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Une fois sur le trône, •< le roi do Fiance (ce sont ses ! paroles) ne vengea pas les injures du duc d Orléans; >> , il pardonna à tous ses ennemis d’autrefois , à M“® de , Beaujeu , à son vainqueur La Trémoille; mais il n’ou- , blia pas de même ses prétentions sur Milan et Naples. Après avoir obtenu d’Alexandre VI son divorce avec Jeanne de France, et réuni de nouveau la Bretagne à la couronne par son mariage avec la duchesse Anne , veuve de son prédécesseur, il songea à son tour à des conquêtes en Italie. Milan fut attaquée la première; le duché fut pris, perdu et repris par les Français en moins d’un an (octobre 1499 -avril 1500), et Ludovic Sforza le More alla terminer sa vie en France. Le traité secret de Grenade, 1500, décida alors la conquête et le partage du royaume de Naples entre Louis XII et Ferdinand le Catholique, et le roi Frédéric n’eut connaissance de cette convention qu’après avoir livré , comme à un allié, ses places à Gonzalve de Cordoue, général du roi d’Espagne. Mais des divisions naquirent bientôt entre les deux princes qui le dépouillaient, et, tandis que le roi de France se laissait endormir par le traité de Lyon , les victoires de Séminara, de Cérignoles, et du Garigliano, 1503, livrèrent le pays tout entier aux Espagnols. Malade et découragé, Louis XII alors abandonna ses amis pour se rapprocher de ses ennemis, et signa les désastreux traités de Blois, 1504 : l’un donnait le Milanais, la Bretagne et la Bourgogne en dot à sa fille Claude , fiancée , bien qu’encore enfant, à Charles d’Autriche (plus tard Charles -Quint), petit-fils de l’empereur Maximilien et de Ferdinand; un autre concluait entre Louis XII et Maximilien une alliance contre Venise, la seule alliée qui nous restât en Italie. Si le premier fut cassé par les Etats - Généraux de Tours, 1506, sans que la France eût pourtant d’autre hostilité à repousser qu’une révolte des Génois , 1507, l’autre fut exécuté, et la Ligue de Cambrai, 1508-9, réunit contre les Vénitiens le pape Jules II, le roi de France, l’empereur et le roi d’Espagne. Venise, attaquée de toutes parts , et vaincue par La Trémoille à Agnadel , 1509, fut sauvée par la désunion de ses vainqueurs. Jules II pardonna aux Vénitiens, ]uand ils lui eurent rendu quelques places réclamées en Romagne : de là entre lui et Louis XII une rupture désirée par le pontife , qui , avec l’aide des Suisses, que le roi de France avait mécontentés, voulait chasser de l’Italie les Barbares. La Sainte-Ligue fut formée contre les Français, qui venaient de s’emparer de Bologne, 1511 : elle comprenait, avec le saint siège, Venise , Ferdinand le Catholique, Henri VII, d’Angleterre, et Maximilien, 1511-12. La victoire de Ravenne, malgré la mort du vainqueur Gaston de Foix, 1512, livra aux Français cette place et presque toute la Romagne; mais les fautes des successeurs de Gaston Jiermirent à Jules 11 de les recouvrer, et d’y ajouter même Parme, Plaisance et Reggio, tandis que Maximilien Sforza, fils de Ludovic, rentrait à Milan (décembre 1512). La mort du pape | février 1513) et l'alliance de Venise ne relevèrent que pour un instant l’influence des Français : Léon X, successeur de Jules II, resta leur ennemi, et ils furent encore battus à Novare (juin 1513). La France même fut envahie, et une nouvelle défaite essuyée à Guinegate (Journée des éperons, août 1513). Tout ce que put faire Louis XI], par les traités qui terminèrent son règne, ce fut de protéger l’intégrité du royaume. Il mourut sans enfant mâle, le 1er janvier 1515, quelques mois après avoir épousé en troisièmes noces Marie d’Angleterre, sœur d’Henri VIII. — Un gouvernement économe , affectueux pour les petits , et où l’heureuse nature du prince, secondé par un ministre habile, le cardinal d’Amboise, tenait lieu des garanties encore absentes, recoramaude mieux à la postérité la mémoire du Père du peuple , surnom qui lui fut donné par les Etats Généraux de Tours , en 1506 , que ses malheureuses tentatives sur l’Italie. Pour enlever tout prétexte à la vénalité des juges, il interdit la vénalité des charges judiciaires , et assigna des gages aux magistrats. Deux nouveaux parlements furent créés, celui de Rouen (ancien échiquier de Normandie, 1499) et celui d’Aix, 1501. Il eut la gloire de commencer et de pousser assez loin (20 Coutumes certaines et bien d’autres probables) la grande entreprise de la rédaction des Coutumes, décrétée seulement avant lui. Il essaya de donner au pays une infanterie nationale, et rendit les troupes mieux disciplinées. Il réforma, dans l’Université de Paris, certains privilèges incompatibles avec l’ordre public : au lieu d’avoir sa juridiction indépendante, elle fut soumise à la juridiction des officiers royaux. Il protégea l’agriculture , le commerce, les lettres et les arts. — La Vie de Louis XII a été écrite par Claude de Seyssel, Paris, 1558, in-8°; par J. Tailhé,
Paris, 1755, 3 vol. in-12. Rœderer a publié 2 vol. in -8® sur Louis XII et François Ier, Paris, 1825. R.
