‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 91Chapitre 36 sur 145 · L. HN · texte numérisé non relu

L. HN

(WENZEL-M.). Medecin autrichien de merite, sur lequel nos

STREMPEL. 555

renseignements sont tres-limites. Avant 1828, il exercait la medecineaBeraun, •en Boheme, et y etait medecin de district ; il passa ensuite a Linz, ou il fut nomnie protomedecin, conseiller d'Stat et rapporteur duconseil de sante pour les regions situees en deca de 1'Enns; cnfm, en 1811, il se fixa a Gratz, en Styrie, et remplit dans cette piovince les memes fonctions officiellesqu'aLinz. II devint, en outre, pen apres, directeur des etudes de medecine et de chirurgie de 1'Universite de Gratz, ou il vivait encore vers 1850. Nous citerons de ce savant medecin :

I. Anleitung zur Utitersucltung der Apotheken, etc. Prag, 1825, gr. in-8°. — II. Lrs bains de Gastein et leurs effets admirables dans les maladies les plus dcsespcre'es. Linz, 1851, in-8°. — III. Statislique medicale abre'gee de I'arcbiduche d'Aulriche en drra de I'Enns et du Duche" de Sahbourg. In Annal. d'lnjg. publ., t. Ill, p. 42, 1850. — IV. Bcricht aus Gastein, Linz, 1834, gr. in-8°. — V. Systematisc/ie Uebersiclit iiber die seit dem Jahrc 1770 bis 185t> erschienenen Gesetze und Verordnungen im Bezuge auf das Sanildtswesen im Allgemeinen und ins Besondere fur das Herzogthum Sahbourg. Linz, 1854, 2 vol. iu-4". — VI. Gcdrangte Skizzen einer medicinisch-statistischen Beschreibung der Kreise im Kdnigreiche Bohmen. In Med. Jahrb. d. OEsterr. Staatcs, Bd. XI u. XII, 1852. — VII. Kurze Beschreibung der Heilanslalten und Versorgungs-Inxtilute in der Hauptstadt Linz. Ibid., Bd. XI, 1852. — VIII. Die cpidemische Krankheitsconstitution in OEstcrrcicli ob der Enns in den Johren 1828-1829. Ibid., Bd. XII, 1853. — IX. Darslellunq der Heilanslalten im Erzherzoyf liume OEsterreicli ob der Enns und im Hcrzogthume Salzburg. Ibid., 18 i4. — X. Darslellung der Versorgitnysanstalten filr Kran/te, Anne und Pressliafte im Ileriogtlntme Steiermark. Ibid., 1840-1848. — XI. lionerliungcn iibcr die Erfordcrnisse dcs Stndiums der Heilkunde. Ibid., 1848. — XII. II collabora aux Schmidt's Jahrbucher depuis 1854 et aux Med. Jahrb. d. (Est. Staates depuis 1832. L. UN.

STRELITZIA. Genre de plantes Monocotyledones appartenant a la famille des Musacees ou Bananiers. Les plantes de ce groupe, deditS par Banks a une reine d'Angleterre de la maison de Mecklembourg-Strelitz, hahitent le Cap de Bonnc-Espe'rance. Ce sont de granges herbes, a feuilles radicales, tres-developpees, distiques, petiole's, dilatees a la base. Les lleurs, portees sur une spathe terminate, ont 6 divisions an perianthe, sur deux rangs. Dans la rangee inteneure, les 2 divisions laterales sont soudees et. enferment les etamines, qui sont au nombre de six ; une de ces etamines reste toujours sterile ou meme avorte completement. Le fruit est une capsule triloculaire, s'ouvrant en trois valves et contenant plusieurs graines envelopes dans des arilles pulpeux.

La plupart des Strelitzia sont des plantes d'ornement, cultivees dans les serres pour leurs fleurs eclatantes. Parmi les plantes vraiment utiles, on ne peut citer que le Strelitzia Augusta Thunb., dont on mange en Cafrerie les semences, apres qu'elles ont ete roties. Ces semences sont formees, au-dessous des enveloppes, d'un albumen farineux entourant un embryon lineaire. PL.

BIBLIOGRAPHIE. — BANKS, in Act. Hort. Kew., I, 285, tab. 2. — ENDLICHER. Genera, n°1649. — BURCHELL. Voyage, p. 185. PL.

STREMPEL (CARL-FRIEDRICH). Medecin allemand de merite, ne a Bossow, <Ians le Mecklembourg, le 20 aout 1800, etait le fils d'un predicateur evange'lique. II termina ses etudes a Berlin et y prit le bonnet de docteur en 1822. En 1824, il se fixa a Schwerin avec le des.cein d'y pratiquer la medecine, mais des 1'annee suivante il passa a Rostock, oil il fut agree privat-docent a 1'Universite', puis nomme en 1826 professeur ordinaire de medecine et medecin de la ville, en 1850 membre de la Commission medicale et directeur de la clinique

medico-chirurgicale, cnfin, en 1858, conseiller medical supreme. II mourut a Ludwigslust, le 29 aout 1872. On connait de lui :

