GIB
on peut être fainéant sans mériter la mort; et un pauvre homme, qui a le malheur d’ètre poltron , n’est pas toujours un infâme.
Anciennement, chaque seigneur avait sa justice et ses échelles patibulaires. On ne pouvait faire un pas, dans nos campagnes, sans rencontrer un gibet; toutes les places publiques de Paris en étaient décorées. Outre Montfaucon , la Grève , le Pilori, etc. ; Pévêque de Paris, l’abbé de Saint-Germain, le grand prieur du Temple, le prieur de Saint-Eloi , le prieur de Saint-Martin, chaque justicier ecclésiastique ou laïque avaient un ou deux gibets pour leur justice; et, quoiqu’on pût voir tous les jours des pendus attachés à ces gibets, on ne voit pas que ce spectacle ait fait un grand bien chez nos ancêtres, puisqu’il y avait, dans les temps féodaux, beaucoup plus de crimes que de nos jours , comme il y avait plus de misère et moins de mœurs.
La principale échelle patibulaire de l’évêque de Paris était dressée dans le parvis de JNotre- Dame. Le père du Breul raconte (») qu’il y vit exposer un prêtre, ayant au dos cette inscription, en lettres majuscules : Pi opter jornicciLio-
( \ ) Théâtre des antiquités de Paris.
GIB 25g
nem ; ce qui dût bien édifier les fidèles du seizième siècle.
En i4o6, on exposa a la meme échelle un sergent du châtelet, convaincu d’avoir mal
parlé de la religion ; et comme il persistait à douter de certains miracles modernes, qu’on voulait l’obliger à croire, l’inquisiteur de la foi le fit brûler au marché aux pourceaux (> ).
Mais pendant qu’on brûlait les laïques pour leur incrédulité, on ne punissait epie de l’exposition et des peines canoniques les prêtres qui se rendaient coupables des crimes les plus énormes. Ainsi, en i4tf>? 1e boiteux d’Orgemont , chanoine de Notre-Dame, fut simplement exposé à l’échelle de l’évêque, et condamné à un emprisonnement, pour avoir tenté d’assassiner le roi de Sicile , le duc de Berry et tous les amis
(i) Le marché aux pourceaux , qui s’appelait aussi la place aux chats et ia fosse aux chiens , était une voirie, située entre la rue des Bourdonnais , la rue Bétlusi et la rue Saint-Honoré — Dans ces bons temps, où toutes les tyrannies pesaient sur la France, ce n’était pas assez des seigneurs et des gens piivilégiés , on avait appelé des inquisiteurs qui
tourmentaient les consciences et brûlaient les incrédules. — Hugues Aubriot fut mis dans Une basse fosse , au pain et à l’eau , par ordre de l’évêque, et à la requête de l’inquisiteur de la loi. ( Sauvai , liv- X. )
2Ôo GIB
du duc d’Orléans. — Cette justice distributive était tout-à-fait admirable ,* et nous devons bien regretter ces temps si sages , ces privilèges si utiles à la nation.
— Le gibet de Montfaucon était élevé sur une éminence de pierre de plâtre, entre le faubourg Saint-Martin et le faubourg du Temple. 11 y avait, au commencement du quatorzième siècle, un autre gibet moins élevé dans le voisinage. On pendait au grand gibet de Montfaucon, pour les grands crimes, et au petit gibet voisin , pour les crimes moins considérables.
Remi de Montigny, trésorier de France sous Charles-le-Bel, s’étant fait une fortune de plus de douze cent mille francs, fut accusé de concussion. Ce crime était d’autant plus vraisemblable , qu’en ce temps-là le roi jouissait à peine d’un million de revenu. Montigny fut donc condamné à être pendu au petit gibet. Mais ayant avoué, au moment de l’exécution , qu’il avait eu des intelligences avec les ennemis du royaume , on le lia bien vite au cul de la charrette qui l avait amené , et on le traîna au grand gibet de Montfaucon, où il mourut avec plus d’ infamie.
- — Pasquier remarque (1) que les fourches patibulaires de Montfaucon ont porté malheur à tous ceux qui s’en sont mêlés; qu’Enguerraud de Marigny, qui les fit bâtir, les étrenna ; que Remi de Montigny, les ayant fait réparer, y fut aussi pendu; et que de son temps, JeanMounier, lieutenant civil de Paris, le releva, et y lit ensuite amende honorable. La remarque de Pasquier est fausse : le gibet de Montfaucon n’était pas l’ouvrage d’Enguerrand de Marigny ; Montigny ne l’avait point fait faire ; il avait été construit plus tard, sans qu’on en sache le temps précis (2).
( [) Recherches , Z/V. 7 , chap. 40.
(2) Ou n’exécutait pas à Montfaucon , du temps de Louis XI; et si Pasquier dit que ce lieu patibulaire fut bâti par Marigny, Corrozet prétend que ce fut l’ouvrage de Montiguy , sous CEarles-Ie-Beî ; d’autres soutiennent qu’il fut élevé par Pierre de Labrosse , favori de Philippe-îe-Hardi. Mais Popinion l’a puis vraisemblable, c’est que Montfaucon fut construit au quinzième siècle. Quoi qu’il en soit, on y voyait encore, du temps de la ligue, seize gros piliers, haut* d’environ trente-trois pieds. Pour les joindre ensemble , et pour y attacher les corps des criminels, on avait, enclave, dans les chaperons de- ces piliers, de grosses pièces de bois qui traversaient de l’un à l’autre et portaient des chaînes de fer , d’espace en espace. Au milieu, on avait pratiqué une cave qui recevait les corps des suppliciés , lorsqu’ils tom-