‹ Dictionnaire féodalChapitre 62 sur 158 · ETA · texte numérisé non relu

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l amiable; et, dans le nord de l’Europe, où le peuple est encore dans la servitude, on fait tous les jours ce trafic abominable. Des Français qui ont visite ces contrées, ont vu un seigneur féodal donner un paysan serf avec sa femme , pour un chien de chasse.

— Le mot serf \ ient du latin servus ; on donnait anciennement le nom de serfs à tous les esclaves. Mais comme, dans la suite des temps, ces serfs furent, pour la plupart, des Esclavons vaincus , on donna le nom d 'esclavons ou d 'esclaves à tous les serfs. ( Voyez Glèbe , Serfs y etc. )

ÉTATS GÉNÉRAUX (i). — Philippe-le-Bel .

(i) On peut trouver l’origine dev états généraux, dans les assemblées de la nation , qui furent appelées d’abord champ de mars , ensuite champ de mai , parce que les mois de mars et de mai furent, l’un après l’autre, destinés à la tenue de ces diètes. Elles avaient lieu fréquemment sous les deux premières races. On y délibérait sur la guerre et la paix , sur les abus du gouvernement, sur la justice, sur les finances, etc. Les évêques et tous les grands du royaume assistaient à ces assemblées , où le roi présidait. Mais le peuple n’y paraissait point. — Elles furent remplacées par les cours plénier es ; et ensuite par les états généraux , où le peuple fut admis.

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ayant besoin d’argent , assembla les étals généraux ; il y appela le peuple , et donna le nom de tiers-état aux députés de cette partie de la nation, à qui on fit acheter cette faveur, comme ditPasquier, par une infinitéde subsides jusqu’alors inconnus en France. « Et le roturier, contre » Fancien ordre deFrance, ne futajouté à cetteas- » semblée, que parce que tout le faix tombait pres- » que sur lui : invention grandement sage... ! »

— Quand le roi Jean convoqua les états généraux , on établit une capitation sur tout le peuple, en proportion des biens de chacun. Les riches donnèrent, cette année-là, le cinquantième de leurs revenus; les laboureurs et les pauvres gens , le dixième , pour subvenir aux besoins du royaume...

— Les états généraux ont été rassemblés en France doyze ou treize fois depuis Philippe-Je- Bel; et le peuple n’y a guère paru que pour porter de nouvelles charges. On sait quels résultats ont produits les états généraux convoqués par l’infortuné Louis XVI. On connaît ces disputes que le clergé et la noblesse élevèrent sur les préséances , ces refus de contribuer avec le peuple au soulagement de l’état, ces crises de vanité et d’orgueuilqui accélérèrent ia révolution. Il est donc inutile d’en parler ici

ÉTIQUETTES. — Ces misérables formalités ont souvent produit, non-seulement des extravagances, mais des malheurs. — Le roi d’Espagne Philippe 111 , convalescent, après une maladie dangereuse, était assis à côté d’une cheminée ou I on avait allumé une si grande quantité de bois, qu’il pensa étouffer de chaleur. Sa grandeur ne lui permettait pas de se lever pour appeler du secours; les officiers en charge s’étaient éloignés , et les domestiques n’osaient entrer dans l’appartement. À la fin , le marquis de Pobar reparut auprès du roi , qui lui ordonna d’éteindre le feu ; mais celui-ci s’en excusa, sous prétexte que letiquette lui défendait de faire une pareille fonction , pour laquelle il fallait appeler le duc d’Ussède. Le duc était sorti, et la flamme augmentait ; néanmoins le roi soutint la chaleur, plutôt que de déroger à sa dignité ; mais il s’échauffa tellement le sang, que le lendemain il eut un érysipèle à la tête , avec des redoublement de fièvre qui l’emportèrent (i)...

Cette autre anecdote prouvera encore avec quelle rigueur incroyable l’étiquette est observée h la cour de Madrid. — La reine d’Espagne, épouse de Charles II, aimait beaucoup à mon-

(ij Le baron de Bielfeld. Institutions politiques , t. II.

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ter à cheval. Elle voulut un jour essayer un jeune coursier andaloux , qui se cabra et la renversa. Le pied de la princesse s’embarrassa malheureusement dans l’étrier, et le cheval l’entraîna, sans que personne osât la secourir. L étiquette s y opposait formellement; car il est défendu , à quelque homme que ce soit , sous peine de la vie, de toucher le pied d’une reine d Espagne. Charles II , qui était amoureux de sa femme, jetait, du haut d’un balcon, des cris redoublés ; mais l’étiquette retenait les graves Espagnols. Cependant deux cavaliers se décidèrent à délivrer la jeune reine; et, malgré la rigueur de la loi , l’un se saisit de la bride du cheval , l’autre dégagea le pied de sa majesté. Ils songèrent ensuite à la peine qu’ils avaient méritée, pour avoir violé une loi aussi auguste, et profitèrent du trouble où l’on était encore P oui se sauver. Mais la reine demanda et obtint la grâce de ces deux coupables (i).

Dansle royaume de Mandoa, l’étiquette défend à qui que ce soit de toucher la tète du prince. Un roi de Mandoa étant tombé dans une rivière , en fut retiré par un esclave , qui

(0 Idem. — Lacombe de Prezel a aussi rapporté ces deux traits , dans son Dict. d’anecd. tome 1er

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s’était jeté à la nage et lavait saisi par Jcs cheveux. Le monarque n’eut pas plutôt repris connaissance , qu’il appela celui qui l’avait sauvé ; lui demanda comment il avait osé mettre la main sur la tête de son prince , et lui fit sur-lechamp donner la mort.....

Quelque temps après, ce même despote , plongé dans l’ivresse, se laissa de nouveau tomber dans une petite rivière où il se promenait en bateau. Une de ses femmes, qui pouvait le sauver, se souvint de l’histoire du malheureux esclave , et fut assez prudente pour laisser périr le tyran , plutôt que de manquer à l étiquette (i)

— On peut dire, à l’honneur de la France , que les étiquettes y étaient moins révoltantes,*

(i) Abrégé de l’histoire des voyages . — Tdyages dans V Indous tan.

