franciscains, lequel, sans cesse en contemplation vers la Passion, eut, dans un couvent situe sur le mont Alverina, une vision pendanl laquelle son corps ree.ul 1'empreinte des stigmates du Sauveur. Sainte Catherine de Sienne, surnomme'e par les peintres d'llalie la Fiancee du Christ, n'esl pas moins celebre sous ce rapport; et beaucoup plus lard, dans le premier quart du dix-huitieme siecle, Catberine Cadiere, a I'age de dix-neuf ans, eutaussi des sligmales, que son trop passionne confesseur, le P. J.-B. Girard, allait tendrement baiser sur le corps de sa belle penitente. Enfin, on a encore appele stigmatises certains extatiques qui, par une conlemplalion assidue de la Passion, finissenl, dil-on, par eprouver des douleurs, des manifestations palhologiques diverses dans les parties du corps ou les clous furent enfonces, ou le coup de lance fut donne (Littre). Ce sont ces pretendus stigmates palbologiques qui seront 1'objet de cet article.

Nous n'aurons pas loin a aller pour Irouver un exemple remarquable de ces soi-disant stigmates divins : c'est celui de la fille Louise Lateau, surnommee « la stigmatisee beige », qui aurait du n'avoir, pour 1'etudier, que des hommes de science, et qui a cu, comme cela arrive toujours en pareils cas, d'assez nombreux partisans de son commerce avec le Ciel. Le memoire de M. Bourn evi He (Science et miracle. Louise Lateau, ou la stigmatisee beige, 2e edit. Paris, 1878), va nous fournir les details suffisants pour mettre sous son veritable jour ce cui'ieux cas palhologique. Nous ne faisons que resumer tres-brievcment :

Louise Lateau, nee a Bois-d'llaine, dans le Ilainaut, le 50 Janvier 1850, a par consequent aujourd'bui trente-deux ans. Atteinte a neuf mois et demi de la petite verole, elle est d'une taille un pen au-dessous de la moyenne; sa figure est arrondie; le teint est legerement colore; la peau esl fine et Iresnetle; les cheveux sont blonds, les yeux bleus et clairs; 1'intelligence mediocre. Elle a ete regle'e a dix-sept ans, apres une pbase cblorotique Ues-prononcee. Issue d'une famille pauvre, elle avail ele mise, a onze ans, comme servante aupres d'une grande tante, et ce fut a peu pres a cette epoque qu'elle fut atleinte au cote (on ne dit pas lequel) par le pietinement d'une vache. En 1868, elle « voit une lumiere interieure », elle a « le desir de souffrir », et dans son corps elle commence a eprouver <( les sensations douloureuses desstigmales »,

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a « etre travaillee par la force mystique a, a. « etre prise de ravissements passagers ». Puis les stigmates paraissent a gauche, au niveau de 1'espace compris entre la cinquieme et la sixieme cotes, un pen au-dessous du milieu du sein, au centre des faces palmaire etdorsale de chaque main, aux pieds, entre le troisieme et le quatrieme metatarsiens, au front, sur 1'epaule droite, c'est-a-dire que ces stigmates correspondent aux endroits ou furent enfonces les clous, ou le coup de lance fut donne, oil la couronne d'epincs a principalement porte, ou le poids de la croix a etc le plus penible. Ces stigmates sont parfois accompagnes d'ampoules, mais toujours ils sont le siege d'hemorrhagies; ces hemorrhagies ont lieu le plus souvent la nuit du jeudi au vendredi, entre minuit et une heure. Ces phenomenes se mauifestent dans une crise extatique, alors que Louise Lateau, apres des mouvements convulsifs, a les yeux fixes, tournes vers le ciel, dans I'attitude d'une contemplation lointaine, ou d'une beatitude com plete, alors que la malade est prise de tressaillemenls, de cris etoufes, qu'elle a le corps insensible, et que, passant par trois phases extatiques, elle en arrive a etendre brusquement et convulsivement les bras, a les mettre en croix, a croiser les pieds Tun sur 1'autre, de maniere que le dos du pied droit s'applique sur la plante du pied gauche, a simuler, enfm, le crucifiement.

Ce crucifiement durait autrefois de deux heures et demie a trois heures, cinq heures et demie, six heures, plus tard il cessait au bout d'une heure et demie. La resurrection s'opere subitement; les bras se reportcnt le long du corps, puis, comme d'un bond, Louise se met a genoux dans I'attitude de 1'oraison. « Apres quelques minutes d'absorption profonde, elle se rassied. L'extase se prolonge encore pendant un temps plus ou moins court, et se tennine par une scene efiVayante : le visage est subitement transfigure, les mains se disjoignent, les bras tombent le long du corps; la tete s'incline sur la poitrine, les yeux se ferment, le ncz s'effile, la face, d'une paleur extreme, se couvre d'une sueur froide, les mains sont glacees, lepouls est imperceptible: Louise rale: Les biographes mystiques ont designe cet etat sous le nom d'agonie » . Ajoutons a ces details 1'abstinence presque complete d'aliments, la suppression des urines et des garde-robes, ct nous aurons la physionomie principale de 1'etat de Louise Lateau, laquelle presenterait des phenomenes rappelant les angoisses du Calvaire. Mais faut-il en inferer de la le miracle et I'expression de manifestations divines? Les orthodoxes disent oui; la raison, la science, prononcent un non formel, et ne voient dans la malheureuse de Bois-d'Haine qu'une hysterique surmenee par 1'esprit du mysticisme et par la violence des sentiments religieux.

Les sueurs de sang ne sont pas tellement rares qu'on ne puisse en trouver des exemples consignes dans les annales de la science. La fille Maria K..., dont le cas a ete minutieusement relate par le professeur Magnus, de Stockholm (Arch. gen. de me'd., aoiil 1857, p. 165], offre de grandes ressemblances avec celui de Louise Lateau; il en est de meme du fait rapporte par M. Ferreol, et reproduit par M. Bourneville (op. cit.}, de la malade observee a la Salpetriere, dans le service de M. Charcot, des relations rendues publiques par Zacutus Lusitanus (Prax. Histor., lib. Ill, obs. 5), Mercado (De mulier. affect., lib. I, cap. 7), Van Swieten (Comm. in Aphor. Boherhaave aph. 1286), Brassavola (Comm. in aphor. Hippocr., lib. IV, aph. 25), Dodonoaus (Observed, medicinal., cap. xv), Huxham (Essai sur les fievres, 1752), Doyon (Traite des maladies de la peau, t. 1, p. 95), etc., etc. M. Parrot a public sur « la sueur de sang

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et les hemorrhagies nevropathiques » (Gaz. hebdom. de rued, de Paris, t. VI, 1859, p. 6"»5, 644, 678, 713 et 74")), un important memoire, dans lequel ces sueurs de sang (hematidros'es) sont reduites a leur juste valeur, 1'auteur trouvant, soit dans les cas qu'il a observe's, soit dans ceux publics avant lui, des relations multiples et internes entre les symplomes de la nevrose et les pheno menes hemorrhagiques, relations telles que toutes ces hemorrhagies sont lie'es a dcs perturbations nerveuses generates, a des phenomenes localises de doulenr etde spasme; de telle sorte que le cas de Louise Lateau n'offre rien d'extraordinaire, rien qui differe par un cote vraiment important de tous ces fails connus et relates a diverses epoques par des observateurs attentifs ct scrupuleux. L'extase, les convulsions, les hallucinations de Louise, se retrouvent dans un grand n ombre d'epidemies demoniaqnes du moyen age et dans nos bopitaux speciaux, et ne sont pas plus extraordinaires que les memes phenomenes que devoile la clinique. On a bien le droit aussi de mettre en doute I 'extreme bonne foi de la stigmalisee beige, et il est souvent difficile, dans ces sortes d'investigations, de se garer completement contre les ruses fe'rninines, et conlre cette tendance, fort commune, a vouloir jouer le role de possedees et de creatures humaines touchecs du doigt de Dieu. On pent bicn se mefier d'une certaine petite chambre situee en face de celle occupe'e par Louise, ayant la clef a sa serrure, et renfermant de la vaisselle, de 1'eau, la moitie d'un beau pain blanc, des poires et des pommes. Qui sail si 1'abslinence longtemps prolongee n'a pas en son correctif dans ce petit reduit si bien fourni de ce qui est indispensable a 1'existence? Qui pourra faire un reproche a M. Bourneville de s'etonner que les medecins orthodoxes n'aient point dit que la chambre de Louise communiquait avec la campagne, et qu'il est Ires-possible que la nuit, a demi eyeillee, on assoupie, elle aille caclier dans quelque coin sa pretendue constipation et son ischurie? L'analyse la plus minutieuse, la dissection la plus fine, dirai-je, sont nec'essaires en pareille occurrence. M. le professeur Ball ne s'y est pas laisse prendre lorsqu'il a ete examiner 1'annee derniere une nouvelle stimagtisee, unc jeune fille des environs de Dieppe, que le seul plaisir de tromper a pousse'e a simuler un miracle, et qui, sans se meltre en grands frais d'imagination, a trouve une multitude d'adorateurs, lesquels venaient et viennent peut-etre encore flechir pieusement le genoti devant une hysterique et lui baiser ses stigmates. II a ete prouve que le peu de sang qui maculait le front y avail ete tout simplement depose, probablement a 1'aide d'un pinceau, et qu'il n'existaitau-dessous aucune egratignure, aucune erosion, aucuu suintement sanguin. II a ete constate aussi qu'a la paume et au dos de la main il y avail bien un caillot, mais que ce caillot provenait d'un incision nette, peu profonde, paraissant avoir ete faite avec un canif. Et en quiltant la stigmatisee M. Ball eut la satisfaction, par de spirituelles plaisanteries, de la faire sourire de bon coeur, et accepter une potion au bromure de potassium (B. Ball. La stigmatisee de S... Paris, 1881, in-8° de 8 pages. Extrait du journal YEncephale).

D'ailleurs, la commission medicale qui a eu pour mission d'etudier la stigma tisee de Bois-d'Haine s'est-elle entouree de toutes les precautions capables de dejouer toute espece de fraude et des manoeuvres de la part de Louise Lateau? A-t-elle pris les mesures les plus rigoureuses pour reconnaitre si les suintements sanguins ttaient ou non provoques? on est force de repondre non. On a bien enferme les mains dans des gants scelles; on a bien imagine un globe decristalr

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de 14 centimetres de diametre, offrant deux goulots, 1'ua dispose de maniere a permettre 1'entree de 1'air a travers une toile mctallique fine, 1'autre fixe au bras par un manchon de toile caoutchouc; 1'appareil a ete applique sur la main droite le jeudi 21 Janvier, a deux heures de I'apres-midi, et leve le vendredi a deux heures et demie du matin. Ici nous laissons parler les experimentateurs: « Le fond le plus declive du recipient etait occupe par une petite mare de sang liquide, diffluent, dont la quantitene depassait pas 100 grammes. Le dos de la main presentait depuis son centre jusqu'au bord externe des caillots de sang coagules, noirs, durs, iortement adherents, recouvrant la surface de la plaie stigraatique dorsale, et en empechant 1'ecoulement. La plaie qui avail donne issue a ce sang avait environ 1 centimetre et demi de longueur sur 5 millimetres de large; 1'epiderme en avait disparu, le fond occupe par le derme etait rouge, fongueux; on y observait quelques caillots noirs. A 1'endroit correspondant a la paume de la main se trouve une plaie un peu plus large et

plus arrondie » Ges experiences ont-elles ete suffisantes pour vaincre tous les

doutes? « Pourquoi, comme 1'a ties-justement fait remarquer M. Dechambre (Louise Lateau, Gaz. me'd., 1875, p. 401 et 418), les experimentateurs n'ontils pas eu 1'idee d'assister a la production meme de 1'ecoulement du sang? Pourquoi n'ont-ils jamais constate' 1'ecoulement sanguin qu'a la periode d'etat, et ne 1'ont-ils jamais vu commericer? Au lieu de s'asseoir devant Louise Lateau aux approches de la crise habit uelle, et d'y rester obstinement, dut-elle boire et manger sur place, jusqu'au dela du temps marque, guettanl la sortie du sang comme les curieux guettent le premier flot d'une maree; au lieu de se retirer immediatement, si 1'epreuve etait refusee sur un pretexte quelconque, la commission se conteute de placer la main dans un appareil *et de regarder le lendemain ce qui s'y est passe. L'appareil etait impenetrable, dit-on ; il ne pouvait donner lieu au passage d'un instrument, la main fermee ne pouvant se frotter aux parois. D'abord, il est tres-contestable que sous un globe de 14 centimetres de diametre une main ne puisse jouer assez pour appliquer et frotter sa face dorsale aux parois, et aussi que les doigts flechis ne puissent gratter la face palmaire; il est tres-possible aussi que, etant donne des sur faces crevasse'es, etant donne surtout la disposition hemorrhagipare, la simple contraction des muscles des bras, de 1'avant-bras, de la main, ait suffi a ramener 1'ecoulement sanguin. Mais toutes ces suppositions et celles qu'on pourrait y ajouter, on n'a pas meme a les justifier. Entre un moyen direct, patent, de demontrer la sincerite des stigmates, et un moyen indirect et latent, on s'arrete au dernier; a 1'evidence on substitue un sujet de contestation; on agit comme le demandent ces somnambules lucides qui veulent absolument avoir un bandeau sur les yeux pour y voir clair, et qui refusent la simple interpo sition d'une feuille de papier entre les yeux et le livre. II est regrettable de le dire : on ruine ainsi toute 1'experience; car ce n'est pas a la critique de prouver que 1'kemorrhagie n'a pu etre procuree dans le globe de verre ; c'est a la commission de demontrer qu'elle n'a ete provoquee par aucun moyen et qu'elle

se fut produite egalement a ciel ouvert Louise Lateau est sous le coup

d'une disposition hemorrhagipare. Or, et c'est la la contre-epreuve qu'il y aurait a souhaiter, n'aurait-il pas ete possible avec du temps, et sous des pretextes divers, de rechercher si, en appelant le sang a plusieurs reprises hors de la peau, dans un endroit quelconque du corps, particulierement dans les parties voisines des stigmates existants, au moyen de vesicatoires, de ven-

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louses, etc., on n'aurait pas constitue rapidement un foyer hemorrhagique semblable an premier et dispose a s'ouvrir sous 1'iniluence de frottements on de contractions musculaires? Qu'on n'oublie pas, encore une fois, que le devoir de 1'experimentateur est de presumer la fraude, de la chercher par toutes les voies et par tons les moyens licites, et que, s'il etait demontre qu'un hemalidrotiquc pent quelquefois assigner une direction et un siege a 1'ecoulement sanguin, ce qu'il y a de special et d'etrange dans les hemorrhagies de Louise Lateau, ce qui lui imprime un caractere mystique, s'evanouirait a rinstant » (Dechambre) .

On ne peut ques'associera ces sages et legitimes remarques de M. Dechambre. Si elles avaient ete suivies par les experimentateurs, nous sommes convaincu que le pretendu miracle beige eiit ete re'duit a sa juste valeur. Lc miracle n'a pas besoin d'une malheureuse hystcrique pour se manifester : il est dans les lois admirables qui gouvernent la nature, et que la science a pen a peu devoilees; il est dans ces mondes incalculables qui tourbillonnent dans 1'espace sans fin ; il est dans les merveilles des organismes, dans les infiniment pelits comme dans les infiniment grands. A. CHEREAU.

Ouvrages a consulter sur Louise Lateau :

1. LEFEBVRE. Louise Lateau de Dois-d'IIaine, sa vie, scs exlascs, ses stigmates ; etude medicate, 2e edit. Louvain, 1S7T.. - - II. A. IMBERT-GOURBEYRE. /,<•.< sli//matise's : Louise Lateau de Bois-d'Ilame, sceur Bernard de la Croix, etc. Paris, 1873. — III. II. VAN LOOY. Biographic de Louise Lateau ..... d'a fires les documents aiithentiqucs, 2° edit. Tournai, Paris et Leipzig, 1874. — IV. A. ROHLIXG. Louise Lateau ..... d'apres dcs sources autlientiques, medicates et tlieologiqucs. Trad, par Arsene de Noue. Bruxelles et Paris, 1874. — V. PAUL MAJINKE. Louise Lateau, iftr Wunderleben und Hire Bedculung im deulschen Kirchenconflicte. Berlin, 1875. — VI. Vmciiow. Supercherie ou miracle. — VII. Cn. CHAULIAC. Louise Lateau le vendredi-saint. Paris, 1875, in-8°. - - VIII. BOEXS (H.). Louise Lateau ou les Myxteres de Bois-d'tiaine devoile's. 1'aris, in-18, de '216 pp. — IX. CIIAUHONNIEU. Maladies des mystiques. In Ball, de I'Acad. de med. de Bel/jique, 187 i, p. 869. — X. CHOCQ, LAUSSEDAT, LEFEBVRE, WARLOMOXT. Discussion a 1'Academie de medecine de Belgique, 1875. Voy. une analyse dans Gaz. hebd. de med., 1875, p. 119, 154, 560, 401, 418, 425, 456, f.91, 667, — XI. AVARLOMONT. Rapport medical sur la sligmatisee de Bois-d'Haine. Bruxelles, 1875, in-8°. A. C.

STILBEXE (Diphenyle-ethylene) (G28H12). Carbure d'hydrogene decouvert par Laurent parmi les produits de la distillation de 1'hydrure de sulfobenzoyle

On a indique plusieurs precedes de preparation du stilbene, dont le plus productif et par consequent le seul que nous indiquerons est celui de M. Radzizewski. II consiste a distiller un melange de soufre et de pbenyle-acctate de baryte. Le produit de la distillation, cristallise successivement dans 1'alcool ct dans Tether, constitue le stilbene pur, ainsi denomme a cause de laressemblance de ses cristaux avec ceux d'un silicate naturel d'alumine et de cbaux hydrate que les mincralogistes appellent stilbite.

Le stilbene cristallise en tables rhomboidales, nacrees, inodores, incolores, appartenant au systeme monoclinique; il fond eutre H8 et 119 degres, bout vers 210 degres et distille sans s'alterer.

Comme presque tous les autres hydrocarbures, le stilbene peut se combiner directement avec le cblore et avec le brome et donner naissance a du chlorure et a du bromure de slilbene : le premier (G28H12G12), sous la forme de petits cris taux transparents ou de tables octogonales; le second (C28H12Br9), sous la forme de petit?s aiguilles. Ces deux corps halogenes, en agissant sur le stilbene dans

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cevtaines conditions, peuvent en modifier la composition primitive en sesubstituant a une partie deson hydrogene. Aussi connait-on le stilbene chlore (G28HUC1) etle stilbene brome (C-8HnBr). Les modifications dn stilbene par substitution peuvent se produire par 1'action de corps aulres que les halogenes. Aussi con nait-on le dinitrosfitbene (CMH10[AzO*]2), corps cristallise en aiguilles jaunes a reflets verts dans lequel deux molecules d'hydrogene ont ete remplacees par deux molecules d'hyponilride.

Le dinitrostilbene, chauffe a -+- 100 degres en vase clos avec une solution alcoolique de sulfhydrate d'ammoniaque ou, en d'autres termes, en soumettant le dinitrostilbene a 1'aclion d'agents reducteurs convenablement cboisis, nonseulement les deux molecules d'byponitride disparuissent, mais deux autres molecules de 1'liydrogene restant sont remplacees par deux molecules d'amidogene (Azll2). On obtient ainsi le diamidostilbene (C28H"[AzH2p) en lamelles que 1'air brunit.

L'oxygene se combine par voie indirecte avec le stilbene et 1'oxyde (C28H120J). Ce compose, qui est aussi connu sous le nom de de'soxybenzoine, a cause du mode de sa preparation, n'a aucune propriete basique, malgre sa denomination d'oxydo. Par 1 ensemble de ses caracteres cliimiques, il est generalement considere comme 1'aisant partie de la famille des acetones (voy. ACETONE).

