CIR
refusé les satisfactions demandées par l’agent britannique en Chine, les Anglais se retirèrent à Hong-Kong après avoir bombardé plusieurs quartiers de Canton, et la France ayant aussi à se plaindre du gouvernement chinois, qui avait fait mettre à mort plusieurs missionnaires catholiques, contrairement au texte des traités de 1844, la guerre fut déclarée à la Chine par la France et l’Angleterre. Canton fut attaqué le 28 décembre 1857 par les troupes alliées, pris le 29, et resta plusieurs années occupé et gouverné au nom des deux puissances européennes. De Canton, les troupes alliées marchèrent sur le Nord, prirent, le 20 mai 1858, les forts des deux rives du Peï-Ho, et, le 23, remontèrent la rivière jusqu’à Tien-Tsin, à peu de distance de Pékin. Le gouvernement chinois demanda alors la paix, et signa deux traités à Tien-Tsin , le 26 juin avec lord Elgin, ambassadeur anglais, le 27 avec le baron Gros, représentant de la France. Les deux puissances européennes obtenaient le droit d’avoir un ambassadeur à Pékin; l’exercice de la religion chrétienne devait être toléré dans tout l’empire; la navigation du Yang-tseu-Kiang devait être libre, et cinq nouveaux ports ouverts au commerce européen, Niou-Chouang, Teng-Tchéou, Souatau sur le continent, Thaï-Ouan dans l’ile de Formose, etKioung- Tchéou dans celle d’Haï-Nan. Les ambassadeurs américain et russe, qui, sans prendre part aux hostilités, avaient accompagné l’expédition anglo-française, avaient obtenu quelques jours plus tôt des conditions analogues, et la Russie principalement avait fait consacrer (1G/28 mai 1858) la cession du territoire de l’Amour (F. ce mot), qu’elle avait occupé dès 1855 , profitant des embarras intérieurs du gouvernement chinois.
Les traités de Tien-Tsin furent complétés par la convention commerciale de Shang-Haï (8 nov. 1858), qui établissait le tarif sur des bases libérales, appliquait à la presque totalité des importations des droits spécifiques sur le taux de 5 pour 100 à la valeur, et le même taux aux exportations, excepté à la soie et au thé, pour lesquels le droit était moindre ; l’opium était rangé au nombre des marchandises admissibles. L’échange des ratifications des traités de Tien-Tsin devait être fait à Pékin même dans le délai d'un an. Mais quand les envoyés de France et d’Angleterre se présentèrent, le 21 juin 1859, à l’embouchure du Peï-Ho, ils trouvèrent le fleuve barré par des estacades, et l’entrée leur en fut refusée. Une attaque de vive force contre les forts de Ta-Kou qui défendaient l’entrée fut repoussée. Une seconde guerre de Chine fut alors décidée en 1860 par la France et l’Angleterre avec des forces montant à environ 20,000 hommes. L’armée anglo-française s’empara (21 avril 1860) d’abord de Me de Chusan, qui commande l’entrée du Yang-tseu-Kiang, et marcha vers l’embouchure du Peï-Ho. Après un combat livré le 3 août à Peh-Tang, les forts de Ta-Kou furent pris le 21, et les alliés marchèrent sur Tien-Tsin, puis jusqu’à Tong- Tchéou, à 16 kil. de la capitale. Pendant que des commissaires chinois trompaient les ambassadeurs par des ouvertures de négociations, les alliés furent attaqués près de Tehang-kia-Wang par 15 à 20,000 Tartares qui furent repoussés, le camp chinois de Palikiao fut emporté, le palais impérial de Yuen-Ming-Yuen saccagé, et l’armée alliée entra le 13 octobre dans Pékin. Deux traités y furent signés, le 24 avec l’Angleterre, le 25 avec la France. Le traité de Tien-Tsin était confirmé, et de plus une indemnité de 60 millions de francs payée à chacune des deux puissances; tous les établissements religieux restitués aux chrétiens, et trois nouveaux ports ouverts au commerce européen, Tien-Tsin, Tching- Kiang et Han-Kéou. Les traités furent aussitôt mis à exécution , un ministère des affaires étrangères créé en mars 1861, et les ambassadeurs anglais et français solennellement installés dans la capitale. La mort de l’empereur Hien-Foung (22 août) et l’avénement d’un enfant de 7 ans, Chi-Siang, au nom duquel gouvernait un conseil de régence hostile aux étrangers, semblèrent un instant compromettre les traités; mais le prince Kong, frère de l'empereur défunt, et qui avait signé avec les alliés les traités de Pékin, renversa le conseil de régence, et devint dès lors (nov. 1861) le véritable chef du gouvernement. La Chine était dans un déplorable état d’anarchie : les Taï-Pings ou rebelles avaient repris Nankin, et attaqué même deux ports ouverts aux Européens, Ning- Po et Shang-Haï. Les consuls européens durent alors réclamer des secours, et ce furent des forces anglaises et françaises qui repoussèrent les rebelles, sous le commandement de l’amiral français Protêt, qui fut tué, de l’amiral anglais Hope, et de l’Américain Ward, organisateur et chef d’un corps chinois. Un autre corps d’insurgés
occupe le Chan-Toung; plus près encore de Pékin, les Tou-Feh sont maîtres à l’O. de la province de Szu- Tchouen , et au S. le Youn-Nan est au pouvoir de Chinois musulmans appelés Pansis ou Pandjeis. Le gou vernement chinois a demandé aux Français et aux Anglais des vaisseaux et des armes, ainsi que des officiers pour discipliner ses soldats. De plus, l’influence européenne se substitue même à l’action directe du gouvernement chinois; ainsi, dans les ports ouverts aux étrangers, les droits levés sur les Européens sont perçus par une commission mixte française, anglaise et chinoise. Dans ces ports, chaque concession européenne est administrée par le consul et cinq commerçants de sa nation. C. P.
