‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 802 sur 864 · ING · texte numérisé non relu

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Cinq ans après, il avait acquis une habileté qui était déjà du talent, et vint à Paris, où il entra dans l’atelier de David. Il prit la manière de cette école qui, voulant faire revivre le goût antique, et s’inspirant des plus beaux basreliefs, composait dans cette manière, et faisait ce qu’on a appelé de la peinture sculpturale. Les deux premiers tableaux d’Ingres fuient dans ce genre : l’un, Antiochus renvoyant à Scipion l’Africain son fils fait prisonnier sur mer, obtint le 2e prix de peinture en 1799; et l'autre, Achille recevant dans sa tente les députés d' Agamemnon venant pour apaiser sa colère, remporta, en 1802, le grand prix de Rome. Ingres ne put cependant commencer que deux ans plus tard ces belles années d’études. Resté à Paris, il donna le portrait du premier Consul et son propre portrait, 1804, et à la fin de cette année partit pour Home. Alors livré à lui-même, il sentit beaucoup mieux ce qu’il y avait de factice dans le système de David; dès ce moment tous ses efforts tendirent à se créer une originalité, en se rapprochant de Raphaël, qui était son idéal. Un tableau qu’il exposa à son retour de Rome, en 1808, et dont le sujet est OEdipe expliquant l’énigme, montra sa nouvelle manière, consistant dans la simplicité et le naturel delà composition, la pureté et la fermeté musculaire du dessin. Lorsque les États de l’Église eurent été réunis à l’Empire français, l’administration faisant entretenir et décorer à Rome lespalais du chef de l'État, Ingres fut chargé de plusieurs grandes peintures murales dans le palais de Monte-Cavallo ; il exécuta à fresque le Triomphe de Romulus, vainqueur d’Acron; et à l’huile,sur un plafond, le Sommeil d’Ossian. Parmi d’autres tableaux qu’il peignit dans son atelier pendant ce séjour en Italie, on cite : la Chapelle Sixtine, le pape Pie VII tenant chapelle à Rome, Raphaël et la Fornarina, Francesca da Bimini, le cardinal Bibiena fiançant sa nièce à Raphaël, Virgile lisant son Enéide devant Auguste et Octavie. Ingres, dénué de fortune, et n’ayant d’autre ressource que son art, fut à cette époque obligé de faire une grande quantité de portraits, la plupart au crayon, de petites dimensions, et, en général, d’un mérite secondaire. Ses corn) ositions sérieuses réussissaient peu dans ce temps où l’école de David régnait partout. Mais, fortement convaincu que l’on pouvait allier l’étude de la nature à l’étude de l’art, il persista dans sa ligne, avec un véritable courage de grand artiste. Durant cette époque, qui va environ de 1810 à 1825, il produis t encore, outre les tableaux de chevalet ci-dessus nommés: Philippe V donnant la Toison d’Or au maréchal de Berwick, TArétin recevant avec dédain la Toison d’Or de Charles-Quint , le Tinloret et TArétin, Henri IV en famille, la Mort de Léonard de Vinci, Roger délivrant Angélique, l’Entrée de Charles V à Paris. Jésus remettant les clefs du Paradis à St Pierre. Ce fut à Rome et à Florence qu’il exécuta tous ces tableaux, qui parurent néanmoins, aux expositions du Louvre, avec peu d’éclat. Il faut encore citer l 'Odalisque couchée, envoyée au Salon de 1819 : très-durement jugée par les critiques de l’époque, elle a, depuis, pris rang parmi les bons ouvrages de 1 artiste. En 1824, Ingres, de retour en France, exposa le Vœu de Louis XIII, le plus important tableau qu’il eût encore fait. Il obtint un plein succès, et cette belle œuvre, aujourd’hui dans la cathédrale de Montauban, le fit admettre à l’Institut. Dès ce moment il fut apprécié à sa valeur, l’ère des succès commença, et la gloire et la réputation vinrent l’entourer. Il eut des adeptes, des élèves, de fervents admirateurs, et, à son tour, il fit école, en persistant à se montrer lui-même amateur enthousiaste de Raphaël. Alors la direction des beaux-arts lui demanda un plafond pour les nouvelles salles du Louvre, côté du midi, et il composa l’Apothéose d'Homère, 1827, son tableau le plus vaste, et en même temps son chef-d’œuvre. En 1834, il exposa une autre grande page, le tableau du Martyre de St Symphorien, où il parut s’être inspiré de la manière grandiose, violente et heurtée de Michel-Ange. Malgré de grandes beautés répandues dans cette composition, le public la goûta peu, les critiques et les écoles rivales la traitèrent fort sévèrement. Ingres, profondément blessé d’un tel accueil, n’en perdit ni sa foi d'artiste, ni sa foi en lui-même; il se regarda comme outragé, méconnu, renonça à soumettre désormais ses ouvrages au jugement du public, et ne présenta plus rien aux expositions de peinture. L’année suivante, envoyé à Rome, en qualité de directeur de l’Académie de France, il y vint avec sa blessure au cœur, et, pendant les 5 ans de sa direction, il s’occupa vivement de rallier ses disciples, de faire prévaloir ses idées, de propager l'infiuenoe de son école, et il y réussit. De retour à Paris, en 1840, il continua de travailler, et eut de nombreux élèves, dont il se fit presque des séides. Mais, fidèle à sa rancune, son atelier devint un sanctuaire où

