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IX. RESSOURCES

Lapéninsule ibérique offre à peu près l'image d'une pyramide dont les côtés à inclinaison diverse , mais généralement assez rapide, soutiennent un plateau central fort étendu et fort élevé. Cette disposition qui donne lieu aux circonstances les plus différentes est encore rehaussée par les montagnes qui s'entre-croiscnt à toutes les altitudes et dans toutes les directions. Des circonstances, des habitudes infiniment variées qu'elle entraînait, il est résulté le développement de caractères provinciaux excessivement tranchés, tellement qu'il faut bien reconnaître la justesse de l'expression, trop longtemps attribuée au génie sonore et emphatique de la langue, quiproclanwit le souverain comme roi des Espagnes. C'est qu'en réalité il s'en est peu fallu que les i)opnla(ions de langue limousine qui occupent le versant de la Médifcrninée, n'arrivassent à la séparation absolue cfrecluèc sur le versant atlantique par le Portugal, dont la langue est cependant bien

moins éloignée du castillan que le catalan ou le valencien. A l'heure présente même et malgré les excitations incessantes des sentiments libéraux et patriotiques , la loi , commune au reste du pays, ne s'étend point jusqu'aux provinces basques qui conservent avec ténacité le reste des privilèges échappés à la dernière guerre civile.

La persévérance, l'habileté et surtout la loyauté castillanes sauront mettre à profit l'expérience du passé pour faire disparaître ces différences, comme elles ont su donner au nom espagnol assez d'éclat pour en faire un titre que sont fiers de porter les autres membres de la même famille. Quant aux obstacles ne réclamant que la science de l'ingénieur, si puissants que soient les moyens mis à la disposition de l'industrie et avec quelque vigueur qu'on les ait employés, il ne faut pas s'attendre à voir la péninsule réaliser, en quelques années, les progrès achetés par les autres nations au prix de siècles d'efforts constants.

Des 60 millions d'hectares formant la superflcie de la péninsule, les cinq sixièmes appartiennent à l'Espagne. Le plateau central, les Castilles en occupent la plus grande partie, 20 milhons environ: vaste région sèche coupée çà et là de chaînes qui s'élèvent peu au-dessus de son niveau, et dont les eaux, coulant dans des ravines encaissées, ne se prêtent à l'agriculture et au commerce que bien au delà de ses limites. Les céréales, le blé surtout, y forment la principale richesse, richesse longtemps sans A'aleur, mais qui, depuis l'ouverture du canal de Castille, a trouvé son débouché et fondé la fortune du port, inconnu auparavant, de Santandei".

On pourrait presque lui attribuer la totalité des 66 millions d'hectoUtres auxquels le gouvernement évalue la production nationale. Les divisions les plus extrêmes, la Rioja et la Manche fournissent de plus, en quantité, des vins de table très-généreux. Les montagnes qui l'entourent partagent également, avec les autres régions, les 10 ou II millions d'hectares de forêts, propriété exclusive de l'État, des communes et des établissements publics. Une large bande qui la traverse diagonalement relie les pâturages alpestres de Soria aux plaines brûlantes de l'Estramadure, refuge alternatif de troupeaux transhumants, qui comprennent la presque totalité des 18 millions de bêtes à laine comptées par la statistique. L'Estramadure offre encore, dans ses immenses forêts de chênes verts , la nourriture à un nombre considérable de porcs.

Les 30 millions d'hectares restants se divisent de façon à peu près égale entre les autres parties de l'Espagne.

Au nord, du i)oint où les monts Cantabres se séparent des Pyrénées jusqu'à celui où ils s'épanouissent dans toutes les directions avant de s'abîmer dans fOcéan, une suite de vallées étroites, ombreuses, rafraîchies par la brise de mer et par des pluies abondantes, offrent aux yeux le spectacle enchanteur des forêts et des prairies septentrionales sous un soleil ardent.

