‹ Dictionnaire féodalChapitre 64 sur 158 · FID · texte numérisé non relu

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qu’il y a d’étonnant , c’est que les chrétiens suivaient le même usage.

De plus , à la fin du dernier siècle , le maire et les échevins de plusieurs villes du royaume devaient encore faire mettre dans un panier une ou deux douzaines de chats , et les brûler dans le feu de joie de la veille de la Saint Jean.

Cette barbare coutume, dont on ignore l’origine, subsistait a Paris même : c’était le prévôt des marchands qui devait présider à la mort des chats sacrifiés. On l’abolit dans cette ville, au commencement du règne de Louis X1Y ; elle ne tomba dans les provinces qu’au moment de la révolution (i).

FIDÈLES. — On a parlé, au mot Féodalité ,

(i) O il lit , dit Saint-Foix , dans un des exécrables libelles du temps de la ligue , ( le Banquet cV Arête , par Louis d’Orléans), que les ecclésiastiques , qui avaient assisté à la prétendue conversion de Henri IF, méritaient d'être attachés en Grève comme fagots , depuis le pied jusqu'au haut de l'arbre de la Saint Jean ; que ce prince devait être mis dans le panier ou l'on met les chats y et que ce serait un sacrifice agréable au ciel et délectable à la

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de ces volontaires qui , chez les Germains , suivaient les princes dans leurs entreprises. Le même usage se conserva après la conquête. Tacite les désigne par le nom de compagnons ; la loi salique par celui d’ hommes qui sont sous la foi du roi ; les formules de Marcuïfe par celui Ôl antrustions du roi ; nos premiers historiens par ceux de leudes , de fidèles ; et les suivans par ceux de vassaux et de seigneurs.

Les fidèles recevaient du prince, qu’ils suivaient h la guerre , des privilèges , des dignités et des biens. Ces biens furent appelés fiscs , biens fiscaux, bénéfices, honneurs, fiefs, dans les divers auteurs et dans les divers temps (i).

Mais la principale ressource de ces Jidèles , avant qu’ils se fussent établis dans les Gaules, était le butin qu’ils faisaient à la guerre, et qui se partageait entre eux, dans la proportion des grades, et des dangers qu’ils avaient courus (2).

Ce fut à la tète de cette noblesse que Pharamoud, cherchant un pays plus doux que le sien, arriva dans la Gaule romaine , et s’y fit recevoir lui et ses jidèles , non comme des hôtes, mais

(1) Montesquieu, Esprit des lois , liv. 3o, chnp . 16.

(2) Histoire de l'esprit révolutionnaire des nobles en France y tome Ier., ch. Ier .

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comme des maîtres. Les Francs prirent leur domicile chez les plus riches habitans de la contrée, et se déclarèrent propriétaires des deux tiers des terres , et du tiers des esclaves qui appartenaient aux Gaulois. Ces usages ne se sont pas tout-à-fait perdus, parmi les nations civilisées (i).

Avant rétablissement de la monarchie , il n y avait dans les Gaules, qu’un petit nombre d’esclaves que l’on traitait avec humanité (2). Les conquérans gardèrent, dans leur maison, la férocité qu’ils avaient contractée à la guerre. Ils multiplièrent par la violence le nombre de leurs esclaves ; et , quand ils en eurent des troupeaux, ils voulurent jouir des terres, ce qu’ils avaient jusque-là négligé : iis obligèrent leurs esclaves à les cultiver pour eux. L’immense majorité des habitans de la Gaule devint, par ce moyen, un peuple de serfs attachés à la glèbe; et les fidèles y des seigneurs féodaux.

FIEFS. — Les annales de Saint-Bertin disent qu’en 85o , Salomon, duc de Bretagne, payait le tribut et faisait hommage, pour sa province,

(1) Idem , ibidem.

(2) L’abbé Bertou , Anecdotes françaises.

