A L’ÉTAT ACTUEL DE LA FRANCE
On me reprocha, quand je publiai le Dictionnaire Féodal i de n’avoir pas fait un travail sur la vieille France de 1789, comparée à la France régénérée par la Charte. J’ai cherché à remplir ce vide, et j’espère que cette esquisse légère fera bénir les bienfaits de l’Assemblée nationale , que la Charte a sanctionnés et garantis.
M. le général Auguste Jubé , dont les savans ouvrages répandent tant de lumières sur notre histoire et sur nos droits politiques, a publié l’année dernière le tableau des conquêtes morales de la révolution (1). Ce tableau est si parfait qu’il y aurait de 3a
(1) La Nation française rétablie dans scs droits primitifs , garantis par la Charte constitutionnelle , Une feuille grand iriu folio , chez Pelicier.
ti
l’ancien régime
témérité à ne point le prendre pour guide -, j’avouerai donc cpie je lui dois ce qu’il y a de mieux dans le morceau qu’on va lire.
Lorsqu’on parla à l’assemblée des notables de supprimer les droits féodaux et les restes de la barbarie, tandis que les plus généreux d’entre les nobles et quelques membres éclairés du clergé consentaient à cette réforme nécessaire, d’autres prétendirent que les privilèges des deux ordres étaient naturels et sacrés, que les constitutions de la France étaient bonnes, que le peuple était heureux, que le gouvernement n’offrait rien d’insupportable, et que le projet d’apporter quelques cbangemens dans les lois de la monarchie ne pouvait être proposé que par des sujets rebelles (i).
Cependant, en 1789, la monstrueuse féodalité régnait toujours sur la France. A la vérité le droit de détrousser les passans sur les grandes routes, le droit de battre la fausse monnaie, le droit de vie et de mort sur les serfs, le droit de cuissage sur les jeunes épouses , quelques-uns des droits les plus odieux étaient abolis. Mais après le siècle des philosophes, la servitude de la glèbe effrayait encore les habitans des campagnes. Louis XVI avait affranchi,
(1) Voyez le Mémoire présenté au Roi par Monseigneur le comte (V Artois , M. le prince de Coudé, M. le duc de Bourbon , M. le duc d’Enghien et M. le prince de Conti. Voyez aussi les Modestes Observations sur le Mémoire de ces princes , faites ai* iwm de vingt-trois millions de Français . Décembre, 1788.