‹ Dictionnaire général de la politique (volume 2)Chapitre 229 sur 260 · UTILITÉ, UTILITAIRES · texte numérisé non relu

UTILITÉ, UTILITAIRES

tout, parce que l'iDjusticc ne l'effraye pas. A quoi qu*il prétonde, soit en public, soit en particulier, il remporte sur tous ses rivaux et attire tout à lui ; de cette manière , il s'enrichit» fait du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, oflHre aux dieux des sacrifices et des présents magnifiques, et sait bien mieux que le Juste se rendre favorables les dieux et les hommes auxquels il veut plaire; d*où Ton peut conclure, ce semble, qu'il est aussi plus chéri des dieux. C'est ainsi, Socrate, qu'ils soutiennent que la condition de l'homme injuste est plus heureuse que celle du Juste, et par rapport aux hommes et par rapport aux dieux. » Alors se lève le frère de Glaucon, Adimante, qui va compléter ce discours et indiquer nettement le point de doctrine dont ils demandent l'exposition au maître, t Pourquoi, dit-il, les défenseurs de l'injustice, ceux qui en proclament l'utilité souveraine, ceux dont Glaucon vient de résumer les réponses en opposant le juste crucifié à l'injuste comblé de biens et d'honneurs, — pourquoi nos adversaires semblent-ils avoir raison contre nous? C'est que les défenseurs de la Justice, depuis les anciens poëtes et les anciens héros jusqu'à toi-même, Socrate, en ta discussion avec Thrasymaque , n'ont loué la Justice et blâmé l'injustice que d'après les conséquences extérieures, au lieu de les juger dans leur essence. Personne n'a considéré la justice et l'injustice telles qu'elles sont en elles-mêmes dans l'âme humaine, loin des regards des dieux et des hommes, et n'a montré, ni en vers ni en prose, que l'une est le plus grand mal de l'âme et l'autre son plus grand bien. » Et Adimante supplie Socrate d'entreprendre le premier cette démonstration nécessaire. Les deux nobles frères, Adimante et Glaucon, représentent ici l'humanité elle-même avec son idéal, l'humanité naïvement généreuse, instinctivement héroïque, ordonnant à la philosophie de consacrer par la dialectique les sublimes exigences de son cœur. « Néglige l'apparence et l'opinion, comme Glaucon te l'a recommandé... loue la justice par ce qu'elle a en soi d'avantageux, et blâme l'injustice par ce qu'elle a en soi de nuisible. Laisse à d'autres les éloges fondés sur les récompenses et sur l'opinion. Je soulTrirais peut-être dans la bouche d'un autre cette manière de louer ainsi la justice et de blâmer l'injustice par leurs effets extérieurs; mais dans la tienne je ne le pourrais... » «

C'est une heure solennelle et touchante dans l'histoire de l'esprit humain que celle où l'harmonie du juste et de l'utile est réclamée pour la première fois par la conscience avec tant de naïveté et de grandeur. De Platon jusqu'à nos jours, le progrès des siècles et les luttes des écoles n'ont fait que préciser davantage cette doctrine immortelle. Que disent les stoïciens? Que dit Cicéron, leur admirable interprète, au troisième livre du De officiis? Cicéron, s'inspirant à la fois et de la philosophie de Platon et de la morale sublime du Portique, affirme

qu*entre l'bonnête et TatUe toute off est hnpossible. Si un conflit de cette parait s'élever quelque part, regarde plus près, ce n*est pas Totile qui esti mais simplement sa trompeuse appan»

tilité qui peut à première Tue se tni opposition avec rhonnéte, ce n'est qw de rindhrida» la mienne, la vôtre, noa tilité de tous , l'intérêt de la société b Voilà la loi : Chaque fois que vous rena un prétendu antagonisme de Futile et < néte , denumdez-vous s'ii s'agit ttum universelle et le coriflil s'évanouira, qui a eu l'honneur de formuler cett invoquant le caractère absolu, le car»

vin de l'honnête et de l'utile, c'est-à la Justice elle-même , de la Justice in invariable, commune à tons les êtres i raison, supérieure à toutes les vicissit siècles; Cicéron, qui a eu l'honneor ces principes avec une rigueur que même ne surpassera point; — Cicéroi ne s'en tient pas là. Il entre dans le fournit des exemples, il pose et résou de conscience. Pourquoi faut-il que possédions pas sa réfutation du dis Carnéade insérée par lui au troisième la République ? Carnéade , l'homme po tilitaire du monde ancien, ne voit chose que l'avantage immédiat, et les [ siers utilitaires de nos Jours n'oot ri* plus insolent que cet insolent sophiste bien de Justice 1 11 faut réussir. Deux : sont en présence, selon Carnéade: la] et la Justice. La prudence (on va voir il dégrade ce mot) , la prudence huma dit d'augmenter notre puissance, no; ses, d'agrandir notre territoire. La jus ordonne, au contraire, d'épargner monde, de ménager l'intérêt du genre de rendre à chacun ce qui lui est dû, < toucher aux choses sacrées, aux p publiques, aux biens des particulier rive-t-il donc? Si vous écoutez Upi les richesses, la grandeur, la pnissa honneurs, l'autorité, l'empire deviei partage des individus et des peuples.

Et puisque nous parlons ici de rép reprend l'orateur utilitaire, l'exemple pies sera plus frappant que celui des particuliers. Or, pour ne rien dire det «notre peuple romain que Scipion, ( discours d'hier, a suivi dès le berceau l'empire embrasse aujourd'hui Tuniver par la justice ou par la politique, que faible de tous les peuples, il est d( peuple-roi*?» La réfutation de ces que le temps jaloux nous a dérobée, tenu sans doute une histoire du peupl' considérée à un point de vue tout non commençait à s'apercevoir, du temps ron, que les longues injustices de Roi vraicnt leur châtiment. Ce châtiment, \ eu môme temps une réparation, n'esi la longue et triste période, la période t

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