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COLONIES. — COLONIES PÉNALES

Siipei'Gcie. Population.

Iles Canaries 7,266 240,000

Golfe de Guinée 2,204 n,.'i90

Cuba 118,133 1,414,508

Porto-Rico 9,064 615,574

Philippines 110,940 4 319,269

Mariannes ( o j^o i 5,610

Carolines ( ' I 23,580

A la tète des colonies se trouvent des capitaines ou gouverneurs, investis d"un pouvoir à peu près souverain; leur administration relève du ministre de la guerre à Madrid. Les Canaries ressortissent directement à l'autorité métropolitaine.

Colonies portugaises. Quoique déchu de siècle en siècle de sa primitive grandeur coloniale, le Portugal possède encore de vastes territoires en Afrique, et quelques débris de son empire des Indes en Asie. En ne tenant pas compte du groupe des Açores et de iMadère , qui constituent des provinces ressortissant directement à la métropole, les colonies portugaises sont:

En Afrique: rarcliipel du cap Vert; les lies de San-Tomé et du l'rince; à terre divers établissements et comptoirs (Bissao, Cacheu, etc.), ressortissant au gouvernement du cap Vert; au sud du golfe de Guinée, la capitainerie générale d'Angola et de Benguéla, et sur le côté opposé du rivage oriental , la capitainerie générale de Mozambique.

En Asie, au pourtour de l'Inde : Goa, Diou, Danaon ; au sud de la Chine, la presqu'île de Macao.

En Océanie: une partie de l'ile de Timor, au sud des Moluques.

La siiperlicie et la population de ces possessions se résument dans le tableau suivant:

Superficie. Population.

•Afrique » 298, !42

Asie continentale 3,777 474,234

Macao et Timor 14,704 1,013,583

De toutes les métropoles, le Portugal est avec la France celle qui a le plus assimilé à elle-même ses colonies; elle les admet à nommer des députés aux cortès. Les questions coloniales sont soumises à un conseil d'outremer, siégeant à Lisbonne, sous la haute direction du ministre de la marine , de qui dépendent les colonies. Elles sont administrées sur place par des gouverneurs ou des commandants, suivant leur importance.

Colonies danoises. Les possessions coloniales du Danemark sont : dans la mer Glaciale , l'Islande et les îles Féroé ; dans l'Amérique du JN'ord, le Grœnland; dans l'archipel Colombien, ee que l'on appelle les Antilles ou Indes occidentales danoises, et qui comprennent les îles Sainte-Croix, Saint-Thomas et Saint-Jean. Le Danemark a cédé le 22 février 18i5, à la compagnie anglaise des Indes, son élablissement de Tranqiiebar, sur la côte de Coromandel ; il a abandonné, en 18i8, l'arcliipel de iMcobar, après d'inutiles et coûteuses tentalives de colonisation ; en 1S,")() il a vendu à rAngIclerre, au prix de lO.dfiO livres sterling, ses comptoirs du golfe de Guiate. dont Clirislianborg

était le siège. Les derniers recensements coloniaux portent à 125,000 habitants la population des établissements qui lui restent, et entre lesquels elle est ainsi répartie :

Superficie. Population.

Iles Féroé l l,322kc.. . 9,815 J

Islande \ 102,903. . . . 68,.563 [ 1868

Groenland | 9,3.52 \

Sainte-Croix. • . • l 191. . • . 23,194

Saint-Thomas. . . < 13,463 [ 1860

Saint-Jean f 15,714 J

Parmi ces dernières, Saint-Thomas a acquis une grande importance par la franchise de son port, qui en a fait, depuis un siècle, l'entrepôt du commerce licite et interlope avec les Antilles et les États voisins sur le continent. Sainte-Croix, d'un caractère plus agricole, cultive le sucre.

Colonie suédoise. La Suède n'a qu'une seule colonie, la petite ile Saint-Barlhélemi dans la mer des Antilles, qui lui fut cédée par laFiance en 1784, en échange d'un droit de libre entrepôl des marchandises françaises à Gothenbourg. La population ne dépasse pas 1.800 habitants. Cette colonie acquit quelque importance durant les guerres maritimes, par la franchise et la neutralité de son port; mais en temps de paix son chef-lieu, Gustavia,avec son aride territoire. yf'gèia dans l'inertie. Jules Duval.

Mis à jour par M. J. de B.

Comparez: Colonisation, Pacte colonial.