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au roi Charles-le-Chauve , suivant V ancienne coutume , Voilà pourquoi quelques écrivains ont pensé que la Bretagne était dès lors un fief détaché originairement de la couronne ; et Grégoire de Tours décide cette question, en faveur de ceux qui font remonter les fiefs au commencement de la monarchie. Les Bretons, dit-il, ont toujours été soumis aux Français, depuis la mort de Clovis , et leurs chefs ont été appelés comtes et non rois (i).

Mais, comme on l’a déjà dit, ce ne fut que vers la fin du neuvième siècle que toute la France acheva de se diviser en fiefs héréditaires. Cefutalors aussi qu’on inventa la plupart des mots qui tiennent à la féodalité; et, au commencement de la troisième race , il ny avait plus en France que des serfs et des seigneurs.

— Les villes memes étaient des fiefs. Il y avait à Paris, autour de l’hotel de Bourgogne, seize maisons qui formaient un fief royal. C’est ce fief que Henri IV céda aux religieux de sainte Catherine, lorsqu’il bâtit la place Royale, qui occupait une partie de leurs terres.

(i) Gregorii 7’uron. Histor. , lib. IV, ch. 4-

Le reste de la ville était divisé en une multitude de fiefs, «à l’exception de quelques quartiers qui jouissaient du droit de franchise. Les seigneurs de ces fiefs étaient souvent des moines, qui percevaient leurs droits seigneuriaux sur les rois memes. François Ier,, tout fier qu’il était, payait le cens et le quint dans ses ventes, à ces memes religieux de sainte Catherine, pour son hôtel des Tournelles, situé en partie dans le fief de ces pères.

En 1 5 5 o, Philippe de Valois ayant acheté mille vingt-cinq livres parisisle fief de Thérouenne, dans le quartier de Saint-Denis, paya au comte de Dammartin, de qui ce fief relevait, deux cent cinquante livres pour le quint ( ou cinquième du prix de la vente ), et pour les autres droits féodaux.

Les évêques de Paris avaient, dans cette seule ville, neuf grands fiefs, et y étaient dans certains temps plus puissans que le roi (i). Il y

(i) Sous le régime féodal , tout le pouvoir était entre les mains des seigneurs ; le droit à la vérité était an roi : mais qu’est-ce que le droit sans la force , dans des siècles de barbarie? — L’évêque avait droit de justice seigneuriale dans cent cinq rues de Paris ; l’abbé de Saint-Germain-des-Prés dans tout le faubourg Saint-Germain , et dans trente rues de la ville • et ainsi de suite , de sorte que le roi n’avait rien ou presque rien.

avait peu de couvens qui n’eussent de meme plusieurs fie s , et qui ne reçussent des hommages et des redevances , de tous cotes et tous les jours.

— Mais il y avait des seigneurs, dont les fiefs étaient plus ridicules que considérables. Ainsi la fabrique de l’église des Innocens possédait , en manière de fief, les échoppes qui entouraient le cimetière. Les marguilliers en recevaient les hommages et y percevaient les droits seigneuriaux.

Le sous-chantre de Notre-Dame était, en i 266, seigneur féodal d’un coin du faubourg de Saint-Jacques. Le chapelain du collège des Bons- Enfans percevait des droits seigneuriaux sur les maisons environnantes. Le fief de Patouiilef. était une petite rue du faubourg de Saint-Victor, qui appartenait à un sonneur, dans le treizième siècle. Les clercs qui chantaient les matines à Notre-Dame, avaient pareillement un fief qui rapportait bien cinq sous par mois : ils n’en étaient pas moins seigneurs.

Le fief des Trois Pucelles consistait en trois ou quatre maisons, situées près de l’église de Saint Jacques-de-la-Boucherie. C’était souvent le chefcier ou l’obitier de cette paroisse qui en était seigneur féodal. Ce fief fut vendu , au corn-

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mencement du quinzième siècle, à un maître d’école , qui y percevait, comme ses devanciers , le droit de cuissage sur les trois premières pucelles qui se mariaient dans l’an.

