‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 270 sur 864 · PAPE { GUI-). V. GUI-PAPE · texte numérisé non relu

PAPE { GUI-). V. GUI-PAPE

PAPE , chef visible de l’Eglise catholique, vicaire de

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Jésus-Christ, et en même temps souverain temporel de Rome et d'une portion de l’Italie ( V. Eglise [Etals de V ) . Dérivé du grec pappas, père, et donné d’abord indifféremment à tous les évêques, attribué de préférence, dès le vie siècle, au successeur de S1 Pierre dans le siège épiscopal de Rome, ce nom , depuis Grégoire VII, 1073-85, ne s’applique plus qu’au pontife romain. On l’appelle Saint-Père, Très-Saint-Père, Votre Sainteté : lui-même, depuis Grégoire le Grand, 590-604, a pris l’humble titre de Serviteur des Serviteurs de Dieu. Comme chef spirituel, le Pape, de droit divin, gouverne souverainement l’Eglise : il maintient l’unité et l'intégrité du dogme, émet à ce sujet des décrets de doctrine, bulles, brefs, encycliques ; et il est de foi divine que, par une grâce spéciale, dont ne jouissent point les autres sièges, le Souverain Rontite, clans s,es, d<!?isions do»m!>fiques , ne peut jamais tomber dans l’hérésie, comme il est aussi de fait que, depuis plus de dix-huit siècles, aucun Pape n’a eu ce malheur. Il convoque, quand il y a lieu de le faire, et préside, par lui -même ou par ses légats, les conciles oecuméniques (assemblées générales de l’Eglise) qui naturellement ne peuvent être considérées comme telles, qu’à la condition de la présence, ou, au moins, de l’assentiment du chef de l’Eglise : les théologiens même qui admettent une exception pour les temps de schisme, n’en regardent pas moins le principe général comme incontestable. Il modifie ou abroge, suivant les époques, les règles disciplinaires imposées, soit aux cler is, soit aux laïques. D’accord avec les gouvernements catholiques, il détermine, dans les Concordats [V. ce mot), la situation du clergé dans chaque pays , et particulièrement ses rapports avec l’Etat. Il nomme les cardinaux, institue les évêques, érige ou transfère les évêchés, crée ou supprime les ordres religieux, dirige les missions, prononce les canonisations, accorde les grandes dispenses, les indulgences, etc. — Bien qu’elle ne vienne qu’en seconde ligne, et qu’elle ne soit, pour ainsi dire, que l’enveloppe de l’institution, dont le pontificat est l’essence, la souveraineté temporelle du Pape a pourtant sa raison d’être dans la nature de l’institution elle-même : sans lui être indispensable, puisque les premiers siècles ne l’ont pas connue, elle est nécessaire à l’indépendance de ses décisions, qui doivent rester libres de toute influence extérieure , de toute pression populaire ; à la dignité de ses rapports avec les divers souverains , qui ne reconnaîtraient pas facilement pour chef spirituel le sujet d’un prince étranger ; à l’unité de Eglise , qui pourrait souffrir d’une rupture avec le pays où résiderait le Pape ; enfin à l’action du Saint- Siège sur le monde entier pour la propagation du christianisme et les intérêts de 1 Eglise et de la civilisation, action qu’entraverait la pauvreté du pontife, et qui, à defaut de ressources propres, dépendrait sans cesse des événements. Si, dans un intérêt général, cette souveraineté enlève à Rome le droit de se gouverner par ellemême, elle lui assure en échange, avec l’honneur de rester, sous une autre forme, la reine et le centre du monde une indépendance qu’au milieu des guerres de l’Italie ce petit pays n’aurait probablement pas autrement conservée et un chef italien, quand tant d’autres Etats ont obéi où obéissent à des dynasties d’origine étrangère. Depuis le x\ Ie siècle, en effet, la nationalité italienne est devenue peu à peu une des conditions de l’éligibilité : le hollandais Adrien VI, 1522-23, est le dernier étranger qui ait régné sur Rome, et meme auparavant, depuis le vin® siècle où ils étaient devenus des princes temporels , on avait vu bien peu des souverains pontifes nés hors de l’Italie (7 allemands, 14 français, 2 savoisiens, 2 espagnols, un anglais, un portugais). — L’élection des Papes se faisait dans 1 origine, comme celle des autres évêques, par le concours des évêques voisins, du clergé et des fidèles de Rome : fort dépendante des empereurs grecs à partir de la seconde moitié du vi® siècle ; à demi-affranchie sons les empereurs franks du IXe, qui n’y envoyaient leurs députés que pour contenir la turbulence romaine et les violences des seigneurs italiens; livrée, dans le x® et la première partie du xi®, aux caprices de la populace, qui se croyait encore au temps de l’ancienne république, et surtout aux brigues de 1 aristocratie, qui plus d’une fois la décida les a ^ m?in,et fit “bnte1, sur le Saint-Siège des papes cbi^CS H6iSy aSSewr; tombée - au sortir de cette anarnereurs a £lnbue,lce toute-puissante des em-

