‹ Dictionnaire français-grec; composé sur le plan des meilleurs dictionnaires francasi-latine et enrichi d'une table des noms irréguliers, d'une table très-complète des verbes irréguliers ou difficiles et d'un vocabulaire des noms propresChapitre 2 sur 702 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Depuis la restauration des études en France, l'Université n’a cessé d'encourager l'étude de la langue grecque. Par ses efforts constants, et grâce au zèle éclairé des professeurs, il est certain que cette partie essentielle de l'enseignement, presque entièrement abandonnée wegs la fin du dernier siècle, inspire aujourd'hui plus d'intérêt, et que, la littérature, grecque commence à reprendre dans nos colléges le rang qu’elle aurait dû toujours y occuper. Les immenses travaux de M. Gaïl pour multiplier en France les éditions classiques n’ont pas peu contribué τ préparer cette heureuse révolution, et les progrès en ont été plus sensibles depuis que l'excellente grammaire de M. Burnouf est venue répandre une nouvelle clarté sur la langue d'Homère et de Démosthène, en réformant beaucoup d'erreurs, en fixant mieux les principes, et en simplifiant la méthode.

Cependant on est forcé de convenir que tant d'efforts n’ont pas encore obtenu tous les résultats qu’on avait droit d’en attendre. Les élèves les plus forts parviennent, il est vrai, à rendre en français les passages des auteurs les plus difficiles ; mais ils avouent eux-mêmes que le plus souvent ils ne traduisent pas, ils devinent. * La liaison des idées est le seul fil qui les guide dans ce labyrinthe obscur. S'ils viennent à le perdre, ils s’égarent; le sens leur échappe, et ils marchent d'erreurs en erreurs, ou d'incertitudes en incertitudes. Les dialectes, les tournures, tout se confond dans leur esprit. La syntaxe seule pourrait les aider à débrouiller ce chaos ; mais comment en retiendraient-ils les règles lorsqu'ils n’ont jamais l'occasion de les appliquer ? Nous osons l'assurer, l'étude du grec sera toujours imparfaite tant qu’on ne suivra pas pour cette langue la même marche que pour le latin.

L'élève qui n'aurait jamais fait que des versions apprécierait-il bien toutes les beautés de Cicéron et de Virgile? C’est en traduisant du français en latin qu’il s’est vu obligé de comparer à chaque instant le génie des deux langues, de s'arrêter sur les tournures propres à chacune d’elles, et de peser la valeur de chaque terme. Avec

vi PRÉFACE.

l’autre méthode, il se seraitborné à deviner le sens à l’aide d’un dictionnaire ; il n’eût jamais senti les beautés de détail ; et les nuances d'expression, l’heureux emploi des idiotismes, la variété des tons, l’harmonie et le mécanisme du style lui auraient toujours échappé.

Trop dociles aux conseils d’une philosophie ennemie du passé et avide d’innovations en tous genres, les réformateurs modernes, à une époque dont le souvenir seul est affligeant, tentèrent d'introduire dans les classes une méthode toute nouvelle; on supprima les thèmes pour l’étude des langues mortes en général, et pour le latin en particulier ; on voulut tout rapporter à la version : mais l’expérience démontra bientôt quels fruits l’on devait attendre de ces dangereux essais, et l’on fut obligé de revenir, au moins pour le latin, à l’ancienne méthode, que chaque jour on apprécie davantage. Pourquoi donc ne l’appliquerait-on pas au grec, et n’en attendrait-on pas les mêmes résultats ?

Les Jésuites , si bons juges en matière d'enseignement, sont toujours demeurés fidèles à la méthode des thèmes grecs, et c’est du sein de cette pieuse et savante société que sont sortis tous les lexiques latins-grecs, jusqu’à présent seule et insufhsante ressource pour ce genre de traduction. L'usage était alors dans les classes de calquer du grec-sur du latin, travail plus aride et plus pénible que celui que nous conseillons; mais le but en était le même : c'était de familiariser les éièves avec le génie de la langue qu’on leur faisait apprendre.

