‹ Dictionnaire féodal ou recherches et anecdotesChapitre 76 sur 76 · i 4 INQ · texte numérisé non relu

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temens, à moins qu'aux dépens de leur hon-neur, elles n'adoucissent, par leur beauté, leur jeunesse et leurs complaisances, les inquisiteurs et leurs familiers.

Quand les tourmens n'ont rien fait avouer à ceux qui ont épuisé dans les tortures toute l'imagi nation du Saint-Office , on les Reconduit en prison , et la ruse succède alors à l'artifice. On leur envoie des espions du tribunal, qui, feignant d'être prisonniers et innocens comme eux, s'emportent contre l'inquisition et contre ses tyrannies exécrables. Par ces discours aussi vrais qu'artificieux , les agens, apostés pour surprendre, font tomber les prévenus dans le piège , d'autant plus aisément qu'on ne peut guère se défendre de mêler ses plaintes à celles d'un malheureux, dont on croit partager le sort. Tout le mal qu'on dit alors des inquisiteurs est retenu, amplifié ; et ces juges n'ont pas besoin d'autres preuves, pour condamner au feu.

Les prêtres qui composent le Saint-Office ne rougissent pas de jouer eux-mêmes ces rôles inlamés. Ils affectent de consoler les prisonniers, témoignent qu'ils sont touchés de leurs maux , qu'ils ne veulent pas leur perte , mais leur conversion ; que le moindre aveu qu'ils feraient en particulier, et pour lequel ils leur promct-

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tent un secret inviolable, suffirait pour terminer leurs peines , et leur faire recouvrer leur liberté , etc. Si lé prisonnier n'est pas assez prudent pour se défier de ces artifices , il est perdu sans ressource; il ne saurait éviter ou le bûcher, ou les galères, ou la prison perpétuelle , avec l'infamie et la perte de tous ses biens. ( Cette dernière peine , la confiscation, est presque toujours appliquée, même envers les plus innocens , parce que lès biens confisqués appartiennent aux pères inquisiteurs , qui ont porté la sentence.)

Celui qui s'avise de se soustraire, par la fuite, aux recherches de l'inquisition , doit renoncer à sa patrie , à sa famille, à ses biens , à son honneur ; et, quoique son innocence soit bien attestée, il ne remettra plus le pied sur le sol natal ; il ne reverra plus sa femme ; il n'embrassera plus ses enfans ; à moins que la mendicité où ils sont réduits ne les amène dans le lieu de son exil.... On lui fera son procès , sans qu'il y soit présent; on confisquera tout ce qui lui appartient , on le brûlera en effigie ; et , afin que la mémoire s'en conserve chez la postérité , on suspendra, dansl église de la sainte inquisition, son portrait ^ avec son nom, ses titres, ses qualités, ses prétendus crimes; et, s'il se laisse

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reprendre par les familiers du tribunal , il sera brûlé , sans pouvoir obtenir un autre jugement, parce que , comme le pape, les inquisiteurs sont infaillibles et ne restituent pas

La mort même ne met point à couvert ÔV ces saintes fureurs; on procède contre les morts aussi-bien que s'ils étaient vivans. On porte en procession leurs effigies et leurs os , qu'on jette solennellement dans le bûcher, après avoir lu publiquement la sentence de mort infamante.

Çe dernier cas est d'autant plus fréquent , que la plupart de ceux qui entrent dans les cachots de l'inquisition y meurent, ou des chagrins qu'ils y éprouvent, ou des mauvais traitemens qu'ils y reçoivent, ou de la faim qu'on leurlaisse endurer , ou de la suite des tortures , ou enfin d'une mort qu'ils se donnent.

Ce qui les porte à cet acte de désespoir, c'est que , contre l'ordinaire des autres tribunaux , où l'exécution suit de près la sentence portée contre un criminel , l'inquisition diflere souvent de plusieurs années la mort d'un coupable, à qui elle a prononcé sa condamnation. Ces lenteurs et le séjour affreux des cachots le font mourir à chaque instant, d'une manière qui, pour n'être que dans l'imagination, n'en est pas. moins sensible. Aussi la plupart de ces malheur

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feuxée détruisent-ils eux-mêmes, pour s épargner toutes ces horreurs, ou par le poison lorsqu'ils peuvent s'en procurayëu en s'ouvrant les veines, ou en se brisant la tête contre les pierres qui leur servent de lit.