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ASE II, Leon IX), elle ne devint libre et régulière que : lorsqu’un décret de Nicolas II, 1059, réserva aux carT ! . ux le choix du Pontife, seulement consenti par le reste du cierge et le peuple; ne laissa le droit de confirmer l’élec- i

tion qu’aux empere urs à qui le Saint-Siège l’aurait personnellement accordé, et ordonna aux cardinaux-évêques de se réunir à cet effet hors de Rome, même avec un petit nombre de clercs et de laïques, si le désordre de la ville ne leur y laissait pas la liberté nécessaire pour procéder dignement à l’élection. Afin de prévenir les troubles et les désordres qui s’élevaient dans ces occasions, Alexandre III, 1160, donna exclusivement aux cardinaux le droit d’élire le Souverain Pontife. Le 11® concile général , de Rome , en 1179, confirma cette disposition en exigeant les deux tiers des suflrages. Enfin, en 1274, dans le 14e concile général que Grégoire X réunit à Lyon, on décida, pour éviter les intrigues et les trop longues vacances, que les cardinaux, depuis la mort du Saint-Père jusqu’à l’élection de son successeur, seraient enfermés dans un conclave ( V. ce mot). Régulièrement, aujourd’hui, les cardinaux seuls sont éligibles, et, depuis la fin du xive siècle, pas une seule exception n’a été faite à cette règle, déjà presque toujours appliquée dès les trois siècles précédents. Une fois élus, les papes changent ordinairement de nom : Adrien III , 884-885 , est le premier qui ait donné cet exemple. Avec les clefs de St Pierre , symbole du pouvoir de lier et de délier que le Sauveur accorda au Prince des Apôtres, parce que les clefs sont, dans l’Ecriture, le symbole et l’image de la souveraineté, le principal insigne du Souverain Pontife est la tiare ( V. ce mot).

Histoire. — L'Eglise fondée et persécutée ( de S* Pierre à l’édit de Milan, 313). — C’est avec la parole divine qui, changeant le nom du pêcheur Simon, en fit la pierre de fondation de l’Eglise (en hébreu céphas ), c’est avec le voyage de S1 Pierre à Rome sous le règne de Claude ( vers 42 ), et son martyre sous le règne de Néron (vers 66), que commence l’histoire des Papes. Dès ce moment, une suite de témoignages nous montrent ses successeurs reconnus par l’Eglise entière comme les chefs de la chrétienté, et une suite de laits nous prouvent que, sans pouvoir être encore, dans des temps de persécutions, d’invasions, de communications difficiles, ce qu’elle est devenue depuis, cette suprématie s’exerçait partout à l’occasion dès les premiers siècles, où les liens de la hiérarchie n’étaient point aussi resserrés. Tant que l'Eglise fut persécutée (jusqu’à l’édit de Milan, 313), les Papes furent aussi les premiers devant les bourreaux; et, dans ces trois siècles, sur 33 Papes, les chroniques pontificales ont pu inscrire les noms de 28 martyrs, dont la plupart avaient payé de leur vie, et dont les autres avaient du moins montré, en face ou au milieu des tortures, la fermeté de leur foi.