Nous ne developperons pas davantage I'histoire de ce corps. EKe est trop etendue pour ligurer tout entiere dans un Diclionnaire dont la partie cliimique n'est qu'un accessoire. Mais, vu 1'importance que le stilbene presente au point de vue scientidque, a cause des travaux remarquables dont il a ete 1'objet, nous tinirons en donnant une certaine extension aux indications biographiques qui se rapportent a ces travaux. MALA cm.

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STILBIXEES ou STILBACKES. Famille de plantes Dicotyle'dones, que Ton a rapprochee des Globulariees, des Myoporinees et des Selagine'es.

Les plantes de cette famille sont des arbrisseaux a port de Bruyere, a feuilles verticillees ou alternes spiralees, a lleurs en e'pis dense, ayant unecorolle mono-

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ietale hypogyne, presque reguliere, a 5 divisions ; 4 etamines egales inserecs ur la gorge de la corolle, alternes avec ses divisions inferieures ; un ovaire •iloculaire, a ovules dresses, anatropes. Le fruit est sec, capsulaire ou utriulaire, la graine est albuminee et contient un embryon droit, infere.

Cette famille nedoit pas nous arreter; elle ne contient en effet que des genres ans interet pour la medecine. PL.

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STILLE (SVEN-JONAS). Medecin suedois, ne a Harlosa, province de Scanie, e 12 juillet 1805. II fit ses etudes a 1'Universite de Lund, de 1823 a 1850, jpoque a laquelle il fut recu candidat en medecine, fit un service d'hopital, royageaen Danemark et en Allemagne et revint en Suede, ou il fit partie du corps de sante de 1'armee, tant comme medecin de regiment que comme medecin d'hopital. Recu en 1855 licencie en medecine a Stockholm, puis docteur a Lund, il parvint au grade de medecin-major, et mourut le 13 avril 1839, a Gotheborg. Nous citerons de lui :

I. Berdttelse om Cholerans forhualande i Warschau. Stockholm, 1832, in-8°. — II. Anteckningar under en resa till och i fraun Warscliau vid slutct of Polska fi-ilicts kriact 1851. Lund, 1834, in-8°. — III. Decogn/lione aberrant/um vasorum. Lund, 1855, in-<S°. — IV. Jakttagelse paa Lazareltet om en nervaffection, uppikommen efler yttre vald. In Svenska Ldkare Sallskapet arsber., 1835. — V. Jakttagelse om koleran i Golliebonj, 1834. In Svenska Ldkare Sallskapet Handlingar, I, p. 11. A. D.

(MORETON). Medecin legiste distingue, mort a 1'age de trente-trois ans, le 20 aout 1855, a Saratogo Springs, dans I'Etat de New-York, etait de Philadelphie. II avail fait d'excellentes etudes dans sa ville natale et s'y etait rapidement cree une situation brillante. Membre de plusieurs societe's savantes de Philadelphie, il se montra tres-assidu a leurs seances et y lut un grand nombre de memoires qui ont ete publics en grande partie par les journaux medicaux. A 1'epoque de sa mort il mettait la derniere main a son Traite de medecine le'gale, redige conjointement avec Wharton. 11 venait d'etre charge du cours de medecine theorique et pratique a 1'Associatkm de Philadelphie pour 1'instruction medicale.

Medical Jurisprudence. Avec Francis Wharton. Philadelphia, 1855, in-8°; 3 e edit., ibid^ 1873, 3 vol. in-8». L. IL\.

STILL I\G (BENEDIKT). Celebre anatomiste allemand, ne le 22 fevrier 1810 dans la petite -ville de Kirchhain, dans la Hesse electorale. Des l'age de six ans il prit gout a la chirurgie en voyant pratiquer une petite operation sur son frere par le chirurgien Justi. Gelui-ci s'interessa a lui, et bien que Stilling lut juif, le frere de Justi, alors etucliant en theologie protestante, lui enseigna le latin, et le pasteur Kaufmann le grec. A l'age de quatorze ans, il continua ses etudes au gymnase de Marbourg, et quatre ans apres, en 1828, se lit immatriculer a 1'Universite dela meme ville. lly eut des maitres celebres, Heusinger, Siebold, Ulmann, etc. Recu docteur en 1832 avec la note exceptionuelle summa cum laude, il subit encore la meme annee les epreuves du Staatsexamen, et devint en 1853 assistant de la clinique chirurgicale dirigee par Ullmann ; c'est 1'epoque ou il decouvrit le precede d'hemostase auquel il a

DICT. ENC. 5° S. XII. 7

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donne le nom de Gefassdurchschlingung et sur lesquels on Irouvera tous les details necessaires dans 1'excellent memoire d'Adamkiewicz sur 1'historique de 1'hemostase (Laugenbeck's Archiv. fitr hlin. Chinirgie, Bd. XIV, p. 525, 1872).

\fers la fin de 1833, Stilling fut nomme chirurgien de la juridiction provinciale a Cassel. II lui en couta de quitter Marbourg, ou la carriere de 1'enseignement s'ouvrait brillante devant lui, mais il ne crut pas devoir resister aux instances de ses coreligionnaires, qui lui presentaient comme un devoir d'accepter la position qui lui efait offerte a Cassel et qui devait lui permettre de defendre eflicacement leursinterets. Des lors il ne quitta plus cette ville, qui lut presque un exil pour lui; encore a 1'age de soixante et un ans, il aurait accepte une cbaire qu'on lui offrait, si des circonstances tout a fait fortuites ne Ten avaicnt empeche. Du reste ses croyances religieuses I'empe'chereiit toute sa vie d'arriver a une position superieure; de nombreuses demarches avaient etc faites aupres de lui pour le decider a abjurer, mais il resta inebranlable.

En 1840, il dut meme abandonner ses fonctions officielles; on voulait 1'envoyer clans un petit village pres de Fulda, nomme Eiterfeld, mot dont la traduction lilterale signifie champs du pus; amerc derision ! il aima mieux se demettre, et sa demission fut acceptee malgre les actives demarches que fit pour lui 1'ambassadeur de France, le comte de Beam, qui etait son ami. Stilling n'en reste pas moins le premier chirurgien de Cassel, et ses ennemis eux-memcs eurent recours a ses soins.

Stilling fit a diverses reprises de longs voyages; en 1836 ii se rendit pour la premiere fois a Paris et s'y lia particulierement avec Magendie et Amussat; c'est ce dernier qui eveilla en lui le gout des operations sur les voies urinaires. En 18-45, il lit un nouveau voyage a Paris et de la passa a Londres, ou il se lia d'amitie avec Marshall-Hall et Stafford; en 1855, il revint a Paris, apres un voyage par Xice et dans le Midi, et gagna toute 1'estime de Claude Bernard, de Brown-Sequard, de Bayer, de Cbarcot, etc.; en 1858, nouveau voyage en Italie, en 1869 a Paris, a Londres et a Edimbourg, en 1875 a Yienne, etc.

Stilling etait un operateur de premier ordre; en 1857 il fit sa premiere ovariotomie; c'est a lui qu'on doit la methode dite extra-peritoneale, destinec a eviter les dangers d'hemorrhagie interne; en 1841 il publia un memoire sur ce sujet dans les Annales de Holscher, mais ce memoire passa plus ou moins inapercu, de sorte que dix ans apres 1'Anglais Duffin put reinventer cette metbode sans soulever de contradiction. En 1840, Stilling publia son ouvrage sur I'irritation spinale, affection peu connue encore a cette epoque ; on y trouve, d'apres Kussmaul, la premiere mention des nerfs vaso-moteurs, et sej compatriotes lui en attribuent meme exclusivement la decouverte.

Les ouvrages histologiques de Stilling renl'erment un grand riombre d'erreurs; mais ses travaux d'anatomie sont extremement remarquables; 1'anatomie des centres nerveux lui est redevable d'un grand nombre de decouvertes. Pour les etudier, il se servait d'un precede particulier de coupes, faites methodiquement dans divers sens (au moyen d'un couteau prealablement trempe dans 1'alcool); sur cbaque segment il notait la situation des fibres ou faisceaux nerveux, pour se rendre compte de leur trajet, puis reconstruisait le tout pour obtenir la structure d'ensemble ; il consacra quarante annees de sa vie a cette a architectonique » des centres nerveux ; son premier ouvrage parut en 1842, le dernier en 1878; tout le monde a vu cette serie de volumes enormes et magnifiques, accompagnes de planches excellentes, qu'on consultera longtemps encore et

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qui sont commc un monument imperissable eleve a 1'anatomie. L'Academie des sciences de Paris a couronne quatrc de ces ouvrages; celui qui traile du pont de Vavole a oblenu le grand prix Montyon. G'est principalement sur 1'instigation de Claude Bernard que ces recompenses lui furent accordees.

Eutre autres importantes dccouvertes de Stilling, nous nous bornerons a mentionner celle des connexions des racines des nerfs peripheriques avec la substance grise de la moclle, celle de la structure libreuse de la moelle et d'uu grand nombre tie noyaux d'origine des neiis.

Stilling fut membre d'un grand nombre de societes savantes ; la seule distinction honorifique qu'il obtint dans sa patric, c'est le litre de conseiller medical intime que lui decerna le roi de Prusse lors de 1'annexion de la Hesse a ce pays. II raourul le 28 Janvier 1879.

Les dernieres etudes de Stilling out e'te consacrees a un Francais, au celebrc Denis Papin, qui, lors de la revocation de 1'edit de Nantes, s'etait reftigie en Hesse et y subit de cruelles vicissitudes.

Yoici les litres des principaux ouvrages de Stilling :

I. De pupilla nrtificiali in sclerotica conformanda. Comment, inninj. Marhur^i, 1832, gr. in-8° ; trad, allem. Die kiinslUclie Pu/i/nrnbi/duny in der Sclerotic^. AV/'v/ Anlmng iilx-r die Verpflanzung der Hornhaut, Keratoplaslik. Marburg, 1853, gr. in-8°. — II. Die Uildung

und Metamorphose des Blutpfropfes oder Thrombus in ccrlrt^tcn Blulgefdssen , ou

encore sous le titre : Die natiirlic/tcn Processe bei tier Ilcihing durchschlungener Blutgefasse, mit besonderer Biicksicht auf den Thrombus. Eisenach, 1834, gr. in-8°. — III. Die Gefdssdurchschlingung . Eine neue Melliodc Blutunyen aus grosseren Gefdssen zu xtillen. 1. Abth. Monographic der Operation. Marburg, 1835 (1854), gr. in-8°, pi. — IV. Physiol.pathologische und medicinisch-practische Untersuchungen iiber die Spinal-Irritation. Leipzig, 1840 (1839), gr. in-8°, fig. — V. Untersuchungen iibcr die Functional des Xervensystems, mit spccieller Bcziehung auf die Abhandlung von ./. c«?i Dcen : « Zw P/iysiologie dc.s Mckenmarks ». Leipzig, 1842, gr. in-8°, 1 pi. — VI. Avec I!. F. \Vallacli : i'ntcr.tuchuntjen uber den Bau des Nervemystems , ^Heft 1 ; egalement sous Je titre : Unlcrsucliungen iiber die Tc.rtur des Ruckenmarks. Leipzig, 18i2, gr. in-4° ; Heft 2, sous le titre : Ueber die Medulla oblongata. Erlangen, 1843, gr . in-4°, pi. (cette seconde partie est de Stilling seal). — VII. Untersuchungcn iibcr den Bau und die Verrichtungen des Gehirns. I. Ucber den Bau des Hirnknotens oder der Varolischen Brilcke, 22 pi. Encore sous le titre : Disquisilione.-i de structura et functionibus cerebri. I. De slructura protuberantiae annularis sive pontis Varolii. Jena, 1847, gr. in-t'ol. carre. — VIII. Was soil man lliun um sich gegen die Cholera zu Schiilzen? Einige Worle an seine Mitbiirger. Gassel, 1850, gr. in-8". — IX. Beitrage zur Natur- und Heilkunde, 1 Heite. lies Heft, sous le titre : Anatomisclie und mikroskopische Untersuchungen uber den feineren Bau der Nerven-Primitivfaser und der Nerve>i<elle. Fiankf. a. M., 1856, gr. in-4", 2 pi. lith. coloriees- — X. Ein Blalt zur ncuealen Geschichte der Heilung der Harnrdhren-Verengerunijrn iniltcls der inneren Uret/irotomie. Gassel, 1856, gr. in-4", 1 pi. — XI. Neue Untersuchungen iiber den Bau des Buckenmarks. Avec un : Atlas mikroskopisch-anatomischer Abbildungen von 50 lilh. Tiifeln, nebst \ grossen Wandtafel (gr. in-fol.), 5 Lief. Cassel, 1857-1859, gr. in-4". — XII. Die Extfa-Peritonaal- Methode der Ovariotomie. Berlin, 1866, gr. in-8°. — XIII. Zur innern Uretltrolomie. Bei trage zur Gescliichte dieser Operationen und der zu ihr erfundenen Instrumente, sowic zur Ehrenrettung Staffords. Berlin, 1866, in-8°, 1 pi. - - XIV. Unlersuchungen iiber den Bau des kleinen Gehirns des Menschen. 1. Band : Unlers. iiber den Bau des Ziingelchens und seiner Hemisphdren-Theile, avec alias de 9 pi. Cassel, 1864, in-4". 2. Band : Unters. iiber den Bau des Centralllippchens und der Fliig^, avec atlas de 5 pi. et 1 pi. murale. Cassel, 1867, in-4°. 3. Band : Unters- iiber den Bau des Bergs und der vorderen Oberlappen, sowie iiber die Organisation der centralen weissen Marksubstanz des Cerebellum und ihrer grauen Kerne und iiber die centralen Ursprungsstatten und Bahnen der lileinlurn-Schenkel, natnlich der Binde-Arme, Briicken-Arme und der strickformigen Kor/>er, publie sous le

litre : Neue Untersuchungen Avec atlas de 25 pi. Cassel, 1878, gr. in-4°. — XV. Die

ralionnelle Bchandlung der Harnrohrenstricturen. Auf der Basis einer pragmalisc/un Geschichte der inneren Urethrotomie dargestellt. Cassel, 1870-1872, gr. in-8°, 13 pi. in-fol. qu. — XVI. Geschichte einer Amputation des Oberschenkels, wobei die Durchschlingung der Arteria femoris, Arleria femoraiis profunda und der Vena femoralis in Anwendung

100 STIMULANTS ET CONTRO-STIMDLiNTS.

gezogen wurde. In Holscher's Annal. der Heilk., Bd. II, p. 37, 1837. — XVII. Ueber Spinal-Irritation. Vortrag ..... In vow Amman's Monalsschr. f. Medicin, Augenheilk. und C/iinirgie, Bd. Ill, p. 279, 1841. — VIII. Gcschichte eincr Exstirpation eines krankhaft vergrosserten Ovar turns, nebst einigen Bemerkunycn i'tbcr diese Operation im AVgemeinen, und physiologischen und pathogenetischen Erbrterungen iiber Erbreclien, etc. In Holscher's Hannover' schen Annal. der ges. Heilk., N. P., 1. Jahrg., p. 5, 1841. — XIX. Ueber die Eewegung des Kehlkopfs, der Stimmritze und des Schlundes. In Haeser's An It. f. Medic., Bd. Ill, p. 326, 1842. — XX. IN'ombreux articles dans un grand nombre de recueils, entre autres dans Canslatt's Jahresberichle, depuis 1841 (Voy. sur Stilling : KUSSMAUL. Dr. Benedi/it Stilling. Gedachtnissrede ..... Avec nombreuses notes par Goltz et \Valdeyer. Strassburg, 1879, gr. in-8°).

STILL1XGIE (Stillingia L). Genre de plantes de la famille des Euphorbiacees, nomme aussi Stilling flee tia, parce qu'il a ete dedie a un botaniste anglais du siecle dernier, le docteur Benjamin Stillingfleet. 11 est caracterise par des fleurs unisexuees, apetales, les males diandres et les femelles pourvues d'un ovaire 2 loculaire, a loges unixulees. Le fruit est capsulaire, et les graines sont pourvues d'un arille du micropyle. Pour nous, les Stillingia ne constituent qu'une section du grand genre Excoecaria. Nous donnerons done le nom de E. syh'alica au Still ing/a sylvaticaL. ou Sapium sylvaticum TORE., que les Americains nomment Queens Delight et qui est un arbuste de leur pays, a tiges nombreuses, naissant d'une souche epaisse et ligneuse. L'ensemble atteint 1 metre de haul. Les feuilles sont alternes, subsessiles, ovales-lanceole'es. La racine se rencontre dans le commerce en fragments cylindriques, a bois jaunatre, a ecorce d'un brim jaunatre, d'une odeur huileuse sur les morceaux sees, d'une saveur amere, acre et piquante. Peu connu en Europe, ce medica ment passe aux Etats-Unis pour un alterant puissant, qui a les proprietes du mercure sans en presenter les inconvenients. On 1'emploie surtout contre les accidents sccondaires de la syphilis, les affections scrofuleuses, les maladies de la peau, les hepatites chroniques, et on le donne isole ou combine a la Salsepareille ou a d'autres medicaments alterants. Pour com prendre de quelle utilile il pourrait etre d'essayer chez nous ce medicament, il convient de lire ce qu'en ont dit le docteur Young Simons, qui 1'a introduit dans la pratique, et Wood el Bache, dans leur United Stales Dispensatory (p. 858). H. B>~.

(ACIDE). C15Hs°Oi. Get acide est fourni, d'apres Borck, par la saponificalion de la matiere grasse des fruits du Stillingia sebifera (voy. STILLINGIA). D.

sn>u i AM s ET COXTRO-STIMLXAI^TS. Les medications stimulanle et contro-stimulante, quoiqu'elles soient absolument oppose'es par leur finalile therapeutique comme par les instrumenls qu'elles mettent en jeu, in'ont paru devoir etre reunies dans une meme etude. S'il y a en effet utilite pour 1'esprit a rapprocher les choses analogues pour montrer leurs rapports, il n'y en a pas moins a mettre les unes en face des autres les choses oppose'es, afin de faire saillir leurs differences en un contraste expressif.

Lestimnlns therapeutique est un aiguillon ; \econtro-stimulus therapeutique est un frein ; mais qu'ont-ils a aiguillonner ou a tenir en bride ? Est-ce un etre de raison, Yincitabilite brownienne sous ses deux modalites d'exces ou de defaut, d&sthe'nie ou d'asthe'nie? N'est-ce pas plutot une physiologie tres-coucrete dans laquelle ils soufflent le froid etle chaud, le plusou le moins, qu'ils soutienuent

dans ses defaillances, maitrisent dans ses emportements, et qu'ils s'efforccnt de mainlenir dans le rhythme de son activite normale? G'est a ce dernier point de vue que je me propose d'envisager la stimulation ct la conlro-stimulalion therapeutiques, et je passerai, sans les aborder, a cote des questions de syslemes qu'clles soulevent, reservant aux articles STIMUI.ISME ct CONTRO-STIMULISME, que 1'ordre alphabetique amenera bientot sous ma plume, 1'examen critique des doctrines qui se synthetisent dans ces deux mots. G'est ici une question de llierapeutique appliquee, et rien de plus.

Stimuler, c'est rendre une action plus intense ; contro-stimuler, c'est en abaisser au contraire le rhythme. Cette stimulation el cette contro-slimulation sont-elles les deux seuls modes suivant lesquels les medicaments peuvent modi fier la physiologic? Brown et Rasoril'ont cru, et ilsont pense que, de meme que 1'eperon et la bride suffisent a un cavalier pour gouverner sa monture, de meme aussi le therapeutiste, avec un stimulant dans une main, un contro-stimulant dans 1'autre, pourvoit a tous les besoins d'une physiologic troubles. Cette sim plification enveloppait une grave erreur : a cote de la quantite il y a la moda lite' physiologiques ; les stimulants ct les coutro-slimulants generaux ou spcciaux pourvoient a la premiere et sont insuffisants devantla seconde : or la modalite gouvernantle plus grand nomhre des acles morbides, la dichotomie brownienne et rasoricnne est insuffisante a contenir les fails qu'elle embrasse, et c'est par celte porte que la divcrsite pharmacologique, ouvertcment ou lacitement exchie par chacun de ces deux systemes, est rentree et a repris sa place pour ne plus la laisser.