louis xiii , surnommé le Juste dès son enfance, au dire do plusieurs contemporains, parce qu’il était né sous le signe de la Balance, était fils de Henri IV et de Marie de Médicis. Né en 1601 à Fontainebleau, roi en 1610 sous la tutelle de sa mère, il fut déclaré majeur à l'âge de 13 ans, 1614, conformément à la vieille ordonnance de Charles V ; mais il fut gouverné par ses ministres jusqu’à sa mort. Le premier fut le Florentin Concini, 1610-1617, marquis d’Ancre et maréchal de France, favori de la reine-mère: il abandonna la politique de Henri IV contre la maison d’Autriche, traita deux fois avec les seigneurs révoltés , au lieu de les combattre, et excita la haine publique par le scandale de son élévation et d’une prodigieuse fortune. Le petit roi, ennuyé de l’isolement où on le laissait, s'unit aux ennemis de lTtalien pour le renverser, et, s’il n’ordonna pas sa mort, il récompensa ses meurtriers, 1617. Albert de Luynes, qui avait su l’amuser et lui plaire par ses talents de fauconnier, succéda au maréchal d’Ancre pour l’imiter, et prit l’épée de connétable. Les mécontents se soulevèrent deux fois au nom de Marie de Médicis, disgraciée depuis la chute de son favori, et arrachèrent à la couronne les plus humiliantes concessions. Une révolte plus sérieuse , celle des protestants , éclata dans le Midi , et de Luynes mourut au siège de Montauban, 1621. Alors la reine-mère revint à la cour, et son influence fit entrer Richelieu au conseil, 1624 ( V. Richelieu). Ce ministère fut signalé par la défaite des calvinistes de La Rochelle, 1628 , l’humiliation du parlement et de la noblesse , la guerre de la succession de Mantoue , et la participation de la France à la guerre de Trente Ans ( V. Trente Ans). Louis XIII se servit du cardinal sans l’aimer; plus d’une fois, fatigué de ses hauteurs et de l’espèce de servitude où il le retenait, il sembla prêt à le renvoyer : il recula toujours au dernier moment, parce qu’il en avait compris l'indispensable nécessité ( V. les art. Journée des Dupes, Cinq-Mars) : il sacrifia, sans pitié , à la justice inexorable ou aux vengeances du cardinal sa mère , sa femme, son frère Gaston d’Orléans, et tous les grands seigneurs qui essayèrent de conspirer et de se soulever; enfin, après la mort de Richelieu, 1642, il conserva sa politique et les ministres qu’il lui avait recommandés, particulièrement Mazarin : c’est par là qu’on peut l’associer à la gloire de son règne. Louis XIII ne manquait pas de courage, et plus d’une fois il parut à la tête de ses armées : il assista au siège de La Rochelle, 1628, fit deux campagnes brillantes en Italie pour assurer au duc de Nevers la possession du Mantouan et du Montferrat, 1629- 1630, prit Nancy au duc de Lorraine, 1632, et envahit le Roussillon, qui venait de se soulever contre l’Espagne, 1642. Il mourut l’année suivante, quelques mois après Richelieu, 1643. Il avait eu d’Anne d’Autriche, qu’il avait épousée en 1614, deux fils, Louis XIV son successeur, et Philippe d’Orléans. V. Bazin, Histoire de France sous Louis XIII , Paris, 1840,4 vol. in-8°. G.
louis xiv, surnommé Louis le Grand, fils du précédent et d’Anne d’Autriche, né à Sl-Germain-en-Laye en 1638, le 5 septembre selon l'Art de vérifier les dates, le 16, suivant d’autres biographes, m. le Ier septembre 1715. Il n’avait pas encore cinq ans, quand il succéda à Louis XIII ( 14 mai 1643), et la régence fut confiée à sa mère. Après avoir essayé de gouverner avec les Importants ( V. ce mol ), qui avaient souffert pour elle sous le dernier ministère, Anne d’Autriche donna sa confiance à Mazarin ( V. ce mot) , et continua la politique de Richelieu. Tandis que Condé remporte les victoires de Rocroy, 1643, de Fribourg, 1644, de Nordlingen , 1645, et de Lens , 1648 , couronnées par le traité de Westphabe qui cède l’Alsace à la France, 24 oc- | tobre 1648 , le parlement entre en lutte avec la régente,
' et veut limiter l’autorité de la couronne. La Fronde commence ( V. ce mot) : la résistance , d’abord pacifique et légale, aboutit à la journée des Barricades, 27 août 1648, i et ensuite à la guerre civile. Le prince de Condé, devenu l’ennemi de la cour qu’il avait d’abord défendue, forme le parti des Petits-Maîtres, soulève le Midi, 1651, et manque de surprendre le jeune roi à Bléneau, sur la Loire, 1652 : il quitte Paris après la bataille indécise du faubourg Sl-Autoine, 2 juillet, et se retire en Flandre, pour se mettre au service des Espagnols. Mazarin, qui avait été j chassé deux fois du royaume, reprend le pouvoir, 3 fé- I vrier 1653, pouç le garder jusqu’à sa mort, bien que ; Louis XIV ait été déclaré majeur depuis deux ans, 8 sep- | tembre 1651. Le cardinal peut s’occuper alors plus libre- ! ment de la guerre étrangère : il oppose Turenne à Condé ! et aux Espagnols, s’allie avec Cromwell, conclut contre