En faisant hommage à ce seigneur , on lui portait une alose ou deux sous. 11 fallait aussi que celui qui rendait hommage fût à genoux , tandis que celui qui le recevait était assis, les fesses à terre-

Ces petits seigneurs relevaient d’un seigneur un peu plus considérable, qui relevait à son tour d’un plus grand ; et , dans des vdles comme Paris , il fallait quelquefois remonter neuf ou dix échelons de seigneurs, pour arriver au suzerain, qui relevait du roi (i). (Voyez Féodalité, Arrière-fiefs , Hommages , Redevances, Droits féodaux , etc).

FIEFS DE DIGNITÉ. — Suivant l’éditde mars 1682, une terre ne pouvait être érigée en duché-pairie , si elle ne valait huit mille écus de revenu annuel ; mais cet édit n’était pas trèsexactement observé; et, suivant 1 édit d’aout 1579, un marquisat devait être composé de

(i) Voyez Sauvai. Antiquités de Paris , liv. Il , Fil , FUR X , etc.

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trois baronnies et trois châtellenies; un comté , de deux baronnies et trois châtellenies; une baronnie, de trois châtellenies. La châtellenie devait avoir haute, moyenne et basse justice, avec plusieurs droits seigneuriaux. Cet édit encore était mal exécuté; car il y avait une foule de marquis et de comtes qui n’avaient d’autres terres que le pavé du roi. — Les duchés, principautés , marquisats , comtés et baronnies , étaient des fiefs de dignité, qui relevaient de la couronne (i).

ï ILLES PUBLIQUES. — Charlemagne, qui ne se piquait pourtant pas de continence, ne voulut point de filles publiques dans ses états. Il ordonna, en conséquence, qu elles seraient condamnées au fouet , et que ceux qui les auraient logées , ou chez qui on les aurait trouvées, les porteraient sur leurs épaules, jusqu’au lieu de l’exécution (2).

Mais ces lois produisirent de grands désordres; les femmes honnêtes ne furent bientôt plus en sûreté ; l’expérience fît connaître que les

(1) Loisean. Des seigneuries , ch. 6. — Henriquez. Code des seigneurs hauts- jus liciers et féodaux , ch. 5.

(?.) Capitulaires de Baluze, tome Ier.

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filles publiques sont un mal nécessaire dans les grandes villes; et on prit le parti de les tolérer.

Elles commencèrent donc à faire un corps qui payait des impôts, qui était soumis aux taxes, et qui avait des statuts et des juges. On les appelait femmes amoureuses , filles folles de leur corps , etc. Tous les ans, elles faisaient une procession solennelle, le jour de la Madeleine. On leur désigna, pour leur commerce, certaines rues, où elles avaient des clapiers , qu’elles s’efforçaien t de rendre agréables et commodes au public. Elles étaient obligées de s y rendre, à dix heures du matin, et d’en sortir dès qu’011 sonnait le couvre-feu (1) , c’est-à-dire, à six heures du soir en hiver , et entre huit et neuf en été. Il leur était absolument défendu d’exercer chez elles.

Celles qui suivaient la cour étaient tenues , tant que le mois de mai durait, de faire le lit du roi des ribauts , et de servir ensuite, à un prix raisonnable , les courtisans qui avaient besoin d’elles.

— De toutes les rues affectées, parla ville de Paris, au débordement des filles publiques, la rue Brisemiche et la rue Tire-Boudin (aujour-

(1) Voyez Couvre-feu, dans ce dictionnaire.

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d’hui rue Marie Stuart), étaient ies mieux fournies. En 1587 , le prévôt de Paris rendit une ordonnance qui chassait ces sortes de femmes de la rue Brisemiehe , à la requête du curé de Saint-Merri, et attendu l’indécence de leur domicile si près d’une église et d’un chapitre. Des bourgeois, à qui le voisinage des filles de joie ne déplaisait point, s’opposèrent généreusement à l’exécution de cette ordonnance, et entreprirent de maintenir les femmes publiques dans l’ancienne possession où elles étaient de cette rue. Le parlement admit, en i58S, 1 opposition des bourgeois , et débouta le curé de ses prétentions, sauf à prononcer définitivement, au ca renie prochain, sur les nouvelles raisons des parties. Les filles amoureuses gagnèrent leur cause, en objectant que, si on les chassait de la rue Brisemiehe, à cause du voisinage de l’église, il faudrait les chasser de Paris, où l’on comptait plus d’églises que de rues.

