‹ Dictionnaire étymologique de la langue française (volume 2)Chapitre 6 sur 169 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

che d'avoir dépassé le but et d'avoir fait, en même temps qu'un dictionnaire étymologique du français, un dictionnaire étymologique des mots latins et grecs passés en français.

J'ai voulu remonter aussi haut qu'il se pouvait, et je m'en tiens, sur ce point, à l'avis du meilleur des juges, M. Antoine Thomas, qui m'écrivait : « Votre livre fera pénétrer dans les masses des notions d'étymologie latine et grecque qui sont comme la parure de l'étymologie française. »

DU FRANÇAIS

A, prép., vient du latin ad que l'on retrouve sous sa forme latine, comme préfixe, dans les mots savants (ou qui ont subi une influence savante) tels que adjacent, adjuger, etc. Ce mot marque la direction vers (dans l'espace ou dans le temps, au propre ou au figuré), d'où par connexion les idées de rapprochement, de proximité et même de coïncidence (aller à Paris, de dix heures à midi; être à Paris, déjeuner à midi) et aussi celles d'appropriation, de possession, d'utilisation (chapeau à plumes, verre à boire, ce livre est à lui, travail fait à la main).

— Le préfixe a- (correspondant à ad-), accompagné ou non du redoublement de la consonne qui suit ou sous la forme savante ad-, marque aussi la direction vers ou la tendance, au propre et au figuré : affoler, rapprocher de l'état de folie, rendre fou; aborder, aller au bord; atterrir, aller à terre; apporter, porter vers, tandis que emporter = porter loin de.

A- préfixe. Il y a trois préfixes a-, celui qui est signalé dans l'article précédent, celui qui est signalé dans l'article suivant, et un troisième, d'origine grecque, a- ou an- dit privatif, dans amoral, anarchie, par exemple. Le plus fréquent, de beaucoup, est le préfixe a = ad-.

— On remarquera que le préfixe grec a- ou an- a le même sens que le préfixe latin dit in négatif. L'opposition qui existe entre immoral et le néologisme amoral ne tient donc pas au préfixe. Lorsqu'on a formé immoral, le mot pouvait logiquement signifier : qui n'a pas de loi morale, ou : qui n'a pas

DICT. ÉTYM. FRANC. 1

2 DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [Abolir

une conduite morale. C'est le second sens qui lui a été donné, et, lorsqu'on a voulu exprimer la première idée, on a formé un mot nouveau avec le préfixe grec. Mais la différence de sens tient uniquement à la valeur donnée à « moral » dans l'un et l'autre mot.

Ab-, abs-, préfixe latin qui marque éloignement, au propre ou au figuré. C'est le même mot que le préfixe grec apo-. Il peut avoir la forme a-, dans aversion par exemple, et av- dans les mots français d'origine populaire tels que avant, avorter.

Abandonner, d'origine germanique, signifie proprement : livrer au pouvoir de.... Le mot contient le préfixe avenant de ad.

Abaisser, v. bas. Abatage, abatis, abattoir,

Abasourdir, u. balourd. abattre, u. battre-.

Abbé, féminin abbesse, dérivé abbaye, se rattache, par l'intermédiaire du grec et du latin, à un mot syriaque; formes latines : abbatem, abbatissa, abbatia. Du sens de « ecclésiastique gouvernant un monastère )>, on a passé, par extension, à celui de a ecclésiastique », et ensuite, par restriction, à celui de « vicaire » (par opposition au mot curé). Autre dérivé, d'origine savante : abbatial.

Abcès, V. céder ^. Abdomen, v. dé à jouer 2.

Abdication , abdiquer , v.

dire 3.

Abéeé, abécédaire, noms formés avec les premières

lettres de l'alphabet (v. ce mot).

Abeille, diminutif, sous la forme provençale, du mot latin apem, nominatif apis, qu'on retrouve dans les dérivés savants apiculture, apiculteur. La forme française a été aveille, et on a eu aussi avette. Cf. ache.

Aberration, v. errer 1. Abhorrer, v. horreur.

Abîme, mot savant d'origine gréco-latine. Il se rattache au mot grec abusson (sans fond). Le verbe dérivé abîmer signifie proprement : plonger dans un abîme; puis, par affaiblissement extensif, mettre en mauvais état.

Abject, V. jeter '^. Ablution, u. déluge.

Abjurer, v. jurer '^. Abnégation, v. ne.

Ablatif, ablation, u.o^rir 2. Aboi, aboiement, v. bayer. Ablette, v. aube.

