DE LA
ABDICATION. Renonciation au pouvoir souverain. Il parait simple qu'un prince . fatigué des charges et même des jouissances du gouvernement, ait le droit de déposer sa couronne pour linir ses jours dans le repos et dans Tobscurité. Il semble tout aussi naturel qu'il descende volontairement du trône, lorsque des revers militaires, la désaffection des populations ou certaines autres circonstances rendent sa renonciation utile ou nécessaire au bien général.
En fait, l'Iiistoire, comme nous le A'errons plus loin, a enregistre de nombreuses abdications, dont quelques-unes vivent encore dans les souvenirs de tous. Ces grands actes , s'ils n'ont pas toujours eu l'assentiment des nations intéressées , ont du moins été presque généralement considérés par elles comme Texercicc d'un droit de la part du souverain. Plusieurs jiublicistes ont cependant cru devoir les justilier, généralement en avançant de bien faibles raisons, comme toujours quand on veut prouver l'évidence.
jNéaumoins, quelques auteurs ont refusé aux princes le droit d'abdiquer. Mais il importe de faire remarquer, qu'à quelques exceptions près, ce droit n'a été nié que par les ennemis de la royauté. Leurs principales objections peuvent être résumées ainsi :
l's Objection. Selon le droit naturel, un roi n'a pas le droit d'abdiquer, parce qu'il n'a pas le droit de régner.
Cela veut dire : Nous nions qu'un prince ait le droit de régner, donc il ne l'a pas. Une chose ou un droit ne disparait pas simplement parce qu'il plait à quelqu'un d'atfirmer que l'une ou l'autre n'existe pas. ^ous ne voyons rien dans le droit naturel, c'est-à-dire dans le droit conforme à la nature bumaiue. qui soit contraire à la monarchie. ISous y verrions même plutôt des arguments en faveur de cette forme de gouver-
nement. Du reste, pourrions-nous ajouter, où est le code du droit naturel, qui Ta rédigé, qui l'a accepté, où est-il en vigueur ?
2^ Objection. Les rois constitutionnels ne peuvent abdiquer qu'avec l'assentiment formel de la nation ou de ses représentants. Il s'agit ici d'un contrat syuallagmatique qui ne peut être résilié que par le coucours des deux parties.
On pourrait d'abord répondre qu'en fait cet assentiment ne saurait faire défaut, parce que la nation a tout intérêt à ne pas maintenir sur le trône un prince qui a de puissants motifs pour en dcscendi'e.
Mais nous trouvons cet argument bien déplacé dans la bouche ou sous la plume d'écrivains qui soutiennent qu'une nation a toujours le droit de se débarrasser de son roi. Que devient alors le contrat synallagmalique? Coimnent interdire à l'une des parties ce que l'autre revendique comme un droit?
Z^ Objection. Au point de vue du droit divin, l'abdication est illégitime, car le prince étant investi du pouvoir suprême par un acte indépendant de sa volonté, il ne peut volontairement s'en dessaisir.
On peut réfuter, par plusieurs ordres d'arguments, cette objection perfide et qui ne vient pas des légitimistes; mais pour que la réfutation ait toute sa force , il faut rester au point de vue du droit divin.
L'investiture divine n'a d'autre signification que celle-ci : la nation ne saurait légalement détrôner son prince. Mais si la monarchie est une institution divine , il s'ensuit que le monarque a le devoir de faire tout ce qui est nécessaire pour que sa mission soit bien remplie, même de disparaître de la scène quand l'intérêt général lui semble rendre ce sacrifice nécessaire.
Ce sont là les principales objections présentées, et chacune d'elles est conforme à l'ordre