I. Filicum Berolinensium synopsis. Dissert, inaug. med. Berolini, 1822, in-8°, 1 pi. —

II. Obsrrvaliones de morbo qui delirium treniens appellatur. Rostochii, 1826, gr. in-8°. —

III. Une traduct. : L. ODIEB. llaiidbucli der pract. Arzneiwissenschafl, aus dem Francos. Slendal, 1827, irr. in-8°. — IV. Untersuchungen icber Anneilaxen, mil bcsonderer Rlicksicht aiifdie tiltere Preussische, Haiuwversc/ie und die neue Prcussische Arzncitaze. Drei Pro gramme. . Rosiock, 1832-1833, gr. in-4°, 1 tabi. in-fol. — V. Kw-er Bericht tiber das medicinisc/t-cfiirurgische Klinikum zu Hostock. In Schwerincr frcimiith. Abendbl., 1850. — VI. Bemerkungen iibcr den Alaun und das Carlisle sche Instrument in Beznr/ auf Hire Anwendbarkeit in der C.holera. In Rust's Magazin fur Heilkunde, Bd. XXXIV, p. 657, 1851. — VII. Vorrede zu K. KEIL ; Das Scftielen und dessen lieilung nack Dicffenbach's Erfindung, 2. Aufl. Berlin, 1841, gr. in-«S°. — VIII. A contribue a SPITTA. Die Asiatische Cholera itn Grossherzoythum Mechlenbury-Schwerin in Jahre 1832. Rostock u. Schwerin, 1833, in-8«. L. H.x.

SIHI iTiosi* MORBUS. Nom donne, dit-on, dans les Alpes autrichiennes, a une malatlie constitute par des tumeurs emphysemateuses au cou et donnant lieu a une respiration bruyante.

MKi:i ns:a. (CARI.-WILHELM). Cliirurgien allemand distingue, professeur de chirurgie a L'Universite de Leipzig, mort le 7 decembre 1868, a I'age de cinquante-deux ans, etait connu comme un habile operateur et universellement estime pour ses profondes connaissances. Nous connaissons de lui :

I. Ueber die Sclicinrcductionen bet Hcrnien und insbesondcre bei eingeklemmten Hernien. Leipzig, 1804, gr. in-8°. — II. Une traduct. : CAZEXAVE (A.). Die Syphiliden oder venerischen Kranhheiten der Haul, etc. Frei nacli dem Franiosischen bearbeitet von W. Walther u. C. Streubel. Leipzig, 1844, 1847, gr. in-8°, avec atlas in-fol. de 12 pi. — III. A collabore it GiiNTiiER. Die Lelire von den bluligen Operationen am menschlichen Korper, etc. Leipzig, 1855-1866,' gr. in-4". L. HN.

STRICTUM ET LAXLM. Exces ou diminution de la tonicite des solides dans la doctrine du Me'thodisme (voy. MEDECINE [Histoire de la], p. 61). D.

STRJDLLA.TIOM. Semeiologie. Ce mot, assez peu usite dans le Iangage medical moderne, a cependant un sens bien delini, et merite d'etre con serve : litteralement il signifie, suivant Littre, a bruit semblable au chant de la cigale. » En pathologic on 1'emploie pour designer un bruit respiratoire aigre et rude, chevrotant, plus ou moins sifflant, perceptible a distance, qui se produit dans certains cas morbides au niveau des voies aeriennes superieures.

Pour plusieurs auteurs la stridulation, ou sifflement laryngo-trache'al , se confond avec le cornage et ne merite pas une description a part, ^ous ne pouvons accepter cette. synonymic : le mot de cornage a une signification bien etablie par 1'usage, et c'est Ten detourner que de 1'appliquer a tous les bruits qui pcuvent se produire dans le larynx et la trachee. Par cette, expression empruntee . a la medecine veterinaire on entend designer les respirations habituellement bruyantes, et par extension les etats morbides ou le raclement larynge se montre a titre de phenomene permanent, ou tout au moins de longue duree: il s'ensuit que, si tous les cornards presentent une respiration striduleuse, toutes les stridulations ne sont pas pour cela des cornages. Dira-t-on d'un enfant qui a la coqueluche ct qui presente des inspirations sibilantes au moment des quintes qu'il est cornard? II y a entre la stridulation et le cornage la meine

STR1DULATION. 3J7

difference qu'entre la dyspnee et 1'asthme: 1'une est un simple trouble fonctionnel pouvant ten if a bien des causes diverses, 1'autre est un etat morbide dans lequel ce meme trouble fonctionnel pre'sente un caractere remarquable d'intensite et de permanence.

Cette difference justifie le present article, mais elle fait voir en meme temps pourquoi nous dcvrons rester dans les generalites, et ne pas decrire comme une entile morbide un phenomene qui peut se rencontrer dans une foule de maladies.

Les caracteres du bruit de stridulation sont assez malaises a definir, car ce bruit lui-meme est complexc et pre'sente do nombreuses varietes. II est tantot plus ou moins aigu, parfois meme tout a fait sibilant (sifllement laryngotracheal), tantot plus grave et se rapprochant du ronflement. Son timbre, rarement pur, presente souvent un caractere qui expliquc la comparaison qu'on en a faite avec le bruit de la cigale: c'cst un chevrotement vapidc et presque imperceptible, qui donne la sensation d'une serie de chocs ou d'oscillations d'une faible amplitude. Plus ou moins fort, il est parfois perceptible a la distance de 8 ou 10 metres et meme davantage. II accompagne presque tonjours 1'inspiration, plus rarement les deux temps de I'acte respiratoire; exceptionnellement on ne 1'entend qu'a la fin de 1'expiration. L;i dun'e altsolue varie selon les conditions qui lui donnent naissancc et surtout scion le rhytlime de la respiration : celle-ci etant ordinairement ralentie, le bruit striduleux peut affecter un caractere remarquablement prolonge; faible et a peine perceptible au debut de 1'inspiration, il va se rcnforcant pen a pen jusqu'a la fin, puis cesse brusquement. Les phenomenes concomitants sont ordinairement ceux d'une angoisse respiratoire tres-marquee, parfois meme d'une dyspnee excessive : la bouclie est alors entr'ouverle, et les narines sont dilatees; la face anxieuse est d'une paleur extreme, on au contrairc cyanosee; la tele est renversee en arriere et le buste maintenu immobile pour favoriser 1'action des inspirateurs acecssoires. Get etat persiste d'ordinaire aussi longtemps que dure la stridulation, toutelois il est a observer que dans certains cas de respiration tres-bruyante, notamment dans le cornage proprement dit, la dyspnee pent etrc a peine appreciable.

