‹ Dictionnaire féodal (volume 2)Chapitre 14 sur 62 · NÉG · texte numérisé non relu

NÉG

taient de dire à leurs chefs qu'il ne fallait point vendre les nègres-aux hérétiques, sous peine de damnations multipliées ; mais qu’on pouvait en conscience Îles vendre honnètement anx catholiques romains. Le missionnaire Mérolla excommunia mème un prince nègre, parce qu'il aveit vendu deux esclaves à des hérétiques hollandais (1).

Ce n'est pas que plusieurs missionnaires n'aient fait tous leurs efforts, pour abolir l’abominable traite des nègres. Mais quoique quelques-uns se soient montrés humairis et véritables disciples de Jésugg Christ, nous savons tous que, dans les missionnaires, le naræbre des méclians l’emporte considérablement, sur celui des bons.

— Quand les Portugais passèrent en Afrique, ils y portèrent les titres et les dignités que l'on connalten Europe; et il y eut, surtout dans le Congo, où ils s'établirent, beaucoup de nègres, ducs ; comtes et marquis : titres qui donnèrent à quelques-uns le pouvoir de vendre leurs frè-

.(t) Dans la fameuse conférence de Barthélent de Las- Casas avec l’évêque D. Juan de Quévédo, cet évêque déelara que les Africains et les Indiens lai paraissaient tous nés pour la servitude.

92 NEG res, et qui n’empéchèrent pas quelques autres d’être vendus eux-mêmes (1). e

—Le plus grand commerce de l’Afrique est la traite des nègres. Mais les habitans des côtes, ordinairement indolens et faibles, ne sont pas ceux que les marthands préfèrent. Et ces peuples, qui sans nous seraient heureux et tranquilles , se livrent à des guerres continuelles, pour faire des prisonniers et les vendre aux Européens ( qui les enlèveraient eux-mêmes, s'ils ne leur livraient ce qu'ils cherchent).

On a dit trop de choses sur ce commerce effroyable , pour qu'il soïtgnécessaire d’en faire ici ressortir l'horreur. On sait que ces nmialheureux esclaves, entassés pêle-mêle dans le vaisseau négrier, sont conduits, avec les traitemens Îles plus barbares, dans les colonies, comptés comme un troupeau de bétail, vendus à l'enchère, trainés par bandes aux travaux accablans, assimilés aux bètes de somme, et que

(1) La religion avait servi de prétexte à l'esclavage des Américains; on la lia aussi à l'esclavage desnègres. Louis XIII se fit une peine extrême de la loi qui rendait esclaves les nègres de ses colonies : mais quand on lui eût bien mis dans l'esprit que c'était la voie la plus sûre pour les convertir, il y consentit. (Montesquieu, Esprit des Lois, liv. XF, ch. 4.)

NID 93 leur vie se consume dans le désespoir et les douleurs.

La peinture de ces inhumanités n’avait trouvé que des cœurs de marbre jusqu'à Louis XVI.

Ce fut ce prince qui abolit en France la traite des nègres (1); et aujoud’hui des écrivains, à la vérité couverts d’infamie, osent prendre la plume pour faire l'apologie de ce commerce de chair humaine... , comme ils font l'éloge des beaux siècles féodaux. On ne les nommera point : ce serait faire connaître des “ouvrages qui ne méritent que le néant , et qui se hâtent d'y retomber.

L’éloquent Raynal, dans ses immortelles déclamations , avait prédit qu’il viendrait un noir qui vengerait, sur les blancs, tous les outrages faits à ceux de sa couleur. Toussaint-Louverture tenait le livre ouvert à cette page, lorsqu'il conduisait ses compagnons à la vengeance.

NIDS. + Un paysan qui abattait un nid de caille , de perdrix, de faisan, etc., ou qui en

(x) On sait que; déjà depuis long-temps , les nègres acquéraient la liberté en arrivant en France. — Un orateur du comité révolutionnaire , en parlant d’un nègre affranchi, le désignait sous le nom de cé-devant noir.

prenait les œufs, même dans sa propriète , était puni de cent livres d'amende, En cas de récidive, on doublait là peine; et s’il retombait une troisième fois dans la même faute, il était fouetté publiquement, et condamné à un bannissement de cinq années (1). (Voyez Chasse, Lacs, Péche , Peines, etc.)