L'inquisition exerce encore son pouvoir sur ceux qui sont morts depuis long-temps , et qui de leur vivant n'ont jamais été accusés ni soupçonnés d'hérésie. Mais, parce qu'ils ont laissé de grands biens , l'inquisition s'en emparé, en les faisant accuser, exhumer, condamner et brûler, quarante ou cinquante ans après leur mort.

Dans les tribunaux ordinaires, l'exécution des criminels se fait publiquement, pour effrayer le crime, et non pour édifier les spectateurs. La peine de mort est même si contraire à la douceur de l'Évangile, à la clémence du Dieu qui pardonne , que partout on avait défendu aux ecclésiastiques d'assister aux supplices ordonnés par les lois humaines. L'inquisition a fait, de l'exécution de ses jugemens, un acte religieux , un acte de foi ( auto - da -fé ) !...

Les prêtres et les moines, qui sont juges et parties dans ce tribunal , ne se contentent pas de prononcer la condamnation de mort; ils assistent au supplice des criminels, et donnent à cette cérémonie tout l'appareil et toute la

pompe ecclésiastique. Ils ont poussé si loin la barbarie, que ces sanglantes exécutions font partie des ré jouissances publiques; et que, dans l'Espagne et le Portugal, pour célébrer dignement l'avènement des rois à la couronne, leur sacre, leur, majorité , leurs mariages, la naissance du prince héréditaire , on fait un grand auto-da-fé, comme on tire chez nous un fen d'artifice.

Quand on n'a pas à fêter quelqu'un de ces

événemens, les inquisiteurs ne font que tous les

deux ans leurs grands auto-da-jé; à moins

que le nombre des prisonnier n'oblige à vider

plus tôt les prisons.

Ces cérémonies sont annoncées , long-temps

en avant , et publiées au prqne , dans tous le* bourgs et hameaux ypisinsou lieu où elles doivent se fcire. On choisit, pour Yaitto-da-fé , le premier dimanche de l'Avent, parce que l'évangile de ce jour} parle du jugement dernier 9 que les inquisiteurs prétendent représenter au naturel, par kurs exécutions....

La sentence de ceux qui doivent être brûlés leur est lue quinze jours auparavant, pour leur donner le temps de bien sentir, leur destinée horrible. La nuit qui précèo'e Va#* (Le foi , on leur porte les habits destinés à qçttç fèj<?- Ikcon-

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sistent dans une veste à longues manches et un pantalon de toile noire , rayée de blanc. On les conduit ensuite dans une grande galerie , où ils sont rangés selon la qualité de leurs crimes et la diversité des supplices qu'on leur prépare.

Là on leur donne la principale pièce de leur livrée. C'est un scapulaire de toile , qui ressemble un peu à une chasuble de prêtre. Il y en a de trois sortes : le san-benito , fait de toile jaune, et chargé, par devant et par derrière, d'unecroix de Saint-André , peinte en rouge. On le donne aux incrédules, aux juifs , aux mahométans et aux hérétiques.

Ceux qui persistent à nier les faits dont on les accuse, et qui sont cependant convaincus , par les dépositions des familiers du Saint-Office, portent la samàrra de toile grise. Le portrait du condamné y est peint au naturel, devant et derrière, assis ou debout sur. des tisons embrasés, entouré de flammes et de démons.

Ceux qui s'accusent des crimes qu'on leur ordonne d'avouer , portent une samarra couverte de flammes renversées. Ceux-là ne sont pas ordinairement brûlés , mais condamnés à quelque autre châtiment : ce qu'on leur laisse ignorer jusqu'au moment de. la cérémonie.

