‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 87 sur 864 · LOU — 1639 — LOU · texte numérisé non relu

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du Centre, 1784. continuer celui de Bourgogne, qui datait de 1775, Louis XVI revint aux idées de ses ministres : il décréta la libertf^entière de la circulation intérieure et de l’ exportation des grains, 1787, l’abolition de la mort civile pour les protestants, qui rentrèrent dans le droit commun, 1788; mais pour l’établissement de la subvention territoriale et de l'égalité de l’impôt, pour l’abolition de la question préalable, appliquée au condamné afin d’avoir révélation de ses complices , pour la réorganisation de l’administration judiciaire, la révision générale des Coutumes, la rédaction d’un code unique, il se laissa à son tour arrêter par l’opposition parlementaire. Au retour des idées de Turgot succéda bientôt, après une assemblée de notables restée inutile, 1787 (K. Assemblée des notables ) , le retour de Necker, appelé, avec les Etats - Généraux , à tirer la France de la crise financière qu’y créaient une dette considérable et un déficit annuel de 56 millions au moins , août 1788. — Les Etats s’ouvrirent le 5 mai 1789. Malgré le parlement et les notables, une seconde fois réunis ( novembre 1788), le roi avait accordé au tiers-état, qui formait la presque totalité de la nation , une représentation double, qui lui permit de contrebalancer l’influence de3 deux ordres privilégiés (621 sur 1,214). La conséquence naturelle, c’était le vote par tête, qui assurait la prépondérance au tiers , au lieu du vote par ordre , qui l’aurait nécessairement annulé. Pendant cinq semaines, les deux premiers ordres refusèrent de se réunir à l’autre dans la salle commune ; et Louis XVI, cédant à son entourage, commit encore deux fautes qui eurent de graves conséquences : 1° celle de ne pas donner lui-même, en faveur du tiers, une solution qui découlait de son arrêt précédent : il en résulta que cet ordre, fatigué à la fin, se déclara Assemblée nationale , sur la motion <le Sieyès, 17 juin; 2» celle de paraître alors se mettre du côté des privilégiés et vouloir lutter contre le tiers-état par de petits moyens ou par l’intimidation : — en fermant le lieu des séances : les députés allèrent au Jeu de Paume, et y jurèrent, sous la présidence de Bailly, de ne se séparer qn’après avoir donné un: Constitution à la France, 20 juin; — en cassant toutes leurs décisions, et en menaçant, sans avoir l’énergie nécessaire pour l’accomplir, de faire seul le bien de son royaume, et de dissoudre cette puissante assemblée.. qui venait de se proclamer la représentation de la nation entière (séance royale du 28 juin) : à la voix éloqueute de Mirabeau, les députés restèrent dans la salle malgré l’ordre du roi, et la lutte fut engagée entre les deux principes de la souveraineté du peuple et du droit divin de la royauté. Le roi et les privilégiés cédèrent, et la fusion des trois ordres eut lieu, 27 juin ; mais les exaltés , les agitateurs , ne tardèrent pas à s’emparer de la situation : ils profitèrent de la concentration de troupes nombreuses dans la capitale, et du renvoi de Necker, le ministre populaire, 11 juillet; Camille Desmoulins appela Paris aux armes, et la Bastille fut prise, 14 juillet. Il fallut que le roi cédât encore : Necker fut rappelé, Bailly nommé maire de Paris, la garde nationale organisée et La Fayette mis à sa tête, la cocarde tricolore adoptée. Déjà les princes quittaient la France ( le comte d’Artois, plus tard CharlesX, avec ses deux fils; les Coudé). Mais, du moins, tout semblait enlever aux démagogues les prétextes d’une insurrection nouvelle : la séance de nuit du 4 août, l’abandon de tous les privilèges, qu’y firent avec entraînement les députés des deux premiers ordres, l’émancipation du travail, qu’on y décida, la déclaration solennelle des droits de l’homme qui suivit de près (août 1789). Ils exploitèrent un acte imprudent de la cour, le repas des gardes-du-corps à Versailles, la disette déjà grande à Paris, et, dans les journées des 5 et 6 octobre, où Maillard entraîna à Versailles la populace des faubourgs , la reine Marie-Antoinette fut menacée, et le roi ramené à Paris avec sa famille. L’Assemblée constituante l’y suivit; et dès lors ni lui ni elle n’eurent plus de véritable puissance, placés qu’ils étaient sous la pression des clubs et de l’émeute. Louis XVI songea à échapper à cette pénible situation. Les dispositions de la multitude et l’influence de ses meneurs l’inquiétaient. Les décrets de l’Assemblée, qu’il n’acceptait souvent que malgré lui, le blessaient dans son autorité comme roi, dans sa conscience comme chrétien. Non contente de donner au pays, avec une Assemblée permanente renouvelée tous les deux ans, sa part dans le gouvernement, elle en annulait en quelque sorte le chef, en lui interdisant la proposition des lois, en ne lui laissant que la faculté de suspendre pendant quatre ans, par son veto, les lois votées par elle. Non contente d’introduire plus d’unité dans l’administration par la division en départements, qui fut la base de toutes les antres (janvier 1790), elle donna

