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geoise ne descendait que jusqu'aux épaulés; celui de la femme d’un chevalier lui tombait sur les talons et traînait à terre.
— On porta , dans différens règnes, d’autres lois de ce genre , qui étaient toutes féodales , puisqu’elles établissaient des distinctions injustes. — Assurément il serait heureux qu’une pauvre femme 11e s’égalât point, par son luxe , à la femme opulente. Mais chacun doit être libre de dépenser son argent à sa fantaisie.
HANNOUARS. — C’est le nom qu’on donnait aux porteurs de sel de la ville de Paris. — A la pompe funèbre de Charles Mil, vingt-quatre porteurs de sel delà ville, qu on appel lehannouars, prétendirent que , par privilège , ils devaient porter le corps dudit seigneur roi (comme ils avaient porté les corps de Charles VI et de Charles VII, et comme ils portèrent dans la suite celui de Henri IV) depuis Paris jusquà la croix de Saint-Denis. Mais il fut dit que les gentilhomme s de la chambre le porteraient pour cette jois , sans préjudice du privdége que disaient avoir lesdits hannouars .
Sur quel motif pouvait être fondé ce privilège , dit Saint-Foix? En voici sans doute l’origine : 011 avait perdu l’art d’embaumer les corps;
2 j 2 HEB
on les coupait par pièces, qu’on salait (i)y après les avoir fait bouillir, pour séparer les os de la chair. Apparemment que les porteurs de sel étaient chargés de ces grossières et barbares opérations, et qu’ils obtinrent l’honneur de porter ces tristes restes , que Eorgueil tâchait de disputer au néant (2).
HÉBERGEMENT* — Du temps de Charlemagne, les évêques et les abbayes dotées par le prince étaient obligés de le loger et de le nourrir, à son passage, avec toute sa suite. Cedroit, que le monarque avait sur le haut clergé, s’appelait droit d'albergie ou d'hébergement.
Charlemagne passait souvent par la maison d’un évêque assujetti à cette redevance , parce qu’il s’y trouvait bien traité. Un jour qu’il le vit fort occupé à faire balayer ses apparte-
( 1 ) Henri V , roi d’Angleterre , et qui se disait aussi roi de' France, étant mort à Vincennes , au mois d’août 1422 , « son corps fut mis par pièces , et bouilli dans un chaudron, » tellement, dit Juvénal des Ursins , que la ebair se sépara » des os; l’eau fut jetée dans un cimetière , avec les dévotions » usités en pareil cas; et les os, avec la chair, furent mis » dans un coffre de plomb, avec plusieurs sortes d’épices et » de choses odoriférantes, et sentant bon. »
(2) Essais historiques , tome IL
HÉB 2fy
mens : —Prenez moins de peine, lui dit-il; tout n’est-il pas assez net ? — L évêque, à demiruine par les dépenses qu’il faisait, pour bien recevoir son prince, se hâta de répondre, — Sire , très-peu s’en faut que tout ne soit bien net; mais j’espère qu’au jourd’hui tout le sera, de la cave au grenier. — Ne vous en inquiétez point, reprit en riant le monarque, j’ai la main aussi bonne à donner qu’à prendre; — et sur le champ il unit à l’évêché une terre considérable ( i).
— Ces usages ne durèrent pas long-temps ; et, sous la troisième race, les rois n’avaient presque plus de droits sur le clergé. Louis VII , allant à Paris , fut surpris par la nuit et obligé de loger à Creteil, dont les chanoines de Notre- Dame étaient seigneurs. 11 y soupa , et les habitans en firent la dépense. Mais comme les chanoines étaient propriétaires des habitans, et conséquemment de tout ce que ces bonnes gens pouvaient offrir au roi, dès qu’ils apprirent la chose, ils se dirent entre eux : « C’en est fait, » nos privilèges sont perdus; il faut que le roi
(i) I/abbé Bertou. Anecdotes françaises , de la seconde
274 HÉIi
» paye la dépense, ou l’office cessera dans notre » église... ».
