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.1 appliquait à Dieu , aux saints , aux nobles et au grand-turc.
Un seigneur, proprement dit, était en effet, comme on la remarqué souvent, le maître, et, si 1 on veut, le roi de sa seigneurie. Il avait anciennement des forteresses, des gardes, une cour, des vassaux, des esclaves, le droit de donner des lois, celui de rendre la justice, de lever les impôts, de fixer de nouvelles tailles , de faire la guerre, de disposer des biens et de la vie de ses su j ets , de coucher avec leurs femmes, d’enlever les prémices de leurs filles; il battait monnaie; il pouvait détrousser les passans, confisquer les biens qui étaient à son gré; en un mot ses droits et ses privilèges étaient innombrables. Et si la crainte et les respects forcés constituent la grandeur, les seigneurs étaient grands; leur puissance n’avait point de bornes, non plus que leurs prétentions et leur orgueil.
On ne parle ici que des siècles reculés. Dans les deux derniers siècles, les lumières s’étaient répandues; les nobles étaient un peu redevenus hommes; et aujourd’hui, sauf quelques do-
dans l’origine , un vieillard , un homme respectable. On appelait autrefois les magistrats ; les anciens du peuple. — Senior es populi.
léances sur les prérogatives perdues, et quelques gémissemens sur l égalité actuelle de tous les Français, on ne voit presque plus et sans doute on ne verra bientôt plus de différence entre les nobles et les roturiers (1). ( Voy. Noblesse, Droits , Privilèges. )
SERFS (2). — Un écrivain ecclésiastique ap-
(1) Le litre de seiguenr était tellement honorifique dans le seizième siècle , qu’on le donnait aussi à tous les grands hommes de l’histoire ancienne. 11 y a une Histoire d’Alexandre , qui est intitulée : Histoire du noble et très-vaillant roi Alexandre , jadis roi et seigneur de tout le monde. Paris , Bonfons , in-4°.
(2) O a donna le nom ài Esclaves à ceux que l’on priva de leur liberté , dans un temps où ils se composaient , en grande partie , à* Esclavons vaincus. Le mot originaire est serf , qui vient du latin servus. Selon les antiquaires, les Romains appelaient leurs esclaves servi , parce que c’étaient des prisonniers de guerre qu’ils ne tuaient pas , mais qu’ils conservaient vivans. — Dicti sunt servi , quod in bello non necabantur , sed vivi servabantur. — Des grammairiens modernes ont prétendu que servus venait de servirez parce que les esclaves ou serfs sont obligés de servir. Ils auraient dû dire , au contraire , que le service et l’action de servir viennent des serfs , comme esclavage vient d'esclave. L’action de servir n’était pas connue avant qu’il y eût des personnes qui servissent ; la servitude n’est pas an-
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pelle les communes et les premières lois qui rendirent un peu de liberté aux serfs , et rétablirent quelque égalité entre les Français , des inventions exécrables , au moyen desquelles les esclaves osèrent se soustraire à ï obéissance quils devaient à leurs maîtres
Les esclaves ou serfs, et les vilains ou domestiques de la campagne ne demeuraient pas dans la maison du seigneur; mais ils n’en dépendaient pas moins des caprices de ce tyran, qui les vendait comme des animaux, avec le champ qu’ils cultivaient, et la cabane où ils attendaient la mort.
On conçoit difficilement avec quelle barbarie les seigneurs des temps féodaux tyrannisaient leurs serfs. Non -seulement leur cupidité les portait à accabler ces esclaves d’un travail insupportable ; mais leurs moindres fantaisies infligeaient à ces malheureux des peines et
térieure aux serfs ; et l’on n’a dû employer le mot servir que lorsqu’on a été servi . — Conclusion : du mot servare , servus ; du mot servus , servire ; du mot servire , servitus . — Cette note sent un peu le pédant , puisque ce Dictionnaire n’est pas un lexique d’étymologies ; mais enfin on aime quelquefois à montrer de quoi on est capable : la Quotidienne cite bien S. Bernard , pour prouver que les libéraux sont des. hérétiques
des tribulations incroyables, sans aucun motif
d’intérêt (i).
— Les vassaux avaient eux-mêmes des vas-
saux qui leur rendaient homùiage. Les esclaves avaient quelquefois aussi des esclaves. Cela se prouve par le \ IIe. Canon du concile de Verberies, tenu en 780, où il est dit : « Un esclave, jj qui a pour concubine sa propre esclave , peut » la quitter, pour épouser l’esclave de son maî- » tre. Il ferait cependant mieux d’épouser sa jj propre esclave, jj
— On pourra juger de l’état des serfs en France, par cette chartrc : « Qu’il soit notoire à tous ceux jj qui ces présentes verront, que nous Guillaume , jj évêque indigne de Paris, consentons qu Odejj line, fille de Radulphe Gaudin, du village de jj Cerès (2), femme de corps de notre église, jj épouse Bertrand, fils de défunt Hugon, du jj village de Verrières, homme de corps de jj l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés; à con- >j dition que les enfans, qui naîtront dudit majj riage , seront partagés entre nous et ladite jj abbaye ; et que si ladite Odeline vient à
(1) Curiosités de la Littérature , tome Ier. , traduit par M. Berlin.