ESPAGNE. 901

On y recueille du maïs et des châtaignes, on y guées et 25,393,637 hectares de terres non boit du vin et du cidre, l'oranger et le ci- irriguées. Les provinces basques et la Navarre (ronnier se montrent jusque près du cap Fi- refusant tout renseignement, il résulte de ces nistcrre. C'est par excellence un pays d'élevage, chiffres et de ceux que l'on peut attribuera auqueJ jusqu'ici on a appliqué le système de l'ensemble des terrains boisés, qu'il reste enculture qui lui convient le moins, core près de 10,000,000 à'hectares , sur les- L'Andalousie, à l'autre extrémité, séparée quels l'industrie humaine ne s'est pas encore de l'Afrique par un étroit bras de mer, étendue exercée.

au pied de montagnes qui lui prodiguent les Voici le nombre des animaux domestiques

eaux de leurs neiges éternelles, participe des selon le dernier recensement (1865) : bêtes à

qualités les plus opposées des deux régions pré- cornes, 2,90 i, 598; chevaux, 672,559; mu-

cédentes, qu'elle pousse même à un degré plus lets , 1,001,878; ânes, 1,290.874; moutons,

élevé. La nature a tout fait pour elle, mais il 22,054,967; chèvres, 4,429,576; porcs,

semble que ce soit justement pour cela que les 54,264,817.

hommes l'ont abandonnée. Des troupeaux à Récolte annuelle de vin; 1,532,550 hecto-

moitié sauvages parcourent seuls les vastes sa- litres; de l'huile : 1,500,000 hectolitres et au

vaues brûlées que peu de travail convertirait delà.

eu un jardin délicieux. Et pourtant il ne serait II serait difficile de juger d'après cela des nullement besoin de sortir delà province pour ressources du pays: les denrées agricoles exichercher les modèles à suivre. Il suffirait de gent des communications aisées, qui réduisent laisser derrière soi la vallée du Guadalquivir, le plus possible les frais de transport , et c'est si facile à ses habitants, et de gagner les mou- ce qui fait défaut. Les chemins de fer ont fait tagnes où l'homme trouve, il parait, avec les des progrès merveilleux, ils ont atteint, dès obstacles la force de les vaincre. La splendide maintenant, environ 6,000 kilomètres de dévevega^ de Grenade, les ohvaies de Jaen, les loppement; malheureusement ils ne sont pas vignes et les champs de canne à sucre de Ma- accompagnés d'un réseau de routes qui leur laga diraient tout ce qu'on peut attendre d'une corresponde et répartisse plus également l'acterre ainsi privilégiée. Les céréales, l'huile, des tivité concentrée sur quelques lignes. On ne vins plus généreux que ceux delà Gaslille, trouve encore (1867) que les longueurs suides bestiaux aussi beaux que ceux de la Ga- vantes:

lice, des chevaux d'une réputation universelle. Routes de i-^^ classe 7,D30 kilomètres.

tout ce qui se trouve éparsdans les autres pays — de 2<-- classe 9,5G6 —

se trouverait réuni dans cette magnifique pro- - Jro^vVnc'iaTes l'sii -

vince. -^

Placées dans des conditions bien moins favo- '

râbles, les provinces de langue limousine re- Sur ces 29,212 kilomètres, environ 20,000

prennent l'avantage par l'ardeur au travail et la seulement sont à l'état d'entretien et 5,000

vive intelligence de leurs habitants. Murciens, autres sont encore purement à l'étude, c'est-

Valenciens, Catalans, luttent depuis des siècles à-dire à l'état de projet.

contre l'aridité du sol qui leur est échu en Après l'agriculture , les mines attirent plus

partage et ils sont parvenus à en tirer des mer- particulièrement l'attention du peuple espagnol

veilles comme les huer tas Aq .Mnrcie, de Va- Le tableau ci-dessous montrera la production

lence et des bords de l'Èbre. Certes, il reste attribuée à 1866 (eu quintaux métriques) de

encore à faire; on ne peut croire que les déserts minerai: fer, 1,801,313; plomb, 2.674,937;

pierreux qui graudissentà mesure qu'on marche plomb argentifère, 213,118; argent, 17,035;

vers les Pyrénées, soient destinés à une sté- cuivre , 2,795, 27i; étain , 301 ; zinc , 734,234;

rililé perpi^tuelle; mais le pas le plus difficile mercure (cinabre), 185,171. Puis, houille,

est franchi, et, la paix aidant, l'homme saura dé- 3,931,051 , et lignite, 359,586.

