RÉVOLUTION DE
fortune, tandis qu*au bas tout manque, jusqu'au pain indispensable à la vie , l'Assemblée constituante éprouve dans ses pensées une réaction violente et veut tout niveler. Elle décide donc que la masse des citoyens complètement égalisée exprimera ses volontés et que le roi demeurera chargé seulement de leur exécution. Son erreur ici n'est point d'avoir réduit la royauté à une simple magistrature, car le roi avait encore assez d'autorité pour maintenir les lois, et plus que n'en ont les magistrats dans les républiques, mais c'est d'avoir cru qu'un roi, avec le souvenir de ce qu'il avait lëté, pût se résigner, et qu'un peuple qui se réveillait à peine et qui venait de recouvrer une partie de la puissance publique ne voulût pas la conquérir tout entière. » (M. Thiers.)
« Œuvre de la classe moyenne, la Constitution de 179 1 périt moins par ses défauts que par les coups des factions.» (M. Mignet.) On a vu, à l'article Constitutions, quel est le rang qu'elle occupe parmi les textes dont se composent les grandes tables de la loi du nouveau droit national.
Il fut aisé de voir, dès les premières séances de l'Assemblée législative, que la Révolution avait à parcourir une longue carrière avant d*arriver à son terme, et qu'il y avait de l'illusion à espérer un accord durable entre la royauté ancienne et l'ordre nouveau. L'antipathie se trahissait chaque jour davantage , et les dangers publics, qui, à l'intérieur comme à Textérieur, devenaient plus sérieux, ajoutaient & la nécessité de soutenir la Révolution par une action d'un caractère toujours plus énergique. La Constitution n'était donc pratiquée sincèrement que par un petit nombre d'esprits modérés, qui ne trouvaient à s'appuyer ni sur le pouvoir exécutif ni sur le parti populaire et qui, ne partageant pas les passions de leur temps, étaient incapables d'exercer nulle part une Qtile influence. Quand les émigrés excitaient contre leur patrie la colère des rois, quand le haut clergé refusait de reconnaître sa dépossession et que le roi lui-même, de bon ou de mauvais gré, s'engageait dans la conspiration qui se tramait contre les idées , les principes et les lois de 1789, non-seulement à l'intérieur dn pays, mais tout autour de ses frontières, U était impossible que la modération fût considérée conune une vertu de politique, et nécessaire que le salut de la nation fût remis à la force qui, le 14 juillet et le 5 octobre 1789, avait fait triompher son droit. En présence des malheurs qui vont attrister un théâtrf dressé pour de si nobles fêtes, la réaction aristocratique et religieuse est le premier coupable qu'il y ait à punir de l'équitable sévérité de l'histoire.
• L'Assemblée constituante avait eu l'ancienne organisation féodale à détruire et une nouvelle organisation à fonder; l'Assemblée législative avait eu cette organisation à essayer en présence du roi, laissé dans la Constitution. .Après un essai de quelques mois, elle reooaaat et déclara l'incompatibilité du roi avec les
institutions nouvelles, et sa complieité avec l'Europe conjurée; elle suspendit le roi et la Constitution, et se démit. La Convention trouva donc un roi détrôné, une Constitution annulée, la guerre déclarée à l'Europe, et, pour toute ressource, une administration entièrement détruite, un papier-monnaie discrédité, de vieux cadres de régiments usés et vides. Ainsi, ce n'était point la liberté qu'elle avait à proclamer en présence d'un trône affaibli et méprisé, c'était la liberté qu'elle avait à défendre contre l'Europe entière, et cette tâche était bien autre. Sans s'épouvanter un instant, elle proclama la République à la face des armées ennemies; puis elle immola le roi pour se fermer toute retraite ; elle s'empara ensuite de tous les pouvoirs et se constitua en dictature. Des voix s'élevèrent dans son sein qui parlaient d'humanité, quand elle ne voulait entendre parler que d'énergie: elle les étouffa*. Bientôt, cette dictature qu'elle s'était arrogée sur la France par le besoin de la conservation commune, douze membres se l'arrogèrent sur elle , par la mtoe raison et par le même besoin. Des Alpes à la mer, des Pyrénées au Rhin, ces douze hommes s'emparèrent de tout, hommes et choses, et conmiencèrent avec les nations de l'Europe la lutte la plus terrible et la plus grande dont l'histoire fasse mention. Pour rester directeurs suprêmes de cette œuvre immense, ils immolèrent alternativement tous les partis; et, suivant la condition humaine, ils eurent les excès de leurs qualités. Ces qualités étaient la force et l'énergie ; l'excès fut la cruauté. Ils versèrent des torrents de sang, jusqu'à ce que, devenus inutiles par la victoire et odieux par Tabus de la force, ils succombèrent. La Convention reprit alors pour elle la dictature, et commença peu à peu à relâcher les ressorts de son administration terrible. Rassurée par la victoire, elle écouta l'humanité et se livra à son esprit de régénération. Tout ce qu'il y a de bon et de grand, elle le souhaita et l'essaya pendant une année; mais les partis, écrasés sous une autorité impitoyable, renaquirent sous une autorité clémente. Deux factions, dans lesquelles se confondaient, sous des nuances infinies, les amis et les ennemis de la Révolution, l'attaquèrent tour à tour. Elle vainquit les uns en germinal et en prairial, les autres en vendémiaire, et Jusqu'au dernier jour, elle se montra héroïque au milieu des dangers. Elle rédigea enfln une Constitution républicaine, et après trois ans de lutte avec l'Europe,
1. • Je ne cherche pan si TrAiment cet hommes qui aTaient bien mérité du peuple dans tant d'occasions ont conspiré contre lai: ce qu'il me sufBt de savoir, c'est qne la Montagne , par esprit public ou par esprit de parti, s'étant portée aux dernières extrémitée oontre eux, les ayant décrétés, emprisonnés. Je Teuz même vous le passer . les ayant calomniés , ils étaient perdns sans une guerre ciTile qui les mtt dans le eaa de faire la loi à leurs ennemis. S'ils avalent mérité leur réputation première , ils auraient Jeté leurs armes à. l'aspect de la Constitution ; ils auraient fawUié leurs intérêts au bien public. Hs se sont anjoard'hol rendus coupables du plus grand de tous les erliBM| ils ont, par leur conduite , Jnstiflé leur décret. •
(Napoléon Bonaparte d*"" t'* «--«— J« Bêomemln, dâlé âm M J