I. mSTOIBE
Qui ne se rappelle les innombrables armées de Sésostris et de Xerxès ? Qui, à propos d'elles, ne s'est demandé comment on les nourrissait, comment elles étaient composées ? Il est plus facile de répondre à la seconde de ces questions qu'à la première.
Celles de Sésostris, dont la plus fameuse montait à 600,000 fantassins et 27,000 chars, et qui ont ravagé et conquis l'Asie, ne possédaient point le caractère de permanence; on les hcenciait, une fois la guerre terminée. Mais leur recrutement était aisé , les guerriers formant en Egypte une caste privilégiée. On rapporte que les châtiments dans les armées de l'ancienne Egypte s'exerçaient contre l'honneur et la réputation plutôt que contre le
corps ou le bien-être du coupable, ce qui annonce à la fois et des idées généreuses et une organisation mihtaire bien entendue.
On ne peut eu dire autant des Perses sous Xerxès; ils étaient alors dégénérés comparativement à ce qu'ils avaient été au règne de Cyrus : toutefois les Perses furent vaincus par les Grecs, plutôt à cause de leur mauvais armement et des fautes de plusieurs de leurs chefs, que par manque de courage.
Ne croyez pas d'ailleurs qu'avec le million d'hommes qu'il commandait au départ , le roi des Perses livre bataille avec beaucoup de soldats : à Platée, il n'oppose que 350,000 hommes à ses adversaires coalisés, et sur les autres champs de bataille moins encore. C'est là, en effet, un exemple du sort qui attend les nombreuses armées : à une grande distance de la mère-patrie, elles fondent et s'atténuent dans une incroyable proportion; l'histoire le constate à toutes les époques.
L'usage des chars de guerre , dont Sésostris avait un si grand nombre , et qui se retrouve chez les Perses, montre la nature des pays où combattaient ces peuples, pays de plaine par excellence. D'Asie en Europe, cet usage va en s'affaiblissant, et nous le verrons à peine chez les Grecs ', nullement chez les Romains.
La Grèce , partagée en petits peuples , ne mit jamais sur pied d'armées nombreuses. Dans leurs luttes intestines, ces peuples combattaient avec des poignées d'hommes; leur plus grande bataille, celle de Leuctres, compte alors 14,500 soldats, d'un côté, et 26,000, de l'autre. A l'étranger, même faiblesse numérique ; contre Syracuse , Athènes envoie 6,300 hommes ; Agésilas exécute son expédition d'Asie avec 8,300 hommes, et le grand Alexandre, qui dispose des forces de la Grèce entière, ne mène pas contre Darius plus de 35,000 hommes. Les Grecs disposaient de peu de cavalerie. Leur infanterie, organisée en phalange, était solide. La phalange comprenait des ^o/j/iïes, ou hommes pesamment armés (d'une pique), rangés sur seize de profondeur; quatre files formaient une tétrarchie, ou compagnie de soixante-quatre hommes, base essentielle de cette formation tactique. Les tétrarchies et les fractions supérieures se plaçaient à côté les unes des autres presque sans intervalles , ce qui rendait la phalange un corps lourd, compacte, peu mobile. A ce grave inconvénient, les troupes grecques opposaient un avantage , la qualité individuelle des soldats qui les composaient , car , sauf rhabitiide de porter leurs vivres et leurs bagages, les fantassins grecs, pesamment ou légèrement armés (ces derniers escarmouchaient autour de la phalange) étaient robustes, valeureux et remplis d'un patriotique enthousiasme.
Les armées romaines acquirent , comme effectif, comme travaux et comme résultats, une tout autre importance que les armées grecques : l'empire romain , conquis par elles,
1. Les successeurs d'Alexandre y recoururent , mais plutôt comme monarques asiatiques que comme Grecs.
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fut plus vaste et plus durable que l'empire improvisé d'Alexandre.
