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qui a fait des progrès, puisqu'il est aussi avancé aujourd'hui que du temps des Juifs!... On remarquera aussi que les rois de Perse étaient infaillibles, bien avant nos papes.
— Une des plus belles prérogatives de nos rois, c'est de pouvoir faire grâce. Les despotes ne pardonnent point; aussi ne leur pardonne-ton jamais.
— Les vestales avaient à Rome le privilège d'accorder la grâce au criminel qui se trouvait sur leur passage. Les cardinaux et quelques grands titulaires, prétendirent long-temps avoir le même droit, efr affirmant qu'ils ne s étaient rencontrés que par hazard sur le passage du condamné , à qui ils avaient donné grâce (1). Il était naturel qu'on souffrit pes usurpations , dans des temps où les rois étaient moins puissans que la noblesse et le clergé.
GUET. — Les seigneurs , qui avaient des châteaux forts , profitèrent des malheurs de la guerre pour soumettre les habitans de leur sei-r gneurie à une redevance particulière. — Pen-
(i) C'est ainsi que le cardinal de Saint-Eusèbe délivra, en i3oq, un homme que Ton conduisait au supplice , et qu'il rencontra à Paris , dans la rue Aubri-Je-Boucher.
2 68 GUE dant que l'ennemi ravageait les campagnes , le seigneur permettait à ses paysans d'entrer' dans la cour de son château , avec leurs meubles et leurs bestiaux. En reconnaissance de cet asile, les habitans étaient obligés de réparer le château de leur seigneur, /l'y faire le guet et d'y monter continuellement la garde, chacun à son tour (i). — Dans le dernier siècle , ce droit n'était plus en vigueur que pour les châteaux peu éloignés des frontières.
— En ï 465 , pendant la guerre du bien public, on avertit tous les Parisiens que chacun eût à mettre devant sa maison une lanterne et une chandelle allumée, pour éclairer le guet de nuit, sous peine dêtre pendu. En i55i , et en i558, on publia la même chose, sous peine de vingt sous d'amende (2). — Il faut convenir que h France éjait un triste pays , il y a trois ou quatre cents ans!
— Les chevaliers du guet et leurs lieutenans étaient exempts de la taille , des impôts , et pouvaient prendre le titre Sécuyer quoiqu'ils >
(1) Fremainville. Pratique des terriers, tome H, ch* 2. scct. i$.
(2) Sanval. Antiquités de Paris, liv. XL
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ne fussent pas nobles (i).Ce titre devait leur faire grand bien à la jambe , lorsqu'il fallait marcher ! — Il était permis aux seigneurs de s'amuser à battre le guet.
HABITS. — Sous lerègnedeChilpéric, et sous quelques autres rois de la première race , les femmes des nobles avaient le droit de porter des habits armoriés. C'est-à-dire , qu'elles brodaient à droite l'écu ou le symbole de leur mari , et à gauche le symbole de leur famille. La mode des vêtemens blasonés revint sous Charles Y ; et les hommes , aussi-bien que les femmes, portèrent des habits chamarrés de toutes les pièces de leurs armoiries.
— A la fin du douzième siècle, on s'habillait en France d'étoffes plissées, et chargées de démons et d'autres figures grotesques. Les habits des hommes paraissaient d'autant plus précieux,, qu'ils portaient des croquis de monstres plus bizarres; les robes des femmes se terminaient ën longues queues de serpent. Le concile
de Montpellier se fâcha contre ces modes, et
(1) Edits rapportés par Bellet- Verrière. Mémorial alphabétique.
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les défendit fcous peine d'excommunication.
Cent ans plus tard , on ne se contenta pas des lois canoniques ; Philippe-le-Bel porta des lois civiles contre le luxe des habits. Un duc, un comte, un baron, qui avait six mille livres, de terre, pouvait donner à sa femme quatre robes par an. Une dame , qui n'avait pas deux:
mille livres, ne pouvait avoir qu'une robe dans Tannée. Il fallait être femme d'un grand seigneur pour employer , dans ses yêtemens , des étoffes à trente sous l'aune. Les bourgeoises ne pouvaient y dépenser que dix sous.
On ordonna encore que toute femme, qui né serait pas noble, ne porterait ni bleu, ni gris, ni hermine , ni or, ni argent, ni pierres précieuses (î). — H ne paraît pas que cette loi ait fait prospérer le commerce, ni enrichi la France; car on sait que Philippe-le-Bel eut toujours be-* soin d'argent.
—Sous le règne de Charles VI, les femme»
étaient coiffées d'un haut bonnet en pain de sucre ; elles attachaient, au haut de ce bonnet, un voile qui pendait plus ou moins bas, selon la qualité de la personne : le voile d'une bour-
(i) La même loi ne permettait, pour la table, que trois plats les jours ordinaires , et quatre les jours de jeune.
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geoise ne descendait que jusqu'aux épaules; celui de la femme d'un chevalier lui tombait sur les talons et traînait à terre.
— On porta , dans diflërens règnes , d'autres lois de ce genre, qui étaient toutes féodales, puisqu'elles établissaient des distinctions injustes. — Assurément h serait heureux qu'une pau* vre femme ne s'égalât point , par son luxe , à la femme opulente. Mais chacun doit être libre de dépenser son argent à sa fantaisie.
HANNOUARS. — C'est le nom qu'on donnait aux porteurs de sel de la ville de Paris. — A la pompe funèbre de Charles VIII, vingt-quatre porteurs de sel de la ville, qu on appellehannouars, prétendirent que, par privilège, ils devaient porter le corps dudit seigneur roi ( comme ils avaient porté les corps de Charles VI et de Charles VII , et comme ils portèrent dans la suite celui de Henri IN) depuis Paris jusqu'à la croix de Saint-Denis. Mais il fut dit que les gentilhommes de la chambre le porteraient pour cette jois , sans préjudice du privilège que disaient avoir lesdits hannouars.
Sur quel motif pouvait être fondé ce privilège , dit Saint-Foix? En voici sans doute l'origine : on avait perdu l'art d'embaumer les corps;
2j2 HÉB on les coupait par pièces > qu'on salait (i)/ aprèç les avoir fait bouillir, pour séparer les os de la chair. Apparemment que les porteurs de sel étaient chargés de ces grossières et barbares opérations, et qu'ils obtinrent l'honneur de porter ces tristes restes , que l'orgueil tâchait de disputer au néant (2).
HÉBERGEMENT. — Du temps de Charlemagne , les évêques et les abbayes dotées par le prince étaient obligés de le loger et de le nourrir, à son passage, avec toute sa suite. Cedroit, que le monarque avait sur le haut clergé, s'appelait droit d'albergie ou d hébergement.
Charlemagne passait souvent par lâ maison d'un évèque assujetti à cette redevance, parce qu'il s'y trouvait bien traité. Un jour qu'il le vit fort occupé à faire balayer ses apparte-
( 1 ) Henri V , roi d'Airçltterre , et qui se disait aussi roi de France, étant mort à Vincennes, au mois d'aont 1422, « son corps fut mis par piècès , et bouilli dans un chaudron, >. tellement , dit Juvénal des Ursins , que la chair se sépar* » des os; Peau fut jetée dans un cimetière, avec les dévotions » usités en pareil cas; et les os, avec la chair, furent mis » dans un coffre de plomb, avec plusieurs sortes d'épices et * de choses odoriférantes, et sentant bon. »
(2) Essais historiques, tome II.