Les conditions physiques propres a faire naitre le bruit de stridulation sont de tons points comparables a celles qui determinent dans 1'arbre broncbique 1'apparition du rale sibilant (voy. ce mot). Pour que le phenomene seproduise, il faut et il suffit qu'il existe, en un point quelconque des voies aeriennes superieures, un retrecissement relatif dont les bords soient a la fois assez minces et assez rigides pour etre susceptibles d'entrer en vibration, sous I'lnfluence du passage rapide de 1'air inspire ou expire. Ces vibrations des bords de 1'orifice, independantes de celles de la colonne d'air qui les met en mouvement, sont la cause determinante du bruit anormal; de lenr vitesse, de leur forme, de leur ampleur, dependent Facnite, le timbre et 1'intensite de la stridulation; presque toujours, en raison meme de leur origine, elles presentent un certain degre d'irregularite, d'ou la rudesse, le chevrotement, le caractere bitonal et aigre qui a fait comparer ce bruit a celui de la cigale.

Oil voitpar la que le developpement du bruit morbide depend beaucoup plus de la forme, du degre et de la disposition naturelle du retrecissement, que de son siege et meme de sa nature. L'obstacle peut etre situe a I'isthme du gosier, a 1'orifice supe'rieur du larynx, au niveau de la glotte ou plus bas encore; il peut etre constitue par un epaississement inflammatoire, par une tumeur, voire par un corps etranger; s'il reunit les conditions indiquees, le bruit morbide

sera sensiblement le meme. Qu'il y ait tumefaction des amygdales et des piliers du voile du palais, epaississement ou cedeme des replis aryteno-epigloltiques, boursouflement des cordes vocales, compression de la trachee par une tumeur ou diminution de son calibre par une bride cicatricielle, la stridulation pcut se produire avee tous ses caracteres, des que les parois de la stricture sont mises en mouvement, des que la vibration bruyante des bords de 1'orilice re'treci vient remplacer la vibration silenciense de la colonne d'air inspiree.

Mais, il faut bicn le reconnaitre, les retrecissements accidentels, quelle que soit leur nature, realisent rarement les conditions materielles necessaires pour que la stridulation se produise, et presque toujours ce phenomene est sous la dependence d'une autre cause, qui intervicnt comme facteur essentiel, sinon unique, dans la production du bruit morbide. Cette cause, dont les auteurs ont longtemps meconnu L' importance, n'est autre que le spasme larynge qui, tantot comme phenomene initial, tanlut comme complication, joue uu iole conside rable dans beaucoup d'etals dyspneiques. L'experience a prouve en effet qu'il est peu de lesions, directes ou indirectes, des voies aeriennes superieures, qui ne puissent a un moment donne etre accompagne'es de resserrement convulsif des cordes vocales. Toutes les fois que le canal aerien est accidentellement retreci, la sensation de soif d'air qui resultc d'une respiration imparfaite peut suffire a engendrer le spasme : c'est ce qui a lieu dans le croup, dans I'oademe glottique, dans la phthisic laryngt'e. Que la muqueuse respiratoire vienne a etre simplemeut irritee, le meme effet pent se produire, par une action reilexe encore plus soudaine et plus energique; il en est ainsi dans la coqueluche, et toutes les fois qu'un corps etranger est mis en contact avec la glotte. Si un des nerfs recurrents vient a etre excite par une tumeur developpee dans son voisinage, 1' excitation transmise aux muscles innerve's par lui vient encore produire le spasme : tel est parfois le cas dans I'anevrysme de la crosse aortique, ou dans^ 1'adenopathie tracheo-bronchique. Enfin en 1'absence de toute lesion materielle, quelques affections du systeme nerveux comptent ce meme accident parnii leurs symptomes : ainsi 1'hyste'rie et peut-etre certaines formes larvees de 1'epilepsie. Quelle que soit la cause, le resultat est le meme : le courant d'air inspiratoire triomphe avec peine de 1'obstacle oppose par 1'orifice glottique resserre, et le fluide aerien traversant ce defile avec force et vitesse met en vibration les bords tendus de 1'anche membruneuse. D'ordinaire le spasme se termine avec 1'inspiration, mais, quand la contracture est poussee au plus baut degre, respiration elle-meme devient striduleuse, et reproduit avec une intensite moindre et un timbre different le bruit rude et sifllant qui accompagnait 1'inspiration. Parfois enfin au spasme glottique vient se joindre celui de ristlnne du go.-ier, des piliers du voile, et du pharynx, d'ou un retentissement rauqne et un cbevrotement d'une rudesse particuliere, qui donne au bruit morbide un caractere de grande complexite.

On a vu par ce qui precede que si, theoriquement, la cause physique du bruit de stridulation est une, et toujours la meme, cliniquement les conditions organiqites qui lui donnent naissance sont multiples et tres-diverses. Aussi l'observe-t-on dans un grand nombre d'affections differentes : tantot, et c'est le cas le plus rare, le retrecissement materiel des voies aeriennes est 1'unique origine du bruit morbide; plus souvent un spasme intermittent de la glotte vient compliquer et exagerer rinfluence de la stricture; parfois enfin la con striction spasmodique agit seule, et alors la stridulation, qui etait franchement

continue dans le premier cas, remittente avec exacerbations dans le second, preud nettement le caractere de rintermittence.