Soixante-dix personnes conspirèrent contre l’empereur Basile : il les fit fustiger, et on leur brûla les cheveux et le poil. — Un cerf l’ayant pris avec son bois par la ceinture, quelqu’un de sa suite tira son épée , coupa sa ceinture , et le délivra : Basile ht trancher la tête à cet homme , parce quil avait tiré l’épée contre lui. — Qui pourrait penser , dit Montesquieu, que, sous le même prince, on eût rendu ces deux jngemens? ( Esprit des lois , liv. 6, ch. 16, après l’histoire de INicéphore. )

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et madame de Genlis a prouvé, dans son dietionnaire , qu’elles n’étaient pas très-ridicules. Les anciens hommages féodaux étaient des espèces d’étiquettes, dont on ne pourrait pas dire la même chose. (Voyez Hommages . )

ÉTRENNES. — Nonnius-Marcellus (i) rapporte ainsi l’origine des étrennes. Pendant que Tatius, roi des Sabins, régnait dans Rome, conjointement avec Romulus, on lui fit présent, le premier jour de l’année, de quelques branches coupées dans un bois consacré à Strenia , ou S trcilua , déesse de la force et de l’industrie. Tatius regarda ces présens comme un bon augure, et leur donna le nom de strenæ (2).

Dans la suite, les Romains se faisaient mutuellement, ce jour-là, des présens de figues, de dattes et de miel , pour marquer à leurs amis qu’ils leur souhaitaient une vie agréable et douce. Les gens de la campagne étaient obligés de porter ces présens à leurs patrons, et d’y joindre une pièce d’argent. Chez nos ancê-

( 1 ) ïn libro de verborum elegantid.

(2) C’est de ce mot strenæ q;ie nous avons tiré celui d’e'trennes. — Les Romains adoraient aussi, sous le nom de strena ou strenæ , des divinités qui présidaient aux présens et aux profits qu’on n’attendait pas.

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très , on se déguisait, le premier jour de Fan , sous la figure de divers animaux. Les hommes aimaient surtout à se travestir en cerfs ou en bœufs, et les femmes en genisses ou en biches.

Loin de se rien donner mutuellement ce jour-là, on n’osait rien prêter à son voisin; mais chacun mettait à sa porte des tables chargées de viandes pour les passans; on y plaçait aussi des présens superstitieux pour les esprits ... L’église avait défendu aux chrétiens de se faire des présens comme les Romains , parce que cet usage tenait au paganisme. Le peuple, ne pouvant rien donner à son voisin , avait imaginé de donner quelque chose aux démons , pour ne pas perdre l’habitude des étrennes.

Peut-être aussi était-ce un reste de ce culte que les Romains rendaient, le premier jour de l’année, aux divinités qui présidaient aux petits cadeaux d’amis?... Quoi qu’il en soit, l’église fut obligée, sous Charlemagne, d’interdire les présens superstitieux , que nos ancêtres déposaient sur leurs tables. Les canons donnent à ces présens le nom d’ étrennes du diable.

— Dans la suite, les seigneurs et les curés se firent donner des étrennes par leurs hommes de corps; et dès lors, 1 église n’en blâma plus l’usage. On a vu plus haut , dans les droits du

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voyer , que cet officier avait autrefois ses étren^ nés. La plupart des grands et des gens en charge recevaient, d’obligation, des présens en argent ou en nature , le premier jour de l’an. — Aujourd'hui les étrennes sont libres ; ce n’est plus qu’un témoignage d’amitié entre les particuliers; c’est encore une recommandation auprès des hommes puissans.

ÉVÊQUES. — Afin de prouver que les évêques sont d'ancienne date , Georges l’apôtre démontre judicieusement que Melchisedech était évêque , l’an du monde 2000, ou à peu près, et qu’il ne bénit Abraham qu’en vertu de sa dignité épiscopale et pontificale (1).

Il est certain que le nom des évêques nous vient des Grecs. Les Episcopoï étaient, chez ces peuples, des espèces de commissaires, chargés de visiter les provinces , de rendre la justice et de maintenir le bon ordre (2). Les Romains donnèrent le nom Epis copi a leurs gouverneurs; et les premiers évêques de l’église étaient véritablement des juges choisis par le peuple, pour maintenir l’union entre les fidèles , soula-

(1) Tombeau des hérétiques , 2e . partie, page 21/}.

(2) Augustini^de Civitale dci, lib. 19, cap. ig*

ger les pauvres, et consoler les malheureux.

Leur autorité n’était d’abord qu’un pouvoir confié à une grande réputation de vertu ; mais, sous le règne de Constantin-le-Grand, ils obtinrent de ce prince, entre autres privilèges, que les évêques pourraient prononcer sans appel sur toutes les causes , tant civiles qu’ecclésiastiques (1) : privilège que les juges laïques n’avaient pas.

Quelques princes, doutant de 1 infaillibilité des évêques, leur ôtèrent cette prérogative; mais elle leur fut rendue par Charlemagne, et maintenue par Louis-le-Débonnaire (2), dont les conseils 11e se composaient que de prélats et d’abbés. Les évêques 11e perdirent ce privilège de juger en dernier ressort les affaires civiles, que quand les lumières de la philosophie purent se montrer, à travers les brouillards de la barbarie et de l’ignorance.

— Sous la première race de nos rois, les évêques allaient à la guerre, aussi-bien que les abbés , et ils menaient leurs vassaux sous leurs bannières. Mais ceux qui n’avaient pas l ame

(1) Eusèbe. De vitâ ConsUmtini , lib. 4, cap. 27.

(2) Talon. De l’autorité des rois , 4 * diss. apres Mènerai, etc.

belliqueuse, pouvaient se racheter de l’obligation de prendre les armes, en payant au roi une certaine somme d’argent. Alors ils se choisissaient un lieutenant, qui conduisait leurs vassaux à leur place.

Mais ils supportaient impatiemment cette né cessité de payer, pour être exempts du service militaire. Sous le règne de Charlemagne, comme ils remarquèrent que ce prince traitait bien les évêques, ils lui demandèrent de ne plus les obliger d’ aller à la guerre ; et, quand ils l’eurent obtenu, ils se plaignirent de ce qu’on leur faisait perdre la considération publique (i) ; c’est pourquoi, dans les siècles suivans, il fut presque toujours libre aux évêques de suivre l’armée ou de ne la suivre pas.

A la bataille de Bouvines, Guérin, évêque de Senlis , partagea avec le comte de Saint-Paul le commandement de l’armée française , assomma d’un coup de massue, et de cette même main qui donnait des bénédictions , le fameux comte de Salisbury , commanda comme un bon capitaine, et se battit comme un brave soldat.

En 1196, l’évêque de Beauvais (2) et son ar~

(1) Montesquieu. Esprit des lois , lü>. 3o, ch. 17.

(2) Philippe de Dreux.