A Rome , chaque citoyen devait le service militaire, et l'on choisissait, au début de la guerre , les plus propres aux combats ; c'était le môme principe qu'en Grèce; seulement, au lieu d'être sous le coup d'un appel de vingt à soixante ans, comme à Athènes et à Sparte, on ne l'était que de dix-sept à quarante-six ans, et, entre ces deux limites, l'on devait passer seize ans sous les drapeaux, si l'on était fantassin, dix ans seulement, si l'on était cavalier. Un des principes de la constitution militaire de Rome, c'est qu'à l'origine, la cavalerie de cet État se recrutait uniquement parmi les chevaliers, classe nobiliaire, qui venait après celle des sénateurs : tant qu'il en fut ainsi, la cavalerie des armées romaines resta médiocre , et il fallut, à partir des guerres puniques, recourir à la cavalerie auxiliaire, à cette cavalerie, dont les Numides, les Espagnols et les Gaulois fournii'ent les meilleures recrues.
La légion romaine possédait une force offensive qui cadre à merveille avec l'ambition du peuple dont elle émanait. Au Ueu d'être rangée sur une seule hgne profonde , comme la phalange, elle se composait de trois hgnes à intervalles, qui se portaient l'une derrière l'autre en échiquier : dans cet échiquier, les vides étaient égaux aux pleins , en sorte qu'en portant la seconde hgne sur l'ahgnement de la première, on obtenait, quand besoin venait , la formation pleine , sans cesser d'avoir , comme formation normale, des lignes découpées et mobiles, n'ayant chacune que dix rangs de profondeur. Ces trois lignes comprenaient les légionnaires proprement dits ; on nommait leurs soldats: hastaii-es, en avant; princes, au milieu; triaires, en arrière. Ces triaires formaient réserve, et ne s'élevaient pas au-dessus de 600, moitié du chiffre de chacune des deux autres lignes. En dehors des soldats de rang, il y avait, comme chez les Grecs, des hommes légèrement armés , dits vélites , qui commençaient le combat en tirailleurs; les véUtes étaient en même nombre que les hastaires, c'est-à-dire 1,200. Cela faisait 4,200 fantassins par légion, etîfcctif moyen des diverses organisations que subit ce corps , et qui donne une idée suflisante de sa force. Un trait distinctif de l'organisation romaine , c'est que la légion comprenait de la cavalerie, qui en faisait partie intégrante , et variait du dixième au vingtième de son effectif.
Les consuls commandaient les armées. Une armée consulaire se composait de deux légions romaines, secondées par deux légions alliées, et comme il y avait deux consuls, cela indique la composition ordinaire d'une levée : quatre légions nationales et quatre légions étrangères. Chaque consul avait ainsi sous ses ordres 10,800 fantasshis et 1,800 cavaliers. Plus tard même, au temps dos proconsuls, rarement une armée romaine dépassa 25,000 hommes ; une des plus fortes fut celle qui combattit à Cannes et qui comptait 80,000 hommes, ce qui n'empêcha pas Ilannibal d'eu avoir raison.
Les armées romaines changeaient souvent de chefs, puisque les consuls étaient élus pour un an. Malgré cet inconvénient, elles obtinrent les plus grands succès, sauf contre quelques adversaires de génie. Cela tient surtout à la valeur du soldat romain endurci à l'avance, par des exercices nombreux et pubhcs , aux fatigues, aux privations, aux combats. Le légionnaire portait, outre ses armes , un sac renfermant du blé pour quinze jours, et une palissade destinée à fortifier le pourtour du camp , et , malgré ces fardeaux, il effectuait de longues marches.