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l’Empire la Ligue du Rhin, et obtient de l'Espagne, au traité des Pyrénées, 7 novembre 1659, la cession de l’Artois et du Roussillon, et la main de l’infante Marie-Thérèse pour le jeune roi, avec l’espérance secrète de donner plus tard à la maison de Bourbon tout l’héritage de la monarchie espagnole. Louis XIV, après la mort de Mazarin, 9 mars 1661, se décide à gouverner par lui-même et sans premier ministre : il remplace Fouquet par Colbert, s’entoure d’hommes supérieurs, Le Tellier, Louvois, P. Séguier, de Lionne, et commence par mettre de l’ordre dans les finances dérangées par un long brigandage ; la discipline est rétablie dans les troupes ; la magnificence et la décence embellissent sa cour; les plaisirs mêmes ont de l’éclat et de la grandeur ; tous les arts sont encouragés, et tous employés à la gloire du roi et de la France » (Voltaire). An dehors, ses premiers actes révèlent un désir de grandeur, un sentiment de la dignité de la France, qui étonne l’Europe : il humilie la cour d'Espagne à Londres ( F. Vatteville) et le pape Alexandre VU à Rome ( F. Créquy), 1662; il secourt la maison d’Autriche contre les Turcs (victoire de SMSothard, 1664) et le Portugal contre la branche espagnole (victoire de Villa- Viciosa, 1665) ; il envoie sa marine renaissante contre les pirates barbaresques , 1665, et les force à respecter le commerce des nations chrétiennes. A la mort de Philippe IV, son beau-père, 1665, il réclame les Pays-Bas, en vertu du droit de dévolution, s’assure par d’habiles négociations l'alliance ou la neutralité des autres Etats, et soumet la Flandre en trois mois, 1667, la Franche-Comté en trois semaines, 1668. La Triple alliance, conclue en cinq jours, entre la Hollande, l’Angleterre et la Suède, le décide à la paix d’Aix-la-Chapelle, qui lui confirme la Flandre, 2 mai 1668. Aussitôt il prépare une guerre nouvelle contre les Provinces-Unies, coupables de l’avoir froissé par la hauteur de leurs envoyés, coupables surtout d’avoir défendu avec succès la monarchie espagnole. “ Le meilleur moyen , écrivait Louvois au prince de Condé , 1er novembre 1671, de parvenir à la conquête des Pays- Bas, est d'abaisser les Hollandais, et de les anéantir, s’il est possible..! Le roi commence par dissoudre la Triple alliance par ses négociations , s’unit avec Charles H d’Angleterre par le traité de Douvres, charge le marquis de Pomponne de ramener la Suède à l’alliance française, renouvelle ses anciens traités avec l’empereur et l’Empire, et envahit lui-même la Hollande, 1672. Le passage du Rhin, opération militaire du 4e ordre, au jugement de Napoléon 1er, a tout l’effet d’une grande victoire, et quatre provinces sont soumises en quelques mois; mais bientôt l’énergie des Hollandais, la révolution intérieure qui renverse les frères de Witt et élève au stathoudérat Guillaume d’Orange, enfin les inquiétudes de l’Europe, mettent un terme aux succès de la France. La Grande alliance est conclue en 1674, et une nouvelle guerre commence après l’évacuation des Provinces-Unies. Le roi reprend lui-même la Franche-Comté, mai 1674, et, tandis que Turenne ( F. ce mot ) défend l’Alsace et le Rhin contre les Impériaux , dans une admirable campagne où il trouve la mort, 1675, Condé remporte la victoire de Sénef dans les Pays-Bas, et Duquesne disperse les flottes hollandaises et espagnoles sur les côtes de la Sicile. L’accession de l’Angleterre à la coalition détermine Louis XIV à signer les traités de Nimègue, 1678, 1679, en vertu desquels il garde la Franche-Comté. C’est l’apogée du règne. Le roi, auquel l’hôtel -de- ville de Paris vient de décerner le surnom de Grand, continue ses conquêtes après la paix; et les Chambres de réunion ( F. ce mot) lui livrent Strasbourg, 1681 , Luxembourg, et 20 autres villes; Alger et Gênes sont bombardées, 1685, et le pape Innocent XI obligé de s’abaisser, comme autrefois Alexandre VII, 1687. Le mécontentement et les craintes de l’Europe amènent la Ligue d' Augsbourg ; l’Angleterre y adhère, après le renversement de Jacques II et l’élévation de Guillaume III, 1688. Louis XIV essaie en vain de rétablir les Stuarts par une invasion en Irlande; l’incapacité de Jacques II, qui se fait battre à La Boyne, 1690 , et surtout la défaite navale de Tourville à La Ilogue, 1692, affermissent Guillaume III sur le trône. Tandis que le maréchal de Lorges garde la défensive sur le Rhin, Catinat soumet la Savoie et une partie du Piémont par les victoires de Staflarde, 1690, et de la Marseille, 1692, et Luxembourg bat Guillaume d’Orange ou ses alliés à Fleurus, 1690, à Steinkerque, 1692, et à Nerwiude, 1693. La paix est conclue à Ryswick, 1697 ; le roi abandonne ses nouvelles conquêtes, excepté Strasbourg : il voulait se préparer à la guerre de la succession ; espagnole, qui allait enfin s’ouvrir. Charles II choisit pour son successeur, 2 octobre 1700, le duc d’Anjou, fils du