l’élection pour base à toutes les fonctions, même à la magistrature, qui a besoin d’une entière indépendance, même au clergé, privé successivement de ses dîmes, de ses biens, de sa liberté d’action, et détaché du saint-siège par la suppression de l’institution pontificale ( V. Constitution civile du clergé). Necker, reculant devant les difficultés, avait donné sa démission (septembre 1790). Mirabeau mourut au moment où, se rapprochant de la cour, il voulait arrêter la Révolution dans ses entraînements (avril 1791). Leroi voulut fuir à l’étranger, et se dirigea secrètement vers le corps d’armée du marquis de Bouillé, placé sur la frontière N.-E. Reconnu par le maître de poste Drouet, et arrêté à Varennes (22 juin 1791 ), il fut ramené dans la capitale; dès le mois suivant, les meneurs du peuple (Brissot, Santerre) demandèrent sa déchéance, et le sang coula encore une fois au Champ-de-Mars, parce que l’Assemblée, Bailly et La Fayette s’y opposaient. La guerre bientôt vint augmenter encore l’agitation. L’Assemblée législative, qui remplaça la Constituante le 1er octobre 1791, poussa Louis XVI à prévenir, par une résolution énergique, l’Autriche et la Prusse, qui, d’accord avec les émigrés, venaient, par la convention de Pilnitz en Saxe (27 août 1791), de préparer l’invasion de la France. La guerre fut déclarée (20 avril 1792) à l’empereur François Il par le ministère girondin qui venait de s’imposer au roi ( Dumouriez, Roland, Servan, etc. ) ; l’invasion des Pays-Bas autrichiens fut décidée; mais le double échec de Quiévrain et de Jemmapes, par lequel elle débuta, devint encore un moyen d’exciter la populace, qui s’organisa contre la cour en sections armées. Une insurrection nouvelle était prête : elle fut déterminée et par le refus du roi de sanctionner deux décrets, dont l’un condamnait à la déportation les prêtres insermentés, tandis que l’autre décidait la formation d’un camp de 20,000 patriotes des départements, qui seraient devenus, sous les murs de Paris, une nouvelle force contre lui-même; et par le renvoi de trois ministres girondins, que suivit la démission de Dumouriez. Le 20 juin, la foule (20 à 30 mille personnes environ) vint réclamer de l’Assemblée la déchéance a.-. Louis XVI; elle voulut ensuite, aux Tuileries, arracher la sanction des décrets, mais sans pouvoir l’obtenir du prince, resté ferme et digne en face de l’émeute. Moins de deux mois après (10 août 1792), une autre journée reprit cette tentative avortée, et, cette fois, les meneurs se servirent de l’insolent manifeste du duc de Brunswick, général de la coalition, qui menaçait du supplice des rebelles tout ce qui oserait résister, et Paris « d’une subversion totale » (25 juillet). L’Assemblée fut de nouveau sommée de prononcer la déchéance; les Tuileries furent envahies, saccagées, les Suisses massacrés : la Législative prononça la suspension des pouvoirs du roi, qui s’était réfugié dans son sein, et qui fut enfermé au Temple, et décréta la convocation d’une Convention nationale, pour faire une nouvelle constitution. Le seul pouvoir réel fut alors la municipalité parisienne , la Commune insurrectionnelle qui, pendant l’émeute, s’était, avec le sanguinaire Marat, installée à l'Hôtel-de-Ville, et dont les massacres des prisons furent le premier acte (du 2 au 5 septembre) ; Danton était ministre de la justice; Robespierre dirigeait le club des Jacobins. Quelques semaines après, le lendemain de la victoire de Valmy, qui sauvait la France en arrêtant les Prussiens (20 septembre 1792), la Convention s’assembla, et, dès l’abord, décréta la République, dont la proclamation fut bientôt suivie du procès de Louis XVI (décembre 1792 — janvier 1793). C’était tout ensemble une bravade à la coalition étrangère, à qui Danton voulait » jeter en défi une tête de roi, » et un piège tendu par les Montagnards aux Girondins ( V. ces mots}, qu’on espérait voir se perdre aux yeux de la multitude, en montrant quelque désir de sauver Louis XVI. Us ne firent que de timides efforts; et le malheureux roi, que, dans le cas le plus grave, aurait dû sauvegarder lr constitution de 1791, qui ne prononçait que la déchéance, fut défendu par le vénérable Malesherbes, le savant Tronchet, et le jeune avocat Desèze : déclaré coupable de conspiration, il fut condamné à mort par 433 voix sur 721, dont 387 seulement furent comptées, les autres étant conditionnelles. On l’exécuta le 21 janvier 1793, au milieu d’un appareil de guerre formidable, et de la morne stupeur de Paris. Le rc< martyr mourut avec une fermeté toute chrétienne, en protestant, sur l’échafaud, de son innocence, et en faisant un dernier vœu pour le bonheur des Français. Dans son testament, écrit le 25 décembre 1792, après avoir pardonné à ses ennemis, à ses gardiens, et prescrit à son fils d’oublier, comme lui, toute haine et tout ressentiment, il lui recommandait de même, « s’il avait le mal-