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chidiacrc , étant sortis de la ville, armés de toutes pièces , furent faits prisonniers par les Anglais. Le pape, Bayant su, écrivit au roi d’Angleterre, Richard Ier. , pour lui reprocher cette conduite étrange, de retenir prisonnier un évêque, son très-cher Jils. Richard envoya au pape la cuirasse de l’e'vêque de Beauvais , avec cette réponse : Voyez mon père , si c'est là la robe de votre cher Jils K., (i)

A la bataille d’Azincourt, Jean de Montagu , archevêque de Sens servait dans l’armée du duc d’Orléans , non pas en costume pontifical ; car il portait au lieu de mitre, un bassinet, pour dalmatique, un haubergeon , pour chasuble, la pièce d’acier, et au lieu de crosse une hache (2). 11 se fit bravement tuer dans cette bataille , en combattant avec une intrépidité qu’on ne voit plus chez les évêques.

— Mais si cet amour de la guerre , dans notre ancien clergé , rendait quelques services à l’état, il faisait tort à la discipline ecclésiastique. Les

(1) C’est une allusion aux paroles des enfans de Jacob, lorsqu’ils lui envoyèrent la robe ensanglantée de Joseph : Vide utrimn tunica Jilii tui sit , an non. Genèse, chap. 3”. verset 32.

(2) Sauvai, Antiquités de Paris , liv . VI IL

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abbés et les évêques contractaient, dans les camps, des habitudes dissolues, et une certaine férocité, qui ne s’allient guère à l’austérité et à la douceur évangéliques. Les peuples pouvaientils regarder comme un ministre de paix un homme qui venait de se battre? Et comment un prêtre osait-il bénir, d’une main ensanglantée, au nom du Dieu de clémence ? —

Cet amour de la guerre produisit encore de funestes effets dans les guerres religieuses. Après qu’ils eurent versé le sang des infidèles , les prêtres crurent servir la cause de Dieu, en exterminant les hérétiques. On vit des troupes de religieux marcher, la hache en main, contre les Albigeois; on vit, pendant la ligue, des processions de moines armés , et disposés à se battre. On entendit , au siège de Béziers, le légat du pape , dire à son armée sainte, dans l’impossibilité où l’on était de distinguer les catholiques, d’avec les hérétiques : Extermi nez-les tous ; Dieu connaîtra ceux qui sont à lui. Femmes, filles , enfans, veillards , soixante mille habitans furent égorgés, sur cet ordre effroyable (i)...

(]) Dictionnaire infernal , tome Ier. , au mot Fanatisme.

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— Ce furent encore ces guerres saintes, ou le clergé prenait part, qui lui donna ces haines mortelles contre les hérétiques. Nicolas de Pellevé, qui servit le cardinal de Lorraine, dans les affai res de la ligue, et devint évêque d’Amiens, puis archevêque de Sens et de Pdieims , et enfin cardinal , détestait si fort notre Henri IV, que, si l’on en croit les contemporains , il mourut de désespoir , en apprenant l’entrée du bon roi dans Paris (>)•*••

— Les évêques in partibus sont ceux que le pape a pourvus d’un évêché, dont le territoire est au pouvoir des infidèles. Le saint siège cherche toujours à se persuader que toute la terre lui appartient, puisque, malgré les progrès des lumières , il y a encore des évêques qui ne verront jamais leurs diocèses (Voyez Redevance , Bénéfices , Biens ecclésiastiques , Aimâtes y etc.)

EXCOMMUNICATION. — Dès les premiers siècles de l’église, on excommuniait les apostats, les hérétiques, les schismatiques et les

(i) On fit cette e'pigramme sur IN icolas de PeJlevé :

« Une fois il fit bien , ce fut à son trépas ;

» Dieu Fen a pardonne', car il n’y pensait pas. »

exc

grands pécheurs connus. L’excommunication consistait à les priver , non-seulement des sacremens, mais encore de l’entrée dans 1 église, et de tout commerce avec les fidèles. On ne mangeait point avec eux , on ne leur parlait point, on les fuyait comme des gens frappés d’un mal contagieux, jusqu’à ce qu’ils eussent fait une pénitence publique.

Ces pénitences étaient très-sévères. Saint Basile prescrivait deux ans de jeûnes , d austérités et de prières pour le larcin; sept ans, pour la fornication; onze, pour le parjure; quinze, pour l’adultère ; vingt, pour l’homicide; toute la vie , pour V apostasie (t).

Mais on modifiait ces années de pénitence. Par exemple, la personne qui avait commis un adultère, était obligée de pleurer pendant quatre ans à la porte de l’église. Les cinq années suivantes, on lui permettait d entendre les sermons. Mais elle ne pouvait prier dans 1 église avec les fidèles qu’au bout de neuf ans. Encore fallait-il qu elle se tînt prosternée pendant tous les offices, à l’exception des deux dernières années, où le pénitent pouvait rester debout (2).

(1) Fleuri. Mœurs des chrétiens , 24 et 2,5.

(2) Idem , ibidem.

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— Dans la suite, la cour de Rome réserva les excommunications pourles hérétiques, et pour les princes qui osaient désobéir au saint siège. On put se racheter des autres crimes avec de F argent, comme on pouvait bien aussi se racheter de l’excommunication , moyennant finances.

— On sai t que l’église prie pour les hérétiques, pour les schismatiques, et même pour les infidèles (i). Ce qu’il y a de remarquable, et ce qui prouve que la faiblesse et l’inconséquence sont le partage de latriste humanité , c’est qu’après avoir prié Dieu pour ceux que l’on croit ses ennemis , on lui demande de les humilier et de les punir (2)....

Saint-Foix a fait une observation qui relève encore la même inconséquence. N’est-il pas singulier, dit-il (3) , que les comédiens soient excommuniés en France , tandis que la plupart des théâtres d Italie portent le nom de quelque saint (4) , et que les prélats italiens vont à la comédie et à l’opéra.

(1) Idem , ibidem.

(2) Ut inimicos sanctœ ecclesiœ humiliare digne ris , etc. ( Litanies des saints. )

(3) Essais historiques , tome II.

(4) Le théâtre de Saint-Charles à Naples , celui de Saint-

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— On se rachetait souvent des excommunications avec de l’argent, du temps de saint Louis. L’archevêque de Reims, étant mécontent des habitans de son diocèse, les excommunia tous ensemble , et leur vendit ensuite leur absolution (i). (Voyez Damnation éternelle , etc.)

