‹ Dictionnaire féodal ou recherches et anecdotesChapitre 56 sur 76 · ÉCU · texte numérisé non relu

ÉCU

touls ; en Picardie, gouverneurs; consuls, dans plusieurs villes de la Guyenne ; pairs , à la Rochelle, etc. La plupart de ces échevins devenaient nobles en entrant en dignité. L'édit de mars 1667 donnait pareillement les privilèges de noblesse aux maires et échevins de Poitiers, de Niort, de Bourges, d'Angoulême , de Tours, d'Angers , d'Abbeville , de Lyon , de Cognac , etc.

Ces privilèges étaient louables dans leur principe , puisqu'on les donnait au mérite , honoré du choix libre des citoyens ; mais ils devenaient injustes , du moment que toutes les villes n'en jouissaient point, et lorsque cette noblesse était héréditaire.

Il est vrai que cette dernière concession était rare ; la plupart des échevins n'étaient nobles que pendant leurs fonctions , et rentraient dans la roture en redevenant simples citoyens. — Dans d'autres villes où ces magistrats n'étaient pas privilégiés, l'échevin nommé de la veille prenait le pas sur l'ancien, s'il était de condition plus élevée.

ÉCUYER. — Les gens un peu habiles dans l'équitation , prennent aujourd'hui le titre dVcuyers. C'était autrefois une qualité, dont les

182 ÉLE

nobles étaient très-jaloux , et que les roturiers ne pouvaient porter sous peine d'amende (i).

Un noble dérogeait lorsqu'il négligeait de se dire écuyer dans ses titres (2). (Voyez Dérogeanee, etc.)

ÉGALITÉ. — Dans toutes les provinces de la Chine, le gouverneur de chaque ville réunit, au commencement delà nouvelle année, tous ceux qui ont fait quelque action vertueuse, pendant le cours de Tannée qui vient de finir, et leur donne un grand festin, au nom et de la part de l'empereur. Ce festin est préparé dans la place publique, sous une tente, au haut de laquelle on lit ces mots : Hommes de tous états et de toutes conditions , c'est la vertu qui vous place et vous rend ici tous égaux. — On trouvera dans peu de pays une institution aussi belle.

ÉLECTION (5). — Dans les premiers siècles de l'église, le peuple choisissait librement ses

(0 Arrêt de i663. Journal des audiepces , tome II liv. 5 , ch. 38.

(?.) Mémorial de Bellct- Verrière.

(3) L'élection des évêqnes était de la plus grande antiquité

ÉLE i85

évéques. Sous la première race de nos rois, les abbés et les évéques étaient élus pareillement j mais le roi confirmait les élections. Bientôt ces libertés forent moins grandes , et les princes nommèrent aux bénéfices.

Les églises étant devenues pauvres, à la suite des guerres que Charles-Martel eut à soutenir , on leur rendit le droit d élection , pour les consoler des biens qu'elles avaient perdus ; et quand on laissa au peuple de Rome le droit de-, lire les papes, ce fut un effet de l'esprit général ; le pape était évêque de Rome , les Romains devaient le choisir.

Dans la suite , les papes s'emparèrent des bénéfices et les distribuèrent à leur fantaisie. Sauvai rapporte, dans ses preuves, une lettre de Nicolas III, qui casse l'élection de maître Eudes

dans l'église. Ce n'étaient pas seulement les chanoines de la cathédrale qui avaient droit de suffrage; mais encore les chanoines de toutes les églises du diocèse , les prêtres de chaque paroisse, les moines de tout ordre, et les principaux d'entre les laïques , suivant cette vieille et sage maxime : // est juste que celui qui doit commander à tous , soit élu de tous. — Le concordat de François I er . donna au roi le droit de nommer les évéques , et au pape , celui de les confirmer.

i84 EXT de Saint-Denis à l'évèché de Paris, et donne cet évêché à un frère prêcheur , qui n'en voulut point, et le repassa à un chanoine (i). ( V. Bénéfices , Papes , etc. )

ENTRÉES. — Quand l'abbé de Figeac (dans le Quercy) faisait sa première entrée dans cette ville , le seigneur de Mdntbrun et de la Roque , habillé en arlequin , avec une jambe nue, était obligé de le conduire jusqu'à la porte de son abbaye, tenant sa jument par la bride. Ensuite l'abbé et l'arlequin dînaient ensemble (2).

— Lorsque l'archevêque de Rouen faisait son entrée solennelle , pour prendre possession de son église, il allait d'abord à l'abbaye de Saint- Ouen , et de là à la paroisse de Saint-Herbland , où le sacristain lui ôtait ses souliers et ses bas: Ensuite, il se rendait pieds nuds à sa cathédrale , pour montrer qu'on ne doit jamais dés-

(1) Littera Nicolai III, in qud cassât electionem factam de magistro Odone de Sancto-Dyonisio, etc. Rcpert. des chartes de l'église de Paris , t. H, fol. 4> cote 53. — Preuves dés antiquités de Paris, page, 7 3.

(2) Saint-Foix. Essais historiques, tome III. — L'abbé de Figeac avait quinze mille livres de rente:

ÈPA i85

espérer de la Providence , et que tel, dans 1 etat ecclésiastique, qui s'est couché pauvre le soir, se lève le lendemain avec cent, deux cent, trois cent mille livres de revenu (i).

— On pourrait placer ici une foule Centrées , remarquables par des usages ridicules. On en trouvera quelques-unes au mot Redevances.

ÉPAVES (2). — Les bêtes égarées s'appelaient épaves. Elles appartenaient au seigneur haut-justicier, après qu'il les avait, fait publier pendant trois dimanches consécutifs, sans qu'on les réclamât.

Lorsque celui qui les avait perdues venait les réclamer , il payait , à la discrétion du seigneur , la nourriture et le logement de sa bête, avec les frais et épices du juge, ou du seigneur justicier. Au bout de quarante jours, les réclamations étaient nulles , et la bête égarée était acquise au seigneur (5). Le paysan qui trouvait une épave , était obligé de la conduire aux

(1) Idem , ibidem.

(2) Du latin Expavefactœ, pavidœ ; parce que les bêtes

épouvantées peuvent sVgarer facilement.

(3) Baquet. Des droits de justice ( ; qu'il aurait pu intituler droits d! injustice) y ch. 2.

i86 ÉPÉ

officiers de la seigneurie, sous peine d'amende.

Lebret (i) regarde le droit d'épaves comme une usurpation qui viole toutes les règles de la justice. Un seigneur, un peu délicat , devait-il jouir de ce qu'il trouvait et qui n'était point à lui ? Devait-il se saisir de ce qu'un autre avait trouvé ; et ne devait-on pas laisser à celui qui avait perdu, le droit de réclamer en tout temps ? — C'était déjà trop de faire payer arbitrairement la nourriture et la garde de la bête égarée, et de condamner à des frais de justice, non pour une faute excusable, mais pour un accident qu'on ne peut prévoir. Aussi avec certains seigneurs , les paysans ne réclamaient point , parce qu'il aurait fallu payer la bête perdue plus qu'elle ne valait.

ÉPÉE. — Autrefois, quand le fils d'un gentilhomme français avait atteint l'âge de quatorze ans, il allait à l'église, ayant au cou un ceinturon avec une épée. Son père et sa mère, portant chacun un cierge à la main, le conduisaient à l'autel , et le présentaient au prêtre, au moment de l'offrande. Le prêtre prenait lepée, la bénissait, et la rendait au jeune noble, qui

( i j Traité de la souveraineté du roi, liv. 3 , ch. i a.

Page 1