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suspendit pendant quelque temps. Mais bientôt on vola comme auparavant sur les grands chemins; et On assassina ceux qu'on volait pour se mettre à l'abri de leurs poursuites. A Ia Chine, les voleurs cruels sont toupés en morceaux, les autres non : cette différence fait qu'on y vole, mais qu’on n’y assassine pas. En Russie, où la peine des voleurs et celle des assassins sont les mêmes , on assassine toujours. Les morts, y dit-on, ne racontent rien (1).
— EnFrance, avantla révolution , on pendait un domestique pour un vol de cinq sous; et les voleurs les plus modérés étaient presque toujours assimilés aux assassins. Aussi, ilse commettait alors dix fois plus de meurtres qu’aujourd’hui ; et si nous voyons encore des assassinats, 1ls sont généralement les effets des dissensions, des haines ou de la vengeance.
— Les peines portées contre les sacriléges et les hérétiques , ces inquisitions tacites ou déclarées, ces auto-da-fé religieux, sont venus de cette idée, qu’il faut venger la divinité. Mais il faut faire honorer la divinité, et ne la venger
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(1) Idem, ibidem , et ch. 16. — À Venise, le port des armes à feu était un crime capital; et cette république ne punissait pas moins celui qui les portait pour sa défense que celui qui en faisait un mauvais usage.
PEI 141 jamais. En effet, si l’on se conduisait par cette dernière idée, quelle serait la fin des supplices ? Si les lois des hommies ont à venger un être infini, elles se régleront sur son infinité, et nion pas sur les faiblesses , sur les ignorances, sur les caprices de la nature humaine.
Un historien de Provence (le père Bougerel) rapporte un fait qui nous peint très-bien ce que peut produire sur des esprits faibles cette idée de venger la divinité. Un Juif, accusé d’avoir outragé la Sainte Vierge , fut condamné à étre écorche. Des chevaliers masqués, le couteau à la main, montèrent sur l’échafaud, et en chassèrent l'exécuteur, pour venger euxmêmes l'honneur de la Sainte Vierge... Je ne veux point, ajoute Montesquieu, prévenir les réflexions du lecteur..…...(1).
— En 1414, on coupa le poignet à un jeune Parisien , qui avait eu l’impiété d’ôter à la statue de saint Eustache un baudrier de soie , que les comtes d'Armagnac y avait mis; et à la fin de ce même siècle, on plaça honorablement dans l'église des Jacobins, dans celle des Cordeliers. et dans quelques autres, le portrait du saint martyr Jacques Clément.
(r) Esprit des Lois, div. 12, ch, 14.
— En 1548, on brüla vif, dans le parvis de Notre-Dame, un crieur de vieille ferraille qui avait abattu Ia tète d'une statue de la
: —En 1550, unfowentra dans l’église de Notre- Dame, l'épée à la main, et voulut abattre paretllement une image de Marie ; mais 1l en fut émpéché par des chanoines, qui lui firent fendre la langue, et le brälerent ensuite charitablement, devant l'église qu’il avait violée.
— En 1503, un écolier de vingt-deux ans, sujet
à des absences d'esprit, prétendit que la religion naturelle était la seule que l'on dût suivre ; et, pour donner une preuve de sa conviction à cet égard, un jour qu'il entendait la messe à la Sainte-Chapelle (1), il arracha une hostie des mains du prêtre qui allait la consacrer. On larpêta aussitôt : on lui coupa le poignet; on le fit brûler à petit feu ; et l’on emporta, comme unerehque , au trésor de la Sainte-Chapelle, le pavé où ce malheureux jeune homme avait jeté le sainte hostie (2). On ajoute qu'à la proces-
(1) À Panis.
f2) Sauval, Ziv. #7. — Félibien et Lobineau, Histoire de Paris , an 1503.
