‹ Dictionnaire féodalChapitre 85 sur 158 · NV · texte numérisé non relu

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» .corrigibles, incapables de toute lumière et » de toute instruction; et une nation est bien u malheureuse, qui donne de l’autorité à des » hommes tels que vous.

» Voulez-vous que nous vous disions naïve- » ment notre pensée ? Vous nous regardez plu- » tôt comme vos ennemis que comme les en- » nemis de votre religion; car si vous aimiez » votre religion, vous ne la laisseriez pas cor- » rompre par une ignorance grossière.

» Il faut que nous vous avertissions d une » chose; c’est que si quelqu’un, dans la posté- )) rité, ose jamais dire que, dans le siècle où » nous vivons, les peuples d’Europe étaient po- » lices , on vous citera pour prouver qu’ils )) étaient barbares ; et l’idée que l’on aura de » vous sera telle , qu’elle flétrira votre siècle » et portera la haine sur tous vos contempo- » rains.»

INVALIDES. — Combien y avait-il, en France, de couvens de religieux mendians et valides? Mille, deux mille, trois mille? je ne sais, dit Saint-Foix (i ). Comhieny a-t-il de maisons pour les pauvres ofïiciers et pour les soldats estro-

(i) Essais historiques y tome IL

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pies? Une. . . . Quand fut-elle fondée? Sous la première race sans doute? Non; sous la troisième, par Louis XIV, en 1671, environ douze cents ans depuis Clovis, et plusieurs siècles après l’établissement des carmes, des cordeliers et de tous les autres

— Dans plusieurs monastères de fondation royale, nos rois, dit le père Daniel (1), s’étaient réservé le droit de placer un soldat estropié , qui avait une portion monacale, et qui était en même temps obligé de rendre certains services, comme de balayer l’église et de sonner les cloches ; c’est ce qu’011 appelait moine , laj ou oblat . Outre que cette mince fortune avilissait le soldat, dit encore le même historien, la ressource était bien faible et bien petite pour le grand nombre de ceux que la guerre mettait , par leurs blessures, hors d’état de subsister

INVESTITURES. — Les princes accordèrent souvent leur protection et tant de privilèges aux moines , qu’il leur fut aisé de multiplier leurs biens , sans craindre que personne osât les attaquer sur les moyens qu’ils employaient pour s’enrichir. Quand des moines avaient quel-

(i) Histoire de la milice française , liv 2.

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que different avec leurs voisins, pour des terres dont on leur disputait la possession, il arrivait rarement qu’ils perdissent leur procès ; parce que les princes et leurs juges favorisaient ordinairement les moines. Cette faveur avait lieu surtout pour les monastères que les princes avaient fondes.

L’origine des investitures, qui ont cause tant de troubles dans léglise , entre les princes et les papes, vient de ses sortes de fondations. Elles ne signifiaient d’abord que les terres, dont le prince revêtait ou investissait une église, pour parler dans les termes de ces temps anciens. Les actes mêmes qui se faisaient entre les laïques contenaient le terme d 'investir , qui signifiait donner des terres et en mettre en possession.

Pour rendre ces dons plus solennels , on y ajouta certaines cérémonies. Par exemple, on donnait avec pompe un bâton à celui que l’on investissait. Mais, quoiqu’on ait longuement discuté sur la figure de ce bâton, on 11e peut pas dire au juste ce qu’il était. On voit, par quelques vieux cartulaires , que des princes remi~ rent un sceptre royal aux moines qu’ils investissaient d’un évêché. Ce ne fut que sous le pape Urbain II, que les évêques portèrent la crosse.

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Pierre Damien condamne hautement les investitures, comme des simonies, parce qu’elles donnaient occasion aux particuliers d’acheter les bénéfices. Les moines un peu riches pouvaient en effet acheter des évêchés, sous prétexte qu’ils donnaient de l’argent au prince, non pas pour être évêques , mais pour les frais de l’investiture et pour le prix du bâton.

11 faut remarquer ici que , dans les dix premiers siècles de l’église, les papes n’avaient presque point de pouvoir sur les élections des évêques et des abbés, et que les princes en étaient à peu près les maîtres ; puisqu’après que les moines et le peuple avaient choisi un supérieur ecclésiastique , le choix était bon, si le prince donnait l’investiture. En un mot, les suffrages des électeurs accordaient au prêtre élu le titre d’évêque, le prince en conférait les revenus et les bénéfices.

Mais, dès le onzième siècle, les papes déclarèrent hautement qu’ils avaient seuls le droit d’investir. Les souverains s’appuyèrent sur l’usage, pour conserver une puissance qui leur attachait le clergé, il s’éleva la- dessus de grands troubles dans plusieurs pays , parce que les papes voulaient à toute force disposer exclusivement des biens et des privilèges ecclésiasti-

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ques, pour établir leur domination universelle et pouvoir excommunier à leur aise ; et parce que les princes d’alors n’avaient pas assez de fermeté pour répondre aux souverains pontifes, autrement que par de très - humbles remontrances.