EXEMPTIONS. — - Clovis II avait enlevé de l’église de Saint-Denis quelques lames d’or qui couvraient les tombeaux de saint Denis et de ses compagnons, et avait employé cet or inutile au soulagement des pauvres. Mais les moines se plaignirent (2) ; et ce fut pour les dédommager,

Augustin à Gênes; celui de Saint-Angelo à Venise, etc.

(1) Preuves des libertés de V église gallicane , tome Il , chap. 36.

(2) Les moines , dans ces siècles reculés , montraient une délicatesse extrême sur tout ce qui concernait leurs intérêts. L’action charitable de Clovis 11 touchait à leur trésor : ils dirent tout haut que Clovis était un prince abandonné à toutes sortes de vices , un débauché , un ivrogne , un brutal, un homme sans cœur, qui n’avait rien fait de bien pendant toute sa vie. Quand ils eurent obtenu ces grands dédomma- ' gemens , les mêmes gens publièrent partout que Clovis était un grand roi , sage , vaillant, brave, équitable, plein de religion , et très-agréable à Dieu. ( Saiat-Foix : Essais historiques , tome Ier. )

que, dans un concile tenu exprès à Clichy, ce prince déclara l’abbaye de Saint-Denis exempte de toute juridiction; et obtint des évêques assemblés qu elle serait indépendante de l’évêque de Paris et de tout autre ; qu’elle ne payerait point de redevances; que ses hommes de corps seraient exempts de tailles envers le roi, etc. (i)

— Au reste, les moines achetèrent dans la suite ces sortes d’exemptions à la cour de Rome ; et I on peut voir, dans la lettre de Pierre de Blois au pape Alexandre ÏIÏ , que les communautés religieuses pouvaient alors s’affranchir de la juridiction des évêques , en payant à la cour de Rome quelques onces d’or.

— Avant le règne de Louis A il , quand le roi arrivait a Paris, les officiers attachés à sa personne prenaient des matelas et des meubles, dans la première maison qui se présentait devant eux ; et les bourgeois de Paris étaient obligés de fournir les gens du roi des choses dont ils avaient besoin, pendant leur séjour dans la capitale. Louis VII les en exempta, pour Je salut

(i) Le président Hénault. Abrégé chronologique , an 65']. — Sauvai. Antiquités de Paris , lie. X. — Talon. Autorité des rois . 3e. dissert.

de son âme , et pour le repos des rois ses prédécesseurs (1).

Si Fou a été surpris de l’injustice des exemptions précédentes , on doit être étonné aussi de voir que les Parisiens aient souffert si long-temps une coutume ultra-féodale , sans qu’aucun prince ait songé à les en délivrer.

— L’ignorance fut si générale et si grande en Europe, pendant quelques siècles, que les plus grands seigneurs ne savaient pas signer leur nom. En Angleterre, afin d inspirer à la nation quelque goût pour l’étude , on faisait grâce à un criminel qui savait lire et écrire. « Personne ne peut prévoir ce qui lui arrivera dans le cours de sa vie , disaient les pères à leurs enfans : peut-être vous trouverez - vous un jour dans le cas d’être pendus; ainsi il est bon d’apprendre à lire et à écrire (2). »

- — « L’an i54o, le jour de saint Mathieu, » l’empereur Charles-Quint , allant de nuit au- » devant de son frère qui arrivait à Bruxelles , » fit lever un paysan, pour lui servir de guide » jusqu’à cette ville qui était proche. Le pay- »san, persuadé qu’il avait affaire à quelque

(1) Immunitas T Aid. JZII , anni 1 i65. Hist. de Paris. (3) Saint-Foix. Essais historiques , tome 2.

» seigneur, et comptant sur une petite recon- » naissance, sortit avec une lanterne; et s’a- » dressant à l’empereur, il lui demanda son » nom. L’humeur gaie et grotesque du paysan » plut tellement à Charles-Quint , qu’il lui ré- » pondit qu’on l'appelait Charles.

» Ayant ensuite fait quelques pas, et se sen- )) tant presse de lâcher de l’eau , le paysan dit à » l’empereur de tenir la lanterne , iusquà ce » quil eut jait . Mais pendant qu’il était en be- ))SOgne,il lui échappa un certain bruit, qui » obligea le prince de lui dire en riant : Tu » pètes y camarade? — Oui dà, répliqua le pay- » san , il ri y a si bon roussin qui ne pète en pis - » sant ; et cest mon habitude de péter quand je )) pisse....

» L’empereur s’amusa le soir et le lendemain )) de cette naïveté. 11 voulut meme faire voir r le paysan à sa sœur, et lui envoya dire de » venir à la cour. Le paysan sonda les replis de » sa conscience ; et quoiqu’elle ne lui repro- » chat rien, il ne laissa pas de sentir un grand » trouble, lorsqu’on le présenta à l’empereur. » Mais Charles -Quint , s’étant fait reconnaître » pour celui â qui il avait fait tenir sa lanterne, » se divertit quelques instans de son embarras, » et lui dit enfin que, pour le passe-temps qu’il

)) lui avait donné , et en mémoire de son pet » et de sa lanterne , il l’exemptait pour tou- » jours de toutes tailles , impôts , subsides , lo- » gemens de soldats, etc. (i) »

A quoi tiennent les choses de cette vie? C’est à un pet que ce paysan dut quelques jours d’aisance, et un privilège qui était très-doux en ce temps-là !

— Un bourgeois de Paris fut interdit civilement, parce qu’il était devenu fou. Sa femme lui fut nommée curatrice , et alla demeurer avec lui à la campagne, dans l’espoir qu’un air plus pur lui rendrait peut-être la raison. Mais le bourgeois ne recouvra point son bon sens ; et au bout de quelques années , on l’imposa aux tailles, comme les autres paysans. La femme porta ses plaintes par- devant les tribunaux , et par un arrêt très-remarquable, daté de septembre i654, il lui fut permis d habiter la campagne, et de ne point payer d impositions , à cause de la démence de son mari qui, ne jouissant pas des avantages de la vie civile, ne devait pas porter les charges publiques. On

(1) La vie et les actions de V empereur Charles- Quint ^

par Jüdocus de Grieck, tome //, ehap. 2.

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lui restitua même le quart des tailles de l’année

courante, qu’elle avait déjà payées

11 faut convenir que cette dame sut intéresser bien vivement ses juges , et que la foîie est bonne à quelque chose,* ou ces juges étaient donc des gens bien équitables et bien judicieux; car on ne peut guère donner en France de privilèges aux fous , que les droits communs à tous les Français. ( Voyez Privilèges ).

