NAU
parti des écueils même, pour s'enrichir dequelques dépouilles ; et les seigneurs qui possédaient un fleuve dans leur fief, comptaient le droit de naufrage à côté du droit de pêche.
On ne voit pas cependant que nos ancëtres aient immolé les étrangers que le naufrage jetait en France. C’est qu’ils étaient moins cruels que les Grecs tant vanités, et qu’ils avaient une religion, moins sanguinaire ( depuis que Teutatès n'était plus dieu). Mais nos seigneurs n’en mettaient pas moins bien à profit leur droit de naufrage, puisqu'ils s’'emparaient des biens, et qu'ils réduisaient en servitude les étrangers que le malheur semblait recommander à leur pitié.
Les premiers peuples qui ouvrirent leur cœur aux lumières dela philosophie. furent les premiers aussi qui supprimèrent le droit de naufrage; et ce n’est que depuis l'abolition de ce droit révoltant, que certains pays de l'Europe , en recevant avec protection les étrangers et le commerce, sont devenus florissans etriches.— Le droit d’aubaine, aussi injuste que le droit de naufrage, mais moins cruel en apparence, subsista en France jusqu’à nos jours, et subsiste encore dans plusieurs états voisins. (Voyez Aubaine. )
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NEGRES. — C'est le nom que l’on donne aux peuples noirs, et surtout à ces malheureux habitans des diverses parties de l'Afrique, que les Européens achètent, pour le service de leurs colonies. °
Les blancs auraient pu être pour ces peuples. | des dieux tutélaires, tant ils leur inspiraient de respect et d’admiration. Nos arts et nos connaissances sont pour eux des merveilles qu'ils ne peuvent concevoir; et je ne sais qui a pu leur persuader que leurs dieux les avaient faits pour être esclaves, ignorans et misérables.
Ils disent : à ce sujet que lorsque le grand être, dont ils ont une idée confuse , eut créé le monde, il fit des hommés noirs et des hommes blancs. Les premiers étaient ses créatures favorites, les objets de sa complaisance : il les avait faits à son images. (On sait que les nègres font leurs dieux noirs et leur diable blanc.) Le grand être fit venir devant lui les blancs et les noirs, et 1l leur dit: . D
« Mes chers enfans, je veux vous rendre heu- » réux; mais il faut que vousleméritiez. Parmi » les biens que je puis vous accorder, il y en » a de deux espèces ; ; choisissez entre les riches- » ses et les connaissances : voilà de l'or, d’un » côté ; voici de l’autre le talent de lire et d’é- » Crire. »
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Les nègres avides se jetèrent sur l'or qui frappait leurs yeux. Les blancs, plus curieux, considérèrent le livre et la plume. Dieu fut fché que ses créatures favorites eussent fait un si mauvais choix. Il voulut les en punir, et il les condamnä à être les esclavés des blancs.
D'après cette tradition, les nègres sont fermement persuadés qu'il n'y a que de l'or dans leur pays, et qu'aucun nègre ne saura jamais lire et écrire. Ils ont cependant quelques exemples du contraire (1).
Mais ces idées ne sont certainement pas neturelles aux nègres ; elles ne flattent pas assez leur amour-propre, et ces peuples savent trop bien qu'ils n’ont pas toujours été vendus, pour s'imaginer qu'ils sont destinés à l’être toujours. Quelques écrivains du dernier siècle ont pensé que les Jésuites missionnaires avaient donné aux noirs Ces fausses notions de l’origine du monde; et ce sentiment est assez vraisemblable, puisqu'en cherchant à convertir les noirs, les missionnaires leur annonçaient en mème temps qu'ils étaient destinés à être vendus, les exhortatent à bien servir leurs maîtres, et se conten-
°(1) Ænecdotes du royaume e de Benin. —Tiré del Histoire des Voyages.