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trois siècles à remplir le but qu’il s’était proposé (i).
— Les serfs des églises étaient obligés de faire serment en justice, quand le cas l’exigeait, à la place des prêtres ou des moines dont ils dépendaient ; et si la partie adverse les traitait de parjures , il fallait qu’ils soutinssent par le duel la vérité du serment qu’on leur avait fait faire et qui leur était tout-à-fait étranger.
Mais les hommes libres s’accoutumèrent peu à peu à mépriser ceux qui ne l’étaient pas ; ils refusèrent d’admettre leur témoignage et de se battre contre eux. Le clergé, ne pouvant plus soutenir ses querelles, se plaignit à Louis-le- Gros. Ce prince rendit un arrêt, que les serfs ne durent pas regarder comme un acte de bienfaisance , puisqu’en déclarant que leur témoignage était valable en justice, il leur ordonna de se faire tuer pour leurs maîtres , et déclara que ceux qui auraient des différents avec les moines , se battraient avec les esclaves de l’église, ou perdraient leur cause (2)..,.
En voyant deux serfs s’entre-tuer par l’ordre de leurs tyrans, sans avoir l’un contre l’autre
( 1 ) Antiquités de Paris , livre P II L
(2) Histoire de Paris , sous le rcgne de Louis-le-Gros.
aucun motif de haine, on ne peut s'empêcher de jeter les yeux sur ces armées, qui s’exterminent souvent sans se haïr , pour les menus plaisirs de leurs souverains. Un prince qui fait la guerre sans que la nation l’ait consentie, est aussi féodal que ces moines qui ordonnaient à leurs serfs de s’égorger, uniquement parce qu’ils l’ordonnaient.
— Quand la reine Blanche voulut affranchir quelques serfs du royaume , elle trouva presque partout une résistance qu'elle ne put vaincre, et il lui fallut user de violence , pour accorder une lueur de liberté à un petit nombre de malheureux. Le chapitre de Notre-Dame de Paris exerçait sur ses esclaves une autorité sans bornes. Blanche apprit que les habitans de Chatenai (i), coupables d’une misère si affreuse , qu’ils n’avaient pu payer aux chanoines, leurs seigneurs, la taille et le cens imposés aux serfs, venaient d’être jetés dans les cachots; et que ces prisonniers étaient traités avec tant de barbarie , que l’on craignait pour la vie de plusieurs d’entre eux. La reine , voulant d’abord employer la douceur, fît prier le chapitre de relâcher ses
(i) Ce village appartenait au chapitre de INotre-Dame de Paris.
prisonniers , sous caution ; les chanoines rendirent à cette princesse une réponse insolente, et augmentèrent les violences qu’ils exerçaient contre les malheureux , dont elle avait demandé la liberté. Blanche, offensée, se rendit aussitôt à la prison où ils étaient détenus ; elle frappa la porte d’un bâton qu’elle avait à la main : dans l'instant, ses gardes et ceux qui l’avaient suivie brisèrent cette porte , et l’on en vit sortir une foule d’hommes , de femmes et d’enfans , qui se jetèrent aux pieds de Blanche , et lui demandèrent sa protection.
Pendant que leur situation affreuse répandait dans l’ame de la reine des sentimens de pitié pour les serfs , et d’indignation contre les chanoines, les chanoines murmuraient hautement et perdaient tout respect envers la reine. Dans des temps moins abrutis , on eût fait justice de ces grands criminels ; alors , Blanche ne put que saisir les biens du chapitre ; mais elle eut assez de fermeté pour ne rendre aux chanoines leur temporel , qu’après qu’ils eurent affranchi les habitans de Chatenai (i). — Ces esclaves payèrent donc la somme que l’on fixa pour leur affranchissement, et se crurent libres. Mais ils
(i) Histoire de Paris , sous Tannée ia5i .
le furent peu de temps, puisque les règnes qui suivirent permirent aux chanoines de Notre- Dame de reprendre presqu’entiers leurs anciens droits sur leurs affranchis
— Quand les jésuites se furent établis au Paraguai, ils réduisirent les peuples qu’ils avaient convertis à la servitude féodale. Ils avaient trouvé plus commode de commander par la crainte que par la douceur; et la moindre faute, la plus légère hésitation dans l’obéissance , de la part de ces insulaires, était punie d’un certain nombre de coups de fouet. Les Caciques et les principaux du pays n’en étaient pas exempts; et ce qu’il y a de singulier, c’est que celui qui avait reçu un châtiment rigoureux , était obligé d’aller ensuite baiser la manche du jésuite qui lavait ordonné, de convenir de sa faute, et de remercier ce bon père des coups de fouet qu’il venait de recevoir (i).
— « Des quarante mille habitans qui composent la population de la ville et du canton de Bâle, les bourgeois , qui en forment la cinquième partie, jouissent seuls ou pensent jouir des droits de l égalité. Les simples citoyens n’y ont point de droits politiques , n’y peuvent
(i) Idée de la vie et des écrits do G. de Witte, p. 289.»
exercer aucun commerce, et ne sont regardés que comme des étrangers, à qui on accorde le privilège de résider dans la ville. Peu de gens de cette classe deviennent riches; néanmoins, leur constance à rester dans cette humiliante situation, les fortes taxes auxquelles ils sont assujettis, et dont les bourgeois sont exempts ? le peu de protection qu’ils obtiennent de la part du gouvernement, qui ne leur garantit que leur sûreté personnelle, tout cela prouve qu ils trouvent à Bâle des avantages dont ils ne jouissaient pas auparavant, et donne une idée du malheur de leur position dans les pays qu’ils ont abandonnés pour venir s’établir dans celui-ci.
» Ce qui est assez remarquable , c’est que dans la Suisse , dans cette terre de liberté , tous les paysans ( excepté ceux de la petite ville de Liestal , qui ont quelques privilèges municipaux) sont exactement des serfs attachés à la glèbe. Dans le temps de la féodalité , ces pauvres gens furent successivement vendus, par ceux à qui ils appartenaient, à la ville de Bâle , alors ville impériale. II en est résulté des prérogatives , qui sont à la vérité tombées en désuétude ; il est à présumer qu’on cherchera moins que jamais â les faire revivre, maintenant qu’on est à un quart de lieue seulement T. IL