Ajoutons que , malgré la persévérance de la politique romaine , la légion qui l'avait tant servie , subit une transformation , contre-coup de l'une de ces révolutions qui agitèrent le Forum. Marius, chef du parti populaire, fit admettre, comme soldats de rang, comme légionnaires, les prolétaires, tandis que jusqu'à lui il fallait posséder un certain revenu pour jouir de ce privilège. La conséquence de cette admission fut de supprimer la hiérarchie qui existait dans la légion et ne plus conserver les triaires , ces vieux et excellents combattants : hastaires, princes, triaires, furent donc fondus ensemble et armés de la même manière ; puis on partagea les légionnaires en dix cohortes , qui furent rangées sur trois lignes ; l'ordonnance , en perdant un peu de mobilité, conservait deux hgnes principales, et une troisième ligne , comme réserve , c'est-àdire un dispositif parfait en tant qu'ordre de bataille. La légion par cohortes est celle de César; elle fit d'aussi grandes choses que la légion primitive.
Parlerais-je des armées romaines de la décadence ? Avec César déjà, plus encore avec l'empire, les provinces conquises contribuèrent au recrutement des légions, et l'armée comme l'administration romaine se trouva envahie par les vaincus. Ce n'est pas là la vraie cause de l'altération des armées impériales ; cette altération vint plutôt de la mollesse qui gagna toutes les classes de la société. Ou trouva trop lourdes les anciennes armes ; la fameuse épée droite fut abandonnée; de pahssades, de bagages, le soldat n'en porta plus. On préféra les armes légères, lesfièches; au lieu de s'aborder on prit l'habitude de lutter de loin, plus avec des machines qui se multiplièrent outre mesure qu'avec des soldats; et c'est ainsi que se prépara le triomphe de ces barbares vigoureux et aux mœurs rudes qui envahirent le pays.
La cohorte de ces temps se modifia : olle combattit isolément parfois et devint même un mélange d'infanterie et de cavalerie. La dernière légion, celle retracée par Végèce, forte de 6,100 fantassins, et rangée sur deux lignes seulement , comprenait toutes sortes de combattants à pied, au premier rang des hommes pesamment armés; au second, des archers cuirassés, puis deux rangs de véUtes, un rang d'arbalétriers, encadrant une machine de jet, et, enfin, des triaires; on fut promptemeut obligé de renoncer à cette ordonnance confuse, et de revenir à des cohortes isolées. La disci-
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pline déclinait comme l'organisation ; il suffit de rappeler les exigences et les mutineries des cohortes prétoriennes , pour donner une idée du désordre qui gagnait les armées romaines , et ôtait ainsi à l'existence de l'empire son dernier appui.
Les armées des peuples barbares , si l'on peut donner ce nom aux foules de combattants accompagnées de femmes et d'enfants avec lescjueUes ils envahirent l'empire romain , ces armées se composaient presque exclusivement d'infanterie. Une fois installés dans les pays conquis ou qu'on leur avait cédés, ces peuples nouveaux prirent les habitudes militaires des anciens maîtres de la terre , c'est-à-dire des Romains , comme firent les Yisigoths , ou bien conservèrent les principes de leur organisation barbare, mitigée par la nécessité de brider les populations conquises , comme les Francs. Ces derniers gardèrejit en face de l'ennemi la formation profonde, puisque le chroniqueur nous rappelle, à propos de la victoire de Tours, remportée sur les Sarrasins par Charles Martel, que le succès fut pour ses gros bataillons. Mais s'ils se réunissaient ainsi pour l'offensive, ils s'éparpillaient pour la défensive et occupaient des points isolés, mais essentiels.