il n’admettait qu’un public choisi à venir l’admirer. La vieillesse d’Ingres a été presque aussi laborieuse que sa jeunesse; il n’a cessé de produire pour ainsi dire jusqu’à sa dernière heure, et des œuvres dont beaucoup comptent parmi ses meilleures. C’est dans sapériode de pleine maturité qu’il a peint ses plus beaux portraits, à peu près tous des chefs-d’œuvre, tels que ceux du comte Molé, de Bertin l’ainé , de Chérubins inspiré par la Muse, de ;Wr"c d'Haussonville, de ü/“l‘ Devançay, de la duchesse de Broglie, de Mme de Rothschild. Ses autres principales compositions sont : la Vierge à l’hostie, l’Odalisque avec son esclave, Stratonice, qu’il peignit à Rome pendant son directorat. Il a fait à Paris, l'Apothéose de Napoléon Irr, plafond du salon de l’Empereur à l’Hôtel de ville de Paris, Jeanne d’Arc au sacre de Charles VII, Jésus au milieu des docteurs, La Fontaine hésitant sur le chemin qu’il doit prendre, Molière et Louis XIV, la Naissance de Vénus Anadyomène, la Source . Ces deux dernières compositions ont plusieurs points de ressemblance, et l'une et l’autre sont pleines de grâce, bien qu’un peu froides. A l’Exposition universelle de Paris, en 1855, Ingres remplit un salon de ses principales œuvres anciennes, et reçut du jury international une des grandes médailles d’honneur. Pendant ses trente dernières aimées, Ingres fut comblé des faveurs du gouvernement; on le vit successivement officier de la Légion d’honneur, commandeur en 1845, grand-officier en 1855, et l’Empereur l’éleva en 1862 à la dignité de sénateur. L’influence d’Ingres, comme chef d’école, a été grande et salutaire ; il a opposé la digue du grand goût, de la pureté du dessin, de la solidité de la couleur, aux innovations qui tendaient à jeter l’art dans le pur réalisme et la barbarie. Il ne prêchait pas seulement d’exemple : dans l’atelier il était éloquent à force de foi dans sa manière de voir et de sentir. Sa passion pour Raphaël ne fit que s’accroître avec l’âge : il le regardait comme le premier de tous les peintres, mais il se mettait naïvement après lui. A l’étranger, pai ticulièrement en Italie et en Allemagne, il eut des admirateurs et des fanatiques. Parmi ses meilleurs élèves en France, on cite : Lehmann, Mottez etllippolyte Flandrin. C. D — y.

IONIENNES (Iles). Depuis leur réupion à la Grèce, ces îles ont été divisées en 4 nomes, subdivisés en 11 éparchies et 68 dèmes : 1° Nome de Corfou, comprenant Corfou etPaxo,4 éparchies,23 dèmes, et 78,494 hab.; 2° Nomede Sle-Maure, 2 éparchies, 12 dèmes et 30,818 liai).; 3° Nome de Céphalonie, comprenant Céphalonie et Théaki, 3 éparchies, 20 dèmes, et 86,492 hab.; 4° Nome de Xante, comprenant Zante et Cérigo, 2 éparchies, 13 dèmes, et 59,250 hab. Une Cour royale est établie à Cor ou, ayant sous elle 4 tribunaux de lre instance à Corfou, S^-Maure, Argostoli (Céphalonie) et Zante. Corfou, S'*’-Maure, Céphalonie et Zan e ont chacune un métropo ita;n, et Cérigo un archevêque du culte grec; à Corfou, réside un archevêque catholique, dont dépend l’évêque de Zante-et-Céphalone. C. P.

1NSPRUCK (Cercle d’), subdivision administrative de la province autrichienne de Tyrol et Vorarlberg, situé entre ceux de Brixen au S., de Bregenz à l’O., la Bavière au N., le Salzbourg à l’E. C’est une vallée profonde où coule l’Inn entre des montagnes de 2,500 à 3,000 mèt. de hauteur; au N. les monts de l’Innthal, à l’O. l’Arlberg, à l’E. les Alpes salzbourgeoises, et au S. l’épaisse chaîne des Alpes llhétiques, avec l’important passage du Brenner au centre. Malgré sa nature montagneuse, le pays est bien cultivé; céréales, bestiaux renommés, belles forêts et riches salines à Hall; mines d’argent et de cuivre à Schwatz, Kufstein et Kitzbiihel ; de la houille à Hœring. Superf.

