‹ Dictionnaire féodalChapitre 84 sur 158 · INF · texte numérisé non relu

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l’occupe est incapable d’erreur... Si on objecte les incestes et les abominations d Alexandre VI , l’inconséquence de Jules II , qui excommuniait les chrétiens et avait des soldats turcs à sa solde, enfin les mille et un torts d’une foule de papes : les papistes répondront que ces crimes et ces torts ont été inventés par les hérétiques ; et que , vit-on de ses yeux le Saint- Père en flagrant délit , il faudrait se croire abusé par un prestige du diable, attendu que , quoi qu’on en dise, le pape est infaillible.

11 ne serait pas difficile de citer une foule d’autorités jésuitiques ou p api s tiques , pour appuyer cette infaillibilité, aujourd’hui si peu reconnue. Cependant l’abbé Fiard , dans ses Lettres philosophiques sur la magie , accuse le pape Clément XIV de s’être trompé , en disant que la magie, les démons et les histoires de possédés ne sont plus que des contes à dormir debout (1). C’est peut-être le premier jésuite qui ait douté, dans ses écrits , de 1 infaillibilité du Saint-Père. Et, quoiqu’il soit notre contem-

Bernard, epist. iqo. — On peut voir aussi saint Cyprien , épitre 55 ; saint Jérome, épitre 5 7 , etc . , et les écrits de la plupart des jésuites.

( 1 ) Lettre 22e de Clément XIV.

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rain, ceux qui ont lu l’abbé Fiard ne lesoupçonnerontpas de s’être laissé égarer par la philosophie.

— Quanta l’infaillibilité du grand lama , elle est reconnue au Tliibet , et dans tous les pays soumis à son culte. Les relations des voyageurs qui ont parcouru ces contrées assurent même qu’il n’y a point d’incrédules , et qu’on a autant de confiance à l’infaillibilité du grand lama qu’à la vertu de son pot de chambre (i).

— Bien des gens ont prétendu que le mufti se disait infaillible, comme le pape et le grand lama. Cette assertion est fausse. Il se peut que des Musulmans accordent l’infaillibilité à leur souverain pontife ; mais le mufti ne se dit pas incapable d’erreur, puisqu’il termine ses décisions et ses mandemens par cette formule : (V ailleurs , il ii y a que Dieu qui ne puisse jamais se tromper (2).

(1) Plus de quatre mille moines vivent dans l’opulence , avec les sommes qu’ils tirent des excrémens du grand lama , que les dévots achètent Lien cher et portent à leur cou comme des reliques. — On pense bien que , pour accommoder tous les amateurs , on est obligé de mêler adroitement des excrémens profanes à ces saints excrémens; car, enfin , un seul homme ne mange pas assez, pour un grand pays peuplé de dévots , comme le Thibet et ses banlieues.

(2) Par exemple le mufti se permet quelquefois, comme

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— Si un pape avait été infaillible , il aurait fait à lui seul le peu de belles institutions que les souverains pontifes ont laissé passer dans leur gouvernement , pendant dix-huit siècles. — Si tous l’avaient été, on n’aurait aucun reproche à leur faire. Mais cent gros volumes contiendraient à peine tout ce qu’on pourrait reprendre dans leur histoire.

INFÉODATION. — C’ est la possession d’un fief, acquise au vassal par la prestation de foi et hommage. On l’appelait aussi investiture .

Les dîmes ecclésiastiques, tenues en fiefs par des gentilhommes laïques, s’appelaient Dîmes inféodées. (Voyez Dîmes. )

INQUISITION. — L’esprit de l’évangile est la modération et la douceur ; et l’on aurait peine à concevoir comment des hommes , qui se disent chrétiens , ont pu établir un tribunal tel que celui de l’inquisition, si l’on ne savait que l’homme est le plus féroce de tous les mons-

!e pape , de faire tuer les souverains. C’est ainsi que les sultans Osman en 1622, et Ibrahim en 1 655, furent e'tranglés, parce que les muftis de ces temps-!à avaient de'cidé qu’ils pouvaient l’etrç en conscience.