L'unité religieuse de l'ancien monde romain et du monde barbare établie , l'empire grec se détache de l'église romaine. Naissance de lu, souveraineté temporelle du Saint-Sicge (de l’édit de Milan à l’avénement de Nicolas II, 313-1058). — Pendant que les conciles généraux condamnaient les hérésies de ces premiers siècles (Arius, Macédonius, Pélage, Nestorius, Eutychès, etc.), les Papes, par leur action personnelle ou par celle des évêques, rattachèrent au catholicisme les peuples nouveaux, ariens ou idolâtres, qui avaient renversé l’empire romain, et le remplaçaient sur la scène du monde. Les Germains d’abord : déjà le Saint-Siège avait pu se réjouir de la conversion des Franks, 496, du retour à l’orthodoxie des Burgondes, 517, des Suèves, 551, des Wisigoths, 587, quand S1 Grégoire Ier le Grand ramena de même les Lombards, 591 et suiv., et envoya des missionnaires porter le christianisme aux Anglo-Saxons, 596-97 ; bientôt sous les auspices de Sergius I®r et de S1 Grégoire II, S1 Clément (Willibrod) et S* Boniface (Winfrid) allèrent successivement convertir la Frise et la Germanie, 690-719. Plus tard, aux ix® et x« siècles, vint le tour des Scandinaves, au temps de Grégoire IV et de Nicolas Ief, qui secondèrent et encouragèrent les efforts de leur apôtre S* Anschaire ; des Slaves, sous Adrien II, Jean VIII, Jean XIII, dont les premiers appuyèrent de toute leur puissance la mission du grec Méthodius en Moravie et en Bohême, et dont le troisième , d’accord avec les ducs de Bohême et de Pologne (Boleslas II le Pieux, Miecsislas), fonda les évêchés de Prague et de Posen ; des Hongrois, sous Sylvestre II, qui, applaudissant au zèle religieux du duc Etienne, lui donna le titre de roi, auquel s’est ajouté depuis le titre de Saint. Malheureusement, tandis que les Barbares se rattachaient au centre d’unité , l’Empire grec s’isolait dans le schisme. La vieille jalousie qui, dès le iv® siècle, animait l’Eglise d’Orient contre celle de Rome, l'avait séparée de plus en plus du siège pontifical : non content du rang que donnait à l’évêque de Constantinople la déclaration du second concile général, qui lui reconnaissait la première place après l’évêque de Rome, 381, Jean le Jeûneur avait pris, à la fin du vie siècle, le titre

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d’évêque universel , et son successeur Cyriaque n’y avait renoncé qu’à grand’ peine ; le patriarche intrus Photius alla plus loin : déposé par Nicolas Ier en 863, il excommunia le Pape, 867, et dirigea contre l’Eglise romaine l’accusation d’hérésie, qui, tombée avec son auteur, 886, mais ressuscitée plus tard par Michel Cérularius, détermina un schisme formel en 1054. C’est dans cette période, vers le milieu du vin1 siècle, que le Saint-Siège acquit définitivement une souveraineté temporelle dans l’Italie centrale ( V. Eglise ( Etals de /’). Mais, au milieu de la décadence Carlovingienne et de l’anarchie féodale, cette souveraineté , loin de protéger le Pontife, ne fit qu’exciter les convoitises des grandes familles romaines ou italiennes : de là plus d’un scandale aux Xe et xie siècles, comme si Dieu eût voulu montrer que ce n'est point à des causes purement humaines , que ce n’est point à la vertu invariable des Papes que le Saint-Siège doit sa durée, mais aux promesses et à l’assistance de son divin fondateur. En 1046 , l’intervention de l’empereur Henri III mit un terme au scandale que donnait à Rome et à la chrétienté la présence simultanée de trois papes ( V. Grégoire VI, et les antipapes Sylvestre III et Jean XX); mais ce fut pour livrer en quelque sorte le Saint-Siège aux empereurs allemands ( V. Henri III ).