Dans une armée féodale les seigneurs venaient à l'appel du roi combattre, de leur personne, à ses côtés. Leurs vassaux les accompagnaient et prenaient part à la bataille en deuxième ligne. Indépendamment de ces deux lignes de cavaUers , l'une , de seigneurs ou cavaUcrs nobles, l'autre, de vilains, les armées du temps comprenaient aussi de l'infanterie ; mais nul ne voulait la commander et s'en occuper, car, pour des personnes riches et puissantes, rester à cheval offre plus d'attraits. Cette situation s'aggrava par suite de la vanité humaine, qui inspira aux seigneurs un dédain profond pour ces gens de pied dont ils devaient, plus tard, regretter l'impuissance et l'inhabileté au moment du danger. L'infanterie, reléguée au dernier rang, ne se composa donc, pendant la période de la féodalité pure , que de paysans mal armés, bons tout au plus à commencer la bataille en escarmouchant, et à terminer la journée par le pillage du camp ennemi. Et pendant que l'infanterie s'amoindrissait de la sorte , la cavalerie prenait une prépondérance excessive. Les armées en contenaient une proportion exagérée; elle seule supportait le poids de la guerre, faisait la guerre de siège, attaquait les postes, les retranchements, et, pour cela, bien entendu, mettait pied à terre. Si c'eût été de la cavalerie légère, passe encore; mais c'était de la grosse cavalerie, bardée de fer; car les cavaliers nobles ne voulaient pas combattre autrement, le droit de porter armure constituant un des privilèges de leur rang; aussi, une fois à pied, même en se débarrassant de quelques accessoires, éprouvaient-ils une peine infinie à parcourir un petit espace de terrain, et se voyaient-ils obligés de se fractionner en plusieurs postes. Ces cavaliers nobles formèrent bientôt une corporation d'honneur, la chevalerie (voy. ce mot),
où l'on n'était admis qu'en prouvant sa noblesse, son courage, sa bonne réputation. Parmi les chevahers , les plus puissants portaient bannière , et l'effectif des armées se comptait uniquement par ba7inières , c'est-à-dire par groupes d'une trentaine de cavaliers; ce fait seul indique combien peu on tenait compte de l'infanterie. Les trente cavaliers de la bannière se décomposaient en cinq lances fournies ; la lance fournie , c'était le cheA'aUer et sa suite.
On arrivait de la sorte à une singulière anomalie, celle de faire toutes les opérations de guerre, même celles qui réclament des allures vives et dégagées, avec des gens bardés de fer, nécessairement lents et lourds dans leurs mouvements.
Cette situation changea en partie par les croisades , auxquelles la chevalerie prit une si large part. Loin de la mère-patrie , le recrutement des armées devint dilTicile, et les chefs, pour le salut de leur cause, durent s'occuper des fantassins qui les suivaient , les mieux armer, les diriger; dès lors les gens de pied montrèrent l'importance et la perpétuité de leur rôle. Pendant que rinfanterie renaissait en Orient, une autre circonstance la mettait en relief en France. Nos rois faisaient alUance avec les villes et leur octroyaient peu à peu une municipaUté : chaque commune leva pour sa défense un corps de troupes presque toujours composé d'infanterie, et bientôt ces milices des communes, restant toujours sur pied et aux ordres du même chef, devinrent supérieures aux mihces féodales. L'usage de la poudre à canon, qui contribua à l'abandon des armures, fut également favorable à l'infanterie.
Outre les milices des communes dont les rois disposaient en cas de guerre, il y eut à cette époque des soudoyers combattants à la solde exclusive du souverain, levés principalement dans le Brabant et en Allemagne , véritable Héau pour le pays qu'ils devaient protéger autant que pour l'ennemi. Les grandes compagnies dont Du Guesclin eut le mérite de débarrasser la France, n'étaient autre chose que ces aventuriers dont l'existence dura jusqu'au dix-septième siècle, sans empêcher dans les cas critiques la levée en masse, comme Philippe le Bel en donna l'exemple en 1302.
Les inconvénients attachés aux troupes mercenaires engagèrent Charles V , puis Charles VII de France à tenter la création de troupes nationales et permanentes: l'impôt, devenu permanent, permit à cette tentative de rester définitive sous le dernier de ces monarques, créateur des francs-archers (1448). Ces nouveaux fantassins étaient levés aux frais des paroisses; sauf les jours de réunion, pour cause d'exercices, chacun d'eux demeurait dans la paroisse qui l'avait mis sur pied et qui en était responsable. En raison de cette dispersion ils ne prirent pas l'esprit militaire et durèrent peu. Il n'en fut pas de même pour les compagnies d'ordonnances formées de cavaliers et composées chacune de cent lances fournies; ces compagnies instituées en 1445 subsistèrent jusqu'à la Révolution française.