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très , lorsqu’il est possédé par le démon du fanatisme.

On trouve l’inquisition naissante dans les premiers siècles de l’église (i) ; mais on ne la voit bien établie que vers le treizième siècle de 1ère moderne. Ce fut pendant les croisades que I on conçut le pieux dessein de l’élever au point où saint Dominique sut la porter. On conclut, de ces guerres saintes, que, puisqu’on allait par religion faire la guerre aux infidèles, il serait très-méritoire de la faire constamment aussi aux hérétiques.

O11 conclut encore que , puisque le pape accordait de grandes indulgences à ceux qui exterminaient les hérétiques et les infidèles, ce serait faire une chose agréable à Dieu que d’égorger tous les hommes qui refuseraient de se soumettre au saint siège: la plus impardonnable des hérésies.

Les papes excommuniaient les princes qui ne leur plaisaient point et mettaient leur royaume en interdit :

Les moines pouvaient bien , de leur côté , poursuivre à feu et à sang les particuliers qui

(i) A oyez le mot Inquisition , dans le Dictionnaire infernal, tome Ier.

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ne partageaient pas tonte leur Croyance. On établit donc X inquisition, non pas pour rechercher et convertir les hérétiques, comme on semblait l’annoncer; mais pour les rechercher et les livrer aux flammes. Saint Dominique avait rendu de grands services à Innocent 111, en faisant exterminer les Albigeois : il fut. choisi , par ce souverain pontife, pour composer le rigoureux tribunal et en rédiger les statuts. Le cruel Dominique, habitué au sang et aux meurtres, ne chercha pas dans l’Évangile les lois qu il donna au Saint-Office ; il les puisa tout entières dans le code des \isigoths, et y ajouta de nouvelles horreurs.

On trouva l’oeuvre de Dominique si effrayant, que la plupart des peuples à qui on le proposa se révoltèrent d’abord, et ne cédèrent qu’à la Crainte des supplices. Quand 1 Italie, l’Ëspagne, le Portugal se furent soumis à ce tribunal de sang , les papes s’efforcèrent de l’établir dans les autres pays chrétiens.

Mais l’humanité se révolta, en Allemagne, en Angleterre > et surtout en France, contre les barbaries de l’inquisition ; les Pays-Bas se soulevèrent : deux Cent mille hommes périrent pour défendre leur pays de l’invasion du Saint-Office ; la république de Hollande se forma T. L

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à la suite de ces guerres odieuses; les schismes et les hérésiesse multiplièrent ; et l’agrandissement de ces hérésies et de ces schismes fut l’ouvrage du despotisme de Rome et de la superstition (i).

Mais si la llo lande persista a rejeter l’inquisition, il n’en fut pas de même de l’Allemagne , de l’Angleterre et de la France. On connaît

assez les cruautés de Charles-Quint , les massacres qui signalèrent chez les Anglais le règne de Marie ; et l’on peut dire que si le Saint-Office n’avait pas en Angleterre et en Allemagne cette forme imposante que l’Espagne trouve si belle, le clergé n’en extermina pas moins bien les hérétiques et les impies.

Saint Louis avait établi des inquisiteurs en France; on les trouve agissons chez nos ancêtres , pendant plus de trois siècles : dans les annales de Paris seulement, on voit une foule

(i) On pourrait faire un bon ouvrage, sur ce principe que la conduite des papes et des évêques a été la cause de la plupart de> hérésies , des schismes et des sectes qui se sont formés dans la religion chrétienne ; et que, si no* prêtres eussent imité Jésus-Christ, d n’v aurait peut-être jamais eu qu’une seule qglise , tandis qu’on en peut compter plus de

t rois cents.

de chrétiens dévoyés condamnés a la mort et aux plus cruels supplices, à la requête des inquisiteurs de la foi (i). Les persécutions de François Ier. et de ses successeurs , le massacre de

la Saint-Barthélemi , la révocation de l edit de Nantes , la boucherie des Cévemies, toutes ces atrocités sont des actes que l'inquisition peut réclamer comme son ouvrage.