PEI 143 sion solennelle que fit le clergé, en réparation de ce sacrilége, deux bœuf, que l'an conduisait à la boucherie de l'Hôtel-Dieu, et qui se trouvèrent à la porte de la petite paroisse de Saint- Pierre, se mirent à genoux, aussitôt qu'ils apercurent le Saint-Sacrement (1), pour confondre deux calvinistes qui ne voulaient pas s'age- ” nouïller devañt l’hostie (2); et qu'en mémoire de ce miracle on sculpta, au-dessus du portail de cette paroisse, les deux bœufs qui s'y voyaient encore il y a cinquante ans (3). Au reste , dit Piganiol, ces histoires-là ne sont pes de foi divine, ni même de foi humaine.
— Cinquante ans après, un jeune novice des Bernardins, doutant de l’immortalité de l'âme, se jeta dans un puits pour s'en éclaircir; mais on l’en tira avant qu'il eût cessé de vivre, et on le surveilla très-exactement. Comme il n'avait pas perdu de vue:son projet favori, et qu'il ne
PS
(x) Saint-Foix, Essais , tome l°".
(2) Piganiol, Description de Paris, tome [”". p., 512
(3) Les bonnes gens disaient que c'était à cause de ce miracle et de ces deux figures de bœufs, que cette église s'appelait St.-Pierre-aux - Bœufs ; mais elle portait ce nom et ces figures, avant le seizième siècle, parce que c'était la paroisse des bouchers.
144 , PEI savait comment l’exécuter, 1l se ressouvint du
jeune homme qui avait arraché l’hostie de la Sainte-Chapelle ; et il en fit autant dans l’église
de Sainte-Geneviève. On l’arrêta, ainsi qu'il le:
désirait : on lui coupa le poing; on le pendit par son cou, et on le brüla publiquement ; mais il ne s’effraya point de la sentence, parce qu’elle lui fournissait le moyen de terminer ses inquiétudes.
* C'est ainsi, et plus sévèrement encore , que
nos ancêtres punissaient le sacrilège; et, quand
les chanoines de Sainte-Geneviève donnérent
un soufilet à Louis VIL, on se contenta de dé-
placer ces chanoines, et de mettre des Augustins dans leur maison , seulement par des motifs de décénce. Ge n’est pas qu'on laissät impunis les crimes de lèse-majesté , mais les chanoines de Sainte-Geneviève n ‘étaient pas des vilains (1)... / …
— $i quelqu’ un osait faire un livre, sur les supplices que nos ancêtres ont employés contre les coupables , ou prétendus tels , ce livre serait
(x) Qu'est-ce que le crime de lése-majesté ? — Il est ar- . bitraire. Louis XI avait déclaré criminel de /èse-majesté, et condamné d'avance au dernier supplice, celui qui l’avertirait, dans sa maladie, qu’il fallait se préparer à la mort.
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| à 145 horrible; et les nerfs les plus robustes pourraient à peine en soutenir la lecture. On ne parlera ici que des choses les moins révoltantes ; et elles paraîtront encore affreuses.
: — Clotaire [*., poursuivant son fils Chramnus, qui s'était révolté contre lui, l’atteignit. enfin dans une cabane de paysan, où il s'était caché. La, Clotaire l’étendit nu sur un banc, et le fit mourir sous le fouet; ensuite, il mit le feu à cette chaumière , après y avoir enfermé la femme efles enfans de Chramnus.
— Une jeune et belle fille, que Clovis, fs ainé dé Chilpéric, idolätrait, fut accusée de sorcellerie, et empalée devant la tente de son amant , par l’ordre de l’infàme Frédégonde. La mère de cette fille fut brûlée comme magicienne; et Clovis, ayant osé se plaindre un peu amèrement des cruautés de la reine , Frédégonde le fit poignarder (1).
(x) Cachan ou Cakan , roi des A vares (en Tartarie), atta-quait une ville de Lombardie , que Gisulphe défendait de son mieux. Ce prince ayant été tué, Romilde , sa femme , offrit à Cakan de se rendre, pourvu qu’il consentit à l'épouser Le barbare accepta cette condition , et Romilde passa ävec lui la première nuit de ces noces précipitées. Mais , le lendemain , douze Avares se saisirent d'elle , et l’empalèrent , par ordre du roi... Ce supplice , qui était conny des Perses ; fut du moins exercé cette fois par des barbares ; et