1 ,036,548 hect.; pop., 206,583 hab. Ch. 4., Inspruck. C.P„

1RWING (Washington), littérateur américain, né en 1783, à New-.Yorlc, d’un père écossais et d’une mère anglaise, m. en 1859, fut envoyé en Europe, à 20 ans, pour soigner sa santé, et visita la France, la Suisse, l’Italie méridionale, la Hollande et l’Angleterre, et le fit en touriste observateur. 11 rentra à New-York en 1803, se fit recevoir avocat , puis , au lieu de fréquenter le barreau, publia une revue de quinzaine, le Salmagundi, où il faisait fort gaiement la critique des mœurs et des ridicules du jour. Ce journal ne dura que 2 ans; mais le tour d’esprit d’Inving avait réussi, et il publia, dans le même genre, sous forme de livre, l'Histoire de New-York, 1808, histoire comique et satirique des Hollandais fondateurs de New-York. 11 donna ce livre sous le pseudonyme de Diedrich Knickerbolter, et obtint un succès complet. Lors de la guerre entre l’Amérique et l’Angleterre, 1812-14, Irwing publia, dans un but tout patriotique, des biographies des principaux marins américains. En 1815, il visita de nouveau l’Angleterre, et surtout le pays de Galles, alla faire

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en Écosse la connaissance de Walter Scott, puis vint se fixer à Paris en 1820, et y resta jusqu’en 1825; alors, sur l’invitat on du consul américain à Madrid, il se rendit dans cette capitale pour y consulter des documents récemment découverts sur Christophe Colomb. 11 quitta l’Espagne en 1829 pour aller occuper en Angleterre le poste de secrétaire de la légation américaine , puis , après deux ans, retourna dans sa patrie, se joignit à une commission chargée d’aller traiter avec les tribus sauvages de 1 Ouest, fut nommé ministre en Espagne, 1842, renonça à ce poste après l’élection du président Polk, 1846 , et revint habiter, près de New-York, une jolie maison de campagne, où il termina ses jours. Les voyages que fit Irwing, les fonctions publiques qu’il accepta, lui fournirent la matière de ses divers ouvrages ; pendant son premier voyage en Angleterre, sa famille ayant été ruinée, il recourut à son talent pour vivre. C’est alors qu’il envoya à New- York une série d’observations piquantes sur les mœurs anglaises, qui, sous le titre modeste de Livre d'esquisses, 1819, obtint un grand succès, même en Angleterre. A Paris, il composa le Manoir de Brandbridge, ou l’Humoriste , 1822, esquisses de la vie rurale en Angleterre ; il donna ensuite, et successivement: Contes d’un voyageur, 1824; Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb, 1828-29 ; Voyages et découvertes des compagnons de Colomb, 1831; Chronique de la conquête de Grenade, 1829 ; l’Alhambra, 1832. Ces quatre ouvrages furent le fruit de l’excursion de l’auteur en Espagne. Sa mission volontaire dans les tribus de l’Ouest lui inspira Un tour dans les Prairies, 1835, et le souvenir de ses relations avec Walter Scott, Abbotsford et l'Abbaye de Newstead, 1836; Astoria, 1838, est le récit de l’expédition à travers les montagnes Rocheuses. On lui doit encore : Aventures du capitaine Bonneville dans les montagnes Rocheuses, ouvrage dont on lui fournit les matériaux, mais qu’il composa et écrivit; Mahomet et ses successeurs, 1849- 50 ; enfin, Vie de Washington, 1855 et suivantes, 4 vol. — Irwing jouit d’une très-grande réputation en Amérique et en Angleterre; ses livres ne sont, la plupart du temps, que des esquisses , mais toujours ingénieuses ou gracieuses, mêlées d’une douce sensibilité, et assaisonnées de ce comique satirique, particulier aux Anglais et aux Américains,' et qu’ils appellent humour.

ISAMBERT (François- André) , jurisconsulte et homme politique, né en 1792 à Aunay (Eure-et-Loir), m. en 1857. Avocat à la Cour de cassation en 1818, il défendit le général Berton et le lieutenant-colonel Caron, qui avaient voulu rétablir l’Empire; il intervint dans le procès des 4 sergents de La Rochelle, autre conspiration bonapartiste. Il se fit connaître comme partisan de la liberté religieuse, et se chargea de soutenir tous les appels comme d’abus. Non moins ardent à réclamer l’affranchissement des hommes de couleur dans les colonies, il publia en leur faveur, de 1823 à 1828, une suite de Mémoires qui eurent un grand retentissement, et obtint l’abolition des dernières cours prévôtales. Après la Révolution de 1830, Isambert fut quelque temps directeur du Bulletin des Lois, puis devint conseiller à la Cour de cassation. Député de Chartres, il ne fut pas réélu l’année suivante ; mais il représenta la ville de Luçon de 1832 à 1848, et siégea dans les rangs de l’opposition constitutionnelle. Les électeurs d’Eure-et-Loir l’envoyèrent à l'Assemblée constituante de 1848 ; lors de la rédaction des décrets sur le régime électoral, il se prononça pour l’élection à deux degrés, et fut un des premiers à demander la suppression des clubs. Après l’élection du prince Louis-Napoléon à la présidence de la République, il soutint la politique de l’Elysée. Isambert a écrit un grand nombre d’ouvrages. On lui doit : Recueil complet des lois et ordonnances du royaume, à compter de 1814, avec des Notices sur la législation antérieure, 1820-27, 17 vol. iu-8°; Recueil général des anciennes lois françaises de l’an 420 à la Révolution de 1789 (avec Decrusy , Jourdan, Armet, et Taillandier), 1821-33, 29 vol. iu-8°; Manuel du Publiciste et de l’Homme d’Etat, 1826, 4 vol. in-8° ; Traité de la voirie urbaine, 1826, 2 vol. in-12; Code électoral et municipal , 2e édit., 1831, 3 vol. in-8°; Pandectes françaises, ou Recueil complet des lois et de la jurisprudence...., 1834, 2 vol., ouvrage inachevé; État religieux de la France et de l'Europe (avec MM. de Lasteyrie et Condorcet-O’Connor) , 1844, in-8° ; une traduction de l'Histoire de Justinien parProcope, 1856, etc. Il a laissé en manuscrit une Histoire des origines du ehristianisme , ainsi que des traductions de Josèphe et d’Eusèbe. B.