Le roi, étant entré le lendemain matin à Paris, vint à la cathédrale, suivant la coutume où il était d’y aller tous les jours, quelque temps qu’il fît. Il trouva la porte fermée, en demanda la raison ; et on lui répondit (i) : « Contre les » coutumes et les libertés sacrées de cette sainte » église, vous avez soupé hier à Creteil, non à vos » frais, mais aux frais des hommes de corps de » cette église; c’est pour cela que l’office n’a » plus lieu ici , et que la porte est fermée , les » chanoines étant résolus de plutôt souffrir » toutes sortes de tourmens, que de laisser en- » ffeindre leurs privilèges... »
Le roi , frappé de ces paroles, répondit : « Ce » qui est arrivé n’a point été fait de dessein )) prémédité. La nuit m’a retenu en ce village , » et je n’ai pu arriver à Paris comme je me » l’étais proposé. C’est sans force ni contrainte » que les gens de Creteil ont fait de la dépense )) pour moi. Je suis fâché maintenant d’avoir
w accepté leurs offres Que l’évêque Thibaud
» vienne avec le doyen Clément ; que tous les
(i) Apparemment par un ambassadeur, ou par le trou de la serrure.
HÉR 275
» chanoines approchent, et surtout le chanoine » qui est prévôt de ce village , si je suis en tort, » je veux donner satisfaction ; si je n’y suis pas, )) je veux m’en tenir à leur avis. »
On ne pouvait parler plus modestement. Le roi resta donc en prières devant la porte , en attendant l’évêque et les chanoines, et dans l’espoir d’un accommodement. Onlui ouvrit enfin ; il entra dans l’église, et donna , pour caution du dédommagement qu’il s’engageait à paver, la personne même de l’évêque. Le prélat remit en gage aux chanoines deux chandeliers d’argent ; et le roi , pour marquer encore , par un acte extérieur , qu’il voulait sincèrement rendre au chapitre la dépense qu’il avait causée chez leurs hommes de corps , mit sur l’autel une baguette qu’il portait à la main (i).
HÉRITAGES. — Le père du Halde dit que , chez les tartares, c’est toujours le dernier des mâles qui est l’héritier , par la raison qu’à mesure que les aînés sont en état de mener la vie pastorale, ils sortent de la maison, avec une certaine quantité de bétail que le père leur
(ï) Histoires de la ville et de V église de Paris . AntP quités de Sauvai , Essais de Saint-Foix , etc.j tome Ier ,
276 HÉR
donne, et vont former une nouvelle habitation. Le dernier des males , qui reste dans la maison avec son père, est donc son héritier naturel.
J’ai ouï dire, ajoute Montesquieu, qu’une pareille coutume était observée dans quelques petits districts de l’Angleterre; et, avant la révolution , on la trouvait encore en Bretagne, chez les roturiers du duché de Rohan. C’était sans doute une loi pastorale, venue de quelque petit peuple breton, ou portée par quelque peuple Germain. On voit, dans César et dans Tacite, que ces derniers cultivaient peu les terres (i).
On sait au reste qu’autrefois , et maintenant eniore, chez ia plupart des nations qui se disent policées, tous les biens de la famille appartiennent à l’aîné , à l’exclusion des cadets et des filles.
Si nôtre révolution a produit quelques effets funestes , n’eût-elle fait qu’anéantir les coutumes ultra-féodales des successions , et rendre tous les enfans égaux devant leur père , on devrait nous la reprocher moins , puisqu’on 11e saurait trop acheter des lois aussi sages et aussi
(1) Esprit des lois , liv. i8? ch. an
HÉli 377
difficiles à obtenir que les nôtres. (Voyez Ca~ dets , Femmes y Aubaine , etc.)
— Sous la loi salique, lorsqu’un Franc avait été tué, et que le fils ne se présentait pas pour venger la mort de son père , il était privé de son héritage.