grand-dauphin, Philippe V,un instant reconnu par la plupart des nations de l’Occident; mais les hauteurs de Louis XIV et les craintes légitimes de l’Europe décident la conclusion de la Grande ligue, dirigée par le célèbre triumvirat , Eugène, Marlborough, etHeinsius, 1701 ; la devise du roi. Seul contre tous, devient une effrayante vérité. Les succès se balancent de part et d’autre pendant quatre années (F. Succession d’Espagne); mais, en 1704, la défaite d’Hœchstædt chasse les Français de l’Allemagne; celle de Ramillies, 1706, d’une partie des Pays-Bas; et celle de Turin, de toute l’Italie. Tout l’effort de la guerre se porte dans les Flandres et en Espagne : les alliés, vainqueurs à Oudenarde, 1708, s’emparent de Lille, tandis que l’archiduc Charles est proclamé roi à Madrid. Louis XIV demande inutilement la paix : il s'adresse à la France pour la faire juge entre lui et ses ennemis , et un mouvement national répond aux paroles magnanimes du roi. Villars est encore vaincu à Malplaquet , 1709 , mais il tue 20,000 hommes aux ennemis et ne perd que le champ de bataille ; Vendôme reprend l’Espagne par la victoire de Villaviciosa, 1710. La coalition commence à hésiter, surtout l’Angleterre, qui portait par ses subsides le principal poids de la guerre ; une révolution ministérielle remplace les wliigs par les torys (août 1710) , et amène la disgrâce de Marlborough et de ses amis. Bientôt l’avénement de l’empereur Charles VI , qui prétendait déjà à toute la monarchie espagnole, 1711, rend la paix plus nécessaire encore, et le ministère de Bolingbrocke se rapproche de la France. Les Impériaux, réduits à eux-mêmes, sont vaincus à Denain par Villars, 1712, et les traités d’Utrecht, 1713, de Rastadt et de Bade, 1714, sont conclus (F. Utrecht , Rastadt). La France conserve les conquêtes du règne, l’Alsace et Strasbourg, la Cerdagne et le Roussillon, l’Artois, la Flandre, la Franche-Comté; Philippe V, l’Espagne avec ses colonies. Louis XIV meurt une année après la paix. — Par son gouvernement intérieur, comme par ses guerres , Louis XIV a exercé une influence décisive sur les destinées de la Franoe : non-seulement il a régné en maitre absolu , comme quelques-uns de ses prédécesseurs , mais il a établi la théorie de la monarchie absolue. On le voit dans ses Mémoires : à ses yeux, la royauté est d’institution divine; les rois sont les représentants de Dieu sur la terre, inspirés par lui, et, à ce titre , participant presque de sa puissance et de son infaillibilité. Il avait dit, tout jeune encore, après la Fronde : ■* L’État, c’est moi » ; ce fut la règle de sa conduite. Il voulut dominer tous les pouvoirs qui existaient alors en France, les annuler, ou les faire servir à sa grandeur : il y réussit. Il ne convoqua jamais les Etats-Généraux, qui avaient été considérés , dans les siècles précédents, comme le contre-poids naturel de l’autorité royale; il ne consulta pas davantage le parlement , qui avait donné la régence à sa grand’mère et à sa mère , et qui avait fait la Fronde ; il lui ordonna d’enregistrer les édits de la couronne purement et simplement, c.-à-d. sans remontrance, et il changea même son titre de cour souveraine en celui de cour supérieure, comme si le premier eût été une injure à la souveraineté royale. Il amusa la noblesse , il l’attira à la cour, il la ruina j!>ar des fêtes, il l’honora par des marques extérieures de respect et de considération ; mais il ne lui laissa aucun pouvoir politique ; et , depuis la mort de Mazarin , pendant un règne de 54 ans, le duc de Beauvilliers fut le seul homme noble qu’il avait admis dans ses conseils. Il se servit, au contraire, de la bourgeoisie, plus éclairée et plus docile ; il lui livra toutes les fonctions publiques, financières, judiciaires, politiques, etc e règne de vile bourgeoisie , comme dit dédaigneusement Saint-Simon , établit pacifiquement la classe moyenne dans l'administration du royaume. Louis XIV fut maitre du clergé , comme il l’était de l'aristocratie et du tiers-état : il opposa plus d’une fois ses décisions aux prétentions du saint-siège, et, dans l’affaire de la Régale , 1682 , l’assemblée des évêques français, présidée par Bossuet, lui donna raison contre Innocent XI. Mais s’il combattit les papes, ce ne fut pas au profit de l’hérésie : il poursuivit les protestants, et révoqua l’édit de Nantes, 22 octobre 1685; faute désastreuse, qui fut celle de la nation autant que celle du roi. 11 ne ménagea pas davantage les jansénistes , qu’il croy ait secrètement hostiles à son gouvernement : il détruisit Fort-Royal, 1709 , et imposa au clergé la signature de la bulle Unigenitus, 1713 , qui remplit de tristesse les dernières années de son règne. Le quiétisme ( F. Mme Guyon) aurait eu ! sans doute le même sort, si son brillant défenseur, Fénelon, archevêque de Cambrai , ne s’était soumis , avec l’abnégation la plus chrétienne , à la volonté royale et à l’arrêt de