La Papauté lutte contre l'Empire pour l’indépendance de l'Eglise, du Saint-Siège et de l’Italie. A l’unité religieuse de l’Europe chrétienne, qu'elle pousse aux Croisades, elle tente d’ajouter l’unité politique, en couronnant de sa suzeraineté la hiérarchie féodale. (De l’avénement de Nicolas II à la translation du Saint-Siège à Avignon, 1058-1309). — Affranchie de la dépendance de l’Empire par le décret de Nicolas II (1059. V. plus haut), la Papauté, sous Saint- Grégoire Vil, 1073-85, voulut aussi, en l’épurant, affranchir l’Eglise, plus ou moins asservie presque partout au pouvoir temporel, et remplie par lui de prélats indignes: de là naquit la querelle des Investitures ( V. ce mol), qui finit par donner au clergé la liberté que son réformateur avait voulue, 1122. Grégoire VII osa plus : après avoir contesté aux princes le droit d’investiture religieuse, et même leur droit plus légitime de confirmer pour le temporel les évêques et les abbés, droit sans lequel ils auraient constitué un Etat dans chaque Etat, il voulut organiser politiquement l’Europe catholique en un corps, sous l’autorité du Saint-Siège : il conçut l’idée de faire de la chrétienté une grande famille de peuples frères, relevant tous du Pape, père commun, arbitre suprême, placé audessus des rois et des nations, qui joindrait au besoin à l’arme spirituelle de l’excommunication l’arme temporelle de la déposition contre les princes , et » dont la parole « imposerait la modération et le bon exemple aux souve- “ rains, la soumission aux sujets, la paix et la concorde “ à tous •> (M. Wallon). Cet idéal, » trop élevé pour les “ peuples et pour les papes eux-mêmes, » qui » sont des “ hommes et non pas des anges, » ne pouvait se réaliser. Les idées de Grégoire Vil furent adoptées et défendues avec une énergie quelquefois outrée par ses successeurs ( V. Innocent III , Boniface VIII ) ; mais ils virent échouer ce projet d’une République européenne, comme avait échoué celui de la suzeraineté temporelle des Églises particulières. Le Saint-Siège fut, de fait, le pouvoir dirigeant dans l’Europe : en poussant les peuples aux croisades, il retarda de trois siècles et demi, par une diversion puissante, l’invasion imminente des Turcs, qui eût été plus dangereuse encore au moyen âge qu'elle ne l’a été au xve siècle. Pour témoigner de leur respect au Saint-Siège, ou pour s’assurer l’appui de Rome, plusieurs souverains, depuis Grégoire Vil (Godefroy de Bouillon, roi de Jérusalem, 1099; Pierre II d’Aragon, 1204; Henri II, Jean-sans -Terre , Henri 111 d’Angleterre, 1172, 1213, 1216), firent hommage de leurs Etats aux successeurs de S* Pierre , comme d’autres l’avaient fait avant et pendant son pontificat ( Robert Guiscard , duc les Normands d’Italie , 1059 ; Démétrius , roi de Dalmatie, 1076; et, plus anciennement peut-être, l’Espagne, la Hongrie, etc.). Mais, loin de pouvoir faire reconnaître leur suprématie politique sur l’Europe entière, les Papes virent parfois les princes leur opposer une vive résistance (P. Boniface VIII, Philippe Ier), et ces concessions mêmes susciter, comme en Aragon , de yives protestations chez les sujets de ceux qui les avaient faites. Ils furent plus heureux lorsque, chefs des Guelfes, au xne siècle avec Alexandre III, au xnie avec Grégoire IX et Innocent IV, ils eurent à défendre contre les empereurs leur indépendance en défendant celle de l’Italie : les villes lombardes , confédérées sous leur patronage, restèrent maîtresses d’elles-Biêmcs, et la maison

de Hohenstauffen s’éteignit vaincue par leur énergique opposition.