ISKARDO ou SKARDO, v. de l’Asie méridionale, capitale du petit État de Balti ou Bedestan , sur le cours supérieur et sur la rive gauche de l’Indus, par 35° 20' 12”

lat. N., et 77° 24' long. E.; elle est bâtie à une hauteur de plus de 2,400 mètres. C. P.

ISLIMNIA , ou en bulgare SLIWANI , v. de la Turquie d’Europe, ch.-l. de livah de l’eyalet d’Andrinople, par 41° 40' lat. N., et 24° 2' long. E., à la descente méridionale des Balkans et à l’entrée du principal défilé de cette montagne, le Demir-ICapou ou Porte de Fer. On voit à peu de distance les ruines d’une ancienne citadelle que les Romains avaient bâtie pour défendre ce passage. Islimnia a environ 19,000 hab. , Turcs, Bulgares, Arméniens et Israélites. Fabrication de hure, tapis, nattes, pipes richement travaillées; manufacture impériale de draps pour l’armée. — Le livah d’Islimnia , qui comprend dans ses 9 cantons ou cazas tout le revers des Balkans jusqu’à la mer Noire, est un des plus commerçants de la Turquie; exportation , par le port de Bourgas, de céréales, fruits, peaux, soies, laines, vins, étoffes de poil de chèvre. C. P.

ISSI-KOUL, lac de l’Asie centrale, dans le S.-E. du Turkestan russe, entre 42° 15’-42° 48' lat. N., et 75°-77° long. E. Sa longueur est de 170 kil., sa largeur de 60; sa profondeur est inconnue, mais paraît considér.ible ; superf. : 6,368 kil. carrés. 11 a la forme d’un ovale allongé dans la direction du S.-O. au N.-E. Il est élevé de 1,550 mèt. au-dessus du niveau de la mer, et profondément encaissé entre les chaînes de l’Ala-Tau transilien au N. et du Thian-Chan au S. Il en reçoit 72 rivières (dont la principale est la Touba), qui gèlent pendant 3 mois de l’année, tandis que le lac ne gèle jamais, ce qui lui a valu son nom d'Issi-koul ou Lac chaud ; on l’appelle aussi Touz koul ou Lac salé, à cause de la saveur amère de ses eaux. C. P.

ITALIE. 9e période, de 1849 à 1868. L’oppression autrichienne et la guerre de T Indépendance. L'Italie nouvelle. — L’Autriche fut toute-puissante dans la Péninsule de 1849 à 1859, à Modène et à Florence, où régnaient des archiducs, à Parme sous Charles III de Bourbon, à Naples sous Ferdinand II, à Rome où, combattant les demandes de réformes que faisait la France, elle put pendant 10 ans occuper les Romagnes et les Marches. Par des traités particuliers faits avec les petits princes du centre, elle obtint le droit d’intervenir par la force en cas de révolte des populations, et d’occuper le pays en cas de guerre comme défense avancée de ses propres possessions, inquiétant la Sardaigne par son extension sur l’Apennin, en même temps qu’elle écrasait d’impôts et de réquisitions militaires le royaume Lombard-Vénitien. Mais son influence diminuait en Europe , où elle avait mécontenté toutes les grandes^ puissances, la Prusse dont elle affaiblissait l’importance en Allemagne (1850-52), la Russie qu’elle payait d’ingratitude dans la guerre d’Orient, la France et l’Angleterre, en ne prenant aucune part active à la guerre, malgré ses promesses, et en apportant tous les obstacles possibles à la constitution des Principautés-Unies et à la libre navigation du Danube. Au contraire, la Sardaigne avait grandi par la part glorieuse qu’elle prit à la guerre d’Orient, par la consolidation du régime constitutionnel, par l’asile qu’elle ouvrait à tous les proscrits de la Péninsule, enfin par l’habileté audacieuse et peut-être astucieuse de son ministre, M.deCavour, qui, au Congrès de Paris, signala à l’attention de l’Europe les empiétements de l’Autriche et la situation déplorable de l’Italie. Aussi lorsque l’Autriche, qui, au commencement de 1859, avait rassemblé plus de 200,000 hommes dans le royaume Lombard-Vénitien, et contraint la Sardaigne de s’armer pour sa défense, eut mis le comble à ses fautes en repoussant l’idée, proposée par les grandes puissances, d’un congrès et d’un désarmement général, et sommé directement la Sardaigne (22 avril) de désarmer sous trois jours, la menaçant, dans le cas contraire, d’une invasion immédiate, l’opinion européenne se prononça énergiquement contre elle. La Sardaigne fut soutenue par la France, qui ne pouvait voir l’influence autrichienne s’étendre au delà des limites fixées par les traités de 1815 et menacer les Alpes. — Le général autrichien Giulay passa le Tessin le 29 avril, et ravagea pendant 10 jours la province de Novare, tandis que l’armée française accourait, par Suse et par Gênes, au secours des Piémontais. La victoire du général Forey à Montebello (20 mai) inaugura brillamment la campagne ; le succès des Piémontais à Palestro (30-31 mai), la grande bataille de Magenta (4 juin) gagnée par Napoléon III, celle de Marignan (8 juin) par le général Baraguey-d’Hilliers, et les progrès de Garibaldi qui, dans le Nord, s’était avancé victorieux jusqu’à Bergame, firent perdre en 15 jours aux Autrichiens toute la Lombardie. Ils tentèrent, au nombre de 220,000, de la reprendre à la journée de Solferino (24 juin), qui dura 16 heures, et ouvrit aux alliés victorieux l’entrée du quadri-