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« heur de devenir roi, de songer qu’il se devait entière- « ment au bonheur du peuple, >> et finissait « en déclarant « devant Dieu et prêt à paraître devant lui , qu’il ne se “ reprochait aucun des crimes dont on l’accusait. » Il laissait de Marie-Antoinette d’Autriche, sa femme ( V . ce nom) deux enfants, Louis ( V . Louis XVII) et Marie-Thérèse- Charlotte de France, depuis duchesse d’A ngoulême ( V. ce mot ). — On lui attribue la traduction de la première partie de l’historien Gibbon par Leclerc de Septchênes II rédigea lui-même les instructions données à La Pérouse et insérées dans son Voyage. L’un de ses plus grands plaisirs était de s’occuper de serrurerie, et on le regarde Comme l’auteur d’un Traité des serrures de combinaison. V. Soulavie , Mémoires historiques sur le règne de Louis XVI, Paris, 1801, 6 vol. in-8° ; Droz, Histoire du renne de LouisXVI pendant les années où Ton pouvait prévenir ou diriger la Ilévolution, Paris, 3 vol. in-8°, 1839-42; M. de Falloux, Louis XVI, Paris, 1840, in H», 3e édit., 1853, in-12 ; M. de Tocqueville, Coup d œil sur le règne de Louis XVI jusqu'en 1789, 1 vol. in-8», Paris, 1850; dans T Histoire des Français de Sismondi, M. Am. Renée est l’auteur du dernier volume, qui va de 1774 à 1789. Les Mémoires de Bertrand de Molleville, de Hue, de Cléry, de l’abbé Edgeworth de Firmont, dernier confesseur de Louis XVI ( V. ces noms), de la duchesse d’Angonlême, sa fille ( Mémoires particuliers formant, avec l'ouvrage de M. Hue et le Journal de Cléry, l’histoire complète de la captivité royale à la tour du Temple, Paris, 1817, brochure in-8°) , donnent beaucoup de détails sur les derniers temps du règne. Jauffret a écrit, en 1793, On 9 vol. in-8°, V Histoire du procès de Louis XVI. Le procès lui-même a été publié de nos jours, d’après le Moniteur , par M. Roisselet de Sauclières, qui l’a fait précéder d’une Histoire de la Révolution, Paris et Lille, 1vol. in 8°, 1851. R.

louis xvn , nom donné par les émigrés et les puissances étrangères au 2e fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, quoiqu'il n’ait jamais régné. Né à Versailles en 1785, il fut appelé d’abord duc de Normandie , puis dauphin après la mort de son frère aîné , 1789. Enfermé au Temple avec sa famille, 1792, il ne recouvra pas sa liberté à la mort de son père, 1793. A la suite de timides tentatives pour le délivrer, il fut confié par la Commune de Paris à la garde du cordonnier Simon , dont les mauvais traitements causèrent vraisemblablement sa mort, en 1795. Quelques-uns ont cru qu’on l’avait empoisonné. Plusieurs' imposteurs ont essayé de se faire passer pour Louis XVII ; l’un, J. -Marie Hervagaut, fils d’un tailleur, fut condamné par le tribunal criminel de Seine-et-Marne, en 1802, à quatre ans de prison , et mourut à Ricêtre en 1812 ; un autre , Mathurin Bruneau , sabotier, fut condamné par le tribunal de police correctionnelle de Rouen à 7 ans de réclusion. Un Prussien, Naundorf, se donna aussi, en 1835, pour Louis XVII; Chassé de France, il se retira en Angleterre, et y porta le titre de duc de Normandie. Il mourut à Bréda en 1845 ; sa femme et ses enfants ont de nouveau réclamé vainement auprès des tribunaux français en 1851. V. Beauchesne, Louis XVII, sa vie , son agonie, sa. mort , Paris, 1852, 2 v. in-8°.

louis xvin (Louis-Stanislas-Xavier ), 3e fils du dauphin Louis, fils de Louis XV, et de la 2« dauphine, Marie- Josèplie de Saxe, et frère de Louis XVI, né à Versailles le 16 novembre 1755, m. le 16 septembre 1824, marié en 1771 à Marie-Joséphine-Louise de Savoie, porta les titres de Monsieur et de comte de Provence jusqu’en 1793, de comte de Lille jusqu’en 1814, fut roi, une première fois, du 6 avril 1814 au 20 mars 1815, et une deuxième, du 8 juillet 1815 jusqu’à sa mort. Premier prince du sang, il attaqua le ministre de Calotme dans l’assemblée des notables de 1787, et se laissa volontiers soupçonner d’opposition contre lacour; dans l’assemblée des notables de 1788, il vota pour la double représentation du Tiers aux Etats-Généraux. Il garda, en face de l’Assemblée constituante, une sorte de neutralité entre la nation, dont il affectait de reconnaître les droits, et Louis XVI, de qui il reçut la régence éventuelle, resta muet et invisible dans les journées des 5 et 6 octobre 1789, protesta contre toute complicité avec Favras, dont il pensionnera cependant la veuve en 1815, mais perdit sa popularité après la publication du Livre rouge, où il était inscrit. Le 20 février 1791, il jurait de ne pas sortir de France, et il émigra le 20 juin, arrivant sans obstacle à Bruxelles, pendant que Louis XVI était arrêté à Varennes. Hors de France, il provoqua la déclaration de Pilnitz, refusa d’obéir aux décrets de l’Assemblée législative sur les émigrés et aux prières du roi, fut décrété d’accusation, puis déclaré déchu de ses droits à la régence, acheta au prince de Hohenlohe un régiment d’infanterie, rédigea et signa, avec les Bourbons émigrés, une adresse aux Français sur les motifs salutaires de l’émigration.

