‹ Dictionnaire féodalChapitre 147 sur 158 · YAS · texte numérisé non relu

YAS

une espèce de souveraineté , avec des lois si différentes; que, si l’on en croit Beaumanoir, ou ne trouvait pas en France deux seigneuries, dont les coutumes se ressemblassent.

Dans le meme siècle, les rois étaient obligés de donner des charges et des honneurs aux grands vassaux , et de les traiter avec le plus profond respect pour se les concilier. Mais les guerres que ces vassaux faisaient au roi les empêchaient d’exercer leurs charges ; et , lorsqu’ils étaient en paix, ils dédaignaient souvent d’en remplir les fonctions, auprès d’un monarque sans autorité. C’est ainsi que, sous Louis-le- Gros, le comte d’Anjou donna sa charge de sénéchal à Guillaume de Garlande , à condition qu’il la tiendrait de lui à titre de jiej ] et qu’il lui en ferait hommage ; et ce n’est pas la seule charge que les seigneurs d’alors fieffèrent à d’autres seigneurs de moindre rang qu’eux (i).

— Tout ce que les maires du palais avaient fait éprouver aux rois de la première race , ceux de la seconde l’éprouvèrent à leur tour, dit l’abbé Bertou (2) , delà part d’une multitude

(1) Le president He'naut , années 92 2 , 992 , ï 1 08 , 1 1 ) 6.

(2) Anecdotes françaises , sous Louis î\ et sous Hugues* Capet.

de grands vassaux, dont plusieurs étaient plus riches et avaient plus d’autorité que le roi même. Cette puissance ne pouvait manquer de causer de grands troubles dans une monarchie , dont la constitution la plus essentielle est qu’il n ’y ait qu’un maître.

Les derniers rois de la seconde race ne possédaient plus que la ville de Laon et quelques maisons royales , qui composaient tout leur domaine. Louis IV ( d’Outre-Mer ) fut même obligé de céder Laon à Hugues-le-Grand , qui le retenait prisonnier.

Les rois 11e pouvaient avoir d’armée que par le moyen de leurs vassaux, parce qu’elles n’étaient plus composées que des milices levées dans les comtés , les villes et les territoires qui dépendaient uniquement des ducs et des comtes; et le prince était, pour ainsi dire, sous la tutelle de ces grands du royaume, qui avaient usurpé toute l’autorité, et lui vendaient cher les secours qu’il demandait, quoiqu’ils ne fussent plus obligés de servir que quarante jours dans l’année. Souvent même ils quittaient l’armée, à la veille d’une expédition importante, parce que le temps de leur service était expiré, ou parce qu’ils étaient mécontens du roi, ou parce qu’ils ne voulaient pas se battre.

- — Les premiers rois de la seconde race avaient

donné toute leur attention à détruire l’autorité des maires du palais , qui leur avaient frayé le chemin du trône. Pareillement, les rois de la troisième race travaillèrent constamment à soumettre les grands vassaux, qui leur avaient mis la couronne sur la tète ; et les croisades eurent cela d’avantageux pour la nation, qu’en éloignant les grands vassaux et les seigneurs , elles donnèrent aux rois de France le moyen de recouvrer une autorité perdue , d’aggrandir les domaines de la couronne, de ressaisir la puissance souveraine, et de rendre le peuple un peu moins malheureux.

— Le vassal-lige était obligé de servir le seigneur en personne, envers et contre tous, au lieu que le vassal libre pouvait mettre un homme à sa place , et 11’était astreint a secourir le seigneur qu’en certains cas.

— Lorsqu’un grand vassal de la couronne faisait la guerre, ses vassaux particuliers étaient obligés d’y prendre part, cette guerre fùt-elle contre le roi. Si ce grand vassal était vaincu , on le jugeait; et quand les grands du royaume, assemblés en parlement , l’avaient reconnu coupable de félonie, le roi pouvait confisquer son fief; mais il n’était pas permis de condamner un noble à la mort. ( Voyez Fiefs , Arrière -

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