CONSOMMATION
son but: la jouissance; et la consommation reproductive est celle qui ne l'atteint que mèdiatement. Tout le capital employé par un fabricant à des achats de matières premières ou de machines et au payement de ses ouvriers, est réellement dépensé en salaires, avec lesquels de nombreuses catégories de travailleurs consommeront les produits , c'est-à-dire satisferont leurs besoins et se procureront des jouissances. De plus, il restera à ce fabricant un profit avec lequel il consommera et jouira lui-même, actuellement ou dans l'avenir, lui ou ses héritiers. Toute consommation qui ne procure pas une jouissance et ne rend service à qui que ce soit, est une perte nette pour la société; c'est une production qui n'atteint pas son but ; c'est du capital anéanti; c'est la seule consommation réellement improductive; c'est une destruction inévitable et totale. De même , la privation volontaire , qui n'est pas une épargne , €St une diminution de la consommation et un tort fait à la production. Il n'est pas vrai non plus que toute consonunatiou soit nécessairement une destruction de l'objet consommé. La consommation peut au contraire se prêter à Taccumulation. Ainsi les tableaux et les statues d'un musée, les livres d'une bibUothèque sont en consommation perpétuelle presque sans se détruire. Il en est de même en général de tout objet d'art et de toute matière précieuse brute ou travaillée, comme les bijoux, les pierreries, la monnaie , etc. , choses qui cependant se détruisent à la longue , mais non par l'efFet de la consommation. On peut même dire qu'une matière est précieuse moins à cause de sa rareté que de son inaltérabilité. Il en est encore de même des bâtiments, des machines, des routes, des chemins, des ponts, des terres défrichées. L'accroissement de la richesse réelle d'un pays ne provient que de l'accumulation de ces produits en consommation perpétuelle qui ne se détruisent pas, ou plutôt de l'excédant de leur reproduction sur la vitesse de leur destruction. Aussi plusieurs écrivains semblent n'avoir en vue sous le nom de consommation que les subsistances, les vêtements, et tout ce qui s'anéantit rapidement par l'usage. Mais dans la langue économique actuelle ce terme élargi comprend tout ce qui a une utilité ou un agrément, tout ce dont on fait usage par besoin ou par goût. Une chose entre en consommation dès qu'elle cesse d'être dans la circulation commerciale, parce que dès ce moment seulement elle cesse d'être un produit. La somme totale des richesses d'un peuple se compose donc des produits en cùrculation , des produits en consommation et des capitaux destinés à les reproduire de nouveau.
Enlin , la consommation générale comprend la consommalion privée, c'est-à-dire celle que chacun fait en particulier et hbrement, et les consommations publiques , auxquelles chacun est obligé de participer sous forme d'impôts , conformément aux lois du pays. (Foy. Finances, Impôts.)
Le gouvernement peut exercer une action dkectrice , même sur les consonmiations pri-
vées, soit quant à leur nature, soit quanta leur quantité, au moyen des impôts protecteurs ou des taxes prohibitives. Les douanes, les octrois, et tous les impôts indirects ont une influence puissante sur l'équilibre de la consommation générale, qu'ils diminuent en la déplaçant. On peut même dire que tout impôt altère cet équilibre en changeant la répartition des richesses et des jouissances; mais ceux qui l'altèrent le moins sont les impôts directs qui pèsent également sur toute la somme des richesses nationales, c'est-à-dire proportionnellement sur la richesse totale de chaque citoyen. C'est une loi fixe que la consommation d'un produit quelconque diminue en raison progressive inverse de la taxe qui le frappe ; de sorte qu'un ùnpôt double réduit au quart la consommation de l'objet imposé. C'est ce qui a donné Meu à cet axiome, paradoxal en apparence, qu'en fait d'impôts, deux et deux ne font qu'un. On conçoit donc qu'un impôt protecteur un peu élevé équivale presque à une prohibition complète. Or, la valeur de ces consommations en moins est généralement une perte nette pour la nation qui en est privée, parce qu'elle est le plus souvent consumée par l'excédant de frais que nécessite la production des objets équivalents à ceux que l'impôt frappe ou prohibe. Les frais de production sont bien employés en salaires, et par le fait en consommations de première nécessité; mais comme une plus grande quantité de traA^ail et de salaires a donné une moindre somme de produits, et qu'autrement ce travail, ces salaires et les consommations de première nécessité qu'ils représentent eussent donné une plus grande quantité de ces produits de luxe qui s'accumulent au lieu de se consommer, il y a donc eu déficit dans la somme des jouissances nationales et diminution sensiijle dans la richesse réelle du peuple, c'est-à-dire dans son capital disponible. Cette diminution réagit ensuite, par conséquence, sur la quantité possible de travail, de salaires, de consommations de première nécessité, et par là sur ia densité de la population.
Le gouvernement peut encore déplacer la consommation en dilapidant le produit des impôts en gros appointements distriljués à des sinécuristes, en dotations, fêtes, réjouissances pubhques, palais, etc. Ces vains frais de représentation', qu'il ne faut pas confondre avec les dépenses légitimes, ne peuvent que solUciter outre mesure quelques élus à des consommations de luxe extraordinaire , et appauvrissent d'autant plus les petits et grands consommateurs contribuables "qui se trouvent par le fait privés de toute la valeur que l'impôt leur a prise. Cette valeur, ils l'auraient plus également répartie entre un plus grand nombre d'industries, dans toute l'étendue du territoire,
1. Il est cependant juste de reconnaître qu'une nation riche peut se permettre des dépenses de luxe, aussi bien qu'un particulier possédant une grande fortune. Il faut seulement que les revenus soient employés conformément aux vœux de la nation.