Après le 10 août 1792, caressant l’idée de sa substitution à Louis XVI, il entra en France, derrière les Prussiens, à la tête de 6,000 hommes; mais la canonnade de Valmy ruina ses espérances : obligé de fuir de Verdun, il y oublia son portefeuille, dont les papiers compromirent nombre de gens. A la nouvelle du supplice de Louis XVI, il prit le titre de régent, que la noblesse bretonne et Toulon révolté lui reconnurent, puis entretint des correspondances secrètes avec Cambacérès dans la Convention, avec Pichcgru et peut-être Moreau dans l’armée. Louis XVII mourut le 10 juin 1795. Roi pour son entourage, sinon pour les cabinets, Louis XVHI s’adressa à tous les partis pour préparer son retour aux Tuileries. Il s’établit à Vérone, correspondit avec Charette et Pichegru, fut empêché par le ministère anglais de descendre en Vendée avant et après le désastre de Quiberon, obtint du cabinet de Vienne l’échange des négociateurs français prisonniers contre la fille de Louis XVI, mais résista au désir de l’Autriche d’unir la jeune princesse à l’archiduc Charles. Au 13 vendémiaire (octobre 1795), l’agence royaliste de Paris fut entraînée dans la ruine de la section Lepelletier : Louis tenta inutilement de premières négociations avec Barras. La campagne d Italie le chassant du territoire vénitien, il se rendit à l’armée de Coudé, que dispersa Moreau, et de là à Blankenbourg. En correspondance avec le directeur Barthélemy, il espérait dans la conspiration de Fructidor; mais Barras déporta les royalistes vaincus. L’annonce des conférences de llastadt lui enleva son asile ; le czar Paul Ier lui en accorda un autre à Mittau, où se forma une nouvelle cour, qui attendit tout des victoires de Souwaroff et de la vénalité de Barras, enfin gagné. Le 18 Brumaire et Marengo firent évanouir ses espérances; Paul Il-r traita avec le premier consul, resté insensible aux avances des Bourbons, et le prétendant dut quitter Mittau. Il fut reçu par la Prusse à Memel et à Varsovie. La rentrée des émigrés, la défaveur des royalistes après la machine infernale, complot inconnu de Louis XVIII, enfin le Concordat, 1801, et la paix d’Amiens, 1802, le privèrent de tout appui. C’est à ce moment qu’attribuant à Bonaparte les propositions d’abdication insinuées par des fonctionnaires prussiens, il tenta de réveiller l’attention de l’Europe par la célèbre réponse de Varsovie, 1803; elle ne fit qu’irriter Bonaparte, et, la conspiration de Georges Cadoudal aidant, précipiter une rupture par la mort du duc d’Enghien et l’établissement de l’Empire , 1804. Louis XVIII lança alors la protestation de Varsovie et la déclaration de Mittau. La paix de Tilsitt le contraignit de se réfugier en Angleterre ; il résida obscurément à Gosfield-Hall , 1807 -1811 , jusqu’à la mort de la l’eine, et à Hartwell, jusqu’en 1814, pensionné de 600,000 fr. par les cours de Londres et de Rio-Janeiro. Irrité des succès de Napoléon Ier, presque joyeux des désastres de la campagne de Russie , il en prit occasion de recommander les prisonniers français , ses sujets , à Alexandre Ier, qui ne lui répondit pas. L’issue de la campagne de 1814 lui rouvrit inopinément la France. Talleyrand mit son nom en avant ; le sénat, sans s’occuper de légitimité ni de droit divin, l’appela au trône, sous condition de prêter serment à la constitution du 6-9 avril. Bordeaux, soutenu par les Anglais, le reconnut, et Alexandre Ier, sur les instances des maréchaux, le patrona à Paris et auprès des souverains. Napoléon abdique le 11 mai; Louis X VIH débarque à Calais le 24, reçoit à Compiègne le Corps législatif le 29, et le 2 mai, sur l’invitation péremptoire d’Alexandre, donne la déclaration de Sl-Ouen , gage de libertés constitutionnelles , mais aussi manifeste de légitimité , où il se proclame rappelé par l’amour de ses sujets et promet une charte. Le 3, il entre dans Paris, et la composition de sen 1er ministère (9 mai ) accuse les deux tendances entre lesquelles il s’agitera pendant 10 ans, celle des royalistes qui n’ont rien oublié, rien appris, et celle des constitutionnels modérés, inclinant vers le libéralisme. Il signe le Traité du 30 mai, qui rend la limite de 1792 à la France et entrave son action. Enfin, la Charte, octroyée pour renouer la chaîne des temps (4 juin 1814) , consacre la fiction des 18 années de règne antérieures, et fixe pour 34 ans les bases du droit politique de la France. — La lre Restauration ne dura pas un an : compromis par les prétentions du clergé, par les violences des émigrés, par la question des biens nationaux, par les actes du congrès de Vienne, Louis fuit devant Napoléon, qui revenait de l’île d’Elbe, et, pendant les Cent- Jours (mars-juin 1815), demeura à Gand, entouré de sa famille. La dernière coalition, la bataille de Waterloo, et les intrigues de Fouché, préparèrent son rétablissement. La 2me Restauration fut inaugurée par des concessions partielles aux alliés, qui entourèrent d’un cordon militaire nos frontières ouvertes, par un milliard d’indemnité accordé