COLONIES PÉNALES. Territoire où des condamnés subissent une peine sans être enfermés dans des prisons. Nous diviserons le sujet en trois paragraphes, suivant que nous considérerons les colonies pénales en généralles colonies spéciales de l'Angleterre et celles de la France.

g 1". Colonies pénales en général. Pour la punition de certains délits, l'antiquité mit en pratique, outre l'ostracisme et le bannissement à l'étranger, sans détermination de lieu, l'exil en des localités déterminées: Ovide exilé à Tomes, près du Pont-Eiixin, la Sardaigne, la Corse, recevant les victimes des guerres civiles, en sont restés de mémorables exemples. Dans les temps modernes, la même mesure, inspirée tantôt par la tyrannie des pouvoirs voulaut éloigner quiconque troublait leur sécurité, tantôt par l'adoucissement des mœurs répugnant au supplice capital, a été adoptée par tous les pouvoirs cl tous les peuples. Elle prit une grande extension par la fondation des colonies qui suivit les grandes découvertes géographiques du quinzième et du seizième siècle, et le caractère de colonie pénale se trouva généralement mêlé à celui de colonie commerciale et agricole, et de station militaire on maritime.

L'Espagne, dès le seizième siècle, assigna cette destination aux îles Canaries; plus lard an Pérou et à ses autres possessions de l'Amérique. De nos jours, sous la régence delà rcinn Cliristine, on a dirigé les condamnés poliliques sur les lies des Larrons, ou Mariannes, et sur l'orto-Rico. Los présides africaines du Maroc

COLONIES PENALES.

{Ceuta, Penon-de-Yelez. Alhucema. Mélilla) sont plutôt des prisons et des bagnes que des colonies pénales.

Le Portugal a longtemps déporté lu plupart de ses condamnés à mort à Mozambique et aux ludes orientales. En 16i7, un convoi de ces malheureux fut emmené au Brésil pour peupler le pays. Au dix-huitième siècle on exila les criminels d'État au Congo. Les forts de Cacheu et de Bissao, dans la Guinée portugaise, les lies du Cap-Vert, Angola, ont aussi reçu, en divers temps, des condamnés.

L'Angleterre eut recours à cet expédient sur une large échelle. Cromwell déporta 25,000 proscrits dans les colonies de l'Amérique du Nord, où pénétra dès lors, avec d'énergiques aspirations à la liberté, un levain de haine contre l'Angleterre qui devait éclater en révolte après un siècle de fermentation. Sous Charles 11 et sous Jacques II, pour ne pas augmenter l'émigration puritaine à la iSouvelle- Angleterre, on déporta aux Antilles les plus obstinés des prisonniers écossais faits à la journée de Bothwell's-liridge ; la Jamaïque, la Barbade se peuplèrent ainsi de victimes et de mécontents. La justice ajouta ses contingents à ceux de la politique, après le bill du parlement, adopté en 1718, qui ordonnait de déporter dans les colonies de l'Amérique septentrionale les individus condamnés à une détention de trois ans et au-dessus.

La Hollande rejeta aussi de son sein l'écume de sa population, qu'elle expédia dans les lies de la Sonde, sous le feu des tropiques.

Le Danemark eut recours au Groenland, couvert de glaces.

La Russie trouva la même ressource dans les immenses et froides solitudes de la Sibérie et dans quelques autres stations : Okhotz et Sitka, au Kamtschatka; Pétropolowski , dans le détroit de Behring, Soukoum-Kalé , Bambor et Gayra, sur la côte d'Abasie, dans le bassin de la mer Noire.

Des éléments pareils concoururent, eu certaines proportions, à peupler les possessions françaises du Canada, de l'Acadie , de la Louisiane, des Antilles.

La Turquie elle-même a quelquefois substitué au supplice de la mort, l'exil dans la régence de Tripoli de Barbarie, et le travail forcé dans les landes du sandjack de Trébizonde.

Il n'est pas jusqu'à la Chine, qui, en fait de colonies pénales comme en bien d'autres inventions, n'ait devancé l'Europe. Les missions catholiques ont appris que le Torgot, province de la Tarlarie mongole, est le lieu d'exil pour les condamnés, qui n'y arrivent qu'à travers des sentiers escarpés et des monts glacés.

A l'exemple des métropoles, les colonies ellesmêmes choisirent pour leur usage des lieux d'exil pénal, exutoires de leurs prisons. Les colonies espagnoles assignèrent ce caractère à l'Ile Sainte-Catherine, sur les côtes du Brésil, et plus lard aux lies Philippines, qui, ellesmêmes, déportèrent leurs criminels à Sambouangan, dans Pile de Mindanao. La compagnie des Indes hollandaises fit de Pile Banda

une ile de punition. Le cap de Bonne-Espérance employa ses criminels et des esclaves rebelles dans Pile de Robe ou Penguin, à une lieue de la baie de la Table [Table-Bay). Le Brésil refoule les siens près du fleuve des Amazones, autour du fort Destierro. Le Chili a choisi pour cet emploi, d'abord l'Ile de Juan-Fernandez , puis la Terre-de-Feu, au détroit de Magellan; la république Argentine, les îles Malouines; la république Dominicaine , la presqu'Ue de Samana. Le gouvernement de Plnde a déporté des rebelles à Maurice, plus tard (vers 1862) à la grande Andaman.