Les croisades ont eu (Tarde ns admirateurs ; l’inquisition a aussi ses apologistes. Un théologien, attaché au Saint-Office, disait pour relever, aux yeux des ignorans, le mérite de ce divin tribunal, et pour en faire sentir la glorieuse

(i) On voit, dans le procès des Templiers, et dans les autres procès de ces siècles malheureux , Je grand inquisiteur de la foi diriger eu France le supplice des hérétiques et des sorciers. Voyez Lobiueau , tomes 11 et III de l’histoire de Paris ; Sauvai, livres X et XI, etc., votîs trouverez une foule de condamnations et d'exécution s faites à Paris, à la requcté de l’inquisiteur de lu foi. l.’inqüisiüou établie eu France n’avait pu s’v élever aussi haut qu’eu Espagne ; mais les moines s’efforçaient de lui donner une bonne consistance. Ils avaient fait tant de progrès, au milieu du seizième siècle , que , pour les empêcher d’établir le Saint- Office, aussi solidement que chez les Espagnols, le chancelier de l'Hôpital fut oblige, en

3 56o, d’accorder l’édit de Romoranfin, qui attribue aux dyc*

ques la connaissance du crime cV hérésie.'...

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utilité, que, grâces aux pères inquisiteurs de la foi, on ne verrait bientôt plus d’hérétiques dans les pays chrétiens , parce qu’on avait la précaution de brûler les accusés, sur le seul soupçon d’hérésie , de brûler aussi ceux qui protégeaient les hérétiques, de brûler encore ceux qui parlaient irrévéremment de l’inquisition, de brûler enfin ceux qui n’exécutaient pas strie» tement les moindres ordres de ce bénin tribunal—

On comprend , sous le nom d’hérésie, toute erreur non reçue par les conciles , tout sentiment contraire aux décisions du pape , toute espèce de doute sur les décrets de la sainte inquisition. Croire que le pape n’est pas infaillible ; qu’il n’a pas une puissance sans bornes sur le temporel des rois ; que ses bulles ne sont pas inspirées ; lire un livre condamné par l’inquisition ; ne pas dénoncer son père, sa mère, sa femme, en cas d’hérésie; donner des conseils à une personne arrêtée par les familiers du Saint-Office; écrire une lettre de consolation à son ami prisonnier; ne point manger de porc, parce qu’on ne le digère pas ; faire quelque chose qui sente le Juif, etc.; toutes ces abominations sont des hérésies , pour lesquelles ou ©st brûlé dans une chemise de soufre.

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Et quand les innombrables espions du Saint- Office ont dénoncé une personne coupable de quelqu’un de ces crimes, il est presque impossible d’ëchapper aux supplices. L’accusé se trouve dans un abandon général , parce que ni ses amis, ni ses proches parens n’osent le défendre, ni le secourir, ni lui écrire, ni le voir. 11 est bientôt plongé dans les cachots infects de l’inquisition. Ces cachots sont assez profonds, pour que les cris des malheureux ne soient point entendus. Le jour n’y pénètre pas , pour que ceux qui y sont renfermés ne puissent s’occuper d’autre chose que de la pensée des maux qu’on leur apprête. Les horreurs de la faim où l’on abandonne quelquefois les prisonniers ont produit des choses si dégoûtantes ou si atroces , qu’on n’a pas la force d’en retracer la peinture.

A la suite de ces épreuves, on fait comparaître l’accusé ; et on lui demande quel est son crime, comme si on n’avait aucune déposition contre lui , et comme si on ne l’avait arrêté que pour savoir de sa bouche l’état de sa conscience. Si l’accusé ne confesse pas , on le replonge dans son cachot.

Rien n’est plus facile que de se perdre, dans les abîmes que ce noir tribunal offre de toutes parts. Lue foule de malheureux que les fami-

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liers du Saint-Office avaient arrêtés , sur le simpie soupçon de quelque crime imaginaire , se sont jetés dans les serres du vautour, en pensant se sauver par la confession. On leur commandait d’avouer leur crime: ils ne trouvaient dans leur conscience que de vertueux souvevenirs;mais comme il fallait une occasion de supplice, à ces juges altérés de sang et habitués à trouver partout des coupables ; comme on avait l’espoir d’abréger, par une peine plus courte, des maux trop longs et trop accablans, 1 accusé s’avouait coupable, sans qu’il eût jamais son cré à l’être.

