‹ Dictionnaire féodal (volume 2)Chapitre 10 sur 62 · MS · texte numérisé non relu

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ils Grent si bieh qu'on n’en envoya plus, etqu'on vit bientôt l'autorité royale s’affaiblir de règne en règne (1).

—Lesseigneurs étaient lesrois de leur seigneurie, puisqu'ils y faisaient les lois, qu'ils y ren. daient la justice à leur gré, et qu'ils pouvaient armer leurs sujets contre le roilui-mème. Chaque province de la France était un petit état, dont le gouvernement ‘et les lois n'étaient pas les mêmes , et où 1] n’y avait plus de loi commune, parcé que personne ne pouvait alors faire ob server la loi commune (2). Louis XI fut véritablemment le premier de nos rois, qui ressaisit quelques parties de là puissance royale.

— Quelques-uns ont confondu les comtes avet les missi dominici. Le comte et lemissus avatent une juridiction égale , et indépendante l’ame de l’autre. Toute la différence était que le missus exerçait ses pouvoirs pendant quatre mois de l’année, et que le comte rendait la justice pendant les huit autres (5).

— On voit, par les capitulaires de Louis-le-

{1) Le président Hénaut , an 1135. — Remarques particulières sur la troisième race.

(2) Montesquieu. Esprit des Lois, liv. 28, ch. 9.

(3) Idem; tbidem, ch. 28.

MON .. 78 Débonnüire, qu'on fournissait. par jour aux Missi dominiti, beaucoup plus qu'il n'aurait fallu pour régaler les douze apôtres. Ghacun d'eux, s'il était évêque, recevait tous les jours, pendant sa tournée, quarante pains, trois agneaux, un cochon de kait, trois poulets, quinze œufs, trois rations de vin , et quatrerations de fourrage pour ses chevaux (1).

Mais si ces commissaires étaient laïcs, quorque grands officiers da palais, où commandans des provinces, ils devaient moins manger et moins boire. On ne leur fournissait que trente pains , deux agneaux, le cochon de lait, deux poulets, quinze œufs, deux rations de vin et trois rations de fourrage (2).

MONASTÈRES (3). — Georges l'apôtre a remarqué, sur le chapitre 18 des Actes des apôtres, qu'il y avait déjà des moines rasés , et liés par

(1) Toutes ces redevances étaient payées par les villes et bourgades où passaient les missi-dominici.

(2) Saint-Foix, Essais historiques, t. II. — Capitul. Lud. pii, anni, 819.

(3) 1 est bon d'observer que tous les écrivains ecclésiastiques attribuent l’origine des moines à saint Autoine et à saint Paul le premier ermite, ( au 4°. siècle ).

74 MON des vœux , du temps de saint Paul (1); et que conséquemment saint Paul était moine, qu'il avait la couronne et les cheveux rasés.

.« Quiconque a fait vœu de chasteté etse ma- » rie après, dit encore le mème Georges ; est » damné, par la sentence de saint Paul (CA. 5 » de la première ép. à Timothée ), où 1l parle » de religieuses qui . voulaient jeter le froc aux » orties; car les femmes déjà faisaient vœu, » aussi-bien que les hommes. — Et de fait, » après avoir bien paillardé contre Jésus-Christ, , » celles qui se veulent marier se damnent, parce » qu’elles ont rompu leur foi première. D'ail- » leurs, saint Augustin et bien d’autres les dam- » nent pareïllement (2). »

On pourrait d’abord répondre que ces religieuses du temps de saint Paul devaient être des veuves, qui eussent au moins soixante ans, et

(1) Aquila , qui sibi totonderat in chencris caput ; habebat enim votum. Acr. cap. 18, vers. 18. — Sunt nobis viri quatuor votum habentes super se. His assumpis, sanctifica te cum illis, ut radant capita, ACT. cap. 21, vers. 23 et 24. — On voit dans {es Nombres, ch. 6, V. 18, qu’on se rasait aussi sous la loi de Moïse, comme on . serasait chez les païens, pour offrir sa chevelure aux dieux.

(2) Georges l’apôtre, Tombeau des hérétiques , p. 58, 59, 60.