— A la fin de la première race, les bénéfices étant héréditaires , la fille unique d’un prêtre héritait de l’église de son père ; et si elle ne pouvait la faire valoir par son mari, ou qu’elle jugeât à propos de la vendre, elle faisait une enchère des autels, des calices, des ornemens et du reste.
— Le pape Jules II permit aux femmes publiques de s’établir à Rome. Les papes suivans confirmèrent cette tolérance , à condition que les religieuses de Sainte-Marie-Madeleine hériteraient de tous les biens , meubles et immeubles des femmes publiques.
— Autrefois, aussitôt que l’évêque de Paris était mort , le roi héritait de tous les meubles de bois et de fer qui se trouvaient dans ses maisons. Louis VII délivra l’évêché de cette redevance, moyennant quelque argent et quelques prières que lui offrit l’évêque Thibaut.
— Depuis l’année 1168, l’Hôtel-Dieu de Paris héritait aussi du lit de l’évêque et de ceux
2 78 . HOM
des chanoines. Dans ces deux derniers siècles , la fabrique de Notre-Dame héritait de la garniture du trône épiscopal (i).
-Ap rès la mort du roi , le prieuré delà Saussaye, auprès de Ville-Juif, héritait des sceaux, et du linge de corps et de table du souverain. On devait encore à ce prieuré , qui fut maintenu dans ses privilèges par plusieurs arrêts, les mulets et les chevaux de la pompe funèbre. ( Voyez Redevances , etc. ).
HOMMAGES. — Le vassal devait faire hommage, à son seigneur dominant, de sa personne et de ses biens. Il devait s’engager à le servir fidèlement , à défendre son honneur et son nom , à respecter sa famille , à protéger ses propriétés.
L’hommage se faisait dans les quarante jours qui suivaient l’entrée du vassal en possession. Mais le vassal était obligé de renouveler son hommage quand son seigneur l’ordonnait, et toutes les lois que le fief dominant changeait de maître.
Le vassal était obligé de se transporter, pour
(a) Description historique de V église de Paris „ — Sauvai. Antiquités de Paris , liv* T UT.
HOM
faire hommage , au principal manoir du fief dominant ; l’hommage se rendait au propriétaire féodal en personne, ou au titulaire ecclésiastique à qui on était soumis. Il fallait se conformer aux formules d’usage dans la seigneurie.
Ordinairement le vassal était tenu de faire lui-même son hommage ; quelquefois on permit de le faire par procureur. Mais c’était une exception rare, qu’on n’accordait qu’à un vassal très-élevé.
Celui qui rendait hommage avait la tête nue et un genou en terre ; il ne pouvait porter ni épée ni éperons. — Si le seigneur dominant n’était pas chez lui, le vassal devait faire son hommage, devant la porte du château, accompagné d’un notaire qui en dressait le procès verbal.
Les gens d’église faisaient hommage, avec les mêmes cérémonies que les laïcs , nonobstant la dignité de leur caractère , qui semblerait les exempter de la génuflexion envers un particulier. — Les membres du parlement pouvaient taire leur hommage par procureur, lorsqu’ils étaient de service. Ils étaient obligés de le rendre en personne, pendant leurs vacances.
On a déjà dit ailleurs que, quand l’hommage n’était pas fait dans les quarante premiers jours^
280 HOM
le seigneur dominant avait le droit de saisir le fief.
Dans ces temps recules, 011 la noblesse pouvait prendre les armes et faire la guerre de son autorité, les vassaux étaient obligés d’accompagner leur seigneur et de suivre sa bannière. C’est là l’effet de Y hommage-lige , que le vassal faisait à son seigneur. Foulques, investi par Louis-le-Gros du comté d’Anjou, est, que je sache, le premier qui ait fait hommage-lige ; c’est-à-dire, qu’il promit à Louis-le-Gros de le suivre partout avec ses gens , et de se battre pour lui envers et contre tous.