FÉLONIE. — La félonie féodale était une offense faite par le vassal à son seigneur, d’une manière un peu grave. Par exemple, quand le vassal ou le serf avait menacé de battre son seigneur, ou sa femme, ou ses enfans ; lorsqu'il avait injurié ou calomnié les uns ou les autres; lorsqu'il avait couché avec la femme de son seigneur; lorsqu’il l'avait embrassée; lorsqu'il avait violé la fille de son seigneur, ou qu’il avait osé lui déclarer une passion amoureuse , etc. : le vassal ou le serf était coupable de félonie , et le seigneur avait le droit de confisquer la petite propriété du serf, et tous les biens du vassal délinquant.

Comme F offensé était ordinairement aussi h

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juge , il lui était facile d’agrandir ses domaines, à force de félonies (i). — On a vu cependant bien des vassaux coucher avec la femme de leur seigneur, pendant que ce seigneur couchait avec la femme du vassal, sans qu’il en soit rien l'ésulté de fâcheux ; mais il est probable qu’on avait mis la discrétion dans le complot de félonie.

FEMMES. — Le sort des femmes a presque toujours été la servitude ; et, à l’éxception de quelques contrées de 1 Europe, elles sont encore les esclaves plutôt que les compagnes de leurs maris. Le droit des hommes n’est cependant qu’un droit de force et de violence ; mais ce droit a toujours eu raison.

Il est vrai que la nature accorde aux homîa prééminence , et, qu’en donnant aux femmes tant de faiblesse, elle leur interdit la supériorité et toute domination avouée sur notre sexe ; mais parce qu’il leur faut un guide, devraienteiles avoir un tyran?

On sait quel est leur sort dans l’Orient: une prison perpétuelle , un maître farouche et tou-

(i) Guyot. De la commise ou confiscation féodale, t. sect. 4. — Duplessis. Des fiefs , lie. 6 , etc.

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jours prêt à punir, des gardiens hideux, l’avilissante peine du fouet pour la moindre faute , et la mort au moindre soupçon.

— Dans d’autres pays , elles sont moins prisonnières ; mais elles font tout le travail de la maison. Ainsi les femmes de la Cote-d’Or cultivent la terre et sont chargées des soins les plus pénibles, pendant que leurs maris passent le temps h boire et à fumer dans leurs cabanes (i).

— Les religions anciennes ne furent pas trèsfavorables aux femmes ; la religion de Mahomet s’efforça de les avilir : elle leur refusa une

(i) Chez les peuples anciens, outre qu’elles étaient toute leur vie en tutelle , les femmes devaient mener la vie la plus solitaire, et demeurer enfermées dans leurs appartemens, tandis que leurs maris allaient aux fêtes. — Le Soudan d’Egypte Al-hakern fil, dans le onzième siècle, une loi expresse pour défendre aux cordonniers de faire aucune chaussure de femmes, parce qu ’il trouvait indécent de les voir sortir de. leur maison... — En France, le sort des femmes fut toujours plus heureux quechezles autres peuples. Nos ancêtres les admettaient à leurs conseils ; et elles font aujourd’hui l’ornement des cours et des sociétés, notre orgueil et notre bonheur. — Chez les Komains, l’autorité du père était si grande, qu’il pouvait obliger sa fille à répudier son mari, quoiqu’il eût consenti au mariage et que ce mariage fut heureux.

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âme , et ne leur laissa point d’espoir d’une autre vie.

La religion chrétienne traita les femmes aussi généreusement que les hommes, et leur permit l’entrée dans les parvis éternels. Cependant nos vieux théologiens disputèrent long-temps sur la nature des femmes; un parti nombreux les classait parmi les brutes , et leur ôtait aussi l’âme et la raison. Il fallut un concile pour arrêter les progrès de cette hérésie; et lorsqu’on eut prouvé catholiquement que les femmes de notre continent étaient de nature humaine, douées d’une âme raisonnable , capables d’embellir le ciel de nouvelles sectes s’élevèrent encore contre cette doctrine reconnue. Des casuistcs prétendirent que les femmes du Pérou et des autres contrées de l’Amérique étaient de petits animaux -, â la vérité séduisans, mais sans âme â sauver et sans raison.

Ces décisions eurent de nombreux partisans, et les Européens se gardèrent de fréquenter les vierges du Pérou , avec qui ils n’auraient pu succomber qu’en se souillant d’un crime énorme, puisque ces jeunes filles étaient dans la classe des bêtes. Mais enfin, pour obvier à ces péchés monstrueux que la faiblesse humaine rendait très-possibles, et peut-être convaincu

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par une dose de ce bon sens qui fut si rare en certains siècles, un pape fut assez galant pour rendre aux Américaines leur rang de femmes , douées d une âme raisonnable , et de toutes les qualités qui constituent la nature humaine.

— Celui qui voudra jeter un coup d’œil sur les siècles passés , verra que les femmes ne sont à leur place que chez les peuples éclairés , généreux, et dans les siècles de lumières (i).

— En France , avant la révolution , les femmes n’avaient aucun droit h l’héritage de leurs pères ; et , comme les cadets de famille , elles

(i) Quoique Jésus-Christ n’ait aucunement distingué les femmes d’avec les hommes, les premiers chrétiens firent cetle distinction, sans cependant abaisser les femmes à la condition des bêtes. Entre autres choses, il était défendu aux femmes de faire entendre leur voix dans l’église catholique. Les protestans trouvèrent que les femmes chantaient au moins aussi-bien que les hommes , et ils leur permirent d’élever aussi leurs chants jusqu’à l’Éternel. On reprocha aux protestans cette licence impie comme un grand crime. « Les » femmes chantent aux orgies des huguenots, dit Georges » l’Apôtre; apprenez donc, prédicans, que saint Paul a dit: » Mulieres in ecclesiâ taceant ; et que, dans le chapitre 2 ■.> de l’apocalypse, l’évêque de Tyathire est menacé de la » damnation , pour avoir permis à une femme de parler à » Pcglise. »

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voyaient pour elles la misère , et tons les biens pour Faine. Il est vrai qu’on plaçait la plupart des cadets dans les ordres , et la plupart des demoiselles nobles dans les monastères; mais quels abbés faisaient ces cadets , et quelles religieuses étaient ces femmes ?... La religion devait-elle appuyer les plus révoltantes injustices? Les princes auraient-ils dû les souffrir si longtemps? et ne pouvait-on pas prévoir quels maux causeraient un jour h la religion et à l’état toutes ces tyrannies , toutes ces distinctions sans fondement, sans but plausible.

