COLONIES PÉNALES
Le 22 mai 18 iO, toute noma^le transportatioii à la >ouveUe-Galies du Sud fut interdite. Mais cet arrêt ne survenait qu'après rôloigncment de 83,000 condamnés enlevés aux prisons et rejclés au delà des mers, après la fondation de plusieurs colonies d'abord pénales, maintenant agricoles et comuierciales, c'est-à-dire après les plus éminenls tervices rendus à la métropole.
Ou n'y renonça pas même absolument. La iléportation pourrait se continuer dans des localités où il n'existerait pas de colons libres, à la condition que la durée n'y serait ni iuférieure à deux ans, ni supérieure à quinze. En outre , des pénitenciers spéciaux seraieut établis à iXorfolk et eu Tasmanie.
Votée en 1838, la réforme pénitentiaire fut exécutée dès 1 843. i\orlollc resta colonie pénale pour les condamnés aux travaux forcés pendant deux ans au moins, et quatre au |)lus; ils étaient ensuite organisés eu Tasmanie en bandes d'épreuve de 250 à 300; et après deux années, assignés à des colons, tenus de verser à leur prolit une partie de leurs gages aux caisses d'épargne. La durée entière de la peine ne devait être subie à Norfolk qu'en expiuliou de crimes nouveaux.
Eu 18 iS, lord Grey engagea, par une circu- 'aire, les gouvernements de plusieurs colonies à introduire sur leurs terres des convicts puriliés par des épreuves rassurantes; mais l'ouverture officielle resta sans effet : même l'année suivante, la colonie du cap de Bonne-Espérance protesta contre l'introduction tentée de 300 Irlandais condamnés pour soulèvement en des temps de famine, en compagnie de quelques déportés de l'ile Maurice, et de condamnés militaires des Indes orientales et de Hong-Kong. Une ligue, formée sous le nom (ïAnti-co/ivictassociulion, donna le signal de la résistance fondée sur les traités. Le navire frété par l'État ne fut pas même admis en libre pratique, et le 20 février 18 i9 le Ncplane s'éloigiia, remportant sa cargaison, sans avoir rempli la moindre partie de .-^a mission. Le soir, la ville du Cap célébra, par une illumination générale, le bonheur d'avoir échappé au stigmate de colonie pénale. La terre de Van-Diémen reçut le convoi; mais elle ne devait pas larder elle-même à repousser do tels dons. De 1850 à 1855, les pétitions et les protestations se multiplièrent au point de faire cesser tout nouvel envoi. Les colonies de Victoria, de l'Australie méridionale, de la Nouvelle-Zélande, de Maurice, délournèreut le péril par leurs manifestations. L'Australie occidentale seule, manquant de colons, consentit à recevoir des convicts, et elle se félicitait de leur concours lorsque, le li février 1858, lord John Russell notifia au parlement l'intention de cesser tout envoi de condamnés non éi)rouvés aux colonies australiennes. L'Australie occidentale, émue de cette déclaration, réclama la continuation de la faveur qui lui avait permis d'ébaucher avec celle sorte de luas ses travaux publics et ses cultures; réclamation qui fut accueillie par le gouvernement.
Dans le nouveau système, l'expialion s'ac-
complit généralement tout entière dans la métropole, en deux épreuves successives (emprisonnement cellulaire et travail forcé en commun) , qualiliées de servitude pénale ; la transporlation eu une colonie pénale n'est plus qu'une exception. Les bagnes de Norfolk , de l'ort-Arlhur, des Bermudes et de Gibraltar continuent d'être spécialement réservés aux coudamnés à très-long terme, aux récidivistes, aux incorrigibles. Us y sont distribués en bandes en un grand nombre de stations pénales, d'après le sexe, l'âge, la moralité, les besoins de la discipline et ceux du travail. Enfin, si leur conduite y autorise, ils obtiennent, comme dans l'ancien système, la permission toujours révocable de travailler pour leur propre compfc. et atteignent ainsi leur grâce ou le terme légal de leur peine.
§ 3. Colonies pénales de la France. La déportation (coij. ce mot) inscrite dans les lois révolutionnaires et dans le Code pénal, la transporlation, tlécrètée comme mesure de salut pubhc sous le coup de nos (roubles civils, enfin la suppression des bagnes, ont donné naissance à trois sortes de colonies pénales qui sontplutôc des expédients ou des essais qu'un système do réiorme bien conçu dans son ensemble, bien lié dans ses détails.