Mais dans ces questions , où l’accusateur était inconnu, l’accusé ne sachant pas de quel crime on le chargeait, en avouait souvent un autre, également imaginaire. L’huissier de l’inquisition écrivait tous les aveux ; et souvent un malheureux se disait dix fois criminel, avant de confesser l’hérésie pour laquelle on l avait arrêté....

Lorsque le prévenu ne confesse point d’abord , après qu’on l’a remis de nouveau dans les souterrains du Saint-Office, on le fait comparaître une seconde fois; et alors, s’il s’obstine à nier encore , on lui donne par écrit les détails du forfait catholique dont on l’accuse;

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mais on se garde bien de lui faire connaître ses délateurs, ni de le confronter avec eux; parce que ce sont ordinairement des espions de l’inquisition , ou un fils, une femme, un frère, un mari , qui dénoncent leur père, leur époux, leur soeur, leur femme.

Si l’accusé désavoue lacté qu’on lui présente, on le met à la question. Il y en a trois principales sortes. La première est celle de la corde. Elle consiste à lier au criminel les bras derrière le dos , à l’enlever ensuite par le moyen d’une poulie, et à le laisser retomber d’une hauteur considérable à un pied de la terre , après l’avoir tenu quelque temps suspendu. Cette torture, dont l’effet ordinaire est de disjoindre tous les membres du patient, dure quelques heures , plus ou moins, selon que le jugent convenable les inquisiteurs, qui y assistent, pour examiner les tourmens du coupable, et interrompre la question au moment où il pourrait rendre Famé et leur échapper.

Si l’accusé a eu la constance de ne rien avouer pendant ce supplice, on le soumet à la seconde torture, qui est celle de beau. Elle consiste a faire avaler ai^ patient une quantité extraordinaire d’eau chaude. On le couche ensuite dans une auge de bois, qui se ferme et se

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serre à volonté'. Cette ange est traversée, par le milieu, d’une pièce de bois, qui courbe en ar-* rière ie corps du prévenu, et lui rompt l’épinç du dos , aussitôt que les inquisiteurs en don-* rient le signal

Mais la torture la plus utile , pour les pécheurs endurcis, est celle du feu. On frotte les pieds du prisonnier, avec du beurre, du lard, de Fliuile, ou toute autre matière pénétrante et combustible; on l’étend par terre, les pieds tournés vers un bon brasier; et on les lui brûle, jusqu’à ce qu’il ait confessé ce qu’on veut savoir.

Ces tortures se donnent ordinairement dans un souterrain très-profond, où l’an descend par une infinité de détours, afin que les cris horribles des torturés ne puissent être entent dus. Ce souterrain n’est éclairé que de deux flambeaux, à la lueur desquels le patient peut entrevoir les instruniens de son supplice , et les bourreaux qui le tourmentent, et les inqui-* siteurs qui h examinent. Ces bourreaux sont vêtus d une grande robe de treillis noir; ils ont le visage masqué d’un capuchon de même étoffe, que l’on a percé aux endroits du nez, de la bouche et des jeux.

Les lois humaines ont toujours excepté les

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femmes de la question , quels que soient leurs

crimes , par égard pour leur délicatesse, et par t

respect pour la pudeur» Le Saint-Olïice s’est mis

au-dessus de ces considérations ; et l’on a vu

ces juges ecclésiastiques donner la torture trois

fois de suite à une jeune fille

On n’épargne pas plus la modestie que la faiblesse des prisonnières, pour des choses que Lon regarde ailleurs comme des bagatelles.