Henri III et quelques autres rois d’Angleterre firent hommage-lige aux rois de France , pour les provinces qu’ils avaient sur le continent. Le roi Édouard III rendit hommage à Philippe de Valois , en sa qualité de duc d’Aquitaine et de pair de France (1).
— A la fin du huitième siècle, on cite une
(1) Salvaing> De l'usage des jiefs , chap 18 , 4 5 1 1 • — Gu?yot. De la foi et hommage , tome 4. Des fiefs , ch, 2, 3 et 4. — Duplessis. Liv. icr. sur Paris , ch. 2. — Arrêts divers , rapportés par Louet , somme 8, et par les commentaires de la coutume de Paris , art. 67. —Le president He'naut, abrégé chronologique . — Pour tout ce qu’en vient de dire.
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lettre du pape Léon Ï1I à Charlemagne , qui prouve que le pape rendait hommage de toutes ses possessions au roi de France. Et s’il iaut ajouter foi à un vieux registre cité par Salivai (1) , Charlemagne fît hommage de son royaume à saint Denis, mit son diadème sur l’autel, et dit au saint : Monsieur saint Denis , je me dépouille de V honneur du royaume de France , afin que vous en ayez la souveraineté . 11 offrit ensuite quatre pièces d’or, pour marque de sa soumission , et obligea ses successeurs à faire tous les ans le meme hommage et la même offrande...,.
Du moins il est certain que les rois de France ont rendu des hommages et pay e le cens a leurs sujets ; et hormis quils ne suivaient pas leurs sujets à la guerre , il y eut des temps oit ils né taient guère moins sujets queux. Dans ces derniers siècles, le roi payait encore le droit de roses aux paiiemens et aux autres cours souveraines (2).
Philippe 1er, ayant acheté, au commencement du douzième siècle, la vicomté de Bourges, en fît rendre hommage en son nom au comte de
(1) Antiquité de Paris , ZzV. 8.
(9.) Ibidem. ( Voyez Roses. )
IIOM
Sancerre , pour la portion des terres qui re levaient de ce comte. — Dans le même siècle , le prévôt de Paris prêtait foi et hommage à l’évêque, au nom de Louis-le-Gros , pour quelques champs que ce prince possédait dans la juridiction de l’évêché. Le roi Jean ht rendre le même hommage par son chambellan.
Ainsi plusieurs de nos rois furent vassaux de leurs sujets. On voit que, dans le quinzième siècle, le procureur du roi était homme-vassal , à la place du prince, des fiefs royaux soumis à des redevances ; et qu’il était chargé de faire les hommages , au nom du roi , suivant les coutumes de chaque seigneurie. Pierre de Quatrelivres , procureur du roi Charles VIII , fit les hommages de ce prince au seigneur de Chabot, et à plusieurs autres suzerains , dont les fiefs du roi relevaient en quelques parties.
Saint Louis est peut-être le seul de nos anciens l'ois, qui se soit exempté de faire hommage par procureur; et quand l’abbaye de saint Denis, qui avait droit d’hommage sur le comté de Clermont, exempta le roi de cette redevance, cette exemption fut personnelle à saint Louis : quelques-uns des enfans de ce prince firent hommage-lige à l’évêque de Paris , tandis que les autres s’humiliaient par de pareilles soumissions,
HOM 285
envers des abbés et d’antres seigneurs ecclésiastiques.
Mais, outre l’hommage qu’ils étaient tenus de rendre aux évêques, nos anciens rois étaient encore obligés de porter ces prélats sur leurs
épaules, à leur entrée dans Pnris Plusieurs
princes , sachant bien qu’ils étaient vassaux de l’évêché , se soumirent à cette pieuse cérémonie. Philippe -Auguste , qui était seigneur de Corbeil et de Montlhéri, et conséquemment vassal de l’évêché, devait porter ainsi l’évêque Guillaume : il eut toutes les peines du monde a s’en exempter; et il fallut qu’il envoyât à sa place deux chevaliers de haute noblesse.