Dans le plus grand nombre des pays de l’Europe , les femmes sont encore déshéritées dès leur naissance. — Joignez a tous ces outrages, les servitudes de tout genre auxquelles on les assujettit, la faiblesse de leur nature, les peines que leur cause une constitution sans énergie, et convenons que la femme est née pour souffrir, comme elle est née pour aimer. — Et elles intéresseraient bien plus encore , dans un pays généreux comme le notre, si elles avaient lame assez forte, pour faire moins de fautes et d’inconséquences. (Voyez Droits du Seigneur , Redevances , etc. )

FEMMES DE CORPS. — ( Voyez Serfs. )

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FÉODALITÉ (i). — Le gouvernement féodal, qui a cause des maux infinis, est aussi ancien que notre monarchie.

Les principaux d’entre les peuples de l’Europe trouvèrent si beau le sort des grands de la France, qui étaient véritablement de petits souverains, puissans et libres, quoique soumis au monarque, qu’ils se hâtèrent de les imiter; et peu de temps après l’invasion des Francs dans les Gaules , on voit la féodalité établie dans toute l’Europe.

Mais elle existait déjà chez les Germains et sans doute ailleurs , du temps de César. Les princes et les grands donnaient aux particuliers de chaque nation un coin de terre à cultiver, et les obligeaient de changer de contrée , quand ils le jugeaient convenable (2).

Tacite nous apprend, dans son livre sur les mœurs des Germains , que les principaux seigneurs étaient toujours suivis de jeunes gens

(1) Ce mot vient du latin feu dam , ou feodum ( fief). C’est une corruption de fœdus (alliance) ; 011 supposait qu’il y avait quelque attachement, quelque alliance obligée, enfin des devoirs et des redevances pour le vassal envers sosa seigneur

(2) De bello gall. , lib Vï.

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qu’ils appelaient compagnons (i) ; que ces jeunes gens étaient obliges à défendre leur chef dans les batailles et à le servir ; que ces chefs leur donnaient des chevaux , des armes et des repas; et qu’ils leur partageaient les rapines de la guerre.

Ainsi , ajoute Montesquieu, il y avait des vassaux chez les Germains ; mais il n’y avait point de fiefs , parce que les princes , ne s’occupant que de guerres, n’avaient point de terres à donner; ou plutôt les fiefs étaient des chevaux de bataille, des armes, des repas. Il y avait des vassaux, parce qu’il y avait des hommes fidèles, qui étaient liés par leur parole , qui étaient engagés pour la guerre, et qui faisaient a peu près le même service qu’on fit depuis pour les fiefs (2).

(1) Comités , d’où est venu le nom de comtes.

(2) Esprit des lois , liv 3o, ch. 3 — Quelques écrivains, comme Saiut-Foix , ont soutenu que l’origine des fiefs ne remontait qu’à la fin de la seconde race ; que nos anciens rois ne donnaient pas de bénéfices, à condition d’être toujours prêts à marcher en guerre; que le système de Montesquieu était insoutenable , parce que tout Français, dès qu’il avait atteint un certain âge, était obligé de servir, et qu’il n’était pas naturel que l’on gratifiât quelqu’un, pour l’engager à remplir un devoir indispensable, etc. Mais s’il y a ici

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— Ou trouve une preuve de l’existence des usages féodaux , dans la loi salique (i) et dans la distinction qu’elle établit entre les amendes. Celui qui tuait un antrustion, c’est-à-dire un Jidèle , vassal ou convive du roi, payait six cents sous d’or ; et pour le meurtre d’un sim-

un système absurde , c’est celui de Saint-Foix et des e'erivains qui ont pense' comme lui. Chez des peuples barbares, comme les Germains, il y avait peu de devoirs indispensables. On voit, dans César et dans Tacite, que les Germains n’aimaient que la vie militaire ; que quand leur pays était en paix , ils passaient au service d’un pays voisin, pour avoir le plaisir de se battre; que les princes et les grands leur faisaient des présens et des caresses pour se les attacher. Et sous la première race, quand la France était partagée entre plusieurs rois, il était si facile aux mécontcns de passer au service du prince voisin , que les chefs devaient nécessairement s’efforcer de conserver leurs fidèles. Ceux qui liront sans prévention les deux derniers livres de V Esprit des lois verront que , bien qu’il ait la faiblesse d admirer les lois féodales , Montesquieu 11e s’est pas plus trompé que sur le reste dans l’histoire de la féodalité I Que l’on considère d’ailleurs les bénéfices donnés aux militaires par Charles-Martel , la conduite de Charlemagne envers les prélats et les grands; qu’on étudie les commencemens de notre histoire et nos premières lois , on verra que la féodalité remonte plus haut que la fin de la seconde race.

(1) Titres 44 5 64 et 6*6.

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pie particulier , on n’en payait que deux cents.

Si le fidèle était un Romain, on payait trois cents sous pour se racheter du meurtre. On n’en donnait que cent pour la mort d’un Romain, de condition ordinaire , et quarante-cinq pour la mort d’un serf.

11 est dit, dans les lois des Bourguignons, que quand ces peuples s établirent dans les Gaules ( et l’on sait qu’ils y étaient déjà puissans, dans le cinquième siècle ) , ils reçurent les deux tiers des terres et le tiers des serfis (i). La servitude de la glèbe était donc établie dans cette partie delà Gaule, avant l’entrée des Bourguignons (2), comme elle l’était ailleurs avant l’entrée des Francs.

Qu’on lise Fauteur anonyme de la vie de Louis-le-Débonnaire (3), on y verra que Charlemagne donnait aux comtes et aux autres grands

(1) Les Francs avaient reçu la même chose, en entrant clans les Gaules, sous la conduite de Pharamond. ( Histoire de V esprit révolutionnaire des nobles en France , ch. Ier. , tome Ier.)

(2) Montesquieu. Esprit des lois , lie. 3o , ch. 10. — Cette loi distingue formellement les nobles , les ingénus et les serfs.

(3) Collection de Duchesne , tome //, pape 89, 285, 28 j , etc.

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officiers de la nation de véritables fie fs , c’està-dire des teiTes dont ils étaient seigneurs, où ils levaient des impôts, où ils avaient des serfs soumis à des redevances, etc. , à condition que ces comtes garderaient les frontières, et seraient toujours prêts à marcher à la guerre. On y remarquera encore que Louis-le-Débonnaire se plaignait d’être extrêmement paqvre , parce que Charlemagne donnait presque tous ses domailles aux seigneurs.