Décadence de l’influence pontificale sur les affaires européennes. Les Papes d'Avignon; le grand schisme ; la Ré formation. (De la translation du Saint-Siège à Avignon à l’avénement de Paul IV, 1309-1555). — Les prétentions du Saint-Siège à la domination des couronnes lui avaient fait perdre sa légitime et salutaire influence dans les rapports du monde chrétien. Tout en les conservant ( V. Jean XXII), la papauté sembla à demi le reconnaître elle -même, en venant se placer, à Avignon, dans la dépendance de la France (1309-77. V. Clément V, Benoît XII). Un an après son retour à Rome, deux papes furent élus presque en même temps ( V. Urbain VI, Clément VII) : le pontife légitime resta en Italie, l’antipape retourna en Provence, et cette double élection jeta, pendant les trois quarts d’un siècle, 1378 - 1449 , la chrétienté dans un schisme d’autant plus regrettable, qu’à la division entre deux, et même un instant entre trois papes, qui s’excommuniaient réciproquement, s’ajouta la division entre le Saint-Siège et les conciles , qui voulaient remédier au mal en prenant en main la conduite de l’Eglise. Cette sorte de renoncement volontaire, ces luttes au sein même du sanctuaire, n’étaient pas de nature à rendre à la papauté la direction du monde chrétien ; et Pie II , quand il appela en vain l’Europe contre les Turcs, maîtres de Constantinople, vit avec douleur que le temps des Croisades était passé. Bientôt Alexandre VI ne songera plus qu’à reconquérir, par des moyens trop dignes peutêtre de ses ennemis, trop conformes à la politique odieuse de son siècle, mais indignes du Saint-Siège, son autorité temporelle dans les Etats de l’Eglise; Jules II, malgré son patriotisme et son activité belliqueuse , ne pourra essayer d’enlever lTtalie aux étrangers qu’en s’alliant tantôt aux uns , tantôt aux autres , qu’en chassant les Barbares à l'aide des barbares. C’est alors, au moment ou Léon X, trop confiant, s’endormait au milieu des merveilles do l’art au xvie siècle , que Luther, Zivingle , Calvin , Henri VIII , vinrent démembrer cette Europe catholique que les Papes avaient faite, et détacher successivement de Rome, 1517 et suivantes, l’Allemagne du Nord, le3 Etats Scandinaves, «ne partie de la Suisse, la Hollande, l’Ecosse et l’Angleterre.