Abolir, emprunté au latin abolere, contient le préfixe ab-

Acacia] du français. 3

et, croit-on, le radical qui se trouve dans adolescent et qui signifie grandir. Le sens propre est : empêcher de grandir, détruire. Dérivé abolition. Le même radical est joint au préfixe ad- dans adolescent et adulte dont l'un est proprement le participe présent et lautre le participe passé d'un verbe qui n'a pas passé en français, et qui signifie : aller en grandissant.

— Avec le préfixe pro- le latin avait formé le mot prolem signifiant « qui grandit devant, lignée », d'où prolifique (*pro-oli-fique) = qui produit une lignée, fécond (sur le composant -fiqucy V. faire '), et prolifère, v. ojfrir^. Autre dérivé : prolétaire (doù prolétariat), désignant celui qui ne donne à lEtat que des enfants, l'homme du peuple.

— On soupçonne une parenté entre ces mots et la famille du mot aliment.

Abominable, abomination, abominer, contiennent le préfixe ah- et le mot latin omen, génitif ominis, qui signifie : présage. Abominer, c'est proprt écarter un présage fâcheux, d'où détester.

Abonder, u. onde. Abréviation, y. bref.

Abonner, u. borne. Abri et abriter, origine

Aborder, v. bord. douteuse.

Aborigène, v. orient. Abricot, v. cuire.

Aboucher, v. bouche. Abroger, i'. rogations.

Aboutir, v. bouter-. Abrupt, v. rompre.

Aboyer, v. bayer. Abrutir, v. brut.

Abréger, v. bref. Absent, v. êlre^.

Abreuver, v. boire.

Abside, latin absida (cercle, voûte), d'origine grecque.

Absinthe, latin absinthiam^ grec apsinthion.

Absorber, latin absorbere, proprt avaler, supin absorptiim; résorber, avaler de nouveau; dérivés : absorption, résorption.

Absoudre, v. soluble. Absurde, v. sourd.

Abstenir, v, tenir -. Abus, abuser, abusif, v. us.

Abstraire, u. traire *. Acabit, origine inconnue. Abstrus, V. intrus.

Acacia, forme latine d'un mot grec, signifie proprt plante à piquants, v. aigre. Un bon nombre de noms de fleurs ont été faits sur le modèle de ce mot. Le pétunia est une fleur semblable à celle du pélan ou tabac {v. tabac). La plupart de ces noms en -ia sont faits sur des noms de personnes :

4 DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [AcCOUrir

Bégon, intendant général de St-Domingue au commencement du xviii" siècle, a donné son nom au bégonia; c'est en rtionneur du père Gamelli, botaniste du xviii® siècle, que le camélia a été ainsi nommé par Linné; le dahlia conserve le nom du botaniste suédois Dabi, du môme siècle, et le fuchsia celui de Fucbs, botaniste bavarois du xvi" siècle; le gardénia a été ainsi nommé en l'honneur du botaniste écossais Garden, xviii'' siècle. Hortense, femme de l'horloger célèbre Lepaute, du même siècle, a donné son nom à l'hortensia, et Magnol, botaniste français mort en 1715, a eu les honneurs du magnolia. Le paulownia est ainsi nommé en l'honneur de la fille du tsar Paul P*"; le zinnia, du botaniste Zinn.

Académie signifie proprt jardin d'Académos, où Platon tenait école; d'où, par comparaison, outre le sens scolaire du mot, le sens de « société littéraire », et celui de : établissement où l'on pratique certains arts (musique, danse, équitation); dérivés : académicien, académique.

Acajou, mot portugais d'origine brésilienne.

Acanthe, v. aigre.

Acariâtre, origine inconnue. Le mot a d'abord signifié fou, ce qui a suggéré l'idée de le rattacher à saint Acaire, qu'on invoquait pour la guérison des fous. Le suffixe -âtre, latin -astrum, d'origine grecque, a pris une valeur péjorative : marâtre, blanchâtre, etc.

Accabler signifie proprt : écraser sous des projectiles. Le mot est formé du préfixe a- et du bas grec katabolê, qui désignait une machine de guerre ; comparez catapulte et parabole.

Accalmie, v. calme. Acclamer, v. calendes 2.

Accaparer, u. arrhes et ca- Acclimater, v. cligner,

pahle 1. Accointance, v. connaître.

Accéder, v. céder ^. Accolade, v. col.

Accélérer, v. célérité. Accommodation , accom-

Accent, V. chant. moder, v. mode 3.

Accepter, v. capable"^. Accompagner, v. pain.

Accès, accessible, accessit, • Accomplir, v. plein.

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