— Outre le scapulaire d'uniforme , on met , sur

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la tete de tous les condamnés, tin bonriet cf<s carton appelé carrmhas, f>iten pain de sucre, charge' de flammes et de petits démons (O;

La procession est ouverte par une troupe de moines. Les condamnés viennent ensuite, portant à la main un cierge de cire jaune. On leur donne des parrains, parce qu'ils vont être baptisés dans leur sang, pour l'honneur, de la foi. A la suite des coupables qui vivent encore, viennent ceux qui n ont pu résister aux mauvais traitemens que Ion endure dans les cachots de l'inquisition , ceux qui se sont donué la mort , et ceux que l'on a déterrés. On porte leurs os dans des caisses, et, au bout d une perche, leur effigie avec leur nom, chargée du scapulaire , coiffée du carrochâs, et ornée de tout l'attirail qui entoure les vivans. Cette marche effrayante est fermée par le grand inquisiteur, suivi de tous ses officiers, et d une foule innombrable de peuple, que la curiosité et l'espoir des indulgences attirent de toutes parts aux auto-da-fé.

Quand la procession est arrivée à l'église, on

(i) Comme l'Évangile défend de répandre le sang, od donne aux criminels une cbemise de soufre , qui leur brûle tout le corps en même temps , et empêche le sang de se re # ~ pandre.

INQ 5ai fait un sermon sur l'utilité etla douceur du Saint* Office. On lit ensuite la sentence de tous les condamnés; et un prêtre donne à ceux qui ont avoué un coup de gaule, pour les relever de l'excommunication qu'ils ont encourue par leurs hérésies.

Après cela, on fait la distribution des supplices. On étrangle et on brûle ceux qui meurent chrétiennement; on brûle à petit feu ceux qui s'obstinent à ne rien confesser.

Telles sont les voies charitables que les papes des derniers siècles ont imaginées, pour la conservation de la foi et la conversion des hérétiques. Pour peu qu'on soit instruit des persécutions qu'ont endurées les premiers chrétiens, on voit que l'inquisition a surpassé toutes les barbaries des persécuteurs , au nom d'une religion qui ne prêche que le pardon , la douceur et la clémence. — Les jésuites, qui établirent l'inquisition en Amérique, avaient inventé une machine, où l'on mettait à la torture mille prévenus à la Jois (i).

(i) Extrait des mémoires historiques sur V inquisition. -— Histoire ecclésiastique de 1* leury . — Del. on. Relation de V inquisition de Goa — Antoine Arnaulti. I laidoyer contre les jésuites. — Idée de la vie et des écrits de

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. Les autres juges présument qu'un accusé

est innocent ; les inquisiteurs le présument toujours coupable. Dans le doute, ils tiennent pour règle de se déterminer du côté de la rigueur , apparemment parce qu'ils croient les hommes mauvais. Mais, d'un autre côté, ils en ont une si bonne opmiftn , qu'ils ne les jugent jamais capables de mentir: car ils reçoivent le témoignage des ennemis capitaux, des femmes de mauvaise vie, de ceux qui exercent une profession infâme. Ils font dans leur sentence un petit compliment à ceux qui sdnt revêtus d'une chemise de soufré, et leur disent qu'ils sont bien fâchés de les voir si mal habillés; qu'ils, sont doux, qu'ils abhorrent le sang, et sont au désespoir de les avoir condamnés ; mais pour se consoler , ils confisquent tous les biens de ces malheureux a leur profit ( i ) .

' — Une juive de dix-huit ans , brûlée à Lisbonne, dans le dernier siècle, donna occasion à un petit ouvrage intitulé : Très-humble remontrance aux inquisiteurs cT Espagne et de Portusal^lejxiùume c'est le plus inutile qui ait

M.TVitte, etc. — Histoire critique de l'inquisition , par D. Llorente t etc. , etc.

(i) Montesquieu. 29*. Lettre persane.

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jamais été écrit, dit Montesquieu (i). Quand il s agit de prouver des choses si claires, on est sûr de ne pas convaincre.

L auteur déclare que, quoiqu'il soit juif, il respecte la religion chrétienne, et qu'il l'aime assez, pour oter aux princes qui ne sont pas dirétiens, un prétexte plausible pour la persécuter,

« Vous vous plaignez, dit-il aux inquisiteurs, de )i ce que l'empereur du Japon fait brûler à petit » feu tous les chrétiens qui sont dans ses états; » mais il vous répondra : Nous vous traitons, » vous qui ne croyez pas comme nous , comme » vous traitez vous-mêmes ceux qui ne croient » pas comme vous : vous ne pouvez vous plâin- » dre que de votre faiblesse qui vous empêche » de nous exterminer , et qui fait que nous vous » exterminons.