Après rinsurrection de juin 1818, un décrel de l'Assemblée constituante (27 juin) établit la transportaliou contre un certain nombre d'insurgés, mais sans détermination de lieu : ils furent provisoirement détenus à Belle-Isle. — Une loi du 21 janvier 1850, comblant cette lacune, assigna l'Algérie comme territoire de transporlation; et un décret présidentiel du 31 janvier suivant, complétant la loi, fonda l'établissement pénilentiaire de Lambessa, dans la province de Constantine. Après le coup d'Elat du 2 décembre 1851, un certain nombre de transporlés y furent aussi internés. Le régime fut celui de l'isolement pendant la nuit, avec travail en commun pendant le jour. Successivement évacué par des grâces, le pénitencier a été transformé en maison de détention pour des condamnés indigènes.
Une autre loi. du 8 juin 1850, assigna la vallée de Waitliau et l'ile de Nouka-Iliva, dansl'archipel des Marquises, comme lieux de déportation. Trois ou quatre condamnés seulement y ont été transférés, et l'archipel des Marquises n'est plus gardé au nom de la France que par un posle de quelques hommes et une société de missionnaires.
Eu 1852, la Nouvelle-Calédonie fut occupée eu vue, disait-on, d'une destination pénitentiaire. Dix ans après, ces premiers bruits prennent consistance par l'érection de cette colonie en gouveruemeut , et l'inscription au budget d'allocations spéciales. Ce n'est qu'eu 1872 qu'on y envoya les premiers condamnés, anciens adhérents de la Conuniine. La suppression des bagnes, décidée eu principe en 1852. se combina avec le choix de la Guyane (rai)port du 21 février, et décret du 27 mars 1852, loi du 30 mai 185i), pour recevoir les forçats. Celte possession était désignée au gouverne-
COLONIES PENALES. — COLONISATION.
ment comme colonie pénale, par ses précédents historiques : le Directoire y avait exilé ses proscrits (18 fructidor an V); et le décret présidentiel du 8 décembre 1851, les membres des sociétés secrètes et les libérés en rupture de ban de surveillance. Les forçats enlevés des bagnes y furent répartis en diverses stations pénitentiaires : les iles du Salut, l'îlot la Mère , Kourou, l'Approuague, Saint-George, la Montagne - d'Argent , plus tard le Maroni. Enfin certaines bandes sont assignées à la ville de Cayenne pour les travaux de propreté.
La population des forçats flotte entre 7 et 10,000 individus; elle est employée à quelques cultures et à des travaux d'intérieur, sans résultats matériels ou moraux de quelque importance ; un certain nombre sont livrés à des habitants pour l'exploitation des bois ou la culture des terres.
Confiée à l'administration militaire et entourée d'un mystère difficile à pénétrer, la direction des pénitenciers a été , jusqu'à ce jour , lobjot de sévères critiques auxquelles l'insignifiance des résultats obtenus parait donner raison. Aussi réclame-t-on vivement à Cayenne l'annexion de ce service aux services civils qu'éclaire un peu plus de publicité.
Résumé. La colonisation pénale mérite en elle-même toutes les préférences de l'opinion et de l'administration ; mieux qu'aucun emprisonnement cellulaire ou collectif, mieux qu'aucun travail industriel forcé, elle assure la sécurité sociale, elle peut réformer les criminels, utiliser les bons instincts qui survivent chez beaucoup d'entre eux, faire servir ces forces déviées à la production agricole, et ces passions déchaînées dans le vieux monde à la création de sociétés régulières; mais à la condition d'employer simultanément les deux plus puissants ressorts de l'âme humaine, la famille et la propriété.
La famille peut se constituer, soit par l'admission des femmes innocentes des condamnés, quand elles consentent à l'expatriation; soit par le mariage entre hommes et femmes condamnés; soit par des unions avec les femmes indigènes, à qui la race blanche inspire plus de sympathies que la criminalité n'inspire d'éloignement. Il est de la plus haute importance que, par le concours de ces trois sources de recrutement féminin, le nivellement s'opère entre les deux sexes: l'absence de femmes ou leur nombre insutTisant devient une cause de crimes, de vices et de débauches , qui oppose un invincible obstacle à foute régénération, sans parler de l'impossibifité naturelle qui en résulte pour la colonie de se développer avec ses propres éléments.