C'est ainsi que, par un instinct naturel d'indulgence et de rigueur, ou par un calcul d'économie et de production, la colonisation pénale est entrée dans les mœurs générales. Mais la punition des coupables par leur éloignement de. la mère patrie n'est devenue le but unique , d'abord et longtemps dominant, que dans les établissements pénitentiaires fondés par l'Angleterre dans la Nouvelle- Hollande ; ceux que la France a essayé de fonder soit à la Guyane. soitàNouka-Hiva,à Nossi-Bé, et plus tard à la Nouvelle-Calédonie, s'inspirent des mêmes sentiments. Ce sont là des colonies pénales proprement dites, dont on peut rapprocher les colonies correctionnelles, créées sur le territoire continental pour les jeunes détenus, mais qui ne rentrent pas dans le cadre de notre article, g 2. Colonies pénales de l'Angleterre. Obligé par l'insurrection heureuse des colonies américaines de chercher d'autres lieux d'expiation, le gouvernement anglais jeta les yeux sur l'Australie, qui avait reçu des Hollandais le nom de Nouvelle-Hollande, et que le capitaine Cook et La Pérouse révélaient alors à l'Europe comme un troisième monde. Les avantages d'un établissement colonial app(dé. par sa position , à devenir le centre de relations nouvelles avec l'Amérique, la Chine et Iqa Indes, frappaient le cabinet de Saint-James, en même temps que l'espoir de couvrir les dépenses par la production de la canne à sucre, du coton, des épices et de Pindigo. Par un ordre du conseil, du G décembre 1 786 , le capitaine de vaisseau Arthur Phillip fut nommé capitaine général et gouverneur en chef de tout le territoire appelé la Nouvelle-Galles du Sud, s'étendant depuis le cap York, ou extrémité nord delà côte, par la latitude de 10" 37' sud. jusqu'à l'extrémité sud, ou cap Sud, de la même terre, par la latitude de 43" 39' sud. On lui livrait tout l'intérieur du pays à Pouest, jusqu'à 135» de lougitude est, en comptant du méridien de Green- Avich, sans en excepter ni 'es Iles adjacentes de l'océan Pacifique, entre les latitudes cidessus détaillées , ni les villes , garnisons , citadelles, forts et autres fortitications et ouvrages militaires, qui pourraient être élevés par la suite sur le territoire ou sur quelqu'une des lies enclavées dans cette prise de possession. Depuis la fameuse bulle d'Alexandre VI, dit avec raison un écrivain', jamais pareil enva-

1. BlosseviUe, Histoire de la colonisation pénale cl des élahlissements d". V Angleterre aux États-Unis, 1S5;>, p. 46.

COLONIES PENALES.

Iiisicmeut n'avait été commis par aucim peuple ; aussi le garda-t-ou caché peudaut seize ans aux regards de la diplomatie.

Sous le commandemeut du commodore Phillip, le premier convoi de déportés mit à la voile, dans le port de riymouth, le 13 mai

1787, composé de 1.040 passagers, répartis sur II navires; huit mois après, le 18 janvier

1788, on débarquait à Botany-Bay, lieu signalé d"ahord pour sa richesse ])Otaniqiic. et qui devait acquérir dans le monde ejitier le renom i^inistre d'abord, puis réliaiiilité, de la première colonie pénale. .Mais ce fut une erreur de nom, car l'établissement se fonda à 16 milles de là, autour du mouillage qui avait reçu de Cook le nom de Porl-.Iackson; là s'élevèrent, le 2G janvier 1788, les jn-emières assises de la ville qui devait devenir si célèbre sous le nom de Sydney; là commencèrent, à l'aide des semences, des plants, des animaux domestiques, des instruments aratoires apportés d'Europe, ou recueillis au cap de Bonne-Espérance, Ivà premières cultures de la Nouvelle -Galles du Sud. Humbles débuts de la civilisation australienne !

