SYSTEME CONTINENTAL
ruinait les acheteurs du continent en brûlant les marchandises anglaises. Dans la grande industrie, on trouvait aussi légitime qu'ingénieux ce régime qui allait constituer une espèce de monopole au profit des manufacturiers , en les débarrassant de la seule concurrence qu'ils craignissent.
Mais d'étranges symptômes ne tardèrent pas à se manifester. L'Angleterre, qui avait à sa disposition la mer et l'espace, fut prise d'une surexcitation flé^Teuse. Au contraire , parmi les peuples du continent la vitalité semblait s'éteindre. Les industriels, ne pouvant plus compter sur le renouvellement des matières premières, se sentaient comme paralysés : leurs spéculations n'avaient plus de bases. Les produits indigènes, qu'il n'était plus possible d'échanger, s'accumulaient dans les ports où ils étaient offerts à vil prix, tandis que les marchandises étrangères atteignaient des prix fabuleux. Tout conmiercc extérieur devenant contrebande et ne s'efléctuant plus qu'à travers des périls, le fret, les assurances, le change, subissaient des oscillations violentes.
Les faits dont les traces subsistent dans les documents anglais , touchent parfois au fantastique. On cite, par exemple, un petit navire, dont le coût et l'armement ne représentaient pas 100,000 fr. et dont le compte de fret, aller et retour entre Londres et Bordeaux, monta à 2 millions de francs. Cela s'explique, par les précautions qu'il fallait observer, par les détours qu'il fallait faire, pour échapper sur mer aux corsaires , et sur terre aux douaniers. Voici le témoignage d'un contemporain, Thomas Tooke, qui s'est appliqué, avec la plus grande sagacité, à l'observation des faits commerciaux : «Les vaisseaux portant du sucre, du café, du tabac, des cotonnades et autres choses étaient envoyés à grands frais et grands risques à Salonique: les marchandises étaient là débarquées et transférées à dos de mulets, de chevaux, par la Servie et la Hongrie jusqu'à Vienne, d'où ils se répandaient en Allemagne et quelquefois en France. »
Le mécontentement prit un caractère de plus en plus vif, surtout dans les pays aUiés, qui, n'ayant pas de manufactures, ne participaient pas aux bénéfices de la prohibition. Le conquérant se sentit importuné par des plaintes, des velléités de résistance, et conmie son système n'abattait pas l'Angleterre aussi lestement qu'il l'avait supposé, il s'en prit aux contrebandiers.
En eff'et. la contrebande, à défaut du commerce licite, tendait à devenir une profession normale; elle était pratiquée sur une très-large échelle. La répression fut sans pitié. Un décret impérial du 18 octobre 1810 institua des cours prëvôtales appelées à connaître exclusivement des crimes de cette nature. Le grand prévôt y siégeait en épée; il avait pouvoir de prononcer sommairement , sans appel ni recours eu cassation, des peines afllictives et infamantes, non-seulement contre les fraudeurs, mais contre les assureurs et négociants considérés comme complices. Malheur aux condamnés ! Ils étaient enroyés aux galères pour dix ans et
marqués avec un fer rouge des deux lettres F. D., destinées à perpétuer le souvenir de leur félonie, «le tout sans pr^adices deéommages et intérêts proportioanés aux bénâBces qu'ils auraient pu réaliser. » Remarquons , en passant, cette fonnule qui permettait de taxer arbitrairement les perscHuies impliquées dans les poursuites.
Ces rigueurs étant impuissantes , on y ajooti par un second décret du 8 mars: Les délits sont suffisamment constatés, même à défaut de pncés-verbal, par la déclaration des agents delà police ou de la douane. Les amendes pronoBcées seront, dans tous les cas. du triple de fa valeur attribuée aux c^jets saisis, et pour k payement, il y a solidarité par corps entre ks prétendus fraudeurs et m âne les détenteus de la marchandise prohibée. Cn tiers de ces amendes est alloué aux préposés de la donane. Les douaniers, ainsi que les gendarmes qui les assistent, lorsqu'ils attaquent une bande de fraudeurs, reçoivent une gratillcation de lOOfr. par individu qu'ils arrêtent, et, comme on Tien! de le voir, la constatation des délits est laissée, pour ainsi dire, à l'arbitraire de ces ageiis subalternes !