Montesquieu a démontré par des preuves irrécusables ( i ) que, sous la première et la seconde races , les rois, les ecclésiastiques et les seigneurs levaient des tributs réglés, chacun sur les serfs de ses domaines , et que les princes donnaient à leurs fidèles ou à leurs vassaux , des domaines, des biens fiscaux, des bénéfices, qui, à la vérité, ne devinrent fiefs héréditaires que vers la fin de la première ou le commencement de la seconde race.

(i) Esprit des lois , lie. 3o , eh. i5 et 16. — Lois des Allemands , ch. 2?.. Lois des Bavarois , titre /el., ch. 1 4- — Capitulâmes de Charlemagne , lie. 5, ch. 3o3. — Marcuifc, lie. F''., formule i/j. — Grégoire de Tours. Lieu IX de l Histoire des Francs , ch. 38. — Annales de Metz , an .7 47 ? etc.

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Grégoire de Tours rapporte (liv. IX) un traité fait à Andely, où les princes s’engagent à maintenir les fidèles et les églises, dans les biens qu’ils tiennent des rois leurs prédécesseurs; ils permettent encore aux princesses de disposer des choses qu’elles ont reçues du fisc.

Du temps des maires du palais, quelque fiefs étaient déjà héréditaires. Charles-Martel donna, aux guerriers qui l’avaient bien servi , des abbayes et d’autres biens ecclésiastiques. Ces guerriers possédèrent ces biens en fiefs et les laissèrent à leurs héritiers, puisque Charlemagne trouva entre les mains des gens de guerre tous les biens que Charles-Martel avait otés aux ecclésiastiques. Le nombre des fiefs héréditaires était très-grand , quand les Normands vinrent tout bouleverser. Mais le mot feodum n’ayant commencé d’être en usage que vers le règne de Cbarles-le-Simple, beaucoup de gens ont cru que l’origine des fiefs ne remontait qu’à l’origine du nom.

— Dans le commencement de la première race, on voit en France un nombre infini d’hommes libres. 11 y eut dans la suite tant de serfs, qu’au commencement de la troisième race , tous les laboureurs et presque tous les habitans des villes se trouvèrent serfs ; et au lieu que dans le

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commencement de la première, il y avait dans les villes à peu près la même administration que chez les Romains, des corps de bourgeoisie, un sénat, des cours de judicature, on ne trouve guère , vers le commencement de la troisième, qu’un seigneur et des serfs (i). Un pareil changement ne s’est sûrement pas opéré dans un demi-siècle.

Il est donc constant qu’il y eut des fiefs héréditaires sous la seconde race et même à la fin de la première. Au commencement de la troisième, toute la France était divisée en une infinité de petites seigneuries, que l’on a comparées avec raison a une infinité de petits états despotiques. Chaque province , chaque district, chaque vil-

( i) Montesquieu Esprit des lois , liv. 3o, ch. ir. — » Ces droits de se choisir des juges, dont jouissaient les Gaulois du temps des Romains, et qui s’éteignirent en France sous la première race , prouvent encore que la féodalité s’était établie en même temps que la monarchie. On a vu, au mot Communes , que, sous les deux premières races, les grands seigneurs et les principaux du clergé assistaient seuls aux assemblées de la nation; que le peuple était compté pour rien, et que ce fut. Louis-le-Gros qui le premier établit les communes. clans les villes et dans les bourgades. Or, si le peuple n’avait aucuns droits sous la première race , les grands cpii avaient tous les droits étaient nécessairement seigneurs féodaux.

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lage avait ses lois et ses coutumes particulières, outre les lois des dîmes et des droits féodaux , que tous les seigneurs avaient reçues et modifiées à leur gré.

— Le régime féodal a été entièrement aboli, le 4 août 1789, article 1er. des lois de ce jour. ( Voyez le reste du Dictionnaire .)

FÊTES. — On voit, dans les capitulaires de Charlemagne, le nombre des fêtes que le peuple était déjà obligé de chômer; et l’on remarque qu’on avait alors plus de dévotion qu’aujourd’hui : car on fêtait Noël pendant quatre jours et Pâques pendant huit. On observait encore la Circoncision, 1 Épiphanie , la Purification, les trois jours des Rogations, la Pentecôte , saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul, saint Martin , saint André , etc. , et l’octave de la plupart de ces fêtes.

Le concile deMayence ordonna en outre que l’on chômerait à l’avenir la Pentecôte pendant huit jours , aussi-bien que Pâques; que l’on fêterait l’Assomption , saint Michel , saint Remi le saint de la paroisse , la dédicace de l’église , et les saints dont on aurait des reliques. — Depuis, la liste des fêtes s’allongea toujours; et, dans ces derniers siècles , il était presque im-

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possible de les compter. Le concordat de 1801 les a réduites en France au nombre de quatre.

— Chaque profession, chaque compagnie s’était donné des patrons (1); et ce patronnage avait ordinairement une cause ridicule. Ainsiles meuniers avaient la modestie de fêter le bon Larron; et les ivrognes prétendaient que saint Martin se chômait pour eux, parce qu’anciennement on donnait à boire dans chaque église, le jour de la fête de saint Martin.

Les femmes de mauvaise vie soutiennent aussi que le jour de la Madelaine a été chômé , à la poursuite de leurs devancières , du temps qu elles composaient un corps et qu elles avaient leurs coutumes.

— Les artisans et les marchands du quartier des halles fêtaient encore, il ny a pas longtemps, la mi-carême. Ce jour-là, on obligeait les jeunes gens qui faisaient quelque apprentissage d’aller baiser la figure de la truie ([ui jile , sculptée sur une maison du marché aux poirées- Qn donnait une grande pompe à cette cérémonie ; et le reste de la journée se passait en go-

(i) Sauvai. Antiquités de Paris , liv. XI.

daille, comme dit madame la comtesse de Genlis (i).

— -Anciennement, on devait passer en prières , dans les églises, la nuit qui précède Noël. Mais, comme dit Sauvai, on y allait plus pour des rendez-vous d’amour, et pour le réveillon, que pour autre chose.

C’est à cause des désordres de cette nuit-là, qu’on dit encore des enfans anonymes : Ce sont enfans de la messe de minuit , qui cherchent leur père à tâtons.

— La fête la plus en usage et la plus scandaleuse, était la fête des fous , qui se célébrait le jour de saint Étienne, le jour de Noël, le jour des Piois , le jour de Pâques même; mais principalement à la Circoncision.