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mens : — Prenez moins de peine , lui dit-il; tout n'est-il pas assez net ? — L'évèque, à demiruine par les dépenses qu'il faisait, pour bien recevoir son prince, se hâja de répondre. — Sire , très-peu s'en faut que tout ne, soit bien net; mais j'espère qu'aujourd'hui tout le sera, de la cave au grenier. — Ne vous en inquiétez point, reprit en riant le monarque, j'ai la main aussi bonne à donner qu'à prendre; — et sur le champ il unit à l'évéché une terré considérable (1).
— Ces usages ne durèrent pas long-temps ; et, sous la troisième race, les rois n'avaient presque plus de droits sur le clergé. Louis yil , allant à Paris , fut surpris par la nuit et obligé de loger à Creteil, dont les chanoines de Notre- Dame étaient seigneurs. Il y soupa, et les habitans en firent la dépense. Mais comme les chanoines étaient propriétaires des habitans, et conséquemment de tout ce que ces bonnes gens pouvaient offrir au roi , dès qu'ils apprirent la chose , ils se dirent entre eux : « C'en est fait , )) nos privilèges sont perdus; il faut que le roi
(1) L'abbé Bertou. Anecdotes françaises , de la seconde
race.
s 7 4 HÉB
» paye la dépense, ou l'office cessera dans notre
» église... ».
Le roi, étant entré le lendemain matin à Paris, vint à la cathédralf , suivant la coutume où il était d'y aller tous les jours, quelque temps qu'il fît. Il trouva la porte fermée, en demanda la raison ; et on lui répondit (i) : « Contre les » coutumes et les libertés sacrées de cette sainte » église, vousavezsoupéhier à Creteil, non à vos J » frais, mais aux frais des hommes de corps de » cette église ; c'est pour cela que l'office n'a » plus lieu ici, et que la porte est fermée, les » chanoines étant résolus de plutôt souffrir j) toutes sortes de tourmens, que de laisser en- » freindre leurs privilèges... »
Le roi , frappé de ces paroles , répondit : « Ce » qui est arrivé n'a point été fait de dessein » prémédité. La nuit m'a retenu en ce village, » et je n'ai pu arriver à Paris comme je me » l'étais proposé. C'est sans force ni contrainte » que les gens de Creteil ont fait de la dépense » pour moi. Je suis fiché maintenant d'avoir
h accepté leurs ofifres Que l'évêque Thihaud
» vienne avec le doyen Clément ; que tous les
(i) Apparemment par un ambassadeur, ou par le trou de la serrure.
HÉR 2? 5
» chanoines approchent, et surtout le chanoine » qui est prévôt de ce village , si je suis en tort, » je veux donner satisfaction ; si je n'y suis pas, » je veux m'en tenir à leur avis. »
On ne pouvait parler plus modestement. Le roi resta donc en prières devant la porte , en atteudant l'évêque et les chanoines, et dans l'espoir d'un accommodement. On lui ouvrit enfin ; il entra dans l'église, et donna , pour caution du dédommagement qu'il s'engageait à payer, la personne même de l'évêque. Le prélat remit en gage aux chanoines deux chandeliers d'argent ; et le roi , pour marquer encore , par un acte extérieur, qu'il voulait sincèrement rendre au chapitre la dépense qu'il avait causée chez leurs hommes de corps , mit sur l'autel une baguette qu'il portait à la main (i).
HÉRITAGES. — Le père du Halde dit que , chez les tartares , c'est toujours le dernier des mâles qui est l'héritier , parla raison qu'à mesure que les ainés sont en état de mener la vie pastorale, ils sortent de la maison, avec une certaine quantité de bétail que le père leur
(i) Histoires de la ville et de V église de Paris. Antiquités de Sauvai^ Essais de Saint-Foix t Mtc. f tome P r .
276 HÉR.
donne, et vont former une nouvelle habitation. Le dernier des mâles , qui^ reste dans la maison avec son père, est donc son héritier naturel.
J'ai ouï dire, ajoute Montesquieu, qu'une pareille coutume était observée dans quelques petits districts de l'Angleterre; et, avant la révolution , on la trouvait encore en Bretagne , chez les roturiers du duché de Rohan. C'était sans doute une loi pastorale, venue de quelque petit peuple breton, ou portée par quelque peuple Germain. On voit, dans César et dans Tacite, que ces derniers cultivaient peu les terres (»).
On sait au reste qu'autrefois , et maintenant encore, chez la plupart des nations qui se disent policées, tous les biens de la famille appartiennent à l'aîné , à l'exclusion des cadets et des filles.
Si notre révolution a produit quelques effets funestes, n'eût-elle fait qu'anéantir les coutumes ultra-féodales des successions , et rendre tous les enfans égaux devant leur père , on de- Trait nous la reprocher moins , puisqu'on ne saurait trop acheter des lois àussi sages et aussi
(0 Esprit des lois, liv. i8, ch. ai.
HÉR 377
difficiles à obtenir que les nôtres. (Voyez Cadets, Femmes, Aubaine, etc.)
— Sôus la loi salique, lorsqu'un Franc avait été tué , et que le fils ne se présentait pas pour venger la mort de son père , il était privé de «on héritage.
— A la fin de la première race , les bénéfices étant héréditaires , la fille unique d'un prêtre héritait de l'église de son père ; et si elle ne pouvait la faire valoir par son mari, ou quelle jugeât à propos de la vendre , elle faisait une enchère des autels, des calices, des ornemens et du reste.
— Le pape Jules II permit aux femmes publiques de s'établir à Rome. Les papes suivans confirmèrent cette tolérance , à condition que les religieuses de Sainte-Marie-Madeleine hé riteraient de tous les biens , meubles et immeubles des femmes publiques.
— — Autrefois, aussitôt que l'évéque de Paris était mort, le roi héritait de tous les meubles de bois et de fer qui se trouvaient dans ses maisons. Louis VII délivra l'évêché de cette redevance, moyennant quelque argent et quelques prières que lui offrit l'évéque Thibaut.
— Depuis l'année 1 168, l'flôtel-Dieu de paris héritait aussi du lit de l'évéque et de ceux
2j8 HOM des chanoines. Dans ces deux derniers siècles , la fabrique de Notre-Dame héritait de la garniture du trône épiscopal (i).
— Après la mort du roi , le prieure' de la Saus~ saye, auprès de Ville-Juif, héritait des sceaux, et du linge de corps et de table du souverain* On devait encore ace prieuré, qui fut maintenu dans ses privilèges par plusieurs arrêts, les mulets et les chevaux de la pompe funèbre.
( Voyez Redevances, etc. ).
HOMMAGES. — Le vassal devait faire hommage , à son seigneur dominant, de sa personne et de ses biens. Il devait s'engager à le servir fidèlement , à défendre son honneur et son nom , à respecter sa famille , à protéger ses propriétés.
L'hommage se faisait dans les quarante jours qui suivaient rentrée du vassal en possession. Mais le vassal était obligé de renouveler son hommage quand son seigneur l'ordonnait, et toutes les fois que le fief dominant changeait de maître.
Le vassal était obligé de se transporter, pour
(i) Description historique de Féglise de Paris* — Sauvai. Antiquités de Paris , liv. VUL
faire hommage , au principal manoir du fief dominant ; l'hommage se rendait au propriétaire féodal en personne, ou au titulaire ecclésiastique à qui on était soumis. Il fallait se conformer aux formules d'usage dans la seigneurie.