» Mais il faut avouer que vous êtes bien plus » cruels que cet empereur. Vous nous faites » mourir , nous qui ne croyons que ce que vous » croyez, parce que nous ne croyons pas tout » ce que vous croyez. Nous suivons une religion » que vous savez vous-mêmes avoir été autre-

(i) Esprit des Lofs, liv. 25, chap. l3.

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» fois chérie de Dieu : nous pensons que Dieu » Faime encore, et vous pensez qu'il ne l'aime » plus ; et parce que vous jugez ainsi, vous fai- » tes passer, par le fer et par le feu, ceux qui » sont dans cette erreur si pardonnable de croire » que Dieu aime encore ce qu'il. a aimé.

» Si vous êtes cruels à notre égard, vous » l'êtes bien plus à l'égard de nos en fans ; vous » les faites brûler , parce qu'ils suivent les in- » spirations que leur ont données ceux que la » loi naturelle et les lois de tous les peuples leur » apprennent à respecter comme des dieux.

» Vous vous privez de l'avantage que vous a » donné sur les mahométans la manière dont » leur religion s'est établie. Quand ils se vantent » du nombre de leurs fidèles , vous leur dites » que la force les leur a acquis, et qu'ils ont » étendu leur religion par le fer : pourquoi donc » établissez-vous la vôtre par le feu ?

» Quand vous voulez nous faire venir à vous,' » nous vous objectons une source dont vous )> vous faites gloire de descendre. Vous nous ré- » pondez que votre religion est nouvelle, mais » qu'elle est divine; et vous le prouvez, parce » qu elle s'est accrue par la persécution des » païens et par le sang de vos martyrs : mais » aujourd'hui, vous prenez le rôle des Dioclé-

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h tiens, et vous nous faites prendre le vôtre.

m Nous vous conjurons , non pas par le Dieu » puissant que nous servons , vous et nous, mais » par le Christ que vous nous dites avoir pris la » condition humaine, pour vous proposer des » exemples que vous puissiez suivre ; nous vous » conjurons d'agir avec nous, comme il agirait » lui-même, s'il était encore sur la terre. Vous » voulez que nous soyons chrétiens, et vous ne » voulez* pas l'être .

» Mais si vous ne voulez pas être chrétiens, » soyez au moins des hommes : traitez - nous » comme vous feriez, si , n'ayant que ces faibles » lueurs de justice que là nature nous donne y » vous n'aviez point une religion pour vous » conduire , et une révélation pour vous éclai- » rer.

» Vous vivez dans un siècle , où là lumière » naturelle est plus vive qu'elle n'a jamais été , » où la philosophie a éclairé les esprits,, où la » morale de votre évangile a été plus connue „

» où les droits respectifs des hommes les uns » sur les autres, l'empire qu'une conscîenôe a » sur une autre conscience, sont mieux établis. » Si donc vous ne- revenez pas de vos anciens » préjugés qui, si vous n'y prenez garde, sont » vos passions, il faut avouer que vous êtes in-

» corrigibles, incapables de tonte lumière et » de toute instruction ; et une nation est bien » malheureuse, qui donne de l'autorité à des » hommes tels que vous.

» Voulez-vous que nous vous disions naïve- » ment notre pensée? Vous nous regardez plu- » tôt comme vos ennemis que comme les en- » nemis de votre religion ; car si vous aimiez » votre religion, vous ne la laisseriez pas cor- » rompre par une ignorance grossière.

» Il faut que nous vous avertissions d'une » chose; c'est que si quelqu'un, dans la postéj> rité, ose jamais dire que, dans le siècle où » nous vivons, les peuples d'Europe étaient po- » licés , on vous citera pour prouver qu'ils » étaient barbares ; et l'idée que l'on aura de » vous sera telle , qu'elle flétrira votre *\ècte » et portera la haine sur tous vos contemporains.» v

m VALIDES— Combien y avait-il, en France, de couvens de religieux mendians et valides ? Mille, deux mille, trois mille? je ne sais, dit Saiut-Foix (i). Combieny a-t-il de maisons pour les pauvres officiers et pour les soldats estro-

(i} jEi.<a<s historiques , tome If.

pies? Une. . ... Quand fut-elle fondée ? Sous la pre?

mière race sans doute? Non; sous la troisième, par Louis XIV ,. en 1671, environ douze cents ans depuis Clovis, et plusieurs siècles après rétablissement des cannes, des cordeliers et de tous les autres. . ... .

