‹ Dictionnaire étymologique de la langue française (volume 2)Chapitre 91 sur 169 · Lie, substantif, probablement d'origine celtique · texte numérisé non relu

Lie, substantif, probablement d'origine celtique

Liège, v. léger. Lienterie, v. en, A.

Lien, v. lier.

Lier, latin ligare. Dérivés : liaison, lieur, liasse, lien, ligament, ligature, ligoter, et au figuré ligue, liguer, ligueur, sans doute aussi licteur, porteur de faisceaux, et liane, plante qui s'enlace; composé licou, v. col. Les limiers, jadis liemiers (mot formé sur lien), sont des chiens qu'on mène en laisse.

— En vieux français, lier avait aussi la forme loyer (comparez p/ier et ployer), d'où aloyer, substantif verbal aloi, au sens d'alliage, dans « monnaie de bon aloi » ; avec le même préfixe a- et la forme lier, on a allier, d'où : alliance et alliage: mésallier et mésalliance (préfixe mes , v. moindre '), rallier, ralliement. Autre composé : relier, d'où relieur, reliure.

DICT. ÉTY.M. FRANC. 22

338 DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [Lieutenant

— Composé savant avec ob- : obliger, lier par un ordre ou par un service, d'où obligeant, obligeance, d'une part, obligatoire, obligation, obligataire, d'autre part (cf. au mot agir^ la signification financière des mots ac/io/i, ac/io/inai/*e). Désobliger, d'où désobligeant, c'est proprt rendre un mauvais service.

— Sur un synonyme latin de ligare, v. annexe. Lierre, d'abord L'ierre^ latin hedera.

Liesse, latin lœtitia, formé sur lœtum, joyeux, dont nous avons la forme féminine archaïque dans « faire chère lie »; sur chère, v. cerveau.

Lieu, latin locum, est à louer, locare, ce que jeu est à jouer. Le cas ablatif de locum se trouve dans locomotion, changement de lieu [v. mouvoir ^), locomotive, locomobile, et dans l'adverbe tout latin illico, qui signifie proprt sur le lieu (comparez le sens de la locution « sur-le-champ )>). Dérivés savants : local, localiser, localité; composés : lieutenant, non-lieu, déclaration qu'il n'y a pas lieu.

— Le sens propre de louer, c'est mettre dans un lieu, placer, puis placer moyennant salaire ou redevance (dans le sens où on dit qu'un domestique se place) soit une personne, soit un objet, et recevoir dans les mêmes conditions une personne ou un objet. Dérivés : loyer, loueur, louage, et, en formation savante, locataire, locatif, location. Dans le composé allouer, proprt placer auprès, doù le dérivé savant allocation, toute idée de redevance est absente, cest simplement mettre au service de quelqu'un, lui attribuer (un avantage, une somme d'argent). Composés savants : colloquer, proprt placer avec (sur colloque, v. loculion) ; dislocation et disloquer, action d'enlever de leur lieu, de déplacer violemment des parties jointes.

— Notre verbe coucher, doublet populaire de colloquer, a pris le sens spécial de placer par terre ou dans un lit, d'où étendre, et intransitivement s'étendre pour dormir; substantif verbal couche, d'où couchette, substantif participial couchant, dérivés : couchage, bon ou mauvais coucheur; composés : recoucher, découcher et aussi accoucher (dérivés : accouchement, accoucheur) dont le sens actuel est une spécialisation du sens primitif de « se coucher ».

Lieue, origine celtique. Cf. banlieue au mot ban. Lieutenance, lieutenant, u. lieu.

Lin] DU FRANÇAIS. 339

Lièvre, latin leporem, dérivés : levraut, et lévrier, sur lequel le mot levrette a été formé.

Ligament, ligature, v. lier. Lignage, ligne, lignée, vjm.

Lige, origine douteuse.

Ligneux, d'un dérivé du latin lignum, bois, proprt bois (( qu'on ramasse » (cf. lire ^).

Ligoter, ligue, liguer, ligueur, v. lier.

Lilas vient du persan par l'intermédiaire de l'arabe et de l'espagnol.

Liliacé, V. lis.

Lilliputien, du pays de Lilliput dans le « Gulliver » de Swift.

Limace, d'où limaçon, et limon, limoneux, se rattachent au latin limum, fange. Dans colimaçon, co- est inexpliqué.