MON 75 point de famille à soigner (1). Et dans le qua» triéme siècle, on avaitencore, sur les couvens, des idées si différentes des nôtres, que Théodosele-Grand fit une loi, par laquelle ilétait défendu

‘admettre, dans les maisons religieuses, aucune femme qui n’eût également passé soixante ans, et qui eùt des enfans ou un mari. La même loi ordonnait. de chasser de l'église toutes les jeunes femmes qui se faisaient raser les cheveux, et de déposer les évêques qui les y recevraient (2).

Dans le cinquième siècle, Majorien défendit de donner le voile aux religieuses, avant qu’elles eussent passé leur quarantième année ; et cet ordre de choses subsista jusque vers le temps de Charlemagne. Alors, on put voiler les filles à vingt-cinq ans (3).

Au concile de Trente , les généraux des ordres religieux représentèrent que, sil'on ne permet- , taitpasdepouvoir faireles derniers vœux monastiques à seize ans, et qu’on les retardàt jusqu'à vingt-cinq, il y aurait très-peu de religieuxet

(1) Fidua non minüs sexaginta annorum.…. Si autem filios , aut nepotes habet, discat primüm domum suam regere, etc. Ep. ad Timoth. I, cap. 5.

(2) Sosomene , liv. VIT, ch.16.

(3) Capitul. — Concile de Tours, can, 28.

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de religieuses... Toute personne sensée conviendra qu'il y avait bien de linhumanite dans de pareilles représentations ;-car enfin, n'étaitcè pas dire : Pourvu que nous ayons beaucoup de religieux et dereligieuses , que nous importe que successivement, d'âge en hge, quinze ou seize cent mille personnes, dans les pays catholiques , s'exposent à passer leur vie dans le repentir, l'amertame, le désespoir et l’horreur d'un état , qu'élles auront trop légèrement et trop précipitamment embrassé (1) ?

En 1560 , les états généraux demandérent à Charles IX qu’il füt défendu de « recevoir aucuns » religieux à faire profession, avant qu'ils eus- » sent atteint l’âge de trente ans, et lesfilles de - » vingt-Cinq au mois ». Charles IX ordonna que les hommes pourraient faire leurs vœux à vingt-cinq ans, èt les filles à dix-huit.

Cette ordonnante, toute favorable qu'ellé fut aux religieux, fut abrogée aux états de Blois, en 1588; ä y fut statuë qu’on pourrait se lier par les derniers vœux monastiques, à l’âge de se12€ ans... On alla plus loin encore, dans ces derniers siècles : La célèbre Angélique Arnauld fut abbesse à sa douzième année. On rencontre

(r) Saint-Foix , teme I.

MON . 77 aujourd'hui beaucoup de momés, devenus prétres, qui ont prononcé leurs vœux solennels à seize ans, dans les années qui précédèrent immédiatement la révolution; et, de nos jours, - qui n’a entendu parler de cette irés-jeuxe per-

sonne de condition, que l'on a ée par des vœux perpétuels, en 1819... avant quesa raison füt développée ?.…

— En 1915; le concilede Latrandéfenditd' n° venter et d'établir de nouveaux ordresrehigieux. S'ily en avait vingt, avant cette défense, on en a inventé et 1} s'en est établi depuis plus de centeinquante, quel'on ne conaaïssait paintalors{1).

— L'église n'a pas fait, dans tous les temps, l'apologie des moines. On les veit souvent indigner les évêques, par leur vanité et par leur penchant à se mêler de toutes les affaires, sans la permission de leurs supérieurs (2). Les pères assemblés au concile. de. Calcddome firent des

vois contre les moines, pout arwêter les désordres qu'ils causaient dans l'église. Les canons de ce concile portent : que les moines seront désormais soumis aux évèques ; qu'ils ne se mèleront plus des affaires ecélésiastiques et civiles,

(1) dem, Didem. :

(a) Jérôme Acosta ; Fist, ds FEVER coclériautiques.

s'ils n’en sont chargés positivement; qu’ils n’abandonneront plus leursmonastères, pour courir de côté et d'autre, scandaliser les villes, et troubler les familles paisibles, par leurs intrigues et leurs déclamations; qu'ils ne bâtiront : point de nouvelles maisons, sans que l’évêque en soit informe, et qu'il le juge convenable ; qu'ils ne s'empareront pas des successions, au préjudice des héritiers légitimess ‘et qu'd est recommandé aux évêques de ‘casser les testamens escroqués , etc.