— Dans plusieurs monastères de fondation royale , nos rois, dit le père Daniel (1), s'étaient réservé le droit de placer un soldat estropié;, qui avait une portion monacale, et qui était en même temps obligé de rendre certains services-, comme de balayer 1 église et de sonner les cloches; c'est ce qu'on appelait inoine, laj pu oblat. Outre que cette mince fortune avilissait le soldat, dit encore le même historien, la ressource était bien faible et bien petite pour le grand nombre de ceux que la guerre mettait, par leurs blessures, hors d'état de subsister.,...

INVESTITURES. — Les princes accordèrent souvent leur protection et tant de privilèges aux moines , qu'il leur fut aisé de multiplier leurs biens > sans craindre que personne osât les attaquer sur les moyens qu'ils employaient pour s'enrichir. Quand des moines avaient,quel r

(i,) Histoire de la milice française , liv 2.

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que différent avec leurs voisins , pour des terres dont on leur disputait la possession, il arrivait rarement qu'ils perdissent leur procès; parce que les princes et leurs juges favorisaient ordinairement les moines. Cette faveur avait lieu surtout pour les monastères que les princes avaient fondes.

L'origine des investitures , qui ont causé tant de troubles dans l'église , entre les princes et les papes, vient de ses sortes de fondations. Elles ne signifiaient d'abord que les terres, dont le prince revêtait ou investissait une église , pour parler dans les termes de ces temps anciens*. Les actes mêmes qui se faisaient entre les laïques contenaient le terme d'investir, qui signifiait donner des terres et en mettre en possession.

• • Pour rendre ces dons plus solennels , on y ajouta certaines cérémonies. Par exemple, on donnait avec pompe un bâton à celui que Ton investissait. Mais, quoiqu'on ait longuement discuté sur la figure de ce bâton , on ne peut pas dire au juste ce qu il était. On voit, par quelques vieux cartulaires , que des princes remirent un sceptre royal aux moines qu'ils investissaient d un évêché. Ce ne fut que sous le pape Urbain 11, que les évèques portèrent la crosse.

Pierre Damien condamne hautement les investitures, comme des simonies, parce qu'elles donnaient occasion aux particuliers d'acheter les bénéfices. Les moines un peu riches pouvaient en effet acheter desévêchés, sous prétexte qu'ils donnaient de l'argent au prince, non pas pour être évéques , mais pour les frais de l'investiture et pour le prix du bâton.

Il faut remarquer ici que , dans les dix premiers siècles de l'église, les papes n'avaient presque point de pouvoir sur les élections des évéques et des abbés, et que les princes en étaient à peu près les maîtres; puisqu'après que les moines et le peuple avaient choisi un supérieur ecclésiastique , le choix était bon, si le prince donnait l'investiture. En un mot , les suffrages des électeurs accordaient au prêtre élu le titre d'évêque, le prince en conférait les revenus et les bénéfices.

Mais, dès le onzième siècle , les papes déclarèrent hautement qu'ils avaient seuls le droit d'investir. Les souverains s'appuyèrent sur l'usage, pour conserver une puissance qui leur attachait le clergé. Il s'éleva là -dessus de grands troubles dans plusieurs pays , parce que les papes voulaient à toute force disposer exclusivement des biens et des privilèges ecclésiasti-

ques, p9Mt établir leur domination universelle et ppuyoir. excommunier k leur aise ; et parce qu-e 1<$; princes. d>lors n'avaient pas assez de fermeté pour répondre aux souversdns pontifes, autrement ,,que ( par de très -humbles remontrances.