Sans chercher a enumerer toutes les affections dans lesquelles on pent observer la respiration striduleuse (ce qui nous entrainerait beaucoup trop loin), nous nous bornerons a mentionner les principales en renvoyant le lecteur, pour les details, aux articles speciaux de ce Dictionnaire.

Tres-rare dans les larynyites aiyues de 1'adulte, la stridulation est au contraire assez freqnente chez 1'enfant, et 1'affection plus serieuse en apparence qu'en realite, dans laquelle on 1'observe avec ses caracteres les plus nets, a precisement recu le noni de laryngite striduleuse. Pen en rapport avec I'intensite ordinairement faible des phenomenes inflammatoires, le bruit morbide a bien le caractere spasmodique, et il cst remarquable par son intermittence : c'est brusquement, pendant le sornmeil, qu'il apparait tout a coup avec tous les symptomes d'un acces de suffocation ; il est intense, tres-aigu, parfois musical, toujours exclusivement inspiratoire; son timbre varie d'un moment a 1'autre. II cesse bientot, et 1'angoisse respiratoire avec lui; la respiration redevient silencieuse et le malade se rendort tranquillemenl, jusqu'au moment ou la sensation de soif d'air resultant d'une hematose incomplete vient provoquer un nouveau spasme du larynx.

Dans le croup ou laryngite diphtheritique, la stridulation peut se montrer d'une maniere presque continue, surtout dans les periodes avancees, ou les cordes vocales sont recouvertes et la gloUe en grande partie obstruee par les fausses membranes. L'inspiration est alors tres-ralentie. penible et accompagnee d'un tirage epigastrique plus ou moins accentue; le bruit morbide, rude et rapeux, commence tres-bas, se renforcc peu a peu, et se termine brusquement, avec la contraction forcee des muscles inspirateurs; 1'expiration est courte et silencieuse. La stridulation atteint son plus haut degre d'intensite au moment des acces de suffocation.

Les laryngites chroniques avec ulceration et ne'crose des cartilages, le laryngotyphus, la phthme lanjngee et la syphilis du larynx peuvent aussi determiner 1' apparition des bruits striduleux : ceux-ci sont alors subcontinus, et presque aussi forts a 1'expiration qu'a 1'inspiration ; ils peuvent durer longtemps sans qu'il paraisse exister de dyspnee appreciable, a moins que le malade, par un exercice intempestif, ne vienne a exagerer 1'amplitude des mouvements respiratoires ; le conduit aerien devient alors brusquement insuffisant, et le spasme larynge intervient aussitot avec ses effets babituels. La gene respiratoire peut etre assez continue pour determiner 1'asphyxie progressive et amener la mort, si on n'intervient pas a temps par la tracheotomie.

Dans I'cedeme de la glotte ou des replis aryteno-epiglottiques, la veritable stridulation se produit rarement; presque toujours elle est remplacee par une sorte de ronflement rude et guttural, qui occupe, soil 1'inspiration seulement, soil les deux temps. 11 serait du reste excessif de vouloir etablir une distinction absolument tranchee entre des bruits tres-voisins, qui se remplacent souvent, et qui d'ailleurs se rattachent 1'un a 1'autre par une serie d'insensibles nuances. Les polypes laryngiens sont une cause frequente de respiration striduleuse; 1'intensite et les caracteres de celle-ci varient d'ailleurs beaucoup suivant le volume et le mode d'implantation du polype. Quand celui-ci est pcdicule et mobile par consequent, le bruit morbide se modifie d'un moment a 1'autre : d'abord nul ou a peine perceptible, il devient tout a coup tres-fort, lorsque la

tumour s'engage entreles levres de la fente glottique eten determine la constric tion spasmodique ; le sifflemcnt, le ronflement, se succedeut ou se melent, et sont quelquefois accompagncs d'un bruit de soupape tout particulier; la voix est tantot conservee, tantot rauque, bitonale ou meme eteinte. Ces phe'nomenes, qui appartiennent a 1'liistoire du cornage, out ete longuemcnt de'crits ailleurs (voy. LARY.NX et CORN AGE).

Le cancer du larynx ne produit la stridulation que s'il occupe les cordes vocales; dans la plupart descas, la respiration, quoiquepe'nible,esl peu bruyante, la croissance tres-lenle de la tumeur ne provoque pas la sensibilite re'flexe, et la ste'nose tres-graduelle amene peu a peu 1'etat asphyxique sansaccesd'etouffement; le malnde succombe par cacbexie plutot que par suffocation.

Les retrecissements cicatriciels de la trache'e, le re'trecissement syphilitique, par exemple, ne se re'velent souvent par aucun bruit : c'esl seulemeut lorsqu'ils sont tres-prononce's qu'ils determinent un sitflement ou un ronflement, reraarquable par son uniformite et sa permanence, qui occupe les deux temps de la respiration, et qui n'est accompagne ni d'acces dyspneiques, ni d'alteration de la voix.

II en est tout aulrement dans les cas de compression de la traclte'e et des nerfs re'currents par une tumeur : goitre suffocant, ade'nopathie trache'o-bronchiqne et surtout ane'vrysme de la crosse de Vaorte. Dans ces cas, comme 1'a tres-bien moutre M. Krishaber (voy. GORNAGE), ce n'est pas la diminution du calibre traclieal qui produit la stridulation, c'est 1'irritation du nerf comprime par la tumeur qui determine le spasme des cordes vocales. Le bruit morbide offre alors tous les caracteres de la stridulation spasmodique : il est intermittent ou du moins remittent avec exacerbations, il est exclusivement inspiratoire, et n'est accompagne d'aucune alteration notable de la voix.