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aux émigrés, et par l’obligation d’entretenir pendant 5 ans, en France, une armée étrangère de 150,000 hommes. — Le règne de Louis X VIII est rempli par les luttes de partis, qu’entraîne l'établissement disputé du gouvernement constitutionnel. Au déb.t, les exécutions juridiques, provoquées sans doute par la triste versatilité de quelques-unes des victimes, mais accomplies en violation de la capitulation de Paris (Ney, La Bédoyère, etc.), les assassinats (Brune, Ramel), la terreur blanche du midi, démentent les promesses du roi, et indignent les libéraux, recrutés de bonapartistes. Louis XV11I lui-même est obligé de dissoudre la Chambre introuvable, 1815-1816, si fameuse parses exagérations royalistes (prétention d'effacer la Charte, suspension de la liberté individuelle, établissement des cours prévôtales, proscriptions sous couleur d'amnistie, etc.). Du reste, l’indolence du roi, mal portant et peu rompu aux affaires , laisse le gouvernement aux ministres , à Talleyrand d’abord, et bientôt au duc de Richelieu, à qui l'on dut une nouvelle loi électorale, l'établissement sincère, bien que restreint, du gouvernement représentatif, et surtout la retraite anticipée des troupes étrangères (congrès d’Aix-la-Chapelle, 1818). Les ministères de Serres, 1818, et Decazes, 1819, attestent la politique de bascule dont se sert le roi, pour neutraliser, les uns par les autres, les libéraux et les royalistes. L’équilibre est rompu, au profit des derniers, par l’assassinat du duc de Berry, 1820 : le 2me ministère de Richelieu, 1820-21, avec les graves modifications de la loi électorale (le double vote) et la suspension de la liberté individuelle, sert de préface au ministère Villèle, plusieurs fois remanié (décembre 1821-28). Les violences du pouvoir, celles de la Chambre (expulsion de Manuel, 1822), le rôle politique du clergé et des jésuites, l’accord intime avec la Ste-Alliance (congrès de Troppau, deLaybach, de Vérone, 1820-22), provoquent le développement du carbonarisme , et les complots militaires de Béfort, de Sauntur, de La Rochelle, etc. Des supplices y répondent. Enfin, l’expédition d’Espagne, faite par le duc d’Angor.lème, 1823, pour rétablir Ferdinand VII sur le trône, et terminée par la prise du Trocadéro, semble un défi aux constitutionnels, pour longtemps en minorité dans les Chambres, mais en majorité dans le pays. Louis XVIII mourut sans enfant, et laissa la couronne à son frère Charles X. Il avait fondé l’Ecole des chartes, 1821 , modifié plusieurs fois l’Ecole polytechnique et l’Ecole normale supérieure, toléré ou suspendu les cours de la Sorbonne. Intelligence exercée, mais sans élévation et sans étendue, personnalité étroite et égoïste, d’une indolence augmentée par son obésité et par une longue inaction, il se montra du moins, à plusieurs reprises, favorable aux idées libérales, et lutta contre son frère et les émigrés. Généreux envers J-s favoris , parmi lesquels MM. d’Avarav, de Blacas, et Mme du Cayla tiennent le 1er rang, fin appréciateur d’ilorace qu’il aimait à citer, auteur peut-être de quelques ouvrages, il obtint la réputation d’un homme d’esprit et de goût. On doit lui tenir compte de sa vivacité à défendre le territoire français contre les projets de démembrement poursuivis par l’Autriche , et de sa part personnelle dans la fondation du régime constitutionnel, dont le mouvement fut très-favorable aux oeuvres de l'intelligence. Sans parler de la pléiade d’orateurs qui se forma alors, c’est du régne de Louis XVIII que datent les premiers ouvrages des grands écrivains du xixe siècle, savants, poètes, historiens, philosophes, littérateurs, publicistes. Sa Vie a été écrite par Alph. de Beauchamp, 1825. On a publié des Mémoires de Louis XVIII, 1831-33, qui sont apocryphes. A. C.