Les écoliers de l’université choisissaient un d’entre eux, qu’ils nommaient le seigneur delà fête , et quelquefois le roi , V évêque, V archevêque ou le pape des fous . Ils le revêtaient d’habits pontificaux, le confirmaient et le sacraient avec les cérémonies d’usage. Ils allaient ensuite le prendre en procession , et le conduisaient à l’é-

(1) Dans le roman des Parvenus. — Godaille est un

mot populaire qui rime avec ripaille et mang caille , et qui a autant de force et de dignité que ces deux mots.

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glise. Là, ce pape des fous célébrait l’office divin, et donnait la bénédiction au peuple. On lui servait ensuite, dans l’église même, un grand dîner, pendant lequel on chantait, on dansait, on s’enivrait , on se battait, et presque toujours jusqu’à l’effusion du sang.

Tous les élèves des facultés de droit, de théologie et de belles-lettres , se mêlaient indistinctement à cette fête, qu’ils regardaient comme très-sainte; ils avaient d’ailleurs leurs privilèges , et ils déclaraient excommunié quiconque penserait à leur interdire la fête des fous.

Pendant l’office , les clercs étaient assis dans les hautes stalles des chanoines ; et , à ces mots du magnificat , deposuit potentes de sede, et exalta vit humiles , que Ion répétait pendant un quart d’heure , on applaudissait avec un bruit effroyable , parce qu’en effet les petits occupaient la place des grands. Après l’office, < chacun se masquait, et l’on conduisait par la ville, comme en triomphe, le pape des fous dans une charrette. Cette farce impie se terminait par des chansons licencieuses , des extravagances outrées, des farces indécentes, qui amusaient le peuple et les clercs.

La fête des fous se célébrait dans la plupart des églises du royaume , et surtout dans les ca-

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thedrales; mais c’était à Paris qu elle était plus soignée. Eudes de Sully, archevêque de Paris en 1 198, s’efforça d’abolir ces facéties scandaleuses : il obtint de Pierre de Capoue , légat du pape, un mandement exprès là-dessus. Les efforts de l’évêque et le mandement du légat ne purent rien produire : la fête des fous se célébrait encore dans toute la France, au quinzième siècle ; et une lettre circulaire que la faculté de théologie écrivit, en i444> aux évêques du royaume , pour la suppression de ces extravagances, nous apprend qu’alors les prêtres et les clercs assistaient à l’office divin avec ladernière indécence. Les uns étaient vêtus en bouffons, et faisaient plus de grimaces que de prières ; les autres , habillés en femmes, avaient auprès d eux des galans , masqués d’une manière monstrueuse. Toute leur occupation, pendant la messe, c’était de tenir des propos lascifs, de chanter des chansons infâmes, de faire des gestes lubriques, de manger des soupes grasses sur l’autel, et de jouer aux dés à côté du prêtre célébrant.

D’autres faisaient des feux de joie dans le choeur, avec de vieilles savates, et sautaient à l’entour, en poussant de grands éclats de rire. AP rès l’office, ifs allaient se promener par la

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ville, dans des charrettes; et la journée ne se terminait pas sans qu’on se fût battu. Voilà ces temps de bénédiction que nous devons regretter , ccs saints usages dont le retour ferait grand bien , dans le siècle où nous sommes !...

— Mais la fête des fous n’était pas la seule, où les étudians se distinguassent. Ils célébraient aussi pieusement la plupart de leurs fêtes. En iÙ25, le jour de saint INicolas ( patron des jeunes gens ) , les écoliers, avec les chapelains, les chantres et les enfans de chœur de l’université, parcoururent, déguisés, toutes les rues de Paris, conduisant au milieu d’eux une femme à cheval , escortée de gens habillés en diables et en docteurs. François Ier. s’en plaignit ; il lui fut répondu que c’était i habitude d’aller ainsi chanter le salut à Saint-Nicolas-desChamps, mais qu’on le ferait à l’avenir avec plus de bienséance

— Autrefois encore , dans plusieurs églises , les paroissiens se déguisaient, le jour de la Fête- Dieu, sous les costumes de Jésus-Christ, des apôtres , de Moïse , d’ Abraham et d’Isaac , d’Adam et Ève, etc. ; mais avec des cérémonies si honteuses, que le parlement s’en scandalisa enfin, en 1 57 1 , et condamna à une amende de

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deux cents livres ceux qui profaneraient ainsi désormais le jour de la Fête-Dieu.

Cependant nous voyons encore aujourd’hui, dans plusieurs villes , et particulièrement dans celles de Dijon et de Paris, un grand nombre d’enfans assister aux processions de la Fête- Dieu, en saint Jean-Baptiste, en Madeleine, etc.

— Avant la suppression des droits féodaux, la ville d’Autun, en Bourgogne , fêtait saint Lazare , son patron, d une façon assez singulière, et dont l’origine n’est pas bien connue.

Le 29 juillet , jour de la fête , après les offices solennels , les chanoines de la cathédrale , revêtus de leurs soutanes , de leurs surplis , avec leurs aumusses et un grand bouquet au côté , montaient à cheval , accompagnés du baschœur et d’une grande troupe de bourgeois armés de fusils. Cette cavalcade était précédée par un cavalier armé de toutes pièces , selon l’usage de l’ancien temps , et tenant une lance à la main. Le chapitre faisait ainsi processionnellement le tour de la ville en dehors, revenait à l’hotel de ville, déposait le cavalier armé sur le perron; et aussitôt tout le cortège se dissipait.

De ce moment, commençait, sur la grande place de l’hôtel de ville, et sous les yeux de

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Fliomme armé, un simulacre de combat ou de siège. Une partie des bourgeois attaquait un fort construit en fascines et en gabions sur cette même place , et défendu par des citadins qui semblaient s y être retranchés. On se tirait bien des coups de fusils chargés à poudre; on montait à l’assaut; on était repoussé ; et l’on pense bien qu’avec de mauvaises armes et beaucoup de gens ivres, tout cela ne se passait pas sans accidens.

Cependant, à sept heures du soir, les défenseurs du fort arboraient le drapeau blanc et se rendaient ; les assaillans entraient par une brèche qu on avait eu soin de pratiquer ; le fort était démoli , et les débris étaient employés à un grand feu de joie.

Mais , à l’instant de la reddition du fort, le chapitre de la cathédrale devenait seigneur de la ville pendant trois jours , et percevait, durant cet espace de temps , tous les droits seigneuriaux. Ces droits étaient considérables : on ne pouvait rien vendre autrefois sans faire la part du seigneur; c’était le cinquième, ou le quart du prix de l’objet vendu. Les roturiers d’Autun remettaient toutes les ventes qu’ils avaient à faire, aux trois jours de la seigneurie des chanoines ; et , comme ceux-ci ne devaient

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