SDR 1000 FEMMES DE TOUT ETAT CIVIL ET DE PLUS DE 15 ANS
Cetle decroissance constante des mariages est un phenomene grave. Nous .aurons souvent occasion de le rappeler au cours de cette etude.
Si, au lieu de considerer des periodes quinquennales dans cette longue suite <Tanne"es, nous examinions chacune d'elles tour a tour, nous constaterions un phenomene deja bien souvent signale: c'est I'influence considerable qu'exerce l'histoire du pays et notamment son histoire economique sur le nombre annuel
mariages.
Le Bureau royal de statistique distingue trois causes pouvant influer sur les mouvements demographiques, et il les recueille depuis 1751.[Ce sont : J° les recoltes; 2° les guerres ; 3° les epidemics. Nous indiquons ces trois elements pour quelques periodes ou 1'un de ces trois facteurs est intervenu.
Dans un pays agricole comme la Suede, il est naturel que les recoltes aient une action preponderante sur le nombre des mariages. G'est ce que montrent les chiffres suivants. lieraarquons pourtant que les desastres ne font sentir leur influence sur le nombre des mariages que pendant un certain temps. S'ils durent plusieurs annees, on voit la nuptialite se lasser d'attendre, pour ainsi dire, et se relever a la premiere eclaircie. Les fiances consentent bien a retarder leur manage, mais pourtant ils ne veulent pas atiendre trop longtemps.
Au contraire, lorsque les circonstances restent pendant longtemps favorables, la nuptialite, qui etait d'abord elevee, tend ensuite a revenir a son niveau ordi naire malgre 1'excellence des recoltes.
DICT. ENC. 3e s. XII. 48
Les deux phenomenes se voient I'nn apres 1'autre pendant la periode 1790- 1812. En 1791, la guerre venait de prendre fin, la recolte de 1790 avait ete excellente ; celle de 1791 elle-meme etait tres-bonne; 1'epidemie, qui venait de faire, en 1790, jusqu'a 17 000 victimes, etait finie : il y eut done beaucoup de manages (50,5 pour 1000 femmes, au-dessus de quinze ans). Pendant les annees suivantes, les recoltes continuerent a etre bonnes ou meme excellentes, mais 1791 avait berite de tous les manages que la guerre avait empeches pendant les anne'es precedentes. Aussi n'en resta-t-il bientot plus beaucoup a faire et la nuptialite ne cessa de baisser malgre des recoltes favorables. En 179£ et en 1800, trois recoltes detestables la restreignirent encore. Peu de temps apres eclata la guerre, guerre deplorable dans laquelle la Suede perdit la Finlaade. En meme temps que la guerre, une se'rie de recoltes mediocreset une forte epidemic. La nuptialite baisse pendant cette periode, mais moins qu'on n'aurait pu le croire. Des que la paix mtfaite, en 1810, la uuptialite', favorise'e par une recolte beureuse, devint considerable (29,8), et elle se maintint telle en 1811 (29,5), malgre une mauvaise recolte. Eu 1812, la re'colte est plus mauvaise encore et, malgre la diminution de 1'epidemie, la nuptialite s'arrete (25,2). La guerre recommence et lui fait encore obstacle pendant deux ans (21 et 20,7), et ce n'est qu'en 1815 qu'elle atteint un cbilfre eleve (26,4) qu'elle conserve presque (25,5) en 181(3 malgre une mauvaise recolte.
On trouvera page 750 les chilfres relatifs a cette triste periode. Nous notons les recoltes suivant la maniere usitee par le bureau suedois : IX signifie une recolte exceptionnellement bonne ; 0 une recolte absolument mauqut'e. Les autres cbiffres sont intermediates.