Les stimulants et les contro-stimulants sontdits generaux quand leur sphere d'action est tres-etendue et semble embrasser I'ensemble des grandes fonctions de 1'economie ; ils sont dits spe'ciaux quand ils porlent electivcment leur action sur un appareil, et quand, employes d'unc certaine fagon, ils ne 1'etendent pas au dela, sous reserve des irradiations sympathiques qui peuvenl partir de 1'organe ainsi imprcssionne electivement, et dont ils n'onl pas la responsabilite directe.

Ces deux medications appartiennent au groupe de celles que j'ai propose d'appelcr biocratiques (de 8iog, vie, xparsiv, gouverner) ou physiologiques, parce qu'elles servent au clinicien a dirigcr 1'activite fonctionnelle, a la presser ou a la ralentir, et a faire ressortir, de la direction qu'il lui imprime, des effets favorables a la curation des maladies.

Toute generalisation poussee plus loin serait sans utilite, et nous abordons directement 1'etude des medications stimulantes et contro-stimulantes.

§ 1. Medications stimulantes. Une action physiologiquepeut etre relcvee quand elle est languissante, ou elle pcut etre portee au dcla de sa mesure normale. C'est le propre office des stimulants. Aiusi entendu, ce mot perd la signification vague qui lui a ete reprochee et exprime une modalite tres-nclte et tres-reelle de 1' action therapeutique. Toule la question clinique se reduit a determiner quand cette stimulation est opportune et par quels moyens on peut la produire.

J'ai parletout a 1'heure de stimulants generaux et de stimulants spe'ciauic, et je dois m'expliquer sur le sens de ces mots. Si par stimulants ye'ne'raux on veut entendre des agents qui, s'adressant aux sources memes de la vie, slimulent cellc-ci, conside'ree comme force particuliere, autonome, et n'arrivent a ses instruments pour y produire des modifications sensibles qu'apres 1'avoir impres-

sionne'e, je concederai \olontiers qu'il n'y a pas de stimulants ge'neraux ; car, pour vitaliste queje sois, mon esprit repugne formellcmenl a ndmeltre qu'une force puissc recevoir directement d'une impression materielle un changement de modalite. II n'y a pas plus a mon avis de stimulants directs de la vie, qu'il n'y a de stimulants directs des forces, mais bien des agents qui mettent les appareils dans des conditions de fonctionualite par lesquelles se manifeste un orgasme vital d'ensemble ou un orgasme physiologique limite a tel ou tel ordre d'appareils. Si Ton s'ecartait de cette notion, la stimulation therapeutique generale serait appelee d'un nom impropre et il faudrait lui substituer celui de stimulation tlierapeutique generalised. II y a, on le conceit, autre chose qu'une distinction de mots sous cette reserve necessaire.

A tout prendre, il n'y a pas, dans le sens absolu, de stimulants generalises, car ceux qui, par la diffusion de leur sphere d'activite, semblent intercsser la physiologie tout entiere, montreraient certainement, aune observation qui pourrait entrer plus minutieusement dans 1'analyse de leurs effets, des organes qui restent apathiques a ces agents et ne sont pas touche's par eux. De meme aussi, il n'y a pas, en se placant au rneme point de vue absolu, de stimulation speciale ou elective, et ce terme ne doit etre entendu que d'une action nioins diffusee et plus particuliercment concentree dans tel ou tel appareil. Mais la medecine ne vit pas d'absolu (elle en meurt quelquefois), et il suffit de constater entre les divers agents de stimulation la realite de ces differences qui mesurent le domaine physiologique de leur action et 1'aptitude speciale de tels ou tels d'entre eux a reaclionner ua appareil plutot que 1'autre, pour que cette distinction soil legitime en fait, si elle nel'est pas complelement en raison.

Les divisions des medications stimulantes reposent sur une base essentiellement physiologique, et il y en a autant, a proprement parler, qu'il y a d'actions physiologiques a stimuler.

I. Et tout d'abord se presentent les stimulants du systemenerveux, qui occupe le premier rang dans la hierarchic organique, ce qui explique comment la sti mulation qu'il recoit de ces agents va retentir conse'cutivcment surle plus grand nombre, si ce n'est sur la totalite, des organes, et prend le plus haut caractere de generalite qu'elle puisse revetir.

L'action nerveuse peut languir sous sa triple modalite phenomenale de sen sibilite, de contractilite, de fonctionnalite cerebrale, etilpeut etre important de la tirer de cette atonic. De plus les appetits organiques peuvent etre emousses et il convient de les tirer de cette inertie les forces deprimees, et il faut les relever. D'ou autant de groupes distincts de stimulants de cette cate'gorie.

1° En ce qui concerne la sensibilite, ses stimulants peuvent se subdiviser en ceux qui agissent de preference sur la sensibilite generale, ceux qui excitent la sensibilite tactile, ceux qui s'adressent plutot a la sensibilite thermique. Sans doute, la physiologie des stimulus normaux n'etant pas plus faite que celle des stimulus medicamenteux, il y a dans cette division plutot des cadres prepares que des cadres remplis, mais la pensee peut, sans se laisser aller a des esperances chimeriques, et en partant du terrain concret des progres accomplis, esperer qu'un jour les casiers de ces divisions ne seront plus vides. Les frictions seches ou aromatiques, les rubefiants, les phlyctenogenes ou vesicants, les courants induits, les plaques metallotherapiques, etc., constituent encore le groupe confus et discordant auquel nous nous adressons pour reveiller la sensibilite

de la peau, de quelque nature que soil sa paralysie au point de vuc de 1'element fonctionnel qu'elle interesse ; mais 1'analyse commence a se fa ire dans Fac tion des divers courants sur Jes sensibilite's de la peau, et elle arrivera sans aucun doute a mettre chaque sorte de paralysie du sentiment en rapport avec les stimulants speciaux qui lui conviennent.

De meme aussi la sensibilite speciale ou scnsorielle est-elle appclee a avoir ses stimulants particuliers, au lieu des stimulants communs par lesquels nous cherchons a la reveillerquand elle est engourdie. L'anosmien'est guere attaquee aujourd'hui que par les modifications de la sensibilite generale qui s'adresscnt bien plus aux branches nasales du trijumean qu'au nerf olfactif lui-meme; les masticatoires, la faradisation, par lesquels on cherche a combatlre 1'anesthesie gustative, sont dans le meme cas ; la cophose, en debors des moyens divers qui tendent a ramencr a leur integrite anatomique et a leur fonctionnalite normale les rouages sinombreux qui portent les ondes sonores au contact du nerf auditif, n'est encore justiciable que des stimulants de 1'innervation du trifacial ; la sen sibilite retinienne, dans les cas malheureusement rares ou elle est seule interessee, echappe dans une certaine mesure a cette situation tributaireeteffacee, et un bon n ombre de medicaments out deja accuse leur aptitude a 1'impressionner : tels la noix vomicjue et la strychnine, la pulsatille, la santonine, qui sont des stimulants de la sensibilite de la rctine et dont Faction peut ctre invoquee utilement dans les cas d'amaurose, en meme temps qu'on stimule par des excitations diverses les branches de Pophthalmique de Willis.

La classe entiere des paralysies de la sensibilite indique 1'emploi des stimu lants appartenant a ces deux categories ; leur opportunile est justifiable du dia gnostic differentiel qui etablit le caractere essentiel de ces paralysies, leur mesure, des managements a garder pour ne pas stimuler au dela du degre qui compromettrait rintegrile de la structure de tissus plusou moins di'licats ; mais, meme en presence d'une anesthesie qui precede d'une cause materielle, comme toutes les fibres nerveuses peripheriques et toutes les cellules sensitives cerebrales qui correspondent anatomiquement a une zone de paralysie ne sont pas toujours intercssees materiellement, on peut, par 1'emploi des stimulants, restituer quelquefois, a un certain degre, la sensibilile emoussee, ou en apparence abolie.

2° Les stimulants de la contract ilite, que j'ai propose d'appeler des hyperci netiques (de vnip et de -/ivvjo-is, mouvement), sont les agents qui excitentla molricite et la portent au dela de son rhytlime actuel. On en distingue de deux sortes : les uns s'adressent a toute fibre musculaire, qu'elle soit lisse ou strie'e, et dans quelque organe qu'elle se trouve ; les autres vont, par une sorte d'electivite, concentrer leurs effets sur tel ou tel ordre de muscles. L'action d'un sti mulant general : del'opium, de 1'alcool, de Tether par exemple, developpe une certaine exageration de 1'aplitude a exercer des mouvements ; mais il est visible que le systeme musculaire obeit, comme tons les appareils, a la poussee momentanee que ces agents impriment au systeme nerveux : un sang devenu plus stimulant par le medicament qui I'impregne est envoye aux muscles, il agit sur leurs fibres comme sur les rubans nerveux interposes entre elles et les sti mule; le cerveau excite lui-meme envoie aux muscles une incitation motrice plus energique; la volonte etant plus agissante et les muscles auxquels elle transmet ses ordres etant dans un etat d'erethisme fonctionnel, ces stimulants generaux deviennent, on le comprend, des stimulants musculaires, mais d'une

maniere banale et sans specialite d'action. Les vrais stimulants de la motncite sont done ceux qui, sans stimulation generale, appreciable au moins, vont par une electivite speciale agir sur les muscles dans le sens d'une activite accrue et ne semblent interesser qu'eux dans leur action. Comment agissent-ils? Augmentent-ils la contractilite par une action direcle snr les centres nerveux qui la gouvernent ? Ont-ils une action sur la fibre musculaire elle-meme, sur les nerfs moteurs, ou sur les plaques de Rouget et Kiibne qui les termiuent? On 1'ignore encore, etil n'est pas certain que le mode d'action ne varie pas avec la substance ' employee. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que 1'agent hypercinetique, la strychnine par exemple, manifesto electivement son action sur les muscles frappes d'inertie : tandis que des contractions agitent ceux-ci, les muscles symetriques, qui sont sains, demeurent souvent indifferents a son action. Cette particularite, qui n'a pas suffisamment fixe 1'attention des physiologistes, semble indiquer 1'abolition, du cote paralyse, d'une force moderatrice des contractions provoquees, laquelle demeure intacte du cote sain.

5° Parmi les medicaments excilo-moteurs, les uns, agissant indiffe'remment sur tons les muscles, peuvent etre appeles excito-moteiirs communs, tels sont par exemple la noix vomique, la faussc angusture, la feve de saint Ignace avec leurs alcalo'ides : strychnine, brucine, igazurine ; les autres sont des excito-moteun spe'ciaux qui ont electivite sur certains ordres de muscles, tels 1'ergot de seigle, la rue, la feve de Calabar, 1'atropine, la duboisine. L'analyse physiologique augmentera sans doute le nombre de ces stimulants speciaux de la contractilite dont 1'etude, poussee assez loin en ce qui concerne les stimulants des vaso-moteurs, est pour tout le reste simplement ebauchee. Ces excito-moteurs agissent sur le muscle qu'on veut exciter quand on les applique a son voisinage immediat, ou bien, confies a la voie detonrne'e de 1'absorption, ils vont impressionner tous les muscles qui, a doses moderees, demeurent indiflerents a ce contact, sauf les muscles speciaux avec lesquels ils sont en electivite et qui repondent a cette stimulation par un accroissement d'energie contractile.

Je citerai parmi les stimulants speciaux dela motricite : i° ceuxde 1'iris, qui, suivant qu'ils agissent sur les fibres radices ou sur les fibres sphincteriennes dont 1'innervation n'a pas, on le sait, la meme origine, dilatent ou retrecissent la pupille (opium, eserine, atropine, duboisine); 2° ceux des muscles intestinaux (cafe et cafeine, podophyllin, sene et catbartine); 5° ceux de la fibre uterine (ergots descereales, rue, sabine, ipeca) ; 4° ceux de la tunique contrac tile des pelits vaisseaux, comprenant 1'immense serie des medicaments qui agissent sur 1'innervation vaso-motrice dans le sens d'une contraction accrue des vaisseaux et, par suite, de leur retrecissement et de 1'exsanguite relative des tissus auNquels ils portent le sang. Les belles recherchcs de Schiff, Dupuy, Cl. Bernard, Brown-Sequard, Yulpian, sur les vaso-moteurs, en ont fait un champ diversifie pour Faction therapeutique, mais un champ non moins large pour 1'interpretalion des effets physiologiques des medicaments, et une source d'iuductions hasardees sur leuremploi dans telle outelle maladie. L'exageration passera, les faits resteront, et il n'est pas douteux qu'on n'arrive, par un manieinent judicieux des agents qui stimulent les vaso-moteurs, a gouverner la circulation capillaire dans le sens d'une diminution de 1'afflux sanguin et a produire ainsi des anemies locales, comme nous produisons des hyperhemies bornees a tel ou tel ordre de capillaires.

Mais tous les stimulants excito-moteurs ne sont pas medicamenteux ; et, en

augmentant Faction musculaire par 1'intermediaire de la volonte, quand les muscles obeissent encore a son incitation, on leur communique a la fois et une energie nutritive plus grande et une aptitude au mouvement dont 1'exageration s'accuse par 1'intensite et la durec de 1'eflbrt qu'ils peuvent deployer. Les exercices et la gymnastique methodique appliques a 1'ensemble du systeme muscu laire on bornes a certains ordres de muscles, constituent, entre les mains du therapeutiste. des moyens qui viennent en aide aux medicaments excito-moteurs et peuvent quelquefois les suppleer.

\° La vie cerebrale, sous ses manifestations fonctionnelles di verses, a aussi ses stimulants. L'expression de medicaments cephaliques a vieilli en medecine; elle est sans doute absurde si on la prend dans son sens etymologique, car il n'y a pas plus de medicaments de la tete qu'il n'y a de medicaments de la jambe ou de la poitrine, mais elle est acceptable si on la prend dans son acception clinique. Les anciens appliquaient ce nom a toutes les substances auxquellcs ils attribuaient la propriete d'exalter ou de changer la vie cerebrale, « de fortifier le cerveau et les nerfs qui en naissent », comme on disait dans une langne pen precise, il est] vrai, mais qui nc manquait ni de verite, ni de profondeur cliniques. Tous les medicaments alcooliques, ceux qui contiennent des huiles essenlielles (et le nombre en est grand), presque toutes les substances odorantes, entraient dans ce groupe.

Si on le reconstruisait aujourd'hui, on n'y trouverait pas seulement des aromatiques tels que la melisse et le cafe, mais une foulc d'agenls puissants comme 1'alropine, la daturine, le haschiscli, quelques alcaloi'des de 1'opium, le gaz acide carbonique, le protoxyde d'azote.

On peut, a mon avis, placer les stimulants cerebraux dans les trois groupes suivants : l°les agrypnotiqms (de ayowvaw, etre ou tenir e'veille) , qui maintiennent le cerveau dans cet etat d'activite exageree et combattent le sommeil ; 2J les noostheniques (voo?, esprit, <rOsvoj, puissance), quistimalent le cerveau en tant qu'organe manifestateur de la pensee ; 5° les exhilarants, qui donnent aux actes cerebraux un cachet particulier de gaiete, d' expansion, d'hilarite. Les occasions cliniques de recourir a ces divers stimulants du cerveau se rencontrent a chaque instant, et le medecin qui sail en tirer parti peut, grace a eux, deferer a des indications d'une grande importance.

Les cephaliques, tels que les comprenaientlcs anciens, n'etaient pas seulement des stimulants de la vie cerebrale, ils avaient aussi pour effet de combattre V hebetude sensorielle, c'est-a-dire cette obtusion des sens qui coincide habituellement avec un abaissement de 1'activite du cerveau. G'est ainsi que 1'arnica, les labiees aromatiques, etaient consideres comme des stimulants de ce genre. L'analogie Ires-etroite qui, malgre la difference de 1'activite, lie 1'action de 1'arnica a celle de la noix vomique, et 1'utilite de celle-ci dans le cas d'asthenie retinienne, rend compte, jusqu'a un certain point, des eloges qui lui ont ete donnes comme moyen de combattre 1'amblyopie. Quant aux plantes a essences, elles exercent, a doses moderees, une stimulation cerebro-rachidienne qui place les nerfs sensoriels dans le domaine de leur action physiologique.

5° A cote des stimulants de 1'innervation cerebro-rachidienne, il convient de placer ceux qui excitent les appetits organiques, c'est-a-dire ces besoins instinctifs qui veillent comme des sentinelles vigilantes aupres de chaque fonction et en garantissent 1'activite. L'appetit alimentaire, 1'appetit respiratoire et 1'appetit genesique ont souvent besoin d'etre excites, et des stimulants speciaux y

Idfi STIMULANTS ET CONTRO-STIMULANTS.

pourvoient. Les condiments et les amers dc toute nature pour le premier; pour le second, le stimulant respiratoire normal, 1'air ou 1'oxygene, appeles au con tact des cellules pulmonaires par les mouvements respiratoires spontanes ou supplees artiticiellemcnt ; pour le troisieme, des medicaments a electivite specialc qui vont stimuler le sens genesique (essences, opium, cantharides, etc.), permettcnt, dans un bon nombre de cas, de remplir cette indication de reveiller les appetits organiques quand ils sont engourdis ou eteints et de remettre en activite les fonctions anxquelles ils sont preposes. Les considerations que j'ai presentees dans les articles APERITIFS et xYpHRODisuQUEs (voy. cos mots) me dispensent d'entrer ici dans plus de developpements au sujet de cette cate'gorie de stimulants.

6° J'appelerai medicaments hypersthenisants ou dynamo genes ceux qui ont pour efl'et de stimuler les forces au clela de leur rhythme physiologique, ott qui tendcnt a les relever quand elles ont subi une depression. Or, les forces peuvent etre considerees comme expression de la tonalite physiologique (qu'on me permette ce mot) de 1'ensemble du systome et de cliaque appareil en particulier, d'ou la division des stimulants dc cette categoric, au point de vue de la diffu sion de leurs effets, en : ye'iic'raux ct spe'ciaux.

II y a dans Tactivile nerveuse autre chose que des operations intellectuelles, sensitives et motriccs; il faut aussi envisagcr les centres nerveux cerebro-spinal et sympatliique comme des foyers d'energie fonclionnelle et de resistance organiquc auxquels vont s'ailresser les medicaments qui releverit les forces, soil celles qui agissent actuellement dans un but de conservation, soit celles qui, gardees en quelque sorte en reserve, peuvent entrer en jeu, a un moment donne, dans un but de defense. La distinction scolastique des forces en agissantes et radicales repose sur quelque chose de tres-fonde en clinique, et la distance qui les separe mesure precisement I'eYhelle d'action des dynamogenes. Les sti mulants generaux, les substances dites anciennement cardiaques, aleripliarmaques, arrivcnt a ce double resiiltat d'augmenter les forces agissantes et d'utiliser les forces radicales. Je n'ai pas besoin de rappeler que je me suis tonjours eleve contre les idces de pathologic generale qui placent en quelque sorte les forces en debors et au-dessus des organes et les renferment dans 1'economie « comme 1'etaient le svents dans les outres d'Eole ». Elles ne sont, pour moi, que le resultat et I'expression de 1'activite partielle de cbaque appareil, de cliaque organe, de cbaque tissu, de cliaque cellule, et cette activite etant determined par celle de 1'innervation generale ou locale, il en resulte que les stimulants de ce genre n'agissent sur 1'ensemble de 1'economie ou sur un organe en particu lier qu'en surexcitant les nerfs qui en emanent (voy. art. MEDICAMENT, 2° ser., 1870, Principes de therapeutique generale, 1877, p. 189).

