UTILITÉ, UTILITAIRES. — UTOPIE
rioritè de la civilisation moderne sur la Bociétë antique. Bentham, qui aurait pu être un Carnéade chez les païens, est dt'^fendu par le généreux esprit du dix-biiitièmc siècle contre les erreurs auxquelles son système devrait naturellement l'entraîner. Il analyse avec une, meneillcuse finesse les éléments dont Futilitë se compose ; il énumère , il compare les différentes espèces de plaisir; il détermine leur valeur réciproque, et dans cette singulière supputation où éclate Tinstinct calculateur du génie britannique, nous ne voyons pas figurer seulement parmi les caractères servant de poids et de mesure V intensité, la durée , la certitude, la proximité, la fécondité, mais aussi , fort heureusement pour l'honneur du philosophe , la pureté. Voilà un mot qui parait sauver tout ; et cependant telle est la rigueur des conséquences en ces périlleuses matières qu'une formule fausse, mémo corrigée par les intentions les plus nobles et les plus ingénieux développements, reste toujours une source d'erreurs. Le système de Bentham, malgré d'excellentes parties, est funeste dans son ensemble. A une doctrine si singulière, mais si habilement déduite, a une doctrine où le bien et le mal sont enchevêtrés d'une façon si étrange, il fallait opposer une réfutation aussi fine que forte, aussi minutieuse que solide, et dont la vigueur n'altérât point rimpartialilé. Théodore JoufTroy s'est chargé de celte tâche dans une de ses belles leçons du Collège de France, et nous n'avons rien à envier aux discussions de la philosophie antique.
Faut-il maintenant examiner les problèmes de détail que soulève la question générale de l'utile? Ce serait se perdre dans une casuistique fastidieuse. Les grands principes doivent suffire à tout homme de bonne volonté. Il y a «les esprits impatients, avides de résultats visibles, et qui ne jugent les choses humaines que d'après les applications immédiates; on les a|)pelie ntilitaires. Cette impatience peut devenir un énergique agent de progrès, à la condition de ne pas être exclusive. La civilisation a besoin (le ces esprits nets, pressés, pratff/ues, comme on dit , et qui vont droit au but. Qu'ils prennent garde seulement, en cherchant l'utile, de ne pas le séparer de Thonnète; qu'ils sachent bien qu'au-dessus de l'utilité du moment il y a l'utilité définitive, et que celle-là surtout ne se révèle qu'à la longue. Bien des jours, bien des mois doivent s'écouler avant que la sévc de l'arbre déploie tous ses trésors, n'imitez pas le sauvage qui coupe l'arbre à la racine pour avoir le fniit. A Dieu ne plaise que nous voulions décourager les esprits actifs, ardents, industrieux, qui servent le progrès général en travaillant pour leur propre intérêt ! Disons pourtant, malgré l'opinion commune, que los actions les plus utiles au genre humain sont aussi les plus désintéressées. Le dévoucniont, le sarritico, le devoir accompli dans l'ombre, la voix du sage méconnu (jui crie dans ie désert, la résignation courageuse, la persévérance invincible, tout ce qui élève riuimanilé au-dessus de la nature, tout ce qui donne à
rhcumne nne Juste idée de li gnniai Thomme; tout cela contribue bien aotn au progrès de la clrilîsatîOD que les pli veilleuses inventiODS de la mécanique, h fectionnement de la j'te matérielle ci funeste que salutaire si le perfccfiom moral ne Ta devancé.*
Ainsi, aux questions de rantiquepbikN questions étemelles sans cesse renom Je répondrai simplement , et ce sera U ( sion de ces pages : tout dépend de b attribuée au mot utile. Si Ton enteod l'utilité immédiate, grossière, ceqaid vir un intérêt égoïste, ce qui conviei homme ou à telle circonstance , la poun Vutite peut être immorale et dangera s'agit, au contraire, de Tutilité gène perpétuelle, si Ton a en vue ce qui doi à tous et toujours , la poursuite de W un devoir, un devoir impérieux et le se qui nous y porte est un des gramls Ici la civilisation. Or, l'utile considère ains confond-il pas avec l'honnête ? Et de( le christianisme a fait sentir au moi divin aiguillon, le stoïcien libéral de: modernes n'a-t-il pas le droit de s'éor plus de sécurité que le stoïcien des tci tiques : « Montrez-moi une action ^ honnête qui ne soit pas vraiment util trez-moi un citoyen utile qui ne soit honune de bienl » En d'autres termes ces n'est rien, la moralité est tout.
Saixt-Rkné Tailla:
UTOPIE (du grec où totto;, ce qui nulle part, en aucun lieu). Le mot est venlion de Thomas Morns ; c'est le titr donné à un de ses ouvrages, devenu loment célèbre; mais la rhose est h plus ancienne. On entend jiar utopie i taine orjranisation de la société et de II rimaj:ination et lesprit de système ont les frais, sans examiner si elle est n ou non dans un lieu ou dans un tenip minés, sans rechercher si elle est con même d'une manière générale, avec I ditions morales et physiques de la na maine. Il résulte de là que l'utopie cha cessairement de caractère suivant le qui l'a produite. Et, en eflét, il y a do:? religieuses et des utopies philosophiqi en a d'idéalistes et de sensualistes, suelles si l'on veut, et même de niatêi
1. Cola est vrai, œaifl le proffrè!» matiricl curant aux hommes les loisirs iicce^-aire-: • tivor leur e>i»rit et l».'ur ea»ur, o>.t uiu» «le* o« (in progrès moral. I/honunc qui <*st forer ■ pour la satisfaction de.s bi>s«>ius phy!>ii]u<"v. jfuère la voix du sentiment. Lis^•y/^Ll^Ioirf (Irniios, (leK famines, di's naufrage!' of voi fomJiion le (l.iUffor l't le besoin tui-nt la pits» tion, l'amitié, l'amiMir jusque <I.in» li- «.tvii sunnii.s <»ù rt'dncatj«»n avait «li'-jà pu •tt'vtl meilleurs sentiments de l'Iiunianitë. Qn*anr; «li-s .sauv.i^i's «lan« l«»-« nit-nif: rirr<»n-«Ta::fv iMi coiieluon.-: que h» biiMi-êtn' «•.>! f.nvi>rat*lt' fusion , ù ratrerniisHement ^\v I.i iimrale ; n-'U suit une eonditiun de purett-, trtiuniivtitè tlee, ujais il favori>e la eulturc de l'IuttHi adoucit le» mœurs.