Ordinairement le- vassal était tenu de foire lui-même son hommage ; quelquefois on permit de le foire par procureur. Mais c'était une exception rare , qu'on n'accordait qu'a un vassal très-élevé. ; . ,
Celui qui rendait hommage avait la tête nue et un genou en terre ; il ne pouvait porter ni épéè ni éperons. — Si le seigneur dominant n était pas chez lui, le vassal devait foire son hommage, devant la porte du château, accompagné d'un notaire qui en dressait le procès verbal. * <
Les gens d'église faisaient hommage, avec les mêmes cérémonies que les laïcs , nonobstant la dignité de leur caractère f qui semblerait les exempter de la génuflexion envers un particulier. — Les membres du parlement pouvaient faire leur hommage par procureur , lorsqu'ils étaient de service. Ils étaient obliges de le rendre en personne, pendant leurs vacances.
On a déjà dit ailleurs que, quand l'hommage n'était pas fait dans les quarante premiers jours,
le seigneur dominant avait le droit de saisir le
fief.
Dans ces temps reculés, où la noblesse pouvait prendre les armes et faire la guerre de son autorité, les vassaux étaient obligés d accompagner leur seigneur et de suivre sa bannière. C'est là l'effet de Y hommage-lige , que le vassal faisait à son seigneur. Foulques, investi par Louis-le-Gros du comté d'Anjou, est, que je sache, \e premier qui ait fait hommage-lige; c'est-à-dire , qu'il promit à Louis* le^Gros de le suivre partout avec ses gens , et de se battre pour lui envers et contre tous*
Henri III et quelques autres rois d'Angleterre firent honïmage-lige aux rois de France , pour les provinces qu'ils avaient sur le continent. Le roi Édouard III rendit hommage à Philippe de Valois , en sa qualité de duc d'Aquitaine et de pair de France (1).
— A la fin du huitième siècle , on cite une
(1) Salvaing. De l'usage des fiefs, chap. 18 , 4 7 1 1 • — Guyot. De la foi et hommage, tome 4» Des fiefs, ch. 2, 3 et 4. — Duplessis. Li*. i cr . sur Paris, ch. 2. — Arrêts divers , rapportés par Louet , somme 8 , et par les commentaires de la coutume de Paris , art. 67. —Le président Hénaut, abrégé chronologique.-*- Pour tont ce qu'on
lettre du pape Léon III à Charlemagne , qui prouve que le pape rendait hommage de toutes ses possessions au roide France. Et s'il fautajouter foi à un vieux registre cité par Sauvai (1) , Charlemagne fît hommage de son royaume à saint Denis, mit son diadème sur l'autel, et dit au saint : Monsieur saint Denis je me dé<pouille de ï honneur du royaume de France, afin que vous en ayez la souveraineté. 11 offrit ensuite quatre pièces d'or, pour marque de sa soumission , et obligea ses* successeurs à faire tous les ans le même hommage et la même offrande .».'■■
Du moins il est certain que les rois de France ont rendu des hommages et payé le cens à leurs sujets ; et hormis quils ne suivaient pas leurs sujets à la guerre , il y eut des temps ou ils riétaient guère moins sujets queux. Dans ces derniers siècles, le roi payait encore le droit de roses aux parlemens et aux autres cours souveraines (2). ■ < ■
Philippe I er , ayant acheté, au commencement du douzième siècle, la vicomté de Bourges, en fît rendra hommage en son nom au comte de
( 1 ) Antiquité de Paris , /m, 8.
(2) Ibidem. ( Voyez Roses. )
Sancerre , pour la portion des terres qui relevaient de ce comte. — Dans le même siècle , le prévôt de Paris prêtait foi et hommage à 1 evêque , au nom de Louis-le-Gros , pour quelques champs que ce prince possédait dans la juridiction de l'évêché. Le roi Jean fit rendre le même hommage par son chambellan.
Ainsi plusieurs de nos rois furent vassaux de leurs sujets. On voit que > dans le quinzième siècle, le procureur du roi était homme-vassal , à la place du prince, des fiefe royaux soumis à des redevances ; et qu'il était chargé de faire les hommages , au nom du roi , suivant les coutumes de chaque seigneurie. Pierre de Quatrelivres , procureur du roi Charles VIII , fit les hommages de ce prince au seigneur de Chaliot, et à plusieurs autres suzerains , dont les fiefe du roi relevaient en quelques parties.
Saint Louis est peut-être le seul de nos anciens rois, qui se soit exempté de faire hommage par procureur; et quand l'abbaye de saint Denis, qui avait droit d'hommage sur le comté de Clermont, exempta le roi de cette redevance, cette exemption fut personnelle à saint Louis : quelques-uns des enfans de ce prince firent hommage-lige à l'évêque de Paris , tandis que les autres s'humil iaient par de pareilles soumissions,
envers des abbés et d'autres seigneurs ecclésiastiques.
Mais , outre l'hommage qu'ils étaient tenus de rendre aux évêques, nos anciens rois étaient encore obligés de porter ces prélats sur leurs épaules, à leur entrée dans Paris.... Plusieurs princes , sachant bien qu'ils étaient vassaux de l'évêché', se soumirent à cette pieuse cérémonie. Philippe -Auguste, qui était seigneur de Corbeil et de Montlhéri, et conséquemment vassal de l'évêché, devait porter ainsi l'éyêque Guillaume : il eut toutes les peines du monde k s'en exempter ; et il fallut qù'il envoyât à sa place deux chevaliers de haute noblesse.
Les princesses du sang et les reines elles-mêmes rendirent hommage a Tévêque de Paris, et a l'abbaye de Saint-Denis , qui montrèrent toujours une dureté révoltante dans leurs droits.—* Lorsqu'on apprit que saint Louis et le comte de Ne vers son fils étaient morts devant Tunis , l'évêque de Paris alla trouver à Vincennes la comtesse de Nevers , pour lui témoigner la part qu il prenait à sa douleur , et pour lui rappeler qu'elle lui devait hommage de sa terre de Montjai , du moment que son mari ne vivait plus...»
La comtesse, qui pleurait à la fois son époux,
384 Ii0 ^ son roi, et les pertes de la France, pria l'évêque de recevoir son hommage à Vincennes, parce que la douleur lavait tellement affaiblie, qu'elle ne pouvait absolument pas sortir. L'évêque se récria là-dessus, que ses prédécesseurs avaient toujours reçu les hommages à l'évêché; qu'il ne voulait pas perdre ses droits; que la comtesse pouvait se faire transporter à Paris... , et qu'il compterait pour nul l'hommage qu'on lui ferait à Vincennes....
Enfin , pour obtenir quelque chose de ce prélat , il fallut la déclaration des médecins qui affirmèrent la faiblesse de la comtesse, il fallut les remontrances de plusieurs grands personnages, les prières de la reine; il fallut encore un acte, qui détaillait les motifs de la condescendance de l'évêque, et qui déclarait que sa bonté pour la comtesse ne tirerait pas à conséquence.... — Et, dans tous les pays soumis aux lois féodales , on voyait chaque jour des abus aussi révoltans.