Quant aux corps e'trangers introduits accidentellement dans les voies aeriennes, s'ils n'ont pas de'passe la fente glottique et s'ils se sont loges dans les ventricules du larynx, leur presence peut se traduire par un bruit de stridula tion dont le spasme glottique fait en grande partie les frais; si, au contraire, ils ont atteint la trache'e, ils sont en general entraines j usque dans 1'arbre broncbique ou ils se fixent, et dans cette position ils ne peuvent produire aucun bruit perceptible a distance ; le bruit de grelot, attribue par Guersant fils au va-et-vient du corps e'tranger mobile dans la tracbe'e, est plus tlieorique que reel.

Nous avons dit qu'inde'pendamment de toute lesion du tube laryngo-tracheal la stridulation peut se produire, par le seul fait d'un re'trecissement oonvulsif de la fente glottique. II en est ainsi dans le spasme dit essenliel de la glotte, maladie assez fre'quente chez les petits enfants et parfois observe'e chez les jeunes femmes hysteriques : brusquemcnt, sans prodromes, il se produit un sifflement inspiratoire aigu, bref, plein d'angoisse, suivi d'un silence prolonge qui revele 1'apne'e complete resultant de la constriction absolue des cordes vocales; la face, d'abord tres-pale, bleuit bientot et se cyanose, et tous les signes de 1'asphyxie se montrent rapidement; enlin un nouveau sifflement annonce la resolution encore imparfaite du spasme, et la rentree de 1'air a travers les levres relache'es de 1'orifice glottique; une serie d'inspirations d'abord striduleuses et penibles, puis plus faciles, ramenent promptement 1'etat normal.

On peut rapprocher de la stridulation le bruit larynge special et si connu des quintes de coqueluche; il ne se produit qu'au plus fort de la periode convulsive.

L'acces debute en general par une serie de secousses de toux, qui vident presque entierement les poumons et determinent une angoisse respiratoire extreme; le malade suffoque fait un effort desespere d'inspiration, ct 1'air attire avec brusquerie entre les cordes vocales contractors produit un bruit strident, aigu et prolonge, plus ou moins semblable au chant du coq; puis la toux eclate de nouveau, rapide et pressee; dans les fortes quintes, on compte parfois cinq ou six reprises ainsi coupees par des series de secousses de toux.

Enfin, dans les acces d'asthme, la respiration prend quelquefois un caractere striduleux tres-accentue : le bruit, surtout expiratoire, tres-aigu, module, rappelle les sibilances que Ton percoit au meme moment dans les bronches; il parait etre en grande partie produit par la vibration du voile du palais et de 1'istlime du gosier, maintenus en etat de tension pendant toute la dure'e de 1'expiratiou convulsive.

D'apres le nombre et la diversite des circonstances dans lesquelles la stridulation peut se produire, on concoit que la valeur semeiologique de ce phenomene est tres-variable et difficile a preciser. Pris en lui-merae et independamment des symptomes qui 1'accompagncnt, il indique toujours I'existence d'un obstacle au passage de J'air dans les voies aeriennes superieures; son intensity, son timbre, sa dure'e, peuvent reveler le dcgre et les caracteres de cet obstacle, et 1'observation des phenomenes concomitants permet jusqu'a un certain point d'en determiner la nature.

G'est ainsi que, chez un enfant, si on voit le bruit striduleux debuter brnsquement, a 1'occasion d'une deglutition maladroite et a la suite d'un violent acces de suffocation, on sera en droit de rcdouter la presence d'un corps etranger dans les voies aeriennes. Que si, avec le meme debut brusque, la respiration striduleuse apparait pendant la nuit, a la suite d'un leger acces febrile avec catanhe laryngo-broncbique aigu, on pensera a la laryngite striduleuse. Si au contraire son debut est graduel, precede pendant plusieurs jours d'un mauvais etat general, avec palenr et gonilement leger du cou, si le bruit morbide est accompagne d'une toux eteinte et d'une aphonie plus ou moins complete, il deviendra fort probable qu'on a affaire a un cas de croup. Enfm, si chez un enfant qui tousse et a la fievre depuis liuit on dix jours on voit, a la suite d'une quinte de toux convulsive, apparaitre le sifllement inspiratoire aigu, prolonge, qui revele le spasme du larynx, on sera fixe sur I'existence d'une coqueluche, et presque toujours c'est 1'apparition de ce phenomena caracteristique qui e'tablit definitivement le diagnostic jusqu'alors indecis.

Chez 1'adulte, d'autres hypotheses se presentent : la respiration striduleuse survenant d'une facon brusque chez une jeune femme irritable, sujetle a des accidents nerveux, indiquera un spasme de la glotte d'origine hysterique. Si elle vient a se produire a la suite d'un erysipele de la face, ou d'une angine inflammatoire aigue avec fievre et tumefaction de 1'isthme du gosier, on songera au developpement probable de I'o3deme glottique. Si on 1'observe d'une facon subcontinue chez un individu pale, amaigri, offrant les signes de la tuberculisation pulmonaire, on etablira le diagnostic de phthisie laryngee. Chez un sujet plus age souffrant d'oppression, de palpitations cardiaques au moindre effort, et accusant une sensation de gene douloureuse derriere le sternum, on ne perdra pas de vue la possibilite d'un anevrysme de la crosse de 1'aorte. Enfm, si la stridulation est surtout expiratoire, si elle est accompagnee d'emphyseme et de dilatation du thorax, d'essoufflement et de cyanose, si la voix du malade,

sans etre aphone, est cassee et enrouee, on en conclura qu'il s'agit d'un asthme invetere.