Louis-Philippe 1er, roi des Français, de 1830 à 1848, né à l’aris, au Palais-Royal, le 6 octobre 1773, m. le 26 août 1850, fils aîné de L.-Ph. -Joseph, duc d’Orléans, et de Louise-Ma rie-A délaide de Bourbon, fille du duc de Penthièvre, descendant de Louis XIV par le comte de Toulouse, porta les titres de duc de Valois de 1773 à 1785, de duc de Chartres de 1785 à 1793, de duc d'Orléans de 1793 à 1830. Fils d’un père sans principes, sans moralité, et que ses passions engageaient dans les rangs des révolutionnaires les plus exaltés, fort peu en contact avec une mère vertueuse et pieuse, il reçut de M“e de Geulis, en commun avec sa sœur Adélaïde et ses deux frères, une éducation simple, forte et pratique. Colonel des dragons de Chartres à 12 ans, lieutenant-général à 19, il adopta avec enthousiasme les principes de la Révolution, applaudit à la prise de la Bastille, se montra fréquemment dans les tribunes de l’Assemblée constituante, fut appariteur et censeur aux Jacobins de Paris, et, eu garnison à Veidôme, président par intérim des Amis de la Constitution de cette ville. Il commanda la place

de Valenciennes au début de la guerre de 1792. Volontaire à Quiévrain, il s’y fit remarquer par son courage et son sang-froid; après le 10 août, il contribua, sous Kellermann, au succès de Valmy, et sous Dumuuriez, à celui de Jemmapes, fit, en 1793, la lre campagne de Hollande, bombarda Vanloo et Maëstricht, et prit part à la bataille de Nerwiude. A cette époque, Dumouriez, irrité contre la Convention, voulait, par une révolution militaire, relever le trône pour le jeune duc de Chartres, a-t-on dit. Menacé d’arrestation, atteint dans sa famille et dans son père, qu’il a vainement conjuré de s’exiler avant le procès de Louis XVI, Louis-Pli ilippe passa à l’ennemi avec Dumouriez, mais refusa de commander une division dans i’armée du duc de Saxe-Cobourg et de combattre contre la France. Seul des Bourbons, il resta étranger aux intrigues de Coblentz et de Worms , odieux d’ailleurs aux émigrés par la conduite de son père et par ses propres exploits. I! se réfugia en Suisse avec sa sœur, sous le nom de Corby, y vécut quelque temps du produit de la vente do ses chevaux, y souffrit des persécutions, plaça enfin Mme Adélaïde au couvent de Ste-Claire, d’où elle passa en Hongrie, et entra lui-même au collège de Reiehenau comme professeur de géographie, de mathématiques et de langues modernes, aux appointements de 1,400 fr. Il y resta huit mois, entretenant quelques rapports avec MM. de Narbonne et de Montesquiou, également réfugiés en Suisse. En 1795, Mme de Flahaut lui fournit l’occasion de passer en Amérique : il quitta la Suisse pour aller s’embarquer dans la Baltique ; mais, bien accueilli à Hambourg et en Suède, il se mit à visiter, en observateur et en géographe, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Laponie, poussant jusqu’au cap Nord, et revenant par Tornéa et Abo. De retour û Hambourg, il passa en Amérique, sur la promesse du Directoire que son éloignement mettrait fin à la captivité de sa famille. Bientôt, en effet, rejoint par son frère , le duc de Montpensier, il visita les bords du S>-Laurent, les Etats-Unis de l’Est, et, après de graves difficultés avec l’Espagne, qui lui interdit la Havane, il revint en Angleterre, 1799. Pendant qu’il vivait avec ses frères à Twickenham, près de Londres, sa mère obtint de Louis XVUI qu’il le reçût à Mittau et lui rendit le titre de prince français avec les avantages de la pension payée par la Russie aux Bourbons. Mais les relations continuèrent d'être pénibles entre lui et les deux chefs de sa race , informés que Dumouriez ne cessait de s’agiter pour la réalisation de ses anciens projets. Toutefois , après la perte de ses frères, morts de la poitrine, Montpensier en Angleterre , Beaujolais à Malte , où il l’avait conduit, 1808, Louis-Philippe, admis à Païenne dans l’intimité de Ferdinand IV, donna des gages aux princes, offrant tour à tour de faire révolter les îles Ioniennes contre 1» France, et d’aller combattre contre Napoléon en Espagne ; il rentra pleinement dans la famille des vieux souverains, en épousant Marie-Amélie de Bourbon, 25 novembre 1809. Entre son mariage et la Restauration, il fut appelé en Espagne par la junte de Séville, pour contribuer à repousser l’invasion française; mais, à Cadix comme à Tarragone, il fut éconduit , soit par suite des menées du cabinet anglais, soit à cause de l’imprudence avec laquelle, évoquant le souvenir du second de ses aïeux, il aurait laissé demander pour lui la régence. Il resta désormais en Sicile jusqu’en 1814, revint à Paris après la rentrée de Louis XVIII , à qui il prodigua les protestations de fidélité, et, instruit que son nom avait été agité dans les conférences des souverains avec le gouvernement provisoire, il en conçut peut-être des espérances. — Rétabli dans les biens immenses de sa famille et dans tous ses titres honorifiques, mais reçu froidement aux Tuileries, Louis-Philippe se rapprocha des constitut’onnels et de La Fayette. Au retour de l’Empereur, Louis XVIII l’envoya à Lyon avec le comte d’Artois, puis l’investit d’un commandement daus le Nord; le prince s’en déchargea sur Mortier, et alla passer les Cent-Jours , non à Garni , mais en Angleterre. Aussi fut-il accueilli avec défiance au début de la 2e Restauration, et le discours qu’il prononça à la chambre des Pairs au sujet de l’Adresse de 1815 l’obligea à retourner résider deux ans à Twickenham, 1815- 1817. De 1817 à 1830, tout en voyant la cour, il mit à profit la malveillance que lui montraient les Bourbons et qui faisait de lui le point de ralliement de l’opposition;