L'.Vngleterre trouvait une sorte de compensation au fléau du système continental dans le monopole des produits exotiques . qu'elle exploitait grâce à la supériorité de sa mariiK. Comment priver F Angleterre de cette ressource* Pour celui qui voulait rayer le mot impossiUt de la langue française, il y avait un moyen tua simple; c'était de destituer les pays trûpicaui. de faire produire à l'Europe tout ce que I'A!igleterre tirait des autres rétrions du globe, t* commença par frapper de droits énormes reoi de ces produits qui. n'étant pas de provecauct britannique, pouvaient ùtre achetés impuoement
Les sucres bruts et les cafés furent tues à •iOO fr. le quintal métrique, le poivre à Uiufr. le cacao à I,ûUO fr.. la cannelle à 2,0HÛfr., ie coton de 4 à 8 fr. par kilograïunie . non compris les décimes de guerre. CbarjjOes de panai* droits, les denrées coloniales, i>rdiiiairemeii fnlsiûécs d'une manière impudente, se veih daient dans le conmiercc huit ou dix fois ce qu'elles valent aujourd'huL
Si le public se plaignait, on faisait appel > son patriotisme; on lui conseillait de remplace le sucre par le miel ou des sirops de fruî'.5. l'indigo parla fécule du pastel, le quinquiis par l'écorce du marronnier; on Ht vanter p» les journaux un sirop de raisin dont Paniiecticf était l'inventeur, et une somme de 200.uwfrfut promise aux douze fabriques qui liTreraiefi: ce produit en plus grande quantité. En liii^ parut dans les annales de la chimie et daosK ySoniteur un article de Ciuitou-Morveau quiù^ butait ainsi: <<Daus uu moment où Ton met a œuvre la chicorée, les pois, le marc do bei:^ rave torréliée, etc., pour remplacer le cafi.i est utile de faire connaître une autre plante.* La plante reconuuandée presque onicielieuttiii était YlrU pseudo-aconts ou vulgairement Irià des marais, dont la graine grillée rappelle un
SYSTEME CONTIRraTÂL. --- TABAC.
sept grandes mann&ctiiFes, et occupant i iJêOO ouvriers, fut tellement frappé par la balaie des cotonnades entassées dans ses magasins, qa*ll Ait précipité dans la misère» où il mourut .
Est-il vrai que le système continental, anl* gré les violences et les mécomptesdu SMuent; ait eu en définitive des résultats favoralxlea pour la France, et qu'il ait puissamment oob» tribué à Tessor de notre industrie? Les UMo»riens panégyristes ont soutenu cette thèse: il s'en Onit de beaucoup qu'ils l'aient démontrée.
La manière dont la grande industrie s'était constituée, a rendu presque inévitable le régime prohibitif qui a été si funeste à la France pendant un demi-siècle, et dont nous n'avons été délivrés qu'en ces derniers temps. Les belles inventions de l'époque , la soude artiflci^le , le gaa d'éclairage , la navigation i v^>eur, la filature mécanique, sont antérieures au système. L'invention de PbiUppe de Girard ne s'est développée que ven 1824 en Angleterre, et dix ans plus tard en France. Les deux cents fabriques où l'on pressurait la betterave, se sont écroulées dès que le sucre s'est rapproché de son prix naturel, et la sucrerie indigène ne s'est constituée industriellement que longtemps après.