Ces règlemens apportèrent quelque tranquil.

lité dans le christianisme. On accoutumales moirnes au travail; et pendant plusieurs années, 1l ÿ eut peu de troubles; à leur occasion.

” Mais ils se multiplièrent tellement que, dans Je neuvième siècle , on en trouvait à chaque pas, :sur {oÿs des: points. des ‘provinces. Or, comme une partie de la’ nation habitait les monastères, et que le-reste du peuple, à demi, ruiné par des-méinés ;'né pouvait sufre encore à tous les besoins de l’état, oh'soumit les religieux à certaines redevances, qu’à la vérité ils ne payérent pas très-long-temps. Ces redevances n'étaient pas les mêmes pour tous les monastères. Les uns devaient au roi des présens et le service militaire : d’autres né devaient que des présens. D'autres enfin{et ceux-là payaïent

sans regimber ) ne devaient ni servite militaire, ni présens aucuns, mais seulement des prières pour le roi et sa famille.

Ees présens dont 1l s'agit se faisaient aux grandes fêtes. C'était ordinairement quelques pièces d'argent, ou un cheval. Les abbesses donnaient des habits, qu'elles: faisaient faire par leurs religieuses. Il était ordonné que chacun marquerait son nom, sur les chevaux et sur les habits que l’on présenterait au roi.

Ratbert, abbé de Corbie, écrivait en 847 à Charles-le-Chauve : « J'ai résolu de vous en- » voyer , pour les fêtes prochaines, non un pré- » sent d'or ou d'argent, mais un livre sur l’Eu- » Charistie, qui,:bien que petit parle volume, » est grand par le sujet qu'il traite. Je l’ai com- » posé, 1l y a long-temps, pour mon cher dis-

“»-ciple, l'abbé Placidè Varin. » Ce présent füt

très-bien recu (1).

— L'auteur de l’ Apocalypse de Meliton > OU Révélation des mystères cénobitiques, calculait, il y a deux cents ans, qu’on aurait pu faire, avec les jésuites etles cordeliersseulement, unebonne armée de plus de six cent mille hommes; et qu’au défaut de ceux-là, les souverains ayaient

(1) L'abbé Bertou, #necd. françaises. .

: 80 MON encore à leur disposition quatre-vingt-seize ordres de moines, qui en faisaient luen des millions (1).

— On voit , dans l’histoire de Paris, qu'Eudes de Sully, évêque de cette ville, défendit, au ‘commencement du treizième siècle, Le jeu des échecs aux ecclésiastiques de son diocèse. Il ne paraît pas que les ecclésiastiques aient pratiqué en cette occasion, plus qu'en. mille autres, la vertu d’obéissarice; puisque du temps de Fran eois [”., dans la plupart des monastères, les moines jouaient aux danses ou aux échecs avant de se coucher , au lieu de kre la vie des saints ou l'Évangile, sinsi que la règle le prescrivait, et comme les gupérieurs avaient bien soin dele recommander {sans s’obliger de leur part à le faire plus exactement). On peut mémé remar= quer, dans le chapitre XXII de Gargartua, que les moines appelaient leur damier l Évangila cle bois... On remarque aussi, dans le chapitre V du mème bvre, que les moines avaient inventé, pour leur usage, des flacons faits en forme de bréviaire, et qu’on les trouvait occupés à boire, quand on les croyait en ovaison , eommie dit l'interprète de Rabelais.

(1) Paragraphe 12 des extraits du [°. bvre.

MONITOIRE. — Lettres d'un évêque, ou de tout autre prélatayantjuridiction, pour obliger, sous peine des censures ecclésiastiques, tous ceux qui ont connaissance d'un crime ou d’un fait quelconque, dont on cherche l'éclaircissement , de venir en faire la révélation. .

Lorsqu'on avait lancé un monitoire, la peur de l’excommunication était si grande, que le fils se hâtait d'aller dénoncer son père, le père son fils, la fille sa mère, l'ami son ami, le frère sa sœur , et réciproquement. La plupart des confesseurs se croyaient même obligés de révéler le secret de leurs pénitens ; etla confession, qui est proposée aux catholiques comme un moyen de salut, causa quelquefois la mort. de ceux quis'y confiérent (r).