CHIRWA ou SHIRWA, lac de l’Afrique austro-orientale, découvert en 1859 par Livingstone, à 700 mèt. audessus du niveau de la mer, par 33° long. E. et 14°-15° lat. S., près de la rivière Chiré et du lac Nyassi ou Nyanza, dont il n’est séparé au N. que par un isthme très-étroit. Sa largeur est de 10 à 12 lieues, sa longueur de 25, et il a la forme d’un cône dont la pointe serait tournée vers le S. Entouré de hautes montagnes, dont une, le Zomba, a 2,000 mèt., il est sans écoulement, et ses eaux sont trop amères pour être potables. Ses bords sont habités par des nègres appelés Manganga, et le pays environnant est très-fertile en sucre et en coton. C. P.
CHRISTOBAL (San-), v. du Mexique, ch.-l. du dép. de Chiapas, par 15° 25' lat. N. et 94° 58' long. O.; 6,500 hab. Commerce de bois de pins, de cyprès et de cèdres.
CHRZANOWSKI (Adalbert), général polonais, né en 1788 dans le palatinat de Cracovie, m. en 1861, entra dans le corps des Cadets à Varsovie en 1809, fit les campagnes de 1812 à 1815 dans l’artillerie au service de la France, et combattit sous les ordres de Diebitsch contre les Turcs en 1828-29. 11 prit part à l’insurrection polonaise de 1830, et fut nommé gouverneur de Varsovie; mais, désespérant bientôt du succès, il paralysa volontairement la défense. Obligé néanmoins d’abandonner sa patrie après le triomphe des Russes, il fut partout repoussé par les autres émigrés. En 1849, le roi de Sardaigne Charles-Albert lui confia le commandement de son armée contre l’Autriche : Chrzanowski perdit la bataille de Novare, et se démit de ses fonctions. B.
CICERI (Pierre-Luc-Charles), peintre de décorations théâtrales et peintre à l’aquarelle, né à Saint-Cloud (Seineet-Oise) en 1782, m. en 1868, cultiva d’abord la musique vocale; un accident l’ayant rendu boiteux, il étudia l’architecture sous Bellangé, et la peinture de décors dans les ateliers de l’Opéra, dont il fut nommé, en 1810, peintre-décorateur en chef. Il a exécuté, entre autres, pour ce théâtre, les décorations de la Vestale, d’ Achille à Scyros, d ’Armide, de la Lampe merveilleuse , de la Muette de Portiez, de Guillaume Tell, de Bobert le Diable, etc., belles et savantes compositions qui firent de lui un artiste à part. 11 acquit une telle réputation, que l’on finit par mettre son nom sur l’affiche du spectacle, à la suite de celui du poète et du musicien. Cicéri a exécuté, tant pour l’Opéra que pour d’autres théâtres, plus de 400 décorations ! Cet œuvre, malheureusement sujet à destruction, comme tout mobilier usuel, n’a pu lui survivre. Entre autres travaux, il avait peint, pour un modèle réduit du théâtre-machiné de l’Opéra, quelques décorations des opéras joués sous le 1er Empire. Elles avaient au moins 0,n,60 de hauteur, et formaient une collection charmante, qui pourrait donner une idée du talent de l’artiste dans les décors scéniques ; mais nous ignorons si ce modèle existe encore. Cicéri a élevé au rang d’un art un genre de peinture qui jusqu’alors n’avait guère été qu’un métier. Beaucoup d’élèves se sont formés à son école, et c’est grâce à son influence, que les belles décorations scéniques sont faites par de véritables artistes. Sous la Restauration, il fut attaché à l’administration des fêtes et cérémonies de la Couronne, et exécuta les décorations du sacre de Charles X. Comme peintre d’aquarelle, il s’est fait un genre à lui : il a peint des vues d’Italie, de Suisse et de Bade, où l'on admire la finesse et la vie. Le musée de Versailles a de lui l'Attaque de Vienne en 1805, aquarelle de grande dimension. C. D — y.
CICOGNA (Emmanuel-Antoine), littérateur et archéologue italien, né à Venise en 1789, m. en 1868. Outre des Mémoires et des Dissertations sur des points d’érudition, il a laissé : Nouvelles inédites, 1822, 2 vol.; Inscriptions de Venise, 10 vol. in-4°, grand travail publié sous les auspices de l’Autriche.
CIRCASSIE. Depuis la soumission de Schamyl et du Caucase oriental en 1859, les tribus occidentales du Caucase, les Circassiens proprement dits (Tcherkesses, Ad:ghès, Abazes) restaient seuls indépendants. Ils furent