Les bénéfices du système continental sont donc fort contestables. Ce qui est hors de doute, c'est qu'il a été pour beaucoup dans la chute du premier Empire. Les aberrations économiques conduisent fatalement aux fautes politiques, et elles ont des conséquences funestes auxquelles on n'échappe pas, quel que soit le génie de celui qui les commet.
André Cochut.
STSTiMB MERCANTILE. On appelle ainsi, du mot italien mercantile, qui signifie marchand. Terreur, si préjudiciable aux intérêts des peuples, qui consiste à considérer la monnaie comme la richesse , alors qu'elle n'en est que le signe, l'instrument et la mesure, et qui, partant de cette même donnée, essentiellement fausse, considère le conunerce extérieur comme la branche de travail productive par excellence, et fonde la richesse d'un peuple sur ses exportations destinées à absorber le plus de numéraire possible des voisins, en réalisant le chiffre le plus minime d'importations.
L'oamitt âaauaé «Mi à «^'ifMBttte de Bokmcê dm t^mmwir^. VlÈÊ^VtSm i pou? bit d?iebet«r à rèlfiugct ta fh que 11m tiaaq^cîrto taisvwm'iMQV, «e eDe Fexportltfioii qak «nt«ie Uê f^^MH tnnger , l*<Mi4l8iil qae là hÊÊMàméÊ eom aoBB était Imnble; le ooufiailNiiMt^ labila&eef, di8rft-QO, étall eaaotefvK o^est prèdsèment le ^eontraiiB ^ a Ik i^Kèt, les gains léaHsès par «ne aaQoi formés des gains fktts parles paitieiiUei plus les retoun des perlicaliCTs <mt de excédant les mardiandises exportées, ] 7 a de bénéfices peur eux et lemr natioii donc évident que si llBp<»tati<»i ezcèd portatioii, c'est que le eommeree dcmt r tation est inférieure à rimpûftati0n, reço de valenn en retour pour solder ses ' tetions.
Les marchandises exi^ortées sont payé des marchandises importées, c'est ce q faut pas perdre de vue, et II n*y a nul av; à receiHr du numéraire au lieu de ma dises.
*> On a prétendu qu'une nation ne réal bénéfice que par le solde qu'eUe reçoit pôces; c'est une erreur, car elle peut re en marchandises une valeur supérieur valeur qu'elle a expédiée; et^ chose adm la nation avec laquelle une autre bénëfidi ne faire aucune perte, bien plus elle peut elle aussi, de son côté, un bénéfice, eO( voir de même le chifinre de ses import excéder celui de ses exportations.
Le système mercantile a fait son temps vérité a pris le dessus.
L'on a senti que l'importation n'est, < flnitive. que l'échange du trayaîl national ( le travail étranger, et que c'était professe erreur étrange que de prétendre qu'adi ses alliés commerciaux , et même à ses i saires, ce qu'on ne peut pas faire aosj qu'eux, c'est favoriser le travail étrange dépens du travail national.
Nous répéterons, en terminant, que, dai transactions de peuples à peuples, les parties qui échangent gagnent, puisqn trouvent toutes deux plus de valeur à 1 qu'elles reçoivent qu'à celui qu'elles doi
Jdles Padt
TABAC. Le tabac est aujourd'hui l'une des plus fécondes sources de revenus pour les gouvernements de l'Europe où son usage est devenu général depuis le seizième siècle. Considéré comme un poison ou tout au moins conune une substance nuisible, ce n'est pas sans obstacle qu'il a pénétré dans les habitudes et la consommation. Les papes Urbain YIII et Innocent XII ont prononcé Texcommunication con-
tre les fumeurs de tabac, le sultan Amun les czars qui précédèrent Pierre le (}ran faisaient condamner à mort, le shah de 1 leur coupait le nez ; en Angleterre , Jacqu résistait par tous les moyens à Tintrodo de cette denrée américaine; en France. € lemagne, les gouvernements ne lui fais pas meilleur accueU. La résistance ne pourtant pas plus d'un siècle, car je vois