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latère de places fortes. Mais l’agitation qui se communiquait dans toute l’Italie, surtout dans les États pontificaux, par le soulèvement des Romagnes et de Pérouse, les menaces d’une guerre sur le Rhin que firent entendre la plus grande partie des princes allemands dévoués à l’Autriche, déterminèrent Napoléon III à s’arrêter, et à conclure avec François-Joseph la paix de Villafranca (11 juillet), qui fut confirmée par le traité signé à Zurich entre la France, la Sardaigne et l’Autriche (10 novembre). Celle-ci voyait passer à la Sardaigne la Lombardie, du Tessin au Mincio*, mais conservait ses places fortes du quadrilatère.

Le parti italien avancé, soutenu et encouragé par les promesses de l’Angleterre, fit naître dans toute l’Italie l’idée de l’unité politique sous la maison de Savoie, contrairement aux conventions de Villafranca et de Zurich qui créaient une Confédération italienne où seraient entrés l’Autriche, les princes restaurés de Panne, de Modène, de la Toscane, le Pape, et le roi de Naples. Dès le commencement de la guerre, le grand-duc de Toscane avait été forcé de quitter Florence (27 avril), et le pays s’était placé sous la protection de Victor -Emmanuel. Parme, Modène, l’imitèrent après le départ de leurs souverains, et les Romagnes en firent autant dès que l’Autriche en eut retiré ses soldats (8, 11, 12 juin). Les États du centre, d’où le gouvernement sarde avait rappelé ses commissaires , se donnèrent aloi's des gouverneurs provisoires, Rieasoli à Florence (1er août), Farini à Modène et à Parme (27 juillet, 18 août), Cipriani à Bologne (2 août). Ils formèrent une ligue militaire défensive, et, sous sa protection, sans la présence d’un seul soldat piémontais, les assemblées des quatre provinces votèrent la déchéance de leurs anciens souverains , et déclarèrent s’annexer à la Sardaigne (août- septembre). Victor- Emmanuel, lié par les engagements de Villafranca, ne put qu’agréer ces vœux et promettre de les soutenir devant les puissances de l’Europe, sans accepter définitivement l’offre qu’on lui faisait. Les assemblées nommèrent alors le cousin du roi, le prince de Carignan, régent de l’Italie centrale (6-9 novembre), et, sur son refus, Buoncompagni fut élu gouverneur général de la Ligue, qui resta divisée en deux États distincts : la Toscane sous le gouvernement de Rieasoli ; Parme, Modène et la Romagne se réunirent sous l’autorité de Farini et prirent le nom de gouvernement royal de Y Emilie (F. ce mot). En abolissant les douanes entre les États de la Ligue et la Sardaigne, en adoptant les lois civiles et le statut sardes, les États du centre préparèrent l’union politique, qui s’accomplit enfin par un second vote des assemblées (Emilie, 14 mars 1860; Toscane, 16) et par l’acceptation du roi de Sardaigne (18-22 mars), qui , en échange de cet agrandissement consenti par la France, lui cédait Nice et la Savoie (traité de Turin, 24 mars).

Une campagne de deux mois, entreprise avec deux armées formidables, avait délivré l’Italie septentrionale; le centre avait dû son affranchissement à l’habileté de ses hommes d’État; le Sud restait encore intact : Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, était mort le 22 mai 1859, et son fils, François II, avait persévéré dans la politique de son père, la compression violente à l’intérieur, l’alliance étroite avec l’Autriche à l’étranger. Une révolte éclata en Sicile dès le 4 avril 1860 : Païenne, Messine, Catane se soulevèrent; et forcés dans les villes, les révoltés se retirèrent dans l’intérieur de l’île , où ils furent bientôt secourus par Garibaldi, agissant en aventurier, et malgré le désaveu ostensible du gouvernement de Turin. Il débarqua à Marsala avec une bande d’environ 2,000 hommes (10 mai), prit la dictature de l’ile au nom de Victor-Emmanuel, organisa un gouvernement provisoire (14), battit deux fois les troupes royales (15, 16), et s’empara de Palerme, qui fut bombardée par l’armée napolitaine (27). Ces revers décidèrent François II à promettre une Constitution et l’alliance avec la Sardaigne (26 juin). Mais il était trop tard : Garibaldi, après avoir pris Messine (28 juillet), dont la citadelle seule résista, passa à Reg'gio et marcha sur Naples, où il entra le 7 septembre, malgré l’armée royale qui , à demi désorganisée par la défection, n’opposa qu’une faible résistance. François II s’était retiré vers Capoue, puis dans Gaëte, où il dut s’enfermer après avoir vu ses troupes défaites sur le Volturne (1-2 oct. ). — En même temps, les troupes pontificales, sous les ordres du général français de Lamoricière, dont la jonction avec les Napolitains aurait pu gêner les mouvements de Garibaldi, furent occupées par l’invasion subite, et mal motivée, des Piémontais dans les Marches et l'Ombrie; attaqué par eux à Castelfidardo (18 sept.), avec des forces supérieures, le général fut battu, se réfugia dans Ancône, où, attaqué par terre et