cupler, centupler même les énormes ressources Le commerce prend un grand essor; l'année

qu'il a déjà su y créer. Outre les céréales, le 1813 avait fourni pour les importations et ex-

vinetPhuile, la soie et le riz forment pour ceMe purtations réunies une somme de 204,494,160

région des articles importants de production. francs; pour l'année 1860 elle a été de 471

Ajoutons, pour la singularité du fait, les dattes millions, et pour 1 867 de 762 millions de francs.

données par la forêt de palmiers d'EIche, cette Les principales exportations de lEspagne

petite oasis africaine, placée aux portes d'Ali- sont le vin, pour 80 à 85 millions de francs; les

cante. métaux, 38millions; lesfruitssecs. 26 millions;

Nous nous sommes arrêté particulièrement les laines, l'argent, le liège, les huiles, du

sur ce qui touche a l'agriculture, parce qu'elle bétail, du safran, de l'eau-de-vie, de la soie

est la branche d'activité la plus importante en grége et autres produits agricoles. Les impor-

Espagne. où l'on est fondé à croire que, sur talions consistent en sucre, pour 28 à 30 mil- '^

100 habitants, 75 travaillent à la terre. Nous bons de francs; eu morue, pour 12 à 13 mil-

termiuerons par quelques chifTres empruntés lions; eu colon ( 1865); près de 15 millions de

aux sources les plus tlignes de foi. kilogrammes eu tissus de laine, de coton, de

Disons avant tout que retendue cultivée soie; en fer, machines et autres produits fa-

comprend 1,150,200 hectares de terres irri- briqués. I^-

1. Vega et Ilnerta désignent des terrains irrigués Comparez: Alcaldo, Ayuntamionto , Grandesse

OÙ les récoltes s8 succèdent saus iuterruptiou. Infant, Junte.

ESPECE HtTMAINE. — ESPION.

ESPÈCE HUMAINE. Voy. Races et Unités.

ESPION. Il y a l'espion en temps de paix et l'espion en temps de guerre.

L'espion en temps de paix se subdivise luimême en espion intérieur, surveillant et dénonçant ses propres concitoyens au profit du gouvernement, et en espion international remplissant un office analogue au profit des gouvernements étrangers.

Nous parlons au mot Mouchard de l'espion intérieur; quant à l'espion international, en temps de paix il ne court pas de risques, à moins qu'il n'use de moyens défendus par la loi, comme la corruption des fonctionnaires publics, pour se procurer ses renseignements, ou encore qu'il n'arrive à tomber sous le coup de l'article 76 du Code pénal. Cet article porte: «Quiconque aura pratiqué des machinations ou entretenu des intelligences avec les puissances étrangères ou leurs agents pour les engager à commettre des hostilités ou à entreprendre la guerre contre la France ou pour leur en procurer les moyens , sera puni de mort. Cette disposition aura lieu dans le cas même où lesdifes machinations ou intelligences n'auraient pas été suivies d'hostilités.»

Enfin, la loi frappe encore «tout étranger surpris à lever les plans des camps, quartiers, cantonnements, fortifications, arsenaux, magasins, manufactures, usines, rivières, canaux et en général de tout ce qui tient à la défense et à la conservation du territoire et à ses communications.') (Code des déhts et des peines, du 21 brumaire an V, art. 2; Rép. du Journal du Palais, \° Espion, n° 2.) Nous ne savons si ces dispositions sont encore en vigueur, du moins dans toute leur étendue; ce qui est stir, c'est qu'aucun gouvernement n'est obhgé d'admettre dans le pays des gens qui lui paraissent suspects d'une mauvaise intention.

Le rôle de l'espion international en temps de guerre a soulevé diverses questions.

