‹ Dictionnaire et grammaire de la langue crise [microforme]Chapitre 7 sur 8 · QUELQUES MOTS D’INTRODUCTION A LA GRAMMAIRE CRISE · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS D’INTRODUCTION A LA GRAMMAIRE CRISE

. De même qu’en toute langue de peuple civilisé, la Grammaire est la science de parler la langue propre à chacun, ainsi en est-il de la langue Crise, qui, quoique parlée par une nation sauvage et nomade, est aussi susceptible d'avoir sa grammaire, avec des règles et une phraséalogie qui est gouvernée et commandée par des lois et des usages qu’on ne peut transgresser, si on veut parler correctement ; ce qui consiste non-seulement à ne pas faire de fautes contre les règles de cette Grammaire, mais aussi à se familiariser avec le génie et l’accent.

Les difficultés qu'offrait la langue Crise, à y a une p vingtaine d'années, ne sont plus les mêmes, à présent qu’on est venu à bout de recueillir à peu près toutes | les règles de cette langue. Cela a demandé bien du travail, de la patience et de la persévérance. La connaissance de certaines règles a exigé bien du temps L avant d’être acquise. Combhien de fois les premiers | missionnaires étaient des mois entiers à Jongler et | chercher, pour s'expliquer la marche de certaines ma- |

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nières de dire, ou la forme de certains temps du verbe ! Mais comme on dit qu’un travail persévérant vient à bout des plus grandes difficultés, ainsi en at-il été de la compilation de cette grammaire. Le vénérable M. Thibeault a été le premier qui a établi et mis en ordre les premiers éléments de la langue, et en a posé les premiers fondements. Après lui, Mgr Laflèche, alors simple missionnaire à l'Ile à la Crosse, aidé de ses CoMpagnuns, à pu continuer cette charpente.

C'est donc sur ces matériaux que j'ai travaillé après eux. Une longue habitude avec les sauvages Cris, surtout ceux des Prairies, qui passent pour le mieux parler leur langue, mon goût pour cette étude et ma position, tout m'a favorisé, sinon pour achever l'ouvrage déjà commencé, du moins pour le perfectionner un peu, par la découverte de règles qu'on n'avait pu saisir dans les commencements. C’est pour cela que je suis heureux, et que je regarde comme un devoir de ma part, d'offrir à tous mes frères les Missionnaires qui sont obligés d'apprendre la langue Crise, cette nouvelle édition de la Grammaire, que je ne prétends pas donner comme parfaite, mais que je puis dire beaucoup plus complète qu'elle n'était d’abord.

Cette langue a sa beauté et son harmonie, comme toutes les langues des peuples sauvages de ces contrées. Quoiqu'elle ne convienne pas au langage figuré, cependant il y a en retour une foule d’autres locuäüons qui dédommagent de cette lacune. La langue Crise est riche, en ce que vous pouvez former ure multitude de noms et de verbes, avec des verbes et d’autres noms. De ces noms, on peut faire des verbes, qui deviennent encore noms, comme on peut le voir, à la formation des noms dérivés. Une des autres qualités de cette langue, c’est la construction, qui, comme

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en latin, fait retourner la phrase en tous sens, sans changer la signification, pourvu qu'on observe les règles. Ajoutez à cela tous ces adverbes si propres à exprimer, par un seul mot, toute une idée. Parmi les difficultés qu'offre l’étude de la langue Crise, une des pius grandes sans doute, est l'intelligence de ce qu'on est convenu d'appeler le Relatif et le Dubitatif, qui présente bien des obstacles, avant de pouvoir s'en servir. Quoiqu’on puisse parler Cris, sans ordinairement être obligé d'employer ce dernier, cependant il y a certaines phrases où il sera très-difficile d’exprimer juste sa pensée, si on ne peut se servir de cette forme. Je me suis étudié plus à établir les règles de ces deux espèces d’auxiliaires, qu’à définir les cas où on doit les employer, vu qu’il n’y a que l’habitude et l’usage qui puissent initier à cette connaissance.

La marche de la Grammaire Crise est bien diffé. rente de la Grammaire Française, vu que cette pre. mière n’a pas d'article, ainsi que toutes les langnes sauvages de ce pays, au moins autant que je puis le savoir. On ne peut dire en Cris, comme en français, qu’il y a des parties du discours où certains mots sont invariables; puisque dans cetis langue, tous les mots, soit noms, ou adjectifs, pronoms, adverbes, prépositions où conjonctions sont susceptibles de changement et de transition, en devenant verbes.

Je divise cette Grammaire en trois parties. La première partie contient la classification des mots, ou des parties du discours. Dans la seconde partie se trouve la syntaxe, qui comprend la manière d’arranger les mots dans certaines locutions. La troisième partie traitera des adverbes et de ceux qui demandent une explication plus particulière, des prépositions, de la conjonction et de l’interjection.

Veuille le Seigneur bénir ce travail, en le rendant

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utile à tous ceux qui s'occupent à le faire connaitre parmi les pauvres infidèles! Si j'ai mérité quelque chose de la part de ces hommes apostoliques, qu'ils veuillent prier pour moi, et me pardonner tout ce qu'il peut y avoir de défectueux dans cette Grammaire

Crise.

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