Par exemple , si elles n’observent pas le rigoureux silence qui est ordonné dans les prisons de l’inquisition (i) , on les fait dépouiller absolument nues; et les geôliers, qui sont des moines attachés au sacré tribunal , fouettent ces malheureuses, le long des corridors, et d’une manière si cruelle, qu elles en portent souvent les traces toute leur vie. Rien ne peut mettre les femmes à l’abri de ces horribles trai-

(j) Les inquisiteurs obligent leurs prisonniers à garder le silence le plus strict , pendant tout le temps qu’ils passent dans les prisons. Oa a vu des malheureux y oublier leur langue, et y laisser leur raison. Mais le Saint-Office n’ayant pu encore imaginer un moyen de comprimer les plaintes et les sanglots de ceux qu’on laisse mourir de faim , ou qu’on remet au cachot après la torture, on a imaginé de faire ces cachots assez profonds pour que les cris et les pleurs ne soient, point entendus.

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temens, à moins qu’aux dépens de leur honneur, elles n’adoucissent, par leur beauté, leur jeunesse et leurs complaisances, les inquisiteurs et leurs familiers.

Quand les tourmens n’ont rien fait avouer a ceux qui ont épuisé dans les tortures toute l’imagination du Saint-Office , on les reconduit en prison , et la ruse succède alors à l’artifice. On leur envoie des espions du tribunal, qui, feignant d être prisonniers et innocens comme eux, s’emportent contre l’inquisition et contre ses tyrannies exécrables. Par ces discours aussi vrais qu’artificieux , les agens, apostés pour surprendre , font tomber les prévenus dans le piège, d’ autant plus aisément qu'on ne peut guère se défendre de mêler ses plaintes h celles d’un malheureux, dont on croit partager le sort. Tout le mal qu’on dit alors des inquisiteurs est retenu , amplifié ; et ces juges n ont pas besoin d’autres preuves, pour condamner au feu.

Les prêtres qui composent le Saint-Office ne rougissent pas de jouer eux-mêmes ces rôles infâmes. Ils affectent de consoler les prisonniers, témoignent qu’ils sont touchés de leurs maux , qu’ils ne veulent pas leur perte , mais leur conversion ; que le moindre aveu qu’ils feraient en particulier, et pour lequel ils leur promet-

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tent un secret inviolable, suffirait pour terminer leurs peines, et leur faire recouvrer leur liberté , etc. Si le prisonnier n’est pas assez prudent pour se défier de ces artifices , il est perdu sans ressource; il ne saurait éviter ou bûcher, ou les galères, ou la prison perpétuelle , avec l’infamie et la perte de tous ses biens. (Cette dernière peine, la confiscation, est presque toujours appliquée , meme envers les plus innocens , parce que les biens confisqués appartiennent aux pères inquisiteurs, qui ont porté la sentence.)

Celui qui s’avise de se soustraire, par la fuite, aux recherches de l’inquisition , doit renoncer à sa patrie , àsafamille, à ses biens , à son honneur ; et, quoique son innocence soit bien attestée, il ne remettra plus le pied sur le sol natal ; il ne reverra plus sa femme ; il n’embrassera plus ses enfans ; à moins que la mendicité où ils sont réduits ne les amène dans le heu de son

exil On lui fera son procès , sans qu'il y soit

présent; on confisquera tout ce qui lui appartient , on le brûlera en effigie ; et, afin que la mémoire s’en conserve chez la postérité, on suspendra, dans l’église de la sainte inquisition, son portrait , avec son nom, ses titres, ses qualités, ses prétendus crimes; et , s’il se laisse

rr £?

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reprendre par les familiers du tribunal , il sera brûlé , sans pouvoir obtenir un autre jugement, parce que , comme le pape , les inquisiteurs sont infaillibles et ne restituent pas

La mort meme ne met point a couvert de ces saintes fureurs; on procède contre les morts aussi-bien que s’ils étaient vivans. On porte en procession leurs effigies et leurs os, qu’on jette solennellement dans le bûcher , après avoir lu publiquement la sentence de mort infamante. Ce dernier Cas est d’autant plus fréquent , que la plupart de ceux qui entrent dans les cachots de l’inquisition y meurent , ou des chagrins qu’ils y éprouvent, ou des mauvais traitemens qu’ils y reçoivent, ou de la faim qu'on leur laisse endurer , ou de la suite des tortures , ou enfin d’une mort qu’ils se donnent.