C'est aussi parce qu'on doit tout révéler aux inquisiteurs, sous peine des plus grandes excorhmunications , que tant d’Espagnols ont été conduits au bûcher, par les révélations de leurs familles. On peut dire en passant que les excommunications et les monitoires n’ont été nulle part aussi fréquemment employés qu'en

(1) On sait qu'un bourgeois de Paris fut pendu, parce qu'il s'était accusé , à confesse, d’avoir eu l'envie de tuer François [*°., et parce que le prêtre avait révélé cette confession.

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Espagne ; et la raison en est simple : il faut à ce peuple des auio-da-fé ; 1 faut donc aux in- quisiteurs des sorciers et des hérétiques. A force de révélations , données d'un mouvement généreux, Ou arraCchées par Î4 crainte des anathèmes, on trouve aisément de quoi rémplir les prisons, et garnir les échafauds quand le jour de la fête est venu (1).

— On donne aussi le nom de monitoires, ou de lettres monitoriales, aux excommunications majeures du saint père. Les monitoires des évêques étaient devenus si fréquens, que les états d'Orléans furent obligés, en 1560, d'en restreindre l'abus, et de défendre d'en donner, sinon pour crime et scandale public. Mais comme les prélats voyaient le scandale partout où ils jugeaient à propos de reprendre, ces dispositions ne leur lièrent aucunement les mains. On avait supplié également les papes de meins lancer de lettres monitoriales; mais ces princes, quise rient de la vaine puissance des rois, pouvaient-ils prendre des prières en considération ?

. Sixte V lança un monitoire contre Henri I,

(1) Lorsqu'un monitoire n'avait pas eu l'effet qu’on en. pouvait espérer , on le renouvelait ; et ce second moni= teire , plus terrible que le premier, se nommait Réaggrave. (Voyez Réaggrave ) ;

MON 85 et déclara excommuniés, hérétiques, damnés à tout jamais , ceux qui serviraient à l'avenir le roi anathématise.

NicalasSfondrate, qui fut pape quelques mois, sous le nom de Grégoire XIV, se déclara pareillement pourles ligueurs ; 1l envoya en France un nonce apostolique, avec uxe petite armée, et des lettres monitoriales contre Henri IF et les Français de son parti. Ce monitoire excommuniait les ecclésiastiques, les nobles et les sujets qui demeureraient fidéles au roi, et accordait presque des indulgences plénières à ceux qui abandonneraient la cause royale pour se ranger sous les saints étendards du nonce, ou bien sous les banniéres de la ligue, car c'était tout un. |

Mais leroi assembla à Chartres les principaux évêques de la France, qui déclarérent, dans un mandement général, que les bulles monitoriales de Grégoire XIV étaient nulles, injustes, seditieuses , autichrétiennes, et données à la sollicitation des ennemis de la France. Conséquemment elles furent déchirées et ne prodaisirent aucun effet. Depuis lors, les foudres de Rome allérent toujours en vieillissant ; elles sont aujourd'hui passées de mode.

L'abbé Charles Faye, conseiller au parlement de Paris, fait ces réflexions, à propos du moni-

84 | MON | toire que le pape lança contre Henri IV (1), « Quand Pierre de la Lune, qui futanti-pape » sous le nom de Benoît XIII, s’avisa de lancer » des bulles monitoriales contre Charles VI, » c'était bon alors, parce qu'on songeait plus à » trembler qu’à examiner. | » Mais nos rois voyant que depuis, et en » conséquence de cés excommunications ma- » jeures, qui profitaient bien au saint siége ; » les papes allaient de jour en jour à une hau- » tesse et présomption si grandes, qu'ils ne » craignaient point d'user leur glaive, et en » frappaient à tort et à travers contre toutes ». sortes de princes, rois, empereurs et répu- » bliques , pour servir à leur intérêt privé et » passion particulière , et pour étendre leur » domination sur eux; nos rois se doutèrent » bien que, si telles choses étaient souffertes, les » papes s’enhardiraient avec le temps de mettre » le royaume de France en pareils troubles » qu’ils avaient fait l'Allemagne, l'Italie et au- » tres pays de la chrétienté. Ils firent donc un » accord avec le pape, lequel accord fut achevé

(1) Discours des raisons, par lesquelles le clergé, as- . semblé à Chartres , a déclaré les bulles monitoriales de Grégoire XIF,, contre ceux qui sont demeurés en la fidélité du roi , nulles et injustes. 1591.

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