O11 ne donnera qu’un exemple des désordres que produisirent les investitures (i) : L’empereur Henri I\ avait depuis long-temps quelques disputes avec le pape Paschal il, pour le droit d investir. Comme cet empereur tenait un peu à ses privilèges, dans un concile assemblé à Rome, en 1102, le pape lança contre lui une sentence d’excommunication, la plus terrible qu’on eût fulminée jusqu’alors (2). Il mit l’empire d’Allemagne en interdit, et le donna à qui voudrait l’occuper.

Le 111s du monarque excommunié profita de

(1) Chronique d'Usperg. ah anno ioq5, ad 1116. — Fleury. Histoire ecclésiastique. — Eli 1 es Dupin. Histoire de l'église , XIIe. siècle , etc.

(2) Cet empereur avait déjà été eité à comparaître à Rome, pour s’y justifier de ses prétentions, par le pape Grégoire VU, qui l’avait excommunié, de la part du Dieu tout-puissant , qui avait absous tous les chrétiens de tout serment de fidélité , passé ou futur , envers lui , et qui avait excommunié tous ceux qui le serviraient à l’avenir .....

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cette circonstance, pour se révolter contre son père ; il se fit reconnaître empereur, o s le nom de Henri V; et, pour affermir son crédit, il déclara publiquement qu’zY voulait que son père se soumit au saint siège.

Henri IV ne se hâta pas d’obéir aux ordres d’un fils rebelle ; et ce jeune usurpateur fit dire à son père de se préparer à la guerre. En meme temps , il attira dans son parti le reste des petits princes et des seigneurs qui étaient restés fidèles à l’empereur excommunié ; il engagea ensuite son père , sons le prétexte d’un accommodement et des soumissions qu’il pouvait exiger , à se rendre dans la forteresse deBinghen, auprès de Mayenne, où il le retint prisonnier. Là , il obligea le vieux monarque à renoncer à l’empire, se fit couronner , et envoya à Rome six évêques , qui obtinrent du pape l’approbation de tout ce qui venait de se faire.

Cependant le malheureux empereur, s’étant sauvé à Liège, publia un manifeste, dans lequel il déclarait que l’abdication , que son fils lui avait extorquée, n’était point valide, et qu’il ne renonçait point à son trône, en faveur d un chef de révoltés. Henri V poursuivit son père, les armes à la main ; mais le ciel sembla vouloir lui épargner de nouveaux crimes. Henri IV

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mourut bientôt (en tio6) après cinquante ans d’un règne glorieux , qui lui mérita le surnom de Grand. \

Quelques auteurs disent que son fils le fit empoisonner. Quoi qu’il en soit, l’évêque de Liège eut assez d’humanité pour oublier les anathèmes du Saint-Père; il enterra dans son église le vieux monarque , et lui rendit tous les honneurs funèbres.

Mais en arrivant à Liège , Henri V força ce prélat à déterrer le cadavre de son père excommunié , et il le fit jeter dans un champ, parce qu’il ne devait point avoir place en terre sainte. Après toutes ces choses, Henri V chercha à s’accommoder avec le pape sur les investitures. 11 vit bientôt qu’il n’en obtiendrait rien plus que son père. Le pape ne voulut point céder le droit d’investir. Le jeune empereur prétendit le conserver aussi; et ces deux hommes, qui s’étaient accordés pour commettre des crimes, se brouillèrent dès qu’il fallut régler leurs intérêts.

Des guerres sanglantes furent encore la suite de ces débats; et le pape ne devint raisonnable que quand Henri Y, l’ayant fait prisonnier, de vive force, l’obligea de renoncer aux investitures. Il est vrai qu’aussitôt qu’il redevint libre. Je pape protesta contre ce traité , le déclara nul *

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excommunia Henri V, et reprit ses prétentions ordinaires. Mais on sait que les papes en ont toujours agi de la sorte.

Enfin la cour de Rome l’emporta ; elle eut le droit d’investir dans la plupart des pays chrétiens; et comme elle s’entend merveilleusement bien à vendre les choses saintes, elle en retira de grands profits, et donna aux rois, pour les dédommager des privilèges qu’elle leur ôtait , le droit de proposer les candidats.

Ces coutumes ne s’introduisirent en France , avec certaines modifications, que par le concordat de Léon X et de François Ier. , qui ôta aux moines et au peuple le droit naturel de se choisir des supérieurs, et qui partagea, entre les papes et les rois , le pouvoir de faire et d’enrichir les évêques.

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