Ce qui les porte a cet acte de désespoir, c’est que, contre l’ordinaire des autres tribunaux, où l’exécution suit de près la sentence portée contre un criminel , l’inquisition diffère souvent de plusieurs années la mort d’un coupable, à qui elle a prononcé sa condamnation. Ces lenteurs et le séjour affreux des cachots le font mourir à chaque instant, d’une manière qui, pour n’ètre que dans l’imagination, n’en est pas moins sensible. Aussi la plupart de ces malheu-

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rcux se dëtruiseiit-ils eux-mêmes, pour s’épargner toutes ces horreurs, ou par le poison lorsqu’ils peuvent s’en procurer, ou en s’ouvrant les veines, ou en se brisant la tête contre les pierres qui leur servent de lit.

L’inquisition exerce encore son pouvoir sur ceux qui sont morts depuis long-temps , et qui de leur vivant n’ont jamais été accusés ni soupçonnés d’hérésie. Mais, parce qu’ils ont laissé de grands biens , l’inquisition s’en empare , en les faisant accuser, exhumer, condamner et briller, quarante ou cinquante ans après leur mort.

Dans les tribunaux ordinaires, l’exécution des criminels se fait publiquement, pour effrayer le crime, et non pour édifier les spectateurs. La peine de mort est même si contraire à la douceur de l’Évangile, à la clémence du Dieu qui pardonne , que partout on avait défendu aux ecclésiastiques d’assister aux supplices ordonnés par les lois humaines. L inquisition a fait, de l’exécution de ses jugemens, un acte religieux, un acte de foi ( auto - cia -fé ) !...

Les prêtres et les moines, qui sont juges et parties dans ce tribunal , ne se contentent pas de prononcer la condamnation de mort; ils assistent au supplice des criminels, et donnent k cette cérémonie tout l’appareil et toute la

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pompe ecclésiastique. Ils ont poussé si loin la barbarie, que ces sanglantes exécutions font partie des réjouissances publiques; et que, dans l’Espagne et le Portugal, pour célébrer dignement l’avènement des rois à la couronne, leur sacre, leur majorité, leurs mariages, la naissance du prince héréditaire, on fait un grand auto-da-j é , comme on tire chez nous un feu d’artifice.

Quand on n’a pas à fêter quelqu’un de ces événemens, les inquisiteurs ne font que tous les deux ans leurs grands auto-da-j é ; à moins que le nombre des prisonnier n’oblige à vider plus tôt les prisons.

Ces cérémonies sont annoncées, long-temps en avant, et publiées au prône , dans tous les bourgs et hameaux voisins du lieu où elles doivent se faire. On choisit, pour l’ aulo-da-fé , le premier dimanche del’Avent, parce que l’évangile de cé jour parle du jugement dernier , que les inquisiteurs prétendent représenter au naturel, parleurs exécutions....

La sentence de ceux qui doivent être brûlés leur est lue quinze jours auparavant, pour leur donner le temps de bien sentir leur destinée horrible. La nuit qui précède X acte de joi , on leur porte les habits destinés à cette fête. Ils cop-

sistent dans une veste à longues manches et un pantalon de toile noire , rayée de blanc. On les conduit ensuite dans une grande galerie , où ils sont ranges selon la qualité de leurs crimes et la diversité des supplices qu’on leur préparé.

Là on leur donne la principale pièce de leur livrée. C’est un scapulaire de toile, qui ressemble un peu à une chasuble de prêtre. Il y en a de trois sortes: le san-benito , fa i t de toile jaune, et chargé, par devant et par derrière , d’une croix de Saint-André, peinte en rouge. On le donne aux incrédules, aux juifs , aux mahométans et aux hérétiques.

Ceux qui persistent à nier les faits dont ou les accuse, et qui sont cependant convaincus , par les dépositions des familiers du Saint-Office, portent la s amarra de toile grise. Le portrait du condamne y est peint au naturel, devant et derrière, assis ou debout sur des tisons embrasés, entouré de flammes et de démons.