Je ne saurais souscrire davantage a cette vue de 1'esprit, fort ingenieuse sans doute, mais dont il faut peut-etre par cela meme se mefier, qui a porte Gubler a admettre un groupe de medicaments appeles par lui dynamophores, lequel embrasse des substances telles que la coca, le the, le cafe, dont les effets pour stimuler ]es forces sont en disproportion avec les quantites minimes sous lesquelles on les emploie. Ces agents, que Ton a appeles du vocable barbare d'antideperditeurs (medicaments d'epargne vaut infiniment mieux), ne produiraient leurs effets, d'apres Gubler, ni en ralentissant les de'penses, ni en apportant des elements materiels de recorporation, ni en fournissant aux besoins respiratoires et en permettant ainsi une economic dont beneficie la nutrition : ils apporle-

raient directement des forces a 1'organisme. « On sail, dit-il a ce propos, que divers corps reqnierent pour leur formation une certaine quantite de force, quelquefois considerable : tantot de la chaleur, tantot de la lumiere, tanlot dc Pelectricite. Gette force est emmagasine'e dans la substance, y demeure a Petal latent, mais conserve la faculte de pouvoir s'cn separer un jour pour evoluer librement sous telle ou telle forme. Ce sont ces substances quo nous appellerons corps dynamises. Prenons d'abord 1'ozone pour exemple : sous 1'influence de decharges electriques, on suppose que trois atomes d'oxygene se sont groupes pour eu former un seul : 1'atome d'ozone 0". Or, ce groupement signifie augmentation d'une force; dans le cas actuel, de la force de cohesion; cette force conserve toute sa puissance et, devenant libre, elle se manifeste par des effets chimiques considerables, en meme temps que la cohesion premiere disparait. Ainsi le fer brule clans 1'ozone avec unc intensitedes plus remarquables; les animaux plonges dans 1'ozone y sont extremement excites ; leur combustion respiratoire s'y fait avec une intensite effrayante et les animaux, en partie asphyxies, reviennent promptement a la vie sous 1'influence dc cet oxygene dynamise. Autre exemple : quand 1'acide arsenieux vitreux passe a Petat cristallin, s'il se trouve dans un lieu obscur, il degage une Incur, une sorte de phosphorescence; ainsi done, quand il etait a 1'etat vitreux, il possedail unc force latente qui se manifeste en se degageant pendant la crislallisation. Nous pourrions multiplier ces excmples : le chlorc insole, en se dissolvant dans une lessive de potasse, degage beaucoup plus de chaleur que le chlore non insole. L'azoture de cuivre, les fulminates, la dynamite, la nitre-glycerine, out eniprisonne de la meme facon une quanlite considerable de force qui se produit au dehors, a un moment donne, sous 1'influence de la percussion. Ce sont les substances capables de cedcr a 1'organisme, apres avoir etc absorbees, la force latente qu'elles contiennent, que nous appelons des dijnamophorcs. » (Gnbler, Lecons de the'rapeutique. Paris, 1877. Deuxieme lec,on, p. 63.)

Cette theorie des dynamophores seduit l'imagination, mais elle nc satisfait pas la raison : d'abord parce qu'elle n'est qu'une affirmation sans preuves ; en second lieu, parce que les fulminates me'dicame^teux sont dans les conditions de tous les autres medicaments qui n'ont pas de proprietes curatives en eux, mais dont les forces (vires medicamentorum, comme disaient les therapeutistes des derniers siecles) se devcloppent au conflit dc la molecule mcdicamcntcuse et de la molecule, vivante et sont moins le resultat d'une propricle intriusequc de la premiere que de la sensibilite de la secoude. Cette force qui se degagerait de la matiere qui remmagasine, c'est a proprement parler la conception hahnemannienne qui admet que la force medicamenteuse est enveloppee dans la gangue materielle de la substance et qu'elle s'en degage a volonle quaud on soumet les corps a des actions mecaniques, ou quand on reduit leur sub stance par des dilutions successives. Celte idee ontologique de la force medica menteuse s'est deja, du reste, presentee a mon examen dans Particle MEDI CAMENT de ce Dictionnaire (2e scrie, 1870, t. VI, p. 140) et je n'ai pas ainsister davanlage sur la critique que j'ai cm devoir e\\ faire.

II est des medicaments qui stimulent les forces; c'est la ce que nous en savons, et si cette notion ne satisfait pas la curiosite, d'ailleurs trcs-legitime, de Pesprit, elle suffit aux besoins de Papplication que nous en faisons. On pent diviser les hypersthenisants communs (c'est- a-dire n'ayant pas d'electivite organique) en : 1° diffusibles; 2° fixes. L'opium, les alcools, les ethers, les

essences, les ammoniacaux, constituent ce premier groupe auquelon va demander, quand les forces generates flechissent d'une maniere brusque et menacante, un nioyen de les relever rapidement. Leur action est vive et passagere et ne pent guere etre invoquee utilemcnt que dans ces conditions d'urgence que cree une asthenie soudaine. Ce but atteint, ils cedent la place aux stimulants fixes. L'action de ceux-ci est plus Jente, mais plus durable, et la stimulation nerveuse qu'ils produisent, au lieu de s'eteindre en peu de temps, persiste et survit meme quelquefois a leur emploi : tels sont 1'arnica, la noix vomique, tous les amers en un mot, le quinquina et pent etre aussi 1'arsenic, etc., toutes sub stances qui repondent au groupe therapeutique des toniques nevrostheniques, L'action therapeutique est comme la nature, « nonfacit saltus », et les stimu lants fixes des forces out avec les toniques (qui ne sont, il est vrai, que des stimulants nutritifs) une frontiere assez indecise.

II. Nous arrivons maintenant a une classe de stimulants qui jouent en Iherapeutique un role immense, je veux parler des stimulants cardio-vasculaires. L'indication de relever la circulation, dc la stimuler, se prcsente dans tous les cas d'hyposthcnie, dans 1'algidite, la syncope, 1'asystolie, les embolies cardiaques, etc. On la remplit de plusicurs facons : 1° par 1'emploi des stimulants cardio-vasculaires proprements dils (alcooliques, ethers, essences) ; 2° par la mise en jeu de la sensibilile de la peau et des muqueuses ; 5° par la declivite de la tete, qui permet 1 'afflux mecanique du sang vers le cerveau dont la vie est ainsi surexcitee ; 4° enfin par 1'excitation directe du coeur.

Toutes les substances dites cardiaqnes sont des stimulants generaux a electivite sur 1'arbre circulatoire. L'alcool, 1'ether, 1'opium, les essences a petites d >ses, ont la propriete de faire battre le cceur et d'exciter la circulation. Les injections d'ether, imagiiiees en 1872 par le medecin bavarois Schautzenbach, piis par Hecker, ont ete preconisees chez nous parVerneuil, Bucquoy, etc., et so.it entrees definitivement dans la pratique, a laquelle elles ont fourni une des resources les plus precieuses. Grace aux stimulants cardio-vasculaires, on provoque, dans les cas ou la fievre languit et ou simultanement apparait un etat menacant d'hyposthenie et d'ataxic, une fievre artificielle qui « renoue les synergies », commc le disaient nos devanciers, et fait souvent lomber cet appareil inquietant de troubles nerveux.

III. Les stimulants cardio-vasculaires confondent leurs indications et leurs instruments avec les stimulants thermoge'ne'tiques qui ont pour effet d'augmenter la chaleur organique, 1'activite circulatoire et la temperature organique etant d'habitude dans une correlation exacte. On eleve la chaleur orga nique de trois fucons : 1° en diminuant les pertes de calorique que subit 1'economie sous 1'action des lois du refroidissement physique ; 2° en lui communiquant du calorique artificiellement ; 3° en excitant par les moyens pharmacologiques ou par ceux qui sont empruntes a 1'hygiene la fonction de thermogenese pbeissant a 1'appel fait a ses sources memes. Y a-t-il, en dehors du calorique, des medicaments thermoge'ne'tiques ? On n'en saurait douter, mais 1'etude, le thermometre en main, de 1'action que les divers medicaments exercent sur la chaleur organique est a peine ebauchee (voy. Demarquay, Dumeril et Lecomte, Reck, expe'rim. sur les effets du chloroforme, de I'eilier et des principaux medicaments sur la temperature animate, Paris, 1848-1815. — Oglesby.

On the relative effects of morphia and atropia on the temperature of body, in the Practitioner, 1870, t. IV, p. 27). Je dois dire cependant que trois sub stances : Tail (Allium sativum) ; la picrotoxine, principe actif de la coque du Levant (Menispermum cocidus], et le curare, paraissent elre des agents thermogenetiques directs dont 1'effet est d'elever la temperature sans 1'intermediaire d'une exageration de I'activite respiratoire et circulatoire. Tout, du reste, est encore a faire relativement a cette classe si interessante d'agents medicamenteux. Elle a realise, dans ces dernieres anne'es, une importante acquisition par 1'emploi methodique des inhalations d'oxygcne qui, augmentant I'activite des combustions organiques, onl pour eiTet naturel 1'accroissement de la tempera ture et sont opposes avec avantage aux diverses formes de 1'algidite.

L'action des stimulants cardio-vasculaires depasse-t-elle une ccrtaine limite, ils confment a un groupe de moyens que j'ai propose d'appeler pyre'togene'tiques et qui ont pour resultat de produire une sorte de fievie artificielle dont le benefice clinique peut etre invoque dans^une foule de cas. La fievre, comme 1'a dit Celsc, esttantot maladie, tantot remede, « est morbus, est medicina ». Elle est toujours salutaire dans ses tendances, quoique, depassant frequemment le but de reaction conservatrice qui lui est assigne, elle devienne parlbis destruc tive dans ses re'sidtats. Mais ce qu'on ne peut contester, c'est que dans beaucoup de maladies aigue's la chute prematuree de la fievre coincide avec une aggravation du cote des grandes fonclions et que 1'indication dc la rallumer se presente nettement.

Les moyens de produire la fievre sont empruntes a la classe des stimulants cardio-vasculaires et pyretogenetiques ; mais 1'alcool, qui joue actuellement dans le traitement des maladies aigue's de forme asthcnique un role si conside rable et si justifie, se place en tete des moyens de produire la fievre et pourrait a la rigueur suppleer tous les autres.

IV. Les stimulants de 1'appareil lymphatique ont pour caracteristique 1'exageration imprimee a 1'absorption generale ou locale. Nous verrons, a propos des contro-stimulants, que nous n'en connaissons pas encore qui agissent specialement sur cet appareil. C'est une lacune au point de vue de la regularite des divisions scolastiques; elle est d 'importance minime, si ce n'est nulle, au point de vue des applications. Si en effet les occasions d'activer 1'absorption lympha tique generale ou locale sont communes, la pensee n'entrevoit pas encore 1'opportunite clinii|ue de ralentir 1'activite de ce grand appareil. On y defere bien, il est vrai, pour diminuer les chances de resorption toxique, purulente, virulente ou putride, en remplissant le systeme vasculaire par des boissons abondantes et par suite en diminuant I'activite de 1'absorption lymphatique par I'etablissement d'une pression vasculaire plus considerable ; mais ce n'est la qu'une action absolument indirecte et dependant simplement de la solidarite physiologique qui existe entre les fonctions de ces deux ordres de vaisseaux.

Jusqu'ici le mot resolution a eu un sens tres-vague et dont la precision actuelle des idees ne saurait s'acommoder. Je propose de considerer les resolutifs €n therapeutique comme des stimulants speciaux des lymphatiques. Ils resol vent directement en stimulant 1'action des lymphatiques de la partie sur la quelle on les applique, et indirectement en passant par 1'intermediaire de la circulation generale.

Ill) STIMULANTS ET CONTRO-STIMILANTS.

Les iodiques, les bromiques, les mercuriaux, le chlorure de sodium, la gomme ammoniaque et enfin la noix vomique, qui agit sans doule sur 1'element contractile, c'est-a-dire sur la tunique moyenne des lymphatiques, constituent les plus usuels des stimulants lymphatiques. Les resolutifs sont locaux ou generaux suivant la facon dont on les emploie. Lecalorique est un stimulant lymphatique local energique ; on a des exemplcs de sou emploi dans la methode de Faure et Percy pour resoudre, par la presentation a distance d'un cautere actuel, les engorgements froids et indolents (Diet, des sc. me'd., 1812, t. Ill, p. 510); celle des sachets de sable chaud conseillee par Trousseau dans le trait cment des arthrites clironiques (Bull, dethe'rap., 1847, t. XIII, p. 238), celle de Bergeret (de Saint-Etienne) pour combattre par le meme moyen les hydarthroses ; celle de la brique chaude pour amener la resolution des bubons indures. Les applications et les formes de 1'application de 1'iode pour produire une stimulation des lymphatiques sont enquelque sorte innombrables. L'utilite des badigeonnagcs de teinture d'iocle pour la resolution des engorgements, la guerison des kystes synoviaux, do 1'hygroma prcrotulien, etc., est un des fails thcrapcutiques qui sont le plus solidement etablis. Quant aux topiques mercu riaux, les usages de Vempldtfe de Vigo mercuriel, eprouves par une expe rience seculaire, consacrent leurs proprietes resolutives. L'emploi des col yres sales pour provoquer la resorption des taies recentes de la cornee; 1'action resolutive des boues chloruro-sodiques de Balaruc, de Bourbonne-les-Bams, peuvent etre interpretes de la meme facon, etc. ; 1'utilite de ces eaux s'explique sans doute en partie par le calorique dont elles sont impre'gnees, mais encore faut-il faire, dans le resultat, une certaine part au chlorure de sodium qui est I'eli'inent vraimcnt actif de ces boues minerales ; d'ailleurs le parti que la me'decine domestique tire des applications topiques de sel marin pour faciliter la resorption du sang des ecchymoses et des bosses sanguines est une autre preuve de la realite de cette action. La gomme ammoniaque est aussi un stimulant lymphatique : « Resolvendi vi insigni instruititr », a dit Murray en parlant da ce medicament. Plenck, Evers, Michaelis, Fieliz, Schneider, Ricart (de Soissons), etc., ont vu egalement des arthrites clironiques, de hygromas, des hydar throses,' etc., guerir par des applications locales de cette gomme fetide. On retrouve aussi cette propriete, mais a un moindre degre, dans le safran em ploye en epithemes, dans les cas d'engorgements clironiques, etc. Je ne dois pas omettre enfin 1'application fructueuse qui a etc faite quelquefois dc 1'electricite pour stimuler les petiles sereuses (elles ne sont qu'un reseau de lymphatiques) et pour solliciter la resorption du liquide qui s'y e'tait epanche.

V. Les stimulants de la nutrition embrassent la serie des moyens, tant hygieniques que medicamenteux, qui concourent a rendre plus active la reparation organique. Leur action est tantot jrenerale et s'exerce sur tout Tensemble de 1'organisme. tantot speciale a certains organes ou a certains systemes anatomiques.

1° Les stimulants de la nutrition generale que Ton pourrait appeler des tonimttritifs comprennent les toniques alimentaires et les toniques medicamenteux, Aux premiers se rattachent les analeptiques, distingues en proteiques, gras, fe'cuknts, gommo-ge'latineux, Sucre's. On ne saurait, a mon avis, considerer les analeptiques comme de simples pourvoyeurs de la nutrition lui apportant les materiaux dont elle a besoin pour reparer ses pertes et entretenir 1'integrite

STIMULANTS ET CO NTRO-STIMULANTS. Ill

materielle de ses instruments; ce sont aussi des stimulants de I'appelit nutritifqm. appartient a chaque tissu, a chaque cellule, et qui est 1'incitant et le regulateur de 1'election qu'ils font dans un meme liquide complexe, le sang, des materiaux qui conviennent a leur vie speciale. Les toni-nutritifs me/licamenteux, peu on point reparateurs par eux-memes, n'ont que la derniere de de ces deux actions ; ce sont des stimulants de 1'histogenese dont les operations devieimcnt, sous leur influence, plus actives et plus parfaites, au grand profit de la reparation organique. Les amers, et a leur tele la noix vomique et le quinquina, 1'arsenic, les hypophosphites alcalins, le phosphate de chaux, le chlorure de sodium, constituent dans 1'etat actuel de nos connaissances le cadre, qui demeure ouvert, des agents de cette categorie. La reunion des uns et des autres arme le medecin, dans le traitement des maladies consomptives, de ressources d'autant plus puissantcs qu'il sail micux reunir aux stimulants de la nutrition 1'ensemble des conditions d'hygiene qui peuvent seconder leur action.

II faut mettre en regard des stimulants nutritifs generaux les stimulants de la nutrition speciale.

2° L'activite d'un organe y appelle, dans la mesure memede cette activity, un afflux plus considerable dc sang, en meme temps qu'un orgasmc nerveux musite, et sa nutrition, suvexcitee par cette sorte de fluxion pliysiologique, ne pouvant manquer de s'accroitre, cet organe s'hypertrophie si clle se repete souvent. La therapeutique utilise cefait, qui est de constatation journalise, d;ms le but de ramener au type de sa nutrition normale un organe qui est en voie d'atrophie. Les glandes et les muscles sont les seuls organes dont on puisse stimuler isolement la nutrition : les glandes par leurs stimulants naturels (medicaments ou condiments), ou par des excitations directes que leur imprime la faradisation, quand elles sont superficiellement placees ; les muscles en agissant sur eux soit par la volonte qui leur commande des mouvements plus etendus et plus repetes, soit par la faradisation musculaire, tanlot directe, tantot indirecte, soit enfin par des stimulations diverses de la peau qui les recouvre (massage, percussion, douches salecs, sulfureuses, aromatiques).

En dehors de ces moyens locaux, il est un certain nombre de medicaments qui vont stimuler la nutrition speciale de divers organes ou tissus et leur lournir en meme temps les materiaux dont elle a besoin. II serait sans doute bien desirable de pouvoir separer, des stimulants proprement dits de la nutrition locale, les restitutifs ou analeptiques proprement dits qui lui apportcnt les ele ments sur lesquels elle va operer, mais cette distinction, dont le fondement est cache dans les profondeurs de la physiologic intime de la nutrition, est actuellement impossible et le sera vraisemblablement toujours. D'ailleurs, je le disais tout a 1'beure, ce sont la deux actions qui se confondent probablement et une substance qui est de nature a reparer energiquement un tissu : le phos phate de chaux par exemple pour les os ; les corps gras ou adipogenes pour le tissu aclipeux, slimule en meme temps son activite nutritive.

VI. Une derniere categorie de stimulants est celle des hypercriniques, a 1'aide desquels le therapeutiste excite 1'action secretaire des diverses glandes en profitant des electivites que possedent les diffe'rents agents pour tel ou tel organe glandulaire. Les divisions de ce groupe out naturellement pour bases les secre tions diverses qui sont sollicitees. C'est ainsi qu'il y a des stimulants de la sueur (voy. SUDORIFIQUES), des stimulants des secretions sebacee et epidermique;

des stimulants des secretions mucipares (kermes, ipeca, scille, jaborandi, bromoforme, iodure de potassium) ; ties stimulants de la secretion urinaire (voy. DIURETIQUES) ; des stimulants de la secretion salivaire (voy. SIALAGOGUE, medication) ; des stimulants des secretions gastrique et intestinale ; des stimu lants des secretions biliaire et pancreatique ; des stimulants des secretions testiculuire et ovarique, etc.