— Les anciens comtes de Flandre n'avaient pas plutôt pris possession de leurs états , qu'ils en allaient rendre hommage aux rois de France et aux empereurs. L'empereur se contentait d'un simple serment de fidélité, que le comtç de Flandre était libre de faire en personne ou
HOM 2 55 par procureur. Mais les rois de France l'exigèrent en personne, jusqu'à Louis XII. Le roi était assis sur son trône ; le comte de Flandre s'approchait de lui , la téte découverte et sans épée. Après qu'il avait mis un genou en terre , il posait ses mains sur celles du roi. Celui qui recevait et celui qui rendait l'hommage devaient alors entrelacer leurs doigts les uns dans les autres , pendant que le comte jurait foi et hommage , et répétait toutes les promesses de fidélité, de service et d'obéissance, que lui dictait le chancelier de France. Après cela , le roi le recevait au nombre des pairs de son royaume et lui donnait sa joue à baiser, en même temps que les hérauts de la cour se disputaient le chapeau , la robe , la ceinture , la bourse et l 'épée du comte , qui étaient portés, par des pages, et qui appartenaient aux hérauts du roi, suivant l'ancienne coutume (i).
— Comme les seigneurs suzerains étaient ordinairement les maîtres de régler la formule des hommages, on en trouve une foule de ridi- 4 cules. Salvaing parle d'un fief du Maine, dont le seigneur vassal était obligé , pour toute prestation de foi et hommage, de contrefaire l'ivro-
(i) Histoire des comtes de Flandre, jusqu'à 1697.
2 86 HOM gne devant son seigneur suzerain, de chanter une chanson gaillarde à la dame, de courir ensuite la quintaine ( i ) , à la manière des paysans, eu tenant dune main un «chapeau au lieu de dard, et de l'autre une perche au lieu de lance , qu'il fallait jeter en 'courant.
— Les feudistes , ou ceux qui ont écrit sur les fiefs , font dériver le mot hommage du mot homme , parce que celui qui fait hommage devient homme de corps de son seigneur (2). Les hommages étaient si humilians, que , selon Dumoulin, ils n'auraient dû appartenir qu'aux monarques. Mais, selon la raison, ils n'appartiennent qu'à la patrie et à la chose publique.
Cependant Arnaud- le -Féron soutient qu'il est juste et naturel de faire hommage , nonseulement aux princes , mais aux suzerains et à tout seigneur; et il faudrait qu'un vassal fût bien impudent et bien délicat, ajoute-t-il , pour refuser daller trouver son seigneur, en quelque lieu qu'on l'appelle , et de prêter toute espèce
(1) On appelait quintaine , un poteau fiché en ferre , contre lequel on s'exerçait à courir avec la lance , à jeter des dards , etc.
(2) Dumoulin, sur la coutume de Paris, titre des fief s , parag. /«*. — Boutellier, somme rurale, titre 83.
d'hommage qu'on pourrait exiger de lui (1) — Il était assez inutile de rappeler aux grands ce qu'ils n'avaient point oublié : que les petits étaient à leur discrétion.
Dans plusieurs pays , l'abbesse ou la prieure d'un couvent était obligée de sortir du cloître, pour aller prêter foi et hommage à son seigneur, suivant les coutumes du lieu. En France, elles pouvaient, pour la plupart, s'acquitter de cette redevance par procureur (a).
Lorsqu'il y avait contestation, entre deux seigneurs suzerains, si le vassal, ne sachant de qui il dépendait, s'avisait de rendre hommage à l'un de ces deux seigneurs , il se mettait dans un grand danger. Car si le seigneur à qui il avait Êiit hommage succombait dans ses prétentions, il se trouvait vassal du seigneur qu'il n'avait pas reconnu. Ce seigneur l'accusait alors de désaveu et lui confisquait son fief (3)....
( 1 ) Sur la coutume de Bordeaux , tit. de feudis , paragraphe 5.
(2) Papon. Arrêts, tit. F'. — Dumoulin. Tit. des fiefs, parag. 67.
(3) Voyez Vart. 60 de la coutume de Paris avec le* commentaires. — Lemaistre, traité des fiefs , ch. 3. — Laplacc. Dictionnaire des fiefs ,paçc 42 1 .
On remarque, dans la coutume de Berry (i ), et dans quelques autres, que, lorsque le vassal ne trouvait pas en son manoir le seigneur à qui il allait rendre hommage, ce vassal était obligé de faire son devoir, en présence de témoins, à genoux derrière le principal guichet , en baisant bien humblement les verroux , à l'exemple de Prusias , roi de Bithjnie, qui baisa le seuil de la porte, en entrant au sénat de Rome. La Place ajoute qu'on ne doit pas regarder cette forme d'hommage comme honteuse etdéshonnête.
— Le baron de la Roche recevait Thommage de l'un de ses vassaux , avec des usages si indécens, qu'on ne se permettra pas d'en donner le détail ; on se contentera de dire que cet hommage devait se rendre devant une grande foule assemblée, et que celui qui le rendait était obligé d'être absolument nu, avec un oiseau sur le poing. — Un seigneur allemand, des environs de Brème , se faisait également rendre hommage par un homme nu; et il obligeait cet homme à faire vingt-cinq pas à quatre pâtes , avant de jurer. ... Dans plusieurs provinces de la Moscôvie, des femmes même ont rendu hom-
{ i) Titre des fiefs, art. 3 , etc.
mage , absolument nues... Au reste, ces usages n'auraient pas été plus indécens que le congrès et le droit de cuissage , si , en rendant foi et hommage, il n'avait pas fallu jurer sur les saints évangiles. — Les hommages ont été supprimés, comme tout le reste des coutumes féodales , par notre législation nouvelle ; mais on en rend encore dans les trois quarts de l'Europe.
(Voyez Redevances, Pléjure, Entrées, etc.)
HOMMES DE CORPS. — (Voyez Serfs. )
HOMME VIVANT ET MOURANT. — Lorsqué des gens de mainmorte entraient en possession de quelque fief soumis au vasselage, comme leur caractère religieux et leurs privilèges* les empêchaient de faire le service militaire et' la plupart des redevances , que les vassaux et lés serfs étaient contraints de rendre, ils étaient obligés de payer au seigneur dominant une indemnité. C'était ordinairement le cinquième du bien qu'ils acquéraient : vingt mille francs pour un fief de cent mille. Quelquefois les seigneurs n'avaient que le sixième, mais quelquefois aussi ils avaient le tiers.
Outre le droit d'indemnité, les gens de maiur
morte étaient obligés de présenter à leur sei- T, I. 19
a 9 o HOM gneur un homme qui ne fiât point attaché a 1 église, et qui pût faire pour eux la foi et hommage, lorsqu'elle était accompagnée de cérémonies trop ridicules ou trop indécentes, pour que les ecclésiastiques pussent être tenus de les faire en personne.
Les gens de mainmorte étant considérés comme morts ci vilement, lorsque l'abbé mourait naturellement , le successeur ne pouvait renouveler Thommage , puisque celui qu'il remplaçait était mort, depuis qu'il était entré dans la maison religieuse ; que l'hommage devait se renouveler dans les quarante jours qui suivaient la mort du vassal ; et que le successeur mourait lui-même, en se faisant religieux. Les gens de mainmorte présentaient donc un laïc vivant et mourant, à la manière ordinaire.