La propriété est presque aussi nécessaire, et entre toutes, la propriété du sol, celle qui attache l'homme à la terre par les lions les plus intimes, qui éveille en lui, avec le goût du travail, l'espoir de la fortune et de la considération, et lui donne pour ses descendants les perspectives de l'influence et du rang. En toute colonie bien choisie doivent se trouver, en
vastes étendues, des terres fertiles, que les condamnés pourront acquérir soit avec leur pécule, soit par concession amiable et conditionnelle d'abord, plus tard définitive.
Devenu époux, père, propriétaire, un jour peut-être citoyen, le condamné sent en lui de nombreux et puissants contre-poids aux sugg-estions de ses mauvaises passions ; il s'améliore. S'appuyant sur ces leviers naturels, les enseignements de la religion, les conseils d'une direction paternelle, les menaces des châtiments, l'espoir de la grâce produiront d'excellents etTets; tandis qu'à défaut de ces forces auxiliaires, la prédication et l'intimidation sont assurées d'échouer, ou d'obtenir seulement la docilité passagère de l'hypocrisie.
.JUI.ES DUVAL. Comparez : Peine.
COLONISATION. On nomme ainsi, du latin colère, co/onus (cultiver, cultivateur, colon), l'occupation, le peuplement et la culture des parties du globe qui sont inoccupées, non peuplées, incultes. Historiquement, la colonisation du globe est l'objet des travaux pacifiques du genre humain depuis son origine, et la guerre elle-même , suivie de conquête , n'a été souvent que le prélude de la colonisation. L'accomplissement de cette grande œuvre en Occident peut se diviser en trois principales périodes, soumises à des principes ditTérents, savoir: la colonisation grecque, la colonisation romaine, la colonisation moderne continuée jusqu'à notre temps; une quatrième période s'ouvre sur l'avenir pour l'acbèveraent, d'après de nouveaux et meilleurs principes, de l'œuvre antérieure.
I. La colonisation grecque se présente à notre esprit sous les plus brillantes formes et les noms les plus illustres. La Grèce, fille ellemême du génie égyptien et asiatique, répandit comme une ruche trop pleine d'innombrables essaims de ses enfants dans l'archipel que baignait la mer intcrieurc, et sur les côtes de l'Asie mineure , sur les rives du Pont-Euxin, sur le littoral de l'Afrique, en Sicile et en Italie, dans les montagnes de la Thrace . et jusque sur les plages plus lointaines de la Gaule et de ribérie. Dans ces rayonnements elle se heurta ou s'allia souvent avec la colonisation sémitique partie de Tyr qui fonda Carthage, et qui fient elle-même un rang important dans l'histoire des antiques colonisations.
Dans ces temps reculés, où les sociétés humaines, simples peuplades et tribus, n'étaient pas encore bien assises sur le sol, rémigration en vue de fonder une colonie était \n\ événement des plus communs, naissant des incidents les plus divers: une population surabondante, provenant de mariages très-féconds en face d'une industrie agricole peu avancée , en était la cause la plus ordinaire. Venaient ensuite les intempéries qui réduisaient les subsistances, les catastrophes (tremblements de terre, tempêtes, volcans) qui démolissaient ou engloutissaient les villes; les troubles politiques, extrêmement fréquents, qui conseillaient ou
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imposaient l'expatriation; la guerre extérieure imminente ou victorieuse qui dispersait les vaincus. Quelquefois des motifs plus spontanés inspiraient la même résolution: l'esprit d'aventure, l'ambition, la beauté d'un climat et la fertilité d'un sol célébrées par les voyageurs, la possession d'un port de mer ou d'une station militaire, pouvant accroître les forces de la métropole; l'exécution d'un vœu ; l'obéissance à Toracle de Delphes qui faisait sanctionner par les dieux les plans de la politique. Par ce réseau de multiples influences, le bassin de la Méditerranée se penpla de colonies dont un très-grand nombre a laissé dans l'histoire des traces glorieuses.