A cote de fails relativement nets, il en est d'autres qui reclament toute la sagacite du clinicien et ne le cedent pas en complexite aux plus difficiles problemes de la pathologic. On ne saurait les prevoir tous, mais il est rare qu'on n'arrive pas a les elucider, si on a soin d'analyser minutieusement tous les symptomes et d'en raisonner la valeur. Trois points meritent surtout de fixer 1'attention : 1'etat de la voix, dont 1'integrite prouve que la cause du bruit n'est pas une lesion materielle du larynx ; — le rhythme de la respira tion, dont le ralentissement est proportionnel au degre de 1' obstacle; — le mo ment precis du phenomene sonore, qui est toujours inspiratoire quand il est spasmodique, et occupe les deux temps lorsqu'il est du a un retre'cissement materiel. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que 1'examen laryngoscopique fournirait dans les cas obscurs de tres-precieux renseignements; mais, outre qu'il est difficile et reclame une main exercee, dans bien des cas il est tellement dangereux qu'on est oblige de s'en abstenir. HENRI EARTH.

STRIDULATION. Znologic. Duges a cree ce nom pour designer les sons qui ne sont pas produits dans un larynx au moyen de 1'air expire. La stridulation est le propre des Invertcbre's ; on n'y peut guere assimiler, pour les Vertebres, que le bruit du a 1'agitation des grelots comes qui forment 1'extremite terminale de la queue des Serpents a sonnettes. Citons aussi, en passant, les sons emis par quelques Poissons, et en particular les Grondins, qui doivent meme leur nom a cette propriete. Ges sons paraissent se produire dans la vessie aerienne, qui alors presente un diapbragme contractile perce a son centre d'uu trou que 1'air inclus traverse plus ou moins rapidement.

Parmi leslnvertebres, les Insectes seuls, a proprement parler, produisent des sons. Ceux-ci constituent : 1° des bruits de percussion; 2" le bourdonnement; 3° des bruits de frottement; 4° des sons produits par des vibrations de membranes.

A. BRUITS DE PERCUSSION. Les Vrillettes (Anobium) s'appellent en frappant rapidement, de leurs mandibules fermecs, sept ou huit coups contre le bois des vieux meubles ou elles se logent.

B. BOURDONNEMEM. On n'observe de veritable bourdonnement que ckez les Hyme'nopteres et les Dipteres.

Le bourdonnement comprcnd deux phenomenes distincts. Quand on observe un Bourdon, on s'apergoit que, pendant le vol, il rend un son grave, et que, lorsqu'il est pose, il peut emettre un son aigu. Si Ton analyse ces deux sons, on voit qu'ils sont loujours a 1'oclave 1'un de 1'autre. Le son grave est produit par les mouvements de 1'aile, le son aigu par les vibrations du thorax (Jousset de Bellesme).

G. BRUITS DE FROTTEMENT. Tantot c'est 1'abdomen qui frotte contre les elytres (Ge'otrupes), tantot ce sont les pattes posterieures dont la face interne est striee et frotle contre les elytres (Criquets), ou bien encore ce sont les elytres qui frottent 1'un contre 1'autre (Grillons males, Sauterelles).

D. SONS PRODUITS PAR DES VIBRATIONS DE MEMBRANES. Nous prendrons ici, comme exemple, le chant de la Cigale, qui a ete pour nous 1'objet d'une etude speciale.

Chez les Grecs, la Cigale etait consideree comme 1'embleme de la musique. On

raconte que tleux joueurs de citliare, Eunome de Locres et Ariston de Rhegium, lultaient ensemble sur cet instrument, lorsqu'une corde de celui d'Eunome vint a se rompre. Ce dernier n'en remporta pas moins lavictoire, car uneCigale se precipita pour remplacer la corde brisee. Aussi a-t-on souvent represente la Musique sous la figure d'une femrne qui joue d'un luth ou se voit une Cigale a la place de la corde absente.

La ne sebornait pas 1'admiraiion des Grecs pour la Cigale : on lui elevaitdes temples avec les incriptions les plus elogieuses; on frappait des medailles a son effigie; on la conservait en cage pour jouir de son chant, comme nous le faisons aujourd'hui pour les plus habiles de nos chanteurs emplumes. Ilomere parle de son eloquence; Platon vante sa voix melodieuse; Anacreon va plus loin : il 1'appelle amie des Muses et n'hesite pas a la rnettre au rang des dieux.

La poesie latine se montra beaucoup moins entbousiaste. Virgile traite la Cigale de criarde et 1'accuse d'avoir un chant assourdissant.

Les modernes n'ont qu'une tres-mediocre estirne pour ce chant. En France, on lui applique assez volontiers I'epithete malsonnaute d'agacant; mais il n'y a guere que la moitie meridionale de notrepatrie qui le puisse juger avec connaissance de cause.

Effectivemeut, la Cigale n'habite pas les departements du norcl; elle ne depasse meme pas beaucoup ceux qui sont situes sur le parallele du 45e degre de latitude. On 1'entend neanmoins, tous les ans, dans les vignes de la Bourgogne; enfm on 1'a signalee quelquefois jusqu'aux environs de Fontainebleau.