Limaille, v. lime. Limande, origine douteuse.

Limbe, du latin limbiim, bord.

Lime, latin lima; dérivé : limer, doù limaille, élimer.

Limier, v. lier. 1. Limon, terre molle, u.

Liminaire, limitatif, limi- limace.

tation, limite, limiter, y. 2. Limon, brancard, d'où

lice 3. limonier, origine inconnue.

Limitrophe, v. atrophie.

3. Limon, espèce de citron, d'où limonade, limonadier, vient de l'arabe.

Limousine, v. noms propres (Mots tirés de).

Limpide, d'où limpidité, latin limpiduin, apparenté à lympha, v. lymphe.

Lin, latin linum, dont le dérivé linea, proprt fil de lin, a produit notre mot ligne. Nous mentionnerons successivement les dérivés spéciaux de l'un et l'autre mot.

— Dérivés de lin : linge et linceul qui signifient toile de lin, linceul est encore employé par La Fontaine au sens de drap de lit, linge a produit lingère et lingerie; linon, espèce de toile de lin; linotte, oiseau qui mange la graine de lin.

— Du sens de fil de lin, ligne a passé à ceux de ficelle, tracé, etc. ; les troupes de ligne sont destinées à combattre en ligne. Le lignage est la ligne, la série, des ascendants, et la lignée celle des descendants; la spécialisation de ces deux mots (qu'on a aussi rattachés à lignum, v. ligneux) aurait

340 DICTIONNAIUE ÉTYMOLOGIQUE [Lire

parfaitement pu être inverse. Forligner, c'est s'écaricr de la droite ligne, v. fors; autres Gojiiposés : interligne et interligner, souligner. — Dérivés et composés faits sur le latin linea : linéaire, linéament, juxtalinéaire (cf. joi/jdre*). Alinéa est formé de deux mots latins et signifie : en s'éloignent de la ligne, puis : partie dun texte comprise entre deux passages à la ligne ; comparez paragraphe au mot graphie ^.

Lingot, pour l'ingot, anglais i/i^oi.

Lingiial, linguiste, linguistique, v, langue.

Liniment, latin linimenlum.

Linon, linot, linotte, v. lin. Linteau, v. lice 3.

Lion, latin leonem, d'origine grecque. Dérivés : lionceau, léonin (sur léonin, terme de prosodie, v. ce mot). Léopard, dont guépard parait être une altération, se compose de deux mois latins dont le second, emprunté au grec comme le premier, désigne à lui tout seul l'animal. Cf. caméléon.

Lippe, d'où lippée, lippu, est l'allemand lippe, lèvre. •

Liqueur, latin liquorem, d'où liquoreux, liquoriste, se rattache au verbe liquere, qui signifie « être limpide » et c( couler », et qui a produit également liquide, d'où, au figuré, liquider, avec liquidation et liquidateur. Composés : liquéfier, d'où liquéfiable et liquéfaction, v. faire''; prolixe, d'où prolixité, proprt qui coule en abondance; déliquescent, qui se fond en eau.

Lire, du verbe latin légère, qui existe aussi en grec sous la forme legein, et dont le sens primitif parait avoir été (( assembler » d'où : assembler des lettres, des sons et des mots par les yeux (lire) ou par la parole (dire), le premier sens étant latin et le second grec. C'est au verbe grec que se rattache une abondante catégorie de mots avec la racine log- [v. logique).

1. Le mot légende vient du participe futurpassif de /^'gfpre et signifie proprt « ce qui doit être lu » : l'inscription d'une piè(îe de monnaie, les vies de saints qu'on lisait dans les couvents, et, par extension, des récits populaires quelconques. Pour le suffixe -ende, cf. dividende, multiplicande, etc.

— Le supin de légère était leclum, d'où lecture, lecteur, et aussi leçon, dont la forme savante serait *leciion {v. collection, élection, ci-dessous). Dérivé populaire de iire : lisible, d'où illisible.