Les principes et les sentiments qui présidaient à la colonisation grecque étaient les meilleurs que jamais l'humanité ait pratiqués, et la civilisation la plus avancée n'en saurait imaginer de supérieurs; ils se résumaient dans le nom de métropole, cité -mère, mère patrie. Les relations de la colonie avec la cité qui lui avait donné naissance, étaient conçues d'après les rapports de la famille. En s'éloignant du foyer domestique et civique, les enfants emportaient avec les adieux, les bénédictions et les dons de leurs parents et de leurs concitoyens, le feu sacré, les dieux, les lois de leur patrie; ils lui demandaient des chefs politiques, des prêtres , et au jour des guerres, des généraux et des secours, lis lui envoyaient annuellement les prémices de leurs fruits , et des députés pour prendre part aux sacritices religieux, destinés à sceller l'unité nationale autant qu'à honorer les dieux; ils lui payaient quelquefois des taxes. Les citoyens de lanière patrie jouissaient de divers privilèges : places d"lionneur dans les solennités publiques, droits à une portion du sol , à leur naturalisation facile; la première part à la chair des victimes, etc.. En retour de ces témoignages de déférence, la métropole devait aide et protection à sa colonie, en cas de malheur et d'attaque ; et les mœurs , plus encore que les lois, consacraient cette obligation, que les colonies acceptaient de leur côté comme un devoir sacré de réciprocité envers la mère patrie.
Ainsi fondées sur la reconnaissance, sur l'amour, sur la solidarité des intérêts autant que sur leur force propre, les colonies grecques n'étaient pas privées du droit de libre et entier développement de leurs facultés productives. L'hommage fdial n'était [)as un acte de servitude ni de vasselage. Elles se gouvernaient et s'administraient elles-mêmes; elles battaient monnaie en leur nom, mais en maintenant au revers le coin de la mère patrie; en un mot, elles se conduisaient comme maîtresses de leur destinée, et ne lardaient pas à leur tour à fonder des colonies nouvelles par des essaims successifs, sous l'action renaissante des causes qui les avaient créées elles-mêmes. De l'enfance elles s'élevaient ainsi à l'adolescence par leurs rapides progrès, et une indépendance complète grandissait leur destinée sans briser les souvenirs, les aflections et les hommages. Cet afTranchissement était souvent précipité par
les vicissitudes que subissait la métropole et qui lui coijtaient quelquefois l'indépendance : c'est ainsi que la domination macédonienne , en asservissant les républiques grecques, relâcha et détruisit même le lien politique qui rattachait en un faisceau tontes les familles de peuples et de villes issues de leur sein.
Même dans leur carrière sur le sol nouveau où la destinéales fixait, les colonies grecques, s'inspiraut du génie sociable et intelligent de leur race , se conformaient, mieux qu'on le vit jamais , aux lois du juste envere les peuplades indigènes, ^e demandant qu'une place au soleil et assez de terre pour y creuser leurs sillons . elles nouaient volontiers des rapports de commerce et d'amitié , bientôt suivis d'alliances de sang, avec les autochthones, devenus leurs voisins, qu'elles refoulaient rarement au delà des limites nécessaires à leurs propres et immédiats besoins. Même beaucoup de colonies n'étaient , surtout au début , que des comptoirs de commerce, cmporia.
Par tous ces traits, la colonisation grecque, en y faisant entrer tous les peuples, frères ou parents, qui, en Europe, en Asie, eu Afrique même . s'inspirèrent du doux et brillant génie hellénique , marque dans l'histoire un des plus splendides épanouissements de l'humanité ; l'avenir trouvera autant de profit que de charme à l'étude de ces nobles exemples de la jeunesse de notre race, qui firent de la Méditerranée, sous le beau ciel du monde, le berceau de la civilisation.
II. La colonisation romaine procéda d'autres causes, se régla sur d'autres principes, enfanta d'autres conséquences. JXée d'abord, comme en Grèce, de l'émigration d'une population surabondante, elle s'appuya bientôt sur la guerre , grandit et déclina par la guerre. Maî- Iresse de la plus grande partie du monde connu , Rome ne put assurer ses conquêtes que par la force; ses garnisons, obligées de s'entretenir par leurs propres ressources, furent ses colonies; ses camps devinrent des rudiments de villages et de villes , et autour des camps les cultures qui fournissaient les vivres, devinrent peu à peu de vraies fermes, propriété commune des légions et des compagnies. Aux soldats qui ne trouvaient pas place dans les camps, le sénat et les généraux assignèrent des lots sur les terres publiques, fruits de la conquête, et même sur les terres particulières confisquées aux vaincus :
Imjiius Ikcc tiim ciilta 7)0>-alia miles habehit ! ISarbaru.i has segetes !