Dans la partie septentrionale de la France, le public prend pour la Cigale la grande SaiUerelle verle, dont tout le monde connait le cri nocturne. Cette erreur a e'te commise aussi par notre grand fabuliste, quand il i'ait chanter la Cigale « tout 1'ete » et « nuit et jour », car elle ne chante qu'une partie de 1'ele, et seulement lorsque le soleil donne, sole sub ardente, comme 1'a dit le poete de Mantoue. C'est egalement une Sauterelle que la plupart des artistes ont mise a la place de la Cigale dans les editions illustrees des fables de La Fontaine.

Dans la description qui va suivre, nous n'etudierons qu'une seule espece : la Cigale commune (Cicada plebeia), la plus grosse de nos especes francaises, la veritable Cigale classique. Les autres n'en different d'ailleurs que peu, au point de vue qui nous occupe.

Appareil musical de la Cigale. La Cigale male est la seule qui chante. Son appareil musical est situe a la base de 1'abdomen et entoure de deux paires d'organes protecteurs.

L'un des organes de protection est situe sous le venire, ou il est tres-apparent. C'est une sorte d'ecaille demi-circulaire que Reaumur appelait le volet, parce qu'il croyait qu'elle se soulcvait pendant le chant; mais, comme c'est I'abdomen et non pas elle qui est mobile, il vaut mieux la designer sous le nomil'opercule. Les deux opercules se rencontrent sur la ligne me'diane et 1'un d'eux chevauche toujours legerement sur 1'autre.

L'autre organe de protection s'appelle la caverne. C'est une cavite laterale dont on voit 1'entree des qu'on a enleve 1'opercule. Les deux cavernes sont creusees sur les cotes du deuxieme anneau de I'abdomen.

Si Ton tranche, d'un coup de scalpel, la paroi externe de la caverne, on met a nu une membrane convexe enchassee dans la paroi interne. Cette membrane a e'le designee par Reaumur sous le nom de timbale, a cause de sa ressemblance avec la caisse rebondie de cet instrument. Elle est seche, translucide et

parcoarue par ties arcs comes qui lui donnent de la resistance et augmentenl son elasticite. C'est elle qui produit le son.

Les deux timbales torment les peaux d'un veritable tambour dont la caisse est constitute par une enorme cavite tlioraco-abdominale. Celle-ci communique

Fi-. 1.

mm

mi

Fig. 2.

Appareil musical de la cigale.

Les memes littres designetit les memes or^anes duns les deux figures de celte planch?.

Irt, premier anneau de 1'abdomeu. — -a, dcuxieme anneau de 1'abdomen. — ap, apophyse de la mem brane pli-see. — C, caverne. — c, cheville de Reaumur (trocbanlin de la iroisieme patte). — ent, aile de 1'entogastre. — mi, miroir. — m,m, muscle moleur de la limbale. — m,pl, membrane plissee. — m,s,c, muscle sterno-entogastrique. — m,t, muscle lenseur de la membrane plissee. — PI patte de la Iroisieme paire. — st, stigniale du motalliorax. — si', premier sligmale de 1'abdomen. — sf", deuxieme stigmate de 1'abdomen. — /, timbale. — v, volet ou opercule. — x, membrane semi-annulaiie du muscle de la limhale.

Fig. 1. — La partie anterieure de 1'appareil musical. — Le volet jiauche a ete coupe a sa base pour faire voir la memlirane plissee et son apophyse, 1'enlopastre, le miroir. le *ligmate du metatborax, les deux premiers stimulates de 1'abJomen et la timbale. Pour que celle-ci ?e voie mieux, le fond de la caverne eat enleve.

Fig. 2. — L'interieur de 1'appareil musical vu d'en haut. — Le muscle de la timbale, la membrane plissee et le volet ont ete enleves d'un cole. De Taulre cole, on voit ces organcs et de plus le muscle lenseur de la membrane plis?ee, ainsi qu'une parlie du muscle slcruo-enloyaslrique.

directement avec 1'exterieur par une paire de gros stigmates situes dans le metathorax, un pen en avant des timbales.

Les parois de la caisse sont formees par le squclette tegumentaire, sauf a la partie ventrale, ou elles sont constitue'es par deux paires de membranes

dedicates, que Ton decouvre en enlevaut les operculcs et qui formcnt le fond d'une veritable cavite sous-operculaire. Ges membranes sont separees entre elles par une saillie chitineuse en forme de croix, que Ton nomme I'entoyastre. La grande branchede la croix est transversale et la petite longitudinalc. Les deux membranes situeesenavant de la grande branchc sont separees par un bras dc la petite et s'appellent les membranes plisse'es ; les deux membranes situees en arriere de cette grande branche et separees par 1'autre bras de la petite se iiomment les miroirs.

La timbale est mise en mouvement par un muscle (muscle de la timbale} qui s'implante a sa face interne par un iort tendon et prend son insertion lixe sur la ligne mediane de 1'entogaslre. Ce muscle, le plus volumineux du corps, est done renferme dans la cavite thoraco-abdominale ; il est applique* contre la grande brancbe de 1'entogaslre, qu'il sufiil d'enlever pour le mettre a decouvert. Apres avoir e*te tiree en dedans par les contractions de son muscle moteur, la timb;ile revient brusquement sur elle-meme par son elasticite.

Les auteurs ont avance quo la timbale devenait concave a cliaque contraction de son muscle. La verile est qu'une tres-legere depression se produit alors autour du point d'atlache du tendon ; mais la membrane conserve toujours sa forme convexe et ne se renverse jamais cbez les Cigalcs adultes. Toutefois, chez les sujets tres-jeunes ou les timbales sont encore peu consistantcs, j'ai vu ccs membranes devenir a la fois toutes deux concaves ou toutes deux convexes pendant le chant, ce qui m'a permis de demontrer le synchronisme de leurs oscillations.