Quand cet homme vivant et môurant cessait de vivre, on le remplaçait par un autre qui faisait l'hommage dans les quarante jours, et remplissait les autres devoirs féodaux (•) ( Voye» Mainmorte). |
( i ) Gallant. Traité du franc-alleu . ch. 1 6. — Choppin. Des domaines y /iV i, titre i3. — Bacquet. Du droit d'amortissement, ch 53.— Coutumier général — Salvaiog. De l'usage des fiefs, ch. 5 9 . — Poquet de Liyonière. Traité des fiefs , Uv. i«. , ch. 4-
IMP a 9 i
IMPOTS. — « C'est la facilité de parler eti'im- » puissance d'examiner qui ont fait dire que, » plus les sa jets étaient pauvres, plus les fa- » milles étaient nombreuses ; que plus on était » chargé d'impôts, plus on se mettait en état » de les payer : deux sophismes qui ont toujours » perdu et qui perdront à jamais les monar- » chies (i). »
Ainsi, en ouvrant l'histoire de France, on voit Chilpéric I er , roi de Soissons, imposer d'énormes tributs à ses peuples, exiger la moitié des revenus de chaque arpent de terre, et de grosses sommes pour chaque tête d'esclaves. Mais on voit en même temps les sujets, rebutés de leur misère insupportable, abandonner leurs possessions (2). — Ainsi voit-on à chaque pas, dans les douze premiers siècles de notre histoire, des séditions, des troubles, occasionés par la misère et des impôts trop onéreux.
(1) Montesquieu. Esprit des lois, liv. a3 , ch. 11.
(2) Le président Hénaut (année 562 ) , et plusieurs autres historiens.
2 9 3 ÏMP
— Quelques empereurs romains déclarèrent que tout l'air de l'empire leur appartenait ; et que , pour avoir la permission de le respirer, chaque citoyen devait payer un impôt proportionné à sa f ortune. Cet impôt s'appelait la taxe de Voir (y).
Un roi de la Floride prétendait également que tout était à lui dans ses états ; et il persuadait ainsi à ses peuples qu'il pouvait disposer de tout ce qu'ils possédaient : « Vous avez tiré cet or » de la terre; vous avez labouré votre champ , » où il est venu du millet ; vous vous êtes bâti » une maison: mais pour tirer cet or de la terre, » pour labourer votre champ, pour vous bâtir » une maison, il vous fallait des forces, que vous » n'auriez pas eues, si je n'avais prié le soleil, » mon ancêtre, de vous les donner (2). »
On sait que le roi de Congo lève un impôt sur le vent, comme des empereurs romains en ont levé sur l'air. Quand ce despote veut imposer un nouveau tribut, il choisit, pour se promener, un jour où il fasse grand vent; il ne met alors son bonnet que sur une oreille ; et si le veut fait tomber son bonnet, le roi lève une taxe sur
- (1) Aeris Censitio. Pline, liv. 12, chap* i et . (2) Saint-Foix. Essais historiques , tome IL
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les habitans de la partie de son royaume, d'où lèvent a soufflé (i).
— Durant les années orageuses de notre dernière révolution, quelques sociétés patriotiques proposèrent d'établir un nouvel impôt qui, en rapportant de grosses sommes, ne ferait pas crier les consommateurs de l'objet sur lequel il serait levé : il s'agissait d'une taxe sur les cercueils. — On a dit bien des choses sur le ridicule de cette proposition ; mais elle n'était que ridicule; et les impôts de l'air et du vent sont d'un despotisme inconcevable.
— Dans une dispute qui s'éleva en Turquie,, çntre des Musulmans et des Juifs, ces derniers prétendirent quelesenfans d'Israël seraient seuls reçus dans les palais du paradis. Les Turcs demandèrent où seraient donc les amis de Mahomet : on leur répondit qu'ils passeraient les siècles éternels dans les jardins y cours et basses-cours. Le grand visir, apprenant cela, trouva qu'il n'était pas juste que les Musulmans demeurassent, pendant l'éternité, exposés aux injures de l'air. 11 imposa sur les Juifs un tribut extraordinaire, pour les tentes que les Turcs se-r raient obligés de bâtir dans l'autre monde ; et
(i) Histoire des voyages tome 5 de l'édition in 4*
29 4 LND
ce tribut, qui est considérable, se paie, dit-on,
encore aujourd'hui.
— Il n'est pas besoin de dire que les seigneurs éodaux imposaient des taxes et levaient de gros tributs sur leurs rassaux et leurs serfe : ( Voyez Cens, Lods, Dîmes, Tailles, Tributs, etc. ).
INDEMNITÉ. — (Voyez Homme vivant et mourant.)
INDULGENCES. — C'est la rémission des peines que l'on a méritées par ses péchés , accordée par l'église à un prix arbitraire. C'est une ressource, qui permet aux riches d'offenser Dieu , et d'aller pourtant en paradis pour leur argent.
Les indulgences furent imaginées , a ce qu'on croit , vers la fin du neuvième siècle , par le pape Jean VIII , pour ceux qui mouraient en combattant contre les hérétiques (i). Elles se donnaient alors gratuitement.
— Quand on entreprit les croisades , on accorda indulgence plénière de tous les pèches passés et présens à ceux qui feraient le voyage de la Terre-Sainte. Aussi remarque-t-on que ,
(i) Dictionnaire infernal , au mot Inquisition, t. I"., page 3a5.
sûrs daller au ciel, au moyen des indulgences , les croisés ne prenaient pas la peine de le gagner autrement; et que le viol, le meurtre et les brigandages marquaient partout le passage de l'armée thrétienne.
On étendit bientôt les indulgences à toutes les guerres où Ton croyait la religion intéressée ; on les donna à l'assassin d'un excommunié ou d'un hérétique ; et, pour ne pas priver les femmes et les vieillards de cette précieuse grâce (1), on s'avisa, dès le onzième siècle, de leur vendre les indulgences; de sorte que, sans aller à la guerre et sans tuer personne, les damea pouvaient, avec de l'or, se conduire à leur gré, sans s'occuper de l'autre monde , pendant l'absence de leurs belliqueux époux.
Au reste, le prix des indulgences abeaucoup varié. On les vendait cinquante écus sous Léon X; on les donnait pour deux sous (a) sous le pontificat d'Urbain VIII, quoiqu'il n'y ait qu'un siècle du premier au second de ces papes. Aujourd'hui le commerce en est si mauvais, qu'on les donne pour rien.
(1) Voyez Fleury. Moeurs des chrétiens , parag. 64.
(2) Dictionnaire des gens du monde , au mot Induis gences.
Bien plus , si vous allez à Rome, et que vous vouliez faire, le dimanche des Rameaux ou le Jeudi Saint, une station à Saint-Jean-de-Latran, vous gagnerez la rémission plénière de tous vos néchés, et la délivrance d'une âm^du purga-* loire (i). C'est une peine qu'on peutbien pren-* dre de bon cœur, par amour pour le prochain et pour soi-même. Dans la plupart des églises catholiques, le clergé a établi plusieurs prérogatives de ce genre ; et chacun peut voir, le9 jours de solennités, qu'on lui promet de grandes indulgences à la porte de sa paroisse, s'il assiste bien aux offices.
— Voici un passage historique , qui ne sera, peut-être pas déplacé dans ce livre ;
« Le pape Léon X (2) , ayant conçu le dessein de continuer le magnifique édifice de Saint- Pierre de Rome, et trouvant le trésor de la chambre apostolique épuisé, publia, en ,
(1) Merveilles et Antiquités de la ville de Rome , ou il est traité des églises , des stations et des reliques des eorps saints qui y sont , avec les figures des sept merveilles du monde , et un guide des chemins pour aller à Notre-Dame de Lorette -page 2.