Les stimulants dont nous venous d'esquisser les divisions principales consti tuent, on le voit, une classe d'agenls therapeutiques tres-nombreuse et tresdiverse, mais une finalite commune les reunit, a savoir : 1'exageration de 1'activite ibnctionnelle, soit dans son ensemble, soit dans un de ses details. Elle est essentiellement physiologique et elle a pour but de cre'er une forme transitoire et excitee de la vie qui fournit aux maladies des occasions ou des moyens de solution. Par les stimulants on ramene soit 1'ensemble de 1'organisme, soit un de ses rouages, quand leur fbnctionnement est languissant, alonique, aurhythme de son activite normale; ou bien, produisant intentionnellement une rupture de 1'equilibre ibnctionnel, on entraine tcl ou tel appareil de facon a ce que son action surexcitec aille, suivant les lois de la physiologic normale et pathologique, retentir sur un e'tat morbide qu'on vise exclusivement en agissant sur lui.

La difficulte, quand on manic les stimulants, n'est pas taut d'obtenir 1'excitation que de la contenir dans des limites utiles d'intensite et de duree, et d'empecher qu'elle aboutisse a Vorgasme, s'il s'agit de stimulants du sysleme nerveux; a 1' inflammation, s'il s'agit de stimulants cardio-vasculaires ; a Y hyper secretion, s'il s'agit de stimulants du systeme glandulaire.

Le cadre patbologique dans lequel se meuvent les medications stimulantes est tellement vaste, tellement general, pourrais-je dire, qu'il n'y a pas d'inte'ret a enumerer leurs applications. Ce que nous en avons dit, a propos de chacun des groupes de stimulants, a d'ailleurs montre suffisamment 1'importance et la diversite decette forme de 1'action tbe'rapeutique.

g II. Medications contro-stimulantes. Elles sont la coiitre-partie des medications stimulantes, et leur but est de deprimer, dans un interet curatif, 1'activite fonctionnelle sous ses diverses expressions. Nous prions le lecteur de se reporter a la definition que nous avons donnee plus haul de la stimulation et de la contro-stimulation therapeutiques, pour ne pas s'e'tonuer de nous voir detourner le mot contro-stimulant de son acception ordinaire qui est celle d'agent de'pressenr de 1'orgasme febrile ou inflammatoire. Comme nous 1'avons fait pour les sti mulants, nous maintenons les contro-stimulants sur le strict terrain de la physiologie et nous voyons dans ces deux sortes d'agents des regulateurs de 1'activite fonctionnelle : les premiers 1'excitant quand elle est amoindrie ; les seconds la de'primant quand elle depasse sa mesure physiologique.

L'ordre que nous avons suivi dans Tenumeration des medications stimulantes s'applique, bien entcndu, aux medications contro-stimulantes ou sedatives ; il est celui des fonclions et des appareils qui sont justiciables de leur action.

I. Les contro-stimulants ou de'presseurs de Taction nerveuse ont pour effet d'abaisser le rhythme de la fonctionnalite nerveuse sous ses diverses expressions. 11s peuvent agir de cinq facons diffe'rentes : 1° diminuer la sensibilite generate; 2° eteindre 1'orgasme musculaire ou la convulsibilitc ; 3° calmer 1'erethisme

STIMULANTS ET CONTKO-ST1MULANTS. 113

nerveux general ; 4° apaiser I'erethisme cerebral ; 5° maintenir dans leurs limites normales les appetits organiques.

1° La douleur, compliquee ou non compliquee de troubles fonctionnels, est un des fails auxquels se lieurte le plus souvent le praticien. Tantot cette douleur est idiopathique ou esscntielle, tantot (et c'est le cas le plus frequent) elle depend d'une disposition constitutionnelle ou locale qui la fait nattre et 1'entretient. Elle peut avoir son siege dans les troncs nerveux eux-memes, dans les plexus qui en emanent, ou dans le reseau delie par lequel leurs ramifications se confondent avec la trame des tissus ; en fin les nevroses hyperesthesiques peuvent se developper dans les nerfs cerebro-rachidiens ou dans les nerfs de la vie vegeta tive. C'est centre ces nevroses que la therapeutique jouit aujourd'hui d'une puis sance d' action aussi reelle que consolante et qu'elle remplit avec une mcrveilleuse efficacite cet office de calmer la douleur qu'Hippocrate qualifiait de divine (Divinum est opus sedare dolorem). Oue n'eut-il pas dit, et quel n'eut pas ete son enthousiasme s'il avait pressenti toutes les rcssources que les anesthesiques devaient un jour offrir aux medecins !

Les moyens qui agissent sur 1'hyperesthesie sontt de deux sortes : les uns calment la douleur par action locale, n'interessant en quelque sorte que le point malade ; les autres ne lui arrivent que par le detour circulatoire. <.cs derniers, plus activement et plus surement que les premiers, mettent d'ailleurs le centre perceptif dans des conditions d'engourdissement et d'obtusion qui le rendent moins apte a sentir le stimulus douloureux qui part d'un foyer local.

Les principaux agents de contro-stimulation hyperesthesique locale sont les opia tes, comprenant 1'opium et scs alcaloides, — les solaniques, — les cicutiques, — 1'aconit et 1'aconitine, — le chloroforme et les ethers — , les cyaniques, --les essences, — la faradisation, — le froid. Les agents qui, pris a 1'interieur ou par voie d'inhalation, sont capablesd'emousser 1'activite cerebrale au point d'aunihiler la douleur, se classent en deux categories : les stupefiants diffusibles (chloroforme, ethers, essences, amylene, gaz protoxyde d'azote, chloral, croton-chloral); les stupefiants fixes (opium, morphine, belladonc, datura, jusquiame, quinine, aconitine, cafeine, geisospermine, etc.).

Mais ce n'est pas seulement la sensibilite generate qui a besoin d'etre controstimulee; 1'hyperesthesie sensorielle appelle aussi quelquefois des moyens de meme nature. G'est ainsi que Vhyperosmose ou exageration maladive de la sensibilite olfactive, qui existe quelquefois a 1'etat de perturbation nerveuse essentielle chez les hysteriques, mais qui n'est le plus habituellement qu'un symptome ; Vhyperacousie (on me permettra de ne pas dire hypercousie, mot adopte, mais dc formation vicieuse), qui se rencontre egalement chezles hyste riques, dans la migraine, les cephalees, les nevralgies faciales; la photophobie , qui est 1'expression d'une hyperesthesie de la retine a son stimulant normal ; rhyperesthesie tactile, qui se rencontre chez quelques sujets, etc., appellent 1'emploi de moyens propres a emousser cette exageration de la sensibilite sensorielle ; mais ces moyens ne se separent pas encore de ceux qui s'adressent a ia sensibilite generale et la clinique les puise aux memes sources.

2° Les contro-stimulants de 1'activite musculaire accrue pourraient etre appeles des hijpocine'tiques. Les agents de cette categoric qui combattent 1'exageration fonctionnelle des muscles, s'adressent aux deux formes de cette exageration, tantot isole'es, tantot reunies : la contracturc ou la convulsion, qu'elles se ma-

DiCT. ENC. 3e 3. XH. 8

niJ'esteut a litre d'epiphenomene et de symptome, ou qu'elles se realisent avec une cerlaine fixite dans des nevroses speciales.

De meme qu'il y a parmi les stimulants musculaires des agents qui adressent indifferemment leur action a tous les muscles et d'autres qui la portent electivement sur certains d'entre eux, c'est-a-dire des hypercinetiques communs et des hypercinetiques speciaux, de meme aussi les medicaments qui depriment 1'action musculaire peuvent-ils etre partages en deux groupes correspondants : les hypocinetiques communs et les hypocinetiques speciaux.

Les premiers, qui agissent par action directe locale, ou n'arrivent aux muscles que par le detour de la circulation, sont extremement nombreux, et souvent leurs effets sur le systeme musculaire ne sont qu'une phase plus avancee de 1'impregnatioD des divers centres nerveux par ces substances; ainsi agissent le chloroforme et les ethers. 11 y a a distinguer, dans leur action, ce qui appartient a la resolution musculaire direcle et a la resolution musculaire indirecte par le fait d'une diminution dc la douleur dont la contraction accrue est la con sequence.

Quant -aux depresseurs speciaux de 1'action musculaire, leur etude est encore tres-peu avancee, et on ne constate leur electivite que par les resultats qu'on en obtient. On peut, a ce point de vue, les diviser en ceux qui agissent sur la contraetilite gastrique dans le sens d'une sedation (alcools, acide carbonique, Colombo, essence de cajeput, creosote, nitrite d'amyle); ceux qui emoussent la contractilite intestinale (colombo, essences, antispasmodiques, etc.); ceux qui agissent dans le meme sens sur le coaur (digitale, veratrine, acide salicylique, trimelhylamine , nicotine, aconitine, chlorure de haryum, plomb) ; ceux qui agissent sur les vaisseaux, soil qu'ils paralysent leurs nerfs constricteurs, soit qu'ils stimulent, suivant une autre theorie, les nerfs vaso-dilatateurs, si tant est qu'ils existent.

5° Les medicaments qui s'adressent a 1'erethisme nerveux general, c'est-a-dire a cet etat du systeme nerveux dans lequel 1'excitation, rirregularite et la mobi lity sont les formes, isolees ou melees, de ses manifestations fonctionnelles. constituent les antispasmodiques, que j'ai propose d'appeler ane'rethistiques (Traite de therapeutique appliquee, 1878, t. I, p. 174), pour rappeler la forme particuliere de troubles nerveux contre laquelle ils sont habituellement em ployes. Je prie le lecteur de se reporter a 1'article ANTISPASMODIQCES, dans lequel je me suis efforce de limiter cette grande medication, d'en classer methodiquemcnt les instruments et de determiner leurs indications. Cet erethisme, ou surexcitation nerveuse, peut etre general ou bien limite dans quelques departements du centre cerebro-rachidien, on dans quelques plexus ganalionnaires. On pent done admettre un erethisme general, un erethisme nerveux des differents plexus, un erethisme nerveux scnsoriel, un erethisme nerveux des appetits orgamques; maisil n'y a pas de contro-stimulants speciaux pour chacune de ces sortes d'erethisme, et les medicaments qu'on leur oppose sont puises dans le fonds commun de la medication antispasmoclique.

L'erethisme cerebral, dont Finsomnie est 1'expression, appelle 1'emploi d'une serie d'agents contro-stimulants ou sedatifs qui, par leur nombre et 1'importance de 1'indication qu'ils remplissent, constituent une medication particuliere, la medication somnifere ou hypnotique (Voy. HYP.\OTIQUES). Nous n'en dirons quelques mots ici que pour montrer le lien naturel qui unit cette medication l\ cclles qui ont pour but d'emousser 1'aiguillon d'une stimulation anormale.

L'ere'thisme cerebral nait et s'entretient dans toutes les conditions ou le cerveau subit par la douleur physique, par les passions, les preoccupations morales, 1'exercice intellectual exagere, un enti-ainement prejudiciable an maintien de la sante. De I'amaigrissement, une surexcitation nerveuse habituelle et une insomnie plus ou moins opiniatre constituent les caracteres de 1'erethisme cerebral. L'insomnie, d'effet qu'elle etait dans le principe, devient cause a son tour et entretient 1'excitation nerveuse sous 1 'influence de laquelle elle s'est produite. II y a done un immense interet pratique a combatire ce symptome importun et qui pent, par sa persistance, imposer a la nutrition un dommage quelquefois tres-grave. Nous ne parlons ici, bien entendu, que de 1'insomnie nerveuse et non pas de celle qui est entretenue par la repetition d'actcs morbides varies, par la cacbexie syphilitique, etc., et qui appellent I'emploi des hypnotiques indirects, tout en trouvant dans les bypnotiques directs ou vrais des moyens d'attenuation et de soulagement. La medication hypnotique, assez demunie de ressources jusque dans ces derniers temps, a fait recemment des acquisitions utiles, et le cbloral, le cbloroforme, la narceine, lebromure de potassium, ajoutes aux medi caments dont elle disposait, lui fournissent des moyens deremplir avec certitude son but de sedation cerebrale.

4° Les contro-stimulants, ou depresseurs des appetits organiques, sont ceux de 1'appetit alimentuirc (hypo rex iques), de la soif (hypodip&iques), de 1'appetit genesique (anaphrodisiaques).

Exisle-t-il des medicaments hyporexiques, c'est-a-dire susceptibles d'emousser 1'appetit? On n'en saurait douter : les boissbns tiedes et fades, les antispasmodiqucs, 1'opium a petites doses, les substances nauseeuscs, constituent des moyens que, dans quelques cas, on pourrait opposer a la boulirnie; mais il y a surtout un regime anorexique base principalement sur le peu de variete et le peu de sapidite des aliments. II serait possible que la repetition prolongee du meme aliment, e'teignant 1'appetit du palais pour ne laisser subsister que celui de la nutrition, atteignit convenablement ce but. Reconnaissons bien vite qu'autant 1'indication de stimuler 1'appetit est usuclle en medecine, autant cellc de 1'emousser est au contraire exccptionnelle; mais enfin elle peut se presenter, et le traitement des anevrysmes par la methode de Valsalva, celui d'une polysarcie compromettante, la necessite de diminner, pour les malheureux qui portent une coarctation organique de 1'oesophage, les souffrauces de 1'inanition, indiquent I'emploi de moyens de cette nature.

Quant a 1'exageratiou de la soif ou polydipsie, les indications de la combattre sont aussi communes dans la pratique que sont rares les occasions de combattre 1'exageration de 1'appetit. La soif est en effet la croix des malades, comme le disait energiquement dellaen, « ilia cegrorum crux » (Antonii de Haen, Ratio medendi, Parisiis MDGCLXXI, t. I, p. 6), et constitue tres-habituellement, pour euxjim supplice qui s'ajoute a leurs autres souffrances. De plus, la necessite imjjerieuse, en certains cas, de mesurer la quantite des boissons et quelquefois meme, comme dans la xerophagie ou diete secht>, de les reduire au minimum, rendrait bien desirable 1'acquisition de medicaments hypodipsiques ou desahe* rants d'une action assez sure. Malbeureusement cette medication est un peu desarmee, et cependant, en dehors de 1'etat febrile, la glycosurie, la polyurie, les hydropisies diverses sont des occasions frequentes de son emplci. L 'opium, la valeriane, le campbre, mais surtout le nitrate de potasse fondu ou set de prunelle, dont 1'action desalterante, signalee par Lazare Riviere et Jos. Frank,

a etc plus recemment indique'e par Debout, Denonvilliers, Aran et Valleix, constituent a peu pres le bilan actuel de ses ressources. Faisons remarquer que s'il y a un regime aperitif qui ne doit jamais etre separe des medicaments ape ritifs, dememe aussiil ya un regime liypodipsiqueqviidoittoujours, et assidiiment, etre institue, si 1'on veut que les desalterants ne manquent pas leurs effels.

Je ne dirai rien des depresseurs de 1'appetit genesique, ayant traite longuement de ces moyens et de la medication qui les emploie aux articles APHRODISIE et ANAPHRODISIAQUES (voy. ces mots).

II. Les depresseurs ou contro-stimulants cardio-vasculaires sontles agents qui ralentissent le mouvement du sang dans 1'ensemble de 1'arbre vasculaire ou dans quelques-unes de ses divisions. La digitale, la veratrine, 1'aconit, le chlorure de baryum, la trimethylamine, 1'acide salicylique, les sels biliaires, sont les principaux medicaments qui semblent avoir une electivite d'actioii dans ce sens. Leur eniploi a pour but de ralentir la circulation et de moderer une action cardiaque exageree, soit d;ms 1'interet du cceur lui-meme, soit dans 1'interetde quelque point lese d'un vaisseau, comme nous le voyons quand on emploie ces agents pour prevenir les hemorrhagies ou pour fournir a un caillot les moyens de se former. Tous ces contro-stimulants de la circulation sanguine sont en nii}me temps des depresseurs de la thermoge'nese.

III. Nous avons indique plus haut des stimulants de 1'appareil lymphatiqueet rapporte avec quelque vraisemblance, nous 1'esperons du moins, 1'aclion re'solutive generate ou locale de certains medicaments a la stimulation qu'ils impriment a 1'absorption lymphatique. Mais si cet appareil a ses stimulants, les moyens de le contro-stimuler, c'est-a-dire de diminuer son activite (et il faut bien le dire aussi, les indications cliniques de le faire) sont encore absolument inconnus. Nous n'insisterons pas sur ce point et nous en appelons, pour eclairer utilement ce point de therapeutique, a 1'avenir qui nous fera connaitre, mieux que nous ne la connaissons aujourd'hui, la physiologic de cet important appareil.

IV. Les recherches de thermometrie clinique qui ont ete entreprises dans ces dernieres annees avec une si louable ardeur, ont donne aux agents qui modident la chaleur organique une importance considerable, et Ton peut dire que c'est peut-etre la fbnction sur laquelle nous avons la puissance de direction la plus remarquable. La depression de la thermogenese est locale ou generale. En combattant localement 1'hyperthermie par les refrigerants, le praticien se propose de prevenir par ce moyen le developpement de la chaleur inflammatoire en la deprimant au fur et a mesure que 1'accroissement des combustions artificielles tend a 1'accumuler. On sait le role immense que joue actuellement le froid dans la chirurgie conservatrice. II n'est pas moindre en medecine, et 1'hydrotherapie generale ou localise'e qui, par la multiplicite de ses formes, la complexite des operations vivantes qu'elle met en jeu, a sa place dans presque toutes les medi cations, emancipee aujourd'hui de 1'empirisme qni 1'a fondee, rationalisee dans ses effets et disciplinee dans ses innombrables applications, a pris le premier rang peut-etre dans le traitement des maladies chroniques. En produisant une saigne'e calorifique, ainsi qu'on la ditingenieusement, elle est un depresseur de

la thermogenese; en mettant en jeu avec plus d'activite la fonction thermogene'tique, elle en est au contraire le stimulant. Ges deux termcs opposes cnlrc lesquels oscille son action, qni est loin de s'y renfermer, expliquent la diversite et le nombre des indications de cette methode curative qui, cet exemple le prouve, n'est pas une medication au propre sens du mol, mais un arsenal dans Icquel vont puiser presque toutes les autres medications.

La depression calorifique generale s'obtient par deux series de moyens ayant entre eux les afferences qui reunissent la lievre et rinflammation, a savoir : les defervescents et les antiphlogistiques generaux, distingues en direct* qui, en soustrayant du sang, diminuent 1'activite des actes nulritifs et amenent un abaissement correlatif de la temperature organique, et en indi reels quiproduisent ce resultat par 1'intermediaire d'unc sedation circulatoire. La trimethylamine, les salicylates, la quinine, les temperants divers (acides mine'raux et vegctaux, sels alcalins), les hyposthenisants (digitale, ipeca, tartre stibie, veratrine, azotate de potasse a hautes doses, mercuriaux, etc.) sont des depresseurs de la tliermogenesc en meme temps que de la circulation.

V. Les depresseurs ou contro-stimulants de la nutrition peuvent, comme les stimulants de cette grande fonction, avoir en vue la nutrition generale on la nutrition locale, d'ou leur division naturelle en : 1" attc'mianls de la nutrition generale ; 2° attenuants de la nutrition speciale des organes ou des tissus.

La medecine a plus souvent a intervenir pour rcparer les dommages que la nutrition a subis que pour reprimer une plasticite trop active; maisquelquefois cependant on a a combattrc par le regime attenuant et les medicaments atte nuants cette exuberance nutritive qui constitue l'obesite,laquelle n'est pas seulement une disgrace physique, mais bien aussi une source d'imminences morhides. En dehors du regime attenuant qui se propose d'exagerer les depenses nutritives et de diminuer les acquisitions alimentaires, le fucus vesiculosus, les iodiques, \esmercuriaiix, les alcalins constituent un cerclc etroit de moyens dans lesquels on tourne avec un succes relatif. L'emploi reitere des sudorifiques, des diuretiques, mais surtout des purgatifs, est fonde siir les benefices d'une spoliation humorale qui, combinee avec un genre de vie particulier, constitue le plus clair de nos ressources centre 1'obesite.

11 est des organes qui sont impressionnes par des agents medicamenteux agissant sur eux dans le sens d'uue denutrition, et la Iherapeutique met quelquefois a profit cette propriete. Telle est par exemple 1'action si curieuse exercee par les iodiques sur le sein, le testicule et le corps thyro'ide.

