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jeu ; ce mot est assez intelligible. — Au reste, l’ordre et la coutume de couvrir le feu et de s’aller coucher au son d’une cloche subsista long-temps dans les provinces , surtout dans les temps où les horloges étaient rares. On sait encore que nos ancêtres se couchaient de bonne heure : dans le quinzième siècle , les gens du meilleur ton avaient déjà fait leur premier somme à minuit.
Dans plusieurs villes , après que tout le monde était couché , on faisait rôder par les rues certaines gens chargés de réveiller les habitans, et de les avertir de prendre garde au feu , ce qu’ils faisaient , en criant de toutes leurs forces , sur un air noté en plain-chant :
« Réveillez-vous , gens qui donnez;
» Priez Dieu pour les trépasses...
CRÏEURS DE MORTS.— Dans nos siècles de barbarie, où le supplice d’un criminel était un spectacle , il y avait en France des officiers chargés de faire les cris de morts. Ces officiers obtinrent même anciennement des privilèges ; et, par des édits de i65i et de 1690, ils furent exemptés de la taille, et de l’obligation de loger les gens de guerre. On leur donna de plus le titre de jurés crieurs de morts et cl enter remens .
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— Voici, au sujet des cris de morts, deux anecdotes qui feront connaître la délicatesse d esprit de nos pères, et les gracieux usages du quinzième siècle. Le fondeur Jean Maugue voulut essayer, en i4yd, une grosse bombarde, qui se creva : il en fut tué, et son corps vola en pièces, sous les murs de Paris. On recueillit, du mieux qu’on put, les membres de ce malheureux , et un crieur de mort fit dans tous les carrefours cette proclamation : « Priez pour » l ame de Jean Maugue, qui nouvellement est allé de vie a trépas, entre le ciel et la terre , i) au service du roi notre sire. »
La même année, un certain Laurent Garnier ayant été pendu, on fit crier dans toutes les rues : « Bonnes gens, dites vos patenôtres, » pour lame de feu Laurent Garnier, en son )) vivant demeurant à Provins, qu on a nouvel-
» lement trouvé mort , sous un chêne Dites en
» vos patenôtres, que Dieu bonne merci lui » fasse (i). » En même temps que le crieur faisait son office , on portai' derrière lui le corps du défunt, afin de donner aux curieux le plaisir de voir pour qui on leur commandait de prier. — Chez les Turcs, quand le bourreau aquel-
(i) Sauva). Livre XL
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qu’un à pendre, il promène le patient dans toutes les rues; et, comme il a le privilège de faire du premier mur qui lui convient un lieu patibulaire, il menace les gens riches de l’attacher à leurs fenêtres, pour réjouir les passans ; les riches ne se sauvent de cette espèce d’ignominie, qu’en donnant de l’argent au bourreau. Quand celuici juge que son patient lui a suffisamment rapporté, il l’accroche enfin aux fenêtres de quelque juif qui aime toujours mieux voir la figure d un pendu, que desserrer la bourse (i).
CROISADES. — Les pèlerinages étaient à la mode en France, au commencement du onzième siècle; les princes même passaient le carême à visiter les lieux de dévotion. Le pèlerinage de Jérusalem devint surtout très-fréquent, vers l’an io5 5; et comme les discordes seigneuriales, qui désolaient alors la France, laissaient peu de sûreté aux citoyens qui n’étaient pas d’humeur à se battre tous les jours, beaucoup de personnes endossaient l’habit de pèlerin; et, sous cette égide alors sacrée, allaient chercher un sol moins malheureux.
(i) Mœurs des Turcs. — État de V empire Ottoman. — - Cousin de Mahomet . Tome /,
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Quelques pèlerins dévots, qui avaient fait le voyage de Jérusalem, firent à leur retour une si triste relation de létat affreux des chrétiens d’Orient, qu’on résolut d aller exterminer les infîdèl es , conquérir la Terre-Sainte , et délivrer le tombeau de Jésus-Christ. Le pape Urbain Il encouragea ces bonnes dispositions; et dans un concile, tenu à Clermont en Auvergne (1), il déclara que le voyage à la Terre- Sainte, pour la délivrance de Jérusalem, tiendrait lieu de toutes les pénitences qu’on pourrait avoir méritées. 11 accorda en même temps des indulgences plénières, c’est-à-dire, la rémission de toutes les peines canoniques présentes et futures, à quiconque ferait ainsi le service de Dieu (2) ; car c’est le nom qu’on donnait à cette guerre sacrée.
Ce fut ce pardon extraordinaire qui attira tant de gens aux croisades. 11 n’y avait point de pécheur qui ne préférât ce voyage aux austérités et à l’humiliation de la pénitence publique , dont la pratique était encore alors exacte et sévère. Les nobles surtout, à qui les
(1) L’an iop'5*
(2) Fleury. Mœurs des chrétiens , § 64. — Apres Villehardouin , /zV. 1.
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indulgences étaient plus nécessaires, trouvèrent bien doux de changer les jeûnes et les pénitences de l’église, en un voyage d’agrément.
On fit donc payer aux serfs doubles dîmes. On ordonna à tous les paysans en état de porter les armes de se préparer à marcher. Les ecclésiastiques donnèrent pendant une année le vingtième de leurs revenus.
On s’embarqua enfin pour la Palestine. Les historiens font monter à six millions, les pèlerins de la première croisade. Cette armée était réduite à cinq cent mille fantassins et cent trente mille cavaliers , lorsqu’elle arriva dans l’Asie Mineure ; et il n’y avait plus que vingt et un mille soldats chrétiens, lorsqu’on assiégea Jérusalem.
Quelques-uns ont pensé que des milliers de serfs, las de l’affreuse destinée qu’ils avaient en France, désertèrent chez les Musulmans, où ils ne pouvaient être pis que sous leurs seigneurs.
On sait ce que les croisades produisirent. Les pèlerins rapportèrent de la Terre-Sainte la lèpre et d’autres maladies que l’Europe ne connaissait point, les vices qu’ils avaient contractés dans leur patrie, et les vices qu’ils contractèrent chez les Ottomans, etc. Mais, si elles changèrent la discipline de l'église, si elles ap-