Ceux qui s’accusent des crimes qu’on leur ordonne d’avouer , portent une samarra couverte de flammes renversées. Ceux-là ne sont pas ordinairement brûlés, mais condamnés à i quelque autre châtiment : ce qu’on leur laisse ! ignorer jusqu’au moment de la cérémonie. — Outre le scapulaire d’uniforme , on met , sur

la tête de tous les condamnés, un bonnët de carton appelé cm roc h as , fait en pain de sucre* chargé de flammes et de petits démons (i).

La procession est ouverte par une troupe de moines. Les condamnés viennent ensuite, por-* tant à la main un cierge de cire jaune. On leur donne des parrains, parce qu ils vont être baptisés dans leur sang, pour l lionneur de la foi. A la suite des coupables qui vivent encore, viennent ceux qui n ont pu résister aux mauvais traite mens que l’on endure dans les cachots de Linquisition , ceux qui se sont donné la mort* et ceux que I on a déterrés. On porte leurs os dans des caisses, et, au bout d’une perche, leur elïigie avec leur nom, chargée du scapulaire , coiffée du carrochas, et ornée de tout l’attirail qui entoure les vivans. Cette marche effrayante est fermée par le grand inquisiteur, suivi de tous ses officiers, et d’une foule innombrable de peuple, que la curiosité et l’espoir des indulgences attirent de toutes parts aux auto-da-fé .

Quand la procession est arrivée à l’église, on

(i) Comme l’Évangile défend de répandre le sang, oa dot trie aux criminels une chemise de soufre , qui leur biûle tout le corps en même temps , et empêche le sang de se répandre.

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fait un sermon sur l’utilité etla douceur du Saint* Office, On lit ensuite la sentence de tous les condamnés; et un prêtre donne à ceux qui ont avoue un coup de gaule , pour les relever de l’excommunication qu’ils ont encourue par leurs hérésies.

Après cela, on fait la distribution des supplia ces. On étrangle et on brûle ceux qui meurent chrétiennement ; on brûle à petit feu ceux qui s’obstinent à ne rien confesser.

Telles sont les voies charitables que les papes des derniers siècles ont imaginées, pour la conservation de la loi et la conversion des héréti-* ques. Pour peu qu’on soit instruit des persécutions qu’ont endurées les premiers chrétiens* on voit que l’inquisition a surpassé toutes les barbaries des persécuteurs, au nom d’une religion qui ne prêche que le pardon, la douceur et la clémence. - — Les jésuites, qui établirent l’inquisition en Amérique, avaient inventé une machine, où l’on mettait à la torture mille pré* venus à la fois (i)<

(i) Extrait des mémoires historiques sur V inquisition. - — Histoire ecclésiastique de Henry. — Dellon. Relation de V inquisition de Goa . — Antoine Arnaold. Plaidoyef contre les jésuites. — Idée de la oie et des écrits dtf

Les autres juges présument qu’un accusé

est innocent; les inquisiteurs le présument toujours coupable. Dans le doute, ils tiennent pour règle de se déterminer du coté de la rigueur , apparemment parce quils croient les hommes mauvais. Mais, d’un autre coté, ils en ont une si bonne opinion, qu’iis ne les jugent jamais capables de mentir : car ils reçoivent le témoignage des ennemis capitaux , des femmes de mauvaise vie , de ceux qui exercent une profession infâme. Ils font dans leur sentence un petit compliment à ceux qui sont revêtus dune chemise de soufre, et leur disent qu’ils sont bien fâchés de les voir si mal habillés; qu’ils sont doux, qu’ils abhorrent le sang , et sont au désespoir de les avoir condamnés; mais pour se consoler , ils confisquent tous les biens de ces malheureux à leur profit (i).

— Une juive de dix-huit ans , brûlée à Lisbonne, dans le dernier siècle, donna occasion à un petit ouvrage intitulé : Tt es-humble remontrance aux inquisiteurs d'Espagne et de Portugal. Je crois que c’est le plus inutile qui ait

M. TJritte , etc . — Histoire critique de l’inquisition, par D. Llorente , etc. , etc.

(i) Montesquieu. 29e, Lettre persane.