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Ces créations de Charles VII furent imitées par les antres puissances. Louis XI, en supprimant les francs-archers , les remplaça par 10,000 aventuriers et 6,000 Suisses. Ces vainqueurs récents de Charles le Téméraire , qui combattaient en gros bataillons carrés fraisés de piques , jouissaient d'une grande réputation, et chaque puissance cherchait à imiter leurs fantassins; ils furent au camp de l'ontde-l'Arche (1480) les précepteurs de nos soldats, auxquels ils apprirent à manoeuvrer avec précision et silence.
Charles YIII introduisit en France de l'infanterie allemande , des lansquenets , dont son père avait déjà eu quelques groupes à son service. Lorsqu'il part pour son expédition de Naples, il emmène une armée de 30,000 hommes et 140 bouches à feu; sur ce chiffre total il y a 18,000 fantassins, presque tous Suisses ou lansquenets. Louis XII institue quelques compagnies de chevau-légers, réunies ensuite aux compagnies d'ordonnances, et prend à son service 2,000 cavaUers grecs nommés stradiots, au moment de marcher contre Gènes. A voir ainsi les étrangers enrôlés sous nos drapeaux, on comprend combien notre infanterie devait se trouver arriérée, tandis que notre cavalerie avait possédé et possédait encore la meilleure renommée. Louis XII, pour améliorer nos gens de pied, décida plusieurs chevaliers célèbres à se mettre à leur tète. Le plus illustre d'entre eux, Bayard , ne voulut pas commander à plus de 500, ce qui indique et sa modestie et la nécessité qu'il reconnaissait d'y apporter une grande attention. François I«f songea aux moyens de constituer en France une bonne et solide infanterie; en 1534, il créa sept légions de 6,400 hommes chacune , et composa chacune d'elles de soldats appartenant à la même province. Si cette institution avait duré , nous eussions eu en permanence un corps de 45,000 gens de pied, effectif considérable pour l'époque. Le système des légions abandonné , les armées françaises ne comprirent plus que des corps isolés* d'infanterie tous peu nombreux. On les nommait bandes. Ces bandes, commandées par un capitaine, comptaient de 5 à 600 hommes, et combattaient en général suivant la formation carrée, les piquiers au centre, les arquebusiers à l'extérieur: ainsi les soldats pourvus d'armes à feu servaient comme s'ils étaient armés à la légère. C'est assez la tendance du temps, de rendre les armes à feu, ces armes qui rétablissent l'égalité entre le faible et le fort, plus maniables et d'un usage plus universel, tendance qui montre qu'elles étaient maîtresses de l'avenir. Déjà l'artillerie avait réalisé sous ce rapport de grands progrès, indiqués par la possibilité où fut Charles VIII de pouvoir traîner jusqu'à 140 pièces dans son expédition de Kaples, et par l'influence de nos canons dans la bataille de Marignan.
Les armes à feu de main s'allégeaient ainsi et se multipliaient: à la coulevrine des Suisses l'arquebuse venait d'être substituée, et bientôt le mousquet, précurseur du fusil, allait ajjparaltre; de la proportion du •/, sous François l'-f,
les armes à feu portatives passent aux '/j à la fin des guerres de religion, et aux *lt sous Louis Xlll. A cette époque les armées ne furent pas nombreuses ; le duc d'Anjou u'avait à Moncontour que 10,000 fantassins, 8,000 cavahers, 1 5 canons, effectif le plus fort de ceux mentionnés alors, sauf l'armée de 26,000 hommes avec laquelle le duc d'Albe envahit et conquit le Portugal au nom et au profit de Philippe II. Les bandes acquirent d'autant plus d'iiuportance que l'infanterie prenait déflnitivement le pas sur la cavalerie et que les armes à feu se multipliaient. On ne tarda pas à réunir plusieurs de ces bandes sous un même chef, afiu de simplifier leur administration et de donner à leur action une impulsion unique : la réunion de 3 ou 4 bandes devint un régiment, et le commandant d'un régiment prit le titre de colonel ; ces deux nouvelles dénominations apparaissent sans conteste sous Charles IX, vers 1561.