par mer, il capitula quelques jours après, et toutes les Marches et l’Ombrie furent conquises par les Piémontais; entrant alors dans le royaume de Naples, ils battirent les Napolitains à Isernia. Toutes les prov„ consultées par le suffrage universel, proclamèrent roi Victor-Emmanuel, qui fit dans Naples son entrée solennelle (7 nov. ), et le 22 accepta le vote des Marches et de l’Ombrie pour’l’annexion à son royaume.

Le jeune roi de Naples, assiégé par les Piémontais, se défendit héroïquement dans Gaëte pendant quatre mois; il lui fallut enfin céder à la force : il abandonna la ville (13 fév. 1861), et se retira à Rome. La prise de Gaëte fut bientôt suivie de l’ouverture du premier Parlement italien (18 février), qui proclama Victor-Emmanuel II roi d’Italie (17 mars). Mais la mort prématurée de M. de Cavour (5 juin), la division des partis politiques, les embarras financiers et le brigandage entretenu dans les provinces napolitaines rendirent difficiles les commencements du nouveau royaume.

Il lui manquait, pour comprendre toute la Péninsule, Rome et la Vénétie. Celle-ci demeura à l’Autriche jusqu’en 1866. Au commencement de cette année, la guerre paraissant imminente ( V. Allemagne, au Suppl.) entre F Autriche et la Prusse, l’Italie s’allia avec cette dernière puissance, et déclara la guerre à l’Autriche (18 juin). Cette guerre fut malheureuse pour les Italiens : leur armée, qui avait franchi le Mincio le 23, fut rejetée au delà de cette rivière par la victoire que gagna sur elle l’archiduc Albert à Custozza (le 24); et leur flotte, commandée par l’amiral Persano, fut défaite à Lissa, sur les côtes de Dalmatie, par l’amiral autrichien Tégéthoff (20 juillet). Mais les victoires des Prussiens en Bohême furent le salut de l’Italie: dès le 4 juillet, l’Empereur d’Autriche François-Joseph avait cédé la Vénétie à Napoléon III en lui demandant sa médiation ; une suspension d’armes fut conclue entre l’Italie et l’Autriche (25 juillet), et suivie de la paix signée à Vienne (3 octobre). La Vénétie était cédée au royaume d’Italie.

Quant à Rome, une convention avait été signée, le 15 septembre 1864, entre la France et l’Italie : cette dernière puissance s’interdisait toute attaque contre le territoire pontifical, s’engageait à établir sur la frontière de cet État une force militaire capable d’empêcher toute invasion de volontaires, prenait à sa charge une partie de la dette romaine, proportionnelle à l’importance des anciennes provinces pontificales réunies au royaume d’Italie, enfin transférait le siège du gouvernement de Turin à Florence, qui, le 26 avril 1865, fut déclarée officiellement capitale du royaume. En revanche, la France s’engageait à évacuer Rome dans le délai de deux ans. Le 12 décembre 1866, le dernier corps de l’armée française avait quitté Rome, et le pape avait dû former, pour la défense de ses États, une armée de volontaires, français, belges, autrichiens, suisses, etc. Mais la désertion s’étant mise parmi ces soldats, même dans ceux du corps français, dit Légion d’Antibes , le ministre de la guerre en France crut devoir rappeler par une lettre ces soldats à leur devoir et envoyer un général français en mission à Rome. L’Italie se plaignit de ces mesures comme d’une infraction à la convention du 15 septembre, et, dans l’été de 1867, de nombreux volontaires essayèrent de franchir la frontière romaine. Enfin, au mois d’octobre, Garibaldi l’envahit avec quelques milliers d’hommes, et marcha sur Rome, où il espérait être secondé par un soulèvement. Mais la capipitale resta tranquille; un corps d’armée français partit de Toulon, concourut avec les troupes pontificales à la défaite de Garibaldi à Mentana, et depuis ce moment a commencé la seconde occupation française à Rome.