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la cour de Rome, 1699. — L’administration intérieure fut l’oeuvre des ministres de Louis XIV autant que la sienne propre (K. les art. Colbert, Louvois , P. Ségüier, Vaxjban, relativement à ce qui fut fait alors pour les finances, le commerce et l’industrie, pour l’organisation de l’armée , pour la réforme des lois et de la jurisprudence, pour les fortifications des frontières, etc.). Ce qui appartient plus particulièrement au roi, c’est la protection généreuse accordée aux lettres , aux sciences et aux arts , et c’est avec raison qu’on a appelé siècle de Louis XIV la brillante époque illustrée par les noms des poètes Corneille, Racine, Molière, Regnard, Boileau, La Fontaine, J. -B. Rousseau ; des orateurs sacrés , Bourdaloue , Bossuet , Flécliier, Fénelon et Massillon ; des philosophes, Descartes, Pascal, La Rochefoucauld , La Bruyère, Malebranche et Fontenelle; des savants, Fermât, les Bernouilli, Papin, Picard, Tournefort , Chardin; des artistes, Le Sueur, le Poussin, Le Brun, Mignard, Puget, Girardou,les deuxMansard, Perrault, Le Nôtre, Lulli, etc. De ce règne datent un grand nombre des monuments de Paris et des châteaux royaux de la province, le Val-de-Grâce, lesQuatre-Nations, auj . l’Institut, l’Observatoire , 1666 , les portes Sl-Denis et Sl-Martin, 1670, les Invalides , 1674, les places du Carrousel, des Victoires, et Vendôme, une partie des Tuileries, la colonnade du Louvre, Versailles, le Grand-Trianon , Marly, etc. — Après la mort de Marie-Thérèse, Louis XIV avait épousé secrètement Mme de Maintenon , dont il n’eut pas d’enfants. Sou fils , le grand-dauphin , et deux de ses petits-fils, le duc de Bourgogne et le duc de Berry, moururentavant lui, en 1711, 1712, et 1714: son arriere-petitfils, le duc d’Anjou, lui succéda sous le nom de L mis XV'. Louis XIV ne donna pas toujours à scs sujets l’exemple de la continence; il eut plusieurs enfants de ses liaisons illicites. Parmi ces princes illégitimes, qu’il eut le tort de vouloir égaler, par lettres-patentes , aux princes du sang, le plus célèbre est le duc du Maine , fils de la marquise de Montespan. — Un grand nombre d’ouvrages ont été écrits sur le règne de Louis XIV : on peut consulter particulièrement le Siècle de Louis XIV par Voltaire, V Histoire de Louis XI y par Pellisson , les Mémoires de Saint-Simon, l’Essai sur la monarchie de Louis XIV par Lémontey , les Mémoires politiques et militaires relatifs à la succession d’Espaqne par M. Mignet et le général Pelet; les Mémoires ou OEuvres de Louis XIV, publiés par le général de Grimoard ,
6 vol. in-8°, Paris, 1606; VHistoire de l'administration monarchique en France , par M. Chéruel , Paris , 1855 , 2 vol. in-8°. G.
louis xv, né le 15 février 1710, à Versailles, fils du duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie, mort en 1774, devint dauphin par la mort successive de son grand-père, 1711, de son père, de son frère aîné, 1712, et succéda à Louis XIV, son bisaïeul , en 1715. Mineur de nom jusqu’en 1723, et de fait 20 autres années encore, plus tard et jusqu’à sa mort insouciant, égoïste et débauché scandaleux, lorsque son peuple ne demandait qu’à l’aimer (surnom de Bien-Aimé après sa maladie de 1744), il ne fit guère qu’assister à son règne , dont l’histoire n'est que celle des ministères ou des influences qui s’y succédèrent, des guerres qui s’y firent, et qui , les dernières du moins, firent descendre la France de la haute position qu’elle avait prise depuis Richelieu. — lre Période. La Régence, 1715-23. En même temps qu’ils affichaient une immoralité d’autant plus dangereuse que l'exemple partait de plus haut, le régent Philippe d’Orléans et l’abbé Dubois, son ancien précepteur, suivirent , sans souci des vrais intérêts du pays, une politique tout anglaise : le ministre, parce qu’il était largement pensionné par George Ier; le régent, parce que, héritier du trône au cas de la mort de Louis XV, toujours chétif, il voyait dans le roi d’Espagne, malgré sa renonciation, un compétiteur détesté, dont il cherchait à affaiblir les ressources. Au lieu de faire contre-poids à la marine anglaise, déjà si puissante, en augmentant celle de la France, en soutenant le cardinal Albéroni, qui en rendait une à l’Espagne, ils laissèrent dépérir nos vaisseaux, et s’allièrent à l’Angleterre contre Philippe V, qui fut réduit à renvoyer son ministre et à renoncer aux prétentions soulevées ( V. ces noms et Triple-Alliance). Au dedans, le système de Law fit connaître à la France l’usage des banques, imprima aux capitaux une circulation rapide, favorable à l’industrie et an commerce, réduisit la dette publique de moitié, mais au prix d’une véritable banqueroute, en déplaçant et bouleversant les fortunes, en excitant sans mesure le goût du luxe et des jouissances, et, avec lui , toutes les mauvaises passions. — 2e Période. Ministère du duc de Bourbon (1723-26 ) et du cardinal Fleury ( 1726-43 ). . Dans son désir de voir naître au trône un héritier, pour i
être sûr qu’il ne passerait pas au nouveau duc d’Orléans, son ennemi , le duc de Bourbon , indigne descendant de Condé, faillit ébranler toute l’Europe, en renvoyant brutalement une fille de Philippe V, fiancée à Louis XV, mais encore enfant , pour lui faire épouser la pieuse Marie Leczinska, fille de Stanislas Leczinski , roi dépossédé de Pologne. Une économie poussée jusqu’à la lésinerie, un amour de la paix qui allait jusqu’à la faiblesse, tels furent les caractères du gouvernement de Fleury, vieillard septuagénaire, ancien précepteur du roi. L’opinion de la cour l’entraîna pourtant dans deux guerres, celle de la Succession de Pologne, 1733-35 , et celle de la Succession d'Autriche, commencée en 1741, et dont il no vit pas la fin. Le but de la première, entreprise pour rendre