On ne donnera qu'un exemple d?$ désordres que produisirent les investitures (i) : L'empereur Henri IV av^it depuis longe-tempe quelques disputes avec le pape Paschal II.., pour le droit d'investir. Comme cet empereur tenait un peu à . t ses privilèges, <Jans un concile assemblé à Rome, en 1 102, le pape lança contre lui unç sentence -d'excommunication, la plus terrible qu'on eût fulminée jusqu'alors (2), Jl mit l'empire d'Allemagne ^^ ç^; interdit , et le donna ht qui voudrait l'occuper.

le fils du. mpn^rque excommunié profila de

,{»)" Chroniqne'd'fJÀperg. ab anao 109$, ad 1116. — Fl«Wry. Histoire etçUsiastique. -r Dopin. Histoire d& Vvglise y XI!*- siècle 9 etc:

(?.) Cet empereur avait déjà été rite à comparaître à Bonne, pour Vy justifier de $es prétentions, par Je pape Grégoire A 7 U, qui Y & ait excommunie j été la part du Dieu tout-puissant y qnî avait absous ious tes. chrétiens dè tout serment defidéiité, passé* ou Jfatur*, envers ftii, et qur avait excemmunié iQusjQett# qui te serviraient ë l'avenir*,.,. .

cette circonstance, pour se re' vol ter contre son père ; il se fit reconnaître empereur, sous le nom de Henri V; et, pour affermir son crédit, il déclara publiquement quïZ voulait que son père* se soumit au saint siège.

Henri IV ne se hâta pas d'obéir aux ordres d'un fils rebelle ; et ce jeune usurpateur fit dire à son père de se préparer à la guerre. En même temps, il attira dans son parti le reste des petits princes et des seigneurs qui étaient restés fidèles à l'empereur excommunié ; il engagea ensuite son père, sous le prétexte d'un accommodement et des soumissions qu'il pouvait exiger , à se rendre dans la forteresse deBinghen, auprès de Mayenne , où il le retint prisonnier ^ Là , il obligea le vieux monarque a. renoncer à l'empire, se fit couronner , et envoya à Rome six évêques , qui obtinrent du pape l'approbation de tout ce qui venait de se faire.

Cependant le malheureux empereur, s'étant sauvé à Liège, publia un manifeste, dans lequel il déclarait que, l'abdication , que son fils lui avait extorquée, n'était point valide, et qu'il ne renonçait point àson trône, en faveur d'un chef de révoltés. Henri V poursuivit son père, les armes à la main ; mais le ciel sembla vouloir lui épargner de nouveaux crimes. Henri IV

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mourut bientôt (en n 06) après cinquante ans d'un règne glorieux , qui lui mérita le surnom de Grand.

' Quelques auteurs disent que son fils le fît empoisonner. Quoi qu'il en soit, 1 evêque de Liège eut assez d'humanité pour oublier les anathèmes du Saint-Père ; il enterra dans son église le vieux monarque , et lui rendit tous les honneurs funèbres.

Mais eu arrivant à Liège , Henri V força ce prélat à déterrer le cadavre de son père excommunié , et il le fit jeter dans un champ, parce qu'il ne devait point avoir place en terre sainte. Après toutes ces choses, Henri V chercha à s'accommoder avec lé pape sur les investitures. IT vit bientôt qu'il n'en obtiendrait rien plus que son père. Le pape ne voulut point céder le droit d'investir. Le jeune empereur prétendit le conserver aussi; et ces deux hommes, qui s'étaient accordés pour commettre des crimes, se brouillèrent dès qu'il fallut régler leurs intérêts.

Des guerres sanglantes furent encore la suitei de ces débats; et le pape ne devint raisonnable que quand Henri V, l'ayant fait prisonnier, de vive force , l'obligea de renoncer aux investitures. Il est vrai qu'aussitôt qu'il redevint libre y le pape protesta contre ce traité , le déclara nuï ,

excommunia Henri V, et reprit ses prétentions ordinaires. Mais on sait que les papes en ont toujours agi de la sorte.

Enfin la cour de Rome l'emporta; elle eut le droit d'investir dans la plupart des pays chrétiens; et comme elle s'entend merveilleusement bien à vendre les choses saintes, elle en retira de grands profits, et donna aux rois, pour les dédommager des privilèges qu'elle leur ôtait 7 le droit de proposer les candidats.

Ces coutumes ne s'introduisirent en France , avec certaines modifications, que par le concordat de Léon X et de François I er . , qui ôta aux moines et au peuple le droit naturel de se choisir des supérieurs, et qui partagea, entre les papes et les rois, le pouvoir de faire et d'enrichir les évèques.

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