. NOBLESSE. — « La noblesse a été inventée » par les anciens, dit le comte d'Oxenstiern (2), .» pour nourrir à bon marché l'ambition des » particuliers. Les Romains l'ont employée à » la récompense de la vertu, et les princes » modernes en font souvent un trafic. » C’est une grande épargne pour le -coffre » d'un prince, que le blason; et le héraut- » d'armes me paraît use espèce de trésor royal. » Charles-Quint, pour flatter l'orgueil naturel » des Espagnols et épargner ses finances ,. fit » gober aux ricos hombres, comme ils s’appe- » lèrent autrefois, le titre de grand l'Espagne. » La quantité des comtes d'Italie, des marquis » de France, des barons d'Allemagne, et des » gentilshommes d'Angleterre , fait présumer

(1) Ordonnance de 1669, tit. 10.

(2) Pensées diverses , tome I°., page 10.

» qu'avec le temps on ne trouvera plus de ro- » turiers.

» J'ai connu un grand prince, en Italie, qui » créait la noblesse par ces paroles : je te fais » Come ou marquis , Choisis , Jean-F'...…. (1). » Cette cérémonie était courte, mais bien sou- » vent proportionnée au mérite.

» Tant que la noblesse a été la récompense » de la vertu, elle m'a paru une vanité raison- » nable ; mais depuis qu'on la vend comme * » de la morue au marché, elle perd tout son » lustre. Au reste, tout homme qui l'acquiert » par un vrai mérite, me semble toujours pré- » férable ä celui qui ne soutient pas celle qu'il » a héritée de ses ancêtres. Car l'éclat que l’on » tient de soi-même est incomparablement » au-dessus du vain orgueil d’une naissance ) auguste., »

— Dans les anciennes lois françaises, quand il s'agissait de punir de grands crimes , les n0bles étaient dégradés et perdaient l'honneur ;

(1) Te fo conte, marchese, quel che tu vuoi, beccof..….. Ce dernier mot équivaut à notre Jean avec un gros F. Quelques-uns disent que ce prince appelait indiféremment celui qu'il faisait noble, becco f..... ou becco-cornuto (bec de cocu }. | |

96 NOB | les. roturiers perdaient la vie , parce qu'ils n'avaient point d'honneur. Qu'était-ce donc que l'honneur , si un noble assassin le conservait après son‘crime , et s’il fallait qu'il montät sur l’échafaud pour le perdre (1)?

— En 1571, Charles V accorda la noblesse à tous les bourgeois de Paris (2); elle leur fut confirmée par Charles VI, Louis XI, Fragcois [°° et Henri Il. Henri III restreignit ce privilège, en 1577, aux seuls prévôts des marchands et échevins ; il fut supprimé en 1667, rétabli en 1707, supprimé de nouveau en 1715, rétabli eticore en 1716, et enfin aboli en 1780.

— Îl y a bien de la différence, disent les gentilshommes, entre un noble de naissance et un noble par lettres de noblesse, En ce cas, un noble de naïssance doit mépriser le chef de sa famille , qui nécessairement a été anobli, ou bien qui a escroqué des titres.

‘= Dans nos siècles de barbarie, les nobles, comme on sait, se piquaient d’ignorance, et

(1) Dans les derniers siècles, les nobles, qui avaient commis de grands crimes, avaient le privilége d’être décapités, tandis qu’on pendait, qu’on brûlait, qu’on rouait les roturiers.

(2) Le président Hénaut, an 1371.

souvent ne savaient pas signer leur nom ; ils vivaient sur leurs terres ; et, s'ils étaient obligés de passer trois ou quatre jours à la ville, ils aftectaient de paraître toujours bottés , afin ‘qu’on ne les prit pas pour des vilains {r).

— François [‘. qui regardait une cour toute composée d'hommes, comme une année sans printemps , et comme un printemps sans roses, François I". fit venir les nobles à sa cour , plutôt pour s’entourer de leurs femmes, que pour se servir des maris.

Ce prince avait coutume de dire que, quand les nobles de son royaume arrivaient à la cour avec leurs dames, on les recevait comme autant de rois; que le lendemain , on ne les considérait plus que comme autant de princes; et que le troisième jour on ne voyait plus en eux que des gentilshommes, et qu’ils étaient confondus dans la foule des courtisans.