Mais quelque temps après, le curé de Saint- Merri trouva le moyen de se venger d’un de ces braves bourgeois, qui avaient si bien défendu la chose publique, en le condamnant à faire amende honorable, un dimanche, à la porte de la paroisse, pour avoir mangé de la viande le vendredi.....

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Malgré tout, les filles publiques eurent la jouissance de leurs droits et de leurs rues, jusqu’au règne de Charles IX. Mais, en i5 65, tous les lieux de débauche privilégiés furent abolis, et les femmes amoureuses obligées de quitter toutes les rues dont elles étaient en possession. On voulut alors, comme du temps de Charlemagne , supprimer la prostitution et les débauches. Malheureusement des désordres d’un genre plus grave prirent la place des lubricités qui se passaient dans les maisons infâmes,* et, après cette nouvelle expérience , on fut obligé de rétablir encore les filles de joie, que l’on a jusqu’ici tolérées, et qui payent aujourd’hui à la police des impôts et des patentes, qu’elles payaient autrefois aux seigneurs justiciers , ecclésiastiques et laïques (i).

— Un cordelier fonda à Paris, vers la fin du quinzième siècle, le couvent des Filles repenties de saint Magloire , pour servir de retraite aux femmes débauchées , qui auraient

(i) Voyez Sauvai , liv. II, VII , XI, XII , XIV , des antiquités ; livre des preuves ; cahier des amours. — Saint-Foix, tomes I et II. — Du Tillet. Fêtes des fous — Pasquier. Recherches. — Histoire de Paris, de Féiibien et Lobineau. — Journal de Henri III, etc.

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toute leur vie abusé de leur corps. Jean Simon de Champigny , évêque de Paris , rédigea luimême les statuts de cette maison , et fit tout son possible pour empêcher qu’011 y reçût des pucelles, et que les vierges mangeassent le pain des pauvres filles prostituées.

On remarque avec satisfaction cette petite partie des statuts du bon évêque : « On ne rece- » vra , dans les filles pénitentes , aucune sœur » qui n’ait mené , au moins pendant quelque » temps, une vie dissolue ; et, pour que celles » qui se présenteront ne puissent tromper à » cet égard , elles seront visitées en présence » des mères , sous-mères et discrètes , par des » matrones nommées exprès, et qui feront ser- » ment , sur les saints évangiles, de faire bon » et loyal rapport.

» Afin d’empêcher les filles d’aller se prosti- » tuer pour être reçues , celles qu’on aura une » fois visitées et refusées seront exclues pour » toujours....

» Outre ce , les postulantes seront obligées » de jurer, sous peine de leur damnation éter- » nelîe , entre les mains de leur confesseur et w de six religieuses, qu’elles ne s’étaient pas » prostituées, à dessein d’entrer un jour dans » cette congrégation , et qu’elles avaient péché

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» sans intention pieuse. On les avertira encore » que, fussent-elles professes, on les renverra, » si l’on découvre quelles ont abusé de leurs )) corps pour devenir religieuses (i) »

À la vérité, notre siècle n’offrirait peut-être, pas une charité aussi prévoyante , et une destinée aussi consolatrice pouf les nymphes de nos rues et de nos places publiques.

FOI ET HOMMAGE. — En rendant hommage, le vassal mettait sa main dans celle du seigneur, et jurait : le serment de fidelité se faisait, en jurant sur les évangiles.

L’hommage se faisait a genoux; le serment de fidélité debout. — Il n’y avait que le seigneur qui pût recevoir l’hommage ; mais ses officiers pouvaient prendre le serment de fidelité.

Foi et hommage , c’était fidélité et hommage (2). On devait ordinairement tous les deux à son seigneur. (Voyez Hommages .)

(1) Le père Héliot, Histoire des ordres religieux.

(2) Montesquieu. Esprit des lois , lie. 3i, ch. 33, notes. — Voyez le Glossaire de Ducange, aux mots Hominium et Fidelitas .

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