Si Ton enlevc les limbales sur une Gigale vivanle, on la met aussitot dans 1 'impossibilite absoluc de chanter. Si Ton respecte ces membranes et qu'on delruisc les autres, le son ne ces>e pas de se faire entendre, mais il est beaucoup plus faible. Done la timbale produit le son et les autres membranes le renforcent. Celles-ci vibrent par influence, comme les tables d'barmonie des instruments a cordes. En repandant sur ces membranes une le"gere poussiere, on la voit sautiller des que le cbant commence, ce qui met leurs vibrations en parfaite evidence.

Cen'est pas tout. La cavite thoraco-abdominale est remplie d'air qui vibre et elle joue le role de ces vases renforcants qu'employaient les Anciens dans leurs theatres, pour donner plus de force a la voix des acteurs. 11 en resulte que la caisse du tambour de la Cigale reunit a la fois les dispositions propres a 1'accomplissement des fonctions de table d'barmonie et de resonnateur : elle agit done comme les caisses sonores qui constituent le corps du piano, du violon ou de la harpe. Enfin, ce n'est pas seulement la cavite thoraco-abdominale, mais encore le squelelte tout entier de la Cigale qui vibre quand elle chante, et renforce amsi le son initial.

Exammons maintenant, d'un peu plus pres, la table d'harmonie qui est constituee, comme nous le savons deja, par les miroirs et les membranes plissees.

Le miroir est sec, diaphane et d'une minceur extreme; il presente a sa surface des anneaux colores fort remarquables et realise, pour ainsi dire, 1'ideal de la membrane vibrante.

La membrane plissee, au contraire, semble tout d'abord n'offrir que des conditions dei'avorables a la vibration. Elle est, en effet, lache, molle et sillonnee de plis qui lui ont fait donner le nom qu'elle porte. En la voyant vibrer pendant le cliant, je me suis demande comment elle pouvait etre ebranlee si facilement

sous 1'influence des vibrations de la limbale. J'en ai trouve la raison dans 1 'existence d'un muscle qui avait echappe aux investigations des anatomistes et que j'ai nomme muscle lenseur de la membrane plisse'e, parce qu'il commu nique a cette membrane la tension necessaire a 1'accomplissement de ses vibrations. Ce muscle part du Lord nnterieur du cadre de la timbale, ou il prend son insertion fixe. Son insertion mobile se fait a la pointe d'une saillie chitineuse et par consequent elastique qui provient du bord posterieur de 1'anneau metalhoracique. J'ai designe cette saillie cornee sous le nom d'apophyse de la membrane plisse'e. Enfin, un autre muscle, que j'ai appele sterno-entogastrique, occupe le bord interne de la membrane plissee et vient aussi en aide a son muscle tenseur pour faciliter les vibrations de cette membrane.

Nous avous vu, plus haul, que la cavite thoraco-abdominale etait mise en rapport avec I'exterieur par des orifices ou stigmates situcs duns le dernier anneau du thorax. Ces orifices sont pourvus de cils et munis chacun d'un panneau mobile qui s'ouvre ou se ferme a la facon d'une paupiere, de maniere a empecher 1'introduction de corps etrangers dans la cavite tboraco-abdominale. Le role des stigmates est d'amener 1'equilibre de tension entre 1'air exterieur et celui de cette cavite, afin de mettre ses membranes dans les meilleures condi tions de vibration.

Si Ton souleve I'abdomen d'une Cigale qui chante, on ouvre a la fois les cavites sous-opercnlaires et les cavernes : alors le son devient plus eclatant, absolument comme, si Ton ouvre les fenetres d'une] salle ou joue un musicien, on entend mieux celui-ci du deliors. Si Ton fait 1'operation inverse, c'est-a-dire si Ton abaisse 1'abdomen de la Cigale, de facon a 1'appliquer centre les opercules, le chant de 1'lnsecte devient aussitot plus sourd. Or, la Cigale qui chante souleve et abaisse alternativement I'abdomen. Son chant devient ainsi plus ou moins eclatant, et c'est a ccla qu'il doit son caractere saccade.

En resume, ('instrument musical de la Cigale est un tambour a deux peaux seches et convexes (timbales) dont 1'insecte joue en contractant simultane'ment deux muscles (muscles des timbales) qui vont du centre de I'instrument a chacune des peaux, celles-ci revenant sur elles-memes par leur elasticite. La caisse du tambour (cavite thoraco-abdominale) est en partie constitute par des membranes, les unes seches (miroirs), les autres molles (membranes plissees) et tendues par des muscles propres. Ces deux sortes de membranes sont ebranle'es par la transmission des vibrations des timbales. Des stigmates font communiquer la caisse avec le dehors, en maintenant a son interieur la pression normale. Le tambour est ren ferme dans une cavite ou des loges speciales (cavernes, car>ite's sous-operculaires) protegent respectivement les timbales et la partie membraneuse de la caisse. Quand la Cigale chante en liberte, elle remue rapidement I'abdomen, 1'elevant et 1'abaissant tour a tour, ouvrant ou fermant ainsi la cavite protectrice du tambour et donnant a son chant plus ou moins d'eclat.

Nous avons laisse completement de cote les Cigales femelles. Les timbales n'existent pas chez elles; les miroirs ainsi que les membranes plissees y sont rudimentaires, et les muscles de 1'appareil musical font completement defaut. Par consequent il n'y a, chez la femelle, ni vibrations ni sons possibles, mais, pour etre muette, elle n'en est peut-etre que moins sourde a 1'appel du male.

Page 1