Les princesses du sang et les reines elles-mêmes rendirent hommage â l’évêque de Paris, et â l’abbaye de Saint Denis, qui montrèrent toujours une dureté révoltante dans leurs droits.- — Lorsqu’on apprit que saint Louis et le comte de Nevers son fils étaient morts devant Tunis , l’évêque de Paris alla trouver à Aincennes la comtesse de Nevers , pour lui témoigner la part quil prenait à sa douleur , et pour lui rappeler qu’elle lui devait hommage de sa terre de Montjai, du moment que son mari ne vivait plus
La comtesse, qui pleurait à la fois son époux,
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son roi, elles pertes de la Finance, pria i’évêque de recevoir son hommage à Yincennes, parce que la douleur l’avait tellement affaiblie, qu’elle ne pouvait absolument pas sortir. L’évèque se récria là-dessus, que ses prédécesseurs avaient toujours reçu les hommages à l’évêché ; qu’il 11e voulait pas perdre ses droits; que la comtesse pouvait se faire transporter à Paris... , et qu’il compterait pour nul l’hommage qu’on lui ferait à Yincennes....
En Fui , pour obtenir quelque chose de ce prélat , il fallut la déclaration des médecins qui allumèrent la faiblesse de la comtesse, il fallut les remontrances de plusieurs grands personnages, les prières de la reine ; il fallut encore un acte, qui détaillait les motifs de la condescendance de l’évêque, et qui déclarait que sa bonté pour la comtesse 11e tirerait pas à conséquence....-— Et, dans tous les pays soumis aux lois féodales , on voyait chaque jour des abus aussi ré vol tans. ■
— Les anciens comtes de Flandre 11’avaient pas plutôt pris possession de leurs états , qu’ils en allaient rendre hommage aux rois de France et aux empereurs. L’empereur se contentait d’un simple serment de fidélité , que le comte de Flandre était libre de faire en personne ou
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par procureur. Mais les rois de France l'exigerent en personne, jusqu’à Louis X1L Le roi était assis sur son trône ; le comte de Flandre s’approchait de lui , la tête decouverte et sans épée. Âpres qu’il avait mis un genou en terre, il posait ses mains sur celles du roi. Celui qui recevait et celui qui rendait l’hommage devaient alors entrelacer leurs doigts les uns dans les autres , pendant que le comte jurait foi et hommage , et répétait toutes les promesses de fidélité, de service et d’obéissance, que lui dictait le chancelier de France. Après cela, le roi le rece vait au nombre des pairs de son royaume et lui donnait sa joue à baiser, en même temps que les hérauts de la cour se disputaient le chapeau, la robe, la ceinture, la bourse et l’épée du comte , qui étaient portés par des pages , et qui appartenaient aux hérauts du roi , suivant l’ancienne coutume (i).
— Comme les seigneurs suzerains étaient ordinairement les maîtres de régler la formule des hommages, on en trouve une foule de ridicules. Saivaing parle d’un fief du Maine, dont le seigneur vassal était obligé, pour toute prestation de foi et hommage, de contrefaire l’i vro-
(i) Histoire des comtes de Flandre , jusqu à 1 697 .
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gne devant son seigneur suzerain, de chanter une chanson gaillarde à la dame, de courir en suite la quintaine ( 1 ) , à la manière des paysans, en tenant d une main un chapeau au lieu de dard, et de l’autre une perche au lieu de lance , qu’il fallait jeter en courant.
— Les feudistes , ou ceux qui ont écrit sur les fiefs, font dériver le mot hommage du mot homme , parce que celui qui fait hommage devient homme de corps de son seigneur (2). Les hommages étaient si humiîians, que , selon Dumoulin, ils n’auraient dû appartenir qu’aux monarques. Mais, selon la raison, ils n’appartiennent qu’à la patrie et à la chose publique.