1 tout en risquant sa popularité dans des procès d'intérêt j personnel, il donna des gages au parti libéral, qui tenta ! pour lui quelques conspirations ; il fit élever ses fils au collège Henri IV, recueillit ou protégea les écrivains com- ! promis par leur patriotisme, fréquenta les notabilités po- ! litiques, les hommes éminents de la finance et ceux de la

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haute bourgeois?»- , mécontents des tendances aristocratiques et cléricales de lji Restauration; il devint, en un mot, l’espérance des hommes de l’opposition constitutionnelle : Courier, dont les écrits le servaient; Laffitte, qui le louait en tous lieux; Ganneron, Dupont de l’Eure, Béranger, La Fayette. Son parti se recruta d’une forte fraction de l’ancienne jeunesse bonapartiste. Aussi, quand les ordonnances de juillet provoquèrent la révolution de 1830, dont il passa les trois journées à Neuillv, son nom, habilement répandu par les affidés de l’hôtel Laffitte, rallia un grand nombre d’adhérents : il fut nommé, le 31 juillet, lieutenant-général du royaume par la Commission municipale de Paris , reconnu comme tel par Charles X , présenté par La Fayette au peuple de l’hôtel-de-ville comme la meilleure des républiques , et accepté à ce titre. Huit jours sont remplis par l'abdication de Charles X en faveur du duc de Bordeaux, par l’ouverture des Chambres, et le d -part du roi. La Chambre des députés lui offrit le trône avec le titre de roi des François, 6-7 août. Après une donation célèbre, avec réserve d’usufruit, de tous ses biens, faite le 7 à ses enfants, l’aîné excepté, pour soustraire lesdits biens au domaine public, à qui ils devaient appartenir par son accession au trône, il jura, le 9, fidélité à la Charte, et prit le nom de Louis-Philippe Ier, pour rompre la chaîne des souvenirs. — La Charte , non plus octroyée , mais acceptée par le roi, "fut publiée le 14 août. Le gouvernement nouveau entra en fonctions, placé entre les légitimistes indignés, les républicains hostiles, et les fractions plus ou moins avancées du parti constitutionnel, qui prétendait lui imposer la célèbre maxime : Le roi règne et ne gouverne pas. Les 18 années qu’il dura sont remplies d’événements importants : en Afrique, le roi accepta l’héritage de Charles X, et la guerre, poussée avec ardeur, nous donna la vaste colonie d’Algérie ( V. ce mot). Dans la politique extérieure , on a résumé par le mot de paix à tout prix le système de Louis-Philippe : il est certain que, choisi en haine des traités de 1815 , il n’osa cependant ou ne put exercer une grande influence sur l’Europe. Suspect aux cabinets , il s’abstint avec soin de les inquiéter, et , pendant 16 ans , fit de l’alliance anglaise son point d’appui exclusif. Toutefois , plusieurs actes de son règne furent empreints de fermeté et de dignité : du côté de la Belgique, il repoussa l’annexion à la France, 1830, refusa la couronne offerte au duc de Nemours (février 1831 ), accepta le traité des 24 articles (Londres, 30 nov. 1831), qui laissait à la Hollande des fractions de provinces belges, enfin assura l’union du nouvel Etat et de la France par le mariage de sa fille Louise avec Léopold Ier ( août 1832), et l’indépendance de la Belgique par la prise d’Anvers (décembre 1832). A l’E., il abandonna Varsovie, qu’il ne pouvait d’ailleurs secourir ou venger sans déchaîner une guerre européenne, et, tandis qu’il respectait lui-même les traités de 1815, n’opposa qu’une protestation à leur violation par l’Autriche, qui réunit Cracovie à la Gallicie, 1846. Au S., il s’opposa au désir de Laffitte d’intervenir contre l’Autriche en Italie, en faveur de Modène, Parme et Bologne, 1831. Mais il laissa C. Périer jeter des troupes à Ancône (février 1832) en face des Autrichiens, et forcer le Tage (juillet 1831) pour punir Dom Miguel d’insultes au nom fiançais. Plus faible après la mort de Périer, il retira les troupes d’Ancône, 1836, et, neutre de fait à l’époque des soulèvements de l'Italie, fit des vœux pour l’Autriche contre le pape et Milan, 1847-48. En Portugal et en Espagne, il reconnut dona Maria et Isabelle, accéda au traité de la Quadruple alliance (avril 1834 | contre les miguélistes et les carlistes , mais refusa deux fois à M. Thiers l’autorisation d’une intervention armée. En Grèce, il maintint contre l’Angleterre, directement d’abord, indirectement ensuite (Ecole d’Athènes, 1846), notre influence menacée. En Amérique, il agit avec vigueur contre le Mexique (bombardement de Sl-Jean-d'Ulloa par Baudin et le prince de Joinville, novembre 1838), mais il laissa Kosas violer le traité de 1840 avec la république Argentine et opprimer nos nationaux. Sur la côte d'Afrique, il obtint la cession importante de l’île de Mayotte, 1842. Un traité de commerce fut fait avec la Chine, 1844. Mais Dupetit-Thouars, qui étendait notre influence dans l’Océanie (protectorat des îles Marquises, 1842, et des îles de la Société, 1843), fut désavoué sur les réclamations de l’Angleterre; l’indemnité Pritchard (février 1844) donna la mesure de l’influence anglaise que subit le cabinet de M. Guizot. Cette influence se révéla surtout dans la convention du droit de visite, 1841 , rejetée par la Chambre des députés; dans les affaires de Syrie, où nous perdîmes notre antique protectorat sur les chrétiens du Liban ; enfin dans la question capitale du règne, la question d' Orient. La