le trône de Pologne, devenu vacant, au beau-père du roi de France, fut compromis dès l’abord par la mesquinerie des secours donnés à Stanislas. Elle se continua cependant, avec l’appui de l’Espagne, contre l’Autriche, qui s’y opposait, et ce fut elle qui , partout vaincue, en paya les frais. Le traité de Vienne (préliminaires en 1735, convention définitive en 1738), laissa à un Bourbon d’Espagne, Don Carlos, désormais Charles VII , la couronne des Deux-Siciles, que sa victoire de Bitonto, 1734, venait d’enlever à l’Autriche; la France y gagna la Lorraine; occupée par Berwick dès 1733, elle fut cédée à Stanislas jusqu’à sa mort, pour nous revenir ensuite, et le duc François de Lorraine, parent et gendre de l’Empereur Charles VI, eut en échange la Toscane , vacante par la mort du dernier Médicis, 1737. Dans la seconde, la France, malgré une promesse autrefois donnée, 1731, prit parti contre Marie-Thérèse, à qui Charles VI, son père, avait voulu laisser tous ses Etats, 1740, mais contre laquelle une foule de prétentions s’élevaient: elle le fit, non avec le dessein de reculer au nord sa frontière par la conquête des Pays-Bas, mais seulement par l’habitude de voir depuis des siècles une ennemie dans l’Autriche. La Silésie, conquise par les Prussiens, nos alliés; la Bohême, par les Prussiens et les Français; l’électeur de Bavière, notre protégé, couronné empereur sous le nom de Charles VII : tels furent les heureux débuts de la lutte. Mais le dévouement des Hongrois à Marie-Thérèse , l’appui que l’Angleterre lui accorda (fév. 1742), la défection de Frédéric II que d’autres suivirent, relevèrent la cause autrichienne, et laissèrent retomber tout le poids de la guerre sur nos soldats, qui furent contraints d’évacuer Prague (décemb. 1742). Fleury mourut alors à 90 ans : ministère honnête, qui eut, après tout, d’heureux résultats, et qui gagne encore à être placé entre Dubois et le duc de Bourbon, qui le précédèrent, et la marquise de Pompadour, qui ne tarda pas à lui succéder. — 3e Période. Mme de Pompadour (1745-64). Après la mort de l’énergique duchesse de Châteauroux, maîtresse du roi, qui avait au moins du patriotisme, 1744, Mme de Pompadour ne fut pas seulement , avec le scandale d’un double adultère, une favorite qui coûta 36 millions au pays ; elle fut aussi, pendant 19 années, une sorte de premier ministre. Dans cette longue période, la guerre de la succession d'Autriche se termina, et une autre, bien plus terrible , la suivit bientôt , la Guerre de Sept Ans. Chassés de la Bohême, vaincus à Dettingen en Bavière, 1743, rejetés en deçà du Rhin et bientôt en deçà des Alpes ( défaite de Plaisance, 1746), réduits à l’alliance des Bourbons d’Espagne et d’Italie devant des ennemis de plus en plus nombreux (Hollande, 1745; Russie , 1747 ), les Français compensèrent en partie ces revers par leurs progrès dans les Pays-Bas : les victoires du maréchal Maurice de Saxe à Fontenoy, à Raucoux, à Lawfeld, 1745-46-47, la prise de l’imprenable Berg-op-Zoom et l'investissement de Maëstricht, amenèrent le traité d’Aix-la-Chapelle, 1748, qui ne nous enleva du moins aucun territoire, et qui donna à nos alliés, les Bourbons d’Espagne, une nouvelle couronne, celle du duché de Parme et Plaisance. Mais les droits de Marie-Thérèse, que la France avait combattus, étaient acceptés, son époux François de Lorraine était reconnu comme empereur, et si nous gardions nos colonies, bien défendues aux Indes par Dupleix, mais en partie conquises par les Anglais en Amérique, leurs attaques incessantes ne nous avaient laissé que deux vaisseaux de guerre. Dans la Guerre de Sept Ans, 1756-63, la France perdit ce qui lui restait à perdre, pour que l’Angleterre fût la reine des mers. Cette guerre européenne eut une double cause : le désir de l'Angleterre de ruiner notre marine, qui renaissait sous le ministre Maehault, de nous enlever nos colonies, qui prospéraient sons La Bourdonnais et Dupleix ; celui de Marie-Thérèse d’Autriche, de reprendre la Silésie à Frédéric II. L’Angleterre, la première, chercha des causes de rupture; elle captura, en pleine paix, nos vaisseaux
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(300 vaisseaux marchands, 2 vaisseaux de ligne), à la hauteur de Terre-Neuve, 1755; alors seulement, et bien qu’eu face de ces affronts le gouvernement de Louis XV eût poussé la modération jusqu’à, la lâcheté (rappel de Dupleix, 1754; interdiction à nos marins de se défendre; renvoi d’une frégate anglaise prise par un vaisseau français, qu’elle avait attaqué), elle nous déclara la guerre (27 mai 1756), après s’être assurée de l’alliance du roi de Prusse (16 janvier 1756). La France, de son côté, s’était alliée à l’impératrice Marie-Thérèse (traité de Versailles, 1er mai 1756|. La czarine Elisabeth, la Suède, etc., accédèrent à ce traité, et la guerre commença sur mer et sur terre. Sur mer, si , en Europe, l’amiral La Galissonnière et le maréchal de Richelieu prirent aux Anglais, 1756, l’île de Minorque, que le traité d’Utrecht leur avait laissée , partout ailleurs ce furent des revers. En quelques années, l’Angleterre, victorieuse de