Cependant Arnaud- le -Féron soutient qu’il est juste et naturel de faire hommage, nonseulement aux princes , mais aux suzerains et à tout seigneur ; et il faudrait qu’un vassal fût bien impudent et bien délicat, ajoute-t-il , pour refuser d’aller trouver son seigneur, en quelque lieu qu’on l’appelle, et de prêter toute espèce
(1) On appelait quintaine , un poteau fiche en terre, contre lequel on s’exercait à courir avec la lance , à jeter des dards, etc.
(2} Dumoulin, sur la coutume de Paris, titre des fiefs, para g. Ier. — Bouteîiier, somme rurale , titre 83.
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d'hommage qu’on pourrait exiger de iui (1).— il était assez inutile de rappeler aux grands ce qu’ils n’avaient point oublié : que les petits étaient à leur discrétion.
Dans plusieurs pays, l’abbesse ou la prieure d’un couvent était obligée de sortir du cloître, pour aller prêter foi et hommage à son seigneur, suivant les coutumes du lieu. En France, elles pouvaient, pour la plupart, s’acquitter de cette redevance par procureur (2).
Lorsqu’il y avait contestation, entre deux seigneurs suzerains, si le vassal, ne sachant de qui il dépendait, s’avisait de rendre hommage à l’un de ces deux seigneurs , il se mettait dans un grand danger. Car si le seigneur à qui il avait fait hommage succombait dans ses prétentions, il se trouvait vassal du seigneur qu’il n’avait pas reconnu. Ce seigneur l’accusait alors de désaveu et lui confisquait son fief (3)....
(1) Sur la coutume de Bordeaux, tit. de Jeudis , paragraphe 5.
(2) Papou. Arrêts y tit. /er. — Dumoulin. Tit. des fiefs, jparag. 67.
(3) Voyez Vart. 60 de la coutume de Paris avec les commentaires. — Lemaistrc, traité des fiefs , ch, 3. — Laplace. Dictionnaire des fiefs y page 4‘21
On remarque, dans la coutume de Berry ( i ), et dans quelques autres, que, lorsque le vassal ne trouvait pas en son manoir le seigneur à qui il allait rendre hommage, ce vassal était oblige de faire son devoir, en présence de témoins, à genoux derrière le principal guichet , en baisant bien humblement les verroux , a V exemple de Prusias , roi de Bithjnie , qui baisa le seuil de la porte , en entrant au sénat de Rome. La Place ajoute qu’on ne doit pas regarder cette forme d hommage comme honteuse et déshonnête.
— Le baron de la Roche recevait l’hommage de l’un de ses vassaux , avec des usages si in décens, qu’on ne se permettra pas d’en donner le détail ; on se contentera de dire que cet hommage devait se rendre devant une grande foule assemblée , et que celui qui le rendait était obligé d’être absolument nu, avec un oiseau sur le poing. — Un seigneur allemand, des environs de Brême , se faisait également rendre hommage par un homme nu; et il obligeait cet homme à faire vingt-cinq pas h quatre pâtes,
avant de jurer Dans plusieurs provinces de
la Moscovie, des femmes même ont rendu hom-
D) Pitre des fiefs , art. 3 , etc.
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mage, absolument nues... Au reste, ces usages n’auraient pas été plus indécens que le congrès et le droit de cuissage , si , en rendant foi et hommage, il n’avait pas fallu jurer sur les saints évangiles. — Les hommages ont été supprimés, comme tout le reste des coutumes féodales , par notre législation nouvelle ; mais on en rend encore dans les trois quarts de l’Europe... v (Voyez Redevances , Pléjure , Entrées , etc.)
HOMMES DE CORPS. — (Voyez Serfs.)