Réforme accomplie dans l’Eglise par les Papes de la seconde partie du XVIe siècle. L’Inquisition romaine et l'Inquisition espagnole. Rôle du Saint-Siège devant l'esclavage ancien et moderne. (Depuis l’avénement de Paul IV, 1555, jusqu’à Grégoire XVI). — En même temps qu’il condamnait, au nom de l’ancienne foi, toutes les hérésies récentes, qu’il décrétait des règles de discipline tendant à augmenter la science et à préserver les mœurs du clergé, 1545-63, le concile de Trente, convoqué par Paul III, fortifia l’unité catholique, en imposant à tous les évêques qui le composaient une promesse solennelle de soumission au Souverain Pontife, et, au point de vue religieux, le pouvoir du Saint-Siège ■< sortit de cette assemblée plus fort qu’il n’avait jamais été. » Une réforme véritable et régulière s’accomplit alors dans l’Eglise, sous une suite de Papes d’une vie austère et d’une piété profonde, PanI IV, ^ie IV, Pie V, Sixte-Quint. Dans un temps où tous les partis étaient impitoyables pour leurs adversaires; où la peine de mort pour crime d’hérésie était appliquée dans toutes les confessions ; où le luthérien Mélanchthon, malgré sa douceur, félicitait Calvin d’avoir fait brûler Michel Servet, 1553, comme Bucer, dès 1531, l’en avait déclaré digne ; où le roi Henri VIII, l’auteur du schisme anglican, condamnait au feu tout ecclésiastique, à la prison perpétuelle et à la confiscation tout laïque, qui soutiendrait une opinion contraire à la sienne ; les Souverains Pontifes crurent aussi quelquefois nécessaire de s’écarter des principes de S1 Grégoire le Grand, qui, demandant, comme dans le Psalmiste, »un sacrifice volontaire,» ne voulait d’autre action, sur ceux qui ne croyaient pas, que •< 'a douceur, la bonté, les avertissements, la persua- « sion (mansuetudine, benignitale, adinonendo, suadendo ), » et ne voyait » dans les menaces et la terreur qu’un moyen « de les éloigner {ne quos dulcedo prœdicationis... ad cre- « dendum invilare poteral , minis et terroribus repellantur » Ep. I, 35). Alors encore cependant, comme presque toujours jusque - là, les Papes furent au-dessus de leur époque. L’Inquisition espagnole, tribunal royal, plus politique au fond que religieux, et à laquelle, dès l’origine, Sixte IV s’était montré peu favorable et avait en vain recommandé l’indulgence, 1482-83, faisait des milliers de victimes, et le Saint-Siège recevait et accueillait sans cesse des appels de ses jugements : à Rome, le tribunal

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suprême par lequel, dès 1542, Paul IV, avant d’être pape, avait remplacé l’ancienne Inquisition dominicaine , tombée en décadence, condamna à peine quelques hérétiques à mort. Gardien du dogme contre les novateurs, le Saint- Siège fut aussi, à cette époque, le défenseur de l'Europe contre les Turcs, et la journée de Lépante vit ses vaisseaux contribuer à une victoire utile et glorieuse, 1571. Renfermée, depuis lors, dans ses attributions religieuses, la Papauté ne s’est pas contentée de condamner les erreurs nouvelles, comme le Jansénisme du xvne siècle ; de blâmer les actes des gouv#rnements du xvjne qui entravaient , 'exercice de sa suprématie et conduisaient au schisme, comme la Constitution civile du clergé en France ( V. ce mot) ; d’amener, au commencement du xixe, le gouvernement de la France à rétablir le culte catholique proscrit par la Révolution; elle est aussi intervenue, à l’occasion, et dans tous les temps , pour défendre hautement , dans les grandes questions sociales, les droits de l’humanité et de la justice. Au vi« siècle, sans attaquer formellement l’une des formes de la propriété à cette époque, S1 Grégoire le Grand , avec toute l’Eglise primitive, recommandait l’affranchissement des esclaves, en proclamant la liberté une loi naturelle (ah initia n atura liberos protulit) ; plus tard, le Saint-Siège avait cherché à adoucir le servage, en déclarant, avec Alexandre III, 1167, « que tous les chrétiens doivent être exempts de la servitude ; >• avec Clément IV, 1226, « que la nature a fait libres tous les hommes ( humanum genus omne libertale donavit ), et que la folie humaine a seule rendu inégaux ceux que Dieu avait faits égaux ( Humana imprudentia impures esse voluit quos Deus ooœquuverat). » En voyant l’esclavage antique renaître au xvie siècle, Paul III, 1527, avait condamné l’opinion qui prétendait légitimer cette iniquité en mettant les Indiens au niveau des bêtes brutes, et répondu *< qu’ils étaient réellement des hommes, capables comme tels d’embrasser la religion chrétienne et de participer à toutes les bénédictions. » De même, de nos jours, nous avons vu Grégoire XVI interdire sévèrement de pratiquer, de favoriser ou même de soutenir de sa parole, le « commerce inhumain » de la traite des noirs ( V. M. Wallon , Histoire de l'esclavage dans l'antiquité, Introduction).

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