VI. Aux stimulants speciaux des appareils secreteurs il faut opposer les con tro-stimulants speciaux de ces appareils, qui rcstreignent leur activite secretoire quand elle est exageree. La sueur, le mucus, 1'urine, les secretions gastrointestinales sont justiciables de 1'action repressive de divers groupes de medi caments qui en diminuent ou en arretent I'hypersecre'tion.

L'mdication de diminuer la sueur se presente plus rarement que celle de 1'exciter ; cependant, dans un certain nombre de cas, les sueurs peuvent, par leur tenacite ou leur abondance, exiger 1'intervention Iherapeutique. Ces sueurs ou ephidroses exagerees sont de deux sortes : ou bien elles coincident avec un etat physiologique et deviennent meme une condition d'e'quiiibre de la sante; ou bien elles se rattachent, a titre d'epiphenomenes, a des maladies de nature

diverge. Les sueurs localisees des mains, des pieds, du cuir chevelu, des aisselles, appartiennent a la premiere categorie; les sueurs colliquatives de la phthisic, de la suette, de la pylephlebite rentrent dans la seconde. Les principaux represseurs de la secretion sudovale sont 1'agaric hlanc du meleze (Boletus lanjces), 1'atropine, qni est peut-etre le meilleur agent de cette medication, le tannin, le tannate de quinine, la poudre de Dover qui. par une sorte de paradoxe homoaopathique, fait suer et reprime les sueurs, la sauge, etc.

Les muqueuses sont plus souvent en etat d'hypercrinie que de secheresse, et quand cette hypercrinie a pris une allure chronique, elle les constitue en etat de hlennorrhees justiciables, suivant leur siege, de 1'emploi des astringents, des balsamiques, des catheretiques. Cette bypersecretion a des sieges si divers, et ses consequences sont si variables par ce seul fait, que toute generalisation serait ici sans utilite. Qu'il suffise de faire remarquer que les blenuorrhees traitees par des moyens internes, la blennorrhee vesicale et la blennorrhee de la muqueuse aerienne en particulier, guerissenl par un traitement topique alors meme que les balsamiques et les sulfureux qu'on leur oppose sont confies a 1'absorption digestive. G'est en se presenlant comme voie d'elimination aux glandules des muqueuses qu'ils exercent ce que j'ai propose d'appelcr une action lopique de retour (Principes de therapeutique generals. Paris, 187 6).

L'exageration de la secretion urinaire on polyurie, qu'elle soit azoturique ou anazotiiriqiie, indique 1'emploi des depresseurs de cette secretion. Mais, si la therapeutique est riche en moyens propres a stimuler cette fonction, elle est pauvre en ressources propres a la contro-stimuler.

L'opium, les astringents divers, la xerophagie ou diete seche, constituent a peu pres les seuls moyens dont nous disposions pour poursuivre ce resultat. Aux stimulants de la secretion salivaire il faut opposer ses contro-stimulants, qui trouvent leur opportunite quand la sialorrhee soumet I'economie a une spolia tion humorale dont la continuite peut inleresser gravement la sante et meme la vie. Le chlorate de potasse et les astringents, sous forme de collutoires ou donnes a 1'interieur, sont les moyens que Ton oppose avec succes a la sialorrhee, sans parler, bien entendu, du benefice que Ton retire de la production artiticielle d hypercrinies antagonistes.

Quant aux secretions gastriques, leur nature est complexe, et 1'hypercrinie qu'elles presentent peut porter sur leurs divers elements : le mucus (catarrhe gastrique), le sue gastrique proprement dit (acescence). Les hypercrinies intestinales, qui constituent le flux de ventre, snnt jusliciables des opiaces, des as tringents, du sous-nitrate de bismuth, des amers, en particulier de la noix vomique, des catheretiques (azotate d'argent). Ces moyens, divers de leur nature, n'arrivent a tarir 1'hypersecretion intestinale que par des operations intermediaires qui n'ont pas de rapport les unes avec les autres, et leur mode d'action est par suite tout a fait individuel a chacun d'eux.

Nous n'avons pas de depresseurs directs des secretions sero-syuoviales, et quand elles ont pris le caractere hypercrinique nous agissons sur elles par les resorbants generaux (purgatifs, bydi-agogues, diuretiques, sudorifiques) et par les resorbants locaux (les vesicatoires, les badigeonnages iodes, la compression, 1'electricite, etc.). Ici rien de special et de direct.

La secretion lactee a ses stimulants, ses galactogene* ; elle a aussi ses depresseurs, mais d'une action autivment limitee et incertaine. Le traitement

STIMULISME ET CONTRO-STIMUL1SME. 119

de oette hypercrinie, de In galaclorrhee, repose surtout sur I'abstinencc, la privation de boissons, la mise en jeu de secretions antagonistcs. II est cependant quelques topiques qui paraissent jouir de la propriete de dimiuuer la secretion du lait : tels sont la belladone (Goolden, Sandras),lemiel, les fomen tations avec les feuilles du nerprun alaterne,Vhuile dechenevis (Coulcux), etc. Sandras a employe avec avantage la belladone a 1'interieur ; 1'alropine n'a pas ete essayee, que je sacbe. Son action si remarquable sur les diverses secre tions, en particulier sur la sueur, est une analogic qui justitie des essais dans cette direction.

Telle est la scene immense sur laquelle se deploic 1'action therapeutique ayant sous les doigts le clavier du rhythme fonctionnel, le pressant ou le ralentissant au gre des indications therapculiques, en se servant des stimulants et des conlro-stimulants. Un ancien a dit que I'edueation consistait a se servir utilement de 1'aiguillon et du freiu « Puer regendus est modo sliniuUs, modo frcenis. » La medecine est sans doute cela, mais elle est beaucoup d'autres chose s encore, parce que la maladie est qualite plus encore que quantite; toutefois il est incontestable que, n'eussions-nous pas d'autres moyens il'action que les stimulants et les contro-stimulants, si nous pouvions aonner a leur emploi la double base d'une pbysiologie normale et d'une pbysiologie pathologiquc Iresavancees, nous serions drja armes d'une puissance therapeulique considerable. Ce gouvernement, de plus en plus efficace,des fonctions dans un but curatif est un ideal que 1'art de guerir doit poursuivre, et dont il s'est depuis le commen cement de ce siecle visiblement rapproche. FONSSAGIUVES.

ET CO\TRO-STIMUHSME. Je me propose d'etudier sous cette rubrique, mais au scul point de vue dela therapeutique, les trois doctrines qui ont agite le plus re'cemment et le plus 1'ructueusement la medecine : le brownisme, le rasorisme et le broussaisisme ; sans doute, il en a cte parle mcidemment aux articles consacres aux mots BROWN, BROUSSAIS, RASOIU, mais le point dc vue historique et bibliograpbiquc y a absorbe le point de vue doctrinal, et les systemes qui se rapportent a ces trois noms n'y ont ete envisages que dans leurs traits les plus generaux. J'en fais ici un sujet exclusif de therapeutique generale, etsije me renferme inlentionnellement et pour un temps avec ces chefs d'ecole, dans la prison dichotomique ou ils onl tcnu la medecine incarceree, c'estquej'ai suffisamment demonlre, je 1'espere, a 1'urticle STIJIULAMTS et CoiNTRo-STuioLANTS, qu'elle etouffe entre des murs aussi etroits et que la diversite physiologique, comme la diversite morbide, comme la diversite pharmacologique, violentees par ces systemes exclusifs, en ont secoue lejoug et out heureusement repris leurs droits.

Tout systeme part d'une conception ontologique de la maladie et aboutit a une formule generale de traitement. L'esprit humain a une tendance irresis tible vers la simplification. Est-ce instinct noble de generalise!' et appetit pbilosophique, ou bien paresse inconsciente qui s'irrite de la complexite reelle des choses que 1'esprit embrasse et leur prete, dans 1'interet de son repos, une simplicite qu'elles n'ont pas? II y a de Tun et de 1'autre au fond de tons les systemes, et le dichotomisme, dans ies incursions successives qu'il a faites sur ledomaine de la medecine, n'a sans doute jamais ete exempt de cet alliage. II y a d'ailleurs puise sa force et la raison de son credit momcntane en oflrant aux esprits fatigues 1'appat d'une formule simple, reduite a deux termes antago-

120 STIMULISME ET CONTRO STIMULISME.

nistes, affichant la prevention de contenir a la fois toute la physiologic, toutela pathologie et toute la therapeutique.

Themison est le pere de celte lignee imperieuse de doctrinaires, et encore les trois dichotomistes modernes ont-ils rencheri sur lui, puisque sa doctrine admettait des maladies mixtes dont le fond etait une combinaison eclectique des deux etres de raison, le strictum et le la mm, qui servaient de base a sa patho logie. Simplifier est boa en soi, mais il y a deux sortes de simplifications qui ne se valent pas : 1'une philosophique et feconde, qui, s'appuyant sur une gene ralisation legitime et partant du terrain concret des fails observes, va chercher leurs rapports au dela de leur diversite apparente; 1'autre artillcielle, qui part d'une conception arbitraire, tient pour non avenu ce qui la gene et arrive par la pentede 1'infatuation, de I'llluminisme et du parli prisa en fairela regie et la mesure imperieuse des choses. ie n'ai pas toutefois 1'intention de medire des syslemes et de meconnailre les services qu'ils ont rendus et qu'ils rendent encore a la medecine : leur tyrannic passagere, lourde au present, est une semence de progres pour 1'avenir, et ce n'est jamais sans profit qu'ils agitent les esprits. Le moment oil ils s'imposeut et celui ou leur autocratic est renversee sont en effet des occasions d'examcn, de resistance, de controverses, d'effervescence critique, qui donnent de la vie a une science et la poussent en avant. Qui pourrait nier, par oxemple, que les trois agitateurs modernes de la therapeutique, Brown. Rasori et Broussais, n'aient exerce une mission de progres extremement feconde, et ou en serions-nous si ces trois violent* n'avaicnt remue deleur soc le champ de la medecine et ne 1'avaient prepare pour la moisson a venir? Cette generation du progres par Ferreur est assurement une des lois les mieux constatees dans 1'evolution progressive de 1'esprit humain vers la conquete de la verite, et elle ne se verifie nulJe part d'une maniere plus expressive qu'en medecine.

Le stimulisme erige en systeme est personnitie dans la doctrine de Brown ; le contro-stimulisme Test dans les doctrines de Rasori et de Broussais, qui, separees par des differences considerables que nous mettrons en relief, sont reunies par leur opposition antagoniste au principe meme de la therapeutique brownienne.

Le brownisme se presente tout d'abord par droit d'anteriorite et, je pourrais ajouter, de superiorite. Aucun des deuxautres systemes n'a montre en effet, ;ui meme degre, cette originalite puissante qui se suffit a elle-meme et qui marque les vrais reformateurs. Rasori et Broussais ont tenu leur mission de Brown, et ne se seraient peut-etre pas reveles sans lui ; ils lui demeurent subordonne's et n ont fait que continuer son oeuvre d'agitation ; Brown est et demeurera le chef inconteste de la reforme therapeutique moclerne, et son livre est plus qu'un manifeste : c'est une epoque.

Les Elementa medicines du reibrrnateur ecossais ont paru a Edimbourg en 1780, trois ans avant la publication des Elements de medecine pratique de Cullen, qui ne semble pas avoir compris 1'importance de la revolution qui se preparait, puisque dans la preface magistrale placee en tete de son livre, et datee de novembre 1785, il ne prend pas la peine de refuter les idees de Brown et declare qu'il demeure attache au systeme d'Hoffmann, expurge des idees humoralesqui le deparent.

C'est a 1'age de quarante-cinq ans que Brown publia le manifeste de sa doctrine. 11 le faisait preceder d'une introduction retentissante dans laquelle il declarait qu'ayant passe vingt ans a approfondir toutes les branches de la mede-

STIMULISME ET CONTRO-STIMULISME. 121

cine, il en etait arrive a deplorer « 1'incertitude profonde et Ics impenetrables obsourites d'un art salutaire ». Au bout, de ce temps, la lumiere se tit brusquement dans sa nuit, et c'est un acces de goutte qui la lui apporta. Le passage ou il raconte comment se fit cette revelation clinique merite d'etre cite textuellement. « II y a, raconte-t-il, treizc ans que j'eus un premier acces de goutte, j'etais alors dans ma trente-sixieme anne'e. J'avais bien ve'cu depuis plusieurs annees ; seulement, quelque temps avant 1'invasion de cette maladie, je m'etais astreint a une nourriture plus legere qu'a 1'ordinaire. La maladie se termina en quarante-cinq jours ou environ, et ce ne fut que six ans apres qu'elle se reproduisit d'apres les memes causes occasionnelles quo la premiere fois. J'etais alors dans la force de 1'age et d'une bonne complexion, a la goutte pres, jointe a un peu de faiblesse causee par une abstinence inaccoutumee. On disait, selon 1'opinion des anciens medecins, que ma maladie dependait de la pletbore et d'un exces de vigueur. On me prescrivit une nourriture vegetale et on me defendit le vin. On me promettait que ce regime, suivi exactement, empecberait le retour des acces. Je le suivis toute une annee, pendant laquelle j'eus quatre acces des plus longs et des plus violents; elle fut partagee, a quatorze jours pres, entre des tourments cruels et la claudication. Je commencai a me demander pourquoi de si grands desordres si la pletbore ct 1'exces dc vigueur en etaient cause, pourquoi la maladie n'etait pas survenue douze ou (|iiinze ans auparavant, ou j'etais bien plus robuste et bien plus plelborique ; pourquoi elle s'elait declares lorsque, depuis assez longtemps, j'avais considerablement retranche de ma nourriture ; pourquoi il y avail eu entre le premier acces et les derniers un si grand intervalle, durant lequel j'avais repris mon regime ordi naire; pourquoi j'avais au contraire eprouve deux rechutcs depuis que je vivais plus sobrement... Je vis qu'il ne me fallait pas chercher de secours dans les debilitants, conforme'ment aux prescriptions des medecins qui prescrivent, en pareil cas, la diete et les evacuants, mais bien dans les fortifiants. Je crus devoir nommer cette faiblesse indirecle. Le regime fortifiant me reussit a tel point pendant deux ans, que je n'eus, dans tout ce temps-la, qu'un tres-leger acces vers la fin, encore ne fut-il que le quart de Tun des quatre precedents. Certes aucun medecin ne niera qu'une telle maladie, reproduite quatre fois dans unan, ne fut revenue plus souvent, a proportion, les deux annees suivantes, si j'avais continue le meme regime, et qu'il n'y eut eu au moins deux acces de plus par chaque annee. Le dernier acces avait ete des trois quarts moindre que les precedents. En multipliant done 12 par 4, on trouvera que 1'amelioration obtenue par ce nouveau regime est dans le rapport de 48 a 1. Je n'avais use que de vegetaux la premiere annee ; durant les deux autres, ma nourriture fut presque tout animate et des plus substantielles; je cboisissais ce qu'il y a de meill'eur en ce genre, j'evitais seulement 1'exces. Un jeune homme qui demeurait chez moi, et qui avait un asthme tres-violent, s'etant soumis au meme regime, au lieu d'un acces tous les jours n'en eut plus qu'un au bout de deux ans. Comme on m'objectait ensuite que la goutte ne consistait pas dans la debilite, puisqu'elle etait accompagnee d' inflammation, persuade que j'etais du contraire, j'en fis 1'experience. J'invitai mes amis a diner; je bus assez pour me mettre en gaiete,et dans 1'espace de deux beures j'eus entitlement recouvre 1'usagc du pied que la douleur ne me permettait pas de poser a terre aupara vant. Je vis par la qu'il existait aussi une inflammation asthenique. » (Elements de medecine,irai([. Fouquier, Paris, 1805, p. 22).

1£2 STIMULISME ET COiMRO-STIMULISME.

La doctrine du stimulisme est sortie tout entiere de celte auto-observation, dont Brown etendit bientot les conclusions a 1'esquinancie gangreneuse, an rhumatisme, au typhus, aux fievres intermittentes et aux nevroses convulsives. II y aurait beaucoup a dire a propos de ce point de depart, et 1'experience n'est pas aussi concluante qu'il le pensait. La goutte a-t-elle done dans ses manifesta tions une regularite de marche et une periodicite assez imperturbable pour que, ses acces se rapprochant ou s'eloignant, on soit fonde a imputer ce resultat aux conditions de genre de vie ou de traitement? D'ailleurs, la goutte de Brown etait celle d'un podagre habitue aux stimulants, et chez lequel la priva tion de ceux-ci produit des effets d'asthenie imputables a la rupture d'une assuetude ancienne. Sa goutte etait justiciable des alcooliques, parce qu'il Jes faisait entrer largement dans son regime babituel, et leur efficacite dans ce cas n'est pas d'aulre nature que celle de 1'alcool et du vm dans le delire de la pneumonic chez les intemperants. Malgre tout, une lumiere qui ne s'eteindra plus en therapeutique etait sortie dc cette experience inter pocula : « il y a des inflammations astheniques et auxquelles conviennent les stimulants ». 11 a I'allu plus de quatre-vingts ans pour la restauration de cette idee feconde, qu'un brownisme rajeuni nous ramene aujourd'hui en demontrant 1'importance clinique de 1'emploi de 1'alcool dans les maladies de nature astheniquc, eussentelles le masque d'une fievre ou d'une inflammation. A quoi tiennent les syslemes? Si Brown avail ete absteme et n'avait pas eu la goutte, la doctrine du stimulisme serait peut-etre encore a naitre.

Desireux de rester sur le strict domaine de la therapeutique, nous ne rappellerons de la physiologic de Brown que ce qui est indispensable pour comprendre sa doctrine curative. Pour Brown, vitaliste pur, la vie est la mise en jeu par les stimulants, externes ou internes, d'une propriete fondamentale, Yincitabilite, inconnue dans sa nature, s'affirmant par ses effets, se developpant avec la vie dont elle est la caracteristique, si elle ne se con fond pas absolument avecelle, constituant une quanlite variable chez les divers individus, variable egalement chez le menie individu , differencial les etres vivants des corps bruts , et modifiable par les puissances incitantes , les stimulants tant externes <ju 'internes. Du conflit des stimulants et de 1'incitabilite nait Yincitation, cause prochaine de la vie et de la maladie. La vie est normale quand 1'incitation ne peche ni par defaut ni par exces; la maladie commence la ou cet equilibre est rompu ; a une incitation trop forte correspondent les mala dies stheniques, a une incitation trop faiblc les maladies astheniques. Celles-ci sont infiniment plus nombreuses que les autres. La faiblesse de l'Jncitation de pend de plusieurs causes : 1° d'une incitabilite faible en elle-meme; 2° de son apathie par insuffisance des stimulants; 5° de son epuisement par 1'exageration et la violence de ceux-ci. Les deux premieres formes de cette incitation diminuee correspondent a Yasthenie directs, la troisieme a Vasthe'nie indirecte. L'incitabilite se reconstitue par la diminution temporaire et intentionnelle de 1'incitation, resultat obtenu en menageant les stimulants, qui arrivent ainsi par voie detournee a des effets plus energi jiies. Si 1'incitabilite n'est pas depensee par 1'incitation produite, elle s'accumule et peut arriver a un degre qui ne permette plus a la vie de se maintenir, a moins qu'on ne la diminue par d'autres stimulants qui la ramenent a sa mesure normale, laquelle 'constitue la sante. Celle-ci est done un equilibre instable entre 1'incitabilite et 1'incitation; la maladie n'est autre chose que la rupture de cet equilibre, et la production

ST1MULISJ1E ET CONTRO-STIMULISME. 123

d'une ineitation accrue dans le plus petit nombre dcs cas, d'une incitation affaiblie dans le plus grand nombre. Les diatheses sthenique et antisthe'nique ou asthe'nique sont le produit de ces quantites dans 1'incitalion. Elles n'existent pas seulement dans 1'etat de maladie, mais aussi dans ce que Brown appelait 1'etat d' opportunite morbide, e'tat de 1'incitation intermediate entre celui de la sante et de la maiadie, qui precede toujours les maladies generates. Les deux diatheses bro\vniennes sont d'ailleurs generales ou locales : la diathese sthenique generale produitc par une incitation exageree, manifestant ses effets dans 1'organisnie tout entier; et la dialhese sthenique locale, qui n'est autre chose que 1'inflammation d'un tissu ou d'un organe, naissant d'une lesion ayant presque toujours une cause provocatrice exterieure, pouvaut, rester confinee dans le puint ou elle siege, pouvant interesserl'econotnie tout enliere, pouvant enfin proceder d'une diathese sthenique generale, dont elle n'est qu'une localisation. La dialhese sthenique generale, produite par une incitation generale amoindrir, embrasse dans lesysteme de Brown la plus grande partie de la pathologic; quant a la dialhese astheniijue locale, au lieu de tendre a 1'inQammation et a la suppuration, rile tend a la mortification, an sphacele du tissu dans lequel elle sieye.