Le royaume d’Italie, tel qu’il est aujourd’hui constitué (1868), comprend la Péninsule italique (moins le patrimoine de S1 Pierre), avec les îles de Sicile et de Sardaigne, les archipels Toscan et de Lipari. Il s’étend entre 36° 40'- 46° 40' lat. N., et 4° 15'-16° 10' long. E. Au N., il est séparé des cantons suisses du Valais, du Tessin et des Grisons par des rameaux des Alpes, depuis le Mont-Blanc jusqu’à l’Ortler; des provinces autrichiennes de Tyrol, Cariuthie, Carniole et Littoral, par des rameaux des Alpes, le N. du lac de Garde, les Alpes Carniques, et une ligne parallèle au cours de l’Isonzo jusqu’à l’Adriatique entre Palmanova et Aquilée ; à l'E., il est borné par l’Adriatique et le canal d’Otrante; au S., par la mer Ionienne et la Méditerranée; à l’O., par la Méditerranée, et, vers la France, par la Roja et les Alpes occidentales, du col de Tende au Mont-Blanc. 284,465 kil. car.; 24,236,323 hab. Capitale : Florence, depuis 1865.

Le gouvernement est une monarchie héréditaire consti-

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tutionnelle. Le roi gouverne par ses ministres, avec le concours de deux Chambres, un Sénat nommé à vie par le roi, et une Chambre des députés élue pour 5 ans par la nation au suffrage restreint; mais le cens électoral est faible (40 fr.). Les ministres sont au nombre de neuf : de l’intérieur, des affaires étrangères, du culte et de Injustice, de la guerre, des finances, de l’instruction publique, des travaux publics, de la marine, enfin du commerce, de l’agriculture et de l’industrie. Ils sont assistés par des secrétaires généraux et des directeurs généraux. Un conseil d’Etat et une Cour des comptes complètent l’organisation supérieure administrative. — Le royaume est divisé en 68 provinces, dont 9 nouvelles pour la Vénétie. Les 59 anciennes provinces se divisent en 193 arrondissements ; ces derniers en 1,599 cantons; et les cantons en 7,721 communes. Les ammdissements, cantons et communes des 9 autres provinces ne sont pas encore fixés. La province est administrée par un préfet, assisté d’un conseil de gouvernement de cinq membres (conseil de préfecture); elle a aussi un conseil provincial de 20 à 60 membres; leur session dure annuellement 15 jours, et ils nomment une députation provinciale de 4 membres, qui les représente dans l'intervalle des sessions ; les arrondissements sont administrés par des sous-préfets ; la commune a un conseil communal de 15 à 60 membres, tenant deux sessions paran ; il élit pour un an une junte municipale, composée du syndic (maire), choisi par le roi pour trois ans, et de 2 à 8 assesseurs ou adjoints. — La justice est rendue par des juges de paix dans les cantons, par des tribunaux de première instance dans les arrondissements; par 18 Cours d'appel , à Turin, Gênes, Casai, Milan, Brescia, Bologne, Parme, Ancône, Florence, Lucques, Naples, Trani, Catanzaro, Aquila, Païenne, Messine, Catane, Cagliari; enfin par 4 Cours de cassation , à Milan, Florence, Naples, Palerme.

Tous les cultes sont tolérés; mais l’immense majorité de la nation est catholique. On compte 234 diocèses, dont 188 évêchés et 46 archevêchés. L’instruction publique a reçu depuis quelques années de grands développements. On distingue, comme en France, trois sortes d’enseignement. L’enseignement supérieur est donné dans les Universités, les établissements d’instruction supérieure, et quelques écoles spéciales. Les Universités sont au nombre de 20; sur les 20, 15 sont entretenues par l’État, Naples, Pavie, Turin, Pise, Modène, Padoue, Bologne, Catane, Palerme, Parme, Gênes, Sienne, Cagliari, Messine et Sassari; les cinq autres sont libres, c.-à-d. à la charge des budgets provinciaux ou communaux, Ferrare, Pérouse, Urbin, Macerata et Camerino. Au-dessus est l’Institut supérieur de Florence, créé en 1859, et réunissant toutes les branches d’enseignement, comme notre Collège de France; il y a en outre, dans la même ville, le Musée pour l’enseignement des sciences physiques et naturelles, et une École pratique de médecine et de chirurgie; à Milan, une École d’ingénieurs, et à Pise une École normale pour préparer les professeurs destinés à l’enseignement secondaire. Celui-ci est donné dans 87 lycées, 250 gymnases (collèges communaux) et 147 instituts techniques (écoles professionnelles). L’enseignement primaire comprend 30,321 écoles élémentaires; 21 écoles normales primaires préparent les instituteurs, 18 les institutrices. Il faut ajouter 3,576 écoles du soir et du dimanche. Sur 7,721 communes, 694 sont encore privées d’écoles élémentaires. Le budget de l’instruction publique, qui n’était en 1858 que de 5,847,000 fr. pour tous les États de l’Italie (dont 1/3 pour le Piémont seul), a été porté en 1863 à 16,128,000 fr.