On suppose qu'il ne parlait ainsi que pour rabattre un peu l’orgueil de la noblesse; et 1l leur faisait voir , à sa cour, qu'ils étaient plus petits auprès du roi, que les serfs auprés de leur seignèur.

Le roi d'Espagne, Philippe III, qui voulait

(r) Saint-Foix, tome [*".

également aliaisser sa fière noblesse, saluait

les paysans, et se faisait rendre tous les respects

imaginables par les grands de son royaume.

Îs étaient obligés de l’aborder à genoux; et il leur én donnait cette astucieuse excuse, que,

comme il était de très-petite taille, ils paraitraient trop grands auprès de lui (1).

— Dans l’île de Ceylan, les grands seigneurs fônt marcher devant eux uh domestique armé d’un grand fouet, qu’il fait claquer, pour avertir le peuple de se tenir à l'écart. Avant la révolution , nos grands seigneurs faisaient courir devant leur carosse des piqueurs ou des chiens, qui ouvraient le chemin, écartaient la foule et sémblaient dire aux humbles piétons : « Si » VOUS ne VOUS sauvez pas, mornselgneur va » vous écraser. » Quel bonheur les nobles trouvent-ils donc à paraître dans Îes rues, comme une bombe qui donné l’épouvantè, ou comme une bête féroce qui met tout en fuite?

— Laroque observé, dans son Traité de la Noblesse, que lés évêques et autres prélats, étant continüellement occupés à combattre pour nous, contre le diable et ses anges ténébreux, devraient jouir de la noblesse person-

(1) Curiosités de la littérature, tome II.

nelle, aussi-bien et aussi dèment que tous ces ofliciers qui ont été anoblis sous plusieurs regnes, parce qu'ils combattaient pour la defense de la patrie (1)...

Si quelque prince s'avisait d'anoblir ceux qui huttent avec le diable, il faudrait donner des lettres de noblesse aux exortistes, avant d'en donner aux évêques. On pourrait commencer par déclarer nobles dans l'histoire Îles Capucins qui ont fait brüler le magicien Urbain Grandrer, et qui ont chassé la bande de diables, que ce brave sorcier avait envoyée dans le couvent des ursulines de Loudun (2). On trouve-

(1) Depuis la fin du 15°. siècle, jusqu’à la fin du 16°., tous les hommes d'armes, c’est-à-dire, ceux qui composaient les compagnies d'ordonnance, étaient nobles, par cela même qu’ils suivaient uniquement la profession des armes. Eao 1750 , Louis XV pôrta un édit célèbre , qui donnait Ja noblesse à tous ceux qui parviendraient au grade d'officiers généraux , ou qui seraient capitaines ‘et fils ou petits-fils de capitaines

(2) Si vous êtes un peu philosophe, voyez les aventures d'Urbain Grandier et des ursulines de Loudun, dans l’Histoire de la Magie en France, par M. J. Garinet, ou dans l’Histoire des fantômes et des démons qui se sont montrés parmi les hommes. de Mad. Gabrielle de P. ;.ou dans l’Histoire des Diables de Loudun, par Saïnt-Aubinle-Calviniste. — Si vous n'aimez pas la philosophie , voyez

rait entore, dans le siècle qui court, bien des exorcistes à anoblir, si l’on permettait aux exorcistes de faire publiquement leurs pasquinades, et de lutter en pleine rue avec le diable.

— Vers le milieu du quatorzième siècle, les excès et les violences que les nobles exerçaient âvec impunité, dans les campagnes, donnèrent enfin aux paysans ce courage du désespoir qui fait braver tous les périls, et qui montre la mort comme le remède d'une foule de maux insupportables. Ils se révoltèrent contre leurs seigneurs ; et plusieurs moines, qui gémissaient opprimés comme les vilains, imaginèrent des confréries pour associer les révoltés, contre ces tyrans, qui avaient comblé la mesure de l’opposition et du despotisme: Cette guerre s'appela guerre de la jacquerie; elle fut terrible. Les roturiers, en se confédérant , avait juré d’exterminer toute la noblesse francaise; et bientôt une armée de cent mille paysans forcenés parcourut le territoire septentrional du royaume. Le feu de la croisade populaire s’étendit de

dans la Réalité de la Magie et des Apparitions, ou Contrepoison du Dictionnaire infernal , par M. l'abbé Simonnet , l'histoire tres-facétieusement et très-dévotement détaillée de ce malheureux Urbain Grandier ‘et de ses insignes maléfices.

