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— Sauvai raconte ( 1 ) que, dans le quatorzième et le quinzième siècles , nos rois prenaient le plus grand plaisir à faire battre deux aveugles des Quinze-Vingts contre un cochon, qu’on lâchait sur la place. Le cochon appartenait à celui des deux aveugles qui pouvait le tuer.
PRÉSÉANCE. — (Voyez Droits féodaux . )
PRÉSENS. — Saint François de Paille faisait quelquefois de petits prèsens à notre roi Louis XII, qui Fhonorait de son estime et d’une grande vénération. Il lui fit offrir un jour , par deux de ses religieux, une liaire extrêmement rude, avec douze cierges. Louis XII r O tout avec bonté , dit Saint-Gelais , mais il ne retint pour lui que les cierges, et bailla ladite liaire à messire Jean de Poitiers .
— Une femme courageuse , dont nos historiens n’ont pas daigné conserver le nom , défendit, en 1467, la ville de Saint-Lô contre les Bretons. Louis XI voulut récompenser cette
héroïne, et lui donna vin^t ecus Lu peu
plus tard, il en donna cinquante à la blanchis-
(1) Antiquités da Paris , h\>. 12 , page 65o.
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seuse du duc de Guyenne, pour rengager à lui
gagner l’affection de son maître (Voyez
Redevances , Epices , Ambassadeurs , Morga geniba , Dot , etc. )
PRIVILÈGES. — Les nobles avaient des lois particulières, privœ leges (i) , qui leur accordaient des prérogatives, et une foule d’avantages et de droits, dont ils jouissaient exclusivement aux roturiers, et dont les roturiers étaient généralement privés par les lois des privilèges. Ces prérogatives n’étaient pas exactement les memes dans tous les pays , et on ne les faisait pas toujours pour les nobles seulement. Mais ceux qu’on accordait à la roture étaient rares, mesquins, illusoires, au lieu que ceux de la noblesse étaient toujours plus considérables.
On peut comprendre , sous le nom de privilèges de la noblesse , tout ce que les feudistes ont appelé Droits , Redevances , etc. , et le nombre en est infini. — On ne parlera ici que de quelques privilèges extraordinaires, accordés aux seigneurs, au clergé et à quelques laïcs.
(i) Cicéron appelle les privilèges, legts de privcitis ho minibus latæ. ( De Leg. , lib. 3. )
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— Louis XII confirma, en i5o^, les privilèges octroyés par les rois ses prédécesseurs aux religieuses de la Saussaye, près de Ville-Juif, à deux lieues de Paris. Le plus singulier de ces privilèges venait de Philippe-le-Bel , selon le père Dubrenl , et de Philippe-le-Hardi , selon quelques autres; c’est que ce couvent héritait de tous les chevaux de la maison du roi, de la reine, des enfans de France et des grands officiers de la couronne. Les religieuses de la Saussaye avaient aussi le dixième du vin que le roi dépensait pour sa table, lorsqu’il faisait son séjour dans la banlieue de Paris.
L’abbé Bertou a remarqué qu’après les obsèques de la reine Anne d’Autriche (en i5i4)> il y eut de grandes contestations, pour le partage de tout ce qui avait servi au convoi. Chacun
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lit valoir ses privilèges : les religieux de Saint- Denis prétendaient qu’on devait leur laisser le dais , l’effigie de la princesse , ses habits , ses joyaux, et la tenture de la chapelle ardente. Le grand écuyer faisait sonner ses droits sur les chevaux des officiers et des dames qui avaient formé le cortège ; il réclamait aussi le poêle et tout le drap d’or employé dans la pompe funèbre. Les rois d’armes et les hérauts avaient des prétentions aux ornemens de la chapelle ardente. Les chapelains demandaient pour eux
les offrandes ; et. les religieuses de la Saussaye exigeaient pour leur monastère tout le linge de la princesse, ses joyaux, et les chevaux de ses équipages. Elles rappelaient leurs privilèges r tout nouvellement confirmes.
Comme personne ne voulait rien rabattre de ses prétentions , le parlement prit connaissance de l’affaire, fixa un délai pour donner aux parties le temps de produire leurs titres , et ordonna par provision « que les meubles » demeureraient en séquestre , et que les équi- » pages de la feue reine serviraient en attendant » à reconduire les officiers , les dames , et tous )) ceux qui avaient assisté au convoi. » On n’a pas trouvé la décision de ce procès.
— En 1 47 1 y Ie duc de Bourgogne , comptant emporter Beauvais , y donna un assaut général, pendant lequel les bourgeois commençant à plier, leurs femmes, conduites par Jeanne Hachette , accoururent , et combattirent avec tant d’intrépidité , qu elles repoussèrent les ennemis. C’est en mémoire de cette journée que, tous les ans, a la même époque ( le io de juillet), la ville de Beauvais faisait la procession de Cassant , où les femmes marchaient les premières , revêtues de leurs habits de noces , et parées comme il leur plaisait, sans que personne pût y trouver à redire . — Si tous les pri-
vileges avaient ressemblé à celui-là, on ne les eût peut-être pas supprimés.
— Les moines de Saint-Claude en Franche- Comté devaient être nobles. En 1 742 , on érigea cette abbaye en évêché , et Ton remplaça les religieux par vingt chanoines , qui devaient faire preuve de seize quartiers de noblesse, et qui avaient le droit de porter au cou une certaine médaille d’or. Mais cette médaille et la crosse qu’on leur accorda aussi , n’étaient rien en comparaison des anciennes prérogatives de cette abbaye, puisque autrefois l’abbé de Saint- Claude avait le privilège d’anoblir, de légitimer, et de faire grâce aux criminels
— Humbert IV, sire de Beaujeu , fit bâtir Yillefranche , la capitale du Beaujolais , au commencement du douzième siècle. Afin d’y attirer dts habitans, parmi les privilèges qu’il leur accorda, il permit aux maris de battre leurs femmes , autant et toutes les fois quil leur plairait , pourvu que la mort ne s'ensuivit pas ..... On dit que les maris firent bien valoir leur privilège , et que la ville ne s’en peupla pas moins rapidement.
Il y avait encore à Villefranehe, dans le dernier siècle , une coutume bizarre qu’on appelait la cherpille. Les pauvres gens avaient le droit d aller moissonner les grains, lorsqu’ils étaient
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murs , sans la permission du propriétaire j et ils prenaient la dixième gerbe pour leur part.
— Les consuls de Perpignan avaient le droit d anoblir, tous les ans, le 16 de juin, deux ou trois bourgeois de la ville.
Tous les ecclésiastiques, et même les simples tonsurés , avaient, à Perpignan, leprivilége de faire entrer dans la ville autant de vin , de viandes et d’autres comestibles qu’il leur en fallait pour leur usage , sans payer aucun droit (i).
— Il fut un temps où les seigneurs de l’Allemagne comptaient parmi leurs privilèges, celui de voler sur la grande route , dans l'étendue de leur territoire (2). Dans la Bretagne , les gentilshommes eurent long-temps le droit de dépouiller les passans qui traversaient leurs bois ; et sous saint Louis , plusieurs seigneurs français renoncèrent aux privilèges de faire la fausse monnaie et de détrousser les voyageurs sur les grands chemins
— En i5o2, Gilles Dauphin, général des Cordeliers, en considération des bienfaits que son ordre avait reçus du parlement de Paris ,
( 1) Bonne , Description de la France.
(2) Curiosités de la littérature , tome Ier.