(2) Histoire de V église éfEUiea Dupin, 16 e . siècle, eh. 6. — Pluquet. Mémoires pour servir à F histoire d* l'église, etc. f tome II.
par toute 1TE urope, des indulgences générales , en faveur de ceux qui contribueraient à la construction de cette église , et préposa deux personnes, dans chaque pays, pour prêcher les indulgences et recevoir les deniers.
» Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence , fut commis pour l'Allemagne. Albert, au lieu de donner le soin de prêcher les indulgences aux religieux augustins, dont on avait coutume de se servir dans ces sortes d'occasions, en chargea les dominicains ; parce que les pères de cet ordre avaient tout récemment recueilli de grandes sommes, en prêchant de semblables indulgences, accordées par le pape aux chevaliers de Tordre teu tonique, qui étaienten guerre contre la Moscovie.
» Cette préférence fâcha les augustins, soit qu'ils la prissent pour un mépris de leur ordre, soit qu'ils eussent regret de se voir frustrés de la part qui leur pouvait revenir, dans l'argent que les fidèles donneraient pour gagner les indulgences. Ils avaient alors, pour vicaire général en Allemagne, Jean Staupîtz, homme de qualité , allié et ami des princes saxons, et qui avait beaucoup de crédit auprès de l'électeur de Saxe. Staupîtz lui parla contre la publication des indulgences, et ordonna en même temps à
Martin Luther, religieux augustin , de prêcher
sur ce qui se faisait en Allemagne.
» Luther déclama, dans ses prédications, dans ses leçons et dans ses écrits , contre la manière dont les indulgences se distribuaient. Il prouva qu'on exerçait publiquement la simonie, et qu'on vendait le ciel. Il foudroya les maximes que les dominicains avançaient, pour feire valoir le désintéressement du pape.
» Les sermons de Luther furent tant admirés , et lui attirèrent tant d'éloges , qu'ils redoublèrent son ardeur. Il prêcha bientôt que le pape lie pouvait remettre que les peines qu'il pouvait imposer ; que les indulgences n'étaient daucua profit aux morts; qu'elles n'avaient point d'effet chez les criminels endurcis ; que les moindres bonnes œuvres étaient préférables devant Dieu, à des pardons achetés à prix d'argent.
» L'inquisiteur de la foi en Allemagne n'eut pas plutôt vu la tournure que prenaient les choses, qu'il dressa une thèse toute contraire à celle de Luther , l'accusa d'une foule d'erreurs , et le déclara hérétique , aussi-bien que ses adhérens.
» Luther, qui avaitproposé deschoses bonnes et justes, ne voulut point se rétracter contre le vœu de sa conscience ; la division fut bientôt éclatante ; et bientôt Luther eut pour sectateurs
la plupart des chrétiens de l'Allemagne qui pensaient avec quelque justesse. Il acheva sa réforme ; et ce fut à cause des indulgences que des millions d'hommes^e séparèrent de 1 église romaine. Et parce qu'ils blâmèrent un commerce anti-chrétien , que les papes ne condamneront jamais par respect pour leur infaillibilité, ils furent déclarés hérétiques, mécréans, excommuniés, damnés, pires que les Juifs, Turcs , Païens et diables , comme dit Georges rapôtre(i). »
INDULT. — Lettres par lesquelles le pape accorde , à quelques corps ou à quelques particuliers, le privilège de pouvoir nommer à certains bénéfices, ou les posséder eux-mêmes, contre la disposition du droit commun.
Le chancelier de France , les maîtres des requêtes et les officiers du parlement de Paris étaient autrefois autorisés, par un induit , à requérir , sur un évêché ou sur une abbaye de France, le premier bénéfice vacant, soit pour eux-mêmes, soit pour d'autres. Ce droit leur fut accordé par le pape Eugène IV (sous le règne de Charles VII ) , afin que, par telle ma-
(0 Tombeau des hérétiques, troisième partie.
5oo INF
nière de gratification , dit Pasquier , la cour ne s'opposât plus si souvent aux armâtes.
Ce même droit fut négligé pendant quelque temps, jusqu'à ce que , sous le règne de François I er . (vers Fan i538), M e . Jacques Spifame, conseiller, ayant feuilleté les registres, le fit revivre auprès du pape Paul III, qui envoya des bulles à la |cour , au moyen desquelles le parlement a toujours joui depuis du privilège de Findult.
— Les souverains pontifes, en leur qualité de seigneurs temporels et de libres possesseurs du globe terrestre, ayant donné au roi d'Espagne la plus grande partie de F Amérique, permirent en même temps audit roi de lever des droits multipliés, sur Fargent et sur les marchandises qui arrivent du nouveau monde. Cette permission s appelle aussi induit, parce qu'elle vient du pape, notre Saint-Père.
INFAILLIBILITÉ. — Le pape et le grand lama ont le privilège de ne pouvoir jamais errer , c'est-à-dire , d'être infaillibles.
L'infaillibilité, dit saint Bernard, est une prérogative attachée au saint siège (i); et celui qui
(\)Hœc est quippe hujus prœrogativa sedis. Saint
INF 3oi
l'occupe est incapable d'erreur... Si on objecte les incestes et les abominations d'Alexandre VI, l'inconséquence de Jules II, qui excommuniait les chrétiens et avait des soldats turcs à sa solde, enfin les mille et un torts d'une foule de papes : les papistes répondront que ces crimes et ces torts ont été inventés par les hérétiques ; et que , vit-on de ses yeux le Saint- Père en flagrant délit, il faudrait se croire abusé par un prestige du diable, attendu que, quoi qu'on en dise, le pape est infaillible.
Il ne serait pas difficile de citer une foule d'autorités jésuitiques ou papistiques , pour appuyer cette infaillibilité, aujourd'hui si peu reconnue. Cependant l'abbé Fiard , dans ses Lettres philosophiques sur la magie , accuse le pape Clément XIV de s'être trompé , en disant que la magie , les démons et les histoires de possédés ne sont plus que des contes à dormir debout (i). C'est peut-être le premier jésuite qui ait douté, dans ses écrits, de l'infaillibilité du Saint-Père. Et, quoiqu'il soit notre contem-
Bernard, epist. 190. — On peut voir aussi saint Cyprien , épitre 55; saint Jérôme, épitre 5>j , etc. , et les écrits de la plupart des jésuites.
(1) Lettre 2?. e de Clément XIV.
3o2 INF rain, ceux qui ont lu l'abbé Fiard ne le soupçonneront pas de s'être laissé «garer parla philosophie.
Quant à l'infaillibilité du grand lama , elle est reconnue au Thibet , et dans tous les pays soumis à son culte. Les relations des voyageurs qui ont parcouru ces contrées assurent même qu'il n'y a point d'incrédules, et qu'on a autant de confiance à l'infaillibilité du grand lama qu'à la vertu de son pot de chambre (i).
— Bien des gens ont prétendu que le mufti se disait infaillible, comme le pape et le grand lama. Cette assertion est fausse. Il se peut que des Musulmans accordent l'infaillibilité à leur souverain pontife ; mais le mufti ne se dit pas incapable d'erreur, puisqu'il termine ses décisions et ses mandemens par cette formule : d'ailleurs, il ri y a que Dieu qui ne puisse jamais se tromper (2).