En resume, 1'etat de sante, d'opportunite et de maladie, Brown le dil cxpressement, n'ont rien qui les differencie substantiellement ; ce sont des dcgn's de I'incitalion et pas autre chose; voila pour la physiologic. Les medicaments, quelle que soit leur nature, sont des stimulants de 1'incitabilile et pas aulre chose, et leur maniement consiste a leschoisir suivant les besoins d'une incita tion deviee de son degre normal ; voila pour la therapeutique. L'iudication curative oscille entre ces deux fins antagonistes : diminuer 1'iucitation dans la diathese astlienique ; 1'augmenter dans la diathefe asthe niijue; « jusqu'a ce qu'on 1'ait amenee au terme moyen qui constitue la sante ».

Toul cela est, en theorie, d'une admirable simplicitc; mais ou tinit 1'incitation normale ct ou commence 1'incitation anormale; et, celle-ci reconnue, quels sont les moyens cliniques d'en mesurer les degres et de savoir si la faibiesse est directe ou indirecte? La table d' incitation de Lynch, qui parait aux browniens resoudre le problemeclinique, n'est qu'un artifice d'imagination, un incitometre (qu'on me passe le mot) dont la precision numerique, le lecteur pent s'en assu rer, n'est qu'une fiction dans laquelle la Iherapeutique ne saurait utilemnit puiser ses indications. Nous croyons devoir reproduire ici cette table de Lynch, dans laquelle le brownisme a eu la pretcnlion de contenir toute la medecine et, partant, toute la therapeutique.

Brown comprenait ainsi 1'usage clinique de cette table, sorte de bareme d'incitation, dans lequel il placait la source unique des indications curatives.

c Je suppose, dit-il, que la diathese sthenique soit monlee jusqu'au 60e degre de 1'echelle d'incitation; on doit chercher a souslraire les 20 degres d'incitation excessive (pour en airiver a 40 degres, terme heureux qui represente la sante paiiaite), et employer a cet efiet des moyens dont le stimulus soit assez faible. Ces puissances curatives n'en restentpas moins incitantes, quoiqu'elles dissipcnt la diathese sthenique et n'ont pas, pour cela, une autre maniere d'agir que les puissances (lisez causes) qui Tout produite. Ces moyens curalii's ne doivent nullemenl etre considered comme sedatifs ; mais comme leur stimulus est moindre que celui qu'il faut pour entretenir 1'etat de sante ordinaire, ces puissances inci tantes meritent le nom de de'bilitantes et sont appropriees au traitement de la

STIMUL1SME ET CONTRO-STIMULISME.

diathese slhenique. Je suppose, au conlraire, que la diathese asthenique soit descendue de 20 degres, il faut employer des puissances capables, par leur action, de la relever. Ces moyens curalil's ne differeront de ceux dont j'ai deja parle que par 40 degres d'energie. De meme que les puissances debilitantes,

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Table de Lynch1.

quoique toujours incitantes, employees dans le cas precedent, diiriinuent 1'exces morbifique d'incitation, de meme aussi les moyens salutaires dans ce dernier cas, et qui me'ritent plus parliculierement le nom de stimulants, reparent le manque d'incitation et ramenent celle-ci au degre de la sante. » (Elements de medecine, p. 54.)

1 Gomme cette table a ete reproduite par la photographic, qui ne corrige rien, nous ne nous sentons nullement responsable, comme de droit, des incorrections typographiques dont elle fourmille.

STIMULISME ET CONTRO-STIMULISM K. i25

Tout cela serait a merveille, je le repete, s'il etait possible de former deux series paralleles : des maladies avec leur chiffre d'iucitation et des medicaments avec le chiffre qui correspond a leur pouvoir incitant. Mais qui ne sait que cette tentative serait vaine si ce n'est puerile? et Brown s'est borne a former des groupes de maladies qui, par leur heterogeneite meme, demontrent le caractere artificiel du lien qui les reunit. La peste, 1'hydrothorax, la phtnisie, 1'apoplexie, lavariole, etc.,parquees entre 70 et 80 degresd'incitationetconstituant des types de maladies stheniques par t'aiblesse indirecte; et a 1'autre extremite de 1'eehelle, 1'hysterie, 1'hydropisie, la goulte des gens forts, les fievres intermittentes, 1'angine gangreneuse, etc., se partageant leschiffres de 30 a zero degres nui separent la sante de 1'asthenie mediocre et de 1'asthenie considerable; lout cela semble veritablcment un simple jeu de I'csprit, et ccpendant cette echelle de Lynch a etc montee et redescendue, a la suite de Brown, par des cliniciens exerces pour leur epoque, et qui semblaient ne pas douter de sa solidite.

L'idee de specificite nosologique disparaissait dans la conception brownienne, etavec elle 1'idee de specificite medicamenteuse. Si toule maladie est la mani festation d'une asthenie directe ou indirecte, tout medicament est un stimulant, une puissance incitante; et c'est a peine si ce fait conimun et monotone d'une meme action physiologique est diversifve par des nuances d'intensite dans la stimulation. Aussi, la therapeutique brownienne, simplified outre mesure, n'admet-elle guere que des medicaments correspondant a la classe des stimulants : electricile, opium, alcool, aliments reparateurs. Si Ton y ajoute le camplire, le quinquina, la serpentaire, qui hurlent un peu de se trouver rapproches de 1'alcool et de 1'opium, on a toute la matiere medicale des browniens. Dans les cas rares, comme dans la peripneumonie, ou il leur paraissait utile de « diminuer 1'incitation », ils y arrivaient par les stimulants ne'gatifs, qui comprenaient dans un amalgame assez choquant la saignee, les purgalifs, la diele, la (xiix interieure et le froid.

A coup siir, la premiere impression que Ton eprouve en presence de cetle doctrine tendrait a ne pas la faire considerer comme serieuse, et a laire douter en rneme temps du genie de celui qui 1'a concue, et de la legitimite de 1'eclat qu'elle a jete. Mais si Ton songe que ce systeme a ete une reaction violente et desordonnee, mais utile, contre un humorisme non moins extravagant, etcontre une polypharmacie effrenee ; qu'il a contribue a restaurer 1'idee clinique, si feconde, d'un desaccord frequent entre la nature d'un etat local, et la nature de la diathese, de 1'elat general, de Yaffection sous 1'influence de laquelle il evolue ; que 1'introduction des stimulants dans le traitement des fievres et des inflam mation de nature astlienique precede directement du brownisme; que lui seul a eu une conception nette de la nature stimulante de 1'opium et du parti que 1'on peut tirer de ce beau medicament dans les maladies de nature asthenique, on prend le systeme de Brown en consideration et on oublie ses defaillances et ses erreurs, pour ne plus se souvenir que des services qu'il a rendus ou prepares.

Nous soinmes aujourd'hui en pleine reaction brownienne, et le stimulisme therapeutique prend en medecine un credit exagere peut-etre, mais certainement justifie. Qu'on aille trop loin dans cette voie, et que 1'effaccment contemporain de la medication antiphlogistique devant les medications stimulantes n'enveloppe une exageration et par suite une faute, ce n'est un doute pour personne ; mais, la reaction accomplie, la mesure viendra et la medecine pratique aura

126 STIMILISME ET CONTRO-STIMULISME.

realise, par un maniement judicieux et hardi des stimulants, un immense progres dont Brown a ete le promoteur; il serait injuste de I'oublier.

Rasori entrait dans la medecine au moment ou Brown publiait son manifesto doctrinal, et le voyage qu'il fit en Anglcterre a cette epoque, en le placant au centre meme de 1'agitation reformiste, ne fut peut-etre pas etranger a Tambilioii qu'il concut de tenter, lui aussi, une revolution therapeutique. 11 devanca Broussais dans sa carriere et. lui surveeut, et le cbef de 1'ecole du Val-de-Grace eut cette mauvaise fortune d'avoir ainsi deux emules et deux devanciers dont 1'oeuvre doctrinale enleva a la sienne une partie de son originalitc.

Un medecin de Toulouse, Laffont-Gouzy, a rapproche jadis dans un parallels ingenieux le sysleme de Brown de celui de Broussais, et a demontre que le der nier procede tres-directement du premier. Le role des stimulus dans le maintien de la vie ; la dichotomic des maladies en sthe'niques et astheniqites (irritatives ou aburitatives) suivant la dose de stimulus qui les produit ; la tlu'rapeutique reduite a deux indications opposees : voila autant dc traits communs au brownisme et au broussaisisme. G'en est assez aux yeux de tout esprit impar tial pour subordonner celui-ci a celui-la comme originalite de conception. Mais des differences capitales, si ce n'est un contraste absolu, existent en Ire les deux doctrines, quand on les compare non plus au point de vue physiologique et pathologique, mais au point de vue pratique. Tandis que 1'etat general, {'af fection, prcoccupe surtoul Brown et sert de base aux indications curatives qu'il tire de la diathese sthenique et de ses degres, Broussais voit a pen pros exclusivement dans la maladie le produit localise de 1'irritation, foyer d'irradiations sympathiques qui associent 1'economie a la lesion irritative du tissu ou de I'organe, et il attribue a 1'irritation de 1'estomac, a la gastrite, le role preponde rant que Ton sait et qui lui fait dominer en quelque sorte toute la patliologie. L'autocratie de la gastrite broussaisienne etait une erreur; mais qui pourrait raisonnableraent nier aujourd'hui qu'en remplacant la diathese de stimulus par 1'irritation locale, 1'abstrait par le concret, Broussais n'ait ete le promoteur de la localisation nosologique, dont on abuse sans doute, comme on abuse de tout, et n'ait donne a la medecine pratique un esprit de precision qui lui faisait defaut avant lui? C'est la le titre de gloire iucontcste de Broussais, et ce qui restera d'eteruellement fecond de sa doctrine. La generation de malades qui a ete courbee sous son systeme en a pali sans doute, mais le sang verse a outrance par la medication gommo-hirudinee, ne 1'aura pas ete en pure perte, et rimmanite, dans son ensemble et sa succession, y trouvera son profit.

Brown ne voyait rieu autre chose a fa ire en therapeutique que de stimuler presque toujours, de contro-stimuler quelquefois. Broussais ne sort pas de cette dicbotomie, mais il en renverse non pas les termes, mais les proportions. Laifont-Gouzy a caracterise la therapentique broussaisienne par un mot heuii'iix qui n'a pas toujours ele attribue a son auteur veritable, en disant que c'etait un broirnisme retoitrnc. Eneffet. la therapeutique ecossaise etait de I'excitemeiu a outrance, celle de 1'ecole du Val-de-Grace est contenue lout entiere dans 1'emploi systematique et monotone des debilitants. Erreur des deux cotes sans doute, mais erreur inegalement pernicieuse. Brown admettant en effet 1'idee hippocra tique de force medicatrice, se servait au besoin de 1'expectation ; Broussais, au contraire, ne croyant pas a cette force de restitution vers le type bygide et, en tout cas, ne voyant nen de salutaire dans ses tendances, erigeait rintervention therapeutique en regie, et que 1'irritation sc cachat sous le masque de la phlo-

STIMULfSME ET CONTRO-STIMULISME. 127

gose rouge ou de la pltlogose blanche, elle etail impuissante a s'eteindre d'ellememe et il fallait contro-stimuler ou debiliter ; aussi agissait-il toujours avec une brutalite doctrinale qui avail sans doute 1'excusc d'une conviction ardenle, mais qui pesait lourdement sur sa pratique. Mieux aurait valu encore, a tout prendrc, etre raalade a Edimbourg qu'a Paris, si Ton avail cu le choix du temps et des syslemes.

Brown avail conserve ([uelques medicaments; Broussais, lance a la poursuite de son irrilation polymorpbe el voyageuse. n'avait que faire de ce bagage encombrant, et il a\ait allege sa therapeutique d'armes qu'il jugeait inu tiles. En effet , qu'avait-il besom d'une pharmacologie complexc pour combattre un element morbide toujours identique a lui-meme sous ses localisations et ses expressions symptomatiques variees, puisque les emissions sanguines et la diete suffisent a cetle taclie? La scrofule n'esl qu'une irritation du systeme lymphatique; — les nevroses ne sont que les manifestations d'une irritation fixec sur les departements divers du systeme nerveux ; - - les hydropisies sont des irrilations dessereuses; — les hemorrbagies, des irritations du systeme vasculaire; — la syphilis n'est, elle aussi, qu'une maladie irritative des divers tissus qu'c-llo affecte, maladie due sans doute a une cause specifique de sa nature, un virus, mais qui depouille sa specificite dans les effels qu'ellc realise ct aboutil a 1'irritation comme le ferait une cause banale. Tout, ou a pen pres, esl irrila tion, tout sera contro-slimulisme, et la therapeutique tout entiere ira s'absorber dans les emissions sanguines et la diete dont le maniement ne sera plus affaire d'opportunite, mais de dose. Broussais avail, lui aussi, sa table dc Lynch, et il montait et redescendait I'echelle de 1'irritation, mesuranta ses dcgn's la diete el les emissions sanguines.

La lable therapeutique etait absolumenl rase, on levoit. C'etail du conlro-slimulisme sans medicament. Rasori va nous monlrer le contro-stimulisme polypharmaque. Sans doute, 1'ecole italicnne a devance chronologiquement 1'ecole du Val-de-Grace, si Ton prend pour point de depart sa conception doctrinale, mais son epanouissement pharmacologique n'est venu que plus tard, et entre les deux phases de son evolution, Broussais avait rempli la scene; de sorle que nous avons ete conduit a exposer les principes du contro-stimulisme broussaisien avant de parler de celui de Rasori. Gel artifice d'exposition etail oblige.

Rasori, nous 1'avons vu plus haul, a precede de Brown, comme 1'a fait Brous sais lui-meme, et son ecole, moins originale dans ses principes, moins autoritaire et moins exclusive dans leur application, aura eu 1'honneur de restaurer 1'idee de diversite pharmacologique, singuiierenient amoindrie par Brown, absolument renversee par Broussais. C'est la qu'aura tte surtout Futilite de sa mission. Rasori a ete brownien avant d'etre rasorien, et, meme apres s'etre iepare de la doctrine d'Edimbourg qu'il avait adoplee dans le principe, il a con serve, comme Broussais, avec le brownisme, les altaches d'une dependance etroite. Qu'esl-ce que sa dialhese de stimulus, si ce n'esl la diathese sthenique de Brown? Qu'est-ce que sa diathese de contro-stimulus, si ce n'esl la dialhese aslhenique du reformateur ecossais ? La seule difference des deux doctrines git dans 1'importance proportionnelle du role que joueYit ces deux diatheses dans la genese des maladies ; difference minime en pathologic generate, mais immense en pratique, puisqu'elle conduit a des indications diame'tralemenl opposees. La preponderance appartient aux stimulants dans la doctrine de Brown, elle appartient aux conlro-slmiulants dans la doctrine de Rasori. Mais toutes les deux

128 STIMULISME»ET CONTRO-STIMULISME.

subordonnent 1'etat local a 1'etat general, tandis que Broussais, au contraire, concentre son attention et son activite therapeulique sur la lesion locale et considere 1'etat general, la dialhese, comme procedant de celle-ci.

Ce n'est pas que la doctrine medicale italienne ait toujours conserve une homogeneite parfaite, et nous la voyons avec Tommasini evoluer vers le broussaisisme au point de se confondre a peu pres avec lui, sauf sur ce point capital que la categoric des conlro-stimulants est elargie, et que \eprocessusinflammatoire, comme le disait Tommasini, se servant d'une expression restauree de nos jours et dont la langue medicale fait im choquant abns, se detache de la monotonie du contro-stimulisme broussaisien et devient justiciable d'une foule d'agents medicamentenxagissant comme la saignee et la diete dans le sens d'une depression generale ou locale. C'est la porte par laquelle la pharmacologie est rentree dans la place d'ou I'exclusivisme broussaisien 1'avait expulsee. Rapprochement curieux : c'est en etudiant 1'action d'un medicament de premier ordre, 1'opium, que Brown, s'insurgeant par sa celebre exclamation : « Me hercle opium non sedat! » contre les proprietes sedatives qu'onlui attribue, est conduit au stimulisme; c'est en experimentant un autre medicament capital, le tartre stibie, que Rasori trouve les fondements de la doctrine therapeutique opposee, celle du contro-stimulisme. L'un et 1'autre observaient juste, et 1'action stimulante de 1'opium comme 1'action hyposthe'nisante de I'emetique sont aujourd'hui deux faits important^ et que 1'on peut considerer comme decidement acquis. Mais une difference essentielle separe ces deux faits pharmacodynamiques : la notion de 1'action stimulante de 1'opium n'a eclaire que 1'histoire de ce medicament ; celle de 1'action contro-stimulante a ouvert une serie par laquelle, en grande partie du moins, la pharmacologie s'est reconstitute.

Brown, nous 1'avons vu, n'admettait que des stimulants, et la debilitation medicamenteuse n'etait que relative ou indirecte : relative, quand le stimulus e'tait trop faible pour mettre en un jeu suftisant 1'excitabilite; indirecte, quand cette propriete etant amoindrie par des stimulants trop forts ou trop longtemps employes, il s'ensuivait dans les deux cas une incitation insuffisante. Rasori de'montra 1'existence des contro-stimulants directs. Des I'annee 1799 il constata que le tartre stibie employe contre les peripneumonies abattait avec une remarquable energie, et mieux encore que les saignees, 1'erethisme inflammatoire general et local, et il etablit que 1'etat de slimulis'me morbide e'tait pour ce me dicament et ses congeneres une condition de tolerance prolongee. 11 ne tarda pas a grouper autour de ce contro-stimulant puissant un certain n ombre d'autres agents de meme action, et il chercha a demontrer que les effets d'hypersthenie attribues a la plupart d'entre eux etaient le resultat d'une confusion des effets physico-chimiques de ces substances avec leurs etfets dynamiques et d'une i'ausse interpretation de la nature des actes morbides contre lesquels on les emploie avec succes. La doctrine rasorienne n'est pas seulement, comme la doctrine de I'.roussais, dn brownisme retourne, c'est du brownisme retourne et diversifie.

