COU
corvëes par an. Mais comme il fallait servir le seigneur à sa volonté et à sa discrétion , hommes et bêles , les serfs y gagnèrent peu, parce que leurs avares patrons pouvaient prolonger chacune de ces douze corvëes , selon leur fantaisie.
Un seul trait peut donner la mesure de l'injustice des nobles : dans plusieurs provinces, les paysans regardèrent comme un excellent marche l’accord qu’ils firent, avec leur seigneur, de ne lui donner qu’un jour de corvée par semaine, avec leur famille et leurs bêtes de somme (i)...
En consultant les titres des villes, on trouvera que les campagnes n étaient pas seules soumises à la corvée. Elle était en usage à Paris même. Ceux qui demeuraient dans le quartier de Saint-Martin, et des Filles-Dieu (rue Saint- Denis), devaient anciennement des journées de corvée à ces deux monastères — Au milieu du quinzième siècle, quelques maisons voisines
(i) La journée du corvéable commençait au soleil levant , et finissait après le coucher du soleil. Les corvéables devaient se nourrir, à leurs frais, eux , leur famille , et leurs bêtes... ( Guyot. Des corvées, ch. 5. — Baquet. Des droits de justice > ch. 2p. — Duplessis. Des fiefs , lie. 8 , ch. 2 , etc. )
COR
de Saint-Magloire , faisaient ia corvée pour les religieuses de ce couvent, et leur payaient , au mois de mars, un boisseau de froment, quatre boisseaux d’avoine, deux chapons, etc.
— L’abominable droit de corvée était moins insupportable dans le dernier siècle, que dans les siècles précédens. Mais, quoique moins dur, il était encore en vigueur avant la révolution , et il ne contribuait pas peu à cette baine générale que les paysans portaient aux seigneurs.
On a remarqué qu’au moment de la mort de Louis XVI , il n’y avait pas en France vingt mille personnes à qui ce prince fut odieux , tandis que les seigneurs avaient vingt millions d’ennemis. Ce roi, si malheureux, et recommandable par tant de vertus, expia les violences féodales, qui seules (et non les fautes des rois; ont amené les excès de notre révolution.
On a remarqué aussi qu’autrefois tous les paysans étaient misérables, et qu’on ne trouvait quelque aisance dans nos campagnes que depuis l’abolition des droits féodaux. Comment un pauvre esclave pouvait-il amasser quelque bien? il n’avait que sa triste cabane, son petit champ et ses bras.... et il fallait faire la corvée, loger les soldats , payer les impôts , la dîme ecclésiastique, la dîme féodale, le champart, etc. —