(1) Plus de quatre mille moines vivent dans l'opulence, avec les sommes qu'ils tirent des excrémens du grand lama , que les dévots achètent bien cher et portent à leur cou comme des reliques. — On pense bien que , pour accommoder tous les amateurs , on est obligé de mêler adroitement des excrémens profanes à ces saints excrémens; car, enfin , un seul homme ne mange pas assez , pour un grand pays peuplé de dévots , comme le Thibet et ses banlieues.
(2) Par exemple le mufti se permet quelquefois, comme
— Si un pape avait été infaillible , il aurait fait à lui seul le peu de belles institutions que les souverains pontifes ont laissé passer dans leur gouvernement , pendant dix-huit siècles. — Si tous lavaient été, on n'aurait aucun reproche à leur faire. Mais cent gros volumes contiendraient à peine tout ce qu'on pourrait reprendre dans leur histoire*
INFEODATION. — C'est la possession d'un fief, acquise au vassal par la prestation de foi et hommage. On l'appelait aussi investiture.
Les dîmes ecclésiastiques, tenues en fiefe par des gentilhommes laïques, s'appelaient Dîmes inféodées. (Voyez Dîmes.)
INQUISITION.— L'esprit de l'évangile est la modération et la douceur ; et Ton aurait peine à concevoir comment des hommes , qui se disent chrétiens , ont pu établir un tribunal tel que celui de l'inquisition, si l'on ne savait que l'homme est le plus féroce de tous les mons-
le pape, de faire tuer les souverains. C'est ainsi que les sultans Osman en 1622, et Ibrahim e i i655, furent étranglés, parce que les muftis de ces teraps^à avaient décidé qu'il* pouvaient Tctre en conscience.
5o4 ÎNQ
très, lorsqu'il est possédé par le démon du
fanatisme.
On trouve l'inquisition naissante dans les* premiers siècles de l'église (i) ; mais on ne la voit bien établie que vers le treizième siècle de l'ère moderne. Ce fut pendant les croisades que l'on conçut le pieux dessein de l'élever au point où saint Dominique sut la porter. On conclut de ces guerres saintes, que, puisqu'on allait par religion faire la guerre aux infidèles, il serait très-méritoire de la faire constamment aussi aux hérétiques.
On conclut encore que , puisque le pape accordait de grandes indulgences à ceux qui exterminaient les hérétiques et les infidèles, ce serait faire une chose agréable à Dieu que d'égorger tous les hommes qui refuseraient de se soumettre au saint siège : la plus impardonnable des hérésies.
Les papes excommuniaient les princes qui ne leur plaisaient point et mettaient leur royaume en interdit ;
Les moines pouvaient bien , de leur côté , poursuivre à feu et à sang les particuliers qui
(i) Voyez le mot Inquisition, dans le Dictionnaire in- Jktrnal, tome. I".
INQ ■ 3o5 ne partageaient pas toute leur croyance. On éta- Mit donc Y inquisition, non pas pour rechercher et convertir les hérétiques , Comme on semblait l'annoncer; mais pour les rechercher ç| les livrer aux flammes. Saint Dominique avait rendu de grands services à Innocent III , en faisant exterminer les Albigeois : il fut choisi , par ce souverain pontife , pour composer le rigoureux tribunal et en rédiger les statuts. Le cruel Dominique, habitué au sang et aux meurtres, ne chercha pas dans l'Évangile les lois qu'il donna au Saint-Office ; il les puisa tout entières dans le code des Visigotbs, et y ajouta de nouvelles horreurs.
On trouva l'œuvre de Dominique si effrayant, que la plupart des peuples à qui on le proposa se révoltèrent d'abord, et ne cédèrent qu'à la crainte des supplices* Quand l'Italie, l'Espagne, le Portugal se furent soumis à ce tribunal de sang , les papes s'efforcèrent de l'établir dans les autres pays chrétieus.
Mais l'humanité se révolta, en Allemagne, en Angleterre, et surtout en France, contre les barbaries de l'inquisition ; les Pays-Bas se . soulevèrent : deux cent mille hommes périrent pour défendre leur pays de l'invasion du Saint-Office; la république de Hollande se forma T. I. 20
3o6 1NQ
à la suite de ces guerres odieuses ; les schismes et les hérésies se multiplièrent ; et l'agrandissement de*ces hérésies et de ces schismes fut l'ouvrage du despotisme de Rome et de la superstition (i).
Mais si la Hollande persista à rejeter l'inquisition, il n'en fut pas de même de l'Allemagne , de lWngleterre et de la France. On connaît assez les cruautés de Charles-Quint , les massacres qui signalèrent chez les Anglais le règne de Marie ; et l'on peut dire que si le Saint-Office n'avait pas en Angleterre et en Allemagne cette forme imposante que l'Espagne trouve si l>elle, le clergé n'en extermina pas moins bien les hérétiques et les impies.
Saint Louis avait établi des inquisiteurs en France; on les trouve agissans chez nos ancêtres , pendant plus de trois siècles : dans les annales de Paris seulement , on voit une foule
( i ) On pourrait faire un bon ouvrage, sur ce principe que la conduite des papes et des évoques a été' la cause de la plupart des hérésies , des schismes et des sectes qui se son! formés dans la religion chrétienne ; et que, si nos prêtres eussent imité Jésus-Christ , il n'y aurait peut-être jamais eu qu'une seule église , tandis qu'on en peut compter plus de trois cents. ,- >:J.\ rMUhémm
de chrétiens dévoyés condamnés à la mort et aux plus cruels supplices, à la requête des imquisiteurs de la foi (i). Les persécutions de François I er . et de ses successeurs > le massacre do la Saint-Barthélerni, la révçcation de ledit de Nantes, la boucherie des Cévennes, toutes ces atrocités sont des actes cjue l'inquisition peut réclamer comme son ouvrage.
Les croisades ont eu dardens admirateurs; l'inquisition a aussi ses apologistes. Un théologien, attaché au Saint-Office, disait pour relever, aux yeux des ignorans, le mérite de ce divin tribunal, et pour en faire sentir la glorieuse
(i) On voit, dans le procès des Templiers, et dans les autres procès de ces siècles malheureux , le grand inquisiteur de la foi diriger en France le supplice des hérétiques et ,des sorciers. Voyez Lobineau , tomes II et IH de l'histoire (Je Pa* ris ; Sauvai, livres X et XI, etc., vous trouverez une foule de condaumations et d'exécutions faites à Paris , à la requête de l'inquisiteur de la foi. L'inquisition établie en Frauce n'avait pu s'y élever aussi baut qu'en Espagne ; mais les moines s'efforçaient de lui donner une bonne consistance. Ils avaient fait taut de progrès, au milieu du seizième siècle, €jue, pour lès empêcher d'établir le Saint- Office , aussi; solidement qup chez les Espagnols, le chancelier de l'Hôpital fut obligé, en *56o, d'acçorder l'éditde Romorantin, qui attribue aux évêdues la connaissance du crime d hérésie
3o8 INQ utilité /que, grâces aux pères inquisiteurs de la foi, ôri ne verrait bientôt plus d'hérétiques dans les pays chrétiens , parce qu'on avait la précaution de brûler les accusés, sur lé seul soupçon d'hérésie , de brûler aussi ceux qui protépaient les hérétiques, de brûler encore ceux qui parlaient irrévéremment de l'inquisition, de brûler enfin ceux qui n'exécutaient pas strictement les moindres ordres de ce bénin tribunal.... . .