L'Université elle-même fit pendant longtemps consister toute l'étude du grec dans la composition des thèmes. Cette méthode exclusive n’était pas moins vicieuse que celle tout aussi exclusive qu'on y ἃ substituée. Aussi Rollin la désapprouve-t-il avec raison ; mais il est loin de conseiller l'excès contraire. Voici comment il s’exprime dans son Traité des Études :

« Jai dit qu’on avait eu raison dans l’Université de substituer l'explication des » auteurs grecs à la composition des thèmes ; mais je n’ai pas prétendu que celle-ci » dût être entièrement bannie. Elle ἃ des avantages qui ne doivent pas être négli- » gés. Elle rend les jeunes gens plus exacts, les oblige à faire l'application des rè- » gles, les accoutume à écrire correctement, les familiarise davantage avec le grec, : et leur donne plus de connaissance du génie de Ia langue. On doit donc, dans la » troisième et dans les classes suivantes, les y exercer de temps en temps, et pour » cela leur apprendre quelques règles de syntaxe particulières à cette langue; ce » qui se borne à très-peu de chose. »

Malgré les conseils de Rollin, l'usage des thèmes grecs se perdit insensiblement

PRÉFACE. VIi

dans un grand nombre de colléges , soit par la négligence des chefs, soit par l’ascendant toujours croissant d'une nouveauté heureuse sur une vieille coutume qui commence à passer de mode. Cette cause ἃ peut-être hâté l’affaiblissement progressif des études grecques , dont Rollin se plaignait déjà si amèrement. Vers la fin du dernier siècle, un savant vertueux, l'abbé Auger, déplorait bien plus vivement encore ce malheur, et n’hésitait pas de l’attribuer à la suppression des thèmes grecs.

« S’iLest permis, dit-il, de se citer soi-même en exemple, je dirai ce que j'ai » éprouvé et ce que j'éprouve tous les jours. Quoique depuis trente ans j'aie fait » une étude particulière de la langue grecque, que j'aie traduit beaucoup d’ouvra- » ges, que j'en aie lu quelques-uns, je reconnais que je n’ai et n’aurai jamais le » sentiment familier de cette langue que j'avais de la langue latine au sortir des clas- » ses. Quelle en est la raison? c'est sans doute que je n’ai pas étudié le grec dans » les classes comme j'y ai étudié le latin. Je l'ai déjà dit plus d’une fois , et je Le ré- » péterai encore, je désirerais que dans les études on fit marcher de front les lan- » gues grecque et latine, qu’on les comparût l’une avec l’autre, et toutes les deux » avec le français, de sorte que le fruit du cours entier des études fût une con- » naissance des trois langues aussi parfaite qu’il est possible alors de l’acquérir.…. » Les versions et les explications sont la voie la plus facile, mais la plus longue; je » prétends même que par cette voie on n’arrivera pas au but. Les thèmes et les com- » positions sont la voie la plus difficile , mais la plus courte, la seule süre, la seule » infaillible ; et je soutiens d’après l'expérience, qui, dans cette partie comme dans » toutes les autres, est le grand maïtre, qu'on saura plus de grec et de latin par le » thème en deux mois qu’en deux ans par la version seule. J'ai vu plusieurs pro- » fesseurs de l'Université, dont j'estime le jugement et les connaissances, penser » absolument comme moi. Je ne doute pas que tous les autres, éclairés par l’expé- » rience, ne pensent de même. »

C’est aussi le vœu que manifestait 11 y a peu d'années M. Humbert, savant génevois, dans son ouvrage sur les moyens de perfectionner les études littéraires à Genève. C’est le vœu qu’on a déjà réalisé dans plusieurs Universités d'Allemagne et d’Angleterre.

A ces autorités nous pourrions ajouter le témoignage des membres les plus distingués de l’Université de France. Le besoin des thèmes grecs se fait généralement sentir, et si l’usage n’en ἃ pas encore été rétabli, c’est qu’on manquait de livres élémentaires; on manquait surtout d’un Dictionnaire Français-Grec , nécessaire pour mettre de l’ensemble et de l'harmonie dans nos études depuis l'adoption universelle

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