Les compagnies de cavalerie légère ne furent réunies en régiments que 74 ans plus tard. Ce qui caractérise la cavalerie à parth* de François I*"", c'est que la cavalerie noble s'atténue , disparait peu à peu et que les hommes d'armes qui remplacent les chevaliers ne tardent pas à voir leurs suivants monter au même niveau qu'eux. Dès lors on abandonne la formation en haie et l'on institue des escadrons profonds , sur 8 rangs au moins de hauteur. Cette réforme procède des Allemands , et des armées de Charles-Quint passe dans celles de François \". Ces escadrons nouveaux , dits escadrons de reitres^ du mot allemand qui signifie cavalier, combattent par rangs successifs, le rang qui a chargé et fait feu accourant se ranger en arrière. On reconnaît promptement l'inconvénient d'une cavalerie trop profonde , et l'on réduit les 8 rangs à 6 et à 5. Déjà aussi l'infanterie quitte les formations carrées pour amincir ses rangs. Devant le jeu de l'artillerie, qui occasionne les plus grands ravages dans les masses compactes, il ne pouvait en être autrement.
Sous Henri IV et Maurice de Nassau les armées réaHsent des progrès. Ce dernier introduit la régularité, la discipline, les campements, l'obligation pour le soldat de travailler à la terre. Le premier gagne sa couronne à force d'exploits, déploie l'art de la tactique, et unit au courage d'un preux chevalier la prudence d'un chef; l'un des premiers il montre aux modernes tout le parti qu'on peut tirer d'une réserve. A la tête de faibles armées tant qu'il fait la guerre civile, il rassemble pour l'exécution de son plan contre la maison d'Autriche (16t0), que sa mort seulement empêche , un corps de 32,000 fantassins, 5,000 chevaux, 33 canons, armée considérable , que la présence de ses nombreux alliés devait élever au chiffre de 65,000 fantassins et 25,000 cavaliers; et pendant cette expédition il laissait encore 60,000 guerriers en France, car son administration économe avait su doter le pays d'une armée totale de 100,000 hommes. On considéra alors cet effectif comme un effort extraordinaire, mais les chiffres se sont accrus constamment depuis lors. Louis XIII eut à la fois cinq armées sur pied s'élevant en-
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semble à 100,000 hommes. Louis XIV n'eut jamais sur le pied de paix moins de 125,000 hommes, et pendant la guerre il mit en ligne jusqu'à 400,000 soldats.