Lire] du français. 341

2. Dérivés de légère au sens primitif de « assembler, choisir » : la légion est un corps formé par prélèvement; les légumes sont des plantes (potagères) cueillies, dérivés : légumier, légumineux. Un sacrilège, cest originairement Tenlèvement, le vol d'une chose sacrée; un sortilège, c'est proprt un assemblage ou un choix de « sorts », d'objets destinés à prédire l'avenir. Élire est un composé de lire, ou, plus exactement, vient d'un composé de légère, au sens latin de « choisir » et non pas au sens, seul conservé en français, de » lire ». Dérivés savants formés sur le supin : électeur, d'où électoral, électorat; élection; électif; un électuaire est un médicament de choix. Autres dérivés : éligible, inéligible, éligibilité. Élite vient d'un ancien participe passé d'élire. Dérivés d'une forme *elegare : élégant, qui choisit, qui a du goût, d'où élégance, inélégant, inélégaQce.

3. Dans cueillir, d'où cueillette (forme savante du verbe : coUiger, dérivés : collecte, collection, collectionneur, collectif, etc.), le préfixe ne fait que renforcer l'idée exprimée par la racine. Le verbe cueillir s'emploie spécialement aujourd'hui en parlant des fleurs et des fruits, et même, avec effacement de l'idée d'assemblage, en parlant d'une fleur ou d'un fruit isolés. Le surcomposé recueillir a conservé le sens primitif et non spécialisé de cueillir; substantif verbal recueil, substantif participial de forme italienne récolte, d'où récolter. Se recueillir, c'est réunir ses forces morales en s'isolant, dérivé : recueillement.

— Du composé avec le préfixe se-, qui accentue l'idée de choisir (en séparant), nous avons gardé le substantif sélection.

4. Le composé avec le préfixe di-, qui marque aussi triage, avait pris le sens spécial de : choisir pour aimer ou pour soigner, aimer particulièrement ou prendre grand soin. Au premier sens se rattachent dilection, prédilection; au second l'adjectif participial diligent et son dérivé diligence, soin, activité, rapidité; une diligence était une berline publique, qui permettait de '( faire diligence ».

— Le composé avec le préfixe inter- signifie sans doute à l'origine recueillir au dedans de soi, d'où comprendre, entendre les choses; nous n'avons pas gardé ni repris l'infinitif, mais nous avons : l'adjoctif participial intelligent, d'où intelligence, inintelligent, inintelligence; intelligible

342 DICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE [LîtrC

et inintelligible ; intellect, intellectuel sont formés sur le supin. <c Être d'intelligence » avec quelqu'un, c'est s'entendre avec lui; la mésintelligence est un défaut d'entente.

— Nous avons gardé sous la forme savante, négliger, le composé avec le préfixe nec- [v. ne). Négligent et négligence s'opposent à diligent, diligence, signalés plus haut. Autres dérivés : négligé, négligeable.

— Le composé avec le préfixe re-, relegere, signifiait proprt recueillir avec soin, et le sens primitif de religionem, qui en dérive, est : soin, scrupule, puis pratiques cultuelles. Mots français se rattachant à ce composé : religion, irréligion; religieux, d'où religiosité, irréligieux.

Lis, d'où liseron vient du la.iin liliuni, d'où lilial, liliacé.

Liseré, i'. lisière. 1. Lisse, « tapisserie », v.

Liseur, liseuse, lisible, v. lice 3.

lire. 2. Lisse , adj ecti f , d'où lisser.

Lisière, d'où liseré, origine lisseur, origine douteuse, inconnue.

Liste, — d'où liteau (jadis listeau), baguette de bois, raie de serviette, et litre (jadis listre), bande noire, — vient d'un mot germanique qui signifie bande, cf. ail. leiste.

Lit, d'où litière, literie, s'aliter, latin lectam; à la forme grecque lektron se rattache le vieux français letrin, devenu lutrin, pupitre où reposent les livres. Le mot lutrin a été aussi rattaché à lire.

Litanie, grec litaneia, prière.

Liteau, v. liste. Literie, v. lit.

Litho-, mot composant qui vient du grec lithon, pierre, et qu'on retrouve dans lithiase, maladie de la pierre, dans monolithe^ fait d'une seule pierre [v. moine), dans aérolithe [V. air). Mots commençant par litho- : lithographie, d'où lithographier, lithographe, lithographique, gravure sur pierre, v. graphie'-; lithotritie, opération qui consiste à broyer la pierre dans la vessie, le mot est formé avec le verbe grec qui correspond à triturer.

Litière, v. lit.

Litige, d'où litigieux, se rattache au latin litem, procès.

Page 1