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— Au reste , les abbés maniaient autrefois là ferraille, et menaient au combat leurs vassaux et leurs moines , comme nous venons de le dire.
L'histoire prouve même qu'on tuait ces pieux soldats tout aussi-bien que les impies; de sorte que , comme on aime a mourir dans son lit, quand on tient à l'église , les abbés et les moines se contentèrent dans la suite de prier pour les combattans, de bénir leurs amis, et d'excommunier leurs ennemis.
ABONNEMENT. — Louis-le-Gros , qui nè trouvait pas grand honneur à gouverner un troupeau d'esclaves , affranchit les serfs de ses domaines, et pria les seigneurs de son royaume d'en faire autant. Mais ceux-ci ne se pressèrent point de suivre cet exemple et ces conseils trop généreux. La libérté fut donc long-temps encore à peu près méconnue en France. — Saint Louis, et k reine Blanche, sa mère, persuadés qu'un état peuplé de serfs ne pouvait jamais devenir florissant, permirent aux paysans de se racheter. Ainsi une famille, une paroisse, tous les habitans d'un territoire traitaient avec leurs seigneurs, et devenaient libres de la glèbe , en lui payant une certaine somme, tous les six mois, ou toutes les années ; c'est ce qu'on ap-
4 ADU pelait abonnement. — Cette institution n'eut pas long temps les résultats qu'on en attèndait, parce que les paysans étaient pauvres, et la plupart des seigneurs trop avares et trop exigeans. (Voyez serfs, affranehissemens , etc.)
ADULTERE. — A l'exception des Spartiates, qui permettaient l'adultère, tous les anciens peuples établirent, contre ce crime, des peines sans doute trop "sévères. Les Juifs lapidaient les deux coupables. Sous l'empereur Théodose, toute femme adultère était obligée de faire le service des filles publiques. Les Saxons brûlaient autrefois la femme ou le mari adultère ; ils se contentaient de pendre le complice non marié.
— En France, on fit long-temps subir aux adultères des peines ridicules, que chaque seigneur modifiait, dans ses domaines, à sa fantaisie et selon son bon plaisir. Dans le Languedoc, au treizième , au quatorzième et au quinzième siècle, la femme surprise en adultère était condamnée à parcourir nue, sans chemise, à l'heure (le midi , la ville ou le village qu'elle avait scandalisé (i). Les hommes encouraient
(i) Cçutumier général. — Fiefs de Salvaing, etc.
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la même peine, avec cette différence que, dans plusieurs provinces, les femmes intéressées au maintien de la loi avaient la permission de fouetter, au passage, l'époux impudique. 11 y avait même des villes dans le midi, où l'adultère était tenu de péter en passant sur un pont, au milieu de la foule, que sa nudité devait bien édifier. Dans un canton du Lyonnais, au quatorzième siècle, la femme adultère était obligée de courir nue après une poule, jusqu'à ce qu'elle l'eût attrapée, pendant que son complice , pareillement nu, ramassait du foin pour en faire une botte
— On porta néanmoins en France, dans certains temps, des peines plus graves contre l'adultère. Les trois brus de Philippe-le-Bel furent accusées de ce crime ; Marguerite de Bourgogne, femme de Louis-le^-Hutin, fut étranglée
dans sa prison Manche, femme de Charles-
le-Bel, sauva sa vie en disant que son mariage
On remarque également cet article dans les statuts du Dauphiné ( an 1 164 ) : « La personne surprise en adultère sera » conduite toute nue par le pays , ou paiera une amende • de soixante sous. » Si quis in adulterio depréhensits fuerit , nudus per villam ducetur , aut sçxaginla solidct prœstabit, etc.
était nul , à cause de la parenté. Jeanne, femme de Philippe^le-Long , était adultère comme ses sœurs. Mais Philippe-le-Long, plus humain que ses frères, voulut bien la reprendre telle qu'elle se trouvait
, AFFRANCHISSEMENT . — On ne peut pas affranchir tout à coup, et par une loi générale, tous les esclaves d'un état, lorsqu'ils y sont nombreux. On sait que, chez les Volsiniens, les affranchis, devenus maîtres des suffrages, firent une abominable loi , qui leur donnait le droit de coucher les premiers avec les filles qui se mariaient à des ingénus (i).
" .-— Personne ne reprochera à nos anciens seigneurs d avoir trop précipité l'affranchissement de leurs esclaves, puisqu'il y avait encore des serfs, dans les derniers siècles de notre histoire.
Au commencement de la troisième race, la Fr,nce n'était ******* composée que de nobles et de serfs; et quoique Louis-le-Gros eut donné l'exemple des affranchissemens, il fallut un édit de Louis-le-Hutin, pour décider les seigneurs à rendre un peu de liberté au peuple.
(i) Montesquieu, Esprit des lois, h'v i5. — Supplément de Freinshemius, Dec. If. liv. 5.
Voici quelques passages de cet édit célèbre , ,qui est du 3 juillet i3i5... « Comme selon le » droit de nature, chacun doit naître franc... » Considérant que notre royaume est dit et » nommé le royaume des Francs; et voulant » que la chose soit accordante au nom..... par » délibération de notre grand conseil , nous » avons ordonné et ordonnons , que, par tout m notre royaume , franchise soit donnée , à i> bonnes et convenables conditions... et pour x ce, que les seigneurs qui ont hommes de » corps prennent exemple de nous, etc. »
Ainsi ce fut Louis X qui eut la gloire de faire entrevoir la liberté à son peuple ; car 1 affranchissement n'était qu'une demi-liberté, puisque les affranchis étaient soumis, pour prix de leur manumission, à de6 redevances perpétuelles envers leurs seigneurs, aux corvées, au service de corps, et a plusieurs autres charges bien spe» cifiées dans lacté de leur affranchissement.
— Il y avait plusieurs manières de rendre la liberté à un serf. Le seigneur conduisait son esclave devant le roi; l'esclave jetait aux pieds du prince un denier, qu'il tenait à la main, et cette cérémonie le rendait libre, selon la loi salique. On pouvait encore affranchir par un ncte ou par un testament, ou par une simple»
déclaration au pied de l'autel. Dans ce dernier cas, l'église prenait les affranchis sous sa protection.
Un des plus grands droits que les affranchis acquéraient en cessant d'être scrfe , c'est qu'ils pouvaient entrer dans le clergé , et se faire moines, sans en demander permission à leur seigneur.
Mais il faut bien remarquer que l'affranchissement n'était presque jamais gratuit; il fallait l'acheter , et souvent le payer très-cher, soit en argent, soit en rentes, soit en services importans. Les évêques, les abbés, et les autres seigneurs ecclésiastiques affranchissaient le champion qui s'était battu trois fois pour eux avec succès; c'est-à-dire, ajoute Saint-Foix (i), qui avait tué ou assommé trois hommes. D'autres affranchissaient , avec de bonnes conditions , un pauvre serf qui les avait sauvés dans une bataille, ou qui pouvait leur fournir une assez grosse somme, et leur assurer une rente, du fruit de ses économies', des petits gains de sa famille, et des sueurs de ses pères. ( Voyez serfs, corvées , cens , etc. )
(i) Essais historiques, tome H.