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HOMME VIVANT ET MOURANT. — Lorsque des gens de mainmorte entraient en possession de quelque fief soumis au vassclage , comme leur caractère religieux et leurs privilèges les* empêchaient de faire le service militaire et la plupart des redevances , que les vassaux et les serfs étaient contraints de rendre, ils étaient obligés de payer au seigneur dominant une indemnité* C’était ordinairement le cinquième du bien qu ils acquéraient: vingt mille francs pour Un fief de cent mille. Quelquefois les seigneurs n’avaient que le sixième, mais quelquefois aussi ils avaient le tiers.
Outre le droit d’indemnité, les nens de maintnorte étaient obligés de présenter a leur se U T, |. iq
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gneur un homme qui 11e fut point attache a l’église, et qui pût faire pour eux la foi et hommage, lorsqu’elle était accompagnée de cérémonies trop ridicules ou trop indécentes, pour que les ecclésiastiques pussent être tenus de les faire en personne.
Les gens de mainmorte étant considérés comme morts civilement, lorsque l’abbé mourait naturellement , le successeur ne pouvait renouveler l’hommage, puisque celui qu’il remplaçait était mort , depuis qu'il était entré dans la maison religieuse ; que l’hommage devait se renouveler dans les quarante jours qui suivaient la mort du vassal; et que le successeur mourait lui-même, en se faisant religieux. Les gens de mainmorte présentaient donc un laïc vivant et mourant , à la manière ordinaire. Quand cet homme vivant et mourant cessait de vivre, on le remplaçait par un autre qui faisait l’hommage dans les quarante jours, et remplissait les autres devoirs féodaux (1) ( Voyez Mainmorte ).
(1) Gallant. T raité du franc-alleu , ch. 16. — ( hoppiu. Des domaines , liv 1, titre 1 3. — Bacquet. Du droit d’a~ mortissement , ch 53. — Coutumier général. — àalvaing. De V usage des fiefs , ch. 5c). — Poquet de Livonière. Traité des fiefs, liv . 1er-, ch . 4.
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IMPOTS. — (( C’est la facilité de parler et l’im- » puissance d’examiner qui ont fait dire que, » plus les sujets étaient pauvres, plus les fa- » milles étaient nombreuses ; que plus on était » chargé d’impôts, plus on se mettait en état » de les payer .-deux sophismes qui ont toujours >') perdu et qui perdront à jamais les monar- » chies (i). »
Ainsi, en ouvrant l’histoire de France, on voit Chilpéric Ier, roi de Soissons, imposer d’énormes tributs à ses peuples, exiger la moitié des revenus de chaque arpent de terre, et de grosses sommes pour chaque tête d’esclaves. Mais on voit en même temps les sujets, rebutés de leur misère insupportable , abandonner leurs possessions (2). — Ainsi voit-on à chaque pas, dans les douze premiers siècles de notre histoire, des séditions, des troubles , occasionés par la misère et des impôts trop onéreux.
(1) Montesquieu. Esprit des lois , liv. 23 , ch. 1 1.
(2) Le président Hénaut ( année 562 ) , et plusieurs autres historiens.
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— Quelques empereurs romains déclarèrent que tout l’air de l’empire leur appartenait ; et que , pour avoir la permission de le respirer, chaque citoyen devait payer un impôt proportionné à sa fortune. Cet impôt s’appelait la taxe de fair(i).
Un roi de la Floride prétendait également que tout était à lui dans ses états; et il persuadait ainsi à ses peuples qu’il pouvait disposer de tout ce qu’ils possédaient : « Vous avez tiré cet or )) de la terre; vous avez labouré votre champ , » o ù il est venu du millet; vous vous êtes bâti » une maison: mais pour tirer cet or de la terre, » pour labourer votre champ , pour vous bâtir » une maison, il vous fallait des forces, que vous » n’auriez pas eues, si je n’avais prié le soleil, » mon ancêtre, de vous les donner (2). »
O11 sait que le roi de Congo lève un impôt sur le vent, comme des empereurs romains en ont levé sur l’air. Quand ce despote veut imposer un nouveau tribut, il choisit , pour se promener , un jour où il fasse grand vent; il ne met alors son bonnet que sur une oreille; et si lèvent fait tomber son bonnet, le roi lève une taxe sur
(1) Aeris Censitio. Pline, liv. 12, chap. icr.