nos flottes au cap Sle-Marie (sud du Portugal) et à Brest, 1759, enleva à la France, en Afrique, le Sénégal; en Amérique, Québec, le Canada, les Antilles; en Asie, ses possessions des Indes, y compris Pondichéry, en vain héroïquement défendue, 1761, par Lally-Tollendal, qui ne trouva pour récompense que la Bastille et une condamnation à mort. Sur terre, des succès aussi au début, pour la France sur les Anglais dans le Hanovre (bataille de Hastenbeck , capitulation de Closter-Severn , 1757), pour ses alliés, Autrichiens ou Russes, sur les Prussiens en Bohême et en Moravie. Mais la victoire de Frédéric II à Rosbach(F. cemoti, 1757, sur les Autrichiens et les Français, fut le signal des malheurs : divisant alors ses forces, le roi de Prusse laissa à son général Ferdinand de Brunswick le soin de combattre nos soldats, et se chargea des Autrichiens et des Russes. Ferdinand força nos troupes de repasser le Weser, le Mein, le Rhin, les vainquit à Crevelt, à Minden, à Willighausen , 1758, 59, 61; et ces victoires ne furent pas égalées par nos succès de Bergen, 1759, de Corbach, de Clostercamp (dévouement de d’Assas, 1760). En même temps, Frédéric II , par la célérité et l’heureuse disposition le ses marches, résistait à 200,000 ennemis avec gloire, battu quelquefois, battant plus souvent luimême. Le Pacte de Famille , signé entre les quatre familles régnantes de la maison de Bourbon, en 1761, les dispositions nouvelles de la Suède et de la Russie, amenèrent enfin la paix Deux traités furent signés le 10 et le 15 février 1763 : l'un à Paris, où la France abandonnait à l’Angleterre, en üurope, l’ile de Minorque ; en Amérique, le Canada, Hle Royale ou du Cap-Breton , etc.; en Afrique, le Sénégal ; aux Indes, ses possessions presque entières, elle ne conservait guère que le droit de pêche sur le banc de Terre-Neuve, avec St-Pierre et Miquelon, quelques-unes des Antilles (Martinique, Guadeloupe, Marie-Galande, Désirade, Sle-Lucie), les iles africaines de Gorée, de France et de Bourbon, Pondichéry avec quelques comptoirs; l’Espagne perdait la Floride ; la France lui donna peu après en compensation la Louisiane, que le traité lui avait aussi laissée. L’autre traité fut signé à Hubertsbourg en Saxe, et Frédéric II y garda la Silésie. — 4e Période. Choiscul el la fin du règne. Un ministre novateur, Choiseul , s’efforça de remédier à l’épuisement du pays ; chargé, après Bernis, des relations extérieures en 1758, il les abandonna en 1761 pour le portefeuille de la guerre, auquel s’ajouta celui de la marine en 1763. Au dehors il avait fait conclure, en 1761, le Pacte de famille; il acquit des Génois l’ile de Corse en 1768. Au dedans, en même temps qu’il supprimait les jésuites , 1764, il améliorait l’armée, et rétablissait la marine, naguère anéantie de nouveau. Mais il fut renversé en 1770 par le crédit de la Dubarry, favorite nouvelle, dont l'élévation était un scandale encore plus grand que tous ceux qui avaient précédé, dont la présence seule à Versailles, après ce qu’elle avait été, était une souillure. Il fit place au triumvirat du financier Terray, qui fit une banqueroute partielle, 1770, ne songea qu’à pressurer le pays, donna lieu au bruit du Pacte de famine ( V. ce mot)-, du chancelier Maupeou, qui détruisit les parlements, dernière barrière opposée à la royauté absolue de Louis XV, 1771 ; du duc d’Aiguillon , qui , chargé des affaires étrangères, laissa, sans mot dire, démembrer la Pologne, 1772. Un pays démoralisé et ruiné au dedans, déconsidéré au dehors, où les abus venaient d’être poussés aux dernières limites par le pouvoir, en même temps qu’ils étaient signalés , attaqués par les philosophes et les économistes , voilà l’héritage qu’en mourant, 1774, Louis XV, du milieu de ses orgies, remettait au malheureux Louis XVI. “ Après nous le déluge, » répétait souvent Mme de Pompadour. Ces mots caractérisent le règne tout entier depuis la mort de Fleury. Qu’importe, après cela, qu’on doive à Louis XV
l’Ecole Militaire et l’église Sl'-Geneviève (commencés en 1752et 1757 ) ? Qu’importent même quelques mots humains, à Fontenoy, sur les malheurs de la guerre, à la mort du dauphin sur l’avenir de la « pauvre France » , 1765 , de la part d'un roi dont l’égoïsme paresseux et la luxure effrénée ont amené tant de scandales, de misères, de honte publique sur une génération, et préparé à la suivante des catastrophes si terribles? Un seul acte mérite d’être cité : c’est le refus de Louis XV d’employer l’effroyable invention du joaillier Dupré ( V. ce mol). — Il n’y a guère, avec les Mémoires du temps et le Précis du siècle de Louis XV de Voltaire, livre bien inférieur à son Siècle de Louis XIV, d’ouvrages spéciaux importants à consulter que VHistoire de la Régence de Lémontey, Paris, 1832, 2 vol. in-8°; V Histoire de France pendant le xvme siècle, par Lacretelle jeune, Paris, 6e édit., 1844, 6 vol. in-8°; et VHistoire philosophique du règne de Louis XV par M. de Tocqueville, 2 vol. in-8°, Paris, 1846, 2e édit. 1847. II ne faut pas tout à fait dédaigner la Vie privée de Louis XV par Moufle d’Angerville, Londres, 1781 , 4 vol. in-12. R.