Sans entrer dans le récit détaillé des ébauches et des développements de cette colonie, disons seulement qu'à travers mille péripéties bizarres et imprévues, inquiétantes ou consolantes, la colonie pénale, accrue par des convois se succédant d'année en année, composée d'hommes en majorité, de femmes et d'enfants en minorité, développa, sous la direction de ses gouverneurs, tous les éléments d'activité que lui ollraient le pays et le climat. Un grand nombre de convicts se réhabilitèrent par le travail, se régénérèrent par la famille et la propriété. A l'expiration de leur peine ils rentrèrent libres dans la vie civile et ne s'y montrèrent pas trop indignes de la liberté. Le.s enfants grandirent meilleurs que les pères, et constituèrent une classe nouvelle qui prit place dans les rangs honorés de la société; les petits-Ills parurent purifiés de toute tache originelle. Aux descendants des condamnés se mêlèrent des émigrajits libres appelés par l'administration et le commerce, des spéculateurs, des culfivaleurs déterres, des éleveurs de bétail.

La justice, la municipalité, la législation, le culte, se dégagèrent peu à peu de cette confusion première, et l'Angleterre, assurée qu'elle avait découvert le meilleur système de colonisation par des convicts, retendit autour du noyau prijnitif. Les îles Infernales ( iNorfolk , iMaria, Sarah) occupées et aljandonnées comme déi)ôls des criminels les plus dangereux, puis l'ile (le Yan-lMémen, en 1804, avec l'ort-Arthur dans la presqu'île de Tasman, les établissements du port i\Iacquarie à remboucliure de la rivière d'Hastings, ceux de Mdrclon-Bay sur la rivière Brisbane, nie Melville, le port Western, l'ile l'hillip, le port du roi Gcorg-e, la baie de Hallles, enlin l'établissement, sur les bords de la rivière des Cygnes, dans l'Australie occidentale, furent successivement ou simultanément occupés à titre de colonies pé-

nales '. Peut-être l'Angleterre cherchait - elle moins, dans cette expansion persévérante, le placement de ses convicts, pour lesquels Sydney et ses alentours auraient suffi pour des siècles, que des occasions d'envahir tout le pourtour du continent australien et les iles adjacentes, en vue de s'y créer des titres incontestés à en revendiquer la souveraineté politique et exclusive. Alais elle cédait aussi, il est juste de le reconnaître, au sentiment de réprobation qui se faisait jour de plus en pins au sein de la société australienne, où l'on commençait à ne plus vouloir des impures inlluences de la déportation, ni de son contact humiliant.

Le condamné à la transportation passait par des situations successives, ainsi échelonnées :

1° Les pontons en expectative du départ; 2'' à l'arrivée dans la colonie la surveillance dans les stations; 3" bientôt après Penrôlement dans les bandes de route; 4° Vassignuiion ou l'engagement à un colon comme travailleur ; 5" le billet de passe ou permis [ticket of leave), autorisant le condamné à engager lui-même ses services dont il recevait tout le prix ; G" la grâce conditionnelle ou absolue; 7° enlin l'emancipation ou libération dans la colonie avec interdiction de retour dans la métropole.

Toutes ces dispositions, appliquées avec de nombreuses variantes, étant loin d'assurer l'ordre matériel et moral, les vices et les crimes atteignirent en Austrahe des proportions dont aucune autre société naissante n'a peut-être offert le scandale.

Cependant avec le nombre croissant des immigrants libres, une phase nouvelle se dessinait, signalée par des explorations habilement dirigées, par l'exploitation des richesses agricoles, par l'esprit d'entreprise dans l'occupation du sol comme dans les relations avec le monde commercial, par le développement du sens moral, par des exigences ijiquièles et le tourment d'innovation. Le droit de cité, les droits politiques, les privilèges des sociétés régulières étaient revendiqués et concédés. Le moment venait où ces privilèges des lionnêtes gens et des sociétés régulières, revendiqués et concédés à la Kouvelle-Galles du Sud, paraîtraient incompatibles avec une destination pénitentiaire. La conscience repoussait un injurieux voisinage; la prudence en signalait le danger.

Les vives plaintes qui éclataient sur place, trouvèrent des échos dans la métropole. Dès 1828, un comité spécial de la chambre des communes proposa de supprimer toute déportation à temps; mais ce ne fut qu'en 1837 et 1838, après une laborieuse enquête et sur le rajiport de sir W. iMolesvvorlh , que le système de la déportation fut condamné comme insuffisant, sans terreur pour le crime, corrupteur à la fois pour lesco/i^/c/'set les colons, entraînant enlin à des dépenses extravagantes.

1. En môme temps que la Nouvelle-GaUcs du Sud et la terre do Vaii-Diémen . l'acte dit de George IV désignait les Bermudes et Gibraltar comme lieux de déportation.

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