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jamais été écrit, dit Montesquieu (r). Quand il s’agit de prouver des choses si claires, on est sûr de ne pas convaincre.

L'auteur déclare que, quoiqu’il soit juif, ii respecte la religion chrétienne, et qu’il l’aime assez, pour ôter aux princes qui ne sont pas

chrétiens, un prétexte plausible pour la perseenter.

« Vousvous plaignez, dit-il aux inquisiteurs, de

a ce que l’empereur du Japon fait brûlera petit » feu tous les chrétiens qui sont dans ses états; » mais d vous répondra : Nous vous traitons, » vous qui ne croyez pas comme nous, comme » vous traitez vous-mêmes ceux qui ne croient » pas comme vous: vous ne pouvez vous plain- » dre que de votre faiblesse qui vous empêche )» de nous exterminer, et qui fait que nous vous » exterminons,

« Mais il faut avouer que vous êtes bien plus a cruels que cet empereur. Vous nous faites » mourir , nous qui ne croyons que ce que vous » croyez, parce que nous ne croyons pas tout « ce que vous croyez. Nous suivons une religion » que vous savez vous-mêmes avoir été autre-

(0 Esprit des Lois, liv. 25, chap. i3.

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» fois chérie de Dieu : nous pensons que Dieu » l’aime encore , et vous pensez qu’il ne l’aime » plus ; et parce que vous jugez ainsi , vous fai- » tes passer , par le fer et par le feu , ceux qui » sont dans cette erreur si pardonnable de croire » que Dieu aime encore ce qu’il a aimé.

» Si vous êtes cruels à notre égard, vous » l’êtes bien plus à l’égard de nos enfans ; vous » les faites brûler, parce qu’ils suivent les in- » spi rations que leur ont données ceux que la » loi naturelle et les lois de tous les peuples leur » apprennent à respecter comme des dieux.

)) Vous vous privez de l’avantage que vous a » donné sur les mahométans la manière dont » leur religion s’est établie. Quand ils se vantent » du nombre de leurs fidèles, vous leur dites » que la force les leur a acquis, et qu’ils ont » étendu leur religion par le fer : pourquoi donc » établissez-vous la vôtre par le feu ?

» Quand vous voulez nous faire venir à vous, » nous vous objectons une source dont vous » vous faites gloire de descendre. Vous nous ré- » pondez que votre religion est nouvelle, mais » qu’elle est divine; et vous le prouvez, parce » qu’elle s’est accrue par la persécution des i) païens et par le sang de vos martyrs : mais » aujourd’hui, vous prenez le rôle des Diode-

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» tiens, et vous nous faites prendre îe vôtre.

» Nous vous conjurons , non pas par le Dieu 3) puissant que nous servons , vous et nous, mais » parle Christ que vous nous dites avoir pris la » condition humaine, pour vous proposer des » exemples que vous puissiez suivre ; nous vous 3) conjurons d’agir avec nous, comme il agirait » lui-meme, s il était encore sur la terre. Vous » voulez que nous soyons chrétiens, et vous ne 3) voulez pas l’être.

» Mais si vous ne voulez pas être chrétiens, 3) soyez au moins des hommes : traitez -nous » comme vous feriez, si, n'ayant que ces faibles » lueurs de justice que la nature nous donne , » vous n aviez point une religion pour vous 3) conduire, et une révélation pour vous éclair » rer.

3) Vous vivez dans un siècle, où la lumière » naturelle est plus vive qu’elle n’a jamais été ,

3) où la philosophie a éclairé les esprits, où la » morale de votre évangile a été plus connue ,

3) où les droits respectifs des hommes les un- 3) sur les autres, l’empire qu’une conscience a 3> sur une autre conscience , sont mieux établis.

>3 Si donc vous ne revenez pas de vos anciens » préjugés qui, si vous n’y prenez garde, sont » vos passions, il faut avouer que vous êtes in-

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