Des citoyens, sans être soldats, étaient aussi expédiés au loin , à titre de colons, par où le gouvernement romain se débarrassait d'une population dangereuse.
Enfin la nécessité de défendre les frontière* contre un cercle d'ennemis, fit établir, sur toutes les limites de l'empire, des colonies militaires, composées de soldats laboureurs qui. se multipliant par la famille et se consolidant par le travail agricole, sont devenus les souches de plusiem's peuples modernes, ou y ont introduit un élément considérable qui se survit
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dans la langue. Ainsi au cœur de rempire , et sur de nombreux points de sa circonférence, se mnllipliércnt les coionies romaines , dotées d"un droit pnblic qui les faisait participer, dans une cerlaine mesure, aux béndlices du droit romain et du droit latin. Tel était le prix de ces privilèges, que bien des villes où dominaient des races indigènes et vaincues réclamèrent la qualité de colonies romaines et latines, en acceptèrent les cliarges pour en recueillir les avantages. Et par cette sorte d'adoption, l'esprit romain pénétra intimement au sein des peuples vaincus qui subirent de bon gré l'ascendant de ses lois, de son culte, de sa langue et de ses mœurs, après avoir subi de force le joug de sa puissance. L'idée fdiale de colonie issue d'uue métropole, qui manquait à l'origine de ces rapports, s'y montra quelquefois dans le cours des temps, et la colonisation, commencée par la conquête , se rébabilita par l'agriculture.
Mais la maternité romaine ne se montra jamais libérale et généreuse qu'à moitié. Elle régla le gouvernement des colonies de la manière la plus avantageuse à sa propre domination. Elle imposa sa forme d'administration locale, en nomma les cbefs, fixa les taxes, les secours en troupes, Torganisatiou elle service des milices, disposa même de leur argent, suivant l'intérêt de la république: en un mot, les colonies restaient sous l'étroite dépendance de Rome , qui chcrcliait d'ailleurs à se les assimiler par l'identité des institutions, sans leur interdire toutefois le règlement de leurs affaires locales, ni même l'envoi à Rome de délégués chargés de soutenir leurs intérêts.
Les colonies aurait dû s'enrichir, car elles nourrissaient de leurs grains et de leurs bestiaux, et amusaient de leurs animaux féroces et de leurs curiosités, transportés à grands frais, l'oisiveté attamée , turliulenfe et débauchée de la capitale du monde. Mais livrées à l'exploitation des proconsuls, elles firent souvent des vœux secrets pour la chute d'une tyrannie qui couvrait du prestige d.'un grand nom de trop réelles misères. Aussi la barbarie germanique trouva-t-elle dans les colonies romaines autant de complices que d'adversaires, lorsqu'elle se précipita sur l'empire pour en achever la décomposition, et susciter de ses ruines des sociétés rajeunies.
III. Entre le monde ancien qui finit avec Tenipire irOccident, et le moderne qui commence au quinzième siècle, immortel entre tous par la découverte de l'imprimerie et celle de l'Amérique, le moyen âge s'est développé àtravcrs une tumultueuse fermentation. Durant celte période, le travail d'organisation locale a laissé peu de place aux entreprises de colonisation, à moins que l'on ne veuille, non peutêtre sans raison, considérer les établissements des Barbares eux-mêmes, sortant de leurs steppes asiatiques et de leurs forêts germaniques, conjuie une sorte de confuse et violente colonisation. Mais à s'en tenir au sens ordi- Jiaire, on ne pourrait découvrir, durant un millier d'années, d'embryon social portant au
dehors et au loin l'idée de colonie, que dans quelques comptoirs de commerce fondés , les uns sur les côtes et dans les villes d'Afrique, par les princes et les cités d'Europe, les antres sur les rives de la mer Koire, et encore dans ces éphémères royaumes, en plein pays musulman, auxquels les croisades donnèrent en effet le nom de colonies. La France en posséda un certain nombre de ce genre , possessions que le hasard des combats donna et retira.