(2) Villa Cereris , Vuissons : village ou Cérès avait autrefois un ternie , à trois lieues de Paris , du coté d’Anloui.
» mourir sans enfans , tous ses biens mobiliers )> et immobiliers nous reviendront; de même » que tous les biens mobiliers et immobiliers » dudit Bertrand retourneront à ladite abbaye, ■» s’il meurt sans enfans. Donne l’an 1242. » Comme, parmi les enfans, il y en avait de mieux constitues, de mieux faits, de plus robustes , les seigneurs les tiraient au sort. S’il n'y avait qu’un enfant, il était à la mère, et par conséquent à son seigneur ; s’il y en avait trois, elle en avait deux ; et s’il y en avait cinq, elle en avait trois, etc. Ces serfs , ces hommes de corps y ces gens de poésie (1) composaient les sept huitièmes des habitans du royaume. Ils ne pouvaient disposer d eux, se marier hors de la terre de leur seigneur, ni en sortir sans sa permission. 11 était le maître de les donner, de les échanger, de les vendre, de les revendiquer partout. Un évêque d’Avranches fît son entrée dans sa ville épiscopale, sur un cheval blanc, qui lui avait coûté cinq femmes et deux hommes de corps. On a déjà dit qu’un abbé de Saint-
(j) Poésie est im mot corrompu de Potestas : on appelait aussi les esclaves gens de poëstes , gentes potestatis , parce qu’ils étaient sous la puissance de leur seigneur. Homme de corps avait à peu près la même signification d’esolavaoe.
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Denis ayant été pris en 858 par les Normands, on donna pour sa rançon des chevaux , des bœufs et plusieurs serfs, avec leurs femmes et leurs enfans.
— Louis -le- Gros est celui de nos rois qui commença d’affranchir les serfs dans ses do-
maines; c’est-à-dire, qu’ils cessèrent d’ètre attachés à la glèbe, et qu’il leur fut permis de s’établir où bon leur semblerait (i). Mais ce qui exista dès lors dans les domaines du roi ne s’établit que lentement et plus tard, dans les domaines des seigneurs.
— Gémissons ici sur les inconséquences de l’esprit humain. Après avoir feint de déplorer le sort des serfs, ce même homme qui gourmanda si durement Montesquieu , pour la faiblesse qu’il eut d’admirer les lois féodales , ce même Saint-Foix va bien plus loin que l’auteur de l’Esprit des Lois, puisqu’il entreprend l’apologie de la servitude de la glèbe. » La liberté rendue aux serfs ne produisit rien de bon , selon cet écrivain; quand la France était peuplée de serfs, on ne voyait point de vagabonds ni de fainéans; et les choses étaient mieux, parce
(i) Saint-Foix, tome IL
qvfil n y avait point de paresse. Les serfs cultivaient les arts et les sciences dans les villes ; ils travaillaient aux manufactures ; et ils n’étaient point insolens (r )..... »
On ne commentera point ce passage. On se contentera de demander si les moines mendians , qui existaient déjà sous la servitude de la glèbe, et les gentilshommes qui détroussaient les passans, n’étaient pas des vagabonds et des fainéans ; si les travaux qui se font par la violence , comme les labeurs du mulet et du bœuf, méritent notre admiration; si les arts, les sciences et les manufactures ont fait un pas rétrograde, depuis que la France a joui de quelques rayons de liberté ; si les seigneurs , qui comptaient parmi leurs droits celui d’assommer leurs paysans , étaient moins insolens que le vilain, qui se rendait coupable de félonie et méritait la confiscation , ou la mort , pour avoir dit une parole irrévérente à son seigneur
— Il arrivait souvent, dit Montesquieu , que, pour participer par leur servitude à la sainteté
(i) Saint-Foix, Essais , tome II , pages pQ et ïoo de Fe'dilion de 1778.
des églises (i), des bourgeois et des nobles donnaientleurs biens aux moines, et se faisaient serfs du saint pour qui ils avaient de la dévotion. En conséquence ils ne portaient plus que le petit pourpoint des esclaves, avec un anneau
de fer à la jambe ou au bras (2)
— Jamais un seigneur ne donnait la liberté, ni 11e faisait la moindre grâce a ses bonnnes de corps qu’à prix d’argent, et il était très-rare, dit Sauvai , de les voir portés à faire le bien pour T amour de Dieu . Galland prétend , sur un fragment de capitulaire qu’il rapporte , que Charlemagne affranchit les serfs de ses états ; mais ce capitulaire ne se trouve nulle part; et s’il a existé , il est certain que tous les seigneurs, tant ecclésiastiques que laïcs, n’y eurent aucun égard. On n’en eut pas plus pour l’affranchissement que blanche de Castille accorda aux femmes de corps pendant sa régence ; et, quoiqu’en j3i5, Louis-le-llutin eût ordonné l’affranchissement total des serfs , on fut plus de
(1) Livre 3o , ch. 1 1 de l'Esprit des lois.
(2) On prétend que c’est là l’origine des bracelets, parce que les chevaliers qui se faisaient serfs de leur maîtresse , portaient un cercle de soie ou d’or autour du bras. Mais les bracelets étaient en usage chez les anciens , les femmes surtout en portaient 7 peut-être pour marquer leur dépendance.