Ces armements formidables amenèrent la suppression de la pique et l'adoption du fusil avec baïonnette à douille , la création de troupes d'artillerie spéciales, une administration probe, sévère, dont l'État prit de plus en plus la direction et le contrôle, un sj'stème de recrutement national par le tirage à la milice. Quoique le Grand Roi eût dans les rangs de ses troupes des soldats étrangers, ceux-ci furent toujours l'exception. Nous ne pouvons en dire autant du roi de Suède Gustave-Adolphe. Ce monarque commandait à un peuple de 3 millions d'âmes, et malgré les habitudes guerrières de cette population, se vit obligé d'enrôler un grand nombre d'étrangers. Il prenait en tout pays et de toutes mains des enrôlés volontaires ou des prisonniers transfuges. II chargeait des officiers de lever des régiments en leur en accordant à l'avance le commandement. Ses armées se distinguaient par la sobriété , l'obéissance , la discipline , à un point tel que les paysans allemands ne cherchaient pas mauvais parti aux soldats suédois isolés ' : elles ne montèrent jamais à plus de 70,000 hommes, secondés par 30,000 alliés seulement. Gustave-Adolphe fut l'un des premiers à employer l'artillerie pour l'offensive , à fractionner son infanterie d'une façon plus rationnelle et plus utUe pour le bon effet des feux , à faire combattre la cavalerie au trot et en ne faisant feu qu'à bout portant. Frédéric II de Prusse continua ces progrès et les compléta : l'infanterie manœuvra et tira avec une précision qui depuis n'a pas été dépassée; la cavalerie chargea au galop et à l'arme blanche; rartillerie à cheval fut créée, et les trois armes effectuèrent des mouvements d'ensemble, combinaison nouvelle sur laquelle se base la tactique de nos jours. L'armée prussienne , forte d'abord de 70,000 hommes, devint bientôt une armée de 120,000 et môme de 200,000 soldats, chiffre exorbitant pour un État de G milhons d'habitants. Elle contenait un grand nombre d'étrangers que la sévérité de la discipline retenait de gré ou de force sous les drapeaux; néanmoins la désertion la minait, et c'est avec étonnement qu'on voit la Prusse, même en concevant son désir de rester Adèle aux traditions du grand Frédéric , conserver jusqu'à ses désastres de 180G le mélange de soldats nationaux et de soldats étrangers.
Avec la Révolution française l'aspect des armées change. La fusion de la garde nationale dans l'armée, les levées en masse de 1793, puis la conscription s'étendant indistinctement à tous les citoyens âgés de»20 à 25 ans, don-
nèrent à la France un million' de soldats partagés en 14 armées. Ces soldats improvisés manquent d'instruction et ne peuvent manœuvrer comme les élèves de Frédéric: dans les premières batailles, à Jemmapes, à Valmy, on les lance en tirailleurs en grandes bandes , c'est-à-dire en éparpillement, leur élan compense leur inexpérience, et ils remportent la victoire. Pressé d'aller au plus vite, on ne campe plus , on bivouaque ; puis l'on marche à l'ennemi et on l'attaque sur la position qui se présente, sans recourir à des ouATages de fortification passagère. L'élan populaire ainsi apphqué au recrutement et aux procédés guerriers, force fut aux autres puissances d'imiter la France et de mettre sur pied de nombreuses armées. En régularisant et en consolidant les créations militaires de la Révolution , Napoléon !«'■ rendit permanents ces immenses armements. Les armées devinrent si nombreuses qu'il fallut les fractionner en corps d'armée; plusieurs de ces corps d'armée comptèrent autant d'hommes que les armées de Turenne. La grande armée qui fit la belle campagne d'Austerlitz comprenait 7 corps d'armée; son effectif total montait à 186,000 hommes, dont 38,000 cavahers ; 340 bouches à feu l'accompagnaient. Napoléon partit en 1812 avec 025,000 hommes, dont plus de 1G,000 officiers. En 1814, les alliés mirent une masse de 900,000 combattants en mouvement contre la France. Depuis lors, l'Europe n'a vu réunies des armées aussi nombreuses qu'en 1870; le système de conserver de fortes armées ayant prévalu , la plupart des États de l'Europe ont dîi se résigner à entretenir plus de soldats qu'ils auraient voulu; quelques-uns souffrent encore de cet état de choses, qui peut les mener à la banqueroute. Ces armées coiitcuses ont d'ailleurs souvent servi autant au maintien de l'ordre intérieur qu'à des guerres extérieures. Un des caractères particuUers des armées de 1815 à 1872, c'est que Fon a cherché à leur constituer une imposante réserve, en France, dans la garde nationale mobile; en Prusse, et en Autriche, dans la landwehr; ailleurs dans les mihces et même, comme en Angleterre, dans les volontaires.