Louis xvi , né à Versailles, le 23 août 1754, de Louis, dauphin , qui , par ses vertus , était comme un reproche vivant pour la cour dépravée de Versailles, et de Marie- Josèphe de Saxe, fut privé, fort jeune, de l’un et de l’autre, 1765, 1767, et succéda à son aïeul Louis XV le lOmai 1774. 11 apporta, en montant sur le trône, l’amour passionné du bien public, des mœurs honnêtes qui contrastaient avec les débordements honteux du règne précédent, un esprit sérieux, une instruction solide, mais malheureusement aussi, avec un extérieur vulgaire et sans prestige, une inexpérience complète des affaires, un caractère faible, irrésolu, facile aux influences, lorsqu’il aurait fallu un homme d’Etat de la plus haute intelligence et de la volonté la plus énergique, qui pût donner une direction à une révolution inévitable. Son règne, inauguré par la remise du droit de joyeux avènement, débuta par des réformes populaires: Maurepas, ministre d’Etat, rétablit les parlements, 1774, trois ans après leur destruction; l’économiste Turgot, chargé des finances, créa une Caisse d'escompte, origine de la Banque de France, autorisa la libre circulation des blés entre les provinces , déjà décrétée deux fois, 1754, 54 , mais depuis deux fois interdite; détruisit la corvée, qu’il remplaça par un impôt territorial dont, contre l’usage, les ordres privilégiés n’étaient point exempts, et substitua, dans l’industrie, au régime des maîtrises, qui l’entravait par des réglements déraisonnables sur l’apprentissage et le compagnonnage ( 6 ans avant d’être bouquetier, 9 avant d’être boulanger, etc.), et par des conditions pécuniaires très-onéreuses, la concurrence et la liberté pour tous, 1774. 1776. Mais il n’avait pu agir que malgré les soulèvements des intéressés et l’opposition du parlement, dont le premier acte était d’embarrasser le pouvoir qui l’avait rap pelé : il fut renversé dès 1776, et les deux dernières réformes furent abolies. Malesherbes, son ami, dont les larges idées sur la liberté de conscience et de culte, sur la suppression des lettres de cachet, sur l’abolition de la torture , étaient restées à l’état de propositions , donna en même temps sa démission de ministre de la justice. •< Que ne puis-je , comme vous , quitter ma place! » lui dit le roi. Cet abandon de deux hommes de cœur et de talent était une première faute. Il en fut de même pour le Genevois Necker, successeur de Turgot en 1777. Il était parvenu à suffire aux nécessités nouvelles qu’imposa au Trésor la guerre d'Amérique, où la France fut entraînée par sa haine de l’Angleterre à soutenir contre elle ses colonies révoltées (traité de Versailles, 1778. — V. Franklin, La Fatette, Rociiambeau, Suffren) , et d’où elle ne retira, avec une dette accrue d’un milliard et demi, que le Sénégal, Tabago, et l’honneur d’avoir aidé les Etats-Unis à faire reconnaître leur indépendance, d’avoir rendu Minorque et la Floride à l’Espagne (traité de Versailles, 1783). Son système reposant tout entier sur les emprunts, dont les intérêts devaient être garantis par des réductions dans les dépenses, il publia, en 1781, pour augmenter la confiance publique, le Compte rendu de la situation financière. Mais les réformes projetées avaient, encore une fois, soulevé le parlement : Necker donna , lui aussi , sa démission. — Le renvoi de Turgot, en montrant la faiblesse du prince, ne lui enlevait rieu des instincts généreux qui lui avaient fait, dès le commencement du règue, établir à Paris un mont-de-piété, 1777, abolir le servage dans les domaines royaux, 1779, effacer du Code la question préparatoire, qu’on appliquait au prévenu comme moyen d'information, 1780. En même temps qu’il songeait à rendre la France plus forte et plus riche, qu’il créait l’Ecole des mines, 1783, qu’il faisait commencer la digue de Cherbourg et le canal