Sur les pas de Colomb et de Gama, les océans Atlantique, Indien et Pacifique ont vu renaître sur leurs rives, et dans une immense proportion , le mouvement de colonisation dont le bassin de la Méditerranée fut le théâtre dans le monde ancien. Des comptoirs, des villes, des royaumes, des républiques, des empires ont été fondés, tantôt par la conquête, tantôt par l'émigration; grâce à l'incessant renouvellement de ces tentatives, la presque totalité du globe est aujourd'hui connue et explorée, sinon encore peuplée et cultivée.
Cette fonction colonisatrice s'est répartie entre les peuples de l'Europe occidentale, par préférence à ceux du centre, de l'est et du sud de l'Europe, moins favorisés par leur situation géographique, plus éloignés des mers qui étaientle théàlredes nouvelles expéditions. Ces peuples colonisateurs ont été: l'Espagne, le Portugal, la Hollande, l'Angleterre, la France, le Danemark. Au mot Colonies, nous avons esquissé le cadre des possessions qui leur restent après trois siècles et demi de vicissitudes. La vérité oblige à constater que, dans leur expansion à travers le monde, les peuples chrétiens et civilisés se sont montrés, quant aux rapports entre métropoles et colonies, et à la conduite des colons envers les indigènes, inférieurs aux peuples anciens, aux Ronuiins non moins qu'aux Grecs et aux Phéniciens. Par un phénomène fort regrettable et dillicile à concilier avec la supériorité générale du christianisme et du monde moderne sur le paganisme et le monde ancien, le sentiment de famille et de fraternité, inspiré par le cœur, conseillé par la raison et la foi , a fait place a un calcul d'exploitation de la part des métropoles, à des plans do refoulement et d'extermination de la part des colons. Aussi n'y a-t-il guère de plus lamentable récit dans toute l'histoire humaine que celui de la fondation des colonies modernes, où l'homme se montre puissant par le génie, héroïque par ie courage, admirable même par le travail, mais avitlc sans honte et cruel sans remords, au delà do tout ce que l'antiquité païenne avait jamais vu. Le système de gouvernement imposé parles métropoles à leurs colonies, et connu sous le nom fie pacte colonial i cou. ^^ '"o^' < contenait, comme principes essentiels, les cinq règles suivantes: [«monopole de la navigation réservé au pavillon national; 2» débouché de la colonie réservé aux produits manufacturés de la métropole; 30 approvisionnement de la métropole en matières premières et denrées coloniales imposé aux colonies; i" interdiclion aux colonies de se livrer aux industries et même aux
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cultures qui ont des similaires dans les métropoles; 5" taxes financières sur les prodnits tant à leur sortie des ports coloniaux qu'à leur entrée dans les ports métropolitains.
Ce tissu serré de monopoles, de privilèges, de restrictions, d'impôts, se compliquait en outre de diverses prescriptions, particulières à chaque nation. Ainsi, certains Etats excluaient impitoyablement, de leurs terres coloniales, les juifs et même les dissidents chrétiens. L'Espagne interdisait, sous peine de mort, la sortie de la cochenille du Mexique; la Hollande, celle des épices, et faisait même Lriiler les récoltes jugées excessives. Partout les hautes et lucratives fonctions étaient généralement réservées aux nationaux de la métropole, laquelle prélevait, en outre, de lourdes taxes sur ses enfants.
Que de ce nid d'iniquités soient sorties la guerre entre les puissances européennes, se disputant les colonies comme des proies à dévorer , et puis la guerre des colonies contre les métropoles, c'était inévitable. L'indépendance dcà États-Unis et des colonies espagnoles, poursuivie à travers le l'eu et le sang, puis l'indépendance du Brésil, furent les actes les plus éclatants et les mieux réussis d'émancipalion. Ce mouvement aurait pris sans doute des allures plus rapides encore, si les métropoles, averties par l'expérience, n'avaient relâché quelque peu les liens de la servitude politique et commerciale, et consenti à des ébauches de selj'-govcrnmcnt colonial.
Dans les rapports des colons et de leurs chefs avec les indigènes, tons les principes de justice ont été généralement violés avec plus d'impudeur encore, et avec plus de facilité, parce que ces malheureux, inférieurs par l'intelligence et par les armes à la race envahissante , n'ont pu lui opposer qu'une faible résistance. A cet égard, Colomb lui-même, si grand comme navigateur, ne s'est pas montré supérieur à son siècle. Il a donné le funeste exemi)le de l'asservissement des faibles aux forts, des païens aux chrétiens, par le travail excessif et l'oppression arbitraire.