(2) Saint-Foix. Essais historiques , tome IL
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les habitans de la partie de son royaume, d’où le vent a soufflé (1).
— Durant les années orageuses de notre dernière révolution, quelques sociétés patriotiques proposèrent d’établir un nouvel impôt qui, en rapportant de grosses sommes, ne ferait pas crier les consommateurs de l’objet sur lequel il serait levé : il s’agissait d’une taxe sur les cercueils. — On a dit bien des choses sur le ridicule de cette proposition ; mais elle n’était que ridicule ; et les impôts de l’air et du vent sont d’un despotisme inconcevable,
— Dans une dispute qui s’éleva en Turquie,, entre des Musulmans et des Juifs, ces derniers prétendirent que les enfans d’Israël seraient seuls reçus dans les palais du paradis. Les Turcs demandèrent où seraient donc les amis de Mahomet : on leur répondit qu’ils passeraient les siècles éternels dans les jardins , cours et bas ses-cours. Le grand visir, apprenant cela, trouva qu’il n’était pas juste que les Musulmans demeurassent, pendant l’éternité, exposés aux injures de l’air. Il imposa sur les Juifs un tribut extraordinaire, pour les tentes que les Turcs seraient obligés de bâtir dans Fautre monde ; et
(1) Histoire des voyages , tome 5 de l’édition in 4°«
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ce tribut, qui est considérable, se paie, dit-on, encore aujourd’hui.
— Il n’est pas besoin de dire que les seigneurs éodaux imposaient des taxes et levaient de gros tributs sur leurs vassaux et leurs serfs ; ( Voyez Cens , Locls , Dîmes , Tailles , Tributs , etc. ).
INDEMNITÉ. — ( Voy ez Homme vivant et mourant. )
INDULGENCES. — C’est la rémission des peines que I on a méritées par ses péchés, accordée par l’église à un prix arbitraire. C’est une ressource, qui permet aux riches d’offenser Dieu , et d aller pourtant en paradis pour leur argent.
Les indulgences furent imaginées , à ce qu on croit , vers la fin du neuvième siècle , par le pape jean VIII, pour ceux qui mouraient en combattant contre les hérétiques (1). Elles se donnaient alors gratuitement.
— Quand on entreprit les croisades , 011 accorda indulgence plénière de tous les péchés passés et présens à ceux qui feraient le voyage de la Terre-Sainte. Aussi remarque-t-on que .
(1) Dictionnaire infernal , au mot Inquisition , t. Ier.. page 325.
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sûrs d’aller au ciel, au moyeu des indulgences, les croisés ne prenaient pas la peine de le gagner autrement; et que le viol, le meurtre et les brigandages marquaient partout le passage de l’armée chrétienne.
On étendit bientôt les indulgences a toutes les guerres où l’on croyait la religion intéressée ; on les donna à l’assassin d’un excommunié ou d’un hérétique ; et, pour ne pas priver les femmes etles vieillardsde cette précieuse grâce (i), on s’avisa, dès le onzième siècle, de leur vendre les indulgences; de sorte que, sans aller à la guerre et sans tuer personne, les dames pouvaient, avec de l or, se conduire à leur gré, sans s’occuper de l’autre monde , pendant l’absence de leurs belliqueux époux.
Au reste, le prix des indulgences a beaucoup varié. On les vendait cinquante écussons Léon X; on les donnait pour deux sous (2) sous le pontificat d’Urbain VIII, quoiqu’il n’y ait qu’un siècle du premier au second de ces papes. Aujourd’hui le commerce en est si mauvais, qu’on les donne pour rien.
(1) Voyez Fleury. Mœurs des chrétiens , par ag. 64.
(2) Dictionnaire des gens du monde , au mot Indulgences.