Les richesses du sol de l’Italie ( V . dans le Dictionn. p. 1401) ont beaucoup augmenté depuis cinq ans par le progrès de la liberté politique, par la suppression des douanes intérieures, fruit de l’unité italienne, les traités de commerce conclus dans les conditions du libre échange avec la plupart des puissances européennes, enfin par le développement des institutions de crédit et des voies de communication. On récolte 65,000,000 d’hectolitres de céréales, 20,000,000 de vin, 1,552,000 d’huile, etc. La valeur totale de la production agricole est de 3 à 4 milliards de francs. L’industrie manufacturière est moins avancée, surtout dans le Sud et le centre; mais on compte déjà 377 sociétés industrielles réunissant un capital de 1,500 millions, dont 1 milliard aux compagnies de chemins de fer, et 225 millions aux institutions de crédit. Celles-ci comprennent: la Banque d’Italie, formée en 1864 de la réunion des anciennes banques sarde et toscane, et ayant 11 sièges principaux dont chacun régit plusieurs succursales; la Banque des Deux-Siciles , fondée au XVIe siècle, réorganisée en 1863, et conservant dans le

Midi une grande importance; la Caisse du commerce et de l’industrie deTurin, et plus de 150 caisses d’épargne. Les voies de communication ont été singulièrement améliorées; il y avait 4,000 kil. de chemins de fer en 1865. Les routes ordinaires comprennent une longueur de 90,221 kil. Indépendamment des lignes télégraphiques terrestres, plusieurs télégraphes sous-marins relient les îles au continent, et celui-ci aux pays voisins : la Spezzia à la Corse, la Corse à la Sardaigne, Piombino à l’ile d’Elbe, la Sicile au continent, la Sicile à Malte, Otrante à Corfou, Otrante à Aulon, etc. Le budget des travaux publics s’est élevé en 1864 à 110,000,000. — Le commerce extérieur de l’Italie a été de 821,511,000 fr. à l’importation et de 480,000,000 à l’exportation en 1862; il est entré 25,791 navires italiens ou étrangers dans ses ports, et il en est sorti 26,036. Sa marine marchande compte 16,500 bâtiments à voiles jaugeant 666,000 tonneaux, et 52 vapeurs, de 16,886 tonneaux et d’une force de 5,750 chevaux; sa population navale marchande est de 137,000 marins.

L’armée comprenait en 1864, sur le pied de paix, 244,000 hommes. Sur le pied de guerre, l’armée peut être portée à 378,000 hommes, et à 515,000 en y comprenant 137,000 hommes de garde nationale mobilisables. Le contingent annuel est de 45,000 hommes; la durée du service militaire, de 11 années, dont les cinq premières sous les armes, et les’ six dernières dans la réserve. Les établissements militaires sont : arsenaux généraux pour la préparation du matériel à Turin, Florence et Naples; fonderies de canons à Naples, Parme et Turin; fabriques d’armes à Turin, Brescia et Torre-Annunziata près de Naples ; poudreries à Fossano (Piémont) et à Seafati (prov. d’Avellino) ; une raffinerie de salpêtre à Gênes, un laboratoire de pyrotechnie à Turin, et une fabrique de pontons à Pavie. Les principales écoles militaires sont : l’Académie de Turin pour les armes spéciales, l’école d’application d’état-major, les deux écoles d’infanterie d’Ivrée et de Modène, l’école de cavalerie de Pignerol, l’école normale des bersaglieri à Livourne, les collèges militaires de Milan, Asti, Florence, Parme, Naples et Palerme, qui forment des élèves pour l’Académie de Turin.

Le royaume est divisé en 6 grands départements militaires pour la partie continentale, et ceux-ci en divisions militaires territoriales, en subdivisions et en districts : 1er département militaire : Turin (divisions : Turin, Alexandrie, Gênes) ; 2e département : Milan (divisions : Milan, Brescia, Novare, Plaisance) ; 3e département : Bologne (divisions : Bologne, Ancône, Parme) ; 4e département : Florence (divisions : Florence, Livourne, Pérouse); 5e département : Naples (divisions : Naples, Chieti, Bari, Catanzaro, Salerne); 6e département : Vérone (divisions : Vérone, Padoue, Trévise, Mantoue, Venise). En outre, la Sardaigne forme la division militaire territoriale de Cagliari, et la Sicile le département militaire de Palerme avec les divisions de Palerme, Messine, Syracuse et Caltanisetta. — La marine militaire comprenait, en 1865, 100 bâtiments ainsi répartis : 1° 53 grands bâtiments, dont 14 cuirassés, 14 à hélice, 15 à roues, 10 à voiles; 2° 47 petits bâtiments, dont 17 à hélice, 22 à roues et 8 à voiles. Le nombre total des navires à vapeur est de 82, d’une force de 26,065 chevaux; le nombre des canons est de 1,322. On compte deux écoles de marine, à Gênes et à Naples; des arsenaux maritirfles à Gênes, la Spezzia, Porto- Ferrajo, Naples, Palerme et Ancône; des chantiers de construction à Gênes, Varignano dans le golfe de la Spezzia, Livourne et Castellamane. Le personnel de la marine est de 111,428 officiers et matelots, et de 5,880 soldats de marine formant 2 régiments. Il y a trois départements maritimes : celui du Nord, à Gênes, pour les côtes de la mer Tyrrhénienne jusqu’à la frontière romaine, avec la Sardaigne; celui du Sud, à Naples, pour la Sicile et les côtes ouest et sud des provinces napolitaines jusqu’au canal d’Otrante; celui de l’Adriatique, pour toutes les côtes de cette mer, à Ancône : chaque département est sous les ordres d’un préfet maritime. — Le budget pour 1867 a été de 792,553,000 fr. de recettes, et de 1,014,409,000 fr. de dépenses; la dette publique s’élevait, en 1867, à 5,287,582,000 fr.

Les provinces et les arrondissements sont distribués comme il suit :

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