Pendant une première période, les Américains, mal à propos qualidé.s dludiens , furent violemment amenés au travail des champs et des mines et à la domesticité personnelle, jus- •qu'à ce qu'ils y aient péri par millions; ce qui survécut, se réfugia dans les solitudes de l'intérieur, loin des hommes blancs. Alors on se relourna vers la race noire qui habilail l'Afrique; on i'entraina de vive force au delà de l'Océan , et la fortune des colonies se fonda sur l'esclavage (voy ) des nègres (woy.) alimenté par la Iraile. On sait quelles horreurs naquirent de celte exploilalion de l'homme par l'homme, dont la plus terrible expiation a été la. révolte de Saii'.t-Domingue.
Dans cet ordre de rapports, l'expérience aussi a enseigne à la longue la justice, e( conseillé l'émancipalion des esclaves, prononcée successivrment par lAngleterre, la France, le Portugal, le Danemark, la Suède, la Hollande, les Etals-Unis, le Brésil, et bientôt l'esclavage sera aboli dans tous les pays civilisés.
IV. L'ordre colonial nouveau, dont nous voyons poindre l'aurore, s'organisera sous un principe tellement vrai et tellement compréheiisif, qu'il s'impose à toutes les intelligences, à tous les pays, à toutes les races, à tous les travaux : ce principe est la liberté de plus en plus complète. Liberté pour les colonies de produire et fabriquer ce qui leur convient le mieux; liberté de vendre leurs produits et d'acheter ce dont elles ont besoin sur tel marché qui leur offre les meilleures conditions; liberté d'employer à l'imporlation et à l'exportation le pavillon de toute puissance : en un mot, assimilation, quant au droit commercial, de toute colonie aux provinces ou aux déparlements de la métropole. Beaucoup a déjà été fait dans cette direction, surtout par l'Angleterre ; la France a également fait quelques pas dans le même sens.
L'ordre politique à établir n'admet pas de solution aussi simple, parce que l'orgauisation politique des Étals appelle des combinaisons variées. Dans son livre sur les Trois âges des colonies, l'abbé de Pradt présage, comme fatal, l'affranchissement politique de toute colonie, et cette opinion, qui invoque Fexemple des États-Unis, des républiques espagnoles et du Brésil, IrouA^e aujourd'hui une faveur générale dans les écrits théoriques. On voit même en Angleterre se dessiner une école, composée d'esprits fort émineuls , qui souscrit à i'éuiancipalion immédiate de toute colonie. Sans pousser aussi loin l'abnégation, la politique anglaise accorde volontiers à ses colonies des libertés locales, et même une entière autonomie, poussée en plus d'un cas au delà de ce que les colonies elles-mêmes semblaient désirer. {Voy. Dominion.)
V. Il nous reste, pour terminer ces considérations, à indiquer brièvement quels territoires sur le globe restent encore vacants, domaines naturels de la colonisation de l'avenir. Les uns sont à Fintérieur des États déjà pleinement constitués; les autres sont disséminés dans des contrées encore vides d'habitants ou occupées seulement par des indigènes, incapables d'y asseoir par leurs seules forces une civilisation avancée. Pour classer les terriloires, on peut adopter cette règle qu'une densité de 50 habilanls par kilomètre carré, ou d'un habilant par deux hectares, caractérise (sauf circonstances locales) le degré d'avancement social où finit la colonisation, où l'agricuKure et l'économie rurale possèdent des conditions d'activité régulière. D'après ce théorème, dont la démonstration ne saurait trouver place ici, la part qui reste à la colonisation s'établirait comme suit :
Europe. Superlicie (déduction faile de 88 millions d'hectares pour la zone glaciale), 900 millions d'hectares. Populalion normale, 450 millions d'habitants, l'opulalioii réelle,275 millions. Déficit de population, 175 millions, correspondant à 350 millions d'hectares à coloui.ser, qu'il faut réduire à 250 millions pour tenir compte de la densité supérieure de quelques États. Cette surface se trouve dans les Élats scandi-
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