proche en proche, et gagnala surface de.vingt provinces. Le massacre sonna.sa cloche lugubre à toutes les heures du jour. On n'ecouta ni les cris de l'innocence, ni les gémissemens de la pudeur (1). Tout subit les atteintes de la ” brutalité et de la vengeance. Il périt, dans. cette guerre sanglante, un grand nombre de comtes et de barons. La caste entière allait être anéantie, si les gentilshhommes, revenus de leur premier effroi, n’avaient appelé à leur.secours la noblesse de toutes les nations étrangères. On vit alors arriver en France, par pe- . lotons et par escouades, les gentilshommes de. le Flandre, du Hainaut, du Brabant, de la Bohème, et des autres contrées où le bruit de la jacquerie était parvenu. Mais malgré ce grand fracas, les combats restèrent long-tenrps douteux; et ces querelles ne se seraient pas terminées sitôt, si Charles-le-Mauvais ne se fût

(1) Les paysans tuaient les seigneurs; et, en même temps ils violaient les filles et les femmes de la noblesse : afia qu'il n'y eût plus de nobles. Les moines mendians de leur parti, vu l'intention, leur donnaient absolution entière de ces péchés de luxure .

— Pendant la révolution , un orateur proposa , dit-on, un moyen infaillible de détruire la noblesse héréditaire + C'était de défendre aux nobles de faice des enfans mâles...

armé aussi contre les paysans, pour venger le meurtre de deux gentilshommes, dont 1l avait fait: ses favoris. Charles-le-Mauvais fit passer au fil de l'épée tous les paysans qui lui tombèrent dans les mains, il en extermina des milliers, au moyeu des gibets, des büchers et des potences. Il épuisa bientôt leurs forces, et l'effroi des supplices ralentit en eux l'ardeur de la vengeance.

Dès lors la scène changez; ; la noblesse francaise et étrangère tint la campagne ; les comtes et les barons devinrent à leur tour des forcenés, qui, le fer et la. torche à la main, porterent dans les chaumières le ravage et la mort. À leur approche, on se fortifiait dans les villages et les hameaux. Les églises prirent la forme de citadelles. On signala l'apparition de cette milice dorée, du haut des clochers, avec le cornet , la trompe ou la cloche. Le villageois isolé se défendit dans son habitation, et ne mourut jamais sans avoir fait des prodiges de valeur.

Enfin le carnage cessa dans les campagnes ; l'autorité et les forces du dauphin ( depuis Charles V) ramenèrent la paix et quelque sûreté individuelle. Les gentilshommes étrangers regagnèrent leur patrie; les nobles rebâtirent leurs châteaux, les paysans leurs chaumières ,

et les choses reprirent leur ancienne allure (1).

— Plusieurs historiens assurent qu'il resta près de cent mille Français ‘sur le champ de bataille, à la fameuse journée de Fontenay ( en 841 ). Presque tous les guerriers venus de la Champaghe y périrent; ce qui a donné lieu de fixer à cette époque la coutume de la province de Champagne, par laquelle le ventre anoblit ; c'est-à-dire, que la mère anoblit les enfans, quoique le père soit roturier.

Il parait certain que ce privilége, qui ne subsiste plus , a été accordé aux femmes nobles, pour rétablir le corps de la noblesse, qui fut presque anéanti, d'abord à la journée de Fontenay, ensuite en Afrique, sous.le règne. de samt Louis, et enfin aux Fossés-de-Jaulnes , auprès de Bray. Cette concession ne peut qu'être infiniment honorable à la Champagne, sous quelque règne qu'on la place ; mais est-il bien sûr qu’on doixe la fixer sous celui de Charles-le- Chauve (2) 2...

(1) Voyez l'Histoire de l'esprit révolutionnaire des nobles en France, liv. IF, ch. 6. — Mézerai, Règne du roi Jean. — Velly, ibidem, etc.

(2) L'abbé Bertou , #nec. françaises. —Mais, pour que le fils, qui tirait sa noblesse du ventre de sa mère , fût réputé véritablement noble, il fallait qu’il renonçât au tout,

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