France a soutenu de ses vœux Méhémet-Ali et Ibrahim- Bey en guerre avec la Porte; mais, pour écarter la Russie de Constantinople, elle a détourné de cette capitale le vainqueur de Nézib. Les quatre grandes puissances veulent plus : elles signent, à l’exclusion de la France, le traité de Londres (15 juillet 1840), qui rend la Syrie au sultan. I\I. Thiers, laissant bombarder Beyrouth et Acre par les A.nglais , accepte, sinon la guerre, du moins l’isolement, qui rend à la France la liberté de ses alliances, et, à tout événement, il arme et met en état les places fortes. Le roi l’abandonne pour se rapprocher de l’Angleterre, et M. Guizot, ministre des affaires étrangères jusqu’à la fin du règne, fait rentrer la France dans le concert européen par l'imprudent traité des Détroits (13 juillet 1841 ). L’Angleterre, néanmoins, soutint secrètement le Maroc contre nous, 1844; dans la question des mariages espagnols, elle s’opposa à celui du duc de Montpensier, pour établir un Cobourg dans la Péninsule. Louis-Philippe passa outre. Bientôt, pour se faire un autre allié, il soutint le Sunderbund, parti autrichien de la Suisse, et abandonna l’Italie aux armes autrichiennes, 1847-48. — A l'inlerieur, Louis- Philippe pratiqua la doctrine du juste-milieu : il s’efforça de maintenir l’équilibre entre le mouvement et la résistance, avec l’aide de ministres successivement plus conservateurs (Dupont de l'Eure, 1er août 1830; Laffitte, 2 nov. 1830; C. Périer, Ier mars 1831; Soult, 11 oct. 1832, mai 1839, 29 oct. 1840; Mortier et de Broglie, 1834-35; Thiers, 22 fév. 1836, 1er mars 1840; Molé, 6 sept. 1836, 15 avril 1837 ; Guizot, 29 oct. 1840, l’âme du dernier cabinet). Il usa rapidement les premiers auxiliaires de son règne : La Fayette, révoqué du commandement de la garde nationale par la suppression de son titre après le procès des ministres de Charles X et les troubles qui en résultent ; Dupont de l’Eure, démissionnaire; Laffitte, abandonné sur une question de politique internationale; C. Périer, ministre célèbre par l’énergie et l'audace qu’il mit au service de l’ordre légal (répression des complots républicains de Lyon, de Grenoble, des tours Notre-Dame, légitimistes de l'Ouest, et de la rue des Prouvâmes), par la doctrine de la paix à tout prix, maintenue toutefois avec dignité, enfin par son éloquence et son influence dominatrices. Il triompha de toutes les conspirations et émeutes (1832, barricades S'-Merry après les funérailles du général Lamarque; Vendée de 1832, tentée par la duchesse de Berry, bientôt arrêtée à Nantes , emprisonnée à Blaye , renvoyée en Sicile; 1834, guerre civile à Lyon et à Paris; 18.36, échauffourée du prince Louis Bonaparte à Strasbourg; 1839, émeute de Barbés et Blanqui au 12 mai ; 1840, tentative du prince Louis Bonaparte sur Boulogne). Il échappa aux attentats sept fois renouvelés contre sa vief un inconnu, 1832; Fieschi, 1835; Alibaud, Meunier, 18.36 ; Darmès, 1840 ; Lecomte, Henri, 1846). Il irrita l’Opposition par les lois dites de septembre, contre la presse périodique, 1835, par la présentation de la loi de disjonction, 1837, par la demande d’une dotation pour le duc de Nemours ( février 1840 ) , par son intervention trop directe , disait-on , dans le gouvernement. De là, la coalition de 1839 contre le cabinet Molé, qui avait noblement débuté par l’amnistie (8 mai 1837). Le 2° ministère Thiers la compléta, fit rapporter à Paris, par le prince de Joinville, les restes de l’empereur Napoléon Ier, 1840, et succomba sous le poids de la question d’Orient. Dès lors, M. Guizot gouverna de concert avec le roi, soit comme ministre des affaires étrangères dans le 3e ministère Soult, 1840-47, soit comme président du conseil, 1847-48. C’est l’époque de la grande | impulsion imprimée à l’industrie (vote du réseau des chemins de fer, juin 1842) , etdela formation du parti ministériel, avant, et surtout après la mort du duc d'Orléans (13 juillet 1842 | ; c’est également l’époque de l’agiotage ( 1844-48) , de l’embarras des finances, et de la corruption, révélée d’abord par le nombre croissant des députés fonctionnaires, puis, à la fin du règne, par le procès Teste et Cubières, etc. Aussi l’Opposition s’agite pour obtenir la loi des incompatibilités et la réforme électorale, 1840- 1847 : la campagne des banquets réformistes est ouverte (juillet 1847-février 1848 ), avec la prétention d'appeler au pays de la résistance du gouvernement. Le roi, qui semble avoir perdu son bon génie dans Mme Adélaïde, morte en décembre 1847, ouvre les Chambres en appliquant aux agitations le mot de passions aveugles et ennemies, et le ministère ajoute à l’irritation des esprits en défendant le banquet du 12e arrondissement : on l’accuse de porter atteinte au droit de réunion ; la révolution de Février éclate aux cris de Réforme; la démission tardive de M. Guizot, l’avénement de M. Thiers au ministère, l’abdication de Louis-Philippe en faveur du comte de Paris , son petit-

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