Tout le monde parait d'accord sur ce point qu'il peut être puni de mort, et la loi française est formelle à son égard. Il sera jugé par une commission militaire ou un conseil de guerre, s'il appartient à l'armée ennemie ou si c'est un militaire soudoyé et trahissant sa propre \ armée. Si c'est un citoyen qui est accusé de î s'être laissé corrompre par l'or étranger et de pratiquer l'espionnage contre les armées de son pays , il ne pourra être jugé que par les juridictions ordinaires qui sont la garantie de tout citoyen, c'est-à-dire par la cour d'assises. (Arrêt de la Cour de cassation.)

Un ennemi allant à la découverte et tâchant de surpi-endre le secret des préparatifs d'attaque ou de défense ou des mouvements de l'ennemi, n'est pas un espion.

«On ne peut traiter d'espion, établit Martens (livre YIII, chap. 4), que celui qui, sous les dehors d'ami ou de neutre, tâche de prendre des renseignemenls ou de favoriser une correspondance nuisible à l'intérêt de l'armée, de la place, etc., et non pas l'officier ennemi qui parait dans son uniforme.»

M. Pinheiro Ferreira, dans son commentaire sur Vattel (livre III, chap. lv, 179), fait ici une remarque fort juste. «11 règne, dit-il, sur les espions une confusion qu'il importe de signaler. L'homme qui , sans abuser de l'hospitalité ni de la confiance, cherche à informer son gouvernement de tout ce qui peut Fintéresscr dans le pays ennemi, ne saurait être confondu avec celui qui, en retour des bons procédés qu'on a envers lui, nuit au pays même qui lui prodigue ses bienfaits. » Le second est le seul, le véritable espion, celui que la loi punit de mort. Vattel pose le principe suivant : « Après avoir constaté qu'un «homme d'honneur» ne fait point le métier d'espion..., et le juge indigne de lui, parce que ce métier ne peut guère s'exercer sans quelque espèce de trahison », U ajoute : « Le souverain n'est donc pas en droit d'exiger un pareil service de ses sujets, si ce n'est peut- être dans quelque cas singulier et de la plus grande importance. »

« Peut-on, s'écrie M. Pinheiro Ferreira. avouer quelque chose de plus contraire au principe de la morale et au simple bon sens? Comment l'auteur a-t-il pu concevoir chez les rois le droit de commander à leurs sujets des actes immoraux ! »

Les lois de la guerre autorisent-elles à corrompre un officier ou un sujet de l'ennemi pour en obtenir des renseignements?

Oui, d'après Vattel et Martens.

Kon, d'après Pinheiro Ferreira.

Est-ce honnête ?

« Non, sans doute », répond Vatte C'est «immoral», ajoute Pinheiro Ferreira. Terminons par une réflexion et un fait. La réflexion, c'est qu'il est toujours impossible d'avoir confiance au rapport d'un espion. Le fait qui a été constaté, c'est qu'il est heureux, pour les généraux, qu'ils aient su se défendre de cette confiance; ils en auraient été trop souvent victimes et n'y auraient trouvé que des occasions de fautes.

Il est à craindre que, malgré le jugement porté par la plupart des puhlicistes sur Fespion. l'espèce n'en disparaîtra pas. Ces agents sont en effet indispensables en cas de guerre, c'est alors un mal nécessaire. Un général ne peut pas faire un pas sans s'éclairer, et Fun des moyens de connaître , c'est d'écouter les rapports des espions , rapports qu'il n'acceptera , bien entendu, que sous bénéfice d'inventaire. Il distinguera naturellement ceux qui lui arrivent par un homme de sa propre nalion. ou d'une nation amie, de ceux que lui fouruira un individu de la nalion ennemie, cet individu pouvant chercher à Fégarer, ou s'il disait la vérité, ce serait un être tellement abject, qu'il faudrait hésiter à lui accorder confiance lors même qu'on aurait dix fois éprouvé sa véracité. Il y a, en effet, une difl'érence sensible entre Fhomme qui risque sa vie pour être utile à son pays, même si le moyen qu'il emploie est d'une moralité douteuse, et l'individu qui trahit sa patrie . qui, pour une somme d'argent, lui cause un préjudice sérieux. Aussi, si les deux catégories d'espions sont punies de mort.

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