Le manifeste le plus complet qui ait etc- publie de la doctrine therapeutique italienne, est 1'ouvrage de Giacomini, qui parut peu apres la mort de Broussais et secoua nettement lejoug du systeme therapeutique nnitairede 1'ecole duYalde-Grace, tout en restant attache, dans une certaine mesure, a ses bases physiologiques et pathologiques. L'inflammation broussaisienne est 1~ clef de voute de celte pathologie ; mais elle admet aussi un groupe, peu etendu il est vrai, de maladies astheniqucs auxquelles conviennent les stimulants. Les medicaments

STIMULISME ET CONTRO-STIMULISME. 129

sont done en realitc divises en deux genres d'inegale importance : les hypersthe nisants et les hyposthenisants ; en d'autres termes, les stimulants et les controstimulants. Mais, tnndis que le brownisme ne voyait dans les excitants et les sedatifs qu'une question de quantite, la pharmacologie italienne etablit entre eux une difference de qualite dont 1'electivite organique est 1'expression. Fiere de ramener ainsi les medicaments a une action concrete et de donner a leur emploi une base physiologique, elle s'est intitulee ecole morgagni-rasorienne, et a pretendu assigner a chacun d'eux le gouvernement d'un appareil particulier. Elle admet done des hypersthenisants cardiaco-vascnlaires et vasculo-cardiaques, suivant que leur action s'exerce principalement sur le centre circulatoire ou sur les vaisseaux (ammoniaque, ethers) ; des hyperslhenisants cephtiliques, auxquels est devolu le soin de stimuler 1'encrphale (opium, morphine, alcool, etc.) ; des hypersthenisants rachiiliens qui se rccrutent dans la meme serie d'agents ; des hypersthenisants c/astro -enter itiques (essences et medica ments a huiles essentielles).

La classe des hyposthenisants est peu fournie, mais son exigui'te est en rap port avec le cercle restreirit des indications de stimuler ; celle des hyposthe nisants au contraire absorbe une grande partie de la malinv im'dicale et elle se subdivise, commela premiere, d'apres 1'appareil qui recoit electivement 1'action contro-stimulante : de la, des hyposthenisants card iaco-vascitla ires (cyaniques, cantharides, digitale, scille, colchique, camphre, terebenthine, sels alcalins) ; — des hyposthenisants arteriels (tartre stibie, aconit, ipe'ca, soufre, ergot de seigle, quinquina, fer); — des hyposthenisants vascnlo-veinenx (acides mine'raux, chlore, moutarde); — des hyposthenisants lymphatico-glandulaires (mercuriaux, iocliques, baryte, cigue) ; — des hyposthenisants gastiiques (bismuth, amers) ; — des hyposthenisants ente'riques (toute la serie des purgatifs) ; — des hyposthenisants ce'phaliques (belladone, jusquiame, tabac, etc.); des hypo&thenisants speciaux (noix vomique, strychnine, brucine, plomb, assa-fretida, valeriane, etc). Une troisieme classe est admise pour les remedes specifiques on empiriques, mais les rasoriens ne la maintiennent que provisoirement, et en quelque sorte par respect pour la routine, ayant bien soin de faire remarquer qu'elle est destinee a disparaitre et que leur doctrine n'en a que faire, les spe cifiques, tels que 1'iode, le quinquina, le mercure, n'etant au fond que des hy posthenisants a electiviie organique speciale.

Si c'etaitici le lieu, il me serait facile demontrer combien cette classification est arbitraire et repose sur une base fragile, si ce n'est sur une petition de principes, la nature hyposthenisante d'un medicament etant prouvee par la nature hyposthenique reputee de la maladie avec Liquelle on 1'adresse avec succes, et la nature asthenique d'une maladie etant prouvee par la nature reputee hypo sthenique du medicament qui la modifie d'une maniere favorable ; Faction antidotique intervenant a tout propos comme base de classement des substances, et des pathogenies fantaisistes, comme celles qui font de la chlorose une angioite lente, de la fievre intermittente un erysipele vasculaire ambulant qui se cantonne pendant les intermittences dans des capillaires peu importants a la vie, etc., offrant a la classification des medicaments une base aussi commode que fragile.

Tout cela est sans doute bien hypothetique, bien arbitraire, bien grossier; mais la pharmacologie, eclipsee depuis Cullen et discreditee par le mauvais vernis qu'avait jete sur elle la « cuisine arabesque » dont parle Guy-Patin avec un

DICT. ENC. oe S. XII. 9

130 STIMULISME ET CONTRO-STIMULISME.

dedain justifie, reparaissait a la faveurde cette doctrine, et c'est la un immense service rendu a la science des medicaments.

Le sort de ces trois systemes, si nous 1'interrogeons dans le role qui leur est reste dans la therapeulique au moment ou nous ecrivons cet article, a ete tresinegal, ct le broussaisisme est assure'ment celui qui y occupe la moindre place aujourd'hui. Le contro-stimulisme est d'aiileurs sur la pente d'un discredit crois sant, et si le rasorisme survit, il le doit non pas au fond meme de sa doctrine, c'est-a-dire a sa pathologic, mais bien a la therapeutique qu'il a inaugure'e. Ruine par ses propres exces, le broussaisisme n'avait pas ce dernier refuge, et il n'apparait plus mainteuant que comme une de ces erreurs dont le joug, au mo ment ou on le subit, est lourd et onercux, mais qui n'en ont pas moins leur fecondite. Entre le brownismerajeuni, mais non moins ardent, qui s'intronise au jourd'hui en therapeutique et quireduit de plus en plus le role des debilitants, et le rasorisme qui substitue les hyposthenisants aux antiphlogistiques vrais, c'est-a-dire aux emissions sanguines et aux emollients, cadre monotone de la therapeutique de 1'irritation, le contro-slimulisme de Broussais est reduit dans la pratique a uu domaine qui va toujours s'amoindrissant. N'y a-t-il pas la une exageration prejudiciable et les browniens de notre epoque, comme ceux d'il y a un siecle, ne se mettent-ils pas, eux aussi, en dehors de la mesure clinique? Nous le croyons fermement. On ne voyait naguere que des irritations a eteindre, des proprietes vitales exaltees a calmer, des incendies febriles ou inflammatoires (ce qui etait tout un pour la medecine broussaisienne) sur lesquels il fallait jeter au plus tot des antiphlogistiques; aujourd'hui, par une reaction inevitable, le brownisme, prolitant de ces exagerations, reprend laveur et la preoccupation de la faiblesse et de 1'asthenie dirige manifestement la plupart de nos prescriptions : il taut venir en aide a une nature defaillante, — releverjes forces, — remuer les synergies, — tonifier les organes ou 1'ensemble du systeme, et, dut-on reveiller une inflammation, rallumer une fievre, il y a lieu de s'en applaudir plutot que de s'en preoccuper; le danger n'est pas la, il est dans le foyer des forces nerveuses qu'il faut ranimer, et au plus tot, par les stimulants. Brown lui-meme n'a vait sans doute pas reve 1'etendue du role reserve de nos jours a 1'alcool et a 1'alimenlation a outrance, dans le traitement des fievres et des inflammations. Assurement la restauration de 1'emploi des excitants en therapeutique est un progres dont 1' importance ne saurait etre contestee, mais le clinicien vrai, convaincu qu'il n'y a pas plus de systemes absolument vrais que de systemes absolument faux et qu'il faut degager la part de verite pratique que chacun d'eui contient, repugne aussi bien au joug d'un stimulisme exclusif qu'a celui d'un contro-stimulisme doctrinaire. La lutte de ces deux systemes a rempli de son fracas tout un siecle de 1'histoire de la medecine. 11s ne contiennent pas toute la therapeutique comme les trois reformateurs 1'ont cru, mais chacun d'eux, debarrasse de ce qu'il a d'exclusif, lui apporte un appoint utile. Le systematique est brownien, broussaisien ou rasorien; le clinicien, eclectique non pas par paresse d'esprit mais par la nature meme des problemes auxquels il s'applique, prend son bien, c'est-a-dire la verite, partout ou il la trouve; il domine les systemes et ne subit la servitude d'aucun.

Voila le brownisme rationnel restaure dans nos habitudes therapeutiques ; 1'heure du broussaisisme, dans ce qu'il a d'acceptable, viendra sans doute, car il est impossible que cette proscription presque absolue des antiphlogistiques, qui est peut-etre la plus etonnante evolution dela therapeutique de notre temps,

STIPA. 131

soil un fait definitif; quant aii contro-stimulisme rasorien, moins exclusif que celui deBroussais, parce qu'il est moins original, il reste sur le terrain des faits qu'il a conquis et c'est tout au plus si la restauration des emissions sanguines, qui est une affaire de temps, lui imposera le partage d'un domaine restreint qui, pour le moment, ne lui est du reste pas dispute.

En resume, les doctrines du slimulisrne et ducontro-stimulisine personnifiees dans les trois grands noms de Brown, de Rasori ct de Broussais, n'auront pas produit une agitation sterile : outre qu'elles y ont laisse le depot de verites enveloppees dans leurs exageralions, elles auront contribue, pour leur bonne part, a la restauration therapeulique qui se prepare et que caracterisent un sain esprit de critique experimenUle, rimpatience de toute servitude de doctrines, une grande ardeur de reclierches , le sentiment des services qu'une physiologic plus avancee doit reudre a la science des medicaments, mais a laquellc on peut reprocher trop de dedain ou d'indifference pour les richesses accumulees de la tradition. A une epoque ou fourmillcnt les hommcs de talent, mais ou les legislateurs en medecine font absolument defaut, la therapeutique affranchie du joug des doctrinaires ne peut que ressentir les avantages et les inconvenients d'une liberte sans direction : si elle doit a cette situation nouvelle plus d'initiative et plus d'esprit d'examen, elle lui doit aussi moins de philosophic dans ses tendances et moins d'unite dans ses efforts. Nous sommes d'hahiles et laborieux tailleurs de pierres pharmacologiques, mais ou est 1'architecte qui leur assignera leur place dans 1'edilice therapeutique qui ne s'eleve pas encore? On ne le voit pas jusqu'ici et j'oserais meme, sans vouloir dccourager aucune am bition, dire que ses precurseurs se font attendre. FONSS.YGRIVES.

STIMULUS. Voij. STUIULISME.

STIPA L. Genre de plantes Monocotyledones, appartenant a la famille des Graminees .

Les especes de ce genre ont des epillets disposes en panicule, et ayant chaeun une fleur hermaphrodite, stipitee entre 2 glumes carenees, insensiblement attenuees en un acumen canalicule, qui ressemble a une arete. La glumelle inferieure de la fleur renferme la supe'rieure et se termine par une arete articulee, tordue sur elle-meme dans -la partie inferieure et genouillee au-dessus ; dans Tinterieur des glumelles sont 2 glumellules, 5 etamines a antheres barbues au sommet, un ovaire a 2 styles courts, plumeux au sommet.

Les quelques especes qui meritent une mention sont :

Le Stipa tortilis Desf., qui vient dans les lieux incultes de la re'gion mediterraneenne, dont la longue arete de la glumelle est fine, poilue dans la partie inferieure, nue et rude dans la superieure, tortillee a la fin. La plante a, dit-on, cause parfois des accidents, parce que ses barbes s'insinuent dans les chairs des bestiaux ou meme des hommes et y causent de vives douleurs.

Le Stipa capillata L., a arete longue d'un decimetre, nue et rude, genouillee et irregulierement conlournee. Les Mongols nomment la plante Chilcana et la donneut a leurs bestiaux, qui s'en trouvent tres-bien.

Le Stipa pennata L., a arete longue de 2 a 3 decimetres, tordue et glabre dans son tiers inferieur, fortement plumeuse dans ses deux tiers superieurs. Ces barbes sont fortement hygrometriques et se redressent lorsque le temps devient humide. On les a employees comme ornement.

152 STISSER.

C'est dans le genre Stipa que Linne'e faisait rentrer la plante, qui sert en Espagne el surtout eu Afrique, sous le nom d'Alfa, pour fabriquer de nombreux objels de sparterie: paniers, corbeilles, nattes, chaussures, balais, sacs, cor dages, etc. On 1'a aussi applique'e a la fabrication des pates a papier et des cartons, et depuis lors 1'Angleterre en consomme pour cet usage des quantites enormes.

La plante appartient actuellement au gemejlacrochloa, qui differe des Stipa par ses glumelles membraneuses, dont 1'inlerieure est bifide au sommet. L'Alfa est le Macrochloa tenacissima (Stipa tenacissima L.) a feuilles filiformes, a arete poilue a la base.

. — LIXXE. Genera, 90; Species, 115. — DESFOXTAIXES. Flora atlanlica, I, p. ou. i)E CAXDOLLE. Flore francaise, V, 257. — LAMARCK. Illustrations de* genres, Ency clopedic, I, 41. — PALLAS. Voyage, IV, 146. — MLIUT et LE LENS. Dictionnaire de matiere m-'dtcale, VI, 536. PL.

STIPRIAAA-LIISCIUS (ABRAHAM VAX). Celebre medecin-chimiste hollandais, ne a Oudewater, pres de Delft, le 10 octobre 1765. II fut regu docteur en medecine a Leyde en 1788 et 1'annee suivante fut nomme professeur de chimie a Delft. II mourut dans cette ville le 2 mai 1829. Stipr'iaan etait membre des Societes de Rotterdam et de Harlem, president de la Commission sanitaire de Gravenbage. II fonda et publia avec Ontijd et Macquelijn le Geneeskundig Magazin (Leiden, 1801-1815). Nous connaissons encore de lui :

I. Diss. inaug. de quibiisdam salibus essentialibus. Lugduni Batavor., 1788, in-8'\ — II. Observaliones chemicae de quibusdam salibus essential/ bus vegetabitium. Biisseldorf, 1TS9. cr. in-8°. — 111. Redevoering over het nut der scheikunde in het algemeen, etc. Bjelft, 1790, in-4°. — IV. Min knslbare samenstelling vrin het loogzoutig huchzuurwater (aqua mephitica alcalina) door Middel van het Facfiinger Water (avec le traite de Thilenius sur les eaux de Fachinger). Amsterdam, 1800 (Extr. de Algem. Konst- en Lettcrbode, 1798). Trad, allem. Salzburg, 1799. — V. Abhandlung zur Beantwortitng der Frage : Welches *ind die Ursachen der Faulniss in vegetabilischen und thierischen Substanzen? (a paru en liolland. dans Verhandl. Genootsch. Rotterdam, Bd. XII, 1798). Trad, duholl. par Hoering. Marbourg, 1800, gr. in-8°. — VI. Dissert, qua respondetur, per examen comparatum proprietatum physicarum ct chemicarum, natura lactis muliebris, vaccini, caprilli, asinini, ovilli et equinini (avec N. Bondt). Couronne par la Soc. roy. de rae'decine. In Mem. de la Soc. de med., 1787-1788; trad, allem. in Crell's Annal., 1794. — VII. Waarncmingen betrekkelijk de naturlijkc historic der Drckstoffcn van den mensch in het algemeen. In Geneesk. Magazin. Bd. I, p. 101, 1801. — VIII. Twee waarnemingen van eene gelosten Aars, met eenigcn aanmerkingen hirtoe betrekkeljik. Ibid., Bd. II, p. 150, 1805. — IX. Verhandeling over de vraag : « Welke nuttige kundigheden kan de geneeskunde trekken uit de nieuwe scheikundige kennix van de verrotting ten aanzien ran den aart, de oorzaken, voorbehoeding en geneeswijzeder rotziekten ? In Rotterdam .V. Yerhand., t. HI, p. Ml. 1805. — X. Ueber die Reinigung verdorbenen faulen Wassers. In Gehlen's Journal, Bd. I, p. 621, 1806. — XI. Verh. ter beantwoording der vraag : In hoe verre verstaat men (/tans de oorzaken van het bederf in stilstand zuh'er water ontstaaende, etc. In Haarlem 5(tt. Yerh. Maatsch. Wet., t. IV, p. 161, 1809. — XII. Remarques sur les proprietes curatives du carbonate de potasse dans les affections calculeuses. In Annal. de chim., t. LXXV, p. 204, 1810. — XIII. Per analysin deter minentur principia, cum proximo, turn remota. dtiorum corporum vegetabilium, quorum alterum ex materia aliment art, alterum ex materia medicaest desumendum. In Leij/len Annal. Acad., 1818-1819. — XIV. De waarde der Koepok-inenting geliandhaaft en op nieuw aanbevolen aan onders en konstgueten. Deltt, 1818, gr. in-8°. — XV. Yerhandeling over de Guytonsche berookingen. In Haarlem, ^at. Verh. Maatsch. Wet., t. VIII, p. 1, 1824. — XVI. De diagnosi morborum in genere. Lug duni Batav., 1828. — XVII. Grand nombre d'articles dans Geneeskund. Magazin, Xaturk. Verhandl. Maatschapp. Haarlem, Algem. Konst- en Lettcrbode, etc.j L. Hx.

STISSER (JOHAMK-AMDREA&). Medecin allemand, ne a Luchau, dans le duche de Lunebourg. le 19 Janvier 1657, fit ses etudes a Helmstadt et a Leyde et prit

STOCh. 133

le diplome de docteur a cette derniere universite. II exerc.a ensuite son art avec succes a Hambourg et a Brunswick et en 1687 Cut nomme professeur extraor dinaire de medecine a Helmstadt; il obtint la chaire de chimie en 1688, puis en 1691 la remplaga par celle d'anatomie. Slisser mourut a Helmstadt le 21 avril 1700, laissant :

I. De machinis fumiductoriis curios is, sive fumum'impellendi intra corpus instrument is eorumque in praxi medica adhibendi ratione et it*u. Hamburg!, 1686, in-4°. — II. Febrium inter m'Mentium consider atio nova, iatricce modernae placilis accommodata. Brunsvigiae, 1687, in-4°. — III. Diss. epistolica de phcenomenis quibusdam chymico-physicis, vario experimentorum tentamine observati*. Brunsvigiae, 1688, in-4° (lettre adressee a Kerckring). — IV. Commentatio chemiae. Helmstadtii, 1689, in-4°. — V. Aquarum Hornhusanarum cxamen. Helmstadtii, 1689, in-4°. — VI. De podagra et quibusdam adversus earn remediis. Helmstadtii, 1690, in-4°. — VII. De solattiine arlhriticorum, sen de podagra i't selectioribus adversus earn jemediis . Helmstadtii, 1690, in-4°. - - VIII. Ada laboralorii chymici in Academia Julia edita, tribus speciminibus comprehensa. Helmstadtii, 1690- 1693-1698, in-4°; ibid., 1701, in-4". -- IX. De variis erroiibus chemiae ignorant ia in medidna commissis. Helmstadtii, 1700, in-4°. — X. Botanica curiosa, oder Anmerkunqen wie er einige fremde Krduter und Blumen in seinem 169 "2 zu Helmstadt angelegten tnci/icinischen Garten fortgebracht. Helmstadt, 1697, in-4°. — XI. Horli Helmstadtensis catalogus. Helmstadtii, 1699, iii-8°. L. UN.

STIZOLOBIIM. On a donne ce nom au Petit pois ponillenx, Mucuna pruriens DC. Ce mot est meme devenu pour quelques botanistes un nom gciirrique, pour ce Mucuna et quelques autres analogues (voij. MITCUN.V). PL.

STOBEE (KILIAN). Medecin et naturaliste suedois, ne en 1690 dans la pro vince de Schonen. fit ses etudes a Lund et fut recu docteur en 1721. II fut nomme en 1729 professeur des sciences naturelles et de physique. Par la suite, il devint medecin du roi, professeur d'histoire et membre de la Societe des sciences d'Upsal. Lorsque Linne se trouva a Lund dans une position fort precaire, Stobee se 1'attacha comme secretaire et lui facilita ses etudes par ses conseils et par le grand nombre des livres qu'il mit a sa disposition.

Stobee mourut en 1742. Thunberg a nomme en son honneur le genre Stobea de la famille des Composees. Nous connaissons de Stobee :

I. De fame laesa. Lundae, 1721. -- II. De numis ct sigillix Lundcnsibus. Lundae, 1742, in-4°. — III. Introfluctio compendiana in fundamentorum histonae civilis imprimis patriae notitiam. Lundae, 1742, in-4°. — IV. Divers memoires de Stobee relatit's a la numismatique 1'arclieologie, etc., ont ete reunis apres sa mort sous le litre suivant : Opera in quibus petrefactorum, numismatum et antiquitatum historia illustratur. Dantzig, 1753, in-8°.

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