La periode heureuse 1821-1825 presente des recoltes heureuses et une nuptialite qui se maintient elevee. Mais ce parallelisme entre 1'excellence des recoltes et 1'elevation de la nuptialite est moins regulier qu'on ne pouvait 1'attendre. Pendant dix-buit ans (1836-1853) nous observons regulierement cbaque annee une nuptialite tres-restreinte (19 a 21, et meme 17 en 1858), en suite que la proportion des femmes mariees par rapport a 1'ensemble des femmes adultes est descendue de 579 a 558. Les recoltes pendant cette longue periode n'ont ete mauvaises qu'en 1841 et mediocres en 1845; enfm, il n'y a eu ni guerre ni epidemic dans ce long intervalle.
Pendant les sept annees qui suivent (1854-1860), la nuptialite se releve, je ne sais sous quelle influence (21,5 a 25,8). On doit remarquer que les recoltes out ete constamment favorables pendant cet espace de temps. Mais a partir de 1861 la nuptialite repreud sans raison apparente sa rnarche descendante. Elle tombe a 20 pour 1864 et 1865. Les mauvaises annees 1867 et 18(58, en meme temps qu'elles donnent une forte impulsion a 1'emigration font tomber la nup tialite a 17 et a 16, taux dont elle ne s'eloigne guere dans les trois annees qui suivent, quoique ces annees fussent prosperes au point de vue agricole, et quoique la faible uuptialite de 1867 et 1868 dut exagerer celle des annees suivantes.
Enfin pendant les annees normales 1872-1875, la nuptialite a oscille entre 20 et 21 pour 1000 femmes au-dessus de quinze ans, et entre 26 et 27 pour 1000 bommes au-dessus de vingt ans.
Nuptialite par habitats. Si Ton se fie au calcul ordinairement usite, qui consiste a comparer les manages a la populatien totale, on est conduit a croire que la nuptialite' des villes sue'doises est constamment supe'rieure a celle des ampagnes. On arrive en effet aux chiffres suivants:
MARUGES POUR 1000 HABITANTS
Campagnes. Villes.
Reste a savoir si ces chiffres traduisent exactement la tendance au manage, et s'ils ne constituent pas une pure apparence, due entierement a la presence d'un grand nombre d'adultes dans les villes. Gette opinion est celle qu'exprirae le Bureau royal dans I' Introduction de 1875 l. Le calcul qui suit nouspermet d'en juger :
MARIES ANNUELS POUR 1000 MARIABLES (CELIBATAIRES ET VEUFS DE Ib A 6<) ANs)
Campagnes. Villes.
Hommes 46,1 49,4
Femraes 44,6 34,6
Deux sexes 45,3 40,7
A voir ce resultat, sans le soumettre a une nouvelle analyse, on pourrait croire que la ville favorise la nuptialite des hommes seuls. Mais ilest aise de presumer la verite que nous demontrera plus loin 1'analyse des ages : c'est que cette nuplialite plus forte en apparence est due uniquement aux seconds manages des hommes.
Mais sans doute le lecteur est surpris de la grande difference qui separe dans les villes la nuptialite des deux sexes2. Le nombre des filles et des veuves que contiennent les villes suedoises est en effet considerable (119200 au lieu de 83600 hommes dans les memes conditions). Et ce qui est plus bizarre, c'est le nombre considerable de vieilles filles qui se rassemblent dans les villes. Jusqu'a trente-cinq ans, 1'inegalite des celibataires des deux sexes n'est pas tres-considerable, mais, a partir de cet age, les filles deviennent rapidement deux fois, puis trois fois plus nombreuses que les garcons du meme age. J'ignore le motif de cette regie singuliere.
Mariages mixtes. En Suede comme ailleurs, le nombre des mariages entre individusde culte different augmente quelque peu. Ces mariages sont d'ailleurs tres-rares, ce qui se comprend, puisque les cultes elrangers n'ont que tr^s-peu de sectateurs. On a compte en nombre absolus 7 par an en 1861-1870, puis 11, 13, 15, 17 et 19 pour chacune des annees suivantes.
Nuptialite suivant I'e'tat civil. Nous avons peu d'estime pour la me'thode ordinairement usitee pour calculer la nuptialite par etats civils. Elle consiste a comparer le nombre des mariages de chaque categoric a 1'ensemble des mariages, de la maniere suivante :