On comprend , sous le nom d'hérésie, toute* erreur non reçue par les conciles, tout sentiment contraire aux décisions du pape , toute espèce de doute sur les décrets de la sainte inquisition. Croire que le pape n'est pas infaillible ; qu'il n'a pas une puissance sans borne* sur le temporel des rois ; que ses bulles ne sont pas inspirées; lire un livre condamné par l'inquisition ; ne pas dénoncer sou père, sa mère; sa femme, en cas d'hérésie; donner des conseils à une personne arrêtée par les familiers du Saint-Office; écrire une lettre de consolation à son ami prisonnier; ne point manger de porc, parce qu'on ne le digère pas; faire quelque chose qui sente le Juif , etc.; toutes ces abominations sont des hérésies , pour lesquelles on est brûlé dans une chemise de soufre.
INQ 5oe,
Et quand les innombrables espions du Saint- Office ont dénoncé une personne coupable de quelqu'un de ces crimes , il est presque impossible d'échapper aux supplices. L'accusé se trouve dans un abandon général , parce que ni ses amis, ni ses proches parens n'osent le défendre, ni le secourir , ni lui écrire , ni le voir. Il est bientôt plongé dans les cachots infects de l'inquisition. Ces cachots sont assez profonds, pour que les cris des malheureux ne soient point entendus. Le jour n'y pénètre pas ,,pour que ceux qui y sont renfermés ne puissent s occuper d'autre chose que de la pensée des maux qu'on leur apprête. Les horreurs de la faim où l'on abandonne quelquefois les prisonniers ont produit des choses si dégoûtantes ou si atroçes, qu'on n'a pas la force d'en retracer la peinture.
A la suite de ces épreuves, on fait comparaître l'accusé ; et on lui demande quel est son crime, comme si on n'avait aucune déposition contre lui, et comme si on ne lavait arrêté que pour savoir de sa bouche l'état de sa conscience. Si l'accusé ne confesse pas , on le replonge dans son cachot.
Rien n'est plus facile que de se perdre, dans les abîmes que ce noir tribunal offre de toutes parts. Une foule de malheureux que les Êmai-
3io INQ liers du Saint-Office avaient arrêtes, sur le simple soupçon de quelque crime imaginaire, se sont jetés dans les serres du vautour , en pensant se sauver par la confession. On leur commandait d avouer leur crime: ils ne trouvaient dans leur conscience que de vertueux souvevenirs ; mais comme il fallait une occasion de supplice , à ces juges altérés de sang et habitués à trouver partout des coupables; comme on avait l'espoir d abréger, par une peine plus courte , des maux trop longs et trop accablans, l'accusé s'avouait coupable, sans qu'il eût jamais songé à l'être.
Mais dans ces questions , où l'accusateur était inconnu, l'accusé ne sachant pas de quel crime on le chargeait, en avouait souvent un autre , également imaginaire. L'huissier de l'inquisition écrivait tous les aveux ; et souvent un rtialheureux se disait dix fois criminel , avant de confesser l'hérésie pour laquelle on lavait arrête • • • •
Lorsque le prévenu ne confesse point d abord , après qu'on l'a remis de nouveau dans les souterrains du Saint-Office , on le fait comparaître une seconde fois ; et alors , s'il s'obstine à nier encore , on lui donne par écrit les détails du forfait catholique dont on l'accuse ;
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mais on se garde bien de lui faire connaître ses délateurs, ni de le confronter avec eux; parce que ce sont ordinairement des espions de l'inquisition , ou un fils, une femme , un frère, un mari, qui dénoncent leur père, leur époux, leur sœur, leur femme.
Si l'accusé désavoue lacté qu'on lui présente, on le met à la question. Il y en a trois principales sortes. La première est celle de la corde. Elle consiste à lier au criminel les bras derrière le dos, à l'enlever ensuite par le moyen d une poulie , et à le laisser retomber d'une hauteur considérable à un pied de la terre , après l'avoir tenu quelque temps suspendu. Cette torture, dont l'effet ordinaire est de disjoindre tous les membres du patient, dure quelques heures , plus ou moins, selon que le jugent convenable les inquisiteurs, qui y assistent, pour examiner les tourmens du coupable, et interrompre la question au moment où il pourrait rendre lame et leur échapper.
Si l'accusé a eu la constance dé ne rien avouer pendant ce supplice, on le soumet à la seconde torture, qui est celle de l'eau. Elle consiste à faire avaler au patient une quantité extraordinaire d'eau chaude. On le couche ensuite dans une auge , de bois , qui se ferme ej se
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serre à volonté. Cette auge est traversée, par le milieu, d'une pièce de bois , qui courbe en arrière le corps du prévenu , et lui rompt l'épine du dos , aussitôt que les inquisiteurs en donnent le signal
Mais la torture la plus utile , pour les pécheurs endurcis , est celle du fou. On frotte les pieds du prisonnier, avec du beurre, du lard, de l'huile, ou toute autre matière pénétrante et combustible ; on l'étcnd par terre , les pieds tournés vers un bon brasier; et on les lui brûle, jusqu'à ce qu'il ait confessé çe qu'on veut savoir.
Ces tortures se donnent ordinairement dans un souterrain très-profond, où Ion descend par une infinité de détours, afin que les cris horribles des torturés ne puissent être entendus. Ce souterrain n'est éclairé que de deux flambeaux, à la lueur desquels le patient peut entrevoir les instrument de son supplice , et les bourreaux qui le tourmentent , et les inquisiteurs qui l'examinent. Ces bourreaux sont vêtus d'une grande robe de treillis noir; ils ont le visage masqué d'un capuchon de même étoffe, que l'on a percé aux endroits du nez , de la bouche et des yeux.
Les lois humaines ont toujours excepté les
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femmes de la question , quels que soient leurs crimes, par égard pour leur délicatesse, et par respect pour la pudeur. Le Saint-Office s'est mis au-dessus de ces considérations ; et Ton a vu ces juges ecclésiastiques donner la torture trois fois de suite a une jeune fille....
On n'épargne pas-plus la modestie que la faiblesse des prisonnières, pour des choses que l'on regarde ailleurs comme des bagatelles.
Par exemple , si elles n'observent pas le rigoureux silence qui est ordonné dans les prisons de l'inquisition (i) , on les fait dépouiller absolument nues ; et les geôliers , qui sont des moines attachés au sacré tribunal , fouettent ces malheureuses, le long des corridors, et d'une manière si cruelle, qu'elles en portent souvent les traces toute leur vie. Rien ne peut mettre les femmes à l'abri de ces horribles trai-
(i) Les inquisiteurs obligent leurs prisonniers à garder le silence le plus strict , pendant tout le temps qu'ils passent dans les prisons. Ou a vu des malheureux y oublier leur Ungue, et y laisser leur raison. Mais le Saint-Office n'ayant pu encore imaginer un moyen de comprimer les plaiutes et les sanglots de ceux qu'on laisse mourir de faim , ou qu'on remet au cachot après la torture , on a imaginé de l'